dimanche 5 mai 2019

Troisième dimanche de Pâques / Année C



Jean 21, 1-19

5/05/19

Quand nous écoutons ou méditons la dernière page de l’Evangile selon saint Jean, nous ne pouvons pas nous empêcher d’y reconnaître une répétition après Pâques d’événements se situant avant la mort de Jésus : nous retrouvons d’une part la pêche miraculeuse et d’autre part l’appel des disciples avec cette formule si caractéristique dans la bouche de Jésus : Suis-moi. Sans parler du lieu, le lac de Tibériade en Galilée. C’est un peu comme si Jésus voulait ramener ses disciples aux événements fondateurs et aux lieux de leur premier appel, en les replongeant ainsi dans l’histoire de leur relation avec lui. De fait il semblerait bien que le choc de la mort de Jésus en croix et la nouvelle bouleversante de sa résurrection les ait en quelque sorte figés et rendus incapables d’avancer. Malgré le témoignage des femmes, malgré les apparitions du soir de Pâques, ils semblent incapables de faire autre chose que de retourner à leur métier de pécheurs. C’est ainsi que commence notre page d’Evangile, avec Simon s’adressant à ses compagnons : je m’en vais à la pêche. Le Seigneur ressuscité décide donc de les rejoindre en Galilée dans la banalité de leur vie qui semble reprendre son cours là où Jésus les avait rencontrés au tout début, comme si rien ne s’était passé depuis. Jean, comme d’habitude, est plus rapide et clairvoyant que Pierre et c’est lui qui, le premier, reconnaît dans cet homme au bord du lac le Seigneur. La manière avec laquelle nous est décrit cet humble repas de pain et de poisson grillé peut constituer une allusion discrète à l’eucharistie : Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.

Cet épisode évangélique est riche d’enseignements pour notre propre vie de disciples. Tout abord il est important pour nous de faire mémoire des origines de notre foi, que nous soyons chrétiens par héritage familial ou bien que nous le soyons devenus par une conversion à l’âge adulte. Il est bon de nous replonger dans les racines de notre foi et cela au niveau de notre histoire personnelle. Cela nous invite dans un premier temps à l’action de grâce, que nous ayons rencontré la présence du Christ dès notre plus tendre enfance ou plus tard en tant qu’adultes. Nous avons reçu d’une manière ou d’une autre ce grand don de la foi en Jésus mort et ressuscité pour nous. Et avec l’apôtre Paul nous pouvons affirmer : Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Pour faire mémoire des origines de notre foi et de notre vocation, nous pouvons, par exemple, chaque année marquer l’anniversaire de notre date de baptême. Mais plus profondément, pourquoi ne pas recourir à la pratique de la confession générale ? Confession qui ne consiste pas d’abord à revoir tout le déroulement de sa vie sous le seul aspect des péchés commis, mais plus largement à relire sa vie sous le regard du Seigneur en présence d’un prêtre afin de pouvoir en faire un bilan. Qu’ai-je fait du don du baptême et de la foi ? Chacun de nous, nous avons notre lac de Tibériade, lieu de la première expérience spirituelle avec le Christ, lieu de notre appel. Cette plongée de la mémoire du cœur dans notre histoire chrétienne personnelle nous amènera tout naturellement à entendre à notre tour la triple question du Ressuscité à Pierre : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? C’est en effet la question fondamentale. L’Evangile de ce dimanche nous invite à faire résonner cette question dans notre cœur. Car seul l’amour de charité venant du Christ et retournant à lui est capable de nous délivrer d’une foi tiède et endormie, d’une vie chrétienne marquée du sceau de la routine. Il s’agit donc de rendre grâce pour notre histoire commune avec le Ressuscité tout en renouvelant notre adhésion de foi à Jésus par un amour toujours plus fort et plus mûr.

