dimanche 27 novembre 2011

Premier dimanche de l'Avent

Avec le temps de l’Avent nous entrons dans une nouvelle année liturgique. L’Evangile de ce premier dimanche de l’Avent nous parle de la venue du Christ à la fin des temps. Nous comprenons ainsi que la fin et le début de l’année chrétienne se rejoignent : ces deux moments célèbrent le retour du Christ à la fin des temps, sa parousie. La première partie du temps de l’Avent n’a donc pas pour but de nous préparer à la fête de Noël (première venue du Christ). Elle oriente plutôt nos cœurs et nos regards vers une réalité dont nous ne savons pas à quel moment de notre histoire elle surviendra : « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin… J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». L’enseignement que Jésus nous donne en ce dimanche ressemble à celui que nous avons entendu il n’y a pas longtemps dans la parabole des talents. Regardons cette histoire que le Seigneur nous raconte pour mieux nous préparer à sa venue. « Il en est comme d’un homme parti en voyage ». Cet homme, c’est le Fils de Dieu qui, au jour de son Ascension, devient invisible à nos yeux de chair : il part en voyage et il quitte sa maison. Cette maison peut représenter l’Eglise ou encore la création tout entière. « Il a donné tout pouvoir à ses serviteurs ». Le Christ ressuscité a donné à son Eglise des pouvoirs spirituels comme par exemple le pouvoir de pardonner au nom de Dieu les péchés. Mais il donne aussi à chaque chrétien une participation à son pouvoir divin, et cela par le baptême et la confirmation. Le Seigneur, en partant, nous rend responsables. Il désire que nous utilisions notre liberté et nos dons pour la plus grande gloire de Dieu et pour le service de nos frères. Chacun de nous a son travail à accomplir en fonction de sa vocation. C’est ce que la tradition chrétienne appelle le devoir d’état. Ce devoir n’est pas le même pour des parents chrétiens, pour un prêtre, pour une personne retraitée, pour un jeune etc. Il varie en fonction de notre âge, de notre santé, de notre engagement et de notre activité. Mais c’est toujours dans la fidélité à notre devoir d’état que nous obéissons à la volonté du Seigneur et que nous nous préparons à l’accueillir. Cette petite histoire nous rappelle donc la grande confiance que le Seigneur nous fait en nous rendant participant de son pouvoir et en nous donnant notre part de travail à réaliser sur cette terre tout au long de notre vie. L’invitation à veiller, à ne pas s’endormir, a pour but de nous faire prendre conscience que nous pouvons ne pas répondre à l’attente du Seigneur, et donc gaspiller ses dons et rater notre vie, même si, du point de vue humain, il peut sembler que nous ayons réussi en toutes choses. Une expression employée par saint Paul dans la deuxième lecture éclaire la nature du combat que nous avons à mener en tant que chrétiens : « Tenir solidement jusqu’au bout ». Il n’y a pas de vie chrétienne possible sans la fidélité de Dieu et sans notre fidélité. Foi et fidélité sont des mots qui ont une racine commune. Le danger qui nous guette tous c’est celui d’une âme inconstante. D’autant plus que l’air du temps ne va pas dans le sens de la fidélité aux engagements pris, à la parole donnée. La volonté humaine a été affaiblie par le règne des émotions et des sentiments. Or on ne construit rien de grand, rien de solide, sans une ferme volonté de parvenir au but que l’on s’est fixé et ce malgré tous les obstacles. Jésus nous le dit clairement dans l’Evangile : c’est par notre persévérance que nous serons sauvés. L’Avent est le temps de l’attente. Il est une image de ce qu’est notre vie tout entière : un désir de la présence et de la grâce du Christ Ressuscité. Notre attente de Dieu n’est pas passive : elle est vigilante. C’est une attente qui nous tient éveillés. Nous savons bien que Dieu le premier est fidèle à sa parole. Et c’est sur sa fidélité que nous pouvons construire la maison de notre vie. Notre fidélité à sa volonté est d’abord un don que nous avons à demander dans la prière. De même que nous avons à demander la fidélité à notre vocation et à notre devoir d’état, surtout lorsque nous sommes tentés d’aller voir ailleurs. Aussi si nous avons la joie d’avoir été fidèles jusqu’à maintenant, ce qui ne veut pas dire parfaits, n’en tirons aucun orgueil. Demeurons dans l’humilité en sachant que la route n’est pas terminée. Si nous tenons solidement, enracinés dans la foi, rendons grâce à Dieu.

mardi 15 novembre 2011

33ème dimanche du temps ordinaire

Les deux chapitres (24 et 25) qui précèdent le récit de la Passion dans l’Evangile selon saint Matthieu tournent nos regards vers le retour du Christ à la fin des temps. La parabole des talents nous parle donc de la venue du Christ glorieux. Elle nous parle aussi du temps de l’Eglise, ce temps entre Noël et le second avènement du Christ. Nous vivons ce temps de l’Eglise au rythme de l’année liturgique, année qui nous présente les différents mystères de la vie de Jésus. Dans la parabole des talents le Fils de Dieu est représenté par un homme qui part en voyage. C’est au jour de l’Ascension que le Seigneur est « parti en voyage ». Il nous a promis de demeurer toujours présent auprès de nous. Malgré cela nous pouvons parfois ressentir dans nos vies chrétiennes ce sentiment de l’absence de Dieu, de l’absence du Seigneur. Avant de nous quitter le Seigneur nous a confié tous ses biens : ce sont les talents. Le plus grand bien qu’il nous a donné c’est l’Esprit Saint avec toute la richesse de ses dons. La parabole précise qu’il nous a confié ses biens en fonction de nos capacités : « à chacun selon ses capacités ». « Puis il partit ». Le temps de l’Eglise est celui où nous sommes libres de faire fructifier les dons reçus. Cette liberté implique aussi que nous puissions en faire un mauvais usage pour diverses raisons. Dieu respecte notre liberté. C’est pourquoi il semble absent. Il n’est pas toujours derrière nous pour rectifier le tir. Il est parti en nous laissant tout ce dont nous avons besoin pour vivre en enfants de Dieu : sa Parole dans la Bible, son Eglise et ses sacrements. Mais jamais il ne s’impose à nous. C’est le sens de son départ en voyage. Peu importe le nombre de talents que nous avons reçu, l’essentiel est de se rappeler que ces talents ne nous appartiennent pas, nous n’en sommes que les gestionnaires. Nous sommes les serviteurs de ce bon maître qui nous fait confiance et adapte ses dons à notre capacité. Une parabole de l’Evangile selon saint Luc se termine de la manière suivante : « On sera plus exigeant si l’on a donné plus, on demandera davantage à qui on aura beaucoup confié ». Cela éclaire bien l’enjeu de l’enseignement de ce dimanche. Le Christ, lors de son retour, sera plus exigeant envers les chrétiens qu’envers les hommes qui ne l’ont pas connu ; il sera plus exigeant à l’égard des papes et des évêques qu’à l’égard des fidèles laïcs. Dans la parabole, sur trois catégories de serviteurs deux ont bien rempli leur mission. Quelle récompense leur donne le Christ lors de son retour ? « Entre dans la joie de ton maître ». Le serviteur bon et fidèle goûtera alors pleinement la joie du Ressuscité, il sera immergé dans cette joie divine. Le cas du serviteur mauvais et paresseux nous intéresse davantage. Car il illustre ce que nous devons éviter de faire. Pourquoi donc cet homme n’a-t-il pas fait fructifier son talent ? « Je savais que tu es un homme dur ». Ce serviteur ne connaissait pas vraiment son maître, il s’en était fait une fausse image. Il en va de même pour nous : si notre conception de Dieu n’est pas celle que Jésus nous a révélée, nous risquons bien de ne pas pouvoir agir en vrais chrétiens. Non seulement ce serviteur ignore la bonté de son maître, mais il oublie que le talent qu’il a reçu appartient au maître : « tu moissonnes là où tu n’as pas semé ». Fausse image de Dieu, oubli de ses dons, tout cela aboutit à la peur qui paralyse : « J’ai eu peur, et je suis allé enfouir ton talent dans la terre ». Un vrai serviteur du Christ ignore cette peur car il met toute sa confiance dans son maître. Mais pour faire confiance au Christ, encore faut-il le connaître comme le maître au cœur doux et humble. « Celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » La traduction de la Bible des peuples a le mérite de rendre plus compréhensible le sens de cette parole : « On donnera à celui qui produit et il sera dans l’abondance, mais celui qui ne produit pas, on lui prendra même ce qu’il a. » Un pauvre peut être un meilleur serviteur du Seigneur qu’un riche, là n’est pas la question. Le 3ème serviteur est mauvais parce qu’il est paresseux, non pas parce qu’il n’a reçu qu’un talent. Le Seigneur Jésus nous connaît mieux que quiconque. Il connaît nos capacités et les dons qu’il nous a faits. C’est pour cela qu’il sera un juste juge que nous ne devrions pas craindre. Ce qui est le plus à craindre, c’est d’être un chrétien endormi, un chrétien inconscient de ses privilèges et des devoirs qui vont avec.

samedi 12 novembre 2011

Manifestations de catholiques contre des pièces de théâtre

Exceptionnellement je publie sur le blog de mes homélies ce billet sur les manifestations "catholiques" à Paris, à Rennes et à Toulouse contre des pièces de théâtre jugées "blasphématoires". Depuis avril 2011 et l'affaire "Piss Christ" à Avignon, l'institut Civitas (http://www.civitas-institut.com/), un mouvement intégriste en lien avec la fraternité saint Pie X, suscite dans notre pays des croisades contre des œuvres ou des spectacles qui ne sont pas de son goût avec saccage de la photo "Piss Christ", interruption de spectacles, jets d’œufs et de liquide sur les spectateurs et manifestations. Dans ces manifestations des parents osent même instrumentaliser de jeunes enfants en vue du combat contre "le mal" et surtout contre la liberté d'expression, même si celle-ci peut nous choquer légitimement dans notre foi. Ces spectacles sont payants et ne sont pas visibles sur la voie publique. Personne ne nous oblige à aller les voir et encore moins à leur faire de la pub! De nombreux évêques français se sont désolidarisés des méthodes employés par Civitas dont le cardinal de Paris Mgr. André Vingt-Trois. Vous trouverez ici le lien vers le communiqué de Mgr. d'Ornellas, archevêque de Rennes: http://catholique-rennes.cef.fr/?Sur-le-concept-du-visage-du-fils Et celui de Mgr. Le Gall, archevêque de Toulouse: http://toulouse.catholique.fr/rubriques/haut/actualites/de-quel-dieu-sommes-nous-les-disciples L'islamisation du catholicisme français me semble être un phénomène très inquiétant. La religion chrétienne n'a rien à voir avec le fanatisme, la violence et l'intolérance.

dimanche 6 novembre 2011

TOUSSAINT

Le fondement et le but de toute vie chrétienne c’est la sainteté. La fête de ce jour nous le rappelle. Oui, la sainteté est au fondement de notre vie chrétienne tout simplement parce que nous avons reçu la vie divine au jour de notre baptême. Et chaque sacrement a pour but de nous sanctifier. C’est pour cette raison que saint Paul osait appeler les chrétiens des communautés dont il avait la charge « les saints ». Et pourtant, à la vue de tous les reproches qu’il leur adresse, ils n’étaient pas encore parvenus au but. Nous vivons donc déjà de la sainteté de Dieu mais nous avons à progresser chaque jour dans cette sanctification de notre personne et de notre vie. Sanctification qui est d’abord l’œuvre de Dieu, de sa grâce et de ses sacrements en nous. L’un des grands enseignements du Concile Vatican II consiste à dire à tous les chrétiens que la sainteté est le but de leur vie. Avant le Concile on avait eu tendance à penser que la sainteté était une espèce de luxe réservé au clergé, aux moines et aux religieuses. Le Concile nous replonge dans la tradition la plus ancienne de l’Eglise, celle qui nous vient de saint Paul lui-même, et bien sûr de Jésus. L’Evangile des Béatitudes ne s’adresse pas seulement aux apôtres mais bien aux grandes foules qui faisaient route avec Jésus. Les textes de la liturgie de la Parole nous montrent ce qu’est la sainteté chrétienne avec ses différentes facettes. C’est une réalité tellement riche qu’il est impossible d’en donner une définition unique. Et d’ailleurs la vie des saints et des saintes, connus et inconnus, illustre parfaitement cette vérité. Nous pouvons être attiré par tel saint alors qu’un autre nous laissera indifférent ou même nous repoussera. C’est que chaque saint, chaque sainte, illustre d’une manière unique la richesse de la grâce divine dans une créature humaine. L’un sera davantage le témoin de la pauvreté, un autre celui de la joie, un autre encore celui de la prière contemplative, un autre enfin celui de la charité qui se dévoue pour le prochain etc. Le premier réflexe, bien humain, serait de se dire que la sainteté c’est pour les autres, mais pas pour moi qui me sens si loin du but, si faible et pécheur. C’est une tentation diabolique. Dans l’Evangile selon saint Luc une personne pose à Jésus la question suivante : « Seigneur, est-ce vrai que peu de gens seront sauvés ? » Le Seigneur ne répond pas directement à cette question angoissée. Mais notre première lecture nous donne une réponse pleine d’optimisme. Elle nous parle dans un premier temps des 144 000 élus. Ce qui est évidemment un chiffre symbolique pour signifier qu’Israël sera finalement sauvé (le nombre des 12 tribus multiplié par 12 000). Ce que les témoins de Jéhovah ne veulent pas comprendre. D’autant plus que la suite du texte sort de ce symbolisme du chiffre pour affirmer : « J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues ». La sainteté n’est donc pas réservée à un petit cercle d’élus puisque à la fin des temps le salut donné par le Christ sera une réussite éclatante : un salut universel dans l’espace et le temps, un salut en plénitude de par le nombre des sauvés : un nombre incomptable… Dans la deuxième lecture nous est donnée une autre définition de la sainteté : être saint, c’est être enfant de Dieu et tendre à ressembler au Christ. Comment pouvons-nous lui être semblables ? Ce sont les Béatitudes qui nous donnent la réponse. La sainteté n’est donc pas une utopie, quelque chose d’impossible ou d’inatteignable… Si l’on croit vraiment du fond de son cœur que le salut est donné par notre Dieu et par l’Agneau. La vie chrétienne n’est pas la plus facile, il y a en elle toujours une forme d’épreuve, même si ce n’est pas celle du martyre. Mais cette épreuve, cette croix, nous ne la portons jamais seuls, c’est le Christ qui la porte avec nous et pour nous. Le psaume de cette messe nous indique quel est le moteur de notre sanctification, ce qui fait que nous ne nous contentons pas d’être des chrétiens tièdes, mais que nous croyons vraiment à la transformation progressive de tout notre être par l’action de l’Esprit Saint. Comment le psaume décrit-il le peuple des saints ? « Voici le peuple de ceux qui cherchent Dieu, qui recherche la face de Dieu ! » Le salut nous est donné par le sacrifice d’amour du Christ. Notre participation à ce salut consiste à nous mettre en marche vers le but de notre vie : Dieu, le seul saint. C’est à partir du moment où nous pensons que nous avons trouvé Dieu que nous risquons de le perdre par notre manque de ferveur. D’où la nécessité de vivre notre vie chrétienne comme une recherche sans cesse recommencée, toujours nouvelle, de la Face du Seigneur. Cela revient à dire qu’il ne peut y avoir de sainteté sans une vie de prière profonde et régulière, sans le désir de Dieu en nous.

dimanche 23 octobre 2011

30ème dimanche du temps ordinaire

Comme dimanche dernier les pharisiens envoient auprès de Jésus l’un des leurs, un docteur de la Loi, pour lui tendre un piège. La question, cette fois, est plus spirituelle que celle sur l’impôt : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Le docteur de la Loi demande donc à Jésus une interprétation de la Torah (les cinq premiers livres de l’Ancien Testament). Il aurait pu répondre par lui-même à la question qu’il pose comme le montre la version de saint Luc avec le développement de la parabole du bon samaritain. La question du maître de la Loi est différente : « Que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? » Et c’est le Seigneur qui interroge à son tour le maître de la Loi : « Que dit l’Ecriture, que vois-tu dans la Loi ? » Et lui de répondre en citant le commandement de l’amour de Dieu et du prochain. En tirant de la Loi ce qu’elle a de meilleur Jésus ne semble donc rien inventer. Ceux qui étudiaient l’Ecriture à son époque pouvaient arriver à la même conclusion que lui. Jésus va dans le sens de la simplicité et de la clarté. Non pas que ces commandements soient faciles à mettre en pratique. Mais ils indiquent au croyant de bonne volonté un chemin sûr pour répondre à la volonté de Dieu dans sa vie. Dans sa question le Docteur de la Loi ne cite justement que la Loi, la Torah. Dans sa réponse le Seigneur affirme : « Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture- dans la Loi et les Prophètes- dépend de ces deux commandements ». Il rappelle ainsi l’importance de la tradition prophétique qui permet au juif comme au chrétien de ne pas en rester à une religion légaliste mais à vivre sa foi comme une recherche intérieure de Dieu. Les prophètes ont toujours vivement insisté pour que le culte envers Dieu s’accompagne de la justice sociale qui est une expression privilégiée de l’amour du prochain. Dans la version de saint Marc le maître de la Loi commente la réponse de Jésus en citant les prophètes Osée et Amos : « Fort bien, Maître, tu as raison de dire que Dieu est l'Unique et qu'il n'y en a pas d'autre que lui. L'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. » Je voudrais maintenant faire deux remarques à propos du double commandement de l’amour. Le Seigneur nous demande d’aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit. Dieu créateur nous a donné des facultés qui font que nous sommes son image sur cette terre. Pour vraiment aimer Dieu nous devons utiliser toutes ces facultés naturelles (le sentiment, la religiosité, l’intelligence etc.) dans l’exercice des dons spirituels reçus au baptême et à la confirmation : foi, espérance et charité. C’est donc avec tout ce que nous sommes que nous devons aller à la rencontre du Seigneur chaque jour. Notre foi ne doit pas détruire nos facultés naturelles mais les élever et les transfigurer. Le but du croyant ce n’est pas de devenir insensible (sans cœur) et encore moins idiot (sans esprit). Pour aimer Dieu nous avons besoin et de notre cœur et de notre intelligence. Ma deuxième remarque porte sur l’amour du prochain. Jésus dans le même Evangile nous donne une règle simple et infaillible pour savoir comment aimer en vérité notre prochain : « Faites donc pour les autres tout ce que vous voulez qu’on fasse pour vous, c’est bien ce que disent la Loi et les Prophètes ». J’ai lu récemment dans la presse que des caissières du magasin Dia d’Albertville sont en grève depuis 2 ans pour protester contre le travail du dimanche qui leur est imposé. Est-ce que leur patron vient lui aussi travailler le dimanche ? La première lecture, extraite d’un livre de la Loi, nous montre à quel point la Bible peut être d’une actualité frappante et comment l’amour du prochain devrait structurer concrètement notre rapport à l’argent et au commerce : Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n'agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d'intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C'est tout ce qu'il a pour se couvrir ; c'est le manteau dont il s'enveloppe, la seule couverture qu'il ait pour dormir. S'il crie vers moi, je l'écouterai, car moi, je suis compatissant ! A l’heure de la crise financière et économique mondiale les chrétiens doivent proposer une alternative à un système qui adore le veau d’or de l’argent et du profit et qui ne veut pas se remettre en question. Un chrétien ne peut se résigner face à l’injustice, il est par nature un indigné. Déjà en 1914 Péguy voyait le danger venir : Pour la première fois dans l’histoire du monde l’argent est maître sans limitation et sans mesure… L’argent est seul devant Dieu.

dimanche 16 octobre 2011

29ème dimanche du temps ordinaire

Nous continuons en ce dimanche notre lecture de la section de l’Evangile selon saint Matthieu consacrée au ministère public de Jésus après son entrée dans Jérusalem. Nous sommes donc dans ce temps entre le jour des rameaux et la Passion. Matthieu consacre 5 chapitres de son Evangile aux derniers jours de la prédication du Seigneur dans la ville sainte. Le contexte n’est plus du tout le même que celui du ministère public de Jésus en Galilée. C’est un contexte tendu et dramatique, l’opposition à l’enseignement de Jésus étant devenue de plus en plus forte. La page d’Evangile de cette liturgie est bien connue de tous. Elle fait partie de ces moments de vives discussions entre les pharisiens et le Seigneur. Ici les pharisiens échafaudent un plan pour tendre un piège à Jésus en lui posant une question embarrassante : celle de l’impôt dû à l’empereur. Ces hommes, traités d’hypocrites par Jésus, ne cherchent pas la vérité. Le débat n’est pour eux qu’une occasion de triompher de celui qu’ils ont pris en haine et de le mettre en difficulté. La perversité et la mesquinerie de leur méthode est malheureusement d’une grande actualité. Combien de soi-disant « débats » politiques ne sont en fait que des joutes oratoires pour faire tomber l’autre ? Et ne parlons pas de certaines séances à l’assemblée nationale, séances qui devraient faire honte à ceux qui se comportent comme des gamins dans une cour de récréation alors qu’ils sont censés débattre démocratiquement en vue du bien commun. Non seulement les pharisiens sont pervers mais ils utilisent même la flatterie la plus basse pour essayer de dissimuler leur manœuvre : « Maître, tu es toujours vrai etc. » Les Juifs subissent à l’époque de Jésus l’occupation romaine comme une humiliation insupportable. Dans leur culture religieuse être gouverné par un non-Juif donc par un païen est tout simplement insupportable. Certains sont toutefois prêts à collaborer avec le pouvoir romain alors que d’autres ne cessent de fomenter des séditions pour se libérer du joug impérial. Payer l’impôt à César c’est reconnaître en quelque sorte la légitimité de son pouvoir. S’il y avait des changeurs dans le temple, changeurs malmenés par Jésus, c’était parce que l’on considérait comme impie le fait d’acheter les animaux pour les sacrifices avec des pièces de monnaie païennes. Comme souvent Jésus ne répond pas directement, évitant ainsi de tomber dans le piège qui lui est tendu. Il fait simplement remarquer à ses opposants que la monnaie qu’ils utilisent couramment dans leur vie est celle émise par l’empereur. D’où la célèbre réponse : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ce qui signifie d’abord : payez l’impôt à César, cela ne vous empêchera pas d’adorer Dieu et d’être de bons Juifs. Dans un sens plus profond cette parole du Seigneur, souvent oubliée dans l’histoire de l’Eglise, fonde nettement la distinction entre la sphère politique et la sphère religieuse. Pour le dire autrement le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel ne doivent pas se confondre. Jésus énonce ici le principe de la laïcité. A ne pas confondre avec le laïcisme qui veut exclure de la vie sociale toute manifestation religieuse. L’oubli de ce principe a commencé très tôt dans l’histoire de la chrétienté. Le premier Concile de l’Eglise (Nicée en 325) a été convoqué et présidé par Constantin et non pas par le pape ! Mais c’est Théodose qui, dès la fin du 4e siècle, a fait du catholicisme la religion d’Etat et qui a interdit les sacrifices païens, fermé les temples et persécuté les païens. Les persécutés sont ainsi devenus à leur tour persécuteurs parce qu’ils ont adopté la manière romaine de gérer le rapport du religieux avec la vie civile. Pourquoi les chrétiens ont-ils été persécutés ? Parce qu’ils refusaient de sacrifier à l’empereur divinisé. Non pas parce qu’ils avaient créé une nouvelle religion. Mais bien parce que leur refus de sacrifier était interprété comme un manque de civisme. Théodose, l’empereur qui se prétendait très chrétien, est aussi l’empereur qui a ordonné le massacre de 7000 habitants de Thessalonique en raison de leur révolte. L’évêque de Milan, Ambroise, l’a excommunié sur le champ. Comme quoi le principe édicté par Jésus est précieux pour éviter aux chrétiens que nous sommes de nous engager dans des impasses. Ne confondons jamais le Royaume de Dieu avec les puissants de ce monde et leur pouvoir.

dimanche 9 octobre 2011

28ème dimanche du temps ordinaire

Il existe un lien évident entre la parabole de ce dimanche et celle entendue dimanche dernier. Dans ces deux histoires Dieu ne cesse d’envoyer ses serviteurs les prophètes aux hommes. Son amour est patient. C’est inlassablement que le Seigneur nous rappelle notre vocation de fils de Dieu. Face à cette persévérance divine la réponse humaine se décline en trois attitudes : indifférence, refus et violence. La raison profonde de ces attitudes, c’est bien notre ingratitude. Ingratitude qui atteint son sommet avec la crucifixion de Jésus. La parabole de ce dimanche nous montre un roi (Dieu) qui célèbre les noces de son Fils (Le Christ) avec l’humanité. En effet ces noces ont commencé dans le sein de la Vierge Marie lorsque la Parole de Dieu a voulu prendre notre condition humaine. C’est par le mystère de l’incarnation que Jésus, dès la crèche, épouse notre humanité et se fait le frère de chacun d’entre nous. L’accomplissement de ces noces, dont nous parle la parabole, c’est le Royaume de Dieu. Entre Noël et l’accomplissement final (la célébration des noces dans le Royaume) nous vivons le temps de l’Eglise. Et chaque messe du dimanche est une anticipation du repas nuptial : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ; heureux ceux qui sont invités au festin des noces de l’Agneau ! ». La première partie de notre parabole s’achève ainsi : « Le repas est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes ». Comment expliquer que non seulement le peuple d’Israël mais aussi chacun d’entre nous, à des degrés divers, nous refusons de répondre à l’invitation divine ? Les invités ne veulent pas venir. Telle est la première réaction. Dans notre vie quotidienne nous n’aimons pas être dérangés, surtout quand nous faisons quelque chose qui nous intéresse ou nous passionne. La deuxième réaction met en avant notre travail (champ et commerce). Le travail est une réalité bonne par laquelle nous gagnons notre vie et rendons un service à la société. Mais dans notre religion il y a un jour consacré au Seigneur, un jour de cessation du travail. Pour empêcher qu’il ne devienne une idole, un obstacle sur notre route avec Dieu. La tentation de notre activité professionnelle, c’est l’appât du gain, l’amour immodéré du profit et de l’argent. Saint Paul enseigne à Timothée que « l’amour de l’argent est la racine de tous les maux ». Et le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dénonce le triomphe actuel de la cupidité et ses conséquences désastreuses pour des millions de personnes sur notre planète. Nous n’aimons pas être dérangés et voilà que Dieu vient nous déranger dans nos activités lucratives ou nos divertissements pour nous inviter à partager sa joie dans le Royaume. D’où aussi la troisième réaction : ceux qui sont invités finissent par tuer ces empêcheurs de tourner en rond que sont les serviteurs du roi, en l’occurrence les prophètes d’hier et d’aujourd’hui. Pourquoi donc notre refus de goûter à la joie du Royaume ? C’est probablement parce que le bonheur du Ciel nous semble abstrait et lointain. Alors nous lui préférons les bonheurs que nous pouvons obtenir sur cette terre maintenant et de manière concrète. Cela rejoint l’enseignement de la parabole du semeur : Et il y en a d'autres qui ont reçu la semence dans les ronces : ceux-ci entendent la Parole, mais les soucis du monde, les séductions de la richesse et tous les autres désirs les envahissent et étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. Ayant vu pourquoi il nous est si difficile d’écouter l’appel du Seigneur à participer aux noces de son Fils, nous pouvons trouver un remède. Et ce remède consiste tout simplement à faire dès maintenant l’expérience de la joie de Dieu. Comment est-ce possible ? J’ai déjà parlé de notre participation à la messe du dimanche, anticipation réelle du festin des noces de l’Agneau. Mais sans une vie de prière personnelle notre participation à la messe risque de devenir routinière. Pour répondre à l’invitation du Seigneur, nous devons être prêts et vigilants, même au milieu de toutes nos activités humaines. Ce qui nous permet d’être prêts, c’est chaque jour la relation personnelle que nous nouons avec Dieu dans la prière, la méditation de sa Parole et la lecture spirituelle. La vie de prière ressemble parfois à une traversée du désert, nous ne ressentons pas la présence de Dieu, il semble absent. Mais si nous persévérons malgré tout en renouvelant notre acte de foi et d’amour, si nous lui demeurons fidèles, alors nous vivrons vraiment de sa joie en profondeur. Nous pouvons nous appuyer sur sa promesse : « Votre joie, personne ne vous l’enlèvera ». Grâce à cette expérience de vie dans l’Esprit Saint la joie du Royaume ne sera plus pour nous une réalité abstraite et lointaine, donc inintéressante. Ayant déjà goûté en nous et dans notre vie les fruits de l’Esprit (amour, joie et paix), nous aurons faim de Dieu et soif de sa présence.