mardi 15 août 2023

ASSOMPTION DE MARIE

 

Assomption de Marie 2023

La Bible ne nous dit rien de la fin de la vie de Marie. Le dernier moment où elle est mentionnée dans le livre des Actes des Apôtres c’est lorsqu’elle se trouve en prière avec les disciples dans l’attente de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte. En méditant les textes du Nouveau Testament qui nous parlent de Marie nous constatons qu’elle entretient une relation privilégiée avec le Saint Esprit, une relation d’amitié, de confiance et d’abandon. De l’annonciation à la Pentecôte en passant par la Visitation, Marie est vraiment la femme comblée de grâce, remplie de l’Esprit Saint. C’est par la puissance du Saint Esprit qu’elle devient la mère virginale de Jésus le Sauveur. C’est par le même Esprit qu’elle accomplit ainsi la vocation que le Père lui donne : celle d’être mère de Dieu et mère de l’Eglise. L’Evangile de cette solennité nous montre que là où est Marie, là est le Saint Esprit :

Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint.

A la Visitation, Jésus, encore dans le sein de sa mère, réjouit Jean dans le sein d’Elisabeth, et par sa mère comble Elisabeth du don de l’Esprit. Là où est l’Esprit de Dieu, là est aussi la joie. Marie nous enseigne que la joie authentique ne peut se trouver que dans la communion avec Dieu. Au plus nous accueillons en nous le Saint Esprit, au plus nous avons accès à la joie même de Dieu. Marie qui a toujours vécu dans une communion parfaite avec Dieu est pour cette raison comblée de joie :

Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Marie nous enseigne aussi que la vie de prière est indispensable pour vivre dans la communion avec Dieu. Elle qui a été préservée du péché a prié tout au long de sa vie terrestre. Et la dernière fois où elle apparaît c’est précisément dans une attitude de prière. Marie nous enseigne la grande valeur de la prière pour vivre de la joie de Dieu. Elle nous aide à percevoir que la prière n’est pas d’abord pour un chrétien un devoir, une case à cocher dans notre vie parfois débordante d’activités et de choses à faire, mais que la prière est d’abord un don, un cadeau que Dieu nous fait. Ce n’est pas Dieu en effet qui a besoin de notre prière, c’est bien nous qui avons besoin de le prier pour vivre notre foi et nous laisser envahir par son amour. Dans ce contexte nous comprenons pourquoi la méditation du chapelet est une prière très puissante pour notre sanctification, pour notre union avec la Sainte Trinité. Car nous passons par Marie, élevée dans la gloire du Ciel, pour prier Dieu.

L’oraison de cette solennité nous redit en peu de mots le contenu du mystère de l’Assomption :

Dieu éternel et tout-puissant, toi qui as fait monter jusqu’à la gloire du ciel, avec son âme et son corps, Marie, la Vierge immaculée, mère de ton Fils: Fais que nous demeurions attentifs aux choses d’en haut pour obtenir de partager sa gloire.

Marie est la première parmi les enfants des hommes à être parfaitement sanctifiée, sauvée et glorifiée avec son âme et son corps qui a été préservé de la dégradation du tombeau. Marie est la seule créature humaine qui échappe ainsi à l’une des conséquences du péché des origines : tu es poussière, et à la poussière tu retourneras. En contemplant Marie, la plus grande dans la communion des saints, la liturgie veut nous rappeler les choses d’en haut. Pour le dire plus simplement cette solennité nous invite à laisser de la place dans notre vie terrestre à la perspective de la vie du Ciel, de la vie éternelle. Non pas pour mépriser ou dédaigner notre vie terrestre, mais au contraire pour lui donner sa pleine signification. Comme le disait Mgr. Bouchex, « loin d’être étrangère à notre vie, Marie glorifiée est la bonne nouvelle de la dignité de notre personne et de notre avenir. Elle est un appel à donner à notre vie temporelle et corporelle une qualité nouvelle, la qualité de personne humaine qu’il n’est jamais permis de mépriser et qui est orientée vers la vie éternelle et la résurrection. Marie emportée au ciel est avec nous ».

