dimanche 6 mars 2016

Quatrième dimanche de carême / C


6/03/16

Luc 15, 1-3 ; 11-32

Le chapitre 15 de l’évangile selon saint Luc nous rapporte trois paraboles consacrées au thème de la miséricorde divine. En cette année sainte de la miséricorde, nous méditons à nouveau la parabole du fils prodigue, bien connue de tous. Jésus n’a pas donné ces paraboles d’abord comme un enseignement. L’introduction de saint Luc est très importante pour nous faire comprendre qu’elles sont en fait une réponse à une critique : Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! Bref les hommes religieux accusent Jésus de laxisme, il est trop bon envers les pécheurs. Il devrait, au contraire, se montrer sévère et exigeant à leur égard.

Les personnages de la        parabole correspondent donc aux personnages réels. Jésus justifie son attitude d’accueil envers les pécheurs en s’identifiant au père miséricordieux, donc à Dieu lui-même. En même temps le fils prodigue correspond au groupe des publicains et des pécheurs qui venaient tous à Jésus pour l’écouter, tandis que le fils aîné, jaloux de son frère, représente bien le groupe des pharisiens et des scribes qui murmurent contre Jésus parce qu’il serait trop bon.

L’un des grands enseignements de cette parabole, c’est que tous ont besoin de se convertir, tous ont besoin de se laisser réconcilier avec Dieu, même si c’est pour des raisons très différentes. Spontanément on pense d’abord au fils prodigue pour montrer le chemin de la conversion comme retour vers le père et regret de ses fautes. La première partie de l’histoire nous montre comment ce fils, en s’éloignant de son père, finit par perdre sa dignité. Lui qui était riche, grâce à l’héritage reçu de son père, finit dans la pauvreté et endure la faim. C’est le chemin que Jésus lui-même a voulu parcourir pour nous sauver. Non pas qu’il se soit éloigné du Père ou qu’il ait commis le péché, mais, comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.


N’oublions pas cependant la conversion ratée du fils aîné, dévoré par la jalousie envers son frère. Lui, extérieurement, ne s’est jamais éloigné de la maison de son père et a toujours obéi à ses volontés. Mais son obéissance était tout extérieure, et de fait il est incapable de comprendre la joie de son père lorsque son frère finit par revenir. S’il avait vraiment aimé son père, il aurait été capable de communier à sa joie. Sa justice était formelle et ne touchait pas vraiment son cœur. Cette justice ressemble à celle d’un fonctionnaire ou d’un soldat obéissant aux ordres venus d’en haut. On ne lui demande pas d’approuver dans son cœur la bonté et la justesse des ordres, on lui demande seulement de les exécuter sans broncher ni discuter. Depuis son élection, et en particulier à travers l’année de la miséricorde, le pape François rappelle aux catholiques qu’ils peuvent être, eux aussi, les pharisiens et les scribes de notre temps. En insistant sur le devoir de l’Eglise d’aller vers les périphéries et de s’oublier elle-même pour porter l’Evangile du Christ à ceux qui se sont éloignés, le pape nous invite à être miséricordieux comme le père de la parabole. Au lieu d’être jaloux et de nous mettre en colère lorsque Dieu pardonne et accueille ses enfants égarés, nous devrions au contraire nous réjouir et rendre grâce parce que notre frère qui était mort est revenu à la vie. Avoir un cœur vraiment catholique nous préserve de l’esprit sectaire et de l’orgueil religieux. Notre justice ne vient pas d’une observance extérieure des commandements divins mais de l’amour du Christ. C’est lui qui nous permet de communier intérieurement avec Dieu notre Père, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et se réjouit de retrouver le fils perdu. Les fidèles que nous voulons être doivent se garder de l’amertume pour pouvoir participer à la fête, car il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.

dimanche 21 février 2016

Deuxième dimanche de carême / C


21/02/16

Luc 9, 28-36

Si le premier dimanche de carême souligne l’importance du jeûne, en particulier chaque vendredi de carême, le deuxième dimanche nous rappelle la place de la prière dans notre vie chrétienne et dans notre préparation à Pâques.

