dimanche 25 décembre 2016

NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2016


Noël 2016

La solennité de Noël nous met en présence du mystère de l’incarnation. Avec Marie, Joseph, les bergers et les anges, nous contemplons ce nouveau-né qui est fils de Marie et Fils de Dieu. Dans ce mystère, Dieu notre Père se fait notre frère en Jésus. Pour nous aider à méditer cette grande vérité de notre foi, je vous propose d’écouter un passage de la lettre aux Hébreux :

Celui qui sanctifie, et ceux qui sont sanctifiés, doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères… Puisque les enfants des hommes ont en commun le sang et la chair, Jésus a partagé, lui aussi, pareille condition : ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le diable, et il a rendu libres tous ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves. Car ceux qu’il prend en charge, ce ne sont pas les anges, c’est la descendance d’Abraham. Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple. Et parce qu’il a souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il est capable de porter secours à ceux qui subissent une épreuve.

Oui, Jésus est bien notre frère et il nous regarde comme ses frères. Notons comment l’auteur de la lettre aux Hébreux fait le lien entre le mystère de l’incarnation et celui de la rédemption, entre Noël et Pâques. A Noël, le Verbe de Dieu se rend en tout semblable aux hommes, il vient partager notre condition humaine, afin de nous sanctifier et de nous rendre libres par la puissance de son amour. Voici le fondement divin de la fraternité chrétienne : Dieu vient vivre de l’intérieur notre vie humaine, le Père et Maître se fait notre serviteur et notre frère dans l’enfant de la crèche. Cette fraternité nous conduit à la véritable liberté des enfants de Dieu. Pour comprendre en quoi consiste notre liberté chrétienne, nous pouvons nous référer à une discussion entre Jésus et les Juifs dans l’Evangile selon saint Jean :

Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres… Amen, amen, je vous le dis : qui commet le péché est esclave du péché. L’esclave ne demeure pas pour toujours dans la maison ; le fils, lui, y demeure pour toujours. Si donc le Fils vous rend libres, réellement vous serez libres.
Nous le constatons, la suprême liberté c’est d’être libéré du pouvoir du mal, ce qui correspond à la dernière demande du Notre Père. Nous sommes frères et fils, vraiment libres, dans la mesure où nous demeurons fidèles par nos actes et par nos pensées à la parole de Jésus, à Jésus qui est lui-même le Verbe de Dieu.

Si le mystère de l’incarnation est le fondement divin de notre fraternité, Jésus étant notre frère en humanité, il est aussi le fondement divin de notre égalité aux yeux de Dieu. A Noël, par le don de l’enfant dans la crèche, Dieu confirme et fortifie ce qui avait commencé dans la création. Si nous sommes tous des créatures du Père, créées dans, par et pour le Verbe, alors nous sommes tous frères, tous nous avons une égale dignité, tous nous sommes appelés à vivre de la liberté des enfants de Dieu. Jésus a voulu fonder une nouvelle humanité dans laquelle il n’y aurait plus de maîtres ni d’esclaves, plus de dominants ni de dominés, plus d’oppresseurs ni d’opprimés. Et son Eglise, signe du Royaume des cieux, il l’a voulue comme une communauté de frères et de sœurs, dans laquelle la hiérarchie et l’autorité ne sont possibles que dans un esprit d’abaissement et de service :

Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé.

En cette fête, nous avons chanté dans la joie le chant des anges :

Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime.

L’Emmanuel, Dieu avec nous, nouveau-né dans la crèche, nous enseigne que cette paix que nous désirons tant pour nous-mêmes et pour notre monde ne deviendra réalité qu’à la mesure de notre libération intérieure : libération des idoles du pouvoir, de la violence et de l’argent, libération de l’esclavage dans lequel se trouvent ceux qui s’estiment supérieurs aux autres, dans la domination et le mépris. L’Emmanuel nous enseigne que la paix de Dieu dépend de la fraternité humaine. Ce nouveau-né, dans sa pauvreté et sa fragilité, nous invite à abattre les murs de notre orgueil pour répandre sur notre monde blessé et meurtri le remède de la divine humilité.

dimanche 18 décembre 2016

Quatrième dimanche de l'Avent/A


Matthieu 1, 18-24

18/12/16

Le quatrième dimanche de l’Avent nous prépare directement à la célébration de Noël. Et Noël, c’est le mystère de l’incarnation, le mystère d’un Dieu qui se fait proche de nous, qui se fait l’un de nous pour nous apporter le cadeau de son salut. Avec l’incarnation, Dieu notre Père se fait notre frère en Jésus. Les deux noms donnés à l’enfant qui doit naître résument bien la portée du mystère de l’incarnation : cet enfant sera Dieu avec nous (Emmanuel) pour nous sauver (Jésus). Cette naissance de Dieu dans notre humanité ne peut pas se faire sans nous. D’où l’importance de la collaboration, de la coopération de Marie et de Joseph à cette œuvre de salut. L’Evangile de cette liturgie nous rappelle qu’au « oui » de Marie a dû aussi correspondre le « oui » de Joseph, son époux. Si le mystère de l’incarnation exige la libre participation de notre humanité, Jésus étant le fils de Marie, né de la race de David selon la chair, ce mystère est d’abord l’œuvre de Dieu. C’est l’une des significations de la conception virginale rappelée deux fois par saint Matthieu :

Elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint.

La conception virginale est le signe que l’enfant qui va naître sera vraiment Dieu, car conçu dans le sein de Marie par l’Esprit Saint, vrai Dieu et vrai homme, comme nous le proclamons dans notre profession de foi. Un très beau passage du psaume 84 a souvent été interprété comme une annonce du mystère de l’incarnation, et donc de cette collaboration entre le Ciel et la terre :

Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ;
La vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.

Vous avez peut-être déjà entendu une sentence, attribuée faussement à saint Ignace de Loyola : Prie comme si tout dépendait de Dieu, agis comme si tout dépendait de toi. Elle est en fait une déformation (ou une adaptation) de la maxime d’un jésuite hongrois du 18ème siècle, Hevenesi :

Telle est la première règle de ceux qui agissent: crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul.

Dans son aspect paradoxal, la maxime de Hevenesi indique les conséquences pratiques dans notre vie de notre foi dans le mystère de l’incarnation. Encore une fois, c’est bien de la collaboration entre Dieu et les hommes qu’il s’agit. Voici le commentaire éclairant qu’en fait le père Paul Valadier :


Les deux membres de phrase s'appellent mutuellement dans une tension bénéfique et féconde: la sentence suppose une relation typiquement chrétienne entre Dieu et l'homme, pour parler le langage classique de la théologie entre grâce et volonté. Cette relation n'est ni d'opposition simple (comme si Dieu était d'autant plus reconnu que l'homme est nié), ni de confusion (comme si tout revenait soit à Dieu, soit à l'homme dans un exclusivisme irrespectueux du Verbe fait chair pour que la chair soit divinisée). Elle ne peut être intelligible que si on la pense et on la vit sur l'horizon de l'économie du salut, telle que la tradition chrétienne, catholique notamment, la lit en Jésus-Christ. Jésus-Christ n'est pas lui-même d'autant plus Dieu qu'il serait moins homme, et il n'est pas non plus une ombre humaine qui ferait signe vers un Dieu sans visage. Pleinement porteur de la divinité dans son humanité même, c'est cette humanité concrète qui donne la véritable image et ressemblance de Dieu.

dimanche 27 novembre 2016

Premier dimanche de l'Avent / Année A



Matthieu 24, 37-44

27/11/16

D’après la conception chrétienne du cosmos, le temps commence avec la création, et lorsque l’homme apparaît au terme d’une très longue évolution, l’histoire humaine commence. L’homme, la créature la plus jeune, la dernière venue dans ce long processus de création, est créé à l’image de Dieu et selon sa ressemblance. Il est appelé à vivre une relation d’amitié et de communion avec son Créateur. Le début de la nouvelle année liturgique, avec le premier dimanche de l’Avent, oriente notre regard, non pas vers la fête de Noël, mais vers l’accomplissement de notre histoire humaine à la fin des temps. Remarquons l’emploi du futur dans les lectures de cette liturgie. Le Fils de Dieu s’est manifesté à Noël en vue de notre salut, et il reviendra pour mettre un terme à la création telle que nous la connaissons aujourd’hui. Il viendra inaugurer des cieux nouveaux et une terre nouvelle où la justice habite, selon l’expression de la deuxième lettre de Pierre. L’Avent nous prépare d’abord à ce retour glorieux du Christ en nous donnant comme consigne : veillez et tenez-vous donc prêts ! Même si nous ignorons le moment de cette dernière étape de notre histoire humaine, nous savons avec certitude qu’au terme de notre vie nous vivrons aussi un Avent unique, celui qui nous prépare au passage de notre propre mort. Pour un chrétien cette préparation au Royaume de Dieu n’est pas une attitude passive, comme quand on attend le train sur le quai d’une gare. Notre attente du Royaume de Dieu est vigilante. Veiller est une attitude active qui implique de notre part un désir, celui de voir la justice de Dieu se manifester dans notre vie et dans la création tout entière. Veiller est une attitude active qui mobilise dès maintenant, sans attendre le dernier moment, notre amour et notre volonté pour que vienne le Règne de Dieu. C’est dire, bien sûr, l’importance de notre vie de prière. Les moines et les moniales sont essentiellement des veilleurs au milieu d’un monde, comme celui de l’époque de Noé, qui s’adonne à ses activités en oubliant la plupart du temps que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Nous ne pouvons pas demeurer éveillés dans ce monde, voué aux affaires et au commerce, sans une vie de prière authentique. A cette vie de prière correspond de notre part un engagement constant en faveur de la justice du Royaume de Dieu, c’est le lien entre prière et action, entre spiritualité et combat dans ce monde : revêtons-nous du Christ pour le combat de la lumière. La première lecture nous présente le pèlerinage de toutes les nations à Jérusalem. La ville sainte symbolise dans la perspective de l’Avent l’accomplissement du Royaume de Dieu à la fin des temps. Comment ne pas rêver en écoutant cette magnifique prophétie ? De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Lorsque la Parole de Dieu nous fait rêver, n’oublions jamais que ce qu’elle nous promet est réel et réalisable. Dans la Jérusalem d’en haut plus de place pour les péchés de haine, de division, de jalousie, de guerre et d’homicide, plus de place pour la folle et dangereuse course aux armements. Si nous marchons dans la lumière du Seigneur en veillant, nous ne pouvons pas nous résigner à accepter notre monde tel qu’il est. La résignation face au mal est toujours le signe d’un manque de foi en la puissance des promesses divines. Isaïe associe d’une manière étroite la Jérusalem à venir avec la paix du Royaume de Dieu. Veiller activement, c’est donc répondre à l’appel de Jésus dans les Béatitudes : Heureux ceux qui sèment la paix, ils seront appelés enfants de Dieu. Le chrétien qui veille sera toujours un résistant face à l’injustice du monde, un altermondialiste qui incarne dès maintenant par sa vie et ses choix la réalisation du Royaume.

dimanche 20 novembre 2016

Le Christ, Roi de l'univers


Colossiens 1, 12-20

20/11/16

Dans la deuxième lecture de ce dimanche, l’apôtre Paul nous parle du royaume du Fils bien-aimé de Dieu. Jésus a proclamé la venue du royaume de Dieu, et Paul nous montre comment le Christ est lui-même roi, partageant avec le Père la royauté. En tant que chrétiens nous avons accès à ce royaume de lumière dans la mesure où nous reconnaissons en Jésus le Christ et le Sauveur. En cette fête du Christ roi de l’univers, l’enseignement de saint Paul nous fait comprendre le mystère de cette royauté du Christ. Jésus, ressuscité et glorifié, est roi à un double titre : par rapport à la création et par rapport à l’Eglise.

Jésus est d’abord le premier-né par rapport à toute créature. C’est en effet par son Fils, sa Parole, que le Père créé tout ce qui existe. Tout est créé par lui et pour lui. Dans la sainte Trinité le Fils est créateur, il est même le modèle et l’exemplaire de toute création, même si Lui n’est pas créé : car c’est en lui que tout a été créé. Ce qui signifie que toute la création, toutes les créatures portent la marque du Fils de Dieu, l’homme portant une image unique et particulière au sein de la création. L’enseignement de saint Paul fonde le titre donné au Christ par cette fête : il est roi de l’univers, et pas seulement de l’humanité. La royauté du Christ est cosmique et universelle, et rien dans la création ne se trouve en dehors de son royaume. Le texte de Paul élargit notre vision de la création et nous préserve d’une conception anthropocentrique de cette même création : ce n’est pas pour l’homme que tout a été créé, mais bien pour le Christ ! Tout a été créé pour lui. Le Christ n’est pas seulement le principe de la création, il en est aussi le but et à la fin, dans le sens de finalité. Dans son encyclique écologique, le pape François tire les conséquences de cette vérité trop souvent oubliée parmi les chrétiens :

L’aboutissement de la marche de l’univers se trouve dans la plénitude de Dieu, qui a été atteinte par le Christ ressuscité, axe de la maturation universelle. Nous ajoutons ainsi un argument de plus pour rejeter toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les autres créatures. La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Mais elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ; car l’être humain, doué d’intelligence et d’amour, attiré par la plénitude du Christ, est appelé à reconduire toutes les créatures à leur Créateur. (n°83)

La royauté de l’homme sur la création est donc subordonnée à celle du Christ Roi et elle ne peut s’exercer, comme participation, qu’en conformité avec la volonté de Dieu créateur. C’est pour cette raison que le pape François qualifie de péché toute domination despotique et irresponsable de l’être humain sur les créatures et la création. C’est le péché contre l’écologie.

Dans la deuxième partie de sa réflexion, saint Paul nous présente le Christ comme roi de l’Eglise : le premier-né d’entre les morts. A ce titre et par sa victoire pascale, Jésus est le commencement d’une création nouvelle. L’Eglise, et chaque chrétien, est le signe de ce royaume dans lequel la création, abimée par le péché de l’homme, retrouvera une splendeur nouvelle. Jésus a souffert la mort de la croix pour donner naissance à un homme nouveau et à une création nouvelle. Son royaume est celui de la paix universelle car il est celui de la réconciliation. Puisque tout est créé pour le Christ, c’est seulement dans le Christ roi que toute chose trouvera son accomplissement total, c’est-à-dire sa perfection et sa sainteté en correspondance avec la volonté de Dieu. Le chrétien qui prend au sérieux l’enseignement écologique de l’Eglise œuvre dès maintenant à la réconciliation entre l’homme et les autres créatures, entre l’homme et la nature. Le chrétien, appelé à être artisan de paix dans ce monde pécheur, divisé et violent, ne sépare pas la paix entre les hommes de la paix entre l’homme et la création. Il s’oppose aussi fermement à la course aux armements, aux guerres, et à ceux qui les décident et en profitent, qu’aux pollutions et aux atteintes à l’environnement, ainsi qu’à tous les manques de respect et de considération envers la vie des autres créatures.

Je terminerai cette réflexion sur notre participation à la royauté du Christ par un passage de la prière du pape François à la fin de Laudato si’ :

Ô Dieu, Un et Trine,
communauté sublime d’amour infini,
apprends-nous à te contempler
dans la beauté de l’univers,
où tout nous parle de toi.
Éveille notre louange et notre gratitude
pour chaque être que tu as créé.
Donne-nous la grâce
de nous sentir intimement unis à tout ce qui existe.
Dieu d’amour, montre-nous
notre place dans ce monde
comme instruments de ton affection
pour tous les êtres de cette terre,
parce qu’aucun n’est oublié de toi.
Seigneur, saisis-nous
par ta puissance et ta lumière
pour protéger toute vie,
pour préparer un avenir meilleur,
pour que vienne
ton Règne de justice, de paix, d’amour et de beauté.
Loué sois-tu.
Amen.



dimanche 6 novembre 2016

TOUSSAINT 2016


La liturgie de la messe, spécialement la prière eucharistique, nous enseigne que Dieu seul est saint. La préface se termine par le chant du Sanctus, par lequel nous proclamons à la suite du prophète Isaïe la sainteté du Dieu Trinité. Les prières eucharistiques 2, 3 et 4 commencent par proclamer la sainteté de Dieu alors que la première prière, le canon romain, proclame sa bonté infinie :
Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté…
Tu es vraiment saint, Dieu de l’univers, et toute la création proclame ta louange, car c’est toi qui donnes la vie, c’est toi qui sanctifies toutes choses, par ton Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur, avec la puissance de l’Esprit Saint…
Père très saint, nous proclamons que tu es grand…
Les prières 2 et 3 nous montrent Dieu notre Père comme la source de toute sainteté. Notre sainteté est donc un don de Dieu et une participation à sa propre sainteté. Et ce don de Dieu se concrétise d’une manière particulièrement forte à travers les sacrements, spécialement le baptême et la confirmation. Et comment ne pas rappeler, en cette année de la miséricorde, le sacrement de la confession ou du pardon qui nous remet dans la sainteté de notre baptême lorsque nous avons péché… La troisième prière eucharistique précise que Dieu le Père nous rend saints par son Fils Jésus, avec la puissance de l’Esprit Saint. Dans la prière eucharistique l’Eglise demande d’abord à Dieu de sanctifier le pain et le vin pour qu’ils deviennent le corps et le sang du Seigneur. Ensuite elle demande au Père de sanctifier tous les membres de l’assemblée :
Nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps…
Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire, pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir…
C’est donc par la puissance de l’Esprit Saint que le pain et le vin deviennent corps et sang de Jésus, et que les membres de l’assemblée deviennent le Corps du Christ, l’Eglise de Dieu. C’est l’Esprit du Père et du Fils qui nous sanctifie et nous rend semblables à Jésus. Remarquons que dans la sainte Trinité, seule la troisième personne, l’Esprit, est qualifiée de sainte : le Saint Esprit. Cela m’invite à vous parler de la sainteté chrétienne à partir d’un texte de saint Paul dans sa lettre aux Galates :

Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.

Si nous comparons ce texte aux Béatitudes, nous trouverons bien des points communs. Paul nous donne ici un critère sûr, le fruit de l’Esprit, pour savoir si nous nous laissons sanctifier par Dieu ou bien si, au contraire, nous résistons et refusons cette grâce. Sommes-nous sur le bon chemin de la sainteté ou pas ? Regardons honnêtement si dans notre vie règnent l’amour, la joie et la paix. La sainteté ne consiste pas seulement à vouloir faire la volonté de Dieu, à désirer ce qui est bon et juste. Elle consiste aussi à souffrir le mal, d’où la patience comme fruit de l’Esprit. La patience des saints et des saintes les a unis à la grande patience du Fils de Dieu, à sa Passion vécue pour chacun d’entre nous : Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux !

En cette solennité de la Toussaint, faisons nôtre la belle prière de l’Eglise à l’Esprit Saint, le Veni Sancte Spiritus :

O lumière bienheureuse,
Viens remplir jusqu’à l’intime
Le cœur de tous tes fidèles.
Sans ta puissance divine,
Il n’est rien en aucun homme,
Rien qui ne soit perverti.
Lave ce qui est souillé,
Baigne ce qui est aride,
Guéris ce qui est blessé.
Assouplis ce qui est raide,
Réchauffe ce qui est froid,
Rends droit ce qui est faussé.

A tous ceux qui ont la foi et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. Donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle. Amen.

dimanche 30 octobre 2016

31ème dimanche du temps ordinaire / C


30/10/16

Luc 19, 1-10

La belle histoire de Zachée illustre une conviction très forte de Jésus : le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Zachée nous est présenté par saint Luc comme un riche notable de la ville de Jéricho, il est tout de même le chef des collecteurs d’impôts ! Mais sa réputation auprès des Juifs religieux est mauvaise, on le considère comme un pécheur. Peut-être parce que, de par son travail, il pouvait être malhonnête et abuser de sa fonction pour détourner certaines sommes d’argent. Certainement parce qu’il collaborait avec l’occupant romain. Et voilà que survient un événement totalement inattendu : ce notable se met à grimper sur un arbre pour voir Jésus qui passe dans sa ville, au risque de se ridiculiser aux yeux de toute la population ! Les notables ne font habituellement pas ce genre de geste… Mais le Seigneur voit au-delà des apparences, il voit le cœur de cet homme et la motivation profonde qui l’habite. Il ne s’agit pas chez lui d’une simple curiosité, voir Jésus, mais de l’intuition que ce Jésus pourrait donner une nouvelle orientation à sa vie. En entendant le Seigneur s’inviter chez lui, Zachée est rempli de joie. Et voilà qu’au contact de la personne de Jésus, grâce à sa présence aimante, le riche notable se convertit avec une rapidité fulgurante. La rencontre avec le Seigneur le bouleverse et le pousse au détachement et à la générosité : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. Les fruits de sa conversion sont magnifiques et admirables. Il comprend que sa richesse est faite pour être partagée avec ceux qui sont pauvres, il reconnaît son péché : il a peut-être été malhonnête, et dans un esprit de réparation véritable, il est prêt à donner quatre fois plus que le tort qu’il a pu causer à autrui. A l’époque des paradis fiscaux et de la recherche du profit illimité au mépris de toute référence morale, l’histoire de Zachée nous paraît très actuelle et nous fait rêver à un monde plus juste et plus fraternel. Etre riche implique une grande responsabilité morale à l’égard de la société et un sérieux examen de conscience sur les moyens utilisés pour aboutir à cette richesse. Il y a en effet des manières de s’enrichir qui sont inacceptables pour un chrétien, et même pour un homme raisonnable. Par exemple la vente d’armes et de stupéfiants ne sont pas des activités commerciales neutres, loin de là. Mais on peut penser au fait que la plus grande partie du commerce international n’est pas équitable et que beaucoup de richesses se sont accumulées à partir d’une nouvelle forme d’esclavagisme et de la négation des droits les plus élémentaires des travailleurs et de leur dignité. Ce n’est pas pour rien qu’un prêtre hollandais, Frans van der Hoff, a eu l’intuition de fonder en 1988 avec un économiste l’association Max Havelaar pour promouvoir le commerce équitable.


Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. Le commentaire que le Seigneur fait de la conversion de Zachée répond à la parole qu’il lui a adressée alors qu’il était encore sur son arbre : Aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer chez toi. Saint Luc nous donne ainsi une belle définition du salut chrétien : le salut, c’est accueillir Jésus chez nous, c’est lui donner la première place dans notre cœur. Et comment savoir si nous accueillons vraiment le Sauveur dans la maison de notre cœur ? En regardant les fruits que la foi produit dans notre vie. Si, comme Zachée, nous sommes capables de détachement et de générosité par rapport à nos propres richesses, si, comme lui, nous sommes touchés par les injustices dont nous pouvons être l’origine, alors c’est le signe certain que nous avons accueilli Jésus en nous. Nous aussi, grâce à Jésus, nous avons la joie d’être de vrais fils d’Abraham !

dimanche 23 octobre 2016

30ème dimanche du temps ordinaire / C


Luc 18, 9-14

23/10/16

La parabole du pharisien et du publicain nous parle d’une tentation propre aux croyants, celle de l’orgueil spirituel. Mais avant d’aborder la parabole au niveau spirituel, nous pouvons déjà en tirer un enseignement au niveau humain, une leçon de sagesse valable pour les croyants comme pour les athées. Car Jésus s’adresse ici particulièrement à certains hommes qui sont convaincus d’être justes et qui méprisent tous les autres. Le mépris est une attitude humaine malheureusement fréquente, conséquence en nous de la blessure du péché originel. C’est une attitude universelle qui peut toucher aussi bien les croyants que les athées. Nous pouvons mépriser les autres pour diverses raisons : celui qui a réussi socialement et qui est riche sera tenté de mépriser les pauvres, celui qui est sportif pourra mépriser celui qui passe son temps dans son canapé à regarder la télé, celui qui a reçu une bonne éducation et qui se cultive intellectuellement chaque jour pourra regarder de haut le travailleur manuel ou la personne manquant de culture etc. A la racine du mépris, il y a toujours cette manie que nous avons de nous comparer les uns aux autres. Il y a aussi cet oubli désastreux que, dans un corps, tous les membres sont utiles les uns aux autres, pour reprendre l’image de saint Paul. Et que, par conséquent, le grand intellectuel a besoin du travail des agriculteurs et des ouvriers pour pouvoir vivre dignement sa vie. Ce qui peut favoriser dans notre société cette culture du mépris (et du complexe de supériorité qui l’accompagne), c’est aussi l’influence de catégories économiques sur nos relations interpersonnelles. Quant à longueur de journée, on entend chanter les vertus supposées de la compétitivité et de la libre concurrence, notre cœur peut être pollué par cette pensée économique qui ne laisse aucune place à la solidarité, à la collaboration et à la coopération. Contre le poison du mépris, nous n’avons que la vertu d’humilité : Qui s’abaisse sera élevé. L’exhortation de saint Paul aux Philippiens doit nous servir de boussole lorsque nous sommes tentés de céder à l’autosatisfaction et aux mépris des autres : ne faites rien par rivalité ou pour la gloire ; ayez l’humilité de croire les autres meilleurs que vous-mêmes. Au lieu de penser chacun à son intérêt, que chacun se préoccupe des autres.


Dans la parabole, Jésus envisage le mépris comme un péché spirituel. En effet le pharisien comme le publicain sont dans le Temple et ils prient. Les détails donnés par le Seigneur nous permettent de saisir le contraste entre deux manières de prier : l’une inspirée par l’orgueil, l’autre par l’humilité. L’orgueil spirituel est capable de pervertir la prière elle-même, et l’une de ses formes les plus élevées, la prière d’action de grâce : Mon Dieu, je te rends grâce parce que… L’objet de l’action grâce du pharisien est incompatible avec l’esprit de la prière. Il n’est plus tourné vers Dieu comme la source de tous les dons, mais il se complaît en lui-même. Au lieu de contempler la bonté de Dieu, il s’admire lui-même comme un modèle de perfection. Son orgueil spirituel le pousse ainsi à l’autojustification, oubliant que la seule justification digne de ce nom vient de Dieu seul. Dans notre prière, il est bon de toujours commencer par la supplication du publicain. C’est la liturgie de la messe qui nous enseigne à faire ainsi, puisqu’au commencement de la célébration nous nous présentons au Seigneur comme un peuple de pécheurs. Ce n’est qu’ensuite que nous pouvons entrer dans l’eucharistie, l’action de grâce de l’Eglise, non pas pour dire à Dieu que nous sommes les meilleurs d’entre les hommes, mais pour le remercier de sa grâce à l’œuvre dans nos vies et dans la vie de l’Eglise. Dans notre prière personnelle, après le temps de la supplication et de la demande de pardon, nous pouvons et devons dire merci à Dieu, mais d’une manière radicalement différente de celle du pharisien. Par exemple : merci, Jésus, parce que tu me fais le don de la foi, parce que tu me donne une vocation et une mission au service de mes frères, parce que tu me donnes ton Esprit d’amour pour que grandisse en moi la compassion et l’empathie. Merci surtout parce que, chaque dimanche, tu me donnes la possibilité d’écouter ta parole de vie dans l’Evangile et de communier à ta personne de Ressuscité.