jeudi 1 novembre 2007

Toussaint

Toussaint 2007 (page 1297)
Dans ses lettres Saint Paul appelle parfois les chrétiens du nom de « saints ». La liturgie de la Parole en cette fête de la Toussaint utilise des noms variés pour désigner les disciples du Christ et ainsi nous parler de la sainteté : « serviteurs de Dieu », « enfants de Dieu » et « bienheureux ». Quant au Psaume 23, il nous présente la sainteté comme une recherche de Dieu : « Voici le peuple de ceux qui le cherchent, qui recherchent la face de Dieu ! »
En effet la sainteté chrétienne ne se laisse pas enfermer dans une définition, encore moins dans une définition unique. Fêter la Toussaint, c’est d’abord rappeler que Dieu seul est Saint dans le mystère de la Sainte Trinité : Père, Fils et Saint Esprit. Dieu seul est Saint parce qu’il est communion d’amour et de vie, parce qu’il est l’Amour. Fêter la Toussaint, c’est nous redire que nous sommes personnellement appelés à participer à la sainteté de Dieu en recevant en nous son amour et sa vie. Et cette participation commence pour nous avec le sacrement de baptême et la foi en Jésus Sauveur. Si la première lecture nous montre le but à atteindre, le terme de notre cheminement, la deuxième lecture souligne que nous sommes encore en chemin. La sainteté, qui peut se confondre avec la vie véritablement chrétienne, est déjà donnée par la grâce de Dieu : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu ». En même temps notre sainteté ici-bas est toujours inachevée, imparfaite, car « ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ». C’est donc entre l’aujourd’hui de notre vie chrétienne et son achèvement dans la gloire de Dieu que se situe le chemin de notre sanctification. Nous avons bien besoin de toute une vie humaine pour nous laisser de plus en plus envahir et saisir par l’amour de Dieu révélé en Jésus-Christ, pour nous laisser guider par l’Esprit d’amour.
L’Evangile des Béatitudes nous montre à la fois le fruit et le moyen de la sainteté chrétienne. Etre saint, participer à la sainteté de Dieu, doit nous combler de bonheur, nous rendre bienheureux, non seulement après notre mort mais dès maintenant. Et Jésus nous livre ici, de manière paradoxale il est vrai, les chemins pour atteindre ce bonheur que tous nous recherchons. Le bonheur spirituel étant d’un autre ordre que le bonheur simplement humain, il est logique que nous ne puissions pas l’atteindre en suivant l’esprit de ce monde. Cet esprit, opposé à celui des Béatitudes, Jean le résume ainsi dans sa première lettre : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse » . Aspirer à la sainteté, la désirer de tout son cœur, ce n’est donc pas autre chose que de rechercher notre bonheur et notre bien véritables. Car Dieu seul est notre béatitude. Si notre chemin de sanctification passe inévitablement par la porte étroite et par la croix, le but reste le bonheur. D’où le paradoxe des Béatitudes : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le Royaume des cieux est à eux ! »
Pour approfondir notre réflexion, écoutons maintenant un passage de la lettre de l’apôtre Paul aux Galates : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, largeur d’esprit, générosité, bonté, foi, douceur, maîtrise de soi. Ce sont des choses qu’aucune loi ne condamne. » L’unique fruit de l’Esprit se décline en neuf réalités. Ces réalités, surtout les trois premières (amour, joie et paix), sont en quelque sorte le test qui nous permet de vérifier l’authenticité de notre vie spirituelle. Si nous sommes vraiment dans l’amour, la joie et la paix, c’est alors le signe évident que nous avons bien pris le chemin de la sainteté. Et ce n’est pas un hasard si nous retrouvons dans le fruit de l’esprit la paix et la douceur déjà rencontrées dans les Béatitudes.
Je terminerai en m’attachant à une manifestation de cet unique fruit de l’Esprit, la joie. Nos contemporains ont tellement besoin de redécouvrir la beauté de la joie, son rayonnement tout simple ! Déjà en 1975 Paul VI constatait que notre monde, en ignorant Dieu, passait à côté de la joie. Gilbert Cesbron écrivait quant à lui que « la seule vraie preuve de l’existence de Dieu, c’est la preuve par la joie. » Enfin je citerai Dominique Savio, le fils spirituel de Don Bosco, qui accueillait un nouvel arrivant au Valdocco en lui disant : « Sache qu’ici nous faisons consister la sainteté à être toujours joyeux. »
Dans notre prière à l’Esprit Saint, demandons-lui jour après jour la grâce d’être toujours joyeux et de progresser ainsi dans notre propre sanctification et celle de nos frères.
Amen

dimanche 29 juillet 2007

17ème dimanche du temps ordinaire

17ème dimanche du temps ordinaire / C
29 juillet 2007
Luc 11, 1-13 (page 218)

