dimanche 27 avril 2014

Deuxième dimanche de Pâques

27/04/14

Jean 20, 19-31

Le dimanche dans l’octave de Pâques, dimanche de la divine miséricorde, nous fait entendre chaque année le même évangile, celui de la double manifestation du Ressuscité à ses apôtres puis à Thomas.

Regardons d’abord quelle est la situation des disciples le soir de Pâques. Nous nous souvenons que Pierre et Jean, avertis par Marie Madeleine, sont allés au tombeau et l’ont trouvé ouvert et vide. Jean en voyant ce signe ainsi que les linges funéraires a cru. Ensuite Marie Madeleine a annoncé aux apôtres la résurrection du Seigneur : « J’ai vu le Seigneur, et voilà ce qu’il m’a dit ». Malgré tout cela les apôtres, dont le nom signifie « envoyés », restent chez eux, paralysés par la peur de connaître un sort semblable à celui de Jésus. Nous le constatons les disciples n’étaient pas des personnes crédules ou faciles à convaincre. D’où la nécessité pour eux de voir Jésus vivant. Celui-ci leur montre ses mains et son côté : son corps glorieux porte encore les marques de la Passion. Cela est important pour les disciples. Ils auraient pu penser être les victimes d’une illusion : une espèce de fantôme. Mais non, l’homme qui se tient vivant au milieu d’eux est bien celui qu’ils ont connu et vu crucifié. Pour se faire reconnaître d’eux Jésus se montre donc avec les marques de sa Passion. Dès le soir de Pâques il leur communique le fruit le plus précieux de sa mort et de sa résurrection : l’Esprit Saint. Et il les envoie en mission. Leur mission sera le prolongement de la mission de leur Maître, lui-même envoyé par le Père. Dans les autres évangiles Jésus avait donné rendez-vous à ses disciples en Galilée, la région où tout avait commencé pour eux, leur région d’origine. Il s’agit de les faire sortir de Jérusalem, lieu de la peur, pour qu’ils commencent leur mission. Mais huit jours plus tard ils sont toujours enfermés dans le même lieu. Nous voyons que l’Esprit Saint ne les a pas contraints. L’Esprit de Dieu ne peut agir que si librement nous le lui permettons. A la suite de Marie Madeleine ils annoncent à leur tour à Thomas la nouvelle bouleversante, totalement inattendue : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais Thomas a besoin de voir pour croire. D’où la deuxième manifestation du Ressuscité qui lui est particulièrement destinée. Pour Jésus il est en effet essentiel que tous ses apôtres puissent être les témoins de sa résurrection. Nous constatons que Dieu respecte le rythme personnel de chacun de ceux qu’il a choisis pour être les témoins de son Fils. Jean a cru dès le début, les autres ont eu besoin de plus de temps, et Thomas ne peut pas se contenter du témoignage de ses frères. Sa foi doit venir directement de Jésus lui-même. En ce qui nous concerne notre foi en Jésus Ressuscité nous vient de l’Eglise, par l’Eglise qui transmet le témoignage des apôtres depuis les origines. Thomas voulait voir avant de croire. Pour nous c’est l’inverse qui est vrai : nous devons croire afin de voir. Dans les premières pages de l’évangile de Jean nous trouvons une illustration de ce principe. A la question des deux disciples de Jean le baptiste, « Maître, où demeures-tu ? », Jésus répond : « Venez et vous verrez ». C’est en faisant d’abord le pas de la foi que nous verrons, c’est-à-dire que nous comprendrons peu à peu où demeure Jésus, qui il est. Plus loin dans l’entretien avec Nicodème le Seigneur affirme : « Celui qui pratique la vérité vient vers la lumière ». Cela signifie que la foi n’est pas quelque chose de théorique et d’abstrait. La foi est une action, elle est inséparable de ce que saint Jacques appelle les œuvres. C’est dans la mesure où nous essayons jour après jour de mettre en conformité notre vie avec notre foi que nous verrons. Voir cela signifie progresser et grandir dans la vie de foi, être capable de reconnaître la présence et l’action du Seigneur Ressuscité dans son Eglise et dans le monde.

dimanche 20 avril 2014

Dimanche de Pâques



Jean 20, 1-9

L’Evangile du jour de Pâques ne nous montre pas Jésus ressuscité. Ce choix de l’Eglise pourrait nous paraître étrange. Mais l’Eglise veut nous faire revivre pas à pas les différentes étapes qui ont conduit les disciples à croire en Jésus ressuscité d’entre les morts. Nous sommes ainsi amenés à partager l’expérience qui fut celle de Marie Madeleine à l’aube du jour de Pâques, le lendemain du sabbat. D’après saint Jean ce sont deux hommes, Joseph d’Arimathie et Nicodème, qui se sont chargés de la mise au tombeau du Christ. Ce tombeau était creusé dans le roc et fermé par une pierre de forme circulaire pouvant donc rouler sur elle-même. Marie en arrivant au tombeau constate qu’il est ouvert et que la pierre a été roulée. Etrangement on ne nous dit pas qu’elle a pénétré à l’intérieur du tombeau. Mais immédiatement elle s’en va porter la nouvelle à Pierre et Jean, demeurés en ville : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis ». Nous le constatons Marie n’annonce pas la résurrection aux apôtres mais seulement le fait du tombeau vide : le corps du crucifié a disparu. Les disciples n’étaient pas des personnes crédules. Ils avaient les pieds bien sur terre. Et malgré les annonces de Jésus quant à sa résurrection ils étaient persuadés que tout était désormais fini. La fin de notre évangile nous montre que si le signe du tombeau vide et des linges funéraires a conduit Jean à  croire, Pierre, quant à lui, n’a pas été convaincu. Après leur visite matinale au tombeau les disciples se contentent de rentrer chez eux. Ils ne restent pas sur place dans l’attente d’un nouveau signe, contrairement à Marie Madeleine. La foi pascale ne s’est donc pas imposée aux disciples immédiatement le matin de Pâques. Il leur faudra du temps pour être convaincus de la victoire de Jésus sur la mort. Leur situation est en effet très différente de la nôtre. Si nous sommes nés dans une famille chrétienne nous avons entendu parler de la résurrection de Jésus dès notre enfance à travers le catéchisme et la liturgie. Les premiers chrétiens, Pierre, Jean et Marie, n’avaient pas en main le catéchisme de l’Eglise catholique. C’étaient des Juifs qui sont arrivés à la foi pascale, non pas à travers un enseignement ou une doctrine, mais par une expérience personnelle. Pour eux l’expérience de Jésus vivant est première. Ce n’est qu’après qu’ils ont élaboré une doctrine, un catéchisme, particulièrement grâce au génie de saint Paul, le dernier venu dans le groupe des apôtres. Quant à nous, nous commençons la plupart du temps par un enseignement alors que nous sommes enfants. Et c’est ensuite que nous devons faire l’expérience de Jésus mort et ressuscité pour nous. C’est toute la difficulté de la catéchèse. Comment passer d’un enseignement à une expérience spirituelle ? Comment passer de nos connaissances d’enfant à l’âge adulte de la foi ? Nous avons tous entendu un jour ou l’autre cette expression : « il a perdu la foi ». Beaucoup de parents et de grands-parents se lamentent de ce que les jeunes ne persévèrent pas dans la pratique religieuse après leur première communion ou leur confirmation. En fait il semble impossible de « perdre la foi ». Les adolescents qui s’éloignent de la pratique religieuse avaient des connaissances mais probablement n’étaient-ils pas devenus des croyants. Notre erreur consiste à croire que tous les enfants qui participent au catéchisme sont automatiquement des croyants. L’Eglise peut bien donner un enseignement mais elle est incapable de donner la foi. Seul l’Esprit Saint donne la foi en Jésus mort et ressuscité. Tout cela signifie que nous ne pouvons pas nous dispenser de vivre personnellement ce que les premiers chrétiens ont vécu à partir du jour de Pâques. On ne naît pas chrétien, on le devient. La foi n’est jamais un automatisme. Notre foi en Jésus mort et ressuscité exige bien plus qu’un bon catéchisme. Elle exige une expérience intérieure et spirituelle de la réalité de Jésus vivant dans nos vies et dans l’Eglise. Cette expérience nul ne peut la faire à notre place. L’acte de foi est toujours un acte libre. C’est la raison pour laquelle il nous faut sans cesse, nous aussi, nous rendre au tombeau de grand matin pour y découvrir les signes de la résurrection. Nous avons trois domaines de notre vie chrétienne nous permettant de grandir dans la foi : les sacrements, la prière personnelle et la vie de charité. L’amour concret du prochain est en effet la voie royale pour rencontrer le Christ vivant dans notre quotidien. C’est en nous faisant les serviteurs de la dignité et de la beauté de la vie en tout homme et dans la création que nous ferons à notre tour l’expérience de celui qui est le Vivant.


