dimanche 16 avril 2023

Deuxième dimanche de Pâques / Année A

 

16/04/2023

Jean 20, 19-31

Le dimanche dans l’octave de Pâques nous fait revivre les manifestations du Ressuscité au groupe des disciples le soir de Pâques et huit jours plus tard en faveur de Thomas. N’oublions pas le verset qui précède le commencement de l’Evangile de ce dimanche : Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. Les disciples ont donc reçu le témoignage de celle que la Tradition a surnommée l’apôtre des apôtres. Mais ce témoignage ne leur permet pas encore l’audace de la foi. Au lieu de l’assurance que donne la foi dans le Ressuscité ils sont encore captifs de la crainte et demeurent enfermés chez eux. C’est Jésus qui va les faire passer de la crainte à la joie et à la foi, à la joie de croire. Dans sa manifestation du soir de Pâques le Ressuscité leur fait don de sa paix et les confirme dans leur mission avec le don de l’Esprit Saint. Le premier don, celui de la paix du Christ, doit toucher le cœur, l’intériorité des disciples, afin de chasser en eux toute crainte. Le second don, celui de l’Esprit Saint, touche lui aussi le cœur, l’intériorité, mais cette fois en vue de l’accomplissement de leur mission : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. Une mission dans laquelle le pardon des péchés a une place particulière et éminente. Les disciples deviennent les serviteurs et les continuateurs de la miséricorde du Seigneur Jésus en faveur de tous les hommes. Jésus remet entre leurs mains un pouvoir spirituel qu’ils exerceront dans l’Eglise au nom de Dieu. Plus largement il s’agit du pouvoir de sanctification manifesté dans la célébration des sacrements. Le soir de Pâques le Ressuscité ouvre à ses disciples le chemin de la vie : la vie intérieure, la vie spirituelle qui implique d’être fermement établis dans la paix du Christ et la vie apostolique, missionnaire, qui implique de sortir de chez soi pour aller à la rencontre des autres, frères et sœurs en humanité, et ainsi leur partager la joie de croire et la paix de la réconciliation.

Dans sa lettre aux Colossiens l’apôtre Paul nous redit notre vocation de chrétiens et l’importance pour nous d’être fermement établis dans la paix du Christ et dans son amour miséricordieux :

Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Supportez-vous les uns les autres, et pardonnez-vous mutuellement si vous avez des reproches à vous faire. Le Seigneur vous a pardonnés : faites de même. Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce.

samedi 8 avril 2023

Méditation pour Pâque: une civilisation de la vie

 


Méditation pour la solennité de Pâques

9/04/2023

Au terme de ce Carême nous célébrons à nouveau l’événement de la Pâque, la résurrection de Jésus. Cette victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort est l’œuvre de Dieu en Jésus-Christ. Toute la vie du Christ pendant le temps de son incarnation nous enseigne la valeur et la dignité de notre vie humaine, la valeur de toute vie au sein de la création. Les miracles de guérison, les enseignements, la miséricorde qui pardonne les péchés, enfin la Passion, la mort et la résurrection du Seigneur peuvent se comprendre à la lumière de ce que Jésus affirme dans l’Evangile selon saint Jean : Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. (Jean 10, 10.11)

A Pâques nous célébrons cette surabondance de vie. Il s’agit de notre vie humaine, terrestre, qui est appelée à entrer tout entière dans la joie de Dieu en se laissant transformer par la vie du Christ ressuscité. Pierre résume ainsi pour ses auditeurs le mystère de la Pâque : Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. (Actes 3, 15).

La formule est saisissante et résume bien en effet le drame de l’histoire de notre humanité. L’homme pécheur, l’homme mauvais est homicide. Il donne la mort et la propage. Dieu de son côté répare ce mal que nous commettons en nous proposant toujours de choisir le chemin de la vie et surtout en ressuscitant son Fils Jésus. Célébrer Pâque ne signifie pas se voiler la face et ne pas voir tout le mal dont souffre l’humanité actuellement. Un mal qui n’est jamais une fatalité mais dont nous sommes à divers niveaux partie prenante. Devant le tombeau vide et ouvert une espérance nouvelle se lève, celle de la civilisation de la vie qui est toujours la civilisation de l’amour. Le drame de l’humanité se joue en chacun de nous au niveau de notre conscience et de notre cœur. C’est celui de notre coopération ou pas à l’œuvre de Dieu. Remplis de l’amour du Christ et de la grâce de l’Esprit Saint, nous avons tous la possibilité de répondre oui à l’appel du Christ en vue d’une civilisation de la vie.

En 2020 Thomas Guénolé a écrit un livre choc intitulé Le livre noir de la mondialisation. A partir d’un sérieux travail de recherche s’appuyant sur les statistiques disponibles il a calculé le coût humain de notre organisation économique entre 1992 et 2017, soit en 25 ans : 400 millions de morts parmi lesquels pour ne prendre que quelques exemples : 11 millions de morts de faim malgré l’abondance de nourriture ; 56 millions de morts causées par les conditions de travail dont l’esclavagisme moderne ; 69 millions de morts de la catastrophe écologique ; 256 millions de morts de maladies pourtant soignables etc. Je ne vous donne pas ces chiffres pour vous plonger dans le désespoir. Je vous les donne, car, affirme l’auteur, rien de tout cela n’était une fatalité. Cette civilisation de la mort est le résultat de choix de société, de choix politiques et économiques mauvais et immoraux. Par exemple quand des Etats préfèrent investir des sommes d’argent colossales dans la course à l’armement et la préparation des guerres plutôt que dans la lutte contre la faim ou l’accès pour tous à l’éducation, aux soins et aux médicaments. Mais au cœur de cet énorme massacre silencieux il y a une constante : faire passer systématiquement le profit maximum au-dessus de toute considération morale et cela pour l’enrichissement d’une infime minorité. C’est bien la cupidité qui gouverne cette civilisation de mort. L’amour immodéré de l’argent est non seulement une folie, il est criminel et tue chaque jour. Saint Paul l’avait déjà clairement compris en son temps, mais que dirait-il aujourd’hui face à la multiplication des milliardaires et des profits colossaux ? La racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent (1 Timothée 6, 10).

L’Eglise dans sa sagesse nous offre sa doctrine sociale pour incarner dans notre vie, là où nous vivons, la bonne nouvelle de la résurrection du Seigneur. Aujourd’hui un chrétien, ou même un homme de bonne volonté comme il en existe tant, qui prend au sérieux l’enseignement du Christ a toutes les chances d’avoir des problèmes ou d’être persécuté. Cela ne doit pas nous empêcher de faire vivre le message des Béatitudes qui est un antidote aux fausses valeurs véhiculées par ce que l’on pourrait qualifier avec raison de domination universelle du dieu Argent et de la technique. Chacun de nous a la possibilité de s’engager avec humilité et résolution pour la dignité du travail humain, pour le respect de la création, donc pour l’écologie, pour la promotion de la paix et de la justice entre les nations et dans notre pays, pour l’accès de tous aux biens de la terre, nourriture et eau par le partage et la solidarité… Le trésor de notre foi est le meilleur rempart contre la dictature de l’argent qui tue et détruit lorsqu’il est érigé en idole et critère du succès. Notre foi est l’espérance d’un monde meilleur, d’un monde profondément converti à la vie, sur cette terre et pour la vie éternelle. Amen.

 


jeudi 6 avril 2023

Méditation pour le Vendredi saint

 


7/04/2023

Passion de Jésus-Christ selon saint Jean

Hier nous avons contemplé Jésus lavant les pieds de ses disciples, faisant sien le geste des esclaves. Dans la nuit nous l’avons vu à genoux, face contre terre, dans le jardin de Gethsémani, priant le Père d’éloigner la coupe de la Passion, souffrant dans son âme avant de souffrir dans son corps. Aujourd’hui nous venons de suivre Jésus pas à pas en compagnie de saint Jean jusqu’au Golgotha, là où l’instrument de son supplice a été préparé. Supplice infamant réservé aux esclaves dans l’Empire romain. Ce qui fait s’écrier à Paul : scandale pour les Juifs, folie pour les païens ! Entre le geste du lavement des pieds et le supplice de la croix, signes de l’abaissement ultime du Fils de Dieu au rang d’esclave, Jean nous montre pendant le procès romain un homme qui est roi, mais qui ne l’est pas à la manière de ce monde. Voici l’homme ! Voici votre roi ! Comment Jésus caractérise-t-il le pouvoir des rois de ce monde ? Il nous le dit lui-même dans l’Evangile :

Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude.

Cet enseignement que nous trouvons en saint Matthieu (20, 25-28) a le mérite de la clarté. Il nous permet d’entrer dans le scandale de la Passion et de comprendre du point de vue de Jésus lui-même la signification de ce drame. Oui, il faut affirmer ce paradoxe absolu : dans sa Passion Jésus est au plus haut point ce roi-esclave qui, à aucun moment, ne se départit de sa dignité face aux coups, aux injures et aux puissants de ce monde. Dans sa Passion l’Homme par excellence, le Fils de l’homme, nous donne à voir le vrai visage de son Père. Non pas un dieu despote assis sur un trône qui s’imposerait à nous par la force, la terreur et la crainte (autant dire un dieu fabriqué par les hommes à l’image des gouvernants de ce monde), mais un Dieu qui se fait serviteur de sa créature par pur amour. Dieu règne en renonçant, en s’effaçant… Le Nouveau Testament utilise le verbe « renoncer » ou un équivalent pour qualifier l’abaissement volontaire et sauveur du Fils de Dieu pour chacun d’entre nous. Tout d’abord dans la lettre de Paul aux Philippiens : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur… Puis dans la lettre aux Hébreux : Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice…

Dans le mystère de cet amour incompréhensible parce qu’il est celui de Dieu, l’humanité est libérée de tout pouvoir qui opprime et écrase. Notre dignité de fils de Dieu nous est rendue et avec elle notre liberté. Depuis l’événement unique du Golgotha, Jésus élevé en croix attire à lui tous les hommes, de toutes races, de toutes nations, de toutes conditions. Il nous attire auprès de son cœur par ce pouvoir divin qui n’a aucune autre puissance que celle de l’amour, aucune arme si ce n’est celle de l’abaissement et de l’humilité de Dieu, se faisant notre serviteur en son Fils bien-aimé. Oui, en vérité Tout est accompli lorsque Jésus meurt sur le bois de la croix. Mais assimiler cette révolution de l’amour divin, ce renversement des images païennes de la divinité, prend assurément beaucoup de temps. Que ce soit au niveau de l’humanité dans son ensemble, de l’Eglise ou de chacun d’entre nous. Ce soir rendons grâce au Dieu trois Saint de nous ouvrir ce chemin de libération, de vérité et de vie !


mercredi 5 avril 2023

Méditation pour le Jeudi saint

 


6/04/2023

Jean 13, 1-15

Le geste du lavement des pieds a de quoi surprendre et étonner. Alors que c’était un geste d’accueil et d’hospitalité réalisé dans le vestibule de la maison, Jésus le réalise au cours du repas. Alors que c’était un geste fait par les esclaves, Jésus en prend l’initiative et le fait sien. Alors que les disciples acceptent cette initiative étonnante, seul Pierre, le chef des Douze, refuse. Par ce geste le Seigneur rompt avec les bonnes convenances en usage dans sa culture. Ce n’est pas nouveau. Rappelons-nous de la critique qui lui avait été adressée parce que ses disciples ne se lavaient pas les mains avant de prendre leur repas ![1] L’évangéliste insiste sur la conscience de Jésus à ce moment décisif de sa vie : sachant que… Connaissance profonde de Jésus mise en contraste avec l’ignorance de Pierre : Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant. Si le Seigneur décide de laver les pieds de ses disciples au cours du repas (et non pas avant), c’est en toute connaissance de cause. Il ne s’agit plus du geste d’hygiène et d’accueil pratiqué par les esclaves mais bien d’un exemple : C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. Cette attitude physique traduit en effet une disposition spirituelle intérieure. Le Maître et Seigneur s’abaisse en présence de ses disciples, prélude à l’abaissement extrême, celui de la crucifixion, supplice réservé aux esclaves. C’est d’ailleurs une tradition qui existait entre maîtres et esclaves dans la Rome antique, une fois par an, à l’occasion de la fête des Saturnales : on inversait les rôles en mémoire de l’âge d’or au cours duquel l’égalité parfaite régnait entre tous les hommes. Le soir du Jeudi Saint, Jésus nous donne à voir l’abaissement volontaire, par amour, de la divinité. Dieu utilise le langage du corps pour nous signifier son projet de communion avec nous, ses créatures. Ce n’est pas l’abaissement de l’esclave contraint et forcé. C’est un abaissement plein de grandeur et de dignité. Le corps se met en tenue de service, s’abaisse au ras du sol, c’est-à-dire au plus bas. Pour laver les pieds de ses disciples Jésus utilise ses mains… dont Jean nous dit : sachant que le Père a tout remis entre ses mains… Les mains de Jésus contiennent en quelque sorte tout le poids de l’autorité divine que son Père partage avec lui. Ce sont les mêmes mains qui lavent les pieds des disciples et qui prennent le pain et le vin pour en faire le sacrement de l’eucharistie. Par ce geste du lavement des pieds, à la fois tellement divin et humain, Jésus renverse la hiérarchie habituelle. Il renverse les puissants de leurs trônes. Il nous fait comprendre à nouveau, après l’avoir enseigné tant de fois, que la véritable grandeur, la dignité authentique, consiste non pas à dominer ou asservir son prochain mais bien à le servir. Et pour servir il faut savoir se faire tout petit, s’abaisser. Ce geste d’amour a une portée purificatrice, il sanctifie comme la communion eucharistique nous sanctifie, d’où la remarque du Seigneur à Pierre : Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. Jésus nous ouvre donc ainsi la voie divine du service fraternel dans l’humilité et l’abaissement. Nous, ses disciples, quand nous imitons son exemple, nous nous sanctifions et nous avons le pouvoir de sanctifier notre prochain dans la mesure où nous lui partageons quelque chose de l’amour de Jésus. En suivant la voie de la divine charité nous comprenons la vraie grandeur selon l’Evangile, à l’opposé de celle de ce monde. Nous entrons dans l’admirable échange par lequel Jésus s’abaisse pour nous soulever auprès de Dieu et nous rendre de plus en plus semblable à lui par la divinisation commencée avec le bain du baptême. Quelques années après la mort de Jésus, un auteur latin, Pline l’ancien, aura cette réflexion qui pourrait être celle d’un Père de l’Eglise : l’homme devient dieu pour l’homme en le secourant ; ce chemin est celui de la gloire éternelle.[2]

Enfin par ce geste Jésus anticipe une réalité qui sera celle du Royaume des cieux. Qu’il nous suffise de penser à ce passage de l’Evangile selon saint Luc (12, 37) :

Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.

 

 

 

 



[1] Marc 7, 5

[2] Histoire naturelle II.V.4


dimanche 26 mars 2023

Cinquième dimanche de Carême / année A

 

26/03/2021

Jean 11, 1-45

Entre le récit du retour à la vie de Lazare et de la guérison de l’aveugle-né, entendu dimanche dernier, il existe trois points communs, et le chapitre 11 de l’Evangile selon saint Jean est de ce point de vue comme un écho du chapitre 9.

Dans les deux récits il s’agit d’hommes accablés par un mal physique. Et dans les deux cas Jésus donne une interprétation théologique de ce mal :

C’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. (ch.9)

Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. (ch.11)

Dans les deux récits Jésus utilise la métaphore de la lumière :

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. (ch.9)

Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. (ch.11)

Enfin les deux signes opérés par Jésus ont pour but de conduire à la foi :

Crois-tu au Fils de l’homme ? (ch.9)

Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? (ch.11)

Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. (ch.11)

D’un point de vue humain l’évangéliste souligne l’amour que Jésus avait pour Lazare, un amour sensible qui le fait pleurer en se rendant au tombeau de son ami. Averti par les sœurs de Lazare de la maladie de celui qu’il aimait, Jésus choisit pourtant de ne pas se rendre à Béthanie immédiatement. Comme s’il attendait le moment de la mort afin de manifester la gloire de Dieu d’une manière encore plus forte. Une chose est de guérir un malade, une autre est de ramener à la vie un mort. Le signe dont bénéfice Lazare est donné afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. Ce signe glorifie le Fils de Dieu et le présente à ses contemporains comme l’envoyé du Père. Il s’agit pour eux de croire ou de refuser de croire qu’il est réellement l’envoyé du Père. L’alternative est simple : soit Jésus est un imposteur soit le Messie. Quelques versets après la fin de notre Evangile, Jean nous fait entendre la voix de Caïphe : Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. En ramenant Lazare à la vie Jésus témoigne de la gloire d’un Dieu qui est la source de toute vie, animale, humaine et spirituelle, et ce faisant il se condamne lui-même à mort. Au cœur de ce récit nous entendons ce que Jésus dit de lui-même et nous sommes invités à le recevoir dans la foi : Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Jésus est l’image du Père qui donne la vie en surabondance. Dans l’attente de la vie éternelle et de la résurrection, il nous invite à coopérer avec lui pour que la vie triomphe sur notre terre et dans nos sociétés. Nous n’avons pas le pouvoir de ramener les morts à la vie, mais de par notre union au Christ nous avons la capacité d’œuvrer en faveur de la vie issue du créateur et répandue dans sa création. Cet engagement du chrétien se déploie dans de nombreux domaines allant du respect de la dignité de tout homme jusqu’à l’écologie en passant par la promotion de la paix entre les peuples, de la justice sociale et de l’accès de tous aux biens de la terre que sont l’eau et la nourriture…

dimanche 19 mars 2023

Quatrième dimanche de Carême / année A

 

19/03/2023

Jean 9, 1-41

Le récit que Jean nous fait de la guérison de l’aveugle de naissance a clairement une portée spirituelle. La métaphore de la lumière est présente du début à la fin de ce récit. Au début Jésus affirme à ses disciples : Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. A la fin il déclare à l’homme qu’il vient de guérir : Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Le signe opéré par Jésus nous parle donc de l’aveuglement spirituel ou de l’endurcissement du cœur. Le Seigneur écarte dès le départ la théorie traditionnelle qui liait une maladie ou un handicap au péché. Contrairement à ce qu’affirment les pharisiens dans la suite du récit, ce n’est pas parce que cet homme a péché qu’il est aveugle. D’ailleurs comment pourrait-on appliquer cette théorie à un aveugle de naissance ? Et ce n’est pas davantage en raison d’un péché que ses parents auraient commis qu’il est né privé de la vue. Jésus établit une nette distinction entre le mal physique (une maladie, un handicap) et le mal moral qu’est le péché. On ne choisit pas d’être malade, mais on peut choisir entre le bien et le mal. Le péché dont il est question dans cette page évangélique n’est donc pas celui de l’aveugle de naissance ou de ses parents. Il s’agit du péché de ceux qui prétendent voir et qui sont en fait des aveugles spirituellement parlant. C’est le cas de la plupart des pharisiens qui persécutent l’homme guéri par Jésus. Cet homme, dans sa simplicité, s’étonne en effet de leur ignorance volontaire et il ose leur rappeler une évidence théologique : Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. L’aveuglement spirituel consiste à refuser de croire malgré les signes donnés par Dieu : Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. Si le regard de Jésus est un regard de compassion et d’amour, le regard des pharisiens est celui du mépris et de la dureté de cœur, et c’est en cela qu’ils sont aveugles tout en prétendant voir davantage que les autres en raison de leur connaissance de la Loi de Moïse : Ils se mirent à l’injurier… Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? Et ils le jetèrent dehors. Le bienfait accordé par Jésus à cet homme devient pour lui un cauchemar… ses voisins, ses parents prennent leur distance avec lui tandis que les pharisiens s’acharnent sur lui. Découvrir la vérité, accueillir la lumière du Christ peut en effet nous attirer bien des ennuis. De fait l’homme qui mendiait à la sortie du Temple est maintenant excommunié par sa communauté religieuse. En parallèle avec l’endurcissement et l’aveuglement des pharisiens, Jean nous montre le beau chemin de foi de cet homme qui, de la reconnaissance de Jésus comme prophète, parvient à la foi au Fils de l’homme. Rejeté par les hommes, il est pleinement accueilli par le Christ. La parole du Seigneur nous met en garde contre l’orgueil spirituel qui peut être le nôtre en tant que croyants. Le pharisaïsme est un état d’esprit qui nous concerne nous aussi si en raison de notre foi et de notre connaissance de Dieu nous nous jugeons parvenus à la perfection tout en méprisant ceux qui ne partagent pas notre foi. Le pire étant que nous confondons parfois nos manières de voir humaines et nos partis pris avec la foi. Posons-nous simplement la question suivante : ma foi en Jésus me donne-t-elle un regard de compassion et d’amour pour mon prochain ? M’ouvre-t-elle à ceux qui sont différents et qui n’ont pas la même expérience humaine et spirituelle que moi ? Suis-je de ceux qui excluent et méprisent ou bien de ceux qui accueillent et rendent grâce pour le bien et la bonté manifestés dans les autres ? Ma foi est-elle source de bienveillance, de compréhension ou bien de jugement ?

Au chapitre 3 de l’Apocalypse nous trouvons une application du message de cet Evangile aux chrétiens :

Tu dis : « Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien », et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! Alors, je te le conseille : achète chez moi […] un remède pour l’appliquer sur tes yeux afin que tu voies.

dimanche 5 mars 2023

Deuxième dimanche de Carême / année A

 

5/03/2023

Matthieu 17, 1-9

En ce dimanche le chemin du Carême nous fait passer avec Jésus du désert des tentations à la montagne de la transfiguration. Dans le désert Jésus était seul. Sur la montagne il prend avec lui trois de ses disciples. Au commencement de son ministère il affronte seul l’épreuve de la tentation. Au milieu de son chemin vers Jérusalem il fait partager à ses disciples un instant d’éternité et de joie divine. L’événement de la transfiguration s’éclaire encore davantage si nous le mettons en rapport avec le séjour du peuple hébreu dans le désert. Ce désert nous rappelle celui des tentations de Jésus alors que la montagne nous rappelle le don de la Loi fait à Moïse. Mais dans l’Ancien Testament c’est le peuple tout entier qui chemine et souffre dans le désert, qui éprouve la tentation de se détourner de Dieu, alors que Jésus vit seul le désert des tentations. Sur la montagne Moïse est accompagné seulement d’Aaron alors que sur la montagne de la transfiguration Pierre, Jacques et Jean sont conviés par Jésus. Pierre, saisi par cet instant d’éternité, cet instant où la vision de Jésus transfiguré transporte son cœur dans la bonté et la beauté de Dieu, désire que cet instant dure et veut dresser trois tentes afin de prolonger la grâce de cette communion exceptionnelle. Car sur la montagne la chair de l’homme de Jésus laisse transparaître la divinité du Verbe de Dieu.

Ce moment de grâce se transforme soudain en raison de la théophanie manifestée par la nuée lumineuse, signe de la présence divine, celle de l’Esprit Saint, et par la voix du Père qui retentit. La réaction des disciples est significative :

Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.

La crainte a succédé au sentiment de plénitude joyeuse qui était celui des disciples contemplant Jésus transfiguré. Dieu en Jésus se rend accessible à notre humanité. C’est la grâce du mystère de l’incarnation. Mais lorsque l’homme est confronté directement à la manifestation de Dieu il ressent crainte et effroi. C’est la raison pour laquelle lors des théophanies sur le mont Sinaï il est demandé au peuple de se tenir à distance. Un passage de la lettre aux Hébreux éclaire bien la différence entre les théophanies de l’Ancienne Alliance et la douce manifestation de Dieu en son Fils Jésus :

Vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre… Le spectacle était si effrayant que Moïse dit : Je suis effrayé et tremblant. Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste… Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle, et vers le sang de l’aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d’Abel.

Seul Jésus est capable de réconforter ses disciples saisis de crainte : Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Cette expérience unique sur la montagne enseigne aux disciples que Jésus est véritablement le chemin qui conduit vers le Père. C’est lui qu’ils doivent écouter pour connaître Dieu. La conclusion de cet épisode est en effet riche d’enseignements pour nous : Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.

Avec Jésus nous sommes en sécurité, avec lui la crainte de Dieu disparaît pour laisser la place à l’amour. Ne recherchons pas des révélations extraordinaires ou des visions, ne nous mettons pas à la suite de gourous, écoutons simplement Jésus dans son Evangile et recevons la grâce de la communion avec lui, grâce qui nous est offerte à chaque moment de notre existence. Chaque fois que nous communions au corps et au sang du Seigneur ressuscité nous vivons quelque chose de l’expérience faite par les disciples sur la montagne de la transfiguration, nous vivons un instant d’éternité dans la joie et la paix du Seigneur se donnant à nous pour nous conduire au Père.