dimanche 18 septembre 2022

25ème dimanche du temps ordinaire / C

 

18/09/2022

Luc 16, 1-13

Dimanche dernier nous avons médité les paraboles de la miséricorde divine au chapitre 15 de saint Luc. Dans le chapitre 16 l’évangéliste a rassemblé des enseignements du Christ concernant notre rapport à l’argent. Pour introduire ces enseignements Jésus raconte l’histoire du gérant. Ce gérant est tout d’abord incompétent puis, dans un second temps, il est qualifié de malhonnête car il remet en partie les dettes aux débiteurs de son maître. De manière surprenante pour nous le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté. En effet il a su assurer ses arrières par son attitude afin d’éviter de se retrouver dans la misère après son renvoi. Dans la leçon que Jésus tire de cette histoire il passe du gérant malhonnête à l’argent malhonnête : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. Contrairement à ce que nous pensons habituellement l’argent n’est pas neutre aux yeux du Seigneur puisqu’il le qualifie de malhonnête. Peut-être veut il signifier par-là que l’argent a ce pouvoir de nous corrompre, de nous rendre malhonnêtes… Il est une puissance qui pousse les hommes à être malhonnêtes. Mais nous pouvons aussi l’utiliser avec habileté en étant généreux et en partageant. Cet usage habile de l’argent est le meilleur « investissement » en vue de la vie éternelle. Car ceux qui auront bénéficié de notre générosité seront nos avocats auprès de Dieu et ils intercéderont pour nous.

Jésus poursuit avec cette interrogation : Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? L’honnêteté dans notre rapport avec l’argent malhonnête est donc importante. Il s’agit de mériter la confiance de Dieu dans les petites comme dans les grandes choses, dans le domaine matériel de la gestion des biens comme dans le domaine spirituel de la dispensation des dons de Dieu par le canal de l’Eglise et de ses ministres.

La conclusion de notre page évangélique est d’une grande clarté : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Et elle provoque la réaction de l’auditoire : Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision. Le chrétien habile se servira de l’argent malhonnête afin de servir Dieu en obéissant au commandement de l’amour envers le prochain. L’argent malhonnête représente donc une tentation pour chacun de nous : celle de l’idolâtrie. Dans ce cas le danger consiste à confondre un moyen et une fin. Dieu ne nous a pas installés sur cette terre pour que nous devenions millionnaires. Confondre l’accumulation égoïste et sans fin d’argent avec la réussite d’une vie humaine est le signe d’un manque de sagesse évident. Le livre de Qohélet remarque que qui aime l’argent n’est jamais rassasié d’argent. Qui aime l’abondance manque toujours de revenu (5, 9). Si nous sommes préoccupés en permanence par l’accumulation de capital, par l’enrichissement, nous ne pouvons pas servir Dieu car notre cœur a fait de l’argent malhonnête une idole. La cupidité en tant que péché capital nous sépare de la source de vie divine. L’enseignement de Jésus au chapitre 16 de saint Luc reprend des passages entendus les dimanches précédents comme là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ou encore celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. Plus fondamentalement ce que Jésus enseigne sur l’argent malhonnête est un écho de la lamentation proférée au chapitre 6 : quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Comment pouvons-nous goûter les consolations divines si notre cœur est captif des consolations que nous procure l’argent malhonnête ? Comment mettre notre confiance en l’invisible si nous n’accordons d’importance qu’à ce qui est visible ?

dimanche 11 septembre 2022

24ème dimanche du temps ordinaire / C

 

11/09/2022

1 Timothée 1, 12-17

Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs.

Cette parole digne de foi que nous trouvons dans la deuxième lecture nous donne le thème de la liturgie de la Parole. Les lectures nous présentent en effet différents types de pécheurs ainsi que la miséricorde de Dieu en leur faveur. Dans la première lecture le péché d’idolâtrie concerne tout le peuple. C’est en quelque sorte un péché communautaire qui est pardonné grâce à l’intercession de Moïse. Dans l’Evangile la parabole du père et de ses deux fils nous fait voir deux types de pécheurs : celui qui quitte la maison de son père pour être autonome et celui qui, tout en restant dans la maison de son père, est dévoré par la jalousie en raison de la bonté de son père à l’égard de son frère. Etre dans la maison du Père, dans l’Eglise, ne nous préserve donc pas de la tentation ni du péché. L’obéissance du fils aîné, travaillant dans la maison de son père, était formelle et extérieure. C’est ce qui a permis à la jalousie de prendre possession de son cœur. Ce fils apparemment fidèle refuse la miséricorde du père. Il obéit aux ordres mais est incapable de faire sienne l’attitude d’accueil de son père. Cela nous rappelle la leçon que nous trouvons dans une autre parabole, celle des ouvriers employés à la vigne : N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? (Mt. 20,15)