dimanche 13 août 2023

19ème dimanche du temps ordinaire / année A

 


19ème dimanche du TO/A

13/08/2023

1 Rois 19, 9-13

Dans l’Evangile de ce dimanche saint Matthieu nous montre Jésus en prière dans la solitude et le silence de la nuit : Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. Dans la première lecture Elie se trouve lui aussi sur une montagne, dans la solitude, pour y passer la nuit. Le premier livre des Rois nous présente la confrontation entre le prophète Elie et le roi Akab et sa femme Jézabel. Elie ne supporte pas qu’Israël soit tombé dans l’idolâtrie. Il provoque un défi religieux entre lui et les 450 prophètes de Baal sur le mont Carmel. Il en sort victorieux et égorge les 450 prophètes ! Autant dire que dans son zèle religieux pour le Dieu unique il a oublié le commandement du même Dieu qui interdit de tuer son prochain ! A l’issue de ce défi la foi d’Elie nous apparaît comme celle d’un fanatique religieux prêt à tuer tous ceux qui ne pensent pas comme lui. C’est alors qu’il est contraint de s’enfuir au désert pour échapper à la colère de Jézabel. Là il tombe dans une profonde dépression : Quant à lui, il marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. » Mais Dieu envoie son ange pour le réconforter et au terme d’une marche de 40 jours et 40 nuits il parvient à la montagne de Dieu, l’Horeb. Là il entend l’appel de Dieu : Que fais-tu ici, Elie ? Appel qui se répètera après l’expérience spirituelle que le prophète va faire sur la montagne. A cette question de Dieu il répond ainsi : J’éprouve une ardeur jalouse pour toi, Seigneur, Dieu de l’univers. Les fils d’Israël ont abandonné ton Alliance, renversé tes autels, et tué tes prophètes par l’épée ; moi, je suis le seul à être resté et ils cherchent à prendre ma vie. Ardeur jalouse, indignation, passion furieuse, zèle jaloux selon les différentes traductions. Sur la montagne Dieu va transformer la foi fanatique de son prophète en lui faisant faire l’expérience spirituelle de sa présence. Le Dieu qu’Elie prétend défendre (comme si le Dieu tout puissant avait besoin qu’on le défende !), y compris par la violence, ne se trouve pas dans la violence des éléments naturels (ouragan, tremblement de terre, feu) mais bien dans le murmure d’une brise légère. La traduction de la bible Bayard donne un bruit de fin silence. La transformation d’Elie s’opère dans et par le silence. Dans toutes les règles monastiques le silence tient une place importante car il favorise la rencontre avec Dieu dans la prière. Cette expérience spirituelle n’est pas réservée aux moines et aux moniales. Tout chrétien à la suite d’Elie et de Jésus est appelé à faire l’expérience de la présence de Dieu dans le murmure d’une brise légère.

Au festival d’Avignon j’ai vu un très beau spectacle du russe Ivan Viripaev, OVNI. Dans cette pièce de théâtre des personnes racontent comment une expérience spirituelle a pu bouleverser leur vie. L’une d’elle, Artiom Goussev, partage son expérience, tellement proche de celle d’Elie. Voici des extraits de son témoignage :

Et tout d’un coup un tel silence inexplicablement infini s’est installé à l’intérieur de moi. Je n’ai jamais, jamais ni avant, ni après, plus jamais entendu, si on peut s’exprimer ainsi, ni vu et ni entendu un tel silence… C’était un tel silence qu’en dehors de lui il n’y avait rien… J’ai commencé à être tellement bien. Je ne peux même pas vous expliquer à quel point j’ai commencé à être bien… Un silence dans lequel j’étais très très bien. Parce que moi-même j’étais ce silence. Tout s’est comme qui dirait tu en moi… Et j’ai alors compris que tout notre problème réside dans le fait que nous faisons en permanence du bruit… Nous parlons, nous débattons, nous réfléchissons, nous avons un tas de pensées dans la tête, et il y a du bruit tout le temps, et nous sommes tout le temps dans ce bruit. Et jamais, nous ne restons dans le silence… Nous ne l’avons jamais entendu, ce silence… Ce silence est dans tout, il existe dans tout, et en nous il existe aussi, seulement nous ne pouvons pas y accéder à cause de ce bruit permanent… J’ai passé une dizaine de minutes dans ce silence. Et pour la seule fois dans ma vie je me suis vraiment reposé… Et là maintenant je pense que si chaque jour nous nous trouvions dans ce silence ne serait-ce qu’une minute, le monde serait complètement différent. Tout pourrait réellement changer. A propos, désormais, je médite tous les matins, je reste assis comme ça une vingtaine de minutes et j’écoute le silence.[1]



