dimanche 25 septembre 2016

26ème dimanche du temps ordinaire / année C



Luc 16, 19-31

25/09/16

La parabole que nous venons d’entendre nous dépeint deux personnes, l’homme riche et le pauvre Lazare, à deux moments différents, avant leur mort et après. La partie la plus courte est la première, c’est celle consacrée à la vie des deux hommes ici-bas. Jésus souligne le contraste absolu entre la vie de plaisirs menée par le riche et la misère de Lazare, accablé par la faim et la maladie. Aux vêtements de luxe correspondent les plaies, aux festins somptueux, les miettes de pain que le pauvre mendie… Et l’on pourrait ajouter qu’aux amis du riche, partageant ses festins, correspondent les chiens venant lécher les plaies de Lazare : à une vie sociale riche, la solitude du pauvre. Ce n’est pas pour rien que de nombreux pauvres, vivant dans la rue, sont souvent accompagnés par un chien, c’est leur seule compagnie, l’unique forme d’affection qu’ils peuvent recevoir. Le fait que Jésus nomme le pauvre et pas le riche a suscité chez le pape Grégoire le grand ce commentaire : Le nom des riches est ordinairement plus connu parmi le peuple que celui des pauvres. Que signifie donc le fait que le Seigneur, parlant d’un pauvre et d’un riche, donne le nom du pauvre et non celui du riche ? C’est que Dieu connaît les humbles et les approuve, tandis qu’il veut ignorer les orgueilleux… C’est comme s’il disait clairement : « Je connais le pauvre, qui est humble ; je ne connais pas le riche, qui est orgueilleux. Je connais le premier, car je l’approuve ; j’ignore le second, car mon jugement le réprouve. » Lorsque la mort survient, riches et pauvres deviennent égaux. Et c’est à ce moment que commence la deuxième partie de notre parabole. Le contraste qui existait avant la mort se maintient, et même se renforce, mais de manière inversée. Le jugement de Dieu renverse la situation qui était celle du riche et de Lazare avant leur mort : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir. Au riche qui mendie une goutte d’eau à Lazare pour soulager ses souffrances, Abraham, se  faisant le porte-parole de Dieu, répond ainsi. La réponse d’Abraham peut poser bien des problèmes d’interprétations. Si nous la comprenons de manière littérale, elle signifie qu’il suffirait de souffrir ici-bas pour connaître les joies du paradis, et que, dans l’autre sens, une vie agréable sur cette terre nous conduirait automatiquement en enfer. Or le bonheur ou le malheur ne sont, par eux-mêmes, ni un vice ni une vertu, pas plus d’ailleurs que la richesse ou la pauvreté. Et il peut exister des riches au cœur humble et des pauvres remplis d’orgueil. La difficulté s’accroit encore, car à aucun moment dans l’histoire, il est dit de manière explicite que le riche est en enfer parce qu’il a refusé de voir Lazare devant sa porte, et que n’ayant pas eu de compassion pour ce pauvre homme, il a été égoïste, refusant de partager avec lui la nourriture surabondante de ses festins. La deuxième partie du dialogue entre le riche et Abraham met au centre l’écoute, c’est-à-dire la mise en pratique, de la Parole de Dieu. Si le riche est en enfer, c’est parce qu’il n’a pas pris au sérieux le message délivré par Moïse et les prophètes. Ses cinq frères suivent le même chemin, et même un ressuscité ne pourrait pas toucher leurs cœurs endurcis et indifférents à la souffrance des autres. C’est donc de manière indirecte que Jésus nous donne la raison de la condamnation du riche. La Loi de Moïse, et encore davantage les Prophètes, ne cessent de rappeler aux membres du peuple de Dieu l’exigence de la justice sociale, de la charité et de la compassion. Les murs d’inégalité et d’injustice construits par les hommes et par les nations entre elles, pour le bonheur d’un tout petit nombre et le malheur de la majorité, ces murs sont transformés par le jugement de Dieu en un abîme infranchissable. A l’inégalité économique et sociale répond dans le Royaume de Dieu l’abîme moral entre ceux qui ont suivi leur conscience et ceux qui, au contraire, ont étouffé en eux la voix de leur conscience. Et le critère de ce jugement, c’est bien comment nous aurons accueilli et mis en pratique l’Evangile de Jésus. Ne soyons pas de ceux qui réclament des signes et des miracles pour pouvoir se convertir et changer de vie. Demandons au Seigneur la grâce de recevoir avec un cœur docile le signe de sa Parole, révélée de manière parfaite et définitive en la personne de Jésus-Christ :


Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.

dimanche 18 septembre 2016

25ème dimanche du temps ordinaire / année C


Luc 16, 1-13

18/09/16

Saint Luc consacre le chapitre 16 de son Evangile au thème de l’argent. Nous venons d’entendre la parabole qui ouvre ce chapitre. La page évangélique de ce dimanche présente de nombreuses difficultés d’interprétations. Il convient de bien distinguer l’histoire du gérant habile d’une part et les commentaires que Jésus en tire d’autre part.
Nous avons donc tout d’abord la parabole du gérant habile. Cette histoire est ambigüe, et pourrait nous donner l’impression que Jésus approuve la conduite d’un homme malhonnête. Dans une parabole, ce ne sont pas forcément tous les détails de l’histoire qui comptent, mais ce qu’il convient d’appeler la fine pointe du texte, autrement dit son enseignement moral. Ce qui est donc remarquable dans l’attitude de ce gérant, ce n’est pas sa malhonnêteté, mais son habileté qui lui permet de se sortir d’une mauvaise situation. Jésus remarque que les fils de ce monde, ceux pour qui Dieu ne compte pas dans leur vie, sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Le commentaire qu’il fait suite à la parabole est une invitation faite aux fils de la lumière, c’est-à-dire aux croyants, à devenir habiles en vue du Royaume de Dieu.

C’est à l’occasion de ce commentaire que le Seigneur nous révèle ce qu’il pense à propos de l’argent. L’argent est tout d’abord qualifié de malhonnête, ce qui signifie que, d’un point de vue moral, il revêt une connotation négative. Ceci est en contraste avec toute une tradition propre à l’Ancien Testament qui voyait dans la richesse une bénédiction divine, tout simplement parce que pendant très longtemps les Juifs n’ont pas cru en la possibilité d’une vie après la mort. Si donc l’argent est malhonnête, il n’en est pas moins nécessaire dans la vie qui est la nôtre ici-bas. Et c’est là précisément que le chrétien doit se montrer habile en se faisant des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis nous accueillent dans les demeures éternelles. Oui, un jour, celui de notre mort, nos richesses accumulées ne nous seront plus d’aucune utilité. L’argent n’a pas une valeur éternelle, mais bien temporelle. L’habileté des fils de la lumière consiste à l’utiliser de telle manière qu’il puisse, lui aussi, nous aider à faire notre passage vers la vie éternelle. Qui sont donc ces amis qui nous accueilleront dans le royaume de Dieu dans la mesure où nous aurons utilisé avec habileté l’argent malhonnête ? Ce sont tout simplement les personnes qui auront bénéficié de notre générosité, de notre esprit de solidarité et de partage, et donc en particulier les pauvres, les faibles et les démunis. Si nous accumulons l’argent malhonnête uniquement pour nous, non seulement nous risquons bien d’en faire une idole, mais en plus nous risquons de mépriser la dignité des pauvres, le droit que tout homme a de vivre décemment. C’est ce que nous rappelle la première lecture. Utiliser avec habileté l’argent malhonnête, c’est s’en servir pour vivre la fraternité avec tous nos frères humains.


