dimanche 26 avril 2015

Quatrième dimanche de Pâques / B

26/04/15

Jean 10, 11-18

Au cours du temps pascal le quatrième dimanche de Pâques nous fait entendre un passage du chapitre 10 de l’évangile selon saint Jean, chapitre consacré à la parabole du bon berger. C’est la raison pour laquelle l’Eglise a choisi ce dimanche pour en faire la journée de prière pour les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse.
Jésus était pleinement un homme de son temps en raison de la vérité du mystère de l’incarnation. Parce qu’il est Fils de Dieu ses actes et ses paroles ont une portée qui dépasse les limites du temps et de l’espace, mais cela n’enlève rien à la vérité de l’incarnation. Vérité qui implique que dans son enseignement, en particulier dans les paraboles, il a choisi des images qui pouvaient parler au cœur des hommes et des femmes de son temps et de son pays. Pour la plupart d’entre nous l’image du bon berger n’évoque plus rien de concret. Je me souviens de mes cours d’économie et de géographie au lycée. On nous enseignait que ce qui permettait de faire, entre autres choses, la différence entre un pays en voie de développement et un pays « développé », c’était la part de la population travaillant dans le secteur primaire, c’est-à-dire dans l’agriculture et l’élevage. Au plus cette part était réduite, au plus le pays était « développé ». Cette théorie économique est bien sûr discutable, mais force est de constater que les bergers et les brebis ont disparu depuis bien longtemps de notre horizon familier dans un pays comme la France. La plupart des européens caressent davantage à longueur de journée leurs smartphones et leurs tablettes que des brebis… La société technologique nous a déconnectés des réalités concrètes de la terre, sans lesquelles nous ne pourrions pourtant pas subsister. Ce qui fait que nous sommes des vivants en relation avec d’autres vivants, humains et animaux, a été comme absorbé par l’emprise des nouvelles technologies, emprise tellement forte qu’elle constitue pour certains une véritable dépendance aussi forte que celle des drogues dures. Le bilan de cette désincarnation risque d’être douloureux, en particulier pour les enfants et les jeunes, si nous continuons sur cette lancée sans utiliser notre capacité de réflexion et de sagesse, donc la possibilité de prendre du recul et de la distance.

Certes l’image utilisée par Jésus est dépassée, du moins pour nous européens. Mais nous pouvons tenter d’en retenir le message. Ne parlons plus de berger, de brebis, de troupeau ou encore de bergerie, mais regardons les réalités visées par ces images d’un autre temps : Le Christ, les baptisés et l’Eglise. C’est bien ce que fait Jésus lui-même à la fin de cet Evangile : « Le Père m’aime parce que je donne ma vie pour la reprendre ensuite. Personne n’a pu me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre ». Par avance le Seigneur donne le sens de sa Passion, de sa mort en croix et de sa résurrection. C’est librement qu’il donne sa vie pour nous. Sa vie il ne l’offre pas seulement pour fonder l’Eglise, le rassemblement de ses disciples, mais aussi pour l’unité de tout le genre humain dans l’amour : « Il y aura un seul troupeau et un seul pasteur ». Tout homme est appelé par l’amour du Christ à faire partie de son Eglise pour y recevoir la vie divine et en vivre, pour devenir enfant de Dieu. Les pasteurs visibles de l’Eglise, les évêques, les prêtres et les missionnaires, sont au service de ce grand désir de Dieu pour l’humanité. Ils consacrent leur vie, avec toutes leurs limites et leurs faiblesses propres, pour que la paix et la joie du Christ ressuscité soient annoncées, pour que beaucoup puissent accueillir l’Evangile dans leur vie comme une force de renouvellement et d’espérance. Ils ne remplacent pas le Christ qui demeure l’unique et véritable chef de son Eglise. Ils sont les instruments de sa grâce en particulier par l’annonce de l’Evangile et la célébration des sacrements. Pour répondre à l’appel de Dieu, il n’est pas nécessaire d’être parfait ou d’être un saint, il suffit d’être un chrétien de bonne volonté. Prions pour que dans nos communautés chrétiennes des jeunes entendent cet appel et qu’ils aient le courage d’y répondre joyeusement « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ».

dimanche 12 avril 2015

Deuxième dimanche de Pâques / B

12/04/15

Jean 20, 19-31

Dans la liturgie de l’Eglise, la semaine qui suit le dimanche de Pâques est considérée comme un seul et unique jour de fête. C’est l’octave de Pâques au cours duquel la parole du psaume 117 s’accomplit dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ : « Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! ». L’Evangile de Jean nous rapporte donc ce qui s’est passé pendant « le premier octave » de l’histoire du christianisme : le soir du premier dimanche, celui de Pâques, Jésus se manifeste à ses disciples, puis « huit jours plus tard » il revient au même endroit pour se montrer vivant à Thomas.
La première partie du récit de Jean, celle qui se déroule en l’absence de Thomas, le soir de Pâques, nous donne d’abord quelques lumières sur le mystère de la résurrection. Jésus ressuscité se montre à ses apôtres avec un corps glorieux. C’est un corps à la fois différent du nôtre, puisqu’il n’est plus soumis au règne de la mort, et un corps vraiment humain. Ce corps a la capacité de se tenir dans une pièce dont les portes sont fermées à clé : « Jésus vint, et il était là au milieu d’eux ». En même temps le corps glorieux du Seigneur conserve le souvenir de sa Passion et de sa mort en croix : « Il leur montra ses mains et son côté ». Il existe donc une continuité entre Jésus de Nazareth et le Seigneur ressuscité, continuité qui s’accompagne d’une transfiguration de son corps et d’une glorification de sa nature humaine. C’est la raison pour laquelle, lorsque Jésus se manifeste vivant après Pâques, certains disciples le reconnaissent, alors que d’autres ont besoin d’un certain temps pour se rendre compte qu’ils sont en présence de Jésus : C’est lui, et ce n’est plus tout à fait lui ! La vision seule ne suffit pas, elle doit s’accompagner de la foi.
Le soir de Pâques, les apôtres vivent déjà leur Pentecôte. Jésus vient pour les confirmer dans leur mission et dans l’Esprit Saint : « Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint ». Malgré cette confirmation pascale, l’Evangile nous dit que huit jours plus tard ils n’ont toujours pas quitté la maison dans laquelle ils se sont enfermés par « peur des Juifs ». Leur mission principale sera de « remettre les péchés » des hommes, donc de donner de la part de Jésus la miséricorde et le pardon, en particulier par le sacrement du baptême. Saint Paul ne faisait pas partie du collège des apôtres, c’est un converti, venu sur le tard, et qui n’a jamais connu le Jésus d’avant Pâques. Pourtant il a parfaitement compris cette mission confiée aux premiers apôtres comme en témoigne ce passage de sa deuxième lettre aux Corinthiens :

"Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a donné pour ministère de travailler à cette réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui ; il effaçait pour tous les hommes le compte de leurs péchés, et il mettait dans notre bouche la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c'est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n'avait pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu".


Le premier fruit de Pâques dans notre vie, c’est bien cette réconciliation avec Dieu et avec nos frères par la puissance de l’amour de Jésus ressuscité. Le soir de Pâques les apôtres ont reçu le don de la paix et de la joie du Christ, don qui est celui de l’Esprit Saint. Sommes-nous vraiment réconciliés avec Dieu notre Père ? Accueillons-nous avec foi sa miséricorde ? Pour le savoir rentrons en nous-mêmes et regardons si nous trouvons dans notre cœur cette paix et cette joie de Pâques.