[1] Ivan Viripaev, Théâtre 2013-2020, pages 22.23


dimanche 6 août 2023

Transfiguration du Seigneur / année A

06/08/2023

Matthieu 17, 1-9

Aujourd’hui Jésus choisit trois témoins de sa transfiguration sur la montagne : Pierre, Jacques et Jean. Il choisira les mêmes hommes pour être les témoins de son agonie dans le jardin de Gethsémani. Les trois apôtres sont donc les témoins privilégiés de la gloire et de l’abaissement du Fils de Dieu. Nous ne pouvons pas comprendre la transfiguration sans nous référer à la personne de Moïse, témoin céleste avec Elie de l’événement. Ecoutons un passage du chapitre 34 du livre de l’Exode :

Lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en mains les deux tables du Témoignage, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis qu’il avait parlé avec le Seigneur. Aaron et tous les fils d’Israël virent arriver Moïse : son visage rayonnait. Comme ils n’osaient pas s’approcher, Moïse les appela… Ensuite, tous les fils d’Israël s’approchèrent, et il leur transmit tous les ordres que le Seigneur lui avait donnés sur la montagne du Sinaï. Quand il eut fini de leur parler, il mit un voile sur son visage. Et, lorsqu’il se présentait devant le Seigneur pour parler avec lui, il enlevait son voile jusqu’à ce qu’il soit sorti. Alors, il transmettait aux fils d’Israël les ordres qu’il avait reçus, et les fils d’Israël voyaient rayonner son visage. Puis il remettait le voile sur son visage jusqu’à ce qu’il rentre pour parler avec le Seigneur.  

Dans le cas de Moïse son visage rayonne en raison de sa proximité avec Dieu. La transfiguration de Moïse l’oblige à mettre un voile sur son visage lorsqu’il revient de ses entretiens avec Dieu pour s’adresser au peuple. Dans le cas de Jésus nous avons à la fois une ressemblance et une différence.

Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.

Lorsqu’ils contemplent la divine gloire de Jésus les disciples n’ont pas peur. Contrairement aux Israélites confrontés au visage rayonnant de Moïse, ils se sentent en parfaite sécurité, si bien que Pierre peut s’exclamer : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens l’apôtre Paul compare l’ancienne Alliance, celle de la lettre qui tue, avec la nouvelle Alliance, celle de l’Esprit qui donne la vie. Et il mentionne le visage rayonnant de Moïse :

Le ministère de la mort, celui de la Loi gravée en lettres sur des pierres, avait déjà une telle gloire que les fils d’Israël ne pouvaient pas fixer le visage de Moïse à cause de la gloire, pourtant passagère, qui rayonnait de son visage…Et puisque nous avons une telle espérance, c’est avec grande assurance que nous nous comportons ; nous ne sommes pas comme Moïse qui mettait un voile sur son visage pour empêcher les fils d’Israël de voir la fin de ce rayonnement passager.

