dimanche 6 janvier 2019

ÉPIPHANIE 2019



Matthieu 2, 1-12

6/01/19

Contrairement à Luc, l’évangéliste Matthieu ne nous décrit pas les circonstances précises de la naissance de Jésus. Il se contente de donner une indication de lieu, Bethléem, et une situation dans le temps, sous le règne du roi Hérode le Grand. Alors que Luc nous montre les bergers des campagnes venir auprès du nouveau-né, Matthieu nous raconte avec beaucoup de détails le voyage de mystérieux mages venus de l’Orient. L’Epiphanie nous fait faire mémoire du long voyage de ces hommes, des païens, probablement des astrologues, guidés par une étoile jusqu’à Jérusalem. Traditionnellement, la fête de ce dimanche a été interprétée dans un sens universaliste : Dieu, en tant que Père et Créateur de tous les hommes, désire que tous, Juifs et païens, puissent parvenir à la connaissance de la vérité et au salut. Même si le mystère de l’incarnation est l’aboutissement d’une relation particulière entre Dieu et le peuple d’Israël, Dieu n’est la propriété d’aucun peuple et il parle en quelque sorte toutes les langues des hommes. Il se sert aussi de ce qui nous attire pour nous attirer à lui, il se met humblement à notre portée. Ces orientaux étaient astrologues, c’est donc par un signe compréhensible, celui d’une étoile, que Dieu va susciter dans leur cœur une recherche spirituelle. Certains Pères de l’Eglise ont même vu dans la quatrième bucolique de Virgile l’annonce païenne de la naissance du Messie, non pas par la voix d’un prophète mais par l’oracle d’une Sybille :

Voici finir le temps marqué par la Sibylle. Un âge tout nouveau, un grand âge va naître ; La Vierge nous revient, et les lois de Saturne, et le ciel nous envoie une race nouvelle. Bénis, chaste Lucine, un enfant près de naître, qui doit l'âge de fer changer en âge d'or… Et s'il subsiste encore des traces de nos crimes, la terreur jamais plus n'accablera le monde. Vivant pareil aux dieux, cet enfant les verra, ces dieux et ces héros qui le verront lui-même, Lui, souverain d'un monde apaisé par son père.

Cette lecture chrétienne des vers de Virgile laisse donc entendre que l’Esprit Saint peut aussi inspirer des païens. Dieu non seulement s’adresse aux païens mais il va même jusqu’à parler à travers eux… La suite du texte de Virgile est troublante dans la mesure où elle correspond de manière presque littérale à un célèbre oracle messianique du prophète Isaïe, ou comment Virgile et Isaïe se donnent la main à travers les siècles…

Le bétail n'aura plus à craindre les lions : Et ton berceau de fleurs charmantes s'ornera. Le serpent périra; les plantes vénéneuses périront; et partout croîtront les aromates.

Relevons comment les mages ne vont pas directement à Bethléem, mais passent d’abord par Jérusalem. C’est en effet dans la ville sainte qu’ils apprennent, grâce aux Ecritures, le lieu précis de la naissance de l’enfant qu’ils veulent honorer et adorer. Mais en chemin, Matthieu ne nous dit pas quand, le signe de l’étoile réapparaît pour leur indiquer le lieu où se trouve l’enfant Jésus. Dès le début, le Fils de Dieu fait que les premiers soit derniers et les derniers premiers. Alors qu’Hérode, les grands prêtres et les scribes demeurent à Jérusalem, incapables d’aller se prosterner devant le Messie, ce sont des païens qui ont cette joie. Et ils joignent à leur adoration une offrande qui est une profession de foi : l’or pour le roi, l’encens pour Dieu et la myrrhe pour annoncer sa mort et sa sépulture.

Dans le mystère de Noël, nous célébrons le plus grand don que Dieu puisse nous faire : lui-même en la personne de son Fils. Il nous fait le cadeau de sa Parole vivante et éternelle, ce Fils unique qui s’unit pour toujours à notre humanité, prenant par amour notre condition d’hommes en naissant de la Vierge Marie. L’Epiphanie est une fête du don. Elle nous apprend à reconnaître l’immense don de Dieu, c’est Lui qui nous a aimés le premier sans attendre que nous soyons justes et saints, sans aucune condition. A l’exemple des mages, apprenons à répondre à ce don d’amour par l’offrande de nous-mêmes. Dieu désire avant toutes choses notre cœur, notre amour. Et parce que nous l’aimons, Il attend de nous que nous mettions en pratique sa volonté, telle qu’elle nous a été transmise par Jésus, et cela pour notre bonheur véritable.

