16/08/2026
Matthieu 15, 21-28
Cette page évangélique fait partie de celles qui nous interrogent ou qui nous choquent. Le Jésus de la cananéenne semble tellement différent du Jésus de la samaritaine. A la place de la compassion du Seigneur, nous trouvons une espèce de froide indifférence. Jésus dans cet Evangile ne se présente pas à nous sous les traits du Sauveur pour tous les peuples. Cela fait beaucoup de difficultés. Et à ces difficultés s’ajoute une relation triangulaire entre Jésus, les disciples et la cananéenne. Commençons par regarder l’attitude des disciples : Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! Au lieu de favoriser la rencontre entre Jésus et la femme les disciples font écran car ils ne veulent pas être importunés. Nous retrouverons aux chapitre 19 et 20 une attitude semblable. On présenta des enfants à Jésus pour qu’il leur impose les mains en priant. Mais les disciples les écartèrent vivement. Et lorsque deux aveugles supplient Jésus au bord de la route : La foule les rabroua pour les faire taire. Les disciples comme la foule semblent vouloir garder Jésus pour eux seuls. Ils font écran entre leur Maître et ceux de l’extérieur qui veulent l’approcher. Aujourd’hui il nous arrive aussi en tant que catholiques d’agir comme les disciples. Au lieu de favoriser la rencontre entre les personnes éloignées de l’Eglise et Jésus nous pouvons être des obstacles, simplement par égoïsme, par facilité et parce que nous n’avons pas encore intériorisé ce que signifie être catholique : non pas faire partie d’un club de privilégiés qui connaissent Jésus mais être sel de la terre et lumière du monde, ce qui implique un cœur ouvert à ceux qui ne font pas partie de notre Eglise ou de notre paroisse. Nous ne sommes pas les propriétaires de Jésus ou de Dieu mais les serviteurs de l’Evangile.
Venons-en maintenant à l’attitude de Jésus par rapport à la cananéenne. Comment motive-t-il son silence face à la demande de la femme qui le supplie pour sa fille ? Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais dans ce cas pourquoi donc Jésus sort-il d’Israël pour se rendre dans un territoire païen ? L’argument donné par le Seigneur ne devrait pas nous surprendre si nous connaissons ce qui précède dans l’Evangile selon saint Matthieu. Au chapitre 10 lorsqu’il envoie les Douze en mission il leur donne en effet la consigne suivante : Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Au départ il est vrai que Jésus limite volontairement sa mission d’évangélisation à son seul peuple. Nous savons combien de refus, d’hostilité et de résistances il recevra de la part d’Israël dans sa mission messianique. Cela peut expliquer en partie son ouverture de plus en plus grande, au fur et à mesure qu’il approche des jours de la Passion, aux païens. La deuxième lecture de cette messe nous montre comment l’apôtre Paul a compris ce passage d’une mission limitée et à une mission universelle. A la veille de sa Passion Jésus donne la parabole des vignerons assassins avec cette leçon : Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. Le fait que le Seigneur finisse par exaucer la demande de la cananéenne nous montre bien que ce qui compte le plus à ses yeux ce n’est pas d’où nous venons ni à quel peuple nous appartenons mais bien notre foi. Et la foi de la cananéenne s’accompagne aussi d’une grande humilité. La réponse que lui fait Jésus après son silence aurait pu être reçue comme humiliante : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Le propos est tellement choquant que la traduction liturgique a voulu en atténuer la dureté en ajoutant « petits » devant « chiens » contrairement à la plupart des autres traductions… L’image du pain est parlante puisque cet épisode se situe précisément entre les deux « multiplications » des pains opérées par Jésus. L’épreuve que Jésus fait subir à cette femme païenne lui donne accès au monde de la foi. Elle commence par l’appeler « Seigneur, fils de David », avec un titre messianique alors qu’elle n’est pas juive, et finit simplement par « Seigneur » reconnaissant en lui bien plus que le Messie, confessant la divinité de celui qui s’apprête à l’exaucer.
Enfin à la consigne de départ donnée aux Douze et limitant leur mission à Israël il convient de mettre en regard la consigne finale du Ressuscité au chapitre 28 :
Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
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