dimanche 19 janvier 2014

Deuxième dimanche du temps ordinaire / Année A

Deuxième dimanche du temps ordinaire / A

19/01/2014

Jean 1, 29-34

En ce dimanche nous commençons le temps liturgique dit ordinaire. Dans notre année chrétienne le temps ordinaire correspond à deux périodes : celle qui se situe entre le temps de Noël et le carême, et celle qui commence après la Pentecôte et s’achève avec la fête du Christ roi. Le but du temps ordinaire est de nous faire revivre le ministère public du Seigneur Jésus, c’est-à-dire ces trois années se situant entre son baptême dans le Jourdain et son entrée dans Jérusalem le jour des rameaux. Logiquement le début du temps ordinaire fait le lien avec la fête de dimanche dernier, celle du baptême du Seigneur. Nous nous retrouvons donc aux bords du Jourdain au commencement du ministère public de Jésus et c’est Jean qui est le personnage essentiel de notre évangile. Ayant déjà entendu dimanche dernier l’Evangile de Matthieu nous rapportant la scène du baptême, nous entendons en ce dimanche la version qu’en donne saint Jean.
A deux reprises Jean le baptiste affirme à propos de Jésus : « Je ne le connaissais pas ». Cela peut paraître étrange car Jean et Jésus avaient des liens de parenté ; Elisabeth, sa mère, étant la cousine de Marie. Probablement Jean avait déjà rencontré Jésus. Mais ce verbe « connaître » a ici un sens plus profond que celui de « faire connaissance » ou encore de « se connaître ». Connaître Jésus c’est en effet savoir qui il est réellement. Et de fait il n’est pas simplement un membre de la famille de Jean. Ce dernier a eu besoin d’une illumination spéciale de la part de l’Esprit Saint pour découvrir l’identité de Jésus de Nazareth. C’est cette illumination intérieure que nous appelons la foi. La mission de Jean consiste à manifester Jésus au peuple d’Israël, en quelque sorte à le présenter, à le faire connaître. L’Evangile de ce dimanche nous montre de quelle manière Jean a présenté Jésus au peuple : par un témoignage et par deux paroles particulièrement significatives. « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui ». L’invisible, l’Esprit de Dieu, s’est manifesté de manière visible à travers le signe de la colombe. L’image d’un oiseau pour parler de l’Esprit n’est pas nouvelle. Souvenons-nous du premier récit de la création : La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Ce que Jean a vu et compris au moment du baptême c’est que Jésus était le Messie, cet homme consacré par Dieu en vue d’une mission unique. A ce témoignage viennent s’ajouter deux paroles : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » et « C’est lui le Fils de Dieu ». Dans l’évangile selon saint Jean le lecteur reçoit de la bouche de Jean la révélation de l’identité de Jésus dès le début. Alors que, probablement, c’est au fur et à mesure des trois années de son ministère public que Jésus a peu à peu révélé qui il était. Mais Jean a une illumination particulière qui lui donne de voir loin. Présenter Jésus comme l’Agneau de Dieu c’est en effet nous transporter à l’autre bout de l’Evangile, aux jours de la Passion et de la mort en croix. De la même manière que l’agneau pascal était sacrifié pour faire mémoire de la sortie d’Egypte et de la libération de l’esclavage, Jésus se sacrifiera lui-même pour nous obtenir la liberté des enfants de Dieu. La manifestation de Jésus au peuple marque la fin du sacrifice des animaux dans le culte de l’ancienne Alliance. De fait le Temple, lieu unique des sacrifices, sera détruit par les romains en l’an 70. Nous avons aussi entendu les paroles du psaume 39 : Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j'ai dit : « Voici, je viens. « Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. Mon Dieu, voilà ce que j'aime : ta loi me tient aux entrailles. Ces paroles du psaume, la tradition chrétienne les a comprises comme s’appliquant au Christ. L’Evangile de cette liturgie nous donne donc dès le départ le sens de la mission de Jésus : nous obtenir le pardon de nos péchés et faire de nous des fils de Dieu. Libération du mal et communion avec Dieu : c’est à la lumière de ces deux réalités que nous pouvons mieux comprendre les paroles et les actes du Seigneur tout au long de son ministère public.


dimanche 5 janvier 2014

ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR

Epiphanie du Seigneur

5/01/2014

Matthieu 2, 1-12

Nous connaissons tous le sens théologique de la fête de l’Epiphanie. Il est parfaitement résumé par saint Paul, l’apôtre des païens, dans la deuxième lecture :

