dimanche 1 décembre 2019

Premier dimanche de l'Avent / A



1er /12/19

Matthieu 24, 37-44

Notre année chrétienne débute avec l’Avent de la même manière qu’elle s’était achevée avec la solennité du Christ, roi de l’univers. C’est-à-dire en nous faisant contempler l’accomplissement de la création et du salut lors de la venue en gloire du Christ. La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Ce contraste entre la nuit et le jour nous parle d’une manière bien différente si nous habitons au Danemark ou bien si nous habitons dans le sud de l’Europe ! Il s’agit d’une image pour nous parler du jour du Christ, jour de l’accomplissement parfait de l’œuvre de Dieu, jour qui nous surprendra comme le déluge avait surpris les contemporains de Noé. Inutile de chercher à savoir quand précisément le Christ reviendra pour mettre fin à notre monde blessé par le péché.
Les lectures de ce dimanche nous donnent deux grandes caractéristiques de la venue glorieuse du Seigneur à la fin des temps. Il reviendra tout d’abord en tant que juge des vivants et des morts. Il sera juge entre les nations et l’arbitre de peuples nombreux, selon la prophétie d’Isaïe. Ce jugement universel impliquera une séparation comme l’indiquent les expressions de l’Evangile : l’un est pris, l’autre laissé ; l’une est prise, l’autre laissée. Ce sera le dernier Avent de l’histoire humaine. C’est ce que Michel-Ange a tenté de représenter sur la paroi de l’autel de la chapelle Sixtine. Si cet avènement n’a pas lieu de notre vivant, le jour de notre mort représentera comme une anticipation de cet Avent de la fin des temps, car nous serons jugés à ce moment-là qui signera de manière irréversible les choix que nous aurons faits tout au long de notre vie humaine. C’est ce que le catéchisme appelle le jugement particulier.

La seconde caractéristique du retour du Christ en gloire consistera dans l’instauration de la nouvelle création représentée par la magnifique vision de Jérusalem dans la première lecture. Une Jérusalem universelle, catholique, attirant vers elle toutes les nations et tous les peuples de la terre. Isaïe annonce ici la Jérusalem céleste du dernier livre de la Bible, l’Apocalypse. Dans Isaïe comme dans le psaume de cette liturgie, le bien suprême apporté par le règne universel de Dieu sera celui de la paix. Jérusalem, si souvent associée aux conflits tout au long de son histoire, deviendra enfin par le salut du Christ ce que son nom signifie : la ville de la paix. De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. A cette magnifique vision de la paix messianique, il convient d’ajouter celle du chapitre 11, toujours dans le prophète Isaïe : Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Cette vision paradisiaque du chapitre 11, écho du jardin d’Eden du commencement, nous fait entrevoir la dimension cosmique du salut apporté par le Christ glorieux à la fin de temps. Ce salut est universel, rassemblant tous les peuples et toutes les nations, mais il est aussi cosmique, rassemblant toutes les créatures humaines et animales dans la paix de Dieu. Si telle est la beauté de l’avenir auquel nous sommes promis, nous savons alors quel est notre devoir sur terre en attendant la venue de ce jour béni. La paix de Dieu nous est déjà donnée dans l’Esprit Saint. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Il nous incombe donc de préparer en quelque sorte la matière du Royaume des cieux par notre engagement en faveur de la paix, en sachant que cette paix ne peut s’établir que dans la vérité, la justice et l’amour.