Dans la deuxième lecture Paul confesse, lui aussi, son péché ainsi que la miséricorde du Christ : Moi qui étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde, car j’avais agi par ignorance, n’ayant pas encore la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus abondante, avec elle la foi, et avec l’amour qui est dans le Christ Jésus. Dieu a transformé le persécuteur de l’Eglise en apôtre de l’Evangile en lui faisant le don de la foi en Jésus. Car Saul agissait de bonne foi, il croyait servir Dieu avec zèle, mais il était dans l’ignorance. Sur la croix Jésus demande le pardon pour ses bourreaux en mentionnant leur ignorance : Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. C’est ce pardon qui a ressuscité Saul en le transformant en Paul. L’expérience qu’il a faite de ce pardon totalement inattendu et gratuit lui permet d’interpréter le mystère de la croix : Aucun de ceux qui dirigent ce monde n’a connu la sagesse du mystère de Dieu, car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de gloire. (1 Co 2,8). L’ignorance, l’absence de foi peuvent donc conduire au péché tout en attirant la miséricorde de Dieu. La conversion du persécuteur devient ainsi une source d’espérance pour tous les pécheurs : S’il m’a été fait miséricorde, c’est afin qu’en moi le premier, le Christ Jésus montre toute sa patience, pour donner un exemple à ceux qui devaient croire en lui, en vue de la vie éternelle. Dieu a changé le cœur de Saul en lui révélant son Fils, en lui donnant la foi. Il lui a même donné une vocation d’apôtre. Oubliant son passé de pécheur, il lui a témoigné sa confiance : Je suis plein de gratitude envers celui qui me donne la force, le Christ Jésus notre Seigneur, car il m’a estimé digne de confiance lorsqu’il m’a chargé du ministère.

L’expérience personnelle de conversion de Paul lui a inspiré dans sa lettre aux Romains cette certitude : là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. Baudelaire, quant à lui, décrit le poète, l’artiste, comme celui qui, à la manière de Dieu, est l’artisan d’une divine transformation : Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or. Nous pouvons présenter à Dieu la boue de nos péchés pour qu’il en fasse de l’or de sa sainteté.

dimanche 4 septembre 2022

23ème dimanche du temps ordinaire / C

 

4/09/2022

Luc 14, 25-33

La rentrée scolaire a eu lieu, moment important pour les familles, les enfants et les jeunes, qui, après la longue coupure estivale, commencent une année nouvelle. L’Evangile de ce dimanche nous fait entendre des paroles de Jésus difficiles à recevoir, des paroles qui font partie de ce que Monique Piettre nomme les paroles « dures » de l’Evangile dans son petit livre de 1988. Tout d’abord remarquons que l’Evangile de ce dimanche ne s’adresse pas seulement aux disciples ou aux apôtres mais bien aux grandes foules qui faisaient route avec Jésus. Ces paroles difficiles ne s’adressent donc pas à une élite de surhommes mais bien à des personnes ordinaires comme vous et moi… ce qui ne fait qu’augmenter leur difficulté ! Car une première lecture de cet Evangile pourrait bien nous décourager de suivre Jésus. Tout cela n’est pas pour nous ! A trois reprises le Seigneur utilise la même construction de phrase : Si ou Celui qui ne fait pas telle ou telle chose, il ne peut pas être mon disciple. Bref il nous parle de ce qui nous empêche de le suivre.

Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.

Le premier empêchement peut venir de la manière dont nous concevons nos relations familiales. Jésus ne nous demande pas de ne pas aimer les membres de notre famille puisque l’amour du prochain fait partie de sa prédication et qu’il reprend à son compte le commandement de Moïse demandant d’honorer son père et sa mère. Il nous demande une hiérarchie dans l’amour, autrement dit une mise en ordre. En premier l’amour pour le Christ, ensuite l’amour pour notre famille, d’où le verbe préférer. Le disciple, le chrétien, est celui qui est capable d’avoir un amour de préférence pour le Christ. Saint Benoît, le père des moines d’occident, a bien traduit cela au chapitre 72 de sa Règle : Les moines ne préféreront absolument rien au Christ.

Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

Le deuxième empêchement peut venir de notre manière de nous situer par rapport à la souffrance, au mal, au renoncement et à l’esprit de sacrifice. Un homme normalement constitué et sain d’esprit fuit la souffrance. La souffrance peut être destructrice. Elle est la conséquence d’un mal qui est à l’œuvre au sein de la création après le péché des origines. Porter sa croix avec Jésus signifie vaincre le mal par le bien (Romains 12, 21). C’est aussi accepter la part inévitable de souffrance et de renoncement en union avec le Christ. Notre condition humaine implique forcément cette souffrance qu’il s’agit de contrebalancer par l’amour qui nous unit au Christ. Facile à dire, très difficile à vivre lorsque la maladie survient ou un divorce, lorsque l’on perd son emploi ou que le deuil nous frappe. Cela dépasse de loin les forces humaines et cela demande de notre part une vie de prière authentique, un appel à la force du Christ dans les sacrements.

Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Le troisième et dernier empêchement est celui de notre attachement aux biens matériels, ce qui explique le vœu de pauvreté des religieux et religieuses. Les chrétiens qui vivent dans le monde et non pas dans un monastère ont besoin pour eux-mêmes et pour leur famille de biens matériels afin d’assurer la sécurité de leur vie. Jésus nous indique qu’il y a une limite à ce besoin naturel de sécurité. Comment ne pas penser à l’Evangile entendu le 7 août ? Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. Pour être libre de suivre le Christ, il nous faut donc renoncer à certains biens, renoncer surtout à l’accumulation infini des biens, renoncer à la cupidité. Une manière concrète de vivre ce renoncement consiste à pratiquer le partage et le don de mes biens avec ceux qui sont dans le besoin et qui n’ont pas, comme moi, la sécurité pour leur vie.

Ces paroles dures de Jésus nous pouvons les accueillir si nous les comprenons comme un moyen de grandir dans la liberté. Nous pouvons les accueillir sans oublier d’autres paroles qui, elles, nous encouragent :

Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

dimanche 28 août 2022

22ème dimanche du temps ordinaire / année C

 

28/08/2022

Luc 14, 7-14

Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas. C’est à l’occasion d’un repas de fête pris chez un notable que Jésus nous délivre deux leçons ayant comme point commun les repas.

La première de ces leçons part du sens de l’observation du Seigneur : Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places… Il s’agit d’une leçon de sagesse humaine s’inspirant d’un passage du livre des Proverbes : Ne cherche pas à briller devant le roi, ne te mets pas à la place des grands ; mieux vaut que l’on te dise : « Monte ici », plutôt que d’être rabaissé devant un prince.

Jésus nous rappelle ainsi l’importance de la vertu d’humilité. Nous trouvons dans le livre des Proverbes le dicton suivant : avant la gloire, il y a l’humilité. Cette vertu est l’arme que Dieu nous donne pour combattre le diable qui nous inspire toujours des pensées et des attitudes d’orgueil. Le péché des origines comme le péché capital est bien l’orgueil. Si nous comprenons cela, nous comprenons la grande valeur de l’humilité. Le chemin de Jésus lui-même est celui de l’humilité, de l’abaissement volontaire, du choix de la dernière place en vue de notre salut, comme Paul l’a si bien exprimé dans sa lettre aux Philippiens : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté. Quand Jésus affirme : quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé, il fait donc ce qu’il dit. Aucun homme ne s’est autant abaissé que lui ! Au chapitre 20 de saint Luc, le Seigneur nous met en garde contre les hommes qui cherchent toujours les premières places : Méfiez-vous des scribes qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues et les places d’honneur dans les dîners. La grandeur du chrétien, bien différente de celle qui est mise en avant dans le monde, est celle de l’humilité du cœur qui se traduit dans les attitudes quotidiennes. Parce que le chrétien ne cherche pas à recevoir la gloire qui vient des hommes, mais il agit pour plaire à Dieu.

La seconde leçon de notre Evangile est celle du don gratuit et désintéressé : je n’invite pas à ma table telle ou telle personne pour qu’elle me rende ensuite mon invitation. Ici encore Dieu est notre modèle. Lorsque je suis invité à participer au festin des noces de l’Agneau, à l’eucharistie, Dieu sait très bien que je ne pourrai jamais lui rendre son invitation. C’est gratuitement que Dieu nous invite à la communion avec lui dans le banquet eucharistique. A la messe il n’y a pas de places d’honneur. Ceux qui sont au fond de l’église et ceux qui sont assis au premier rang, Jésus les invite et les aime également. La seconde leçon de l’Evangile de ce dimanche veut nous libérer d’un système de relations humaines pollué par l’intérêt et le pouvoir de l’argent. Il s’agit bien de donner sans attendre quoi que ce soit en retour et de redécouvrir ainsi la beauté de la gratuité, beauté qui a sa source dans le cœur même de Dieu. Comme le proclame Isaïe, Dieu invite toujours gratuitement :

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer.

dimanche 21 août 2022

21ème dimanche du temps ordinaire / année C

 


21/08/2022

Luc 13, 22-30

Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? Cette question d’un inconnu nous la retrouvons dans la bouche des disciples en saint Matthieu : Qui donc peut être sauvé ?

C’est la question du salut éternel liée à la foi en la vie éternelle comme l’indique l’image du festin dans le Royaume de Dieu. C’est aussi la question du nombre de ceux qui seront sauvés. Une multitude de pécheurs ou une élite de saints ? Dans les Evangiles nous trouvons des passages peu « optimistes » sur ce point… La porte du salut est étroite… la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux etc. Nous y trouvons aussi des passages nous parlant d’un salut universel et inattendu : Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers.

La question du salut ne se pose pas de la même manière aujourd’hui qu’à l’époque de Jésus, et cela vaut aussi pour les chrétiens. Il serait intéressant de faire un sondage parmi les catholiques pour savoir quelle place la vie éternelle occupe dans leur cœur… Le mot de salut lui-même semble incapable de parler au cœur de beaucoup de nos contemporains à la manière d’un mot usé par des siècles de tradition. Il nécessite une traduction actuelle pour être accepté et compris, pour retrouver une signification réelle. Probablement parce que dans le passé du christianisme ce mot a pu être utilisé pour mépriser la vie présente. Le Paradis était le but suprême et unique qui faisait de la vie présente une simple pièce d’attente remplie de douleurs et de frustrations. Souffrez maintenant sur terre, vous serez heureux plus tard au Paradis ! Or un salut qui ne concerne que l’au-delà et le futur ne nous enthousiasme pas… Dans ces conditions à quoi bon vivre ? L’homme contemporain parle du salut en utilisant la notion de bonheur, de vie belle, bonne et accomplie, rejoignant par-là les aspirations des philosophes de l’antiquité qui recherchaient la vie bonne pour aujourd’hui. Si Dieu a voulu la création et l’a maintenue après le péché, s’il a voulu que nous soyons des créatures sur cette terre, alors il n’est pas possible de mépriser notre vie terrestre ou de la considérer comme une simple antichambre de la vie éternelle. Le salut chrétien d’une manière ou d’une autre doit se manifester aussi ici-bas et porter ses fruits dès maintenant. C’est ce que Jésus dit à Zachée : Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. Pour que le salut éternel soit bien réel, il faut que notre vie terrestre ne soit pas seulement une ombre, mais une réalité riche de sens, le lieu de notre rencontre avec Dieu, le lieu d’un bonheur possible avec Dieu et avec les autres. La clé de ce bonheur, du point de vue de notre foi, réside dans la vie spirituelle et dans la vie morale qui sont inséparables. Il s’agit de désirer le Bien suprême qu’est Dieu et de faire le bien sur cette terre : Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice… Le sacrement de l’eucharistie témoigne de ce lien entre ce que nous vivons aujourd’hui et le salut éternel, entre la création et la rédemption. Pas de corps du Christ sans le pain, fruit de la terre et du travail des hommes. La création et l’activité des hommes durant leur vie terrestre ont donc une grande valeur dans le plan de salut de Dieu. Notre foi n’est pas seulement attente et désir de la vie éternelle, elle est aussi force de transformation de notre terre par une humanité nouvelle, celle des enfants de Dieu. Nous comprenons alors pourquoi la justice sociale, le partage des ressources et des richesses, l’écologie ne sont pas d’abord des questions politiques mais bien des enjeux spirituels. Le salut que Dieu promet et nous offre exige de notre part un engagement dans le quotidien de nos vies terrestres. C’est en vivant intensément notre vie présente, l’aujourd’hui de Dieu, que nous nous préparons le mieux à la vie éternelle. Il ne nous appartient pas de connaître le nombre des sauvés. Nous pouvons seulement avec Hans Urs von Balthasar espérer pour tous. En effet que signifierait le « bonheur » d’un petit nombre d’élus au Paradis alors que la masse serait damnée ? Cette espérance d’un salut universel ne peut que s’appuyer sur la confiance en Dieu. A la question de la difficulté du salut, Jésus répond en saint Matthieu :

Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible.


lundi 15 août 2022

ASSOMPTION DE MARIE 2022

 



Chaque année l’Assomption nous rappelle que Marie, mère de Jésus, a été parfaitement sauvée en son âme et en son corps, étroitement associée au mystère de la résurrection de son Fils et à sa victoire sur la mort. Marie, comblée de grâce, a en effet été au terme de sa vie terrestre assumée tout entière dans et par l’amour de Dieu Trinité. Cette solennité est pour nous l’occasion dans un premier temps de réfléchir sur l’un des énoncés de notre foi : Je crois à la résurrection de la chair. Saint Augustin affirme : Sur aucun point la foi chrétienne ne rencontre plus de contradiction que sur la résurrection de la chair. C’est l’expérience que fit Paul quand il parla aux athéniens de la résurrection du Christ (Actes 17, 32). Dès que nous utilisons notre imagination pour essayer de nous représenter de manière concrète ce que peut signifier la résurrection de nos corps, nous sommes confrontés à des problèmes insolubles… Par exemple : ressusciterons-nous avec l’âge de notre mort, jeunes pour certains, vieux pour d’autres ? Ressusciterons-nous avec les handicaps qui peuvent être ceux de notre corps ou de notre esprit ? Aveugles, paralysés, amputés etc. Les bébés morts en bas âge seront-ils éternellement des bébés dans le Royaume de Dieu ? A quoi serviront les fonctions digestives d’un corps qui ne se nourrira plus de nourriture terrestre ? Idem pour les organes reproducteurs. Toutes ces questions et objections ont été faites dès l’antiquité. Le Catéchisme de l’Eglise catholique ne donne pas d’autre réponse que ce qui suit : Ce « comment » de la résurrection dépasse notre imagination et notre entendement : il n’est accessible que dans la foi (1000). Le même Catéchisme est parfaitement conscient de la difficulté que nous avons à croire en la résurrection de la chair : Il est très communément accepté qu’après la mort la vie de la personne humaine continue d’une façon spirituelle. Mais comment croire que ce corps si manifestement mortel puisse ressusciter à la vie éternelle ? (996). L’unique lumière que nous donnent les Ecritures, dans les récits de Pâques et la méditation de Paul en 1 Corinthiens 15, est celle du corps glorieux ou encore du corps spirituel. Le corps ressuscité est en même temps en continuité avec celui de la vie terrestre et autre, différent, transfiguré. Ce qui explique la difficulté qu’ont les apôtres et les saintes femmes à reconnaître le Christ ressuscité.

Mgr. Raymond Bouchex avait beaucoup médité le mystère de l’Assomption. Dans son livre Marie au fil de l’année liturgique il met en lumière les conséquences pratiques de ce mystère dans notre vie chrétienne. Je retiendrai deux points qui me semblent particulièrement intéressants pour nous.

Le premier. Je cite Mgr. Bouchex : Deux choses nous menacent : ou bien borner notre avenir à la vie présente et à tout ce qu’elle procure ; ou bien désespérer de cet avenir et vivre dans le non-sens. Contempler l’image de Marie élevée dans la gloire du Christ, c’est réentendre le message évangélique de l’espérance : la vie présente est ouverte sur une vie autre ; l’avenir que nous promet le Christ nous invite à vivre les yeux tendus vers autre chose, attentifs aux choses d’en-haut, c’est-à-dire à la vie pour laquelle Dieu nous a faits, qui commence dès maintenant quand nous vivons avec le Christ les choses les plus quotidiennes, et qui trouvera son couronnement dans le Royaume.

Le second point d’attention que je trouve chez Mgr. Bouchex est le suivant : Fêter l’Assomption, c’est fêter Marie devenue le symbole du corps, non plus idolâtré et méprisé, mais respecté, admiré et aimé, parce qu’entré dans la gloire du Fils de Dieu devenu homme en elle pour sauver les âmes et les corps humains. Fêter l’Assomption, c’est apprendre à refuser d’idolâtrer le corps humain. Et c’est proclamer qu’on n’a pas le droit de le torturer, de le tuer, de l’asservir, de le vendre, de le transformer en objet de production et de plaisir, d’en faire un outil de travail souvent moins considéré que la machine… En fêtant Marie vivante avec la totalité de sa personne auprès de Dieu, nous prenons conscience que nous devons défendre les corps comme les âmes, rendre chrétiens nos corps comme nos âmes, mourir au péché et vivre pour Dieu dans nos corps comme dans nos âmes, préparer à la rencontre du Seigneur Jésus-Christ nos corps comme nos âmes.


dimanche 14 août 2022

20ème dimanche du temps ordinaire / C

 

14/08/2022

Luc 12, 49-53

Nous continuons en ce dimanche notre lecture du chapitre 12 de l’Evangile selon saint Luc. Dans la première partie de cette page évangélique Jésus confie à ses disciples le désir qui habite son cœur :

Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !

Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !

Le désir du Christ concerne d’abord notre terre, notre humanité. Il ne nous dit pas en quoi consiste ce feu dont il attend l’embrasement. Ce feu peut représenter l’Esprit de Pentecôte, le feu de l’amour divin, un feu qui à la fois purifie et illumine. Le désir du Christ c’est le salut du monde, le baptême des créatures humaines dans ce feu, comme en témoigne la prophétie de Jean le baptiste : Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu (Luc 3, 16). En comprenant le feu de cette manière les deux désirs exprimés par le Seigneur s’éclairent mutuellement. Après avoir exprimé son impatience de voir advenir le baptême dans l’Esprit Saint pour notre terre, il parle en effet de son propre baptême. Jésus désire l’accomplissement de sa mission par le baptême de sa propre Passion. Fixé sur le bois de la croix il remettra son esprit entre les mains du Père, il dira Tout est accompli, permettant ainsi le don de l’Esprit Saint pour une humanité nouvelle.

La seconde partie de notre page évangélique nous révèle cependant que ce désir de salut du Christ se heurtera à de nombreuses résistances et oppositions. D’où cette affirmation qu’il s’agit de bien interpréter :

Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division.

Une lecture rapide nous choquera forcément, comme si Jésus avait pour but la division et la guerre… Ne séparons jamais un verset de l’Evangile des autres versets qui peuvent l’éclairer. Par exemple souvenons-nous des paroles de Jésus à ses amis en saint Jean : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. (14, 27)

Enfin le contexte de ce verset nous aide bien à comprendre le sens de cette parole du Seigneur : Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois…

Cette division, Jésus ne la veut pas. Il désire au contraire pour nous la communion dans le feu de l’amour divin. Simplement il sait que son Evangile sera accepté ou refusé. Il sait que le péché de l’homme qui nous entrave si bien s’oppose à la Pentecôte d’amour, à ce feu dont il désire embraser notre terre. La division, en particulier dans les familles, est donc une conséquence indirecte de la prédication de l’Evangile du fait de la liberté humaine. C’est en ce sens que le Christ peut diviser. Mais cette division pour des raisons de foi n’est pas une fatalité. Dans certains cas une personne, pour être fidèle au Christ, devra en effet accepter d’être exclue de sa famille ou haïe… Mais il est aussi possible de vivre dans le respect mutuel entre croyants et athées, entre chrétiens et non-chrétiens. N’est-ce pas ce que le Seigneur Jésus lui-même nous demande ? Vivez en paix entre vous (Marc 9, 50). Paul confirme cette exigence dans sa lettre aux Romains : Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. (12, 18)