dimanche 5 avril 2015

Dimanche de Pâques


Pâques 2015

Dans la première lecture nous avons entendu comment Pierre, le chef des apôtres, résume la vie et la mission de Jésus pour le païen Corneille, centurion de l’armée romaine. « Ils l’ont fait mourir en le pendant au bois du supplice. Et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour ». Cet homme nommé Jésus de Nazareth, cet homme par lequel Dieu se révèle, nous parle et se donne en personne, a subi l’horrible supplice de la croix. Cet homme torturé et mort, descendu de la croix et mis au tombeau, c’est lui qui s’est montré vivant aux saintes femmes et aux apôtres. Voilà le message de Pâques, celui de la résurrection du Seigneur. C’est la raison pour laquelle les chrétiens se rassemblent chaque dimanche pour faire mémoire dans l’eucharistie de la mort et de la résurrection du Seigneur. Le dimanche est pour cette raison le jour du Seigneur, le jour de la prière, de la joie et du repos. Même si, malheureusement, le gouvernement français veut en faire le jour du commerce et des achats… A la célébration de la résurrection de Jésus s’ajoute la mémoire du septième jour de la création au cours duquel Dieu « se reposa ». Chaque dimanche nous disons merci à Dieu pour sa création et pour la nouvelle création inaugurée le jour de Pâques avec la victoire de son Fils sur la mort. L’ignorance, la jalousie, la lâcheté et la méchanceté des hommes ont abouti au rejet du Messie. Celui que les hommes ont rejeté, Dieu l’a choisi pour être le roi de sa création nouvelle. C’est ce que le psaume prophétisait déjà : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille devant nos yeux ». Si Jésus est la pierre angulaire du temple nouveau que Dieu construit à partir du jour de Pâques, nous sommes, nous ses disciples, les pierres vivantes de l’Eglise. A la merveille de la résurrection, Dieu en ajoute une autre : celle du sacrement de baptême par lequel nous participons à la mort et à la résurrection du Christ. En ce dimanche de Pâques nous aurons la joie de célébrer six baptêmes d’enfants. Le baptême comme tous les sacrements de l’Eglise implique notre foi en Jésus mort et ressuscité : « tout homme qui croit en Jésus reçoit par lui le pardon de ses péchés ». Dans quelques instants la puissance de la résurrection de Jésus, la puissance de son amour divin, va sanctifier à travers le signe de l’eau Mahuna, Sewlan, Yaëlle, Grâce, Happy et Victoire. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous décrit les effets du sacrement de baptême dans la vie des chrétiens : « Vous êtes ressuscités avec le Christ… Vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire ». A quatre reprises Paul utilise le mot « avec » pour caractériser la vie chrétienne. Etre chrétien, c’est donc vivre chaque jour avec le Christ. Le baptême est un commencement, le cadeau de Dieu par lequel vous allez devenir les amis de Jésus et les membres de son Eglise. Yaëlle, Grâce, Happy et Victoire cette vie de Dieu que vous allez recevoir par le baptême sera nourrie et fortifiée dimanche après dimanche par votre participation à l’eucharistie. En ce jour de la résurrection du Seigneur, Dieu notre Père va vous purifier par l’eau du baptême, vous rendre saints et saintes, et vous nourrir en vous permettant de communier au corps de son Fils pour la première fois. Soyez donc dans la joie pour cette vie avec le Christ qui commence pour vous en ce jour. Du fond de votre cœur, dites merci à Jésus qui se donne à vous aujourd’hui dans le sacrement de l’eucharistie et dans l’immense don du pain de vie. Enfin n’oubliez jamais en tant que baptisés l’importance de la prière quotidienne par laquelle vous pourrez faire l’expérience de l’amitié de Jésus pour vous et reconnaître dans la foi sa présence dans votre vie et en vous.

dimanche 29 mars 2015

Dimanche des Rameaux et de la Passion / B



29/03/15

Tout au long de sa Passion Jésus parle très peu. Lui qui est le Verbe de Dieu, lui qui pendant trois années a enseigné les foules et le groupe des apôtres choisit de se taire. Face au grand prêtre et à Pilate, le Seigneur ne se défend pas, il refuse de répondre aux accusations qui lui sont adressé, « si bien que Pilate s’en étonnait ». Lorsqu’il accepte de répondre aux questions qui lui sont posé, ce n’est pas pour se justifier ni pour se défendre, c’est pour affirmer le mystère de sa personne et de sa relation unique avec son Père. Face au grand prêtre, il déclare être le Messie, « le Fils du Dieu béni » : « Vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel ». A Pilate qui lui demande s’il est le roi des Juifs, il répond par une formule ambigüe : « C’est toi qui le dis ». En affirmant la vérité de son être divin en présence du grand prêtre, Jésus sait très bien qu’il se condamne lui-même à mort. En ce sens il est le martyr de la vérité sur Dieu, un Dieu unique mais un Dieu qui est aussi relation vivante entre trois personnes divines. C’est cette affirmation indirecte du mystère de la sainte Trinité qui lui vaut l’accusation de blasphème et le supplice de la croix.
Saint Marc encadre le récit de la Passion du Seigneur par deux paroles qui nous montrent la vérité de son humanité. Face à l’horreur de la mort sur la croix, Jésus ne se comporte pas en super héros : il souffre dans son âme et dans corps et n’hésite pas à le dire clairement. A Gethsémani il demande au Père d’éloigner de lui la coupe du supplice. « Mon âme est triste à en mourir ». A l’autre bout du récit de la Passion, alors qu’il se trouve sur la croix, il crie d’une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est la seule parole du Christ crucifié que nous trouvons chez saint Marc.
Remarquons enfin que le plus bel acte de foi en Jésus lors de sa Passion ne vient pas de ses apôtres, de ses disciples ou encore des responsables religieux du peuple Juif mais bien d’un païen, qui plus est d’un militaire symbolisant l’occupation romaine de la Judée. C’est la profession de foi du centurion qui, « voyant comment Jésus avait expiré, s’écria : Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! » Le premier fruit de l’amour du Christ donnant sa vie c’est donc la conversion d’un centurion romain. Ce qui se passe sur le Golgotha dans un petit pays occupé il y a plus de 2000 ans a une portée universelle qui dépasse les frontières du temps et de l’espace. Cet événement nous rejoint aujourd’hui parce que le Seigneur est ressuscité d’entre les morts et qu’il nous a donné son Esprit.

dimanche 22 mars 2015

Cinquième dimanche de Carême / B

22/03/15

Jean 12, 20-33

« Nous voudrions voir Jésus » : cette demande de certains Grecs à l’apôtre Philippe va bien au-delà de la simple curiosité. Elle nous rappelle la démarche de Zachée qui, étant petit de taille, monta sur un sycomore afin de voir Jésus qui devait passer par là. Ici le verbe « voir » signifie plutôt « connaître ». Nous voudrions découvrir qui est vraiment cet homme nommé Jésus de Nazareth. Le Seigneur ne semble pas répondre directement à la demande des Grecs. L’Evangile ne nous dit pas qu’il a été à leur rencontre pour qu’ils puissent le voir… Mais il parle de « service » : pour voir Jésus, il faut être prêt à le servir, donc à le suivre : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur ». Servir et suivre Jésus, c’est l’imiter en s’inspirant de ses paroles, de ses pensées et de ses actes. La Parole de Dieu s’est incarnée en s’unissant à l’humanité de Jésus de Nazareth. Lorsque nous servons et suivons le Christ, nous lui permettons de prolonger en chacun de nous le mystère de son incarnation.
Comment pouvons-nous imiter le Christ notre Seigneur ? De bien des manières. La vie des saints et des saintes nous montre la richesse et la diversité de la vie chrétienne en fonction des dons du Saint Esprit et des appels du Père. Mais avant l’Heure de sa Passion, Jésus nous livre ce qui constitue le secret de sa vie et de sa mission : le don de soi, le don de sa personne pour tous ses frères les hommes. Un don d’amour capable de faire reculer les puissances du mal et de rendre présent au milieu de nous le Règne de Dieu. Voilà le point commun entre tous les disciples du Christ, voilà ce qui rassemble les saints et les saintes dans une même communion : la fécondité d’une vie donnée au Christ. Jésus exprime de deux manières ce don de lui-même pour le salut du monde : avec l’image du grain de blé tombé en terre et avec celle de l’élévation de terre. Remarquons que ces deux images sont contraires dans les apparences : tomber et s’élever. Le grain qui meurt enfoui et caché dans la terre donne beaucoup de fruit et Jésus, élevé de terre sur la croix, attirera à lui tous les hommes. La signification de la mort est inversée dans le mystère pascal de Jésus. Car c’est en vivant par amour sa mort sur la croix qu’il devient source de vie pour tous ceux qui le suivront. Le suivre signifiant écouter sa parole pour la mettre en pratique.
La prière d’ouverture de cette messe résume parfaitement le message que Jésus délivre dans l’Evangile aux Grecs et à tous ceux qui désirent le voir :

« Que ta grâce nous obtienne, Seigneur, d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie par amour pour le monde ».

dimanche 8 mars 2015

Troisième dimanche de Carême / B

8/03/15

Jean 2, 13-25

Dimanche dernier nous avons contemplé Jésus transfiguré sur la montagne. La transfiguration était une merveilleuse annonce de la gloire de la résurrection, le jour de Pâques. L’Evangile de ce troisième dimanche de Carême est aussi pascal, non seulement parce qu’il se situe juste avant la fête de la Pâque, mais surtout parce qu’il annonce, lui aussi, la résurrection du Seigneur : « Détruisez ce Temple, et en trois jours, je le relèverai… Le Temple dont il parlait, c’était son corps ».
L’épisode des marchands chassés du Temple par Jésus peut nous poser un problème de compréhension, donc d’interprétation. Car c’est le seul moment dans l’Evangile où le Seigneur, « doux et humble de cœur », se montre violent. D’autant plus que saint Jean, contrairement aux autres évangélistes, mentionne un fouet fait de cordes avec lequel Jésus met à la porte les marchands et leurs animaux, nécessaires aux sacrifices de la Pâque. Bien sûr l’évangéliste ne dit pas que Jésus les a frappés avec ce fouet, simplement qu’il les a chassés… Mais cela n’en demeure pas moins un geste violent. Au chapitre 23 de saint Matthieu, nous pouvons trouver l’équivalent de ce geste en paroles : les sept malédictions contre les pharisiens font partie des très rares paroles violentes mises dans la bouche du Seigneur. Non seulement les pharisiens sont traités d’hypocrites et de guides aveugles, mais Jésus les interpelle avec une sévérité extrême : « Serpents, race de vipères, comment échapperez-vous au jugement de l’enfer ? » Ce vocabulaire particulièrement dur rappelle celui de Jean le baptiste. A propos des marchands chassés du Temple, certains ont parlé de « sainte colère » de la part de Jésus. Qu’est-ce qui peut donc expliquer cette colère, unique dans les évangiles ? Le fait que certains Juifs aient profité du culte et de la fête de Pâque pour faire du commerce dans l’enceinte de cet édifice sacré. En les mettant à la porte, Jésus ne remet pas en question le culte ni les sacrifices. Il veut simplement séparer d’une manière très stricte ce qui relève du commerce de ce qui relève du culte. C’est à l’aide d’un verset du psaume 69 que les disciples essaient de comprendre cette scène inhabituelle : « L’amour de ta maison fera mon tourment ». Nous le constatons, Jésus est attaché au caractère sacré du Temple de Jérusalem, même si un peu plus loin, dans le même Evangile, il annonce à la femme de Samarie un nouveau culte : « Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père… L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
Le chapitre 16 de saint Luc peut nous aider à comprendre cette colère du Seigneur. Jésus y parle de l’argent malhonnête et de l’incompatibilité entre le culte divin et l’amour de l’argent : « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision. » Nous pourrions peut-être nous poser la question de la quête au cœur de la messe. Cependant la quête n’est pas assimilable à un acte de commerce, puisque l’on peut très bien participer à la messe sans rien donner à la quête. Le sens de la quête n’est donc pas celui d’acheter sa place lors du culte divin mais de participer au sacrifice du Christ pour la vie matérielle de la communauté. Lui a donné sa vie pour nous, il a offert son corps en sacrifice, abolissant ainsi le sacrifice des animaux et le culte du Temple de Jérusalem. Les fidèles, en faisant leur offrande, se détachent d’une certaine somme d’argent représentant leur travail quotidien pendant une semaine.

Enfin, en lien avec la première lecture, nous pourrions évoquer des questions d’actualité qui nous montrent comment le culte de l’argent a tendance à toujours diminuer la part du sacré qui demeure dans nos sociétés. « Souviens-toi du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’immigré qui est dans ta ville. Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié. » En France, un gouvernement étiqueté « socialiste » n’a de cesse de promouvoir l’ouverture des magasins le dimanche et donc de réduire le caractère sacré du repos dominical. Jésus se serait certainement mis dans « une sainte colère » devant cet empiétement de l’appât du gain et du commerce sur la sanctification du jour qui est consacré à la célébration de sa résurrection !

dimanche 1 mars 2015

Deuxième dimanche de Carême / B

1er mars 2015

Marc 9, 2-10

De l’épreuve à la gloire : tel est le chemin que la liturgie nous fait parcourir avec Jésus en ce début de Carême. Du désert de la tentation à la montagne de la transfiguration. Les évangiles des deux premiers dimanches de Carême annoncent déjà le mystère pascal que nous célébrerons tout au long de la semaine sainte : souffrance, mort et résurrection du Seigneur.
L’événement de la transfiguration est une révélation pour les trois apôtres choisis par Jésus pour en être les témoins privilégiés. A ce moment précis l’humanité de Jésus devient en quelque sorte transparente et laisse apparaître de manière visible la gloire de la divinité. La blancheur éblouissante des vêtements du Seigneur en est un signe. Face à cette révélation, les apôtres ont deux réactions qui semblent contradictoires. D’une part Pierre semble goûter la beauté de cette vision : « Il est heureux, il est bon que nous soyons ici ! ». D’autre part les apôtres sont effrayés à la vue de ce spectacle. Voir Dieu sur cette terre est en effet une expérience éprouvante. C’est la raison pour laquelle nous le connaissons par la médiation de la foi tant que nous sommes vivants de cette vie terrestre. La vision de Dieu face à face, ce sera dans l’au-delà, après, si nous en avons besoin, la purification du purgatoire. L’expérience des apôtres sur la montagne nous renvoie à notre propre expérience de la prière. Nous ne voyons pas Jésus transfiguré, nous le contemplons dans la foi et l’amour. Le Seigneur Ressuscité peut nous accorder cette grâce de goûter avec joie sa présence dans la prière. Nous aussi, nous pouvons parfois dire avec Pierre : « Comme il est heureux que nous soyons ici ! » Mais la prière n’est pas toujours aussi facile pour nous. Etre fidèle chaque jour à ce rendez-vous avec le Seigneur peut parfois constituer une épreuve car Dieu nous semble absent et lointain. Nous ne devons pas nous effrayer ou nous inquiéter de ces alternances de moments faciles et difficiles dans notre relation avec Dieu. La foi n’est pas une réalité statique, mais dynamique, la foi est vivante en nous. Les moments de grâce nous sont donnés pour persévérer lorsque la prière se fait pesante, quand nous avons l’impression de nous adresser à un mur. L’expérience de la transfiguration a été unique dans la vie des apôtres et elle n’a probablement pas duré très longtemps. Ne l’oublions pas !
En demandant le silence à ses apôtres jusqu’au jour de Pâques sur cette expérience unique, le Seigneur nous donne lui-même le sens de la transfiguration. En laissant transparaître sa gloire divine, il annonçait le mystère de sa propre résurrection d’entre les morts. Sur la montagne c’est donc comme un avant-goût de Pâques qui a réjoui et effrayé les trois apôtres. Ils se demandaient en effet « ce que voulait dire : ressusciter d’entre les morts ».

Le mystère lumineux de la transfiguration manifeste toute la nouveauté de l’Alliance que Jésus vient accomplir en sa personne. Tout d’abord la nouveauté de la personne de Jésus elle-même. Il n’est pas un prophète comme ceux d’autrefois, il n’est pas seulement le Messie, il est Dieu dans le mystère de sa relation unique avec le Père. Ensuite la nouveauté de l’annonce de la résurrection. En Jésus et avec lui notre humanité est parfaitement glorifiée au matin de Pâques. La contemplation de Jésus transfiguré nous donne donc accès à ce qui constitue le propre de notre foi : En Jésus Dieu s’est fait homme, il a épousé notre condition humaine et l’a vécue jusqu’à la mort. En Jésus nous sommes promis à la gloire de la résurrection, nous participons à sa victoire définitive sur le mal et la mort. A chaque messe le pain et le vin sont eux aussi « transfigurés » par l’Esprit et nous communiquent ainsi la présence du Seigneur ressuscité.