Après l’épisode de Jésus chez Marthe et Marie, l’Evangile de ce dimanche nous rapporte la transmission du Notre Père aux premiers disciples. Marie avait choisi la meilleure part, le nécessaire de toute vie humaine : la vie spirituelle, la vie qui se met à l’écoute de la Parole du Seigneur. Et voilà que Jésus va enseigner à ses disciples ce qui deviendra la prière de tous les chrétiens. Si Matthieu nous rapporte aussi la transmission du Notre Père, il y a toutefois quelques différences notables entre Luc et Matthieu. Chez ce dernier le Notre Père prend place dans le sermon sur la montagne, sermon qui commence avec les Béatitudes. L’atmosphère est donc chez le premier évangéliste celle de l’enseignement. Luc situe le Notre Père dans un tout autre contexte. Chez lui tout part de l’expérience de Jésus en prière. C’est en voyant prier leur Maître que les disciples lui ont en quelque sorte demandé une méthode d’oraison : « Un jour, quelque part, Jésus était en prière. » Cette introduction mériterait à elle seule un commentaire approfondi. Jésus était en prière. Pour lui la prière n’est pas seulement une activité. Elle est une composante fondamentale de sa personne. L’imprécision de Luc est aussi intéressante : un jour, quelque part… Comme s’il voulait nous dire que la prière ne dépend ni d’un jour précis ni d’un lieu particulier. Le chrétien qui est avancé dans la voie de la prière sait en effet qu’il faut prier en tout temps et en tout lieu, même si, bien sûr, on ne prie pas de la même manière dans le silence d’un oratoire ou dans le brouhaha du métro.
Entre Matthieu et Luc, il y a plus qu’une différence de contexte. Sans parler des nuances dans les mots mêmes du Pater, nous pouvons relever une insistance différente. Chez Matthieu, le Seigneur met l’accent sur le pardon des offenses en faisant suivre le Pater du commentaire suivant : « Si vous pardonnez aux autres leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos offenses. » Chez Luc le Seigneur fait suivre l’enseignement du Pater par une petite parabole, celle de l’ami importun. La leçon est claire : nous devons prier avec insistance et sans nous lasser. Il est relativement facile de commencer dans la voie de la prière. Il est beaucoup plus difficile de persévérer sur ce chemin de vie. La tentation la plus fréquente pour le chrétien qui veut être fidèle à la vie de prière c’est bien celle du découragement. On se décourage car on ne ressent pas la présence paternelle et aimante de Dieu. On se décourage car on a l’impression de ne pas être entendu, de ne pas être exaucé. Le découragement dans la prière, l’abandon de la vie spirituelle régulière proviennent toujours d’un manque de foi de notre part. Nous n’avons pas assez confiance en Dieu et surtout notre amour pour Lui s’est refroidi. La fin de notre Evangile est un appel à la confiance : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent ? » Cette conclusion est riche d’enseignements. En transmettant le Pater Jésus insiste sur la bonté de Dieu en tant que Père. Et il nous montre aussi que toutes les demandes du Pater peuvent se résumer en une seule : demander à Dieu notre Père l’Esprit-Saint. Car si nous avons en nous cette présence de l’Esprit-Saint et si nous suivons ses inspirations, non seulement nous éviterons le mal mais nous grandirons de jour en jour sur le chemin de la sainteté. Voilà ce que nous avons à demander en premier : le don de l’Esprit-Saint. Comme le dit le Seigneur dans l’Evangile nous devons rechercher d’abord le Royaume de Dieu et tout le reste nous sera donné par surcroît.
En guise de conclusion je voudrais faire allusion à l’expérience de deux saints espagnols du 16ème siècle. Tout d’abord sainte Thérèse de Jésus, la réformatrice du Carmel. Elle affirme avoir quelquefois passé tout le temps de son oraison à méditer seulement les deux premiers mots du Pater : « Notre Père ». Chaque mot du Pater est en effet d’une profondeur insoupçonnable. Si dans la prière communautaire nous n’avons pas le temps de méditer ces paroles, dans la prière personnelle nous avons tout intérêt à les savourer les unes après les autres, en prenant conscience sous l’action de l’Esprit de toute leur portée. L’autre saint est Ignace de Loyola, le fondateur des Jésuites. Dans ses Exercices spirituels il affirme que « ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. » Et il donne aux retraitants trois manières de prier, trois méthodes en quelque sorte. La deuxième manière de prier, écrit-il, « se fait en contemplant la signification de chaque mot de la prière. » Nous retrouvons l’expérience de Thérèse d’Avila avec le Pater. Et Ignace donne le détail de cette méthode : « Etant à genoux ou assis, selon qu’on s’y trouve plus disposé et accompagné de plus de dévotion, tenant les yeux fermés ou posés sur un endroit, sans les laisser aller ça et là, on dira : Pater. Et l’on restera dans la considération de ce mot aussi longtemps que l’on trouvera des significations, des comparaisons, du goût et de la consolation dans des considérations qui se rapportent à ce mot. Si celui qui contemple le Pater noster trouve dans un ou deux mots une bonne matière pour la pensée, et du goût et de la consolation, qu’il ne se soucie pas d’aller plus loin, même si l’heure devait se terminer sur ce qu’il trouve. Celle-ci terminée, il dira le reste du Pater noster de la manière habituelle. »
Amen