Le concile Vatican II (Gaudium et Spes 39) a exprimé bien mieux que je ne pourrais le faire en quoi consiste notre nécessaire collaboration à l’avènement du Royaume de Dieu :

Certes, nous savons bien qu’il ne sert à rien à l’homme de gagner l’univers s’il vient à se perdre lui-même, mais l’attente de la nouvelle terre, loin d’affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller : le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C’est pourquoi, s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine.



lundi 25 novembre 2019

Le Christ, roi de l'univers / année C



24/11/19

Luc 23, 35-43

Pour la solennité du Christ, roi de l’univers, qui clôt notre année chrétienne, l’Eglise nous propose pour l’année C comme pour l’année B un extrait de la Passion du Christ. Ce choix peut paraître paradoxal car il associe la royauté à la croix. Mais il présente l’intérêt de bien nous faire comprendre que l’image du roi appliquée à Jésus exige une interprétation pour être comprise correctement. Le fait de contempler la royauté du Christ au cœur même de sa Passion indique d’emblée la différence essentielle qui existe entre les rois de la terre et le Christ. Et dans ce cas la différence est bien plus importante que la ressemblance.

Dans l’Evangile selon saint Luc que nous venons d’écouter, alors que Jésus souffre sur la croix, il est l’objet des moqueries et des insultes. Le message qui lui est adressé à trois reprises se résume en ces mots : sauve-toi toi-même ! Si tu es bien le Messie, le roi des Juifs… Or Jésus, dont le nom signifie justement Dieu sauve, n’est pas venu partager notre condition humaine pour se sauver lui-même mais bien pour nous sauver. C’est la raison pour laquelle il accepte le supplice de la croix et les injures des hommes. C’est au moment même où il apparaît comme un Messie faible et impuissant qu’il réalise notre salut. C’est le scandale de la croix. La puissance des rois terrestres (ou des chefs d’Etat pour parler un langage plus actuel) se mesure habituellement à leurs forces armées et à l’influence de leur empire économique. D’où la folle course aux armements et la guerre économique sans pitié ! C’est une puissance uniquement matérielle et brutale qui se moque bien de la puissance de Dieu, de la puissance d’ordre spirituel. La boutade de Staline adressée à Pierre Laval en 1935 illustre parfaitement le fossé qui existe entre la puissance humaine et la puissance divine : Le pape ! Combien de divisions ? Dans l’Evangile de ce dimanche un seul homme nomme Jésus par son nom, et non pas en lui donnant les titres de Messie ou de roi : c’est le bon larron. Et il le fait dans une attitude d’humilité et de prière, en confessant le règne de Jésus alors qu’il agonise sur la croix. Ce malfaiteur condamné au supplice de la croix est le seul à avoir tout compris. Il pressent que l’échec de Jésus est en fait l’annonce de sa victoire éclatante puisqu’il viendra après sa mort inaugurer son Règne. Saint Paul dans la deuxième lecture nous fait contempler l’homme-Dieu comme étant au centre de la création et de la nouvelle création. Il est à la fois  le premier-né, avant toute créature et le premier-né d’entre les morts. Tout est créé par lui et pour lui. En regard de ces vérités, que la gloire des puissants de ce monde est insignifiante ! Célébrer la fête du Christ Roi est une invitation à revoir les valeurs qui orientent et dirigent non seulement nos vies mais aussi nos sociétés et les relations internationales. L’Evangile opère dans ce domaine une véritable révolution : celle du service et de l’amour. Il n’y a finalement de véritable puissance que celle de l’Esprit Saint. Le véritable pouvoir humain ne peut être que dans la ligne de l’humilité et du service, en dépendance du pouvoir unique qui est celui de Dieu créateur et Sauveur. L’histoire nous montre comment la puissance de l’Esprit a été capable d’ébranler puis de renverser les puissances de ce monde qui mettaient leur assurance uniquement dans les armes et dans l’argent. De grands empires, des dictatures de fer se sont écroulés, mais l’Eglise, dont le Chef et la Tête est le Christ roi, subsiste faible et petite en ce monde, mais puissante de la force de l’Esprit. Contempler le Christ roi, c’est comprendre l’urgence de remplacer les fausses valeurs agressives et brutales, qu’on les nomme armements, concurrence ou compétition économique, par un esprit radicalement nouveau : celui de l’entraide, de la coopération, du partage des richesses matérielles et humaines, du service désintéressé, de la recherche du bien commun dans le dialogue. Le Christ meurt sur la croix pour tout réconcilier en sa personne et faire la paix. Cet événement du Golgotha a eu lieu il y a 2000 ans, mais force est de constater que les valeurs qui régissent notre monde sont encore celles de l’homme primitif même si nous prétendons être plus civilisés que nos ancêtres. De ce point de vue-là l’Evangile n’en est qu’à ses commencements. Il ne pourra porter tous ses fruits que si nous sommes disposés à changer notre cœur de pierre en un cœur de chair et à croire réellement en la puissance transformatrice de l’Esprit de Dieu.