Car, dans le Christ Jésus, ce qui a de la valeur, ce n’est pas que l’on soit circoncis ou non, mais c’est la foi, qui agit par la charité.

dimanche 28 avril 2019

Deuxième dimanche de Pâques / année C



Jean 20, 19-31

28/04/19

Pour le dimanche dans l’Octave de Pâques, dimanche de la miséricorde divine, nous écoutons chaque année le récit des apparitions du Ressuscité aux apôtres le soir de Pâques et huit jours plus tard. D’où le choix de cet Evangile de Jean pour la célébration du dimanche dans l’Octave de Pâques.
C’est ainsi que l’évangéliste introduit la première manifestation de Jésus aux dix apôtres, Thomas étant absent le soir de Pâques :

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.

Jésus fait le don de sa paix à ses apôtres et sa manifestation comble leur cœur de joie. Notons bien que, dès le soir de Pâques, il les confirme dans leur mission d’apôtres tout en leur donnant le pouvoir spirituel de pardonner les péchés :

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.

Huit jours plus tard, Jésus se manifeste à nouveau à ses disciples pour confirmer Thomas dans sa foi et dans sa mission :

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux.

Relevons un fait très étonnant. Les disciples s’étaient enfermés chez eux par crainte des Juifs, le soir de Pâques. Une semaine après leur situation semble restée la même, ils sont toujours enfermés dans la maison. Pourtant ils ont eu l’immense joie de voir le Christ Vivant et de recevoir de sa part une mission, celle d’aller prêcher l’Evangile, ce qui suppose de ne plus avoir peur des Juifs. Ils ont même reçu comme par anticipation le don de l’Esprit Saint en vue de la rémission des péchés. Malgré tout cela, ils semblent ne pas avoir commencé leur travail d’apôtres, toujours paralysés par la peur. Et si Thomas n’était pas le seul à manquer de foi ? Plus profondément nous comprenons que la nouveauté absolue du mystère pascal, mort et résurrection du Fils de Dieu, a demandé bien du temps pour devenir réalité dans le cœur de ces hommes. Il leur a fallu en quelque sorte digérer le choc de la révélation de la résurrection. Dans le Nouveau testament, il faut attendre la Pentecôte et le don de l’Esprit à la première communauté chrétienne pour que les portes verrouillées des apôtres s’ouvrent enfin et que la peur cède enfin la place à l’assurance et au témoignage de foi. Cela nous montre que ce que la liturgie sépare par pédagogie forme un même et unique mystère, Pentecôte étant l’accomplissement de Pâques. Il était en effet nécessaire que l’Esprit du Père et du Fils soit abondamment donné à ces hommes pour qu’ils puissent vraiment croire en la résurrection de Jésus et la proclamer. Voir le Christ Vivant ne suffisait donc pas. Ecoutons un passage de la première prédication de Pierre au peuple pour mesurer tout le chemin parcouru depuis le soir de Pâques :

Hommes d’Israël, écoutez les paroles que voici. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir… Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins… Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié.
Le Père dans sa miséricorde nous accorde, à nous aussi, le temps nécessaire jusqu’à la Pentecôte pour nous imprégner intérieurement de la Bonne Nouvelle de Pâques, pour réaliser que là où l’homme pécheur donne la mort, Dieu donne la vie en surabondance. De par le baptême et la confirmation, nous sommes devenus des hommes nouveaux, des collaborateurs de Dieu dans son œuvre de salut en faveur de tous. Porteurs de la vie divine de Jésus, nous sommes rendus capables dans l’Esprit Saint de la manifester à nos frères et à nos sœurs, d’abord par le témoignage de la paix intérieure et de la joie spirituelle qui nous habitent.



dimanche 21 avril 2019

PÂQUES 2019




21/04/19

Au terme du Carême et de la semaine sainte, nous voici parvenus au sommet de notre année chrétienne : Pâques. L’évènement de la résurrection du Christ est l’aboutissement du mystère de l’incarnation. Pâques accomplit donc Noël. Souvenons-nous de la parole du Christ sur la croix : tout est accompli. A Noël, Dieu, en son Fils, épouse notre condition humaine ; à Pâques, il la sauve de la mort et l’introduit dans son Royaume. C’est la raison pour laquelle notre propre résurrection est inséparable de celle du Sauveur. Croire en Jésus ressuscité rend possible notre espérance en notre propre résurrection puisqu’il demeure pour l’éternité notre frère en humanité. Ce que Pâques inaugure, l’Ascension du Seigneur le consacre. Tout est accompli signifie aussi que les Ecritures s’accomplissent avec la Passion, la mort et la résurrection de Jésus, et, à travers elles, le projet de Dieu pour notre humanité. C’est la conclusion de l’Evangile de cette solennité :

Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Je voudrais pour vous méditer certains aspects de la première lecture. Dans sa prédication au centurion romain, l’apôtre Pierre fait une synthèse admirable de la vie terrestre de Jésus, en partant de son baptême jusqu’à la proclamation de sa résurrection. Jésus de Nazareth nous est présenté par Pierre comme étant l’objet de deux actions diamétralement opposées. D’une part nous avons l’action de Dieu son Père :

Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance.
Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester.

D’autre part nous avons l’action des hommes :

Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice.

Cette manière d’annoncer le mystère du Christ est en parfaite continuité avec un verset du psaume 117 :

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle : c'est là l'œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

L’action des hommes rejette et tue Jésus tandis que l’action de Dieu le consacre et le ressuscite. D’un côté les hommes donnent la mort, de l’autre le Père donne la vie. Tout cela en notre faveur, car tout homme qui croit en Jésus reçoit par lui le pardon de ses péchés. Jésus ressuscité est la pierre d’angle, celui qui permet à tout l’édifice de tenir solidement. On peut penser à la maison Eglise mais aussi au temple de notre corps appelé à la gloire de la résurrection. Jésus ressuscité est notre agneau pascal qui a été immolé, pour reprendre les termes de saint Paul dans la deuxième lecture. C’est en effet lui qui a aboli pour toujours l’ancien culte avec ses innombrables sacrifices d’animaux, dont le sacrifice des agneaux pour la fête de la Pâque juive. Les hommes, dans l’Ancienne Alliance comme dans la plupart des religions de l’antiquité, tuaient des animaux pour se rendre agréables à Dieu. Les contemporains de Jésus ont exigé sa mort pensant, eux aussi, être agréables à Dieu. A tout cela, le Père répond en ressuscitant son Fils, donc en lui donnant la vie.

Nous ne pouvons pas faire l’expérience qui fut celle de Marie Madeleine à l’aube de Pâques : découvrir avec stupéfaction le tombeau ouvert et vide. Mais, en tant que croyants, nous avons la possibilité de faire l’expérience du Christ Vivant. Je ne citerai que deux lieux particulièrement significatifs de cette expérience de Pâques pour nous. Tout d’abord le mystère de l’Eglise. En rappelant dans un premier temps que c’est par et dans l’Eglise que nous connaissons Jésus ressuscité. Il ne faudrait pas que les scandales et les crises qui secouent notre Eglise nous fassent oublier sa beauté et son importance. L’Eglise, c’est d’abord notre communauté. Que deviendrait notre foi, notre relation au Christ, si nous vivions isolés et séparés les uns des autres ? L’Eglise, c’est le merveilleux témoignage de nos frères et sœurs dans la foi, dans notre famille, parmi nos connaissances, dans notre communauté, dans les communautés religieuses, mais aussi le témoignage du successeur de Pierre, le pape François, qui nous confirme dans la foi. Avons-nous lu et médité son exhortation sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, Gaudete et exsultate, publiée l’an dernier ? L’Eglise, c’est aussi le trésor de la sainteté. Saint François de Sales disait avec raison : je ne vois pas d’autre différence entre l’Evangile et la vie des saints qu’entre une partition notée et une partition chantée. Fréquenter les saints et les saintes de notre histoire chrétienne, c’est toujours grandir dans la foi en Jésus ressuscité. Un autre lieu essentiel de l’expérience de Pâques, ce sont bien sûr les sacrements qui sont toujours les sacrements de l’Eglise. Je pense en particulier au sacrement de la réconciliation dans lequel la puissance de l’amour du Christ nous donne un cœur nouveau, un cœur allégé du fardeau de nos péchés. Et je pense surtout au grand sacrement de l’eucharistie, sacrement pascal par excellence. Nous savons bien que nous ne communions pas à un cadavre, mais au corps et au sang glorieux du Christ ressuscité, monté au ciel et assis à la droite du Père. Le sacrement de l’eucharistie est par excellence le sacrement de la résurrection et de la vie car il rend présent sur l’autel le Christ mort et ressuscité pour nous.

Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde.

dimanche 31 mars 2019

Quatrième dimanche de Carême / année C



Luc 15, 1.2.11-32

31/03/19

Nous venons d’écouter l’une des paraboles les plus connues des Evangiles. On lui a donné bien des noms différents : parabole du fils prodigue, du Père miséricordieux, des deux fils etc. Il est important de remettre cette parabole dans son contexte vivant pour la comprendre. Ce contexte nous est donné par l’introduction de Luc aux trois paraboles dites de la miséricorde, car celle du père miséricordieux est précédée par les deux paraboles de la brebis et de la pièce d’argent. Dans son introduction, Luc note que Jésus attirait à lui les publicains et les pécheurs, ce qui lui valait les critiques des pharisiens et des scribes. Pour le dire autrement, la miséricorde de Jésus à l’égard des pécheurs scandalisait ceux qui se considéraient comme des justes. Les deux fils de la parabole correspondent parfaitement à ces deux groupes de personnes : le plus jeune incarne les publicains et les pécheurs tandis que l’aîné représente bien les pharisiens et les scribes.

Aujourd’hui, je voudrais m’attarder sur la figure du fils aîné qui apparaît dans la seconde partie de notre parabole. Ce fils est travailleur, on nous dit qu’il était aux champs lorsque son frère revient à la maison. Il se présente lui-même comme un fils obéissant à son père, fidèle à toujours accomplir sa volonté : Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres. Mais voilà que la fête organisée par son père à l’occasion du retour de son frère le met dans une colère noire. Il refuse de participer à la fête. Cette colère, l’un des sept péchés capitaux, démontre qu’il n’est pas si saint que cela… Elle est surtout la conséquence d’un autre péché, la jalousie : jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. A cette jalousie s’ajoute aussi le mépris pour la conduite de son frère. Bref il est resté à la maison dans une apparence de fidélité, mais les sentiments de son cœur révèlent que lui aussi est pécheur. Avant de considérer la réponse de son père, essayons de comprendre le problème du fils aîné. Il a toujours obéi extérieurement à son père dans l’espoir d’une récompense. Cela pose la question suivante à chacun d’entre nous : pourquoi faisons-nous le bien, pourquoi désirons-nous êtes bons ? Pourquoi voulons-nous devenir meilleurs et nous corriger de nos défauts et de nos péchés ? Pour obtenir une récompense ? Ou bien parce que nous estimons le bien pour lui-même, la vertu pour elle-même ? Notre fidélité à Dieu est-elle motivée par l’obtention d’une récompense ou bien par la profonde conviction qu’obéir aux commandements de Dieu, c’est trouver le bonheur véritable. Il existe une grande différence entre celui qui fait le bien extérieurement, simplement pour obéir à un commandement, et celui qui le réalise intérieurement parce qu’il est convaincu dans son cœur que le bien est aimable pour lui-même.

La réponse du père tente de faire comprendre au fils aîné son erreur de jugement : Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Tu me demandes un chevreau parce que tu es jaloux de ton frère et que tu ne supportes pas que je lui accorde mon pardon aussi facilement, mais tu oublies que vivre avec moi en permanence, cela a beaucoup plus de valeur qu’un chevreau ou qu’un veau ! Bref la seule récompense du chrétien, c’est de vivre en communion avec Dieu, c’est de marcher en présence du Père. La vraie récompense n’est pas extérieure, comme un cadeau que l’on recevrait, elle provient au contraire de la joie du cœur qui réalise le bien que Dieu lui propose. La vraie récompense consiste à demeurer dans la maison du père et à observer ses commandements. Mais le fils aîné n’a pas compris sa relation de fidélité avec son père d’une manière spirituelle et profonde, il l’a perçue comme une transaction commerciale donc matérielle : si je suis fidèle, j’ai droit à tel cadeau, à telle récompense.

Dans le livre des Psaumes, le psaume 118, le plus long de tous, est consacré au thème de la Loi du Seigneur. Deux versets de ce psaume illustrent à merveille la réponse du père qui tente d’apaiser la colère et la jalousie de son fils :
Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense.
Mon cœur incline à pratiquer tes commandements : c’est à jamais ma récompense.

A la lumière de ces versets, nous comprenons que le vrai fidèle c’est celui qui trouve sa récompense dans sa fidélité à la Loi du Seigneur et sa joie dans le fait de vivre en communion d’amour avec le Père.

dimanche 24 mars 2019

Troisième dimanche de Carême / année C



Luc 13, 1-9

24/03/19

Dans l’Evangile de ce dimanche, Jésus nous parle de la nécessité de la conversion afin d’entrer dans la vie éternelle : Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. La mort dont parle ici le Seigneur n’est pas d’abord la mort physique, phénomène naturel, mais la mort de l’âme, séparée de Dieu parce qu’elle a refusé de vivre selon les exigences de son amour. A travers deux exemples tirés de l’actualité du temps, Jésus, à la suite de l’enseignement du livre de Job, défait le lien traditionnel établi entre le malheur et le péché : Pensez-vous que ces personnes étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout !

Le malheur peut toucher aussi bien le juste que l’injuste, le saint que le pécheur. Et la mort physique n’est absolument pas le signe d’une punition divine parce que telle personne aurait été plus mauvaise ou plus méchante qu’une autre. L’histoire nous montre des saints mourir très jeunes et de grands criminels ou de grands pécheurs mourir très vieux. Mais le malheur comme la perspective de notre mort doivent nous inviter à prendre au sérieux l’appel de Jésus à la conversion. C’est une tendance humaine très répandue, et que nous constatons par exemple au niveau des prises de décisions politiques, à remettre toujours à plus tard ce qu’il conviendrait de faire aujourd’hui. Combien de sommets pour le climat et de grandes déclarations écologiques qui n’ont eu aucun effet concret alors que la crise écologique est une donnée scientifique ? Souvent parce que l’on se contente d’affirmer le changement nécessaire… dans le futur, à l’horizon 2050… Il en va de même pour le progrès de notre vie spirituelle et l’efficacité de nos bonnes résolutions. Nous avons toujours tendance à remettre à demain le travail de notre conversion. Or il n’est pas certain, nous dit Jésus, que dans dix ou vingt ans nous serons encore de ce monde… de même que la crise climatique et écologique ne va pas attendre éternellement notre manque de courage avant de se manifester brutalement pour notre malheur. Dieu est toujours bon et miséricordieux, mais le temps de notre vie sur cette terre est limité et nul ne connaît l’heure de sa mort. Les 18 personnes tuées par la chute de la tour de Siloé ne s’attendaient certainement pas à mourir du jour au lendemain. Il ne s’agit pas pour nous, chrétiens, de vivre dans la peur, car l’amour parfait chasse la crainte. Il s’agit plutôt de prendre au sérieux l’Evangile du Christ, et de le prendre au sérieux maintenant. Comme le dit le psaume par lequel s’ouvre la prière officielle de l’Eglise chaque matin : Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? Ne fermez pas votre cœur. La petite parabole du figuier nous indique ce qu’est la conversion chrétienne : il s’agit de donner de bons fruits, pas à l’horizon 2050, mais dès maintenant ! Ce n’est pas parce que Dieu est patient et débordant de miséricorde que nous devons abuser de sa bonté et ne pas écouter sa parole. Le temps du Carême est pour nous l’occasion d’un examen de conscience : quels sont les bons fruits que je porte dans ma famille, mon lieu de travail, dans la société et dans l’Eglise, à travers mes engagements ? Cet examen de conscience, cette relecture de vie, permet à chacun de repérer les moments de fainéantise spirituelle où nous remettons à plus tard ce qu’il faudrait changer dès maintenant dans notre vie, les moments de surdité spirituelle où nous ignorons volontairement les appels de Jésus à une vie conforme à l’amour de Dieu pour nous. C’est dans ce contexte que la célébration du sacrement de confession ou de réconciliation prend tout son sens, comme une démarche qui nous permet de nous relever en vue du renouveau de notre vie, en vue de porter enfin les beaux fruits que Dieu attend de nous.