« Ce mystère, c'est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l'annonce de l'Evangile. »

La visite des mages à Bethléem signifie en effet l’universalité du salut offert par Dieu en Jésus-Christ. C’est encore saint Paul qui affirme d’une manière très claire cet amour universel de Dieu pour tous les hommes :

« Dieu, notre Sauveur, veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité. »

Dans sa lettre aux Galates l’apôtre nous montre les conséquences libératrices de la nouvelle Alliance pour notre humanité :

« En Jésus Christ, vous êtes tous fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus. Et si vous appartenez au Christ, c'est vous qui êtes la descendance d'Abraham ; et l'héritage que Dieu lui a promis, c'est à vous qu'il revient. »

Dans la liturgie de la parole de cette solennité je voudrais relever deux éléments qui nous parlent de cette relation du particulier à l’universel ainsi que de la nouveauté apportée par la naissance de l’enfant Jésus à Bethléem. Dans la première lecture Isaïe voit la marche des nations vers Jérusalem. Or dans le récit de saint Matthieu nous constatons un contraste évident entre Jérusalem, la ville d’Hérode et de l’élite religieuse d’Israël, et Bethléem, le lieu choisi par Dieu pour nous donner son Fils. Certes les mages venus d’Orient font halte à Jérusalem pour se renseigner mais le but de leur voyage c’est bien Bethléem. Jérusalem représente ici les ténèbres de l’aveuglement de ceux qui savent mais n’agissent pas en conséquence. C’est sur Bethléem que brille la lumière de l’étoile. Lumière perceptible non seulement par les Juifs mais par tous les peuples. Jérusalem représente le lieu du pouvoir et du savoir, elle est la capitale du Judaïsme. Et comme toutes les capitales c’est une ville tentée par l’orgueil. Bethléem est quant à elle la ville de l’adoration et du don, la ville dans laquelle il faut se faire petit et humble en présence de la révélation de la gloire de Dieu dans un nouveau-né. L’offrande de l’or, de l’encens et de la myrrhe n’a en effet de valeur que dans la mesure où elle correspond à l’offrande intérieure que les mages font d’eux-mêmes à l’enfant. Si à l’aller les mages passent par Jérusalem, au retour ils évitent cette ville. Ils sont comblés, ils n’ont plus besoin de consulter les savants d’Israël.

Les divers noms donnés à l’enfant qui vient de naître sont eux aussi intéressants : roi des Juifs, Messie, chef et berger d’Israël. Mais si Jésus n’était que le roi des Juifs pourquoi donc des mages, des païens, se seraient déplacés de si loin pour venir lui rendre hommage ? Remarquons le changement lorsque Matthieu nous dépeint l’arrivée des mages auprès du nouveau-né. Le seul titre qui lui est donné est tout simple : l’enfant. Voilà un nom universel qui parle au cœur de tous les peuples. Nous savons que Jésus est bien plus que le roi des Juifs ou encore même le Messie. Nous retrouverons ces titres à l’autre bout de l’Evangile, lors de la Passion du Seigneur. Si au moment de la naissance ce sont des étrangers qui adorent l’enfant, au moment de la Passion c’est encore une étranger, Ponce Pilate, qui, sans le savoir, donne au Christ l’un de ses plus beaux noms, un nom universel comme l’était celui de l’enfant : « Voici l’homme ! » Et c’est dans la bouche d’un officier romain, au pied de la croix, que l’identité véritable de Jésus nous est donnée : « Vraiment, celui-ci était fils de Dieu. » Le parcours des mages nous fait passer du roi des Juifs au Christ roi de l’univers. C’est tout le sens de la fête de l’Epiphanie : révéler au monde un Sauveur issu d’Israël qui est en même temps le Sauveur de tous les hommes. C’est dans le Christ en effet que tout le genre humain peut retrouver son unité profonde.