dimanche 13 avril 2014

Dimanche des rameaux et de la Passion / année A

13/04/2014

Passion selon saint Matthieu

La célébration du dimanche des rameaux et de la Passion est l’un des sommets de notre année liturgique. Nous venons de vivre cette expérience bouleversante de la proclamation de la Passion du Seigneur dans la version qu’en donne saint Matthieu. Nous percevons spontanément toute la force de la Parole de Dieu à travers la simplicité et la sobriété du récit évangélique. Dans la deuxième lecture saint Paul donne un sens théologique à ces événements tragiques, à ces heures ténébreuses faites de fanatisme religieux, de violence extrême et finalement de négation totale de tout ce qui devrait caractériser notre humanité. Jésus en cette heure de la Passion accomplit dans son être un dépouillement et un abaissement volontaire que nous ne pouvons approcher que dans la mesure où nous savons que l’amour qu’il nous porte est de qualité divine. Seul un Dieu est capable de ce genre d’abaissement. Saint Matthieu n’hésite pas dans son récit à nous montrer le réalisme de l’incarnation. Le Fils de Dieu n’a pas fait semblant d’être un homme : il est « devenu semblable aux hommes », et a été « reconnu comme un homme à son comportement ». Aux deux extrémités de sa Passion son humanité véritable se révèle dans un contexte tragique. D’abord dans le jardin des oliviers où il ressent tristesse et angoisse comme chacun de nous face à l’imminence de sa propre mort ou encore d’une grande épreuve. Ce que Jésus recherche ce n’est ni la souffrance ni la mort mais uniquement que s’accomplisse en lui la volonté de Dieu : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! [...] Que ta volonté soit faite ! » Alors qu’il vient de subir dans sa chair et dans son âme des souffrances d’une extrême violence il crie une parole unique adressée au Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Parole qu’il emprunte au psaume 21. Du jardin des oliviers au calvaire le Fils obéissant change sa manière de s’adresser à Dieu. Il passe de l’expression intime « mon Père » à « mon Dieu », d’une demande filiale à une interrogation déchirante. Lui le juste, l’innocent, celui qui est sans péché et n’a jamais eu aucune compromission avec le mal, supporte sur le bois de la croix tout le poids de notre déshumanisation. Il concentre en sa personne toutes les violences de l’histoire humaine, nos violences, pour nous en libérer. Avant de vivre l’expérience de la mort physique il passe par une expérience autrement plus redoutable : celle de se sentir abandonné par Dieu alors qu’il est son Fils unique, son visage et sa présence au milieu de nous. Tel est le sacrifice auquel il a librement consenti pour donner à chaque homme la possibilité de renoncer au mal et de devenir fils de Dieu. C’est ainsi qu’il a transformé un horrible instrument de torture, une invention diabolique, la croix, en signe d’espérance. Cette espérance qui est celle-là même des béatitudes :
« Heureux les doux, parce qu’ils hériteront de la terre… Heureux ceux qui font œuvre de paix, parce qu’ils seront appelés fils de Dieu ».
Si Jésus lui-même a pu ressentir cet abandon, ne nous étonnons pas si à certains moments de notre vie Dieu nous semble absent et lointain, comme indifférent. Le Christ nous appelle à marcher dans la foi et l’espérance, à choisir résolument la vie, le respect inconditionnel pour la création issue du cœur de Dieu, le refus de mettre notre intelligence et nos dons au service des œuvres de destruction et de mort. C’est avec la création tout entière sauvée par l’amour du Christ que nous entrerons un jour dans la lumière de Pâques.