dimanche 17 mars 2019

Deuxième dimanche de Carême / année C



17/03/19

Luc 9, 28-36

Le deuxième dimanche de Carême est consacré au mystère de la Transfiguration du Seigneur. Jésus monte sur la montagne avec trois de ses disciples pour y prier, et là il fut transfiguré en leur présence. Cela signifie qu’à ce moment précis Dieu révèle de manière visible la gloire divine de son Fils à travers le voile de son humanité. L’apparition de Moïse et d’Elie nous dit que Jésus est l’aboutissement, l’accomplissement de la Loi et des Prophètes. C’est même lui, et lui seul, parce qu’il est le Verbe de Dieu, qui peut nous permettre d’interpréter correctement la Loi et les Prophètes. En sa personne, il synthétise en quelque sorte tout l’Ancien Testament et nous en donne comme le résumé. Ce résumé présente le grand avantage d’être très simple, il s’agit en effet de la règle d’or :
Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi, voilà ce que dit toute l’Ecriture : la Loi et les Prophètes. Voilà ce que disent Moïse et Elie.

Dans le récit de la Transfiguration, il s’agit bien d’une vision, mais cette vision de la gloire de Jésus est fulgurante, elle ne dure pas. Pierre aurait bien aimé qu’elle dure ! Il est bon que nous soyons ici ! La voix du Père à la fin du récit nous indique que, tant que nous sommes sur cette terre, il nous faut passer du désir de voir Dieu, un bon désir, celui que Pierre a, au désir d’écouter sa Parole, d’écouter Jésus :
Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le !
Cela nous ramène à l’un des messages du premier dimanche de Carême avec Jésus qui résiste à la tentation en citant un verset du Deutéronome :
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole qui sort de la bouche de Dieu.

Dans notre condition humaine terrestre, il nous est impossible de voir Dieu. C’est ce que Paul rappelle aux Corinthiens :
Nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision.

Et comment pouvons-nous nourrir notre foi, si ce n’est en nous mettant à l’écoute de Jésus comme nous le demande le Père ? Et comment pouvons-nous écouter Jésus, si nous ne méditons pas la Parole de Dieu et en particulier les Evangiles ? Saint Jérôme, le traducteur de la Bible en latin, disait avec raison :
Méconnaître les Ecritures, c’est méconnaître le Christ.

Le Carême est un temps de grâce pour ouvrir notre Bible et nous plonger dans la lecture continue d’un livre biblique. Nous pouvons bien sûr choisir l’un des quatre Evangiles. Mais nous pouvons aussi méditer avec profit l’un des livres de la Loi, la Torah, ou bien l’un des livres prophétiques. La présence de Moïse et d’Elie autour de Jésus transfiguré nous rappelle que la Parole de Dieu présentée dans l’Ancien Testament nous oriente toujours vers l’écoute du Christ, Verbe de Dieu. Certains préceptes de la Loi sont bien sûr dépassés, comme le culte centré sur les sacrifices d’animaux dans le Temple, mais si nous lisons ces textes avec foi et en priant l’Esprit Saint, nous comprendrons qu’ils dessinent déjà pour nous le visage de gloire du Fils bien-aimé, une gloire qui passe par la souffrance et la mort, une gloire de Pâques.

dimanche 24 février 2019

7ème dimanche du temps ordinaire / année C



Luc 6, 27-38

24/02/19

Après avoir proclamé les Béatitudes, Jésus donne à ses disciples un enseignement moral, celui de la Loi nouvelle du Royaume des cieux. Cette règle de vie du Royaume est d’une très grande richesse et chaque parole du Seigneur mériterait une méditation approfondie. Dans un premier temps, comprenons quel est l’esprit qui anime la justice nouvelle du Royaume. Les disciples sont appelés à se comporter dans leur vie quotidienne en fils du Très-Haut. Cela signifie qu’ils doivent refléter dans leurs actions, leurs pensées et leurs paroles le visage de Dieu lui-même, son cœur de Père. Pourquoi doivent-ils aimer leurs ennemis, pardonner, être miséricordieux, donner généreusement ? Parce que ces attitudes sont d’abord celles de Dieu à l’égard de tous les hommes, bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux. Dans cette exhortation, le mot le plus important est comme, car c’est lui qui nous donne accès à la compréhension de la Loi du Royaume : le disciple de Jésus est appelé à imiter Dieu lui-même, à agir et à penser comme Dieu agit et pense, donc à ressembler au Christ, Fils unique du Père. Telle est la motivation essentielle des exigences de Jésus à notre égard. Elles peuvent nous paraître impossibles à mettre en œuvre (aimer ses ennemis), mais si nous les recevons avec foi comme une possibilité d’imiter Dieu, donc de nous laisser diviniser par Lui, la perspective change car rien n’est impossible à Dieu. C’est finalement une question d’amour. Quand on aime une personne, on a tendance à vouloir l’imiter et à faire nôtres ses pensées et ses manières d’agir. Si nous aimons vraiment Dieu, alors nous pourrons répondre positivement à ce que Jésus nous demande.

A cette motivation essentielle qui est l’esprit de toute la Loi de la nouvelle Alliance, Jésus ajoute deux règles fondamentales que nous pouvons utiliser en permanence pour discerner quelle est la volonté de Dieu dans telle ou telle situation concrète.

La première est connue sous le nom de règle d’or : ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. Cette règle a le mérite d’être simple et claire. Pour l’Eglise, l’homme n’est pas un individu mais une personne. Ce qui signifie que l’homme ne peut s’accomplir que dans une relation harmonieuse avec Dieu, avec son prochain et avec toute la création. Notre époque a tendance à considérer l’homme comme un individu, coupé des liens familiaux et sociaux. Ce qui a pour conséquence une conception individualiste, donc égoïste, de la vie humaine, et une indifférence vis-à-vis du prochain. Jésus enseigne, au contraire, la solidarité et la communion entre les hommes. D’où la règle d’or qui exige que je me pose toujours la question suivante avant d’agir ou de parler : ce que je vais faire (ou ne pas faire, n’oublions pas le péché d’omission) à mon prochain, ce que je vais lui dire, est-ce que je serais heureux qu’il me fasse la même chose, qu’il me parle de cette manière ? Comment puis-je attendre des autres la compassion, la compréhension, le pardon, si, moi-même, je me montre dur, intraitable, violent et colérique à leur égard ?

La seconde règle est, elle aussi, claire et simple : la mesure dont vous vous servez pour les autres servira de mesure aussi pour vous. En fait elle nous enseigne la même attitude que la règle d’or. Encore une fois il s’agit de nous considérer comme des personnes en relation les unes avec les autres au sein de la société et de l’Eglise, dans cette interdépendance que le Créateur a voulue non seulement entre les hommes mais aussi entre les hommes et la création. Un cœur miséricordieux et généreux, qui pardonne et qui donne abondamment, fait circuler le don de la vie reçue de Dieu, et ce faisant, il grandit en humanité et en sainteté. Dans sa seconde lettre aux Corinthiens, Paul rappelle un proverbe emprunté à la vie agricole : à semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement.

Enfin nous trouvons dans la lettre de l’apôtre Paul aux Romains comme un magnifique développement de l’enseignement donné par Jésus dans l’Evangile de ce dimanche :

Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. Soyez bien d’accord les uns avec les autres ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous fiez pas à votre propre jugement. Ne rendez à personne le mal pour le mal, appliquez-vous à bien agir aux yeux de tous les hommes. Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. Bien-aimés, ne vous faites pas justice vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire : en agissant ainsi, tu entasseras sur sa tête des charbons ardents. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien.