dimanche 20 octobre 2019

29ème dimanche du temps ordinaire / année C



20/10/19

Luc 18, 1-8

Dimanche dernier, l’un des dix lépreux guéris par le Christ nous donnait l’exemple de la prière de remerciement. Aujourd’hui, à travers l’histoire de la veuve importune, Jésus nous donne un enseignement sur la prière de demande. Ce n’est pas la première fois dans l’Evangile selon saint Luc. Au chapitre 11, immédiatement après le don de la prière du Notre Père, la prière de demande par excellence, nous trouvons l’histoire de l’homme importun qui vient réclamer au milieu de la nuit trois pains à son ami. Les deux paraboles sont très proches l’une de l’autre et délivrent un même message : il nous faut apprendre à prier sans se décourager. Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Si Jésus oppose la persévérance dans la prière de demande au découragement, c’est bien parce que nous nous décourageons. Lorsque nous ne sommes pas exaucés, nous cessons de demander, en pensant que cela est inutile. Et combien de prières avons-nous faites sans obtenir ce que nous demandions à Dieu ?

Face à cette difficulté, l’Evangile nous donne un premier élément de réponse : nous ne sommes pas exaucés parce que nous ne prions pas avec une foi véritable. Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? Et pourtant nous avons entendu récemment cette affirmation de Jésus, en réaction à la demande de ses apôtres « Augmente en nous la foi ! » : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi. Autrement dit, dès que la foi est présente, elle est puissante et agissante. Or notre foi, petite comme une graine de moutarde, s’accompagne parfois de bien des doutes. Nous pouvons trouver un autre élément de réponse dans la conclusion que le Seigneur donne à l’histoire de l’homme importun qui vient déranger son ami pendant la nuit, comme la veuve ennuie le juge jusqu’à obtenir justice : Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! De manière implicite, Jésus nous fait comprendre quel doit être le premier et principal objet de notre prière de demande : le don de l’Esprit Saint. Enfin un troisième élément de réponse se trouve dans l’introduction donnée au Notre Père dans l’Evangile selon saint Matthieu, introduction qui peut sembler en contradiction avec l’Evangile de ce dimanche… Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Il existe certes une nuance importante entre persévérer dans la prière et rabâcher. Persévérer peut impliquer bien sûr la répétition d’une demande, mais décrit surtout l’intensité avec laquelle nous demandons. Il n’en reste pas moins vrai que le Jésus de saint Luc nous encourage à la prière de demande alors que celui de saint Matthieu semble la déclarer inutile car notre Père sait de quoi nous avons besoin, avant même que nous l’ayons demandé. Mais au fond les deux se rejoignent insistant l’un sur la foi, l’autre sur la confiance. La règle de notre prière de demande doit être finalement celle du Notre Père. Sa condition est la confiance absolue dans le Père. Son objet essentiel, nous l’avons vu, est le don de l’Esprit Saint. Ce qui exclue bien sûr toutes les demandes mauvaises inspirées par la haine, la jalousie, la cupidité ou encore la vengeance. Quand nous demandons au Père une grâce pour les autres ou pour nous-mêmes qui nous semble bonne, comme par exemple la guérison ou trouver un travail ou un mari ou une femme, nous devons toujours le faire à la fois dans l’esprit de persévérance et dans l’esprit de confiance, en soumettant notre demande particulière à la grande et unique demande qui résume tout et qui seule est parfaite parce que faisant partie de la prière même du Seigneur :
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

dimanche 13 octobre 2019

28ème dimanche du temps ordinaire / C



13/10/19

Luc 17, 11-19

Les Evangiles nous rapportent de nombreux épisodes de guérisons opérées par Jésus. Dans ces récits on retrouve bien souvent des points communs : une supplication de la part des malades (ici : Jésus, maître, prends pitié de nous) et l’importance accordée par le Seigneur au rôle de la foi dans la guérison (ici : relève-toi et va : ta foi t’a sauvé).