dimanche 30 mars 2014

Quatrième dimanche de Carême

30/03/2014

Jean 9, 1-41

La magnifique page d’Evangile de ce dimanche nous parle de la foi et de son contraire : le refus de croire. Saint Jean joue en permanence sur le double sens du verbe voir : la vue qui vient des yeux et celle qui vient du cœur. De la même manière il y a un double aveuglement : celui des yeux et celui du cœur. Ainsi l’aveugle de naissance passe, grâce à Jésus, de la cécité à la vue matérielle, puis de la vue à la vision spirituelle, celle que lui donne sa foi.
Notons bien que cet aveugle de naissance n’a rien demandé à Jésus. C’est le Seigneur qui prend l’initiative de le guérir. Il est important de considérer la question des disciples : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? » Cette question est celle du mal physique qui touche des innocents. L’interrogation sur le mal moral (la guerre par exemple) est facile à résoudre : l’homme étant créé libre, il peut en effet choisir de commettre le mal. Mais la question du mal physique nous tourmente parce qu’il est impossible d’obtenir une réponse rationnelle à ce scandale. Pourquoi des bébés naissent-ils aveugles ? Pourquoi les tremblements de terre, les tsunamis, les cyclones etc. ? Le mal physique semble frapper au hasard, sans aucune logique, des innocents, des bons comme des méchants, des justes comme des injustes. C’est un mal aveugle et arbitraire. De nombreux philosophes ont affronté cette redoutable question du mal physique. Nous nous souvenons de Voltaire qui raille Leibniz dans Candide, Leibniz selon lequel Dieu ne pouvait pas créer de monde plus parfait que le nôtre. Ce à quoi Voltaire oppose le tremblement de terre de Lisbonne. Il y a aussi Diderot qui dans sa Lettre sur les aveugles pose une question classique : Si Dieu est tout-puissant et bon, pourquoi permet-il que des bébés innocents naissent aveugles ? Cette question lui a valu quelques mois de prison à Vincennes. Notre esprit a bien du mal à accepter le hasard, l’arbitraire et l’injustice. D’où notre désir de comprendre le pourquoi du mal. Il doit donc bien y avoir une raison, une explication… Les disciples de Jésus proposent l’explication traditionnelle : « Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? » L’origine de cette théorie se trouve dans certains passages de la Bible. Voici un exemple dans le livre de l’Exode : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. » Bien avant Jésus le livre de Job avait remis en cause cette tradition en nous racontant l’histoire d’un homme juste accablé par tous les malheurs possibles. Les pharisiens qui refusent de croire malgré la guérison s’en tiennent à l’explication traditionnelle : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance ». La réponse de Jésus est libératrice : personne n’a péché, « ni lui, ni ses parents ». Le handicap qui frappe un bébé dès sa naissance n’a rien à voir avec une quelconque faute morale. Avouons-le, la réponse de Jésus est mystérieuse et il est difficile de l’interpréter correctement : « L’action de Dieu devait se manifester en lui ». Nous devons accepter de ne pas avoir d’explication rationnelle face au mal physique plutôt que de donner de mauvaises explications. La conclusion de notre page d’Evangile est un commentaire sur l’endurcissement de cœur des pharisiens : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Cela nous rappelle un autre avertissement de Jésus : « Beaucoup qui sont parmi les premiers seront derniers, et d’autres qui sont derniers seront premiers ». Le Seigneur oppose ici la foi de l’aveugle à l’incrédulité des pharisiens. En raison de leur mauvaise foi et de leur orgueil les pharisiens sont de fait aveuglés spirituellement. Mais là n’est pas le plus grave, nous avertit Jésus : «Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. » Le plus grave c’est le manque d’humilité : c’est de s’estimer clairvoyant alors qu’on est aveugle. Face à la question du mal et aux signes de Dieu dans notre vie Jésus nous indique le bon chemin, celui de l’humilité :

« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. »

dimanche 23 mars 2014

Troisième dimanche de Carême



23/03/2014

Jean 4, 5-42

Saint Jean est le seul parmi les évangélistes à nous rapporter la rencontre entre Jésus et la femme de Samarie. Tout commence d’une manière très ordinaire : Jésus a soif et demande à boire à cette femme. Notons qu’à l’autre bout de l’Evangile le même Jésus, agonisant sur la croix, s’écrie : « J’ai soif ! ». A partir de ce simple besoin vital va se développer entre le Seigneur et la femme une conversation qui nous mènera aux plus hauts sommets de la vie spirituelle. Relevons tout d’abord que c’est parce que Jésus est un homme libre que cette rencontre peut avoir lieu. Il n’est l’esclave ni des convenances ni des traditions. C’est la raison pour laquelle il s’adresse, lui le Rabbi juif, à une femme de Samarie. Ce qui étonne et la femme et les disciples. Au cœur de cet Evangile nous avons un enseignement spirituel essentiel : « Dieu est esprit », j’y reviendrai. Cet enseignement est encadré par deux quiproquos significatifs. Au début la samaritaine ne comprend pas que l’eau dont parle Jésus n’est pas celle du puits, cette eau vive est probablement une image de l’Esprit Saint. A la fin les disciples ne comprennent pas que la nourriture dont parle leur Maître n’est pas celle du corps. Souvent dans les Evangiles nous constatons ce décalage entre notre horizon humain, forcément limité, et celui de Jésus qui nous ouvre sur le monde de Dieu, un monde que nous ne connaissons pas : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas », « c’est une nourriture que vous ne connaissez pas ». Dans les paroles qu’il adresse à la samaritaine le Seigneur nous donne un catéchisme de très haut niveau et nous fait ainsi entrer dans la vraie connaissance du mystère de Dieu :
Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. »
Dieu est esprit : voilà la grande révélation de cet Evangile. C’est parce que Dieu est esprit que nous ne pouvons pas nous le représenter. Il échappe à nos catégories ordinaires : celle du temps et de l’espace dans lesquelles nous percevons les réalités de notre monde et nous les connaissons en particulier au moyen de la philosophie et des sciences. Dieu n’est pas dans le temps de l’histoire, il est éternel. Dieu n’habite pas sur une montagne ou dans un temple, son unique lieu n’en est pas un : c’est celui de l’esprit. Bien sûr en Jésus Dieu se rend en quelque sorte visible et présent dans le temps de notre histoire et dans un lieu bien précis. C’est le mystère de l’incarnation. Mais après l’Ascension ce séjour divin sur notre terre s’achève. Il se prolonge d’une certaine manière dans le mystère de l’Eglise, avec le don de l’Esprit et celui des sacrements. Mais Dieu demeure esprit donc transcendant. C’est la raison pour laquelle il apparaît à beaucoup d’hommes comme lointain et absent. C’est ce qui explique aussi l’idolâtrie. Les hommes ont tellement besoin de voir Dieu, de se le représenter, qu’ils ont inventé les dieux : les idoles permettent de mettre la main sur le mystère de Dieu à travers une statue située dans un sanctuaire. Mais l’idolâtrie est une illusion. Jésus nous indique le chemin exigeant de la vérité : si Dieu est esprit c’est en esprit et vérité que nous devons l’adorer, non pas en nous attachant à des lieux sacrés mais en comprenant que c’est nous qui sommes la demeure de Dieu. Pour reprendre une belle expression de Zundel Dieu est « l’au-delà au-dedans ». Sur cette terre nous devons renoncer à nous faire une représentation de Dieu. La seule image que nous ayons de lui c’est Jésus. Seul le Fils au sein de la Trinité s’est rendu visible. Alors où donc est ce Dieu qui est esprit ? Le Père que l’on a voulu représenter comme un vieillard barbu… Nous pouvons rencontrer en vérité Dieu chaque fois que nous mettons en pratique les enseignements de Jésus : Dieu qui est esprit est présent dans tout acte d’amour, dans la réconciliation, le pardon, la paix, la justice, le partage etc. Je pourrais bien sûr prolonger cette énumération. C’est donc en faisant la volonté du Père que nous le connaitrons vraiment : c’est cela l’adorer en esprit et en vérité.

dimanche 16 mars 2014

Deuxième dimanche de Carême / année A

16/03/2014

Matthieu 17, 1-9

Après le désert des tentations nous voici sur la montagne de la transfiguration avec Pierre, Jacques et Jean. En acceptant de vivre l’épreuve du désert Jésus s’est retrouvé seul face au démon. Et il l’a vaincu par la puissance de la Parole de Dieu. Sur la montagne il a rendez-vous avec son Père. Par bien des aspects la scène de la transfiguration est une reprise de celle du baptême. Dans ces deux moments forts du ministère public du Seigneur c’est Dieu qui se révèle dans le mystère de la Trinité. La nuée lumineuse étant le signe de la présence de l’Esprit Saint. A la transfiguration comme au baptême Dieu le Père confirme le lien unique qui l’unit avec cet homme nommé Jésus : cet homme est son Fils bien-aimé, celui en qui il a mis tout son amour.
Pierre, Jacques et Jean ont été choisis pour être les témoins privilégiés de ce mystère lumineux. A l’autre bout de l’Evangile ils seront aussi les témoins de l’agonie de leur maître au jardin des oliviers. Dans la transfiguration tout n’est que vision lumineuse. Les disciples voient à travers le corps humain de Jésus sa gloire divine qui resplendit et illumine. C’est un moment de contemplation, un moment que les disciples voudraient éternel. Ils sont en effet comblés du bonheur que donne la vision de Dieu. Ce qu’ils vivent est une anticipation, un avant-goût de ce que nous sommes appelés à vivre après le passage de notre mort : la communion avec Jésus glorifié au paradis : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! » Cet Evangile vient nous rappeler l’un des piliers de notre carême : la prière personnelle, et particulièrement la prière de contemplation. Une prière dans laquelle nous ne demandons rien à Dieu sinon de demeurer paisiblement en sa présence et de nous laisser pénétrer par son amour. Une prière trinitaire dans laquelle nous n’adorons pas Dieu en général mais nous prenons une vive conscience dans la foi de l’identité de Dieu : communion amoureuse du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Pour nous initier à la prière de contemplation nous avons à notre disposition le chapelet : avec Marie nous regardons dans la foi les mystères de la vie de son Fils. Pour pratiquer la prière de contemplation nous avons besoin de connaître « par le cœur » les textes bibliques qui témoignent de ces mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux. La prière du chapelet est une prière biblique.

Mais cet instant de joie intense sur la montagne ne dure pas. En entendant retentir la voix du Père les disciples « furent saisis d’une grande frayeur ». Et Jésus, comme souvent dans les Evangiles, se tient auprès d’eux pour les rassurer : « Relevez-vous et n’ayez pas peur ! » Ce récit nous montre que la vision ne peut pas durer ici-bas. Dans notre vie spirituelle nous ne pouvons pas exiger du Seigneur de n’éprouver que des consolations, des moments agréables où il est tellement facile de prier. Nous avons à accepter aussi les désolations, les moments de difficulté et de sécheresse dans lesquels Dieu nous semble tellement absent et lointain. C’est l’épreuve inévitable de la foi. Car croire c’est justement ne pas voir. Le récit de la transfiguration nous fait ainsi passer de la vision fugitive de la gloire de Jésus à l’écoute quotidienne de sa parole. Que nous dit en effet la voix du Père sur la montagne ? « Ecoutez-le ! » Nous ne pouvons pas contempler Jésus à la manière des trois disciples, même si l’adoration du Saint-Sacrement se rapproche, de manière très lointaine, de leur expérience, une expérience unique. Mais nous pouvons à tout instant écouter la Parole de Jésus. Pour y accéder nous n’avons pas d’autre moyen que les quatre évangiles. Le temps de Carême est le temps idéal pour lire un évangile en entier, du début à la fin, jour après jour.

dimanche 23 février 2014

Septième dimanche du temps ordinaire / A

23/02/14

Matthieu 5, 38-48

En ce dimanche la liturgie de la Parole nous fait contempler les sommets : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » ; « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». La vie chrétienne consiste à imiter le Christ et donc à imiter Dieu lui-même. Au baptême nous recevons le don de la sainteté et c’est tout au long de notre vie que nous avons à correspondre au don reçu : c’est cela la sainteté. Mais la sainteté n’est pas un idéal inaccessible, réservé à une élite. Nous en voulons une preuve ? Le Christ a prévu pour ses disciples le sacrement du pardon des péchés, sacrement de la confession et de la réconciliation. La sainteté nous appelle à marcher jour après jour vers les sommets divins. Elle est donc un chemin qui s’accomplit par étapes, demande plus ou moins de temps. Ce chemin n’exclut pas les chutes et même les retours en arrière. Ce chemin nous demande simplement de toujours nous relever et de ne jamais nous décourager en nous disant : « Je ne suis pas fait pour la vie à la suite du Christ ». L’Evangile de ce dimanche nous est donc adressé personnellement. Nous sommes probablement loin des sommets qu’il nous désigne mais nous pouvons avec la grâce du Christ progresser ! Et c’est dans trois directions que le Seigneur nous demande de progresser : le refus de la vengeance, la générosité et enfin l’amour des ennemis. Nous sommes dans le domaine bien souvent difficile et complexe de nos relations avec le prochain.
La loi ancienne demandait la modération et la justice dans la vengeance : « Œil pour œil, dent pour dent ». Ce serait déjà un énorme progrès si tous les hommes parvenaient à cette modération, en particulier dans les guerres et dans les tribunaux. La loi nouvelle nous demande bien plus : il s’agit de ne pas riposter au méchant. Saint Paul explique très bien l’esprit de ce précepte évangélique : « Tu ne te laisseras pas vaincre par le mal, mais tu vaincras le mal par le bien ». Si je réponds au mal en faisant le mal j’entretiens un cercle vicieux et infini. Le refus de la vengeance n’implique pas notre silence face au mal, bien au contraire. Lors de sa Passion Jésus, lui qui est parfaitement innocent et juste, a tenté de réveiller la conscience de celui qui le frappait : « Si j’ai mal parlé, montre où est le mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »
« Si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui ». La logique du bien dans laquelle Jésus veut nous entraîner implique de ne pas calculer. Il s’agit bien d’être généreux. Saint Paul affirme à ce sujet : « A semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement ».

« Aimez vos ennemis ». Nous n’avons probablement pas d’ennemis dans le sens fort du terme. Mais tous nous connaissons dans notre famille et dans notre entourage des personnes avec lesquelles les relations ne sont ni faciles ni cordiales. Pour des raisons très diverses : le caractère d’un tel m’est antipathique, je ne supporte pas la manière de faire d’un autre ou encore je ne partage absolument pas les convictions de mon prochain. Jésus nous donne un premier moyen concret d’aimer nos ennemis : prier pour eux. Pas pour que Dieu les anéantisse mais pour qu’ils progressent dans le chemin qui mène à la vraie vie. En priant pour mes ennemis je permets aussi à Dieu de transformer mon cœur, d’y remplacer la colère et la haine par la patience et la douceur. Le plus intéressant dans ce commandement nouveau que Jésus nous laisse se trouve dans sa motivation. Pourquoi devrais-je aimer ceux qui me font du mal ? Afin d’être vraiment fils de Dieu, me répond le Seigneur. Il s’agit donc d’imiter l’attitude de Dieu envers toutes ses créatures : « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes ». En tant que Père Dieu nous donne les bienfaits de la nature sans tenir compte de ce que nous sommes. Il donne à tous. Notre amour pour le prochain doit peu à peu devenir lui aussi universel. Il n’est pas limité par les défauts et les manques de mon frère. Si j’aime à la manière de Dieu, j’aime gratuitement. Alors je deviens capable d’aimer aussi celui qui n’est pas aimable. Non pas avec les sentiments du cœur mais avec la volonté qui me vient de ma foi en Dieu. L’amour du cœur exige la réciprocité. L’amour de volonté n’attend de l’autre aucune gratification. Seule une vie réelle de communion avec le Christ peut nous permettre de vouloir aimer ceux qui nous font du mal. Autant dire que ce chemin de sainteté ne peut commencer à prendre chair dans nos vies que si nous sommes des hommes et des femmes de prière.