Dans le mystère de l’incarnation, dans la manifestation de Jésus Fils bien-aimé du Père, la gloire de Dieu n’est plus une cause de frayeur. Ce qui remplit de crainte les disciples, c’est d’entendre la voix du Père, c’est la manifestation du Dieu invisible. La présence de Jésus chasse avec elle toute crainte : Relevez-vous et soyez sans crainte ! Dans le mystère de l’incarnation la gloire de Dieu ne nous écrase pas. Rendue visible sur le visage de Jésus elle comble au contraire nos cœurs de joie et nous attire vers le Père. La transfiguration témoigne de la douceur du mystère de l’incarnation. Cette gloire que les apôtres ont contemplée brièvement sur le visage du Christ, nous pouvons la contempler dans l’humble mystère de l’eucharistie. Sous l’humble apparence du pain consacré, Jésus nous donne à voir sa gloire par les yeux de la foi et de l’amour. Revenons à la méditation de saint Paul, méditation qui nous permet de nous considérer comme participants du mystère de la transfiguration du Seigneur :

Or, le Seigneur, c’est l’Esprit, et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. Et nous tous qui n’avons pas de voile sur le visage, nous reflétons la gloire du Seigneur, et nous sommes transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit.

Saint Paul nous parle de la grande assurance, de la liberté qui nous est donnée dans la nouvelle Alliance. La transfiguration du Seigneur nous concerne car elle est aussi notre vocation. Le chrétien est transfiguré par son appartenance au Christ. Non seulement il reflète la gloire du Seigneur, mais il est transformé intérieurement, spirituellement, en l’image de Jésus. Tout cela est le signe de l’œuvre de l’Esprit Saint en sa personne. Si Jésus se présente à nous comme la lumière du monde, nous comprenons, en méditant le mystère de la transfiguration, pourquoi et comment il fait aussi de nous, ses disciples, la lumière du monde.

Vous êtes la lumière du monde… Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.


lundi 17 juillet 2023

15ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

16/07/2023

Matthieu 13, 1-23

La parabole du semeur nous parle du don de la Parole de Dieu. L’accent de cette parabole est davantage mis sur les différents terrains que sur le semeur. Ce semeur, c’est Jésus lui-même, Parole de Dieu faite chair pour reprendre l’expression du prologue de saint Jean. Nous savons bien, c’est le cœur de la révélation chrétienne, que Dieu nous parle par son Fils. Ecoutons la lettre aux Hébreux qui résume parfaitement le chemin de la Parole de Dieu jusqu’à nous :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.

Jésus nous donne à voir quatre terrains différents qui peuvent correspondre à quatre types d’hommes. Mais n’oublions pas que tout au long de notre vie nous pouvons être successivement ces quatre terrains. A certains moments en effet nous faisons porter du fruit à la Parole et à d’autres nous ressemblons aux membres du peuple d’Israël décrits par Isaïe : Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux…

Regardons avec Jésus les différents terrains de notre cœur. Le premier est le terrain ensemencé au bord du chemin… lorsque nous entendons la parole du Royaume sans la comprendre. La première condition pour comprendre cette parole c’est de l’écouter. Ecouter demande toujours un effort de notre part. Il s’agit de prêter attention à ce qui est proclamé ou lu. Un bon exercice pour mieux écouter la parole de Dieu peut consister à apprendre à écouter notre prochain. Nous constatons tous à quel point il est difficile de nous écouter les uns les autres, même en famille, même dans le couple. Cela exige de notre part beaucoup de patience, de compréhension et d’humilité. Et il nous arrive de tomber sur des personnes bavardes qui mettent à l’épreuve notre capacité d’écoute ! Mais Dieu n’est jamais bavard, sa parole n’est pas assommante comme peuvent l’être certains discours humains. Nous ne comprendrons jamais parfaitement ni totalement la Parole de Dieu. Ce qui nous est demandé, c’est d’ouvrir les oreilles de notre cœur. Saint Benoît commence sa règle monastique par les paroles suivantes : Ecoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur.

Le deuxième terrain est le sol pierreux. Il s’agit de l’homme d’un moment qui est incapable de garder fidèlement la Parole. Jésus nous rappelle ici la grande difficulté que nous avons à persévérer dans nos choix de vie, dans nos bonnes résolutions. Commencer est le plus facile, tenir dans la durée c’est une autre histoire ! Même sans la détresse ou la persécution à cause de la Parole, la persévérance dans la foi et l’accueil de la Parole ne sont jamais choses évidentes. Probablement parce que le deuxième terrain et le troisième se ressemblent. Le sol pierreux et le sol sur lequel poussent les ronces ou les épines… Qu’est-ce qui peut bien nous empêcher de persévérer dans l’écoute fructueuse de la Parole dans un temps de liberté religieuse où nous ne sommes pas persécutés à cause de notre appartenance au Christ ? Jésus le dit clairement : le souci du monde et la séduction de la richesse. L’atmosphère d’une société, son impact sur nous, peuvent constituer une véritable mise à l’épreuve de notre foi chrétienne. Si nous vivons dans une ambiance matérialiste qui ne cesse de nous renvoyer à longueur de journée via les media et les publicités, mais aussi les discours politiques, l’idée selon laquelle une vie humaine réussie consisterait à accumuler le maximum de richesses, de célébrité et de pouvoir, nous comprenons immédiatement que cette ambiance est incompatible avec les enseignements du Christ. Si nous vivons dans une société où il faut toujours être actif et bouger, une société bruyante qui nous envahit par un bruit de fond permanent, qui s’insinue dans notre intimité de chaque instant par l’asservissement de beaucoup à des outils techniques tels que les smartphones et Internet, nous nous rendons incapable d’écouter le Dieu silencieux. Si nous voulons être le quatrième terrain, la bonne terre qui porte du fruit, nous devons travailler à nous libérer de ces esclavages technologiques qui non seulement nous empêchent de prêter attention à notre prochain mais nous rendent sourds à la Parole de Dieu. Il s’agit pour nous de retrouver le chemin de la prière et de la méditation, du temps gratuit offert à Dieu pour être là tout simplement en sa présence et nous laisser transformer par sa Parole. L’Evangile de ce dimanche nous invite à faire nôtres les belles paroles du psalmiste et à nous reposer en Dieu :

Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère (Psaume 130).

dimanche 9 juillet 2023

14ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

9/07/2023

Matthieu 11, 25-30

Nous venons d’écouter les versets qui concluent le chapitre 11 de l’Evangile selon saint Matthieu. Ces versets rassemblent une prière de Jésus et un appel qu’il adresse aux foules. Ce qui unit ces versets c’est bien le thème de l’humilité. Dieu se révèle de préférence aux tout-petits, c’est-à-dire à ceux qui ont un cœur de pauvre, un cœur humble. Jésus reprend dans sa prière au Père l’esprit des Béatitudes. En correspondance aux tout-petits Jésus se présente lui-même comme doux et humble de cœur. C’est en effet Jésus qui incarne parfaitement ce qu’il enseigne dans les Béatitudes. C’est lui le pauvre de cœur, c’est lui le doux. C’est lui qui nous appelle, qui appelle tous les hommes à venir à lui, et son appel est rempli de tendresse et d’amour, de compassion aussi : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.

Le Seigneur sait bien que notre vie humaine prend souvent l’aspect d’un fardeau difficile à porter, le fardeau de la solitude, de la maladie, de la vieillesse, du désespoir, de la misère etc. A ce fardeau de notre condition humaine correspond le joug que Jésus nous appelle à prendre. Cela nous rappelle l’invitation à porter notre croix à sa suite. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.

Si le fardeau de notre vie humaine peut parfois nous conduire au désespoir ou au découragement, le joug de Jésus, lui, nous donne accès au repos de Dieu, c’est-à-dire à la paix du cœur. Le dernier verset se présente sous la forme d’un paradoxe : Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

Joug et facile, fardeau et léger ne sont pas associés dans notre esprit. Seul l’amour du Christ peut faire que notre joug soit facile à porter et notre fardeau léger. A travers ce paradoxe Jésus nous parle en fait de la puissance de son amour, de la puissance de sa grâce. On pourrait même deviner dans ces paroles une annonce de son mystère pascal dans lequel le joug de la croix devient facile à porter en raison du triomphe de l’amour du cœur de Jésus, triomphe qui culmine au matin de Pâques avec la découverte du tombeau ouvert et vide. Ces paroles d’encouragement et de consolation qui touchent profondément notre cœur de disciples et de croyants, Jésus les prononce en puisant dans la riche tradition de la Sagesse de l’Ancien Testament. Le livre du Siracide, écrit deux siècles avant le Christ par un autre Jésus, fils de Sirac, semble en effet avoir inspiré beaucoup d’enseignements de sagesse du Seigneur, pas seulement dans la page évangélique de ce dimanche mais aussi en bien d’autres endroits des Evangiles. Ecoutons en conclusion deux passages du Siracide qui sont à la source de l’invitation de Jésus à prendre sur nous son joug qui est celui de la sagesse divine :

Écoute, mon fils, et reçois mon avis ; ne rejette pas mon conseil. Engage tes pieds dans les entraves de la sagesse et ton cou dans son carcan. Incline ton épaule pour la porter et ne te rebiffe pas contre ses liens. (6, 23-25)

Approchez-vous de moi, vous qui n’avez pas d’instruction, prenez place dans mon école. Pourquoi dire que vous manquez de sagesse, pourquoi vos âmes ont-elles si grande soif ? J’ouvre la bouche et déclare : « Faites-en l’acquisition sans rien payer ; placez votre cou sous le joug, et recevez l’instruction. » On la trouve tout près de soi. Constatez-le de vos yeux : en prenant peu de peine, j’ai trouvé beaucoup de repos. (51, 23-27).

 

samedi 24 juin 2023

12ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

25/06/2023

Matthieu 10, 26-33

Le chapitre 10 de l’Evangile selon saint Matthieu commence avec l’appel et l’envoi en mission des Douze vers les brebis perdues de la maison d’Israël. C’était l’Evangile de dimanche dernier. Aujourd’hui nous entendons une partie des consignes missionnaires que Jésus donne à ses apôtres. Pour les comprendre il faut se souvenir des paroles de Jésus qui les précèdent : Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et candides comme les colombes. La mission des apôtres sera donc difficile d’où l’insistance de Jésus à ne pas craindre, à ne pas avoir peur des hommes. Il le répète à trois reprises dans l’Evangile de ce dimanche. C’est l’une des grandes différences entre Jésus et certains gourous de sectes. Ces derniers répandent souvent un message de peur parmi leurs adeptes pour mieux les dominer. Propager la peur parmi la population est aussi une méthode employée par certains politiciens et dirigeants dans le but d’éviter toute contestation : cela s’appelle gouverner par la peur. On ne peut pas évangéliser en étant dominé par la peur : Soyez donc sans crainte ! Témoigner du Christ suppose au contraire une grande confiance, tout d’abord en Dieu puis dans la capacité des hommes à accueillir l’Evangile. Nous ne pouvons pas évangéliser en ayant peur de ceux vers lesquels le Christ nous envoie. C’est l’amour et la confiance qui doivent habiter notre cœur. En sachant bien que notre témoignage passe d’abord par les actes, par notre capacité à nous mettre à la place de l’autre et à le comprendre, à nous abstenir de tout jugement et de toute condamnation à son égard. Ne voyons pas dans la personne qui ne partage pas notre foi au Christ un ennemi mais un frère en humanité, une créature de Dieu comme nous. Evangéliser c’est aussi être prêt à recevoir de l’autre un témoignage. Bien des fois des personnes qui ne font pas partie de manière visible de la communauté chrétienne nous donnent de belles leçons de vie chrétienne et nous édifient par leur comportement. L’image des brebis et des loups ne doit pas nous induire à penser que nous sommes les bons et que nous allons vers les méchants. Elle nous rappelle simplement que notre témoignage se heurtera forcément à des refus, à des oppositions qui, bien souvent, peuvent être désarmés par l’amour, la confiance et notre capacité à nous mettre du point de vue de l’autre. Pour reprendre l’image de Jésus une brebis tremblante de peur et méfiante sera bien vite la proie du loup.

La conclusion de cette page évangélique nous amène à réfléchir sur la force de notre témoignage : Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. Nous pouvons être prisonniers du respect humain par manque de confiance. Nous cachons notre foi et notre appartenance au Christ. Entre une proclamation agressive et orgueilleuse de notre foi et une attitude de repli à l’intérieur des murs de l’église, l’Esprit Saint nous indique la voie étroite de l’évangélisation authentique. La vie de l’apôtre Pierre constitue comme un démenti à la sévérité des paroles du Seigneur : celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. Pierre a renié le Christ trois fois mais le Christ ne l’a pas renié pour autant. Il l’a même confirmé dans sa mission en s’appuyant sur l’amour de son apôtre et surtout par la puissance de son amour miséricordieux. S’il nous arrive d’être infidèles, Dieu lui reste fidèle et son pardon est toujours offert pour nous relever. C’est pour nous une grande espérance et une raison de plus de ne pas avoir peur pour être disciples dans la paix et la joie.

dimanche 4 juin 2023

SAINTE TRINITE / ANNEE A

 

4/06/2023

Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. Tous les fidèles vous saluent. Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. 2 Corinthiens 13, 11-13

La Pentecôte est l’événement qui accomplit toute la révélation divine et le salut offert aux hommes. Par le don de l’Esprit l’Eglise est fondée et envoyée à toutes les nations. C’est dans le même Esprit Saint que les premiers chrétiens formuleront peu à peu le contenu de leur foi en Jésus-Christ jusqu’aux conciles du 4ème siècle dont notre symbole de Nicée-Constantinople est le fruit. De l’accomplissement de la révélation et de l’approfondissement de la foi dans la première Eglise est né le dogme de la sainte Trinité. Il existe donc un lien très fort entre la Pentecôte et la solennité de ce dimanche du temps ordinaire.

La deuxième lecture de cette liturgie nous offre la possibilité de méditer le contenu de ce grand mystère de la sainte Trinité. L’apôtre Paul mentionne dans son exhortation le Dieu d’amour et de paix. Le Dieu unique se reconnaît en quelque sorte à l’amour et la paix qui constituent son être le plus intime. C’est en raison de cet amour que la première lecture proclame le Seigneur tendre et miséricordieux, c’est-à-dire un Dieu qui aime à pardonner et qui désire la réconciliation des hommes entre eux et avec lui dans le cadre de l’Alliance. Si le Dieu unique est parfaitement amour et paix en lui-même, il est aussi la Béatitude parfaite, la joie inexprimable de l’Etre source de tout bien et de toute vie.

Le bref texte de saint Paul se termine par une salutation trinitaire qui conclue la deuxième lettre aux Corinthiens, salutation qui peut être reprise au début de la célébration eucharistique. Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

A chacune des personnes de la Trinité, Paul attribue une action en notre faveur, un don. Pour le Père l’amour, pour le Fils la grâce et pour le Saint Esprit la communion. Nous comprenons bien que sans la source de l’amour, le Père, il ne pourrait y avoir ni grâce ni communion. La grâce, c’est le don (gratuit) du salut accompli par la mission du Fils à travers le mystère de son incarnation. Et cette grâce de Jésus notre Seigneur se déploie dans la mission de l’Esprit Saint qui est la communion. Communion entre tous les fidèles et communion avec Dieu. Le mystère de la sainte Trinité ne se vit pas seulement dans la prière et dans les sacrements. Il se vit dans la communion de l’Eglise. C’est la raison pour laquelle saint Paul exhorte ainsi les chrétiens de Corinthe : Soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix.

Cette joie, cette perfection, cette communion et cette paix sont en même temps les fruits de l’amour trinitaire et les conditions qui nous permettent de nous ouvrir à la présence et à l’action du Dieu trois fois saint. D’où l’importance pour chaque fidèle et chaque communauté chrétienne de ne pas oublier cette exhortation. Le test de la communion fraternelle, communion dans la joie et l’encouragement mutuel, nous permet de savoir si oui ou non nous vivons réellement dans la communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Paul a connu le drame des communautés chrétiennes divisées et déchirées par les péchés des uns et des autres. Il sait que le vieil homme en nous ne veut pas mourir et que la communion fraternelle exige de chaque membre de la communauté un combat spirituel.