La transfiguration du Seigneur a lieu alors que Jésus prie sur la montagne. Ce mystère lumineux révèle la divinité du Christ à travers la beauté de son corps transfiguré. Mais n’en est-il pas de même pour chacun d’entre nous, à un autre niveau bien sûr, chaque fois que nous prions en esprit et en vérité ? Le temps que nous consacrons à la prière personnelle et que nous offrons à Dieu nous transfigure en effet. Ce contact privilégié avec Dieu dans la prière a la capacité de nous transformer. En nous mettant en présence de Dieu et de son amour chaque jour nous lui permettons de sanctifier notre être. Il transforme notre cœur de pierre en un cœur de chair capable d’aimer comme Jésus nous a aimés. Encore faut-il que nous soyons vraiment sur cette montagne de la prière véritable. Il ne s’agit pas ici de réciter rapidement une formule. Il s’agit de prendre réellement le temps de monter sur la montagne avec Jésus, c’est-à-dire d’entrer dans la prière. Cela ne se fait pas en cinq minutes, sauf pour les saints et les mystiques. L’expérience nous montre que ce temps de la prière ne ressemble pas toujours, loin de là, à la transfiguration. La prière est souvent difficile pour nous, elle relève d’un combat spirituel. Pendant que Jésus prie, alors qu’il est transfiguré, les apôtres sont accablés de sommeil. Cette précision donnée par saint Luc nous invite à aller voir ce qui se passe lors de l’agonie de Jésus. Sur le mont des Oliviers, Jésus prie. Cette fois dans l’angoisse et la douleur. Nous ne sommes plus sur la montagne de la transfiguration. Il est intéressant de relever la persévérance de Jésus dans la prière. Il ne prie pas seulement quand il est heureux et que tout va bien, il prie aussi dans la difficulté. Si Jésus persévère dans la prière, les apôtres eux continuent de dormir à force de tristesse, précise saint Luc. C’est la célèbre oraison de saint Pierre. Et c’est alors que Jésus leur donne un enseignement toujours valable pour nous aujourd’hui : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation.


Si la transfiguration nous montre la capacité de transformation de la prière, l’agonie nous enseigne que par la prière nous pouvons résister au mal. Aux jours d’angoisse, de doute et de difficultés, la tentation serait justement d’abandonner la prière et de s’endormir alors que nous avons besoin du contraire : prier pour ne pas entrer en tentation. Ces deux récits évangéliques nous encouragent donc fortement à la persévérance dans la prière tout au long de ce carême. La prière chrétienne nous divinise, elle nous rend semblable à Jésus, et, en même temps, elle nous fortifie pour résister au mal.

dimanche 14 février 2016

Premier dimanche de carême / année C



Luc 4, 1-13

14/02/16


Le mot danois pour désigner le temps du carême est fastetiden. Si le français carême provient des 40 jours que Jésus passa dans le désert, le danois fastetiden met l’accent sur le jeûne de Jésus dans le désert. Le carême, c’est en effet le temps du jeûne. Sous l’inspiration de l’Esprit Saint, immédiatement après son baptême, Jésus choisit de se retirer dans la solitude pour y jeûner. La première tentation du démon s’appuie sur la faim de Jésus. C’est sur cette tentation que je voudrais attirer votre attention au commencement de ce carême. Si tu es le Fils de Dieu… Le diable ne s’appuie pas seulement sur la faim du Seigneur. Il fait appel en lui à un sentiment entièrement spirituel : le besoin que nous avons de prouver aux autres notre valeur. Il ne nous suffit pas d’être ce que nous sommes, nous avons besoin de la reconnaissance et de la louange des autres. Jésus affamé dans le désert est vraiment le Fils de Dieu. Il le sait d’autant mieux que la voix du Père au moment du baptême le lui a solennellement rappelé : C’est toi, mon Fils, le bien aimé, tu as toute ma faveur. Alors pourquoi aurait-il donc besoin de le prouver au démon qui le tente ? Cette tentation ne se comprend bien que si nous la mettons en relation avec le récit de la chute originelle au chapitre 3 du livre de la Genèse. L’histoire du serpent, du fruit défendu, d’Adam et Eve représente en effet la tentation fondamentale et originelle. Que dit donc le serpent à Eve pour l’inviter à désobéir à Dieu ? Vous serez comme des dieux… Cette tentation du commencement est bien celle de l’orgueil. Adam et Eve sont des créatures humaines, le démon leur propose de s’élever par eux-mêmes au niveau de Dieu. Jésus, lui, est vrai Dieu et vrai homme, le démon exige de lui une preuve. Il profite de l’état physique de faiblesse provoqué par le jeûne pour susciter dans le cœur du Messie la faiblesse spirituelle, celle de l’orgueil. Ordonne à cette pierre de devenir du pain. Fais donc un tour de magie extraordinaire pour me prouver que tu es vraiment le Fils de Dieu, montre-moi donc ton pouvoir divin ! Si la faim pouvait bien affaiblir Jésus, dans son cœur nulle place pour l’orgueil. C’est en citant le livre du Deutéronome, donc la parole de Dieu, que Jésus est vainqueur du démon et qu’il déjoue sa ruse : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. Jésus n’est pas dans une spiritualité désincarnée. L’adverbe seulement a son importance. Il reconnaît que le pain est nécessaire à la vie humaine et c’est pour cela qu’il nous fait demander au Père dans la prière notre pain quotidien. Nous trouvons dans la réponse de Jésus au démon l’une des significations spirituelles de notre jeûne, particulièrement chaque vendredi de carême. Nous ne jeûnons pas pour le plaisir d’avoir faim, mais bien pour prendre une conscience renouvelée que nous avons besoin d’un autre pain pour vivre pleinement de manière humaine, pour être les fils de Dieu que nous avons commencé de devenir par le don du baptême. Et c’est là que la suite du texte du Deutéronome nous éclaire : l’homme vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. Le voilà donc l’autre pain dont nous avons tant besoin ! C’est celui de notre nourriture spirituelle car nous ne sommes pas seulement corps mais aussi âme. Se priver du pain du corps, réduire cette nourriture, pour mieux nous disposer à recevoir le pain de l’âme, c’est bien le sens spirituel du carême et du jeûne. Un appel pressant à la prière et à la méditation, à la lecture amoureuse de la Parole de Dieu qui peut bien transformer nos cœurs de pierre en cœur de chair. Si nous sommes vraiment fils de Dieu, nous n’avons pas à transformer une pierre en pain, mais, humblement, nous pouvons permettre à la grâce de Dieu de transformer la pierre de notre cœur, le cœur endurci, dans un cœur qui soit du pain, ce cœur de chair que le Père veut nous donner. C’est ainsi que nous serons pour nos frères, dans l’amour, le bon pain de Dieu.

dimanche 31 janvier 2016

Quatrième dimanche du temps ordinaire / C


31/01/16

Luc 4, 21-30

L’Evangile de cette liturgie nous fait voir la réaction des auditeurs de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Dimanche dernier nous avons vu comment Jésus s’est révélé à ses compatriotes comme le Messie à travers la prophétie d’Isaïe : Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Luc nous montre comment les auditeurs de cette révélation passent de l’étonnement à la fureur, du culte divin à une pulsion homicide. La nouveauté apportée par Jésus, nouveauté imprévisible par définition, installe donc l’inquiétude et le trouble dans le cœur de ces hommes religieux. Cette nouveauté, le Messie est au milieu de nous, ils ne peuvent pas l’accueillir positivement à cause de leur manque de foi. Ils butent sur ce que nous appelons le mystère de l’incarnation : N’est-ce pas là le fils de Joseph ? Même en considérant Jésus uniquement comme le Messie et pas encore comme le Verbe de Dieu, ils ne peuvent accepter que le Messie soit une personne finalement si connue d’eux, si proche d’eux, une personne ayant vécu jusqu’à présent une vie simple et ordinaire. En parlant de Jésus comme le fils de Joseph, ses concitoyens mettent en avant la banalité de cet homme. Nous le connaissons très bien, lui et sa famille, il n’a rien d’extraordinaire. Pourquoi prétend-t-il donc être le Messie d’Israël ? Ne serait-ce pas un imposteur, un menteur, ou pire un détraqué mental ?

Le Seigneur ne répond pas directement à leur objection et il se contente de faire remarquer qu’aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays. S’il ne fait pas de miracles dans sa patrie, ce n’est pas seulement à cause des mauvaises dispositions des habitants de Nazareth, mais c’est aussi pour signifier la portée universelle de sa mission de Messie. En citant l’exemple de deux étrangers ayant reçu les faveurs de Dieu dans le passé, il remet en cause une conception étroite et nationaliste du peuple élu. Dieu Créateur et Sauveur est le Père de tous les hommes. Lui, il est le Fils bien-aimé de ce Père qui non seulement ne limite pas ses bienfaits au seul peuple d’Israël mais qui fait aussi lever son soleil sur les méchants et sur les bons. En mettant le doigt sur l’orgueil nationaliste et religieux de ses compatriotes, et aussi sur leur jalousie dès que Dieu montre sa bonté pour des étrangers, il provoque en eux une fureur homicide. Nous sommes clairement dans une situation de fanatisme religieux dont Jésus aurait pu être la victime au commencement même de son ministère public. La croix, nous le voyons, est présente dès le commencement.


Ce que Luc nous rapporte ici nous montre à quel point il nous est difficile d’accepter la transcendance de Dieu, sa souveraine liberté par rapport à tout ce que nous croyons savoir de lui. Car ses chemins ne sont pas nos chemins, et ses pensées ne sont pas nos pensées, comme nous le lisons dans le prophète Isaïe : Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées. L’homme croyant, le Juif comme le chrétien, hier comme aujourd’hui, appuie sa foi en Dieu sur une tradition qui lui a été transmise. Mais sa foi n’est possible que s’il s’ouvre personnellement au don de Dieu, à sa grâce. Si la foi comporte une certitude, une adhésion à la vérité révélée, elle n’enferme jamais le Dieu vivant dans des formules. La vraie foi sait toute la distance qui existe entre les énoncés dogmatiques du catéchisme et la réalité de Dieu. Cette distance correspond à la transcendance de Dieu. La tentation des habitants de Nazareth peut être aussi celle des chrétiens : ne permettre à Dieu de se manifester que dans les limites que nous lui avons fixées. Ce faisant la réalité de Dieu est figée dans le passé d’une tradition religieuse. Dieu n’est plus le Vivant, celui qui, librement, décide de se révéler davantage pour mieux nous faire entrer dans son Royaume. L’Esprit de Dieu agit encore aujourd’hui dans le monde et dans l’Eglise, et il ne cesse pas de venir nous surprendre et nous étonner. Pour l’accueillir nous avons besoin d’un cœur vraiment catholique, c’est-à-dire ouvert sur l’universel de Dieu, de ce Dieu Trinité toujours infiniment plus grand que nous ne pouvons l’imaginer. En cette année de la miséricorde nous sommes invités à comprendre par le cœur qu’en Dieu puissance, justice et miséricorde ne s’opposent pas. Le Dieu de la Bible vient nous étonner en nous rappelant sans cesse que la plus haute expression de sa puissance et de sa justice se trouve précisément dans son amour miséricordieux à notre égard.

dimanche 24 janvier 2016

Troisième dimanche du temps ordinaire / C


24/01/15

Luc 4, 14-21

Après les longues années de sa vie cachée à Nazareth, Jésus commence à se manifester au peuple d’Israël. Il le fait d’abord à travers un geste d’abaissement et d’humilité lorsqu’il demande à Jean de le baptiser. Saint Luc note qu’il fait cette démarche avec tout le peuple qui recevait le baptême. Il se rend dès le début solidaire d’un peuple de pécheurs. Et dès le début sa mission est placée sous le signe de l’Esprit Saint : Comme il priait, le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur lui sous une forme visible, comme une colombe. Et c’est aussitôt le même Esprit qui le conduit au désert pour y être tenté par Satan. Remarquons comment saint Luc introduit l’épisode de la prédication dans la synagogue de Nazareth : Lorsque Jésus, avec la puissance de l’Esprit, revint en Galilée… Dans son humanité le Fils de Dieu se laisse toujours conduire par l’Esprit Saint. En même temps il est fidèle aux pratiques religieuses juives, comme la sanctification du sabbat. Ces premiers temps de la mission de Jésus en Galilée sont marqués par les enseignements qu’il donne dans les synagogues. Après la manifestation du baptême vient la révélation de sa mission de Messie dans la synagogue de son enfance : Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. Jésus se situe dans la lignée des prophètes qui l’ont précédé. Il fait comprendre indirectement à ses auditeurs qu’Isaïe parlait de lui, le prophète l’avait annoncé. Sans le leur dire directement, il se révèle ainsi comme le Messie tant attendu. Et cette révélation ne pouvait que provoquer un choc dans la communauté des Juifs fervents. C’est donc en quelque sorte la parole d’Isaïe qui donne à Jésus son programme missionnaire et qui explique pourquoi il est venu. En se faisant baptiser, il montrait qu’il venait pour sauver les pécheurs et les libérer du mal. La prophétie d’Isaïe élargit sa mission à toutes les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, souffrent (les pauvres, les prisonniers, les aveugles et les opprimés). Il vient pour porter avec nous nos souffrances et nous en délivrer tout au long d’une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Le pape François nous accorde, quant à lui, de vivre une année de la miséricorde pour vivre de manière plus profonde du pardon de Dieu, pour le remercier de la libération qu’il nous apporte en Jésus-Christ. Toute cette mission de conversion du cœur des hommes provient de la puissance de l’Esprit Saint : L’Esprit du Seigneur est sur moi. Jésus, Fils de Dieu, reçoit sa mission de l’Esprit et de la Parole de Dieu telle qu’elle a été transmise avant lui par les prophètes.

C’est dans le même Esprit Saint, celui de notre baptême et de notre confirmation, que nous lisons la Bible, que nous prions et que nous ouvrons notre cœur pour entendre l’appel de Jésus à changer ce qui ne va pas dans notre vie, à nous libérer du fardeau du mal et des mauvaises habitudes. Seule la puissance de l’Esprit peut nous donner la force de persévérer dans notre foi et de ne jamais renoncer à vouloir devenir meilleurs. Nous avons l’exemple des saints, nous connaissons autour de nous des témoins de la foi, et nous pouvons compter sur l’enseignement de nos pasteurs, en particulier du pape François. Nous ne sommes pas seuls car nous vivons dans le Corps du Christ qui est l’Eglise. Nous sommes le peuple de ces pauvres de cœur auxquels le Christ Ressuscité continue de porter la Bonne Nouvelle. Ecoutons donc l’exhortation de la lettre aux Hébreux nous encourageant à progresser sur le chemin de la sainteté chrétienne :


Ainsi donc, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement.

dimanche 10 janvier 2016

BAPTÊME DU SEIGNEUR / ANNÉE C


Luc 3, 15-22

10/01/16

La fête du baptême du Seigneur marque la fin du temps de Noël. Elle nous introduit aussi au temps ordinaire qui a pour but de nous faire méditer le ministère public de Jésus. Ce ministère commence justement avec le baptême dans les eaux du Jourdain. Si à Noël nous avons fait mémoire de la naissance du Fils de Dieu, aujourd’hui nous nous souvenons de sa naissance à sa mission de Sauveur. C’est en effet à partir du moment de son baptême que Jésus se manifeste au peuple. Il sort du silence de la vie cachée à Nazareth pour naître à sa mission. La descente sur lui de l’Esprit et la voix du Père ne nous indiquent pas seulement sa condition de Fils de Dieu. Cette manifestation divine constitue aussi son envoi en mission.
Le prophète Isaïe et Jean Baptiste annoncent un Messie puissant : Il vient avec puissance et son bras est victorieux. Il vient celui qui est plus puissant que moi. Cette puissance est celle de Dieu. Elle est donc très différente de l’image que nous, les hommes, nous nous faisons habituellement de la puissance. Le signe de cette puissance au moment du baptême ne se trouve ni dans une grande armée ni dans de nombreuses armes mais dans un oiseau, symbole de douceur et de paix, la colombe. Jésus est le Messie puissant que le peuple attendait parce que sur lui repose en plénitude la puissance de l’Esprit Saint. Et cette puissance va de pair avec la bonté et la tendresse de Dieu. Comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture, Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes. Et Isaïe décrit la venue puissante de Dieu en faveur de son peuple avec des images remplies de douceur et de tendresse : Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. C’est en Jésus que cette parole de Dieu s’accomplit, lui qui s’est présenté aux foules de son temps comme le bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. Nous comprenons alors que la puissance de Dieu se manifeste précisément dans la force de son amour et de sa tendresse à notre égard. Le salut ne nous est pas imposé, il nous est proposé, et nous ne pouvons répondre que librement à l’amour de Dieu manifesté en Jésus, en nous engageant nous-mêmes à aimer comme il nous a aimés.

Au jour de notre baptême et de notre confirmation, nous avons reçu, nous aussi, la force de l’Esprit, nous avons entendu la voix du Père nous redisant son amour et sa confiance. Nous sommes nés à la vie nouvelle des enfants de Dieu en même temps que nous avons reçu notre mission de chrétiens dans le monde et dans l’Eglise. Devenant fils et filles de Dieu, nous sommes aussi devenus membres du corps du Christ qui est l’Eglise, membres du peuple de Dieu. Et saint Paul, dans la deuxième lecture, nous rappelle par une brève formule ce qui caractérise le peuple des baptisés : un peuple ardent à faire le bien. Nous avons en effet bien besoin de la puissance de l’Esprit Saint pour réaliser dans nos vies cet idéal chrétien. Remarquons d’emblée que la puissance de Dieu nous est donnée en vue de faire le bien. Cette puissance n’a rien à voir avec celle des fanatiques religieux qui tuent au nom de leur vision pervertie de la foi. S’attacher au bien avec ardeur dans un monde marqué par tant d’injustices et par la présence du mal demande une grande force spirituelle. Car il s’agit non seulement de faire le bien mais aussi de supporter le mal sans perdre notre espérance. Ce qui qualifie le peuple de Dieu, ce n’est pas seulement sa volonté de faire le bien, mais c’est aussi son ardeur à le rechercher. La routine, les habitudes et la fatigue nous menacent tous dans notre vie chrétienne. En fêtant le baptême du Seigneur, demandons-lui la grâce du zèle, celle d’une foi ardente. Qu’il fasse de nous des chrétiens réveillés, courageux dans leur lutte contre le mal et heureux de choisir le bien.

dimanche 3 janvier 2016

EPIPHANIE


Matthieu 2, 1-12

3/01/16

En nous rapportant la visite des mages d’Orient en Judée, saint Matthieu met en parallèle deux figures opposées : d’un côté l’enfant Jésus à Bethléem, de l’autre Hérode le grand à Jérusalem. Les mages, des étrangers à la foi d’Israël, s’adressent à l’autorité légitime pour connaître le lieu de la naissance du roi des Juifs. C’est parce qu’ils sont astronomes, peut-être astrologues, qu’ils ont perçu un signe dans le ciel leur annonçant la naissance d’un personnage important. Mais ce signe demeure imprécis et vague. Ils ont donc besoin de la science religieuse d’Israël pour aboutir au but de leur voyage. En posant leur question au roi Hérode, ils ne se rendent pas compte de ce qu’elle va provoquer dans le cœur de cet homme : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Or le roi des Juifs, c’est précisément Hérode du point de vue politique. Le récit de saint Matthieu nous amène à comprendre que le vrai roi des Juifs c’est plutôt l’enfant qui vient de naître à Bethléem. Hérode est bouleversé en entendant la question des mages car elle remet en cause son pouvoir personnel. Et il ne se trompe pas sur le sens profond de la question posée par ces étrangers. Eux disent «le roi des Juifs », lui traduit « le Christ », c’est-à-dire le Messie, objet de la longue attente du peuple d’Israël. Quant aux savants religieux, ils ne mettent pas bien longtemps à trouver la réponse : c’est à Bethléem que doit naître le Messie.


Si saint Matthieu nous présente en contraste l’enfant et le roi, il nous montre aussi la grande différence qui existe entre ce même roi, Hérode, et les mages. Le vrai roi n’est pas celui que l’on pense : il est caché, humblement couché dans une maison de Bethléem. De la même manière le vrai Juif, c’est-à-dire le vrai croyant, n’est pas celui que l’on pense. Hérode, membre du peuple d’Israël, ne réagit pas en croyant en apprenant la venue au monde du Messie. Il ne pense qu’à protéger son pouvoir personnel et son ambition. Au lieu de se déplacer avec les mages à Bethléem, il leur ment. Les vrais Juifs, les vrais croyants, ce sont en effet ces étrangers venus d’Orient. Ils n’ont pas eu la révélation du Dieu d’Israël et pourtant ce sont eux qui ont la bonne attitude, celle de l’adoration et de l’offrande en présence de l’enfant Jésus. Lorsque Jésus, des années plus tard, sillonnera les routes de Galilée pour annoncer le Règne de Dieu, il louera à bien des reprises la foi des étrangers, la foi des païens. Rempli d’admiration par la foi du centurion romain il s’écrira : Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux, mais les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. C’est la raison pour laquelle saint Paul insiste tant sur la foi qui nous sauve. Ce que l’apôtre écrit dans sa lettre aux Romains pourrait être un commentaire de l’Epiphanie du Seigneur et de son sens profond pour nous aujourd’hui : Celui qui n’est pas circoncis dans son corps mais qui accomplit la Loi te jugera, toi qui transgresses la Loi tout en ayant la lettre de la Loi et la circoncision. Ce n’est pas ce qui est visible qui fait le Juif, ce n’est pas la marque visible dans la chair qui fait la circoncision ; mais c’est ce qui est caché qui fait le Juif : sa circoncision est celle du cœur, selon l’Esprit et non selon la lettre, et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. La foi des mages et leur geste d’adoration nous rappelle qu’en tant que chrétiens nous ne sommes pas les propriétaires de la foi, et encore moins du Christ. Et que le baptême ne suffit pas pour faire de nous de véritables disciples de Jésus. Celui qui refuse d’adorer connaît la tristesse, bien que Juif ou chrétien, alors que les mages païens qui viennent se prosterner devant l’enfant éprouvent une très grande joie. Parmi les fruits de l’Esprit Saint, signes d’une foi vivante et active, saint Paul cite la joie spirituelle. C’est pour nous un test de la vérité de notre attitude de croyants.