dimanche 29 décembre 2013

LA SAINTE FAMILLE

 
Le Caravage

La sainte famille / A

29/12/2013

Matthieu 2,13-15.19-23

Dans la lumière du mystère de Noël nous célébrons en ce dimanche la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. Comme il en a l’habitude l’évangéliste saint Matthieu nous montre l’accomplissement des prophéties dans la vie de Jésus, et cela dès les premiers jours de son existence : « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes ».
Le récit de la fuite en Egypte rappelle à tout lecteur de l’Ancien Testament l’importance de ce pays voisin d’Israël dans le projet de Dieu. Spontanément nous pensons à l’histoire de Moïse dans laquelle les égyptiens sont présentés comme le peuple ennemi, le peuple qui opprime et qui réduit en esclavage les fils d’Israël. Mais l’Egypte a aussi joué un rôle positif dans l’histoire sainte. Suite à une famine Abram s’y réfugie avec sa femme Sarah. Plus tard Joseph sera vendu par ses frères à des Madianites qui, à leur tour, le vendront comme esclave à l’égyptien Potiphar. Joseph recevra ensuite du Pharaon un grand pouvoir ce qui lui permettra de sauver ses frères Juifs de la famine sévissant en Israël. L’Egypte peut donc être le pays ennemi comme le pays dans lequel on trouve refuge et nourriture. La sainte famille, elle aussi, se réfugie en Egypte, pays païen, pour fuir la colère et la folie du roi Hérode.
Jésus n’est pas né dans un palais royal mais bien dans une mangeoire : l’endroit où l’on dépose dans l’étable la nourriture destiné au bétail. Le mystère de l’incarnation peut se considérer de manière générale, un peu abstraite : Dieu, en son Fils, s’est fait l’un de nous. Nous pouvons aussi contempler ce mystère d’une manière beaucoup plus précise et concrète en nous posant la question suivante : quel genre d’incarnation Dieu a-t-il choisi pour manifester parmi nous sa Parole éternelle ? C’est lorsque nous nous posons cette question que les détails des évangiles de l’enfance prennent une importance significative. En effet Jésus aurait pu naître dans un palais. Mais ce n’est pas ce que Dieu a voulu : il a voulu que son Fils fût accueilli dans la mangeoire d’une étable. Le Père a aussi donné à son Fils une famille humaine. Cela fait partie du mystère de l’incarnation. Etre véritablement homme c’est appartenir à une famille qui a son histoire, une histoire unique et particulière. Or, nous le voyons, la sainte famille a connu bien des difficultés et des épreuves. Là encore Dieu aurait pu décider qu’il en soit autrement. La sainteté de Marie et de Joseph n’a pas été une sainteté facile. C’est au contraire au sein des épreuves que Marie et Joseph ont manifesté la sainteté de Dieu. Tout cela a des conséquences si nous envisageons nos familles humaines et chrétiennes dans la lumière de ce que la sainte famille a vécu. Si la sainte famille n’a pas été épargnée par les difficultés de cette vie, pourquoi en serait-il autrement pour nos familles ? Le mystère de l’incarnation comme le récit de la fuite en Egypte nous montre qu’être homme comporte toujours d’une manière ou d’une autre une part de difficultés. Hérode peut prendre des visages bien différents. L’attitude de Marie et de Joseph nous encourage à accepter dans la foi cette part d’ombre. La joie de la sainte famille fut une joie forte et profonde précisément parce qu’elle provenait d’une grande foi en Dieu. C’est dans la pauvreté et l’épreuve que cette joie s’est développée. La menace qu’Hérode faisait peser sur le nouveau-né n’a pas désuni Joseph et Marie. Au contraire leur union s’en est trouvée renforcée et approfondie en vue de protéger l’enfant qui leur était confié. La famille chrétienne n’est donc pas une famille « parfaite », sans problèmes ni difficultés. La famille chrétienne est une famille dans laquelle la force et la lumière de la foi transfigurent les zones d’ombres. La grandeur de Joseph et de Marie c’est d’avoir dit « oui » à la volonté du Seigneur, même quand cette volonté se manifestait dans des circonstances difficiles. Puisse-t-il en être de même pour chacun d’entre nous et chacune de nos familles.


mercredi 25 décembre 2013

NOEL 2013 (messe du jour)


Noël 2013

Messe du jour (Jean 1, 1-18)

Dans la prière du rosaire la naissance de Jésus fait partie des mystères joyeux. Spontanément lorsque nous pensons à Noël nous associons cette fête à la joie et à l’action de grâce. Et nous avons bien raison. Cet événement est unique dans l’histoire de notre humanité. La naissance de l’enfant dans la crèche sépare notre temps en deux ères : avant Jésus-Christ et après Jésus-Christ. Comme l’affirme la deuxième lecture nous sommes désormais « dans les derniers temps ». Nous sommes dans l’ère de la grâce et de la vérité, dons du Messie à notre terre. Pour tout cela nous nous réjouissons et nous remercions le Père pour le plus grand cadeau qu’il pouvait nous faire : la venue de son Fils bien-aimé parmi nous. L’évènement de la nuit de Noël est passé inaperçu au regard de la grande histoire. C’est dans une extrême discrétion, presque dans le secret, que le Sauveur a voulu naître. Seuls quelques bergers et des mages venus d’Orient se sont déplacés pour adorer l’enfant. Le magnifique prologue de saint Jean nous montre que la joie de Noël comporte un aspect dramatique. La joie de Noël n’est pas superficielle. Elle est tellement profonde qu’elle est capable d’assumer en elle la dure réalité de notre condition humaine. Si Jean note que nos ténèbres n’ont pas été capables d’arrêter la lumière du Verbe, il relève aussi à deux reprises le refus de la part des hommes d’accueillir dans leur vie cette lumière : « Mais le monde ne l’a pas reconnu… Et les siens ne l’ont pas reçu ». Plus de deux millénaires après cet événement bouleversant nous pouvons nous poser la question suivante : Où va notre histoire humaine en ces temps qui sont les derniers ? L’année prochaine nous ferons mémoire du début de la première guerre mondiale. 1914-2014 : ce siècle aura été un siècle si souvent opposé au message de paix, de justice et d’amour qui a commencé à se répandre avec la naissance d’un bébé à Bethléem. Car après la première guerre mondiale est venue la seconde, puis l’utilisation de bombes atomiques, le napalm de la guerre du Vietnam, le massacre de l’environnement, la pollution, la surexploitation de nos ressources, le gaspillage institué au rang de norme économique, la banalisation de la torture, la croissance des inégalités et de l’injustice etc. Je pourrais facilement prolonger cette liste. Le siècle qui vient de s’écouler sous des apparences de progrès a été finalement barbare et cruel. En 1965 le concile Vatican II constatait déjà que « le progrès, grand bien pour l’homme, entraîne aussi avec lui une sérieuse tentation… Le monde ne se présente pas encore comme le lieu d’une réelle fraternité, tandis que le pouvoir accru de l’homme menace de détruire le genre humain lui-même ». Nous pourrions donc facilement succomber au désespoir : la lumière du Verbe semble si faible et les ténèbres si puissantes. Mais n’oublions pas que Dieu a choisi de nous sauver par la faiblesse de son Fils : du bébé de la crèche incapable de parler au jeune homme torturé sur la croix et criant sa souffrance à Dieu. Ce trésor de la lumière de la Parole de Dieu nous est confié comme une force. Il nous est donc interdit de désespérer. Nous comprenons pourquoi notre joie en ce jour est dramatique. Nous célébrons l’amour extrême de Dieu et en même temps nous savons à quel point l’amour n’est pas aimé. Je terminerai cette réflexion en citant un magnifique passage du Concile Vatican II qui nous invite à faire rayonner là où nous sommes la lumière de l'Evangile :

 Le Verbe de Dieu, par qui tout a été fait, s’est lui-même fait chair et est venu habiter la terre des hommes. Homme parfait, il est entré dans l’histoire du monde, l’assumant et la récapitulant en lui. C’est lui qui nous révèle que « Dieu est charité » et qui nous enseigne en même temps que la loi fondamentale de la perfection humaine, et donc de la transformation du monde, est le commandement nouveau de l’amour. À ceux qui croient à la divine charité, il apporte ainsi la certitude que la voie de l’amour est ouverte à tous les hommes et que l’effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n’est pas vain. Il nous avertit aussi que cette charité ne doit pas seulement s’exercer dans des actions d’éclat, mais, et avant tout, dans le quotidien de la vie. En acceptant de mourir pour nous tous, pécheurs, il nous apprend, par son exemple, que nous devons aussi porter cette croix que la chair et le monde font peser sur les épaules de ceux qui poursuivent la justice et la paix... Assurément les dons de l’Esprit sont divers : tandis qu’il appelle certains à témoigner ouvertement du désir de la demeure céleste et à garder vivant ce témoignage dans la famille humaine, il appelle les autres à se vouer au service terrestre des hommes, préparant par ce ministère la matière du Royaume des cieux. Mais de tous il fait des hommes libres pour que, renonçant à l’amour-propre et rassemblant toutes les énergies terrestres pour la vie humaine, ils s’élancent vers l’avenir, vers ce temps où l’humanité elle-même deviendra une offrande agréable à Dieu.

dimanche 22 décembre 2013

Quatrième dimanche de l'Avent

22/12/2013
Matthieu 1, 18-24

Saint Luc nous rapporte dans son évangile la visite de l’ange Gabriel à Marie. Nous connaissons tous sa réponse au projet de Dieu sur elle : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ». A quelques jours de Noël la liturgie nous fait entendre cette année l’annonciation à Joseph. Si Luc s’intéresse davantage à Marie, Matthieu souligne, quant à lui, l’importance de Joseph dans le mystère de l’incarnation. Le fiancé de Marie doit, lui aussi, dire « oui » au projet de Dieu. Apprenant que Marie est enceinte il forme le projet de la renvoyer discrètement et de rompre ainsi les fiançailles. Joseph comme Marie doit accorder sa volonté à celle de Dieu. Et c’est ce qu’il fait après avoir entendu dans un songe l’ange du Seigneur venu le réconforter : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse ».
A deux reprises le récit de saint Matthieu souligne que l’enfant qui naitra de Marie vient de l’Esprit Saint. La naissance miraculeuse du Messie annonce déjà ce que nous professons dans notre foi : En Jésus la nature divine et la nature humaine sont unies en une seule personne. Jésus est le Fils de Dieu, égal au Père, et c’est pour cette raison qu’il ne pouvait pas naître de l’union d’un homme et d’une femme. Seule l’action de l’Esprit Saint pouvait unir dans le sein de Marie la nature divine à notre humanité. Jésus est aussi vraiment homme : né d’une femme, descendant de David par Joseph. Même si ce dernier n’est pas le père de Jésus il joue un grand rôle pour insérer cet enfant dans l’histoire du peuple d’Israël. Joseph a le privilège de donner son nom à l’enfant. Dans la deuxième lecture saint Paul exprime à sa manière cette réalité à la fois humaine et divine de Jésus :
Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils : selon la chair, il est né de la race de David ; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur.

Pour saint Paul, nous le constatons, c’est le mystère de la résurrection qui dévoile pleinement la divinité de Jésus et l’œuvre en lui de l’Esprit qui sanctifie.

Dans l’évangile de ce dimanche nous trouvons aussi les deux noms de l’enfant qui va naître. Dans la mentalité juive recevoir un nom à sa naissance c’est recevoir de la part de Dieu sa vocation. Le nom constitue en effet un programme de vie. Le premier nom est celui révélé par l’ange à Joseph : Jésus, c’est-à-dire le Seigneur sauve. Jésus est le Sauveur. Et c’est du péché qu’il vient nous sauver. Pour le dire d’une manière plus concrète sa mission consistera à nous libérer du mal qui nous empêche de vivre en enfants de Dieu. Il est aussi selon la prophétie d’Isaïe l’Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. Le mystère de l’incarnation est bien un mystère d’union, de communion entre Dieu et nous. Cette union ne se réalise pas seulement à travers une alliance, par le culte et la prière, comme autrefois, avant la naissance de Jésus. Elle se concrétise en quelque sorte dans une personne. En Jésus le ciel et la terre sont pour toujours unis, en lui la chair et l’Esprit, l’homme et Dieu sont réconciliés. D’où la belle formule de Maurice Zundel : « Il n’est pas question d’imaginer que Dieu soit descendu du Ciel parce que le Ciel, c’est Lui-même et que ce Ciel, nous devons le découvrir au plus intime de nous-mêmes ». Ce que l’incarnation commence à Noël n’aura jamais de fin. C’est pour toujours que Jésus est l’Emmanuel. Ses dernières paroles à la fin du même Evangile en sont la confirmation éclatante : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».

dimanche 15 décembre 2013

Troisième dimanche de l'Avent

15/12/2013
Matthieu 11, 2-11

L’Evangile de ce dimanche nous invite à réfléchir sur l’identité de Jésus et celle de Jean le précurseur. Ce dernier après avoir accompli sa mission sur les bords du Jourdain en donnant un baptême de pénitence et en désignant Jésus comme le Messie se retrouve en prison. Il avait en effet osé critiquer l’attitude du roi Hérode. Jean avait déjà été troublé par le comportement de Jésus venant lui aussi recevoir le baptême de sa main dans les eaux du Jourdain. Et voilà que maintenant il se met à douter : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Cette question dans la bouche du précurseur a de quoi nous surprendre. Du fond de sa prison Jean est au courant des actes et des paroles de Jésus. Les nouvelles qui lui parviennent ne correspondent pas à l’image sévère qu’il s’était fait du Messie. La manière de faire de Jésus est nouvelle, inattendue. Elle a déjà choqué les disciples de Jean comme elle a choqué les pharisiens. Saint Matthieu nous en rapporte un exemple dans son Evangile :
 Les disciples de Jean Baptiste s'approchent de Jésus en disant : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons ? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l'Époux est avec eux ? Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront. Et personne ne coud une pièce d'étoffe neuve sur un vieux vêtement ; car le morceau ajouté tire sur le vêtement et le déchire davantage. Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve. »