Le récit de la purification des dix lépreux insiste quant à lui sur un autre aspect en nous donnant comme exemple l’un des dix lépreux, un Samaritain. L’Evangile de Luc met en effet en valeur l’attitude de ce Samaritain qui est celle de l’action de grâce et de la gratitude. Constatant sa guérison, avant même d’arriver à Jérusalem pour se montrer aux prêtres, il revient sur ses pas à la rencontre de Jésus en glorifiant Dieu à pleine voix. Le Seigneur souligne que c’est un étranger, un Samaritain, qui a été capable d’exprimer son adoration et sa gratitude. Souvenons-nous aussi de la parabole du bon Samaritain dans le même Evangile.

C’est la première leçon que nous pouvons retirer de cet épisode. Elle nous enseigne que la foi et la ferveur ne sont pas la propriété exclusive des bons Juifs ou des bons catholiques, et que malheureusement nous sommes parfois parmi les plus lents ou les plus incapables à exprimer à Dieu notre action de grâce, à l’image des neuf lépreux oubliant celui qui les a guéris. Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu !

La seconde leçon est évidente : il s’agit de l’importance de la gratitude envers Dieu. Cet Evangile nous interroge sur notre aptitude à savoir dire tout simplement merci. Et la vertu de gratitude commence d’abord à s’exercer au niveau humain, c’est-à-dire dans les relations que nous avons les uns avec les autres. Si nous sommes incapables de dire merci à notre prochain que nous voyons, comment serions-nous capables d’action de grâce envers Dieu que nous ne voyons pas ? La gratitude va bien au-delà de la simple politesse. Elle s’apprend dès le plus jeune âge dans le cadre de la famille. Il s’agit en fait de reconnaître que nous dépendons des autres pour vivre et que nous ne sommes pas des êtres autonomes et isolés. Il s’agit de percevoir que tout est don. Et même quand nous achetons quelque chose, il est bon de dire merci. Sans cette reconnaissance de notre dépendance mutuelle, la vie en société devient dure et sauvage. La gratitude contribue à la douceur de la vie en société et à la joie de vivre ensemble. Il s’agit de nous enlever de la tête que tout nous est dû que ce soit dans le couple, dans la famille, dans notre travail et dans notre vie sociale. A plus forte raison la gratitude est aussi une vertu spirituelle qui touche au cœur même de notre relation avec Dieu pour la simple raison qu’il est Créateur et que nous sommes ses créatures. Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? s’exclame saint Paul. Un cœur bon est forcément un cœur qui sait reconnaître le don de Dieu, le don des autres, et qui spontanément exprime sa reconnaissance, non pas comme un devoir de politesse ou un devoir religieux, mais comme une nécessité intérieure. Pratiquer cette vertu peut changer radicalement notre vie humaine et chrétienne. Car un cœur qui sait dire merci est toujours un cœur comblé par la paix et la joie qui viennent du Seigneur.

dimanche 29 septembre 2019

26ème dimanche du temps ordinaire / C



Luc 16, 19-31

29/09/19

En ce dimanche nous terminons notre méditation du chapitre 16 de l’Evangile selon saint Luc, chapitre consacré à la question de l’argent et des richesses. Le dernier verset de l’Evangile de dimanche dernier est une bonne introduction à la parabole du riche et de Lazare : vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent.

Dans la première lecture, le prophète Amos ne reproche pas seulement aux riches de son temps de vivre dans le luxe. Il leur reproche aussi de se désintéresser du bien commun, de se désolidariser du reste d’Israël : ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! Tout peut bien s’effondrer autour d’eux, ils continuent à festoyer comme si de rien n’était… Où l’on constate le lien fréquent entre richesse et égoïsme. Ce qui vaut à ces riches notables du peuple d’Israël la sentence suivante : la bande des vautrés n’existera plus, ou selon la traduction de la Bible des peuples : l’orgie des paresseux est maintenant terminée. Ce qui correspond à ce que certains sociologues appellent de nos jours la sécession des élites.

La parabole de ce dimanche est riche de nombreux enseignements. Elle opère tout d’abord un renversement évangélique de la réalité de notre monde. Ici c’est le riche qui est anonyme et le pauvre qui a un nom. La gare saint Lazare à Paris ou encore la congrégation des Lazaristes (congrégation de la Mission) fondée par saint Vincent de Paul nous ont rendu ce nom biblique familier… tout simplement parce que la gare fut construite à côté de la rue saint Lazare, cette rue tenant son nom de l’enclos saint Lazare qui était une ancienne léproserie…[1] dans laquelle s’installèrent les premiers fils de saint Vincent de Paul. Comme dans la première lecture, ce qui est reproché au riche c’est son enfermement sur lui-même et ses plaisirs, son indifférence au monde extérieur… si bien que les chiens sont plus humains que lui, car eux, au moins, éprouvent de la pitié pour Lazare et viennent lécher ses plaies. Pourquoi tant de pauvres vivants dans la rue sont-ils accompagnés de chiens ? Le renversement évangélique signalé à propos du nom se poursuit après la mort du pauvre et du riche. La mort nous rappelle brutalement que nous sommes égaux et tous membres de la même famille humaine : Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. La formule est saisissante de par le contraste du vocabulaire. Alors que le riche est enterré, la mort de Lazare est décrite comme une élévation à la gloire du Ciel. Dans l’au-delà la situation respective des deux hommes est à nouveau renversée : l’un souffre dans ce qui semble être l’enfer tandis que l’autre jouit de la vision de Dieu auprès d’Abraham, le père des croyants. Cette fois la barrière qui les sépare n’est plus la richesse ou la classe sociale, mais bien un grand abîme infranchissable. Le riche, dans sa souffrance, pense alors à ses frères. La seule solidarité qu’il semble avoir conservé se limite à sa famille. Et il supplie Abraham de les mettre en garde contre ce qui les attend s’ils ne changent pas de vie. Peine inutile, répond Abraham, car s’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. La leçon finale de la parabole est limpide : nous avons la chance d’avoir la Parole de Dieu, la Loi, les prophètes et l’Evangile. Cette parole nous ouvre le chemin de la vie car elle nous indique comment vivre avec justice en ce monde. A nous de la mettre en pratique dès aujourd’hui, sans remettre à demain ce que nous devons changer dans notre manière de vivre, car demain il sera trop tard. Les richesses comme l’attrait désordonné pour les plaisirs constituent un obstacle sur ce chemin qui conduit à la vie parce qu’elles nous rendent égoïstes et indifférents au sort de notre prochain. D’où l’enseignement que saint Paul donne aux riches par son disciple Timothée :

Quant aux riches de ce monde, ordonne-leur de ne pas céder à l’orgueil. Qu’ils mettent leur espérance non pas dans des richesses incertaines, mais en Dieu qui nous procure tout en abondance pour que nous en profitions. Qu’ils fassent du bien et deviennent riches du bien qu’ils font ; qu’ils donnent de bon cœur et sachent partager. De cette manière, ils amasseront un trésor pour bien construire leur avenir et obtenir la vraie vie.


[1] Au Moyen Âge, on fit de Lazare de Béthanie le patron des lépreux (à l'origine du lazaret), en l’identifiant avec  le personnage de la parabole rapportée par Luc. Son nom correspond à l'hébreu אלעזר, ʾelʿazar (« Dieu a secouru »).

dimanche 15 septembre 2019

24ème dimanche du temps ordinaire / année C



15/09/19

Luc 15, 1-10

En ce dimanche la liturgie de la Parole nous fait entendre les trois paraboles de la miséricorde divine qui correspondent au chapitre 15 de l’Evangile selon saint Luc. J’ai choisi la lecture brève qui n’inclue pas la troisième parabole, celle du fils prodigue. Tout simplement parce que c’est cette parabole qui est la plus connue et qui retient généralement notre attention au détriment des deux autres. Cela me permettra donc de me concentrer sur les deux petites paraboles de la brebis perdue et de la pièce perdue.