Méditons l’oracle du prophète Michée :

Homme, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu.

dimanche 30 décembre 2018

LA SAINTE FAMILLE / ANNÉE C



Luc 2, 41-52
30/12/18

Dans la lumière du mystère de Noël, nous célébrons en ce dimanche la sainte famille. Même si Jésus est venu au monde par l’action du Saint Esprit, le fait qu’il soit vraiment homme, l’insère dans une famille humaine avec un père et une mère, sans oublier qu’en Orient la famille était une réalité très importante et vaste, incluant les parents et connaissances dont nous parle l’Evangile.

Le récit que nous venons d’entendre est celui de Jésus adolescent qui décide de prolonger à l’insu de ses parents le pèlerinage de la Pâque à Jérusalem. Il demeure dans la ville sainte au lieu de s’en retourner à Nazareth avec ses parents. Ce récit est encadré par deux versets significatifs nous décrivant la croissance de Jésus enfant. La liturgie ne nous donne que le verset conclusif. Voici donc ces deux versets :

L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.

Saint Luc insiste sur deux aspects de la croissance de l’enfant : sa sagesse et le don de Dieu, la grâce qui lui est accordée. Cela rejoint ce que saint Jean affirme dans son prologue à propos du Verbe de Dieu, Fils unique, plein de grâce et de vérité. Cet enfant de 12 ans est bien le Verbe éternel de Dieu, sa Parole et sa Sagesse. Ceux qui assistent aux échanges qu’il a avec les docteurs de la Loi ne s’y trompent pas : tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. Certes Jésus n’est pas un enfant sage dans le sens ordinaire du terme puisqu’il prend une décision libre, caractéristique d’un adulte, et qui cause peine et tourment à ses parents. Il est sage de la sagesse divine car par cette décision inattendue il indique à ses parents que seul Dieu est son Père : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? La traduction de Chouraqui donne : Il faut que je sois en ce qui est de mon Père. En restant au temple, le jeune Jésus indique l’orientation de toute sa vie, il révèle à tous sa vocation. Marie savait bien qu’il était le Fils de Dieu. Il s’agit pour elle comme pour Joseph d’accepter maintenant toutes les conséquences de la divinité de son fils. Jésus a fait preuve d’une divine liberté en choisissant de demeurer à Jérusalem pour indiquer clairement que le centre de sa vie, le centre même de son être, c’est sa relation unique avec Dieu qu’il nomme son Père. La sainte famille a beau être composée de saintes personnes, nous constatons que la souffrance et l’incompréhension font tout de même partie des relations : Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que nos familles humaines, marquées par les péchés des uns et des autres, fassent, elles-aussi, l’expérience des difficultés et des incompréhensions, par exemple entre enfants et parents. Cela est lié à la réalité de la croissance, de la prise de conscience chez l’enfant et l’adolescent de sa propre identité et de sa vocation. Ce qui fait la sainteté d’une famille, ce n’est donc pas l’absence de conflits ou de souffrances dans les relations. C’est le fait de chercher ensemble et chacun selon le chemin qui lui est propre la communion avec Dieu Père et Créateur. C’est le fait de favoriser la vocation propre de chacun des membres de la famille. D’ailleurs le récit de saint Luc nous livre une leçon particulièrement intéressante : c’est en voulant demeurer chez son Père que le jeune Jésus force en quelque sorte ses parents à chercher Dieu en le cherchant. Symboliquement, il les oblige à revenir à Jérusalem, lieu de la présence divine, alors que la fête est terminée. La famille est le lieu privilégié où nous pouvons faire l’expérience de la communion des saints. Si l’un des membres cherche Dieu de tout son cœur, s’il se sanctifie, alors il attirera dans son élan spirituel les autres membres de la famille. Et bien des fois ce sont les enfants, en demandant le baptême ou en participant au catéchisme, qui remettent Dieu présent au cœur de la vie de leurs parents. L’expérience de Jésus à douze