16ème dimanche du temps ordinaire

16ème dimanche du temps ordinaire / C
22 juillet 2007
Luc 10, 38-42 (page 168)
Après la parabole du bon samaritain, nous poursuivons notre lecture du chapitre 10 de saint Luc. L’épisode de Jésus chez Marthe et Marie comme la parabole du bon samaritain sont des textes propres à l’évangéliste Luc. Bien des commentateurs se sont heurtés à la difficulté d’une juste interprétation de ce passage évangélique. Cela fait maintenant un certain temps que la plupart des commentateurs ont abandonné l’interprétation qui consistait à opposer la vie active, représentée par Marthe, à la vie contemplative, représentée par sa sœur Marie. En fait cet Evangile semble bien être une leçon de vie chrétienne pour tous, et pas seulement pour les personnes consacrées.
Regardons tout d’abord l’attitude de Marthe recevant Jésus chez elle : elle « était accaparée par les multiples occupations du service. » Une autre traduction donne la version suivante : elle « était absorbée par tout le service. » Et lorsque Marthe se plaint de ne pas être aidée par sa sœur, le Seigneur lui répond : « tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses. » Si l’intention de Marthe est louable, c’est sa état d’esprit qui est critiquable. Dans sa volonté de perfectionnisme, de bien recevoir son hôte de marque, elle passe à côté de l’essentiel, ce que Jésus nomme ici le « nécessaire ». Finalement elle est davantage absorbée par ses casseroles et par ses plats que par la présence du Seigneur Jésus. Recevoir quelqu’un, surtout si c’est le Seigneur, c’est le recevoir dans toutes ses dimensions. Certes le corps de Jésus a besoin de nourriture, mais Jésus n’est pas seulement un corps affamé. Le livre des Proverbes note avec humour : « Mieux vaut un morceau de pain sec et la paix, qu’une maison où les festins se terminent en dispute. » Recevoir quelqu’un c’est lui permettre d’entrer en relation, en dialogue, donc c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, l’écouter. Nous avons tous faits l’expérience de repas succulents au cours desquels nous nous sommes ennuyés car nous n’étions pas réellement accueillis… Marthe oublie la relation entre les âmes, entre les esprits. Son souci excessif du service de la table lui fait rater cette occasion peut-être unique de rencontre en profondeur avec le Seigneur. Quand nous sommes inquiets et agités intérieurement, nous avons beau être là, physiquement présents, nous ne pouvons pas être présents véritablement à la personne que nous recevons. Les apôtres ont bien compris au commencement de l’Eglise le danger de l’activisme, même dans un but noble : aider les pauvres et rendre service aux prochain : « Ce ne serait pas normal que nous laissions de côté la parole de Dieu pour assurer le service des tables. »
Regardons maintenant l’attitude de Marie : elle écoute la parole de Jésus. C’est elle qui a choisi « la meilleure part ». Est-ce par hasard si, quelques versets plus haut, dans le même chapitre, saint Luc nous rapporte ces paroles du Seigneur : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Oui, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ! » Marie a conscience de vivre un événement unique, bouleversant : une rencontre avec Celui qui est la Parole de Dieu faite chair. Marthe veut nourrir le corps de Jésus. Quant à elle, elle veut nourrir son âme en écoutant la Parole du Seigneur. L’une veut donner, l’autre se rend disponible pour recevoir. La première attitude du disciple est bien celle de l’écoute. L’écoute du Seigneur, voilà le nécessaire dans nos vies, la meilleure part sans laquelle tout le reste s’évanouit et perd finalement saveur et consistance.
Alors cet Evangile nous invite à un examen de conscience. Notre vie est peut-être chrétienne, mais est-elle vraiment spirituelle ? Et que signifierait une vie chrétienne sans spiritualité ? La vie de prière, de méditation, d’étude et de lecture de la Parole de Dieu est indispensable pour notre vie chrétienne. Si nous sommes en permanence inquiets et agités à cause des choses matérielles, comment pouvons-nous nous rendre présents à l’unique nécessaire ? Nous courons sans cesse, nous n’avons jamais le temps… Oui, nous courons après le vent. S’arrêter, faire une vraie pause quotidienne pour la rencontre avec le Seigneur est une véritable libération. Pour une fois on ne nous demande pas de donner ou de faire, mais de recevoir : quel bonheur ! Encore faut-il écarter tous les obstacles qui se dressent sur ce chemin de notre vie spirituelle. Et ils sont nombreux ! Le premier étant peut-être le bruit de notre vie moderne. Le silence est devenu une denrée de luxe. Oui, tout lâcher, tout quitter, y compris téléphones fixes et portables, pour vivre pleinement et avec toute notre foi, tout notre amour, ce temps privilégié de la prière. Amen.

dimanche 15 juillet 2007

15ème dimanche du temps ordinaire

15ème dimanche du temps ordinaire / C
15 juillet 07
Luc 10, 25-37 (page 118)
« Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » Le docteur de la Loi pose ici au Seigneur la question essentielle de toute vie humaine même si c’est avec une intention mauvaise, pour le mettre à l’épreuve. Cette question ne devrait pas se situer sur un plan théorique ou intellectuel… Or c’est bien à un jeu théologique que le docteur de la Loi veut se livrer ici. Cette question ne peut obtenir de réponse que sur un plan pratique, celui de l’engagement de toute notre personne en vue d’obtenir la vraie vie. La réponse de Jésus est désarmante de simplicité : tu es docteur de la Loi, tu as donc la réponse à ta propre question. Tu connais la Loi de vie, tu n’as plus qu’à la mettre en pratique : « Fais ainsi et tu auras la vie. » Cette simplicité n’est pas sans rappeler l’épisode de Lazare et du riche dans le même Evangile… « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent… S’ils n’écoutent pas Moïse, et les prophètes, même avec la résurrection d’un mort on ne les convaincrait pas. » La première lecture, extraite de la Torah, insiste sur cette simplicité de la Loi. Croire et pratiquer notre religion n’est pas quelque chose de compliqué : « Cette loi que je te prescris aujourd’hui n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte… Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin que tu la mettes en pratique. »
Même si son intention n’est pas pure, le docteur de la Loi veut se faire passer pour un homme juste auprès de Jésus, d’où sa volonté de poursuivre le débat par une nouvelle question : « Et qui donc est mon prochain ? » Peut-être espérait-il avec cette question apparemment difficile mettre Jésus en mauvaise posture… C’était bien sûr méconnaître la personne du Seigneur. Il n’est pas un docteur de la Loi, même excellent, il est la Parole de Dieu faite chair. Et c’est par la merveilleuse parabole du bon samaritain que le Seigneur va répondre et ainsi nous enseigner ce que signifie aimer notre prochain.
Sur ce chemin de Jérusalem à Jéricho vont passer un prêtre, un lévite et un samaritain. Seul ce dernier verra l’homme blessé au bord de la route : « Il le vit et fut saisi de pitié. » Le prêtre et le lévite l’ont eux aussi vu. Mais ils l’ont ignoré. Il ne suffit pas de voir la souffrance de l’autre pour l’aimer. Il faut encore que notre cœur soit bouleversé, capable de compassion, saisi de pitié comme le dit l’Evangile. Ne jetons pas trop vite la pierre sur le prêtre et le lévite en les traitant d’égoïstes ou de personnes insensibles. Bien souvent nous leur ressemblons, bien souvent, nous aussi, nous avons changé de trottoir pour éviter de voir de trop près ce mendiant ou ce clochard ou ce groupe de jeunes marginaux au look peu catholique. Il est certain que nous ne pouvons pas soulager toute la misère du monde. Mais alors comment faire pour aimer notre prochain ? Cela demande non seulement d’avoir un cœur capable de compassion, mais aussi de prendre le temps de nous faire proche de ce prochain au bord du chemin ou sur le trottoir de nos villes. Or, bien souvent, nous courrons, nous n’avons pas le temps, nous avons telle course à faire ou telle affaire à régler. Et puis si nous sommes en vacances nous considérons peut-être qu’il est temps de penser d’abord à nous… Voilà nos difficultés bien concrètes dans l’exercice de la charité. Sans oublier qu’il peut être des fois dangereux pour nous de nous approcher de certaines personnes. Il arrive aussi que sous le mendiant se cache un brigand, ou sous l’auto-stoppeur une personne malhonnête…
Qui est donc le prochain de l’homme pauvre ou en difficulté ? « Celui qui a fait preuve de bonté envers lui. » La traduction liturgique est inexacte. Il faudrait dire avec la Bible Osty : « Celui qui a exercé la miséricorde envers lui. » Aimer notre prochain, c’est donc faire preuve de miséricorde à son égard. Nous avons à demander au Seigneur un cœur de chair, un cœur capable d’aimer et d’être sensible. Si notre cœur est endurci, le sacrement de réconciliation nous sera d’une grande aide. Ensuite tout est dans le don de nous-mêmes. Sortir de notre égoïsme c’est bien difficile. Mais souvenons-nous que la Loi du Seigneur n’est pas au-dessus de nos forces. Le bon samaritain était peut-être lui aussi pressé. Il a donné de son temps. Il a aussi donné de son argent pour que cet homme puisse être accueilli et soigné par l’aubergiste. Ce qui signifie que dans l’exercice de la charité nous ne sommes pas seuls. Il ne nous est pas demandé de tout faire par nous-mêmes. Nous pouvons nous faire aider. Ce qui nous est demandé, c’est bien en quelque sorte de payer de notre personne pour que notre prochain soit réconforté et soulagé. Notre présence, notre sourire, notre parole, notre main tendue, tout cela fait partie de la miséricorde envers celui qui souffre pour une raison ou pour une autre. Cela ne demande pas forcément beaucoup de temps ni beaucoup d’argent. Si nous avons le cœur ouvert, alors nous trouverons bien, avec l’aide de l’Esprit Saint, la juste attitude au bon moment. Amen.

dimanche 1 juillet 2007

13ème dimanche du temps ordinaire

13ème dimanche du TO/C
1er juillet 2007
Luc 9, 51-62 (page 18)

En ce premier dimanche du mois de juillet, la liturgie de la Parole n’est pas précisément une invitation au farniente estival… « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête. »
Les quatre paroles du Seigneur rassemblées ici par saint Luc se situent à un moment charnière de l’Evangile, un moment décisif dans le ministère public du Seigneur : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem. » Au chapitre 9 de son Evangile, Luc signale une étape importante. Le temps de la prédication et des miracles en Galilée est terminé. Le temps de l’annonce du Royaume de Dieu est accompli. Maintenant Jésus durcit sa face en direction de Jérusalem. Tel est le sens du texte grec original. Et cette expression grecque nous renvoie directement à l’un des chants du serviteur en Isaïe : « Le Seigneur Dieu est de mon côté, et les insultes ne me touchent pas ; aussi je garde un visage de pierre, je sais que je n’aurai pas à rougir. » Autant dire que cette montée vers Jérusalem est synonyme d’entrée dans la Passion. C’est le temps où le Seigneur va enseigner davantage par son attitude de liberté et de courage que par ses paroles.
Sur la route qui va le conduire de la Galilée à Jérusalem, Jésus doit traverser la Samarie. « On refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. » La première réalité à laquelle se heurte Jésus est bien celle du refus. Ce refus d’accueil annonce déjà le refus radical qui sera signifié à Jérusalem par le supplice de la Croix. C’est bien le chemin de Croix qui commence ici en filigrane. Ce refus est le symbole d’une humanité profondément divisée et déchirée. Les samaritains n’aiment pas les juifs et les juifs n’ont guère d’estime envers eux… Ce sont ces petites et grandes rivalités qui conduisent bien souvent à la haine et à la guerre. Comment ne pas penser ici aux merveilleuses paroles de Paul dans sa lettre aux Colossiens ? Dieu a jugé bon qu’habite dans le Christ toute plénitude « et que tout, par le Christ, lui soit enfin réconcilié, faisant la paix par le sang de sa Croix, la paix pour tous les êtres sur la terre et dans le ciel. » Oui, le chemin de Croix est bien un chemin de souffrance en vue de la réconciliation, en vue de l’unité du genre humain.
Devant ce refus, Luc rapporte deux réactions : celle de Jacques et de Jean, puis celle du Seigneur. « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Les apôtres suggèrent à leur Maître de punir les samaritains en employant la méthode forte. La violence est la méthode employée en tout temps et en tous les lieux par les fanatiques religieux. Dès le moment où des personnes refusent de les accueillir ou de les écouter, ils veulent s’imposer par la force, et cela au nom du Dieu qu’ils prétendent servir. Jacques et Jean ont des circonstances atténuantes, pourrait-on dire… Ils ont l’illustre exemple du prophète Elie dans l’Ancien Testament qui avait fait tomber le feu du ciel sur les messagers du roi Okozias : « Elie répondit au chef des cinquante : ‘Si je suis un homme de Dieu, que le feu du ciel descende et te dévore, toi et tes cinquante hommes !’ Et le feu du ciel descendit : il le dévora, lui et ses cinquante hommes. »
« Mais Jésus se retourna et les interpella vivement ». Le Seigneur, en route vers Jérusalem et vers le Golgotha, ne se met pas à l’école du prophète Elie. Son attitude est nouvelle. Il refuse la violence, il refuse de punir ces samaritains qui ne veulent pas lui offrir l’hospitalité… « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête ! » Un peu plus loin dans sa marche vers Jérusalem, Jésus choisira même un samaritain pour illustrer l’amour du prochain, c’est la parabole bien connue du bon samaritain . Les fanatiques religieux, eux, ont tendance à diviser le monde en deux camps : celui des bons auquel ils s’identifient bien sûr, et celui des mauvais, des ennemis. Jésus montre que si certains samaritains ont refusé de l’accueillir, d’autres peuvent être des modèles de charité. Il ne faut jamais généraliser dans nos jugements et dire : ce peuple ou ce groupe est mauvais. D’ailleurs Jésus nous demande de ne pas juger, de ne pas condamner notre prochain. Et même dans une personne, la plupart du temps, le bien et le mal cohabitent. C’est l’expérience de la lutte spirituelle que tous nous faisons. Il aura fallu beaucoup de temps à notre Eglise pour vivre en plénitude cet enseignement du Christ. Le texte du concile Vatican II sur la liberté religieuse a clairement condamné le fanatisme religieux comme antiévangélique : « Bien qu’il y ait eu parfois dans la vie du peuple de Dieu, cheminant à travers les vicissitudes de l’histoire humaine, des manières d’agir moins conformes, bien plus même contraires à l’esprit évangélique, l’Eglise a cependant toujours enseigné que personne ne peut être amené par contrainte à la foi. » Et le Concile se réfère évidemment à l’exemple du Christ : « Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume, en effet, ne se défend pas par l’épée, mais il s’établit en écoutant la vérité et en lui rendant témoignage, il s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la Croix, attire à lui tous les hommes. »
Si les apôtres voulaient faire descendre le feu du ciel pour tuer les samaritains, Jésus, lui, veut faire descendre en chacun de nous le feu de l’Esprit, le feu de son amour divin, infini et universel : « Je suis venu jeter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! »
Amen

jeudi 28 juin 2007

Nativité de Jean le Baptiste

Nativité de Jean Baptiste
24/06/07
Luc 1, 57-80 (page 1346)

Nous célébrons en ce dimanche la solennité de la nativité de saint Jean Baptiste. La liturgie donne à Jean un grand privilège puisque en dehors de Jésus et de la Vierge Marie, c’est le seul saint dont nous fêtons la naissance. La nativité de Jean est même liturgiquement une célébration plus importante que la nativité de Marie. Cette dernière est seulement une fête, célébrée le 8 septembre, et non pas une solennité. Et pour être complet signalons la mémoire du martyre de Jean le 29 août. C’est dire l’importance du précurseur dans la liturgie catholique. Le Seigneur Jésus lui-même a célébré la grandeur de Jean : « Oui, je vous le dis, on n’a pas vu se lever plus grand que Jean parmi les fils de la femme. » Cependant la grandeur de Jean nous renvoie à notre propre dignité de baptisés : « Et pourtant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que Jean. »
La liturgie de la Parole nous invite à saisir quelle est l’identité profonde de Jean. Et par-delà la figure du précurseur à contempler notre propre identité avec le regard même de Dieu.
La question qui résonne dans l’Evangile de Luc est posée au futur : « Que sera donc cet enfant ? » Mais la Parole de Dieu nous ramène aux origines de Jean, et par conséquent à nos propres origines. Notre identité réelle résulte de cette tension entre nos origines et notre avenir.
La magnifique première lecture ainsi que le psaume nous montre d’une manière poétique que nous existons dans le cœur de Dieu avant même notre naissance : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom.[…] Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur. » Les paroles du Psaume confirment cette vision d’Isaïe : « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’a tissé dans le sein de ma mère. Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis. » La nativité de Jean provoque, elle aussi, l’étonnement dans sa famille et parmi ses voisins… Ce qui est étonnant, c’est bien la manière qu’a Dieu notre Père de nous créer, de nous donner la vie. Avant même notre naissance, Dieu notre Père, en nous créant dans le sein de notre mère, nous donne aussi notre vocation, donc notre avenir de bonheur et d’accomplissement. Pour Dieu créer c’est toujours appeler. Créer c’est donner un sens. Et c’est dans la découverte de cette vérité que se trouve la clef de notre bonheur. Beaucoup sont malheureux et désespérés tout simplement parce qu’ils ne savent pas d’où ils viennent ni où ils vont. Ils se sentent inutiles parce qu’ils n’ont pas découvert leur divine vocation, le plan de Dieu pour eux. Ignorer la paternité de Dieu à notre égard, c’est ignorer notre identité la plus profonde : nous sommes en effet des créatures bien-aimées du Père. Nous avons du prix à ses yeux. Tellement de prix que cette histoire d’amour éternel a abouti au scandale de la croix… Ignorer Dieu, c’est prendre le risque de ne pas voir quelle est notre mission unique et irremplaçable dans notre monde et pour notre temps, c’est peut-être passer à côté de notre véritable vocation…
Dès sa naissance, le petit Jean reçoit son identité de Dieu. Tel est le sens de la discussion à propos de son prénom. On veut l’appeler Zacharie comme son père. Mais sa mère puis son père choisissent un prénom inhabituel dans la famille, celui de Jean. Prénom révélé par l’ange à Zacharie alors qu’il officiait dans le sanctuaire… Au jour de sa circoncision l’enfant reçoit donc son nom de Dieu lui-même. Et ce nom est nouveau par rapport aux traditions familiales. Si Dieu nous crée, si Dieu nous donne une famille, jamais il ne nous enferme dans les limites de notre famille. Car il nous crée libres. Les parents ne sont pas créateurs. Ils ne font que transmettre la vie. Aujourd’hui nous parlons beaucoup, et avec raison, des nombreux conditionnements qui façonnent notre personnalité : les gènes, la famille, l’éducation, le milieu social etc. Il ne faudrait pas oublier notre liberté profonde, celle qui nous vient de notre condition d’enfants de Dieu.
Si la famille et les voisins du petit Jean ont voulu l’enfermer dans le passé familial en oubliant sa nouveauté dans le plan de Dieu, plus tard Jean devra aussi s’affirmer pour vivre selon son identité profonde. La deuxième lecture en témoigne, je la cite ici dans la traduction de la Bible des peuples : « Et lorsque Jean était sur le point de terminer sa propre course, il disait : ‘Je ne suis pas ce que vous voudriez que je sois. Mais après moi vient un autre à qui je ne suis pas digne de retirer la sandale. » Notre famille, notre entourage, notre milieu ont souvent tendance à nous dicter ce que nous devons être. Comme Jean, nous puisons en Dieu et en son appel notre liberté authentique. De ce point de vue là, il est toujours plus libérateur de faire la volonté de Dieu que de se conformer aux attentes des hommes. C’est en effet uniquement dans la vérité de notre condition de créatures et d’enfants de Dieu que nous découvrirons avec émerveillement notre identité profonde ainsi que le sens de notre course ici-bas.
Amen

lundi 18 juin 2007

11ème dimanche du temps ordinaire

11ème dimanche du TO/C
17 juin 07
Luc 7,36-8,3 (page 1065)

Pendant les trois années de son ministère public, le Seigneur Jésus a participé à de nombreux repas. Saint Luc nous rapporte au chapitre 5 de son Evangile le repas chez Lévi. Le collecteur d’impôts a entendu l’appel du Maître et l’a immédiatement suivi pour être son disciple. Ce repas avec les collecteurs d’impôts va susciter une vive réaction de la part des pharisiens et des maîtres de la Loi : « Comment pouvez-vous manger et boire avec les collecteurs de l’impôt et les pécheurs ? » Au regard de la loi juive, l’attitude de Jésus est proprement scandaleuse, car on ne mélange pas les torchons et les serviettes, le pur et l’impur. Manger avec quelqu’un, c’est en quelque sorte communier avec lui. Si Jésus mange avec les pécheurs et les publicains, il se rend impur car il approuve alors leur vie et leur attitude… Nous connaissons bien la réponse du Seigneur : « Les biens portants n’ont pas besoin du médecin, il est pour les malades. Ce ne sont pas les justes que je viens appeler à la conversion, mais les pécheurs ». Deux logiques s’affrontent ici : celle de la Parole de Dieu faite chair en Jésus, celle de l’incarnation d’une part, et d’autre part celle de la pureté légale. Les repas sont pour Jésus des lieux d’évangélisation. Lui qui a rappelé au Tentateur que l’homme ne vit pas seulement de pain, il mange, certes, parce qu’il est vraiment homme et qu’il en a besoin pour vivre. Il mange aussi pour, au cours de ces repas, partager aux hommes le pain de la Parole de Dieu. Juste avant notre Evangile de ce dimanche, ce débat sur les repas du Christ revient. Et c’est le Seigneur lui-même qui y fait allusion : « Rappelez-vous Jean : il ne mangeait pas de pain, il ne buvait pas de vin, et quand il est venu on a dit : ‘Il a un démon’. Et puis vient le Fils de l’homme qui mange et qui boit, et l’on dit : ‘Voilà un mangeur et un buveur de vin, un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs !’ » Toujours dans la logique de l’incarnation, le Seigneur choisira, au cours du dernier repas, le pain et le vin pour en faire les signes sacramentels de sa présence parmi nous, les moyens de notre communion avec lui. Et notons bien que le repas sacré du jeudi saint est étroitement lié au pardon des péchés : « Buvez-en tous ; ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est versé pour une multitude, pour le pardon des péchés . » Ce qui nous conduit directement à l’évangile de cette liturgie.
Jésus n’a pas mangé que chez les pécheurs et les publicains… Dans notre page évangélique, il accepte l’invitation de Simon le pharisien. Et chez saint Luc nous avons deux autres épisodes où nous voyons Jésus manger à la table des pharisiens. Jésus est vraiment venu pour tous, sans aucune exception, et il le montre par son attitude très ouverte et très libre. Tous, d’une manière ou d’une autre, nous sommes malades du péché, même le pharisien Simon qui s’estime juste. C’est le premier enseignement de notre Evangile, éclairé par la deuxième lecture. Et c’est l’apparition inattendue de la femme, son attitude envers Jésus, qui va révéler le péché de Simon. Sa réflexion intérieure en dit long sur le chemin qu’il a encore à parcourir pour passer de la justice de la loi à la miséricorde du Seigneur : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. » La religion de Simon est manichéenne : d’un côté il y a les bons, de l’autre les méchants. Son péché, c’est le jugement qui enferme une personne, une créature de Dieu dans son attitude extérieure contraire à la loi. C’est une pécheresse ! Il n’y a aucun appel possible dans ce jugement qui est déjà une condamnation. Au chapitre 6 de son évangile, Luc nous rapporte des paroles du Seigneur très importantes et que nous devons réentendre dans ce contexte : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. Ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés. Pardonnez, et l’on vous pardonnera. Donnez, et l’on vous donnera. […] Car on utilisera pour vous la même mesure que vous utilisez. » Ces derniers jours, j’ai lu la biographie d’un prêtre suisse, un grand auteur spirituel, Maurice Zundel. Ceux qui l’on fréquenté s’accordent tous pour dire que jamais ils ne l’ont entendu émettre une parole de médisance ou de jugement sur son prochain. C’est là le signe certain de sa sainteté de vie ! Nous ressemblons bien souvent à Simon, car c’est notre pente naturelle de critiquer autrui au lieu de l’aimer. Cet amour du prochain inclue la compréhension et le pardon. Et surtout la capacité de voir d’abord ce qu’il y a de bon en chaque personne.
Le deuxième grand enseignement de cet Evangile, c’est le lien entre amour et pardon, foi et salut. Cette femme, dont nous ne connaissons pas le nom, en est l’icône vivante. « Si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » Entre l’amour et le pardon, c’est un peu l’histoire de la poule et de l’œuf… On ne sait jamais ce qui vient en premier. Une chose est certaine : pour faire intérieurement l’expérience de l’amour de Dieu et de l’amour pour Dieu, nous devons faire l’expérience de sa miséricorde et de son pardon. De ce point de vue là, la femme pécheresse est plus avancée que Simon le pharisien. Même les grands saints qui ne commettaient que des péchés très véniels ont reconnu leurs péchés, c’est-à-dire leur besoin d’être sauvés. Nous avons, nous aussi, à entendre dans notre vie ces paroles de Jésus : « Ta foi t’a sauvé. Va en paix ! » Nous les entendons chaque fois que nous nous confessons avec une véritable contrition, contrition représentée par les larmes de la femme. Nous les entendons chaque fois que nous nous engageons à réparer nos fautes par le don de nous-mêmes, réparation représentée par le vase précieux plein de parfum, répandu sur les pieds du Seigneur.
Amen