Jésus ne nous a pas donné ces paraboles comme un enseignement autonome sans rapport immédiat avec la situation concrète dans laquelle il se trouvait. Contrairement aux Béatitudes, ces paraboles ne se comprennent que dans leur contexte vivant. Elles constituent une réponse à une critique qui lui est adressé. D’où l’introduction donnée par l’évangéliste : Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Les hommes religieux se voulant fidèles à la loi de Moïse ne supportent pas l’attitude d’accueil et de bienveillance de Jésus à l’égard des publicains et des pécheurs. Peut-être sont-ils animés par une forme de jalousie religieuse selon laquelle ils devraient être prioritaires en tant que bons Juifs par rapport aux autres… Comme aujourd’hui certains catholiques aigris reprochent au pape François  de se préoccuper davantage des périphéries que des bons catholiques fidèles… Derrière cette situation de conflit entre Jésus et les pharisiens, c’est la question du caractère missionnaire de l’Eglise qui se pose. Ou pour le dire autrement c’est la question du pourquoi du mystère de l’incarnation. Dans quel but Dieu, en son Fils bien-aimé, se fait homme et devient notre frère ? Les paraboles répondent clairement à cette question : pour appeler les pécheurs à la conversion et leur offrir le don de la réconciliation. Dans sa première lettre à Timothée, l’apôtre Paul, lui-même un pécheur converti, traduit de manière concise le pourquoi de la présence de Jésus au milieu de nous : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. Ces paraboles ne nous parlent pas seulement de l’amour miséricordieux du Père, donc de Jésus, pour les pécheurs. Elles nous rappellent sa volonté de salut universel : ce sont tous les hommes qu’il veut rassembler dans sa communion trinitaire. Nous pourrions penser qu’il n’est pas si grave que cela de perdre une brebis ou une pièce quand il nous en reste encore 99 ou neuf… Mais Dieu ne raisonne pas ainsi. Chacun d’entre nous a une grande valeur à ses yeux, chacun est unique. Peu lui importe que 99 brebis soient en sécurité, si une seule s’est égarée alors son cœur s’émeut et il ne peut se résoudre à cette perte. A l’image du berger et de la femme, c’est lui-même qui se met à notre recherche si nous sommes perdus. Et rien ne procure davantage de joie à Dieu notre Père que de pouvoir nous retrouver et de nous réintroduire dans sa communion et dans sa vie divine. Remarquez comment dans les deux paraboles cette joie ne peut être gardée pour soi-même ! Le berger comme la femme se réjouissent avec leurs amis et leurs voisins. Il en va de même dans la communion de l’Eglise et dans la communion des saints au ciel : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. Saint Matthieu nous présente une variante de la parabole de la brebis perdue qui a le mérite de nous en donner la signification précise : votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu.
Ces deux paraboles nous interpellent en tant que catholiques pratiquants. Premièrement, si nous sommes présents en cette église pour célébrer le sacrement de l’eucharistie, c’est probablement parce que nous faisons partie des 99 brebis qui ne se sont pas égarées, ce qui ne fait pas de nous automatiquement des saints ! Cela signifie-t-il que nous ne pouvons pas réjouir le cœur de Dieu notre Père ? Pas du tout, puisque notre objectif et notre vocation, c’est bien la sainteté et que sur ce chemin nous pouvons toujours progresser et nous rapprocher du Père dans la foi, l’espérance et la charité. Ensuite, au lieu de récriminer contre Jésus comme les pharisiens, nous sommes invités à nous réjouir de ce que Dieu et son Eglise accueillent et recherchent les brebis égarées. Nous-mêmes sommes invités à faire nôtre l’attitude de Jésus : accueil, bienveillance, ouverture et charité pour les brebis égarées. Sans mépris ni aucun complexe de supériorité, il s’agit pour nous d’être tout simplement apôtres et missionnaires à la suite de Jésus et surtout à sa manière. Faire partie des 99 brebis qui sont dans la bergerie de l’Eglise devrait nous empêcher d’être indifférents à la perte d’un seul de nos frères. Il s’agit donc de partager la préoccupation du Seigneur pour ceux qui se sont éloignés et pour leur salut… ainsi que sa joie quand ils se convertissent.


dimanche 8 septembre 2019

23ème dimanche du temps ordinaire / année C



8/09/19

Luc 14, 25-33

Alors que nous avons commencé une nouvelle année scolaire et, qu’en ce dimanche, nous faisons notre rentrée paroissiale en tant que communauté francophone de Copenhague, la parole de Jésus ne nous ménage pas ! Peut-être avons-nous pensé intérieurement que nous n’étions ni des moines ni des religieuses et que les exigences du Seigneur sont tout simplement irréalisables dans une vie au cœur du monde tel qu’il est… Et pourtant c’est à tous ses disciples que Jésus adresse ces paroles. En fait deux paroles d’exigence illustrées par deux petites histoires (bâtir une tour et partir en guerre). Réécoutons ces paroles :

Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.

Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Une troisième parole résume l’esprit de ces propos exigeants en utilisant l’image de la croix : Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

Dans la première parole il s’agit de préférer Jésus à tout, dans la seconde il s’agit de renoncer à toutes ses possessions. Ces deux attitudes font partie de ce que le Seigneur appelle porter sa croix en le suivant. C’est dire que dans la vie chrétienne, il y a un aspect de sacrifice, un aspect pénible et laborieux qui va contre nos penchants naturels. La vie de disciple exige de nous des efforts, une lutte spirituelle comme le montre l’image du roi qui se prépare à partir en guerre. Les deux paroles d’exigence ne font que traduire le premier commandement, celui de l’amour dû à Dieu et à lui seul. En exigeant cela pour lui, Jésus nous fait comprendre de manière implicite qu’il est bien plus qu’un prophète, bien plus que le Messie d’Israël : il est le Fils unique de Dieu, égal au Père dans la communion de l’Esprit. S’il n’était qu’un homme, ce serait orgueil et folie de sa part de nous demander un amour aussi exigeant. En même temps il est notre frère en humanité, notre chemin, ce qui fait que nous pouvons le suivre car il nous ouvre le chemin de la vie. Son exigence à notre égard vise ce que nous avons de plus précieux : les liens de la famille, notre propre vie, et nos biens matériels. Toutes ces réalités précieuses pour nous dans notre vie humaine sur cette terre doivent donc être ordonnées à l’amour de Dieu, à l’amour de Jésus. Derrière ces paroles, il y a en fait une mise en garde, un enseignement de sagesse, car là où est notre trésor, là aussi sera notre cœur. Si mes parents, ma femme, mon attachement excessif (désordonné) à ma propre vie et à ce que je possède sont des obstacles dans l’accomplissement de ma vocation chrétienne, s’ils m’empêchent d’accomplir la volonté du Seigneur, alors je peux être amené, par fidélité à Jésus, à faire un choix radical qui est souvent un choix crucifiant, c’est-à-dire un choix qui me coûte et qui me demande un effort sur moi-même.

L’exemple de celui qui veut bâtir une tour nous fait penser à un autre passage de l’Evangile selon saint Luc :

Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ? Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à celui qui construit une maison. Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite.

En ce temps de rentrée, le Seigneur nous invite à bâtir le chef d’œuvre de notre vie sur lui, le roc, et sur sa parole. Ces paroles qui nous semblent dures et nous effraient n’ont pas d’autre but que de nous pousser à mettre de l’ordre dans notre vie, à faire le ménage dans notre cœur, et à redonner à notre relation avec le Seigneur la priorité sur tout le reste. Si nous sommes honnêtes, nous constatons que le peu que nous donnons à Dieu, le peu de temps que nous consentons à lui consacrer dans la prière, passe en général après tout le reste… Probablement parce que nous manquons de foi, d’espérance et de charité, et que nous n’avons pas réalisé à quel point Jésus nous aime. L’électrochoc des paroles de ce dimanche a pour but de nous faire inverser cette tendance et de faire passer Jésus des marges de notre vie au cœur de notre existence quotidienne.


dimanche 14 juillet 2019

15ème dimanche du temps ordinaire / année C



14/07/19

Luc 10, 25-37

La parabole du bon samaritain est bien connue de tous. L’Evangile de ce dimanche la replace dans son contexte. C’est en effet à partir d’une question d’un docteur de la Loi que Jésus précise ce qu’est l’amour pour le prochain. A la première question sur le chemin qui conduit à la vie éternelle, Jésus répond par une autre question renvoyant son interlocuteur mal intentionné à la Loi de Moïse. Le docteur de la Loi trouve lui-même la réponse à la question qu’il posait à Jésus pour le mettre à l’épreuve : c’est le double commandement de l’amour envers Dieu et envers le prochain. Mais, pour ne pas perdre la face, pour se justifier, il pose une seconde question : qui est mon prochain ? Et c’est par la parabole du bon samaritain que Jésus répond à cette question. Ce n’est pas par hasard que Jésus donne en exemple un samaritain, un étranger honni par les bons juifs de Jérusalem, un étranger qui met en pratique la Loi de Moïse contrairement aux spécialistes de la religion que sont le prêtre et le lévite. Ici il n’est pas d’abord question de connaître les commandements de Dieu. Il s’agit de leur mise en pratique dans la vie quotidienne. Quelle est la différence essentielle entre le samaritain et les autres qui passent de l’autre côté de la route ? Son cœur rempli de compassion : il le vit et fut saisi de compassion. D’ailleurs à la fin de la parabole, le docteur de la Loi répond ainsi à la question posée par Jésus : celui qui a fait preuve de pitié envers lui. Bref l’amour pour le prochain requiert de notre part cette capacité de compassion, cette ouverture du cœur aux souffrances et aux besoins du prochain qui fait que l’on est saisi de pitié pour lui. Tout le contraire de l’indifférence. La question finale du Seigneur renverse la perspective donnée par le docteur de la Loi au début. Non plus Qui est mon prochain ?, mais : lequel des trois a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? La perspective du docteur de la Loi impliquait une espèce de classement ou de tri dans lequel certains pouvaient considérés comme le prochain et d’autres exclus de cette catégorie. Jésus universalise la perspective puisque c’est moi qui dois me faire le prochain de tous sans exception. C’est ce que Charles de Foucauld a essayé d’incarner en vivant comme le frère universel. En ce jour de fête nationale pour la France, il n’est pas inopportun de rappeler que notre devise prône la fraternité. Cette notion de fraternité est d’origine chrétienne : Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Jésus insiste dans son enseignement sur ce point. Tous les hommes ont une seule et même origine : le Père créateur. Tous sont donc frères les uns des autres. Cette notion de fraternité nous permet de mieux comprendre ce qu’est l’amour du prochain. A six reprises, le Nouveau Testament affirme que Dieu ne fait pas acception des personnes ou pour le dire autrement avec saint Paul, Dieu est impartial envers les personnes. Que nous soyons pauvres ou riches, puissants ou faibles, méprisés ou estimés, célèbres ou inconnus, tout cela n’a aucune importance aux yeux de Dieu car lui seul nous connaît vraiment : Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. Saint Paul a parfaitement compris les conséquences de cette impartialité de Dieu et de la fraternité universelle instaurée par le Christ : vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Se faire le prochain de tous, vivre en frère universel, c’est permettre à Dieu de refaire l’unité du genre humain, unité sans cesse compromise par nos péchés et les divisions qu’ils provoquent entre nous.

dimanche 7 juillet 2019

14ème dimanche du temps ordinaire / année C



7/07/19

Luc 10, 1-12/17-20

Au commencement de la montée de Jésus vers Jérusalem, celui-ci décide d’envoyer en mission 72 disciples comme il avait envoyé en mission les 12 apôtres. Les consignes missionnaires que Jésus donne aux disciples sont à peu près les mêmes que celles données aux apôtres, et c’est la première partie de notre Evangile. Le Seigneur ne leur cache pas la difficulté de leur mission en employant l’image des agneaux envoyés parmi les loups. Il prévoie aussi que ses disciples seront parfois rejetés. On refusera d’accueillir leur message de paix. Dans ce cas ils ne doivent ni s’imposer ni insister mais partir plus loin pour poursuivre leur mission. Ils doivent acquérir la liberté chrétienne qui leur permettra d’accepter sereinement les échecs comme les succès, l’essentiel étant leur fidélité à Jésus et à son Evangile. Comme le disait, avec la même liberté spirituelle, Bernadette au curé de Lourdes : « je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire ». C’est Dieu et lui seul qui jugera ceux qui refusent d’accueillir l’annonce du règne de Dieu.

La seconde partie de cette page évangélique nous montre le retour des disciples après leur première expérience missionnaire qui semble avoir été un succès. D’où leur joie en constatant que les démons leur sont soumis lorsqu’ils invoquent le nom de Jésus. Le commentaire que le Seigneur fait met en avant le pouvoir divin des disciples sur les forces du mal. Chaque fois qu’un chrétien témoigne de sa foi et annonce l’Evangile, Satan tombe du ciel comme l’éclair. Ce qui signifie que tout œuvre d’évangélisation authentique qui édifie le royaume de Dieu cause par la même occasion la chute de Satan, prince de ce monde. Et Jésus de les confirmer dans leur mission en leur disant : absolument rien ne pourra vous nuire, pas même les loups dont il parlait plus haut… Comment alors interpréter les nombreuses persécutions que les chrétiens ont endurées et endurent encore aujourd’hui ? La persécution, bien sûr, cause un certain mal, fait souffrir, torture et parfois tue, mais elle est impuissante à faire disparaître l’Evangile et le nom de Jésus pour toujours. Prise en elle-même, elle semble mettre en échec les promesses de Jésus, mais, comprise dans le long temps de l’histoire humaine et de la Providence divine, la persécution ne remet pas en cause l’Eglise. Parfois même elle la multiplie en la rendant encore plus forte et plus sainte. La promesse faite aux disciples rejoint celle faite à Pierre, le premier parmi les apôtres : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Tant que durera ce monde, l’Eglise subsistera, même si une éventuelle apostasie générale, signe de la fin des temps, pourra la ramener à ses dimensions des origines, un tout petit reste, comme celui d’Israël autrefois. Si la Mort ne l’emportera pas sur l’Eglise du Christ, c’est bien parce que Jésus a les paroles de la vie éternelle.

Le verset conclusif de cet Evangile est très important : Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. Ce que l’on pourrait traduire ainsi : ne vous réjouissez pas du pouvoir spirituel que je remets en vos mains, encore moins de la puissance temporelle de l’Eglise, mais réjouissez-vous plutôt de votre condition de disciples aimés de Dieu et sauvés par moi. Ce n’est jamais le pouvoir, fut-il spirituel, qui caractérise en premier lieu la communauté des croyants qu’est l’Eglise, mais la joie de se savoir en communion avec Dieu. Ce qui signifie aussi que le pouvoir spirituel des apôtres et des disciples est un moyen au service de la réconciliation du genre humain avec Dieu dans l’Eglise. Ce pouvoir sur les forces du mal est orienté vers l’accomplissent de notre vocation éternelle pour que les noms du plus grand nombre se trouvent inscrits dans les cieux.