La conclusion de cette page évangélique est quant à elle d’une clarté absolue : vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Dans notre esprit, nous concevons spontanément une opposition entre Dieu et Satan, et il est vrai que Satan veut faire échouer le plan de Dieu en nous éloignant de notre Père du ciel. Ici l’argent est comme une incarnation mondaine de Satan. Ici l’argent se fait tentateur. Et cette page d’Evangile est d’une actualité frappante dans un monde où, au nom des lois du marché, on considère comme tout à fait normal que certains hommes, dirigeants de grandes entreprises ou travaillant dans la finance, aient des rémunérations qui dépassent l’imagination, alors que d’autres vivent dans la misère la plus abjecte. Le culte du profit illimité est en effet incompatible avec la morale, et les lois du marché n’ont que faire de la morale. Si l’on peut augmenter les profits en licenciant, en délocalisant, en exploitant les travailleurs encore davantage, en cachant la nocivité ou le danger que représente tel produit ou telle activité pour la santé humaine ou encore pour l’environnement, on le fera sans le moindre regret. Le culte de l’argent s’oppose à Dieu parce qu’il efface en nous la voie de la conscience. Tant que la politique, dans le sens noble du terme, n’aura pas repris le contrôle de l’activité économique afin de l’orienter vers le bien commun, l’argent malhonnête continuera à produire des dégâts sociaux et écologiques considérables. A la suite du pape François et en fidélité avec ses enseignements, il revient aux chrétiens de promouvoir un usage habile de l’argent malhonnête. Il revient aux croyants de soumettre aux principes éthiques l’activité commerciale, de telle sorte que les lois du marché ne soient pas au-dessus de la Loi de Dieu. Il est en effet urgent de susciter une alternative économique qui soit inspirée par la foi chrétienne, une économie solidaire et écologique, au service du développement de tout homme et de tout l’homme. Pour les fils de ce monde, ce discours est une utopie, il est au contraire le seul horizon réaliste pour les fils de la lumière.

dimanche 11 septembre 2016

24ème dimanche du temps ordinaire / année C


Luc 15, 1-32

11/09/16

En cette année de la miséricorde divine, la liturgie de ce dimanche propose à notre méditation les trois paraboles de la miséricorde en saint Luc.


Ces histoires nous parlent de la conversion, du retour à Dieu, mais aussi et surtout de Dieu qui se met à notre recherche pour nous réconcilier avec lui. Dieu notre Père veut que nous vivions une relation d’alliance avec lui, et jamais il ne se résigne à notre refus de vivre dans l’amitié avec lui. Il espère toujours notre retour à la maison comme le père de la parabole. C’est cela qu’affirme le Nouveau Testament en disant que Dieu veut le salut de tous les hommes. Quand nous parlons de conversion et de retour à Dieu, nous devons comprendre que la vie chrétienne nous met dans un état de conversion permanente. Je m’explique. Il y a la grande conversion, celle du début, comme dans le cas de Paul qui ne savait que « blasphémer, persécuter, insulter », mais qui, du jour au lendemain, est devenu disciple puis apôtre de Jésus. Ce changement radical est l’œuvre de la grâce, du don d’amour de Dieu en Jésus-Christ. Et cette grâce a été plus forte que le fanatisme de Saul qui le poussait à persécuter l’Eglise en croyant faire la volonté de Dieu. Mais il y a aussi la conversion, les conversions quotidiennes, de ceux qui sont déjà chrétiens, nos conversions. C’est cela que le Carême vient nous rappeler chaque année. Nous sommes baptisés et nous avons mis notre foi dans le Christ, mais nous mesurons chaque jour combien nous sommes éloignés de la sainteté qui est notre vocation à tous. Dieu veut non seulement notre salut, mais aussi, et c’est inséparable, notre progrès spirituel et moral. Si nous sommes bons, nous pouvons toujours devenir meilleurs. La vie chrétienne est dynamique et elle nous pousse de l’avant. C’est le sens du sacrement du pardon qui nous est offert non seulement pour obtenir le pardon de nos péchés graves mais aussi des péchés dits véniels. La miséricorde divine est un appel à progresser sur ce chemin de perfection sans jamais nous décourager, sans jamais abandonner la lutte spirituelle qui est celle de la vie chrétienne, et cela dans des domaines allant de notre vie de prière personnelle jusqu’à notre vie familiale, sociale, et notre engagement au service du bien commun dans la société. La doctrine sociale de l’Eglise nous aide à progresser dans tous les domaines très concrets de notre vie. Par exemple, à travers son encyclique Laudato si’, le pape François nous demande de faire notre examen de conscience par rapport à l’écologie, et il n’hésite pas à parler de conversion écologique.

Dans les trois paraboles de la miséricorde nous entendons comme un refrain : celui de la joie du ciel, des anges et du Père lui-même lorsque nous revenons vers lui par un acte de conversion, lorsque nous utilisons notre liberté pour dire oui au projet de Dieu pour nous, pour répondre à notre vocation : « Il fallait bien festoyer et se réjouir ». Nous trouvons ici une motivation très forte pour prendre au sérieux toutes les petites conversions quotidiennes. L’amour incompréhensible de Dieu est tel que nous sommes capables de réjouir son cœur, de lui faire plaisir, chaque fois que nous retournons vers lui après nous en être éloignés, chaque fois que nous progressons dans notre vie spirituelle et morale. Voilà le sacrifice qui plaît à Dieu, celui d’un cœur brisé et broyé, d’un cœur qui se laisse toucher par l’Esprit Saint. Rien ne touche plus le cœur de Dieu que notre humilité et le sincère regret que nous avons de nos fautes, de nos péchés et de nos imperfections. Dieu nous donne cet immense pouvoir sur son propre cœur, celui de le réjouir par notre retour à lui. Il nous offre cela dans sa miséricorde. Pourquoi attendre demain pour commencer à prendre au sérieux son appel à la sainteté ?

dimanche 3 juillet 2016

14ème dimanche du temps ordinaire / C


3/07/16

Luc 10, 1-20

Les évangiles nous rapportent que Jésus, dès le commencement de sa prédication, a appelé des hommes à le suivre et à partager sa vie : les Douze, le groupe très proche des apôtres, mais aussi d’autres disciples dont l’évangile de ce jour nous dit qu’ils étaient 72. Comme les apôtres, ces disciples sont envoyés en mission et Jésus leur confie l’évangélisation. L’introduction que saint Luc donne au discours d’envoi en mission a son importance. Tout d’abord la mission ne se vit pas seul mais avec d’autres, deux par deux. C’est le sens de la communauté, le sens de l’Eglise. Ils sont envoyés devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. Un missionnaire est un éclaireur, un ambassadeur du Christ pour reprendre la parole de saint Paul. Comme Jean le Baptiste, les disciples doivent préparer la venue du Seigneur. Le missionnaire défriche le terrain souvent aride des cœurs humains pour que Jésus puisse être accueilli. C’est un travail de préparation des cœurs qui souligne bien que l’œuvre de la conversion ne peut venir que de Dieu lui-même. Les missionnaires n’ont pas le pouvoir de convertir les hommes. Ils ne sont que des témoins.

Dans les paroles que Jésus leur adresse avant leur départ, nous pouvons souligner la préparation aux difficultés et même à l’échec. Comme des agneaux au milieu des loups : cette expression souligne en même temps la faiblesse des missionnaires et l’hostilité de ceux vers lesquels ils sont envoyés. Jésus est honnête avec eux et les prévient que leur parole sera parfois refusée. Dans ce cas-là ils ne doivent ni insister ni s’imposer, et poursuivre leur route. Le contenu de leur message est très simple : transmettre la paix de Dieu et annoncer la proximité du Règne de Dieu. Oui, en Jésus son Fils, Dieu s’est fait proche de tout homme et tout homme peut donc faire l’expérience de l’amour et de la miséricorde de Dieu au contact de Jésus. Les paroles du Seigneur abordent aussi le pouvoir spirituel qu’il donne à ses disciples. Ils sont comparés à des agneaux mais ils reçoivent un pouvoir spirituel pour être vainqueurs du mal et des esprits mauvais. Evangéliser, c’est en effet libérer les hommes de l’esclavage du mal pour les rendre à Dieu, leur créateur et Père. C’est par rapport à ce pouvoir spirituel qu’il faut comprendre les consignes concernant le dénuement matériel des missionnaires. L’évangélisation telle que la conçoit Jésus ne doit pas s’appuyer sur les pouvoirs du monde (l’argent, les gouvernants etc.). C’est le mystère de la croix rappelé par saint Paul dans la deuxième lecture : par la croix, le monde est à jamais crucifié pour moi, et moi pour le monde. Tout au long de son histoire, l’Eglise s’est souvent appuyée sur les puissances de ce monde afin d’évangéliser, oubliant ainsi les paroles de Jésus. Le christianisme s’est ainsi transformé en chrétienté, un système dans lequel l’Etat et l’Eglise étaient étroitement liés. Et malheureusement l’évangélisation a de nombreuses fois commencé par des conquêtes militaires au cours desquelles les soldats du roi tuaient et massacraient, réduisaient en esclavage, avant que les missionnaires prêchent l’Evangile ! Jésus, dès le départ, met en garde son Eglise contre la tentation de vouloir à tout prix la réussite et cela le plus rapidement possible. Comme toutes les grandes choses, l’évangélisation demande du temps et donc beaucoup de patience. En 2016, dans notre monde très différent de celui que Jésus a connu, il est impossible de retirer à l’Eglise certains moyens matériels, nécessaires à sa mission. Mais l’utilisation de ces moyens matériels et financiers doit toujours être soumise à l’esprit de la mission, tel que Jésus nous le transmet. Se garder de rechercher à tout prix un succès facile et immédiat, se préserver des compromissions avec les pouvoirs politiques et civils, refuser l’usage de la force et des armes etc. Lorsque les disciples rentrent tout joyeux de mission après les premiers succès de l’évangélisation, Jésus les réoriente immédiatement vers l’essentiel. Car ce succès des débuts pourrait les gonfler de vanité et d’orgueil et leur faire oublier que le pouvoir qu’ils ont de libérer du mal et de réconcilier les hommes avec Dieu leur vient du Christ.


Ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux.

dimanche 26 juin 2016

13ème dimanche du temps ordinaire / année C


26/06/16

Luc 9, 51-62

L’Evangile de ce dimanche marque un tournant décisif dans le ministère public du Seigneur. L’introduction donnée par saint Luc le montre clairement. Jésus commence sa montée vers Jérusalem, et il marche avec courage vers sa Passion et sa mort en croix. Il sait en effet ce qui l’attend à Jérusalem. La première partie de cet évangile concerne l’attitude des disciples tandis que la seconde rassemble des paroles de Jésus sur ce que signifie « marcher avec lui, marcher à sa suite ».

De Galilée pour aller vers Jérusalem, il fallait traverser la Samarie. Or les samaritains étaient mal considérés par les Juifs de Judée et vice-versa. Ils étaient vus comme des schismatiques car ils avaient leur propre temple et ignoraient donc le culte célébré dans le temple unique de Jérusalem. Il n’est donc pas étonnant que les samaritains refusent d’accueillir Jésus et ses disciples, étant donnée cette inimitié entre Juifs et samaritains. Or l’hospitalité dans la Bible est très importante, elle est même un devoir sacré. Ce refus suscite chez Jacques et Jean un désir de vengeance. Il faut que Dieu punisse ces samaritains en faisant tomber sur eux le feu du ciel, comme autrefois il avait puni les habitants de Sodome parce qu’ils n’avaient pas respecté les lois sacrées de l’hospitalité. Jésus refuse cette violence et réprimande ses disciples. Il condamne ainsi d’une manière claire le fanatisme religieux qui a toujours tendance à imposer par la force le culte de Dieu et la morale qui va avec. D’ailleurs, dans le chapitre suivant, nous voyons comment Jésus envisage à nouveau ce cas de refus dans le contexte de l’envoi en mission des disciples. Si les missionnaires sont mal accueillis ou si l’on ne veut pas d’eux à un endroit, que doivent-ils donc faire ? La réponse est claire : s’en aller ailleurs pour continuer leur mission. Dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites : “Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.” Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. Il est intéressant de relever que Jean, juste avant le départ pour Jérusalem, s’était déjà fait remarquer pour son sectarisme : Jean, l’un des Douze, dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il ne marche pas à ta suite avec nous. » Jésus lui répondit : « Ne l’en empêchez pas : qui n’est pas contre vous est pour vous. » Dans l’Eglise du Christ, il n’y a pas de place pour des attitudes et des pensées inspirées par le sectarisme et le fanatisme.


Dans la seconde partie de notre Evangile, Jésus rencontre trois hommes dont deux déclarent vouloir le suivre. Au premier, le Seigneur rappelle la difficulté de cette entreprise alors même qu’il monte à Jérusalem pour y connaître un échec apparent. La route sera rude et il faudra accepter de vivre dans la pauvreté, il faudra surtout être prêt au rejet et au mépris. L’autre homme nous rappelle l’histoire de la vocation d’Elisée dans la première lecture : il veut saluer sa famille avant de suivre Jésus. Etre disciple, c’est non seulement accepter l’échec et le refus, mais c’est aussi mettre l’amour pour le Christ au-dessus de l’amour naturel que nous portons à notre famille. Et certaines vocations de prêtres, de religieux et religieuses, ne peuvent se réaliser qu’au prix d’une rupture avec sa famille, lorsque, par exemple, des parents s’opposent à ce que leurs enfants répondent à un appel particulier du Seigneur. Dans un autre cas, c’est Jésus qui appelle un homme à le suivre. Cet homme vient de perdre son père et veut donc l’honorer par les funérailles. C’était un devoir sacré pour tout Juif d’assurer à ses parents un enterrement digne de ce nom. Face à l’annonce du Règne de Dieu, face à la vocation missionnaire, même ce devoir sacré s’efface. Ici Jésus se montre d’un radicalisme qui choquait certainement les Juifs qui l’entendaient et qui nous choque encore aujourd’hui. N’oublions pas qu’il prononce ces paroles de feu dans un contexte dramatique, celui de sa montée vers Jérusalem. Mais il n’en demeure pas moins vrai, à travers ces trois exemples, que lorsque Jésus appelle une personne à le suivre, il exige un amour sans partage, amour qui implique un détachement radical. Cela montre l’extrême importance que le Seigneur accorde à l’annonce de l’Evangile. Par conséquent cela nous invite aussi à accueillir toujours avec zèle les enseignements de Jésus et à utiliser toute notre liberté et notre volonté pour les mettre en pratique avec la grâce de Dieu.

dimanche 19 juin 2016

12ème dimanche du temps ordinaire / C


19/06/16

Luc 9, 18-24

Saint Luc souligne dans son Evangile l’importance de la prière dans la vie de Jésus, et de la prière à l’écart. C’est dans ce contexte de prière que le Seigneur pose à ses disciples deux questions sur son identité, un peu à la manière d’un sondage. Evidemment il n’a pas besoin de poser des questions pour savoir ce que l’on pense de lui. Mais s’il le fait, c’est pour susciter une réponse de foi dans le cœur de ses disciples, c’est pour les faire avancer dans la compréhension de sa personne. Après la question concernant l’opinion de la foule, Jésus s’adresse plus directement à ses disciples : Pour vous, qui suis-je ? Et c’est Pierre, le premier parmi les disciples, qui répond, en se faisant le porte-parole du groupe : Le Messie de Dieu. Nous avons du mal aujourd’hui à nous représenter le poids de cette réponse. En effet, pour les Juifs, le Messie était un personnage unique et particulièrement important. Et affirmer qu’il était là au milieu d’eux, c’était comme dire que l’histoire humaine et religieuse du peuple entrait dans une nouvelle phase. La réponse de Pierre suscite chez Jésus une réaction qu’il faut expliquer : il leur défendit vivement de le révéler à personne. Pourquoi donc ce secret messianique ? Jésus ne dit pas que Pierre a mal répondu. Pierre a dit la vérité : oui, Jésus est bien le Messie attendu par le peuple. Mais, comme le dit le proverbe, toute vérité n’est pas bonne à dire. Jésus ne s’intéresse pas seulement à la vérité sur son identité. Ce qui le passionne c’est que cette vérité soit comprise et accueillie correctement dans les cœurs de ses contemporains. Il s’intéresse au récepteur de la vérité, c’est-à-dire à l’homme qu’il est venu sauver. Or la vérité sur le Messie était une vérité dangereuse parce qu’ambigüe. Une chose est d’affirmer une vérité, une autre est de l’interpréter correctement. Les Juifs dans leur grande majorité n’étaient pas prêts à comprendre correctement cette affirmation. Parce que dans leur mentalité trainait l’idée que le Messie aurait une fonction politique… Ils se représentaient le Messie comme un nationaliste zélé qui allait libérer Israël de l’humiliation de l’occupation romaine. D’où le secret que Jésus impose aux disciples sur son identité. Il leur fait comprendre que ce n’est qu’après sa Passion, sa mort et sa résurrection que la vérité sur le Messie pourra être reçue correctement. Car un Messie qui accepte de se faire condamner à mort par l’autorité romaine ne peut plus être compris comme un révolutionnaire politique ! Après Pâques, l’idée de Messie sera purifiée de sa dimension nationaliste et violente, elle sera donc utilisable pour parler de Jésus.


Après cet enseignement délivré aux disciples, le Seigneur se tourne vers les foules. La vérité que Jésus nous donne n’est pas une vérité théorique, comme on peut la trouver dans les encyclopédies. C’est une vérité qui ne peut se découvrir que si l’on accepte de se mettre en route, de marcher à sa suite. C’est une vérité existentielle. Dieu se révèle au cœur de nos vies. Et c’est par notre manière de vivre que nous lui permettons, ou au contraire lui interdisons, de se révéler à nous. La vérité n’est pas au départ, elle est à l’arrivée, une fois que l’on a parcouru le chemin jusqu’au bout. De la même manière que c’est uniquement après Pâques que la personne de Jésus peut être reconnue pour ce qu’elle est réellement. Le chemin qui nous mène à la plénitude de la vérité passe par la croix et le renoncement. Traduisons le langage des Evangiles : cela signifie que ce chemin n’est pas facile, qu’il demande des efforts et qu’il implique d’accepter de souffrir à la suite de Jésus. La logique de la foi nous décentre de nous-même et de notre pente naturelle qui est celle de l’égoïsme. Pour le dire de manière positive, c’est seulement par l’amour de Dieu et du prochain que nous pouvons rencontrer le Christ en vérité et le connaître comme le Messie. Car le double commandement de l’amour nous décentre de nous-même pour nous orienter à la fois vers Dieu notre Père, source de notre vie et de notre existence, et vers nos frères les hommes ainsi que vers toutes les créatures. C’est cela perdre sa vie pour Jésus : donner la vie reçue pour Dieu et pour le prochain.

dimanche 12 juin 2016

11ème dimanche du temps ordinaire / C


12/06/16

Luc 7,36-8,3


Dans la page évangélique de ce dimanche, saint Luc peint un tableau très vivant de la rencontre inattendue entre Jésus et une femme pécheresse. Le premier verset décrit la situation : un pharisien invite le Seigneur à manger chez lui. Ce qui aurait dû être un repas entre honnêtes gens, un moment de discussion sur des thèmes religieux, va être chamboulé par l’irruption, non prévue au programme de ce repas, d’une femme qualifiée de pécheresse. Son comportement à l’égard de Jésus va lui permettre de faire de la théologie, mais pas un catéchisme abstrait. Il s’agit d’une théologie partant de l’expérience et de la vie de cette femme, une théologie comme aime à la pratiquer le pape François. Non pas un brillant exercice intellectuel sur les choses de Dieu, mais une réflexion concrète sur l’action de Dieu dans nos vies. Si la femme est qualifiée de pécheresse, on peut penser à une pécheresse publique, probablement une prostituée. Elle n’a pas peur de s’inviter chez le pharisien pour honorer Jésus et le rencontrer. Son attitude est très humble. Elle n’ose même pas le regarder en face, elle se tient derrière lui, à ses pieds, comme une esclave. Ses pleurs sont le signe à la fois du regret de ses péchés et de sa joie de rencontrer le Christ. Ce sont les pleurs de la conversion. La réflexion intérieure du pharisien révèle à quel point il méprise cette femme parce qu’elle est une pécheresse. Jésus, lisant dans ses pensées, en profite pour délivrer un enseignement sur la miséricorde et le pardon à travers la parabole des deux créanciers. Simon, le pharisien, est un honnête homme qui suit la loi de Moïse. Il n’a pas vraiment fait l’expérience du pardon de Dieu parce qu’il ne se considère pas comme un grand pécheur. Au fond il n’a pas besoin de ce pardon puisqu’il a trouvé sa justification dans sa propre fidélité à la loi de Moïse. Or, nous dit saint Paul dans la deuxième lecture, personne ne devient juste en pratiquant la Loi. Sans que la femme en ait fait explicitement la demande, Jésus affirme que ses péchés sont pardonnés à cause de son grand amour. Ses larmes et ses gestes sont en effet une manifestation évidente de cet amour pour Jésus. Remarquons aussi que le Seigneur n’appelle pas cette femme du nom méprisant de « pécheresse » mais signale seulement « ses nombreux péchés ». C’est là la source d’inspiration pour l’attitude de l’Eglise, ministre de la miséricorde de Jésus : aucun mépris pour les personnes ayant commis des péchés et dénonciation du mal dont le péché est l’expression. Une personne ne se réduit jamais à ses péchés, elle n’est pas d’abord un pécheur ou une pécheresse, mais un fils ou une fille de Dieu appelé à la conversion et à la joie de l’Evangile, fut-elle une prostituée. Qu’est-ce qui nous sauve ? Qu’est-ce qui nous permet d’accueillir le pardon de Dieu dans nos vies ? L’amour et la foi, répond Jésus : Tes péchés sont pardonnés… Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! C’est bien parce que nous aimons Jésus et que nous sommes conscients de son amour pour nous, que nous pouvons regretter le mal que nous avons commis. Dans ce mouvement de conversion qui implique la foi en Jésus Sauveur, nous recevons le pardon de nos péchés. Dans le sacrement de confession, c’est ce que nous appelons la contrition. Pour que cette contrition soit parfaite, il faut que ce soit par amour de Jésus que nous pleurions nos péchés, et pas seulement parce que nous avons honte ou encore pour nous mettre en règle. Cette femme est l’exemple même de la contrition parfaite qui obtient immédiatement le pardon de Dieu. Cette contrition parfaite est une grâce que nous devons demander à Dieu lorsque nous nous préparons à la confession. Il n’est pas en notre pouvoir de l’obtenir. Seul le Saint Esprit peut toucher nos cœurs et les enflammer de l’amour pour Jésus. Si l’amour obtient le pardon, le pardon reçu fait aussi grandir en nous l’amour, car celui à qui on pardonne peu, montre peu d’amour.