L’Evangile prêché par Jésus a en effet le goût du vin nouveau. Et dans sa réponse aux envoyés de Jean le Seigneur met en garde ses contemporains : « Heureux celui qui ne tombera pas à cause de moi ! » Si Jean a des doutes sur l’identité de Jésus, ce dernier interpelle les foules sur l’identité de Jean : « Qu’êtes-vous allé voir au désert ? Qu’êtes-vous donc allé voir ? » Le Seigneur donne lui-même la réponse à la question qu’il pose : Jean est un personnage unique dans l’histoire du salut. « Parmi les hommes, il n’en a pas existé de plus grand que Jean Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui ». Cette manière de nous parler de l’identité de Jean peut paraître paradoxale. Elle ne peut se comprendre que si nous situons Jean à la place qui est la sienne dans l’histoire du salut. Il constitue comme une frontière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Il est bien le plus grand dans l’ordre de l’Ancienne Alliance. Car tous ce que les autres prophètes ont espéré de loin, lui il l’a vu de ses yeux. Mais à partir du moment où Jésus commence son ministère public la grandeur de Jean s’efface au profit d’une réalité nouvelle : celle des disciples de Jésus, celle du Royaume des cieux qui a déjà commencé sur notre terre avec la venue du Christ. Le Seigneur lui-même parle de cette frontière quelques versets plus loin dans le même Evangile : Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont parlé jusqu'à Jean.
Mais c’est au commencement de l’Evangile selon saint Jean que cette réalité nouvelle nous est décrite d’une manière merveilleusement claire : Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce : après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Jean même s’il est plus grand que Moïse se situe dans la logique de l’Ancienne Alliance. Les naissances miraculeuses de Jean et de Jésus sont le signe de cette différence et de ce passage dans l’Alliance nouvelle et définitive. Jean est le fils d’une vielle femme stérile. Jésus est le fils d’une jeune fille vierge. Si en tant que disciples de Jésus nous sommes plus grands que Jean ce n’est pas à cause de nos mérites personnels mais grâce au baptême et à la vie nouvelle des enfants de Dieu reçue en Jésus. Ici encore c’est le prologue de saint Jean qui nous montre l’admirable nouveauté de l’ère chrétienne. De la même manière que Jésus est venu au monde par l’œuvre de l’Esprit dans le sein de la Vierge, ainsi nous sommes nés à une vie nouvelle par l’œuvre de l’Esprit : Tous ceux qui ont reçu Jésus, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu.
A Noël le Fils de Dieu naît d’une vierge dans la pauvreté et le secret du plan de Dieu pour que nous puissions renaître à une vie nouvelle. Saint Paul avait bien compris le mystère et la grandeur de notre vie chrétienne lorsqu’il écrivait aux Colossiens :

En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

mardi 10 décembre 2013

La première lecture du deuxième dimanche de l'Avent


Le deuxième dimanche de l'Avent nous fait méditer la merveilleuse prophétie d'Isaïe, au chapitre 11, annonçant le règne d'un Messie, consacré par l'Esprit du Seigneur, roi de paix et de justice, dans la descendance de David. Son royaume correspondra à une création nouvelle dans laquelle toutes les créatures seront réconciliées entre elles et vivront dans la paix de leur Créateur. Pour bien comprendre la portée de cette prophétie il convient de la lire en lien avec les deux premiers chapitres de la Genèse qui nous présentent le projet de Dieu créateur avant l'irruption du péché et du mal dans le cœur des hommes. "Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage". Par exemple la mention du régime végétarien pour les animaux sauvages (le lion) comme pour les animaux domestiques (le boeuf) ne se comprend qu'en référence à Genèse 1, 29.30. Elle est le signe que dans les derniers temps, les temps messianiques, une création nouvelle adviendra en conformité avec ce que Dieu avait voulu dès le commencement.


"Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur, qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas d'après les apparences, il ne tranchera pas d'après ce qu'il entend dire. Il jugera les petits avec justice, il tranchera avec droiture en faveur des pauvres du pays. Comme un bâton, sa parole frappera le pays, le souffle de ses lèvres fera mourir le méchant. Justice est la ceinture de ses hanches ; fidélité, le baudrier de ses reins.
Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l'enfant étendra la main. Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure."