dimanche 29 septembre 2013

26ème dimanche du temps ordinaire


26ème dimanche du TO/C

29/09/2013

Luc 16, 19-31

En ce dimanche nous continuons notre lecture du chapitre 16 de l’évangile selon saint Luc, chapitre consacré au bon usage des richesses et de l’argent. [La version liturgique saute un passage entre l’évangile entendu dimanche dernier et la parabole du riche et de Lazare : Les pharisiens, eux qui aimaient l'argent, entendaient tout cela, et ils ricanaient à son sujet. Il leur dit alors : « Vous êtes, vous, ceux qui se présentent comme des justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs, car ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu.]

L’enseignement délivré par la parabole du riche et de Lazare est très clair et ne demande pas beaucoup d’explications pour être compris. Je partirai donc de la parabole pour vous proposer trois points de réflexion.

Le premier sera bref. Face à la mort, destinée commune de tous les hommes, nous sommes égaux : « Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra ». Il est intéressant de voir comment la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 envisage l’égalité entre les hommes : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Il s’agit bien d’une égalité en droits devant la loi, et pas d’une égalité de fait. Dans la perspective de Dieu Créateur et Père, oui, nous sommes tous égaux dès le moment où nous venons au monde parce que nous appartenons tous à l’unique nature humaine. Du point de vue concret il est évident que nous ne naissons pas tous avec les mêmes chances de développement personnel. On peut naître dans une famille pauvre ou aisée, à Montréal ou à Lagos, dans un quartier défavorisé ou au contraire dans un quartier chic etc. Bref nous pouvons naître favorisés ou défavorisés. Seule la mort vient rétablir l’égalité fondamentale entre les hommes. Et seul le jugement de Dieu vient rétablir la justice véritable dans un monde dominé par l’injustice et les inégalités. C’est ce que le riche apprend à ses dépens. Mais il est maintenant trop tard pour changer de conduite : « Un grand abîme a été mis entre vous et nous ».

Un deuxième point de réflexion m’amène à considérer le bonheur de ceux qui sont riches. Le vrai bonheur du riche ne consiste pas à vivre dans le luxe et l’indifférence vis-à-vis de son prochain. Son vrai bonheur réside dans le fait qu’il a entre ses mains un immense et merveilleux pouvoir : celui de faire le bien autour de lui. Par le partage de ses biens et un cœur généreux et ouvert il peut en effet soulager bien des misères. Utiliser de cette manière son capital c’est le faire vraiment fructifier et recevoir la bénédiction du Seigneur ainsi que sa joie.

Un troisième point de réflexion tourne autour de la nourriture : Lazare « aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ». Dans la prière de l’offertoire le prêtre dit : « Tu es béni Dieu de l’univers toi qui nous donnes ce pain fruit de la terre et du travail des hommes ». Tout y est dit sur l’origine de notre nourriture et donc sur ce qui nous permet de nous maintenir en vie et en bonne santé. Notre système alimentaire mondial est en crise. La « révolution verte » avec l’usage toujours plus grand de la chimie, des pesticides et des OGM a recherché la productivité et la rentabilité. Elle échoue pourtant à nourrir la population mondiale. Non seulement elle a pollué les sols et les eaux mais elle a créé du chômage, de la misère et du désespoir. En 1945 il y avait 10 millions de paysans en France, il en reste aujourd’hui 1 million. Un paysan français se suicide chaque jour dans l’indifférence la plus totale. Un pays qui ne respecte plus ses agriculteurs est un pays en grand danger. La révolution verte a transformé l’alliance de la terre et du travail des hommes en un ensemble de techniques mises au service de profits colossaux dans l’industrie agro-alimentaire et les supermarchés. On ne parle plus de paysans, on parle d’exploitant agricole. Malgré les résultats négatifs pour l’environnement et la santé de cette agriculture et de cet élevage intensifs on s’obstine dans cette orientation. Dans la Somme il y a en ce moment un projet d’une ferme-usine de 1000 vaches ! Notre système alimentaire repose malheureusement en grande partie sur le gaspillage (50 000 fruits et légumes vont à la poubelle chaque jour) et sur la malbouffe avec 15% de français atteints d’obésité. Pourquoi donc ce système fou, néfaste et immoral n’est-il pas remplacé par un autre ? Parce que nous avons perdu notre relation à Dieu Créateur. En perdant ce sens de Dieu, nous avons aussi perdu le respect de la vie sous toutes ses formes, y compris la vie animale, et le respect pour notre terre nourricière. Nous payons déjà très cher ce manque de sagesse et d’humilité. Finalement ces considérations nous ramènent à l’évangile de dimanche dernier : Nous ne pouvons pas servir à la fois Dieu et l’Argent. Le respect de la création est incompatible avec la course effrénée au profit. Et cet appât du gain est incompatible avec le partage équitable des ressources de notre terre.

 

 

dimanche 22 septembre 2013

25ème dimanche du temps ordinaire


25ème dimanche du TO/C

22/09/13

Luc 16, 1-13

Saint Luc consacre le chapitre 16 de son évangile à des enseignements de Jésus concernant l’argent et la richesse. L’histoire du gérant trompeur nous pose une difficulté d’interprétation. D’autant plus que d’autres traductions, comme celle de la Bible Osty, préfèrent au mot « trompeur » le mot « malhonnête ». Jésus nous dit que le maître de ce gérant fit son éloge. Cela paraît assez invraisemblable au premier abord. Car le maître est bien la victime de la malhonnêteté de son gérant, à cause de lui il a perdu beaucoup d’argent. Une autre question se pose alors : Jésus s’identifie-t-il au maître de la parabole ? Il semble bien que oui. La suite de l’évangile nous éclaire : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? » Jésus ne fait donc pas l’éloge de la malhonnêteté du gérant. Ce qu’il loue c’est bien son habileté ou sa prudence ou encore sa sagesse selon d’autres traductions. Mis dans une situation délicate ce gérant a su utiliser l’argent trompeur pour s’en sortir. Il est important de ne pas en rester à la matérialité de la parabole pour écouter la leçon spirituelle que Jésus en tire : Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. La mention des demeures éternelles est claire : il s’agit d’utiliser l’argent avec habilité comme un moyen d’entrer dans le Royaume de Dieu. C’est ce que n’a pas su faire le riche vis-à-vis du pauvre Lazare dans la parabole qui suit notre évangile. Souvenons-nous aussi d’un autre évangile entendu cet été, celui du riche insensé. La conclusion donnée par le Seigneur à cette histoire est la suivante : Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. Et un peu plus loin dans le même chapitre Jésus développe son enseignement : Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous une bourse qui ne s'use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n'approche pas, où la mite ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Le riche qui est dépourvu de cette sagesse évangélique court à sa perte. Son culte de la richesse fait qu’il devient très vite « un loup » pour son prochain. Pour reprendre Plaute « l’homme est un loup pour l’homme ». C’est cette perversion du cœur que dénonce le prophète Amos : « Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales ». L’homme riche peut se croire tout-puissant et oublier toute morale dans la gestion de ses biens. Il a fallu attendre très longtemps, trop longtemps, pour que des pays chrétiens abolissent enfin l’esclavage. Et nous savons bien que l’esclavage économique continue aujourd’hui dans les pays ateliers asiatiques après avoir été pratiqué en Europe lors de l’ère industrielle. En contraste avec l’attitude des riches commerçants fustigée par Amos nous avons l’exemple du Christ tel que Paul nous le rappelle dans la deuxième lecture : « Le Christ Jésus qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes ». Les commerçants cyniques achetaient les pauvres ; le Christ, lui, nous rachète : il nous libère et nous rend notre dignité d’hommes et de fils de Dieu. La fin de notre évangile est une sévère mise en garde contre la tentation que nous avons d’idolâtrer l’argent : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. Les crises économiques que nous connaissons ces dernières années sont essentiellement des crises morales. C’est bien le manque de sagesse de certains responsables économiques et politiques qui plonge des populations entières dans la misère, donc dans la révolte, et menace les démocraties en suscitant chez les peuples la perte de confiance dans les institutions censées les protéger. Quand un homme politique français estime qu’il est mal payé avec un salaire de 5200 euros c’est soit de l’inconscience soit du cynisme. C’est ce genre de déclaration qui augmente la défiance du peuple envers ses représentants et l’abstention lors des élections. On peut aussi se poser la question de savoir si Dieu est honoré par la mention de son nom sur les dollars américains : In God we trust ? N’est-ce pas là plutôt une forme involontaire de blasphème ? Comment peut-on associer le nom de Dieu à l’argent trompeur ? Saint Paul nous avait mis en garde : l’appât du gain, le culte du profit peuvent nous mener à notre ruine morale. C’est ce que nous constatons aujourd’hui. L’exploitation abusive des ressources de notre planète, la pollution généralisée, le manque de volonté écologique, tout cela est une folle course en avant motivée uniquement par des intérêts à court-terme. Le culte du dieu argent rend égoïste, insensible et aveugle. Voilà ce que saint Paul écrivait dans sa première lettre à Timothée, un texte prophétique :

Il y a un grand profit dans la religion si l'on se contente de ce que l'on a. De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter.  Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. Ceux qui veulent s'enrichir tombent dans le piège de la tentation ; ils se laissent prendre par une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre.

 

 

dimanche 15 septembre 2013

24ème dimanche du temps ordinaire


24ème dimanche du TO/C

15/09/13

Lc 15, 1-32

Le chapitre 15 de l’évangile selon saint Luc rassemble trois paraboles souvent nommées dans nos bibles paraboles de la miséricorde. On pourrait tout aussi bien les appeler les paraboles de la joie divine. Car chacune de ces paraboles se termine par une mention de la joie de Dieu lorsqu’un homme se rapproche de lui par le mouvement de la conversion. Ce message n’est pas nouveau. Il était déjà présent, pour ne citer qu’un exemple, chez le prophète Ezéchiel :

Est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n'est-ce pas plutôt qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ? Rejetez tous vos péchés, faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi vouloir mourir, maison d'Israël ? Je ne prends plaisir à la mort de personne, déclare le Seigneur : convertissez-vous et vivez.

Il est important de ne pas oublier le contexte dans lequel Jésus a donné ces paraboles pour rappeler un enseignement au fond traditionnel mais qui avait peut-être été négligé par la suite : Dieu est miséricordieux et pardonner est pour lui source de joie. Dieu aime pardonner, il se réjouit de proposer à ses créatures humaines la réconciliation et la paix qui en découle.

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

 

Nous le constatons, l’attitude bienveillante et ouverte du Seigneur envers ceux qui étaient vus comme de mauvais Juifs, des pécheurs, dérange les hommes religieux de son temps. Ces derniers se considéraient, de manière peut-être inconsciente, comme les propriétaires exclusifs du message divin. D’après eux la société juive devait être divisée en deux groupes bien distincts et séparés : les bons Juifs, les purs, c’est-à-dire eux, et les autres, ceux avec lequel il était interdit d’entrer en relation sous peine de se souiller. Dans le même évangile Jésus avait eu des paroles sévères à propos de l’attitude de ceux qui se considéraient alors comme l’élite religieuse d’Israël :

 

Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui essayaient d'entrer, vous les en avez empêchés.

 

Revenons maintenant à l’enseignement des trois paraboles. Je voudrais surtout relever une différence intéressante entre les deux premières et celle du fils perdu et retrouvé. Dans les paraboles de la brebis égarée et de la pièce perdue, Dieu, représenté par le berger et la femme, prend l’initiative du retour de sa créature à lui. C’est bien Dieu qui va chercher le pécheur pour se le réconcilier. La conversion de Paul est une illustration de cet amour prévenant du Seigneur qui vient nous chercher alors que nous ne le recherchons pas. Saul ne savait que « blasphémer, persécuter, insulter ». Dans la parabole du fils perdu et retrouvé l’histoire est différente. Dieu laisse son fils libre. Il ne part pas à sa recherche mais il l’attend avec amour. Le fils joue un rôle dans son retour vers son père. A un certain moment, lorsque sa situation devient invivable, il utilise la liberté que Dieu lui a donnée pour revenir chez son père. Nous le voyons les chemins du retour vers Dieu sont nombreux. Et l’attitude du Seigneur n’est pas toujours la même : parfois c’est lui qui vient nous chercher, d’autres fois il attend simplement que nous revenions à lui. Mais c’est toujours la fête dans le cœur de Dieu lorsqu’il retrouve l’une de ses créatures et qu’il peut à nouveau l’introduire dans l’intimité de son amour paternel.

 

Cette contemplation évangélique de la miséricorde du Seigneur à notre égard doit nous engager nous-mêmes à pratiquer la même miséricorde à l’égard de tous nos frères sans aucune exception. Nous courons le risque de nous considérer comme de bons catholiques en excluant les autres comme le faisaient les pharisiens et les scribes du temps de Jésus. Cet engagement à être miséricordieux comme Dieu lui-même nous le prenons chaque fois que nous prions le Notre Père.

 

Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes

 

 

dimanche 8 septembre 2013

23ème dimanche du temps ordinaire


23ème dimanche du TO / C

8/09/2013

Luc 14, 25-33

La parole du Christ en ce dimanche ne fait pas partie de ces enseignements que spontanément nous aimons écouter. C’est en effet une parole qui peut nous paraître dure et intransigeante. Pire même : une parole inadaptée à notre condition humaine concrète. Au premier abord cet enseignement ressemble fort à une utopie. Et nous pourrions en rester là en nous disant que le Seigneur nous demande ici beaucoup trop, nous demande en fait de réaliser l’irréalisable : porter notre croix pour marcher à sa suite, le préférer à tout ce qui est pour nous le plus important et enfin renoncer à tous nos biens.

A travers ces paroles exigeantes nous pouvons toutefois découvrir un chemin : celui de la sagesse et de la liberté. Suivre le Christ ne nous rend pas inhumains mais nous permet au contraire d’accomplir notre vocation humaine. Les exigences du Seigneur ne nous sont pas données pour nous faire souffrir mais plutôt pour nous libérer de tout ce qui nous sépare encore de lui, de tout ce qui nous empêche d’être véritablement hommes, c’est-à-dire créatures et fils de Dieu. Au cœur de cet Evangile il y a l’appel à porter notre croix. Cela signifie qu’en tant que chrétiens nous avons une manière particulière de vivre la souffrance. Nous ne la vivons pas seuls mais bien à la suite du Christ et en communion avec lui. Jésus parle de « porter sa croix ». Toute vie humaine doit affronter sa croix qui n’est pas forcément celle du voisin. Le Seigneur voudrait nous voir libres par rapport à cette part inévitable de souffrance que comporte notre vie. La souffrance subie peut nous détruire. Au sein de notre souffrance Jésus nous demande de demeurer libres pour être avec lui victorieux. D’une manière mystérieuse lorsque l’épreuve physique ou morale vient ébranler notre équilibre de vie, un « oui » de notre part peut nous ouvrir davantage l’horizon de l’espérance que le non de la révolte. Ce « oui » n’est pas amour de la souffrance. Ce « oui » ouvre notre âme à la confiance, à la sérénité et à la paix.

Jésus illustre par deux exemples les conditions pour être son disciple : notre rapport à la famille, notre rapport aux biens matériels. Notre famille fait partie de ces biens auxquels nous sommes attachés. Que signifie donc préférer l’amour du Christ à l’amour de sa famille ? On peut faire une lecture fanatique des propos du Seigneur. Comme s’il nous demandait de perdre tout sentiment humain vis-à-vis des nôtres. Ce serait oublier que Jésus n’abolit pas les commandements parmi lesquels il y a celui qui nous demande d’honorer nos parents. Lui-même d’ailleurs nous enseigne l’amour du prochain. Dans l’évangile de Luc nous rencontrons un homme voulant suivre le Seigneur et qui lui dit : « Laisse-moi d’abord dire adieu à ma famille ». « Celui qui a mis la main à la charrue et puis regarde en arrière n’est pas bon pour le Royaume de Dieu ». En août nous avons aussi entendu cet évangile qui éclaire le nôtre : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. Si notre famille devient un obstacle dans notre vie de foi ou dans notre vocation chrétienne nous devons être libres par rapport à elle. La famille n’est pas une réalité qui serait au-dessus de la volonté de Dieu. Autrement elle deviendrait une idole indument sacralisée. Par rapport aux biens matériels Jésus nous prévient : ils peuvent devenir un frein dans notre marche vers le Royaume. Nous connaissons tous cette expression : nous pouvons être possédés par ce que nous possédons… Ici encore il s’agit d’une question de liberté. Renoncer à tout ce qui nous appartient ne veut pas forcément dire faire vœu de pauvreté comme dans la vie religieuse. Pour nous qui vivons dans le monde cela signifie être sages. La sagesse divine relativise l’importance des biens matériels car ceux-ci sont fragiles. Le fait qu’ils soient nécessaires ne doit pas nous conduire à les idolâtrer, « car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Saint Paul avait bien compris la signification du renoncement demandé par Jésus lorsqu’il écrivait aux chrétiens de Corinthe :

Le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s'ils n'étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer.

 

 

 

dimanche 30 juin 2013

13ème dimanche du temps ordinaire


13ème dimanche du temps ordinaire / C

30/06/2013

Luc 9, 51-62

L’évangile de ce dimanche se situe à un tournant décisif du ministère public de Jésus. Saint Luc prend bien soin de le noter : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem ». La Passion se profile à l’horizon. C’est dans ce contexte dramatique que l’évangéliste nous rapporte l’épisode des samaritains ainsi qu’un enseignement du Christ sur la manière de le suivre.

Nous connaissons par les évangiles la sympathie que le Seigneur éprouvait envers les samaritains habituellement considérés par les Juifs de Jérusalem comme des hérétiques. Qu’il nous suffise de citer dans le même évangile, quelques pages plus loin, la parabole du bon samaritain dans laquelle le samaritain est présenté comme le modèle de la vraie charité. On peut aussi penser au bon accueil que Jésus fit à la samaritaine dans l’évangile selon saint Jean. Bref Jésus ne partage pas les préjugés des Juifs sur les samaritains. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres son cœur et son esprit sont ouverts. Il répugne à diviser les membres de son peuple en bons et mauvais Juifs. Ce n’est pas parce qu’un Juif vit en Samarie, selon une autre tradition, qu’il est forcément plus mauvais ou pécheur que celui qui vit en Judée. Ces raisonnements portent la marque des traditions humaines mais certainement pas celle de l’Esprit de Dieu. Si les Juifs de Judée avaient une mauvaise opinion des Juifs de Samarie, le contraire était aussi vrai. L’épisode décrit par saint Luc en témoigne : « On refusa de le recevoir parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem ». La haine entraîne la haine. Le refus d’hospitalité est l’un des péchés les plus graves dans la religion juive. C’est alors qu’interviennent Jacques et Jean pour demander à leur Maître de punir les samaritains de la même manière qu’autrefois Dieu avait puni les habitants de Sodome et de Gomorrhe pour avoir violé les lois de l’hospitalité envers deux anges. Dans le cas du village de samaritains il ne s’agit pas de messagers du Seigneur mais bien du Seigneur lui-même que l’on refuse d’accueillir. « Jésus se retourna et les interpella vivement. Et ils partirent pour un autre village ». La réaction du Seigneur qui réprimande ses disciples est importante car elle nous met en garde contre toutes les formes de fanatisme. La frontière entre le zèle religieux et le fanatisme est bien souvent difficile à déterminer. Jésus respecte la liberté des samaritains. Il ne veut pas s’imposer à eux par la force et préfère aller demander l’hospitalité ailleurs. Ce qui nous permet de faire la différence entre le zèle et le fanatisme c’est le rapport à la violence. Le vrai zèle religieux fait siennes les paroles de saint Paul dans la deuxième lecture : Or vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. Le croyant fanatique est prêt, quant à lui, à susciter des guerres de religions et des persécutions pour faire triompher son idée du bien et de la vérité. Pour Jésus le respect inconditionnel de tout être humain l’emporte sur les guerres idéologiques. Le regard de Jésus est celui de Dieu même. Et ce regard va jusqu’au plus intime de chacun d’entre nous. Il sonde notre cœur et nos intentions. Seul ce regard nous connaît vraiment tels que nous sommes. Jésus sait très bien le peu de valeur qu’il faut accorder aux étiquettes humaines. Pour lui un juif déviant, un juif hérétique (c’était le cas des samaritains) peut être plus proche de Dieu qu’un bon juif, un juif orthodoxe. Ce qui importe ce n’est le lieu où on adore Dieu (Jérusalem ou Samarie) mais bien la charité qui habite notre cœur et inspire nos actions. C’est le magnifique enseignement qu’il a laissé à la femme de Samarie :

L'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer.

 

 

dimanche 23 juin 2013

12ème dimanche du temps ordinaire


12ème dimanche du temps ordinaire / C

23/06/2013

Luc 9, 18-24

Nous connaissons bien cette page évangélique. La scène se situe dans un endroit isolé. L’atmosphère est celle de l’intimité entre Jésus et ses disciples les plus proches. Dans l’évangile selon saint Luc la profession de foi de Pierre est encadrée par deux moments importants : elle suit la multiplication des pains et prépare la transfiguration du Christ. Après le bain de foule Jésus éprouve le besoin de prier à l’écart. La réponse que Pierre donne à la question de son maître est véritablement l’occasion d’une révélation nouvelle. Jésus veut en effet préciser dans quel sens il est le Messie. En révélant au petit groupe des disciples la nature véritable de sa mission il va aussi leur révéler la signification du mot disciple. Ce sera la fin de cette page évangélique. Nous voyons comment l’identité de Jésus et l’identité de ses disciples sont en fait des réalités inséparables. C’est cette logique qui nous est rappelée en ce dimanche. L’identité de Jésus-Messie culmine dans le mystère pascal qu’il vivra à la fin de ses jours sur notre terre : souffrance, rejet, mort et résurrection. En disant à Jésus « Tu es le Messie », Pierre pensait probablement au passé. En effet le Messie avait été annoncé autrefois, et le peuple d’Israël l’attendait comme celui qui allait restaurer de la part de Dieu la splendeur perdue du royaume de David. En précisant sa mission messianique Jésus oriente ses disciples vers un avenir proche. La première lecture comme certains passages du prophète Isaïe donnaient à voir un messager de Dieu connaissant la souffrance et l’échec apparent. Jésus résume en sa personne toutes les prophéties concernant le Messie, celles qui parlaient de gloire mais aussi celles qui annonçaient la souffrance. Si le Maître se révélera à travers le mystère de Pâques cela signifie que ses disciples, eux aussi, vivront dans leur vie le même mystère. « Celui qui veut marcher à ma suite » : le disciple ne regarde pas en arrière, vers le passé, il est en route vers l’avenir promis par Dieu, il suit le Christ, il est fait pour avancer. Jésus nous donne les conditions pour avancer, pour progresser dans la vie chrétienne. Et là comment ne pas ressentir, instinctivement, un malaise ? Renoncer à soi-même, prendre sa croix chaque jour et perdre sa vie… Voilà un programme de vie qui n’est pas réjouissant, semble-t-il… La difficulté se redouble pour nous car ces expressions peuvent être interprétées de bien des manières. Que signifie donc, par exemple, renoncer à soi-même ? C’est certainement lutter contre notre pente égoïste, c’est renoncer à se considérer comme le centre du monde. La deuxième lecture nous donne peut-être une indication : Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus. Renoncer à soi-même ne serait-ce pas aussi renoncer à mettre notre fierté dans ce qui nous divise ? Paul cite les barrières raciales, sociales, sexuelles. Tout cela ne compte plus dans le monde nouveau inauguré par le Christ. Prendre sa croix chaque jour ce n’est pas seulement supporter avec patience les épreuves physiques et morales. Cela signifie aussi que tout disciple qui est enflammé de zèle pour l’unité et la justice, pour la vérité et pour la paix, connaîtra la souffrance et la persécution. En tant que chrétiens nous ne recherchons ni les conflits ni les polémiques avec ceux qui ne partagent pas notre vision du monde. Nous ne sommes pas des croyants aigris et agressifs ou encore hyper susceptibles parce que nous ne sommes plus majoritaires ou bien parce que l’Eglise a perdu son pouvoir sur la société civile. Mais notre témoignage en faveur de la justice et de la vérité fera que, nous aussi, nous serons parfois rejetés. Nous ne devrions pas en être étonnés. Le Christ lui-même n’a pas converti à l’Evangile les foules de son époque. Un petit groupe de personnes, une minorité, a voulu librement le suivre. Cela a suffi pour établir les fondations de l’Eglise. Ces premiers disciples, faibles comme nous le sommes, ont cependant été capables par la force de l’Esprit de perdre leur vie par amour du Christ et pour la cause de l’Evangile.

 

dimanche 9 juin 2013

10ème dimanche du temps ordinaire / année C


10ème dimanche du temps ordinaire / C

Luc 7, 11-17

 

L’évangéliste saint Luc est le seul à nous rapporter le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïm. Un chapitre plus loin il nous rapporte le récit d’une autre résurrection, celle de la fille de Jaïre. Dans les évangiles nous trouvons le témoignage de trois résurrections faites par le Christ pendant son ministère public. La troisième est celle de son ami Lazare dans l’évangile selon saint Jean. Avant de regarder brièvement l’évangile de ce dimanche j’aimerais faire quelques remarques d’ordre plus général. Jésus a guéri beaucoup de malades mais n’a pas guéri tous les malades en Israël. Jésus a redonné la vie terrestre à trois morts mais il ne l’a pas fait pour tous les morts. Ces actes, en plus d’être des manifestations concrètes de l’amour du Fils de Dieu pour notre humanité, sont donc des signes. Dans le passé on utilisait souvent ces miracles pour « prouver » la divinité de Jésus. Mais la première lecture nous montre que de simples hommes comme le prophète Elie ont reçu de Dieu un pouvoir semblable. Et dans les Actes des apôtres Pierre et Paul ont aussi ramené à la vie des morts. Bien sûr si Elie, Pierre et Paul ont pu faire cela c’est bien grâce à Dieu et à lui seul. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’ils étaient des hommes comme nous. En redonnant la vie au fils de la veuve Jésus n’a pas voulu prouver sa divinité. Les témoins de ce miracle ont simplement reconnu en lui un grand prophète, comme Elie autrefois.  Le signe est donc ailleurs. En faisant cela le Seigneur nous enseigne que Dieu ne se réjouit pas de la mort de ses créatures. Dieu est du côté de la vie, pas du côté de la mort. La mort telle que nous la connaissons aujourd’hui, souvent précédée d’une déchéance plus ou moins longue et accompagnée de souffrances physiques et morales, est la conséquence du péché et de notre rupture de communion avec Dieu. Marie, la seule créature préservée du péché originel, n’est pas passée par ce genre de mort. C’est ce que les orientaux nomment la dormition et nous l’assomption. C’est par son Fils unique que Dieu a tout créé à partir de rien. C’est par sa Parole, son Verbe, qu’il a appelé toutes les créatures à l’existence. L’acte que Jésus pose dans notre évangile marque le commencement d’une recréation, d’une création nouvelle dans laquelle nous serons enfin libérés de l’esclavage du mal. Cet acte nous indique le seul et véritable ennemi du Christ, celui qu’il est venu combattre et vaincre : non pas l’homme pécheur mais le Mauvais, le tentateur, lui qui rêve de détruire la création du Père avec notre complicité consciente ou inconsciente. Le Mauvais qui sait très bien utiliser notre faiblesse, lui qui nous suggère d’utiliser notre liberté contre Dieu, pour le mal, et finalement pour nous détruire spirituellement et avec nous toute la création. Il suffit de constater, ce n’est qu’un exemple, de quelle manière les magnifiques progrès scientifiques de l’humanité ont été détournés en partie de leur noble fin pour donner la bombe atomique, les armes chimiques et biologiques, les manipulations génétiques etc. L’homme devenu fou est désormais capable de provoquer lui-même sa propre apocalypse, la fin de toute vie sur cette planète terre. Sans parler du fait qu’il est plus facile de trouver de l’argent, même en temps de soi-disant crise, pour acheter des armes que pour acheter de la nourriture ou des médicaments ! Sans la sagesse du Christ l’homme sert plus facilement la mort que la vie ; tuer lui semble tout aussi normal que guérir. Et à part quelques indignés tout cela se passe dans une indifférence quasi générale. En ressuscitant le fils de la veuve Jésus annonce aussi sa propre résurrection et son mystère pascal. C’est-à-dire sa victoire définitive sur le processus de mort dans lequel notre humanité s’est engagée depuis des millénaires. Voilà la différence essentielle entre Elie, Pierre et Paul d’une part et Jésus de l’autre. Tous ont redonné à des morts la vie de ce monde mais seul le Christ est ressuscité d’entre les morts. Seul le Christ a fait entrer notre humanité dans la gloire de Dieu.

Quelques mots à propos du signe rapporté dans notre évangile. Contrairement à la résurrection de Lazare ou à celle de la fille de Jaïre, c’est Jésus qui, ici, prend l’initiative. La veuve pleurant son fils unique ne lui a rien demandé. Dans le code de la charité propre à l’Ancien Testament les veuves avec les orphelins et les étrangers bénéficiaient d’un statut particulier, prioritaire en quelque sorte. Qu’est-ce qui pousse le Seigneur à faire de lui-même ce geste ? Sa pitié pour cette femme. Il veut tout simplement lui exprimer sa compassion et son amour. Le cœur du Christ est le cœur le plus sensible qui ait jamais existé, le plus vulnérable aux détresses et aux peines humaines. C’est parce que ce cœur est parfaitement saint, donc délivré de tout égoïsme et de tout repli sur lui-même. La résurrection du fils unique de la veuve est une belle et profonde manifestation de la grâce divine. Dieu en son Fils vient au-devant de nos besoins avant même que nous ne les lui fassions connaître. Ce que nous n’osons même pas demander ou imaginer, il peut librement et par amour nous l’accorder.