dimanche 17 novembre 2019

33ème dimanche du temps ordinaire / C




Luc 21, 5-19

17/11/19

Dans l’Evangile que nous venons d’écouter Jésus répond à l’admiration de ses disciples devant le Temple par une annonce de sa destruction totale. C’est par la main du romain Titus et de son armée que cette annonce trouvera son accomplissement en l’an 70. Le Temple de l’époque de Jésus n’était pas celui de Salomon, le premier temple détruit en 587 av.JC par les babyloniens, ni le deuxième reconstruit  à la fin du 6ème siècle. Il s’agissait d’un temple presque neuf puisque construit par le roi Hérode à partir de 19 av.JC. Il n’était même pas totalement achevé à l’époque de Jésus… tellement il était grandiose. Pour bien comprendre l’importance de la destruction du Temple, il faut avoir à l’esprit que ce troisième temple était le lieu unique du culte Juif, contrairement à nos églises. Il n’y avait en effet qu’un temple, à Jérusalem, qui était le lieu de la présence divine et le lieu dans lequel on offrait les sacrifices prescrits par la Loi. Si la destruction du Temple a été un drame pour les Juifs qui l’ont vécue, nous pouvons rechercher, en tant que chrétiens, la signification spirituelle de cet événement. C’est Jésus lui-même qui nous la donne dans l’Evangile selon saint Jean pour justifier son geste lorsqu’il expulse les marchands du temple :

« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Dans la nouvelle Alliance, nous avons, nous aussi, un temple unique et véritable, c’est le corps de Jésus mort et ressuscité pour nous. Ce Temple est vivant à jamais et ne pourra jamais plus être détruit par la main des hommes comme sur la Croix, car la mort n’a plus aucun pouvoir sur le Christ glorifié et exalté à la droite du Père. A la fin du livre de l’Apocalypse, dans la vision que Jean a de la nouvelle Jérusalem, donc du Royaume de Dieu dans son achèvement, c’est le Seigneur Dieu et Jésus Agneau qui est l’unique temple :

Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau.

Et si nous passons de cette vision du Royaume à la fin de la Bible au récit de la création au commencement de la Bible, dans le livre de la Genèse, c’est la femme qui est en quelque sorte la première image du temple construit par Dieu. Observons comment est décrite la création de la femme à partir de la côte de l’homme dans le second récit de la création :

Le Seigneur Dieu bâtit en femme la côte qu’il avait prise de l’homme.

Le vocabulaire utilisé est bien celui de la construction et de l’architecture. Il n’est pas dit explicitement que la femme originelle est un temple… mais comment ne pas penser à Marie, la nouvelle Eve, qui, dans le mystère de l’incarnation, sera véritablement le temple de la divinité, l’Arche d’Alliance !

Alors que nous parvenons à la fin de notre année liturgique, cette méditation sur la différence entre le temple de pierre destructible et le Temple vivant et éternel qu’est le Corps du Seigneur ressuscité, né de la Vierge Marie, nous invite à raviver en nous la grâce du sacrement de notre baptême et de notre confirmation. Car si Jésus, Agneau de Dieu, est bien l’unique temple de la nouvelle alliance, Dieu a voulu que nous soyons aussi, chacun pour notre part et ensemble dans la communion de l’Eglise, ses temples et ses sanctuaires. Saint Paul l’affirme clairement dans sa première lettre aux Corinthiens :

Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu, cet homme, Dieu le détruira, car le sanctuaire de Dieu est saint, et ce sanctuaire, c’est vous.

Telle est en effet notre grande dignité. Le fait que nous percevons vivement notre faiblesse et nos péchés ne doit jamais nous empêcher de reconnaître ce grand don de Dieu et d’accomplir ainsi jour après jour notre vocation à la sainteté.


dimanche 3 novembre 2019

TOUSSAINT 2019




Le 19 mars 2018, le pape François a donné à l’Eglise une exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, Gaudete et exsultate. La solennité de la Toussaint est pour nous l’occasion de recevoir cet enseignement du pape. Je voudrais vous partager certains aspects de sa réflexion en me référant au chapitre IV qui traite de quelques caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel. Le pape François énumère 5 caractéristiques de la sainteté chrétienne aujourd’hui :
Endurance, patience et douceur
Joie et sens de l’humour
Audace et ferveur
En communauté
En prière constante.

Pour chacune de ces caractéristiques, je citerai un passage de l’exhortation. Commençons donc par l’endurance, la patience et la douceur :

La première de ces grandes caractéristiques, c’est d’être centré, solidement axé sur Dieu qui aime et qui soutient. Grâce à cette force intérieure, il est possible d’endurer, de supporter les contrariétés, les vicissitudes de la vie, et aussi les agressions de la part des autres, leurs infidélités et leurs défauts : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). Voilà la source de la paix qui s’exprime dans les attitudes d’un saint. Grâce à cette force intérieure, le témoignage de sainteté, dans notre monde pressé, changeant et agressif, est fait de patience et de constance dans le bien. C’est la fidélité de l’amour, car celui qui s’appuie sur Dieu peut également être fidèle aux frères ; il ne les abandonne pas dans les moments difficiles, il ne se laisse pas mener par l’anxiété et reste aux côtés des autres même lorsque cela ne lui donne pas de satisfactions immédiates.

A la vertu de patience le pape unit le don de la joie spirituelle :

Ce qui a été dit jusqu’à présent n’implique pas un esprit inhibé, triste, aigri, mélancolique ou un profil bas amorphe. Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Sans perdre le réalisme, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance. Être chrétien est « joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14, 17), parce que « l’amour de charité entraîne nécessairement la joie. Toujours celui qui aime se réjouit d’être uni à l’aimé […]. C’est pourquoi la joie est conséquence de la charité »… Il y a des moments difficiles, des temps de croix, mais rien ne peut détruire la joie surnaturelle qui « s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout ». C’est une assurance intérieure, une sérénité remplie d’espérance qui donne une satisfaction spirituelle incompréhensible selon les critères du monde.

La troisième caractéristique de la sainteté consiste en l’audace et la ferveur du chrétien :

L’accoutumance nous séduit et nous dit que chercher à changer quelque chose n’a pas de sens, que nous ne pouvons rien faire face à cette situation, qu’il en a toujours été ainsi et que nous avons survécu malgré cela. À cause de l’accoutumance, nous n’affrontons plus le mal et nous permettons que les choses ‘‘soient ce qu’elles sont’’, ou ce que certains ont décidé qu’elles soient. Mais laissons le Seigneur venir nous réveiller, nous secouer dans notre sommeil, nous libérer de l’inertie. Affrontons l’accoutumance, ouvrons bien les yeux et les oreilles, et surtout le cœur, pour nous laisser émouvoir par ce qui se passe autour de nous et par le cri de la Parole vivante et efficace du Ressuscité… Les saints surprennent, dérangent, parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante.

Comme quatrième caractéristique le pape propose l’appartenance à la communauté, l’importance de se sentir membre de l’Eglise. Ou pour le dire autrement nous avons besoin non seulement de Dieu mais aussi des autres pour progresser sur ce chemin de notre vocation à la sainteté.

Il est très difficile de lutter contre notre propre concupiscence ainsi que contre les embûches et les tentations du démon et du monde égoïste, si nous sommes trop isolés. Le bombardement qui nous séduit est tel que, si nous sommes trop seuls, nous perdons facilement le sens de la réalité, la clairvoyance intérieure, et nous succombons. La sanctification est un cheminement communautaire, à faire deux à deux.

Enfin la vie de prière, la vie spirituelle est une dimension fondamentale de vie des saints, donc de toute vie chrétienne.

Finalement, même si cela semble évident, souvenons-nous que la sainteté est faite d’une ouverture habituelle à la transcendance, qui s’exprime dans la prière et dans l’adoration. Le saint est une personne dotée d’un esprit de prière, qui a besoin de communiquer avec Dieu. C’est quelqu’un qui ne supporte pas d’être asphyxié dans l’immanence close de ce monde, et au milieu de ses efforts et de ses engagements, il soupire vers Dieu, il sort de lui-même dans la louange et élargit ses limites dans la contemplation du Seigneur. Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses.


dimanche 27 octobre 2019

30ème dimanche du temps ordinaire / année C



27/10/19

Luc 18, 9-14

D’une certaine manière la parabole que nous venons d’écouter développe celle entendue dimanche dernier : celle de la veuve et du juge inique. Il s’agit toujours du thème de la prière. L’exemple de la veuve nous était donné pour nous encourager à persévérer dans la prière, et particulièrement dans la prière de demande : Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. Aujourd’hui Jésus nous dépeint l’attitude de deux hommes qui montent au temple pour prier. Il veut nous donner à travers ce petit tableau un enseignement sur l’esprit dans lequel nous devons prier. Car, comme le montre l’exemple du pharisien, on peut prier mais d’une manière qui ne correspond pas à la volonté de Dieu, d’une mauvaise manière. L’introduction donnée par saint Luc à la parabole permet de dépasser le cadre strict de la prière : À l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres, Jésus dit la parabole que voici. Ce qui est en jeu ici c’est une attitude spirituelle qui concerne l’ensemble de notre vie et pas seulement les moments que nous consacrons à la prière. Le Seigneur nous met en garde contre une tentation qui est propre aux croyants et aux personnes pieuses : celle de l’orgueil spirituel. Le péché capital d’orgueil, perçu au niveau simplement humain, est facilement repérable : il touche en particulier les domaines du pouvoir, de l’ambition, de la connaissance et de la richesse. Saint Jean en dresse un portrait évocateur : Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. C’est l’orgueil mondain. L’orgueil spirituel, quant à lui, est beaucoup plus difficile à détecter, ce qui le rend d’autant plus dangereux pour notre vie chrétienne et spirituelle. L’introduction de notre page évangélique en donne les caractéristiques essentielles : se considérer comme un juste et mépriser les autres. Le contenu de la prière du pharisien nous permet de mieux comprendre la nature de cet orgueil spirituel, saisie au cœur même de la prière : Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Cette prière commençait très bien, par une action de grâce… mais l’orgueil du pharisien la gâte, la transformant en une prière incapable de plaire à Dieu et de toucher son cœur. Je ne suis pas comme les autres hommes… Le but de toute prière authentique est la communion avec Dieu, Créateur et Père de tous les hommes. Jésus nous demande bien de dire : Notre Père et non pas mon Père. Le croyant orgueilleux s’appuie sur ses bonnes actions pour s’exclure de l’humanité commune considérée comme pécheresse et mauvaise. Il oublie ce que Jésus enseigne dans l’Evangile selon saint Matthieu : il s’agit bien pour nous d’être vraiment les fils du Père qui est aux cieux et qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. La prière véritable unit et fait grandir la communion non seulement avec Dieu mais entre nous. Au lieu d’exclure les autres, elle les inclue au contraire, en particulier par l’intercession. Elle est incompatible avec le jugement qui méprise le frère, avec un cœur dur et sans miséricorde. Bref elle a pour condition essentielle la vertu d’humilité que nous retrouvons dans la figure du publicain. Prier en pensant ou en disant du mal de nos frères est une contradiction en soi. Saint Jacques nous met en garde contre la peste du jugement si difficile à extirper de notre cœur : Cessez de dire du mal les uns des autres ; dire du mal de son frère ou juger son frère, c’est dire du mal de la Loi et juger la Loi. Or, si tu juges la Loi, tu ne la pratiques pas, mais tu en es le juge. Un seul est à la fois législateur et juge, celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre. Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ?

Pratiquement, cette parabole nous invite à considérer comment et dans quel esprit nous entrons dans la prière. Deux pratiques nous rendront plus forts pour lutter contre l’orgueil spirituel : invoquer l’aide et la lumière de l’Esprit Saint et faire un acte d’humilité, soit par un geste (se mettre à genoux, se tenir à distance, ne pas lever les yeux comme le publicain etc.) soit par une prière dans laquelle nous nous reconnaissons pécheurs, nous nous abaissons, au lieu de nous vanter en présence du Seigneur : Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! Ce n’est pas par hasard que chaque célébration eucharistique commence par nous faire faire précisément cet acte d’humilité.

dimanche 20 octobre 2019

29ème dimanche du temps ordinaire / année C



20/10/19

Luc 18, 1-8

Dimanche dernier, l’un des dix lépreux guéris par le Christ nous donnait l’exemple de la prière de remerciement. Aujourd’hui, à travers l’histoire de la veuve importune, Jésus nous donne un enseignement sur la prière de demande. Ce n’est pas la première fois dans l’Evangile selon saint Luc. Au chapitre 11, immédiatement après le don de la prière du Notre Père, la prière de demande par excellence, nous trouvons l’histoire de l’homme importun qui vient réclamer au milieu de la nuit trois pains à son ami. Les deux paraboles sont très proches l’une de l’autre et délivrent un même message : il nous faut apprendre à prier sans se décourager. Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Si Jésus oppose la persévérance dans la prière de demande au découragement, c’est bien parce que nous nous décourageons. Lorsque nous ne sommes pas exaucés, nous cessons de demander, en pensant que cela est inutile. Et combien de prières avons-nous faites sans obtenir ce que nous demandions à Dieu ?

Face à cette difficulté, l’Evangile nous donne un premier élément de réponse : nous ne sommes pas exaucés parce que nous ne prions pas avec une foi véritable. Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Et pourtant nous avons entendu récemment cette affirmation de Jésus, en réaction à la demande de ses apôtres « Augmente en nous la foi ! » : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi. Autrement dit, dès que la foi est présente, elle est puissante et agissante. Or notre foi, petite comme une graine de moutarde, s’accompagne parfois de bien des doutes. Nous pouvons trouver un autre élément de réponse dans la conclusion que le Seigneur donne à l’histoire de l’homme importun qui vient déranger son ami pendant la nuit, comme la veuve ennuie le juge jusqu’à obtenir justice : Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! De manière implicite, Jésus nous fait comprendre quel doit être le premier et principal objet de notre prière de demande : le don de l’Esprit Saint. Enfin un troisième élément de réponse se trouve dans l’introduction donnée au Notre Père dans l’Evangile selon saint Matthieu, introduction qui peut sembler en contradiction avec l’Evangile de ce dimanche… Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Il existe certes une nuance importante entre persévérer dans la prière et rabâcher. Persévérer peut impliquer bien sûr la répétition d’une demande, mais décrit surtout l’intensité avec laquelle nous demandons. Il n’en reste pas moins vrai que le Jésus de saint Luc nous encourage à la prière de demande alors que celui de saint Matthieu semble la déclarer inutile car notre Père sait de quoi nous avons besoin, avant même que nous l’ayons demandé. Mais au fond les deux se rejoignent insistant l’un sur la foi, l’autre sur la confiance. La règle de notre prière de demande doit être finalement celle du Notre Père. Sa condition est la confiance absolue dans le Père. Son objet essentiel, nous l’avons vu, est le don de l’Esprit Saint. Ce qui exclue bien sûr toutes les demandes mauvaises inspirées par la haine, la jalousie, la cupidité ou encore la vengeance. Quand nous demandons au Père une grâce pour les autres ou pour nous-mêmes qui nous semble bonne, comme par exemple la guérison ou trouver un travail ou un mari ou une femme, nous devons toujours le faire à la fois dans l’esprit de persévérance et dans l’esprit de confiance, en soumettant notre demande particulière à la grande et unique demande qui résume tout et qui seule est parfaite parce que faisant partie de la prière même du Seigneur :
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

dimanche 13 octobre 2019

28ème dimanche du temps ordinaire / C



13/10/19

Luc 17, 11-19

Les Evangiles nous rapportent de nombreux épisodes de guérisons opérées par Jésus. Dans ces récits on retrouve bien souvent des points communs : une supplication de la part des malades (ici : Jésus, maître, prends pitié de nous) et l’importance accordée par le Seigneur au rôle de la foi dans la guérison (ici : relève-toi et va : ta foi t’a sauvé).

Le récit de la purification des dix lépreux insiste quant à lui sur un autre aspect en nous donnant comme exemple l’un des dix lépreux, un Samaritain. L’Evangile de Luc met en effet en valeur l’attitude de ce Samaritain qui est celle de l’action de grâce et de la gratitude. Constatant sa guérison, avant même d’arriver à Jérusalem pour se montrer aux prêtres, il revient sur ses pas à la rencontre de Jésus en glorifiant Dieu à pleine voix. Le Seigneur souligne que c’est un étranger, un Samaritain, qui a été capable d’exprimer son adoration et sa gratitude. Souvenons-nous aussi de la parabole du bon Samaritain dans le même Evangile.

C’est la première leçon que nous pouvons retirer de cet épisode. Elle nous enseigne que la foi et la ferveur ne sont pas la propriété exclusive des bons Juifs ou des bons catholiques, et que malheureusement nous sommes parfois parmi les plus lents ou les plus incapables à exprimer à Dieu notre action de grâce, à l’image des neuf lépreux oubliant celui qui les a guéris. Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu !

La seconde leçon est évidente : il s’agit de l’importance de la gratitude envers Dieu. Cet Evangile nous interroge sur notre aptitude à savoir dire tout simplement merci. Et la vertu de gratitude commence d’abord à s’exercer au niveau humain, c’est-à-dire dans les relations que nous avons les uns avec les autres. Si nous sommes incapables de dire merci à notre prochain que nous voyons, comment serions-nous capables d’action de grâce envers Dieu que nous ne voyons pas ? La gratitude va bien au-delà de la simple politesse. Elle s’apprend dès le plus jeune âge dans le cadre de la famille. Il s’agit en fait de reconnaître que nous dépendons des autres pour vivre et que nous ne sommes pas des êtres autonomes et isolés. Il s’agit de percevoir que tout est don. Et même quand nous achetons quelque chose, il est bon de dire merci. Sans cette reconnaissance de notre dépendance mutuelle, la vie en société devient dure et sauvage. La gratitude contribue à la douceur de la vie en société et à la joie de vivre ensemble. Il s’agit de nous enlever de la tête que tout nous est dû que ce soit dans le couple, dans la famille, dans notre travail et dans notre vie sociale. A plus forte raison la gratitude est aussi une vertu spirituelle qui touche au cœur même de notre relation avec Dieu pour la simple raison qu’il est Créateur et que nous sommes ses créatures. Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? s’exclame saint Paul. Un cœur bon est forcément un cœur qui sait reconnaître le don de Dieu, le don des autres, et qui spontanément exprime sa reconnaissance, non pas comme un devoir de politesse ou un devoir religieux, mais comme une nécessité intérieure. Pratiquer cette vertu peut changer radicalement notre vie humaine et chrétienne. Car un cœur qui sait dire merci est toujours un cœur comblé par la paix et la joie qui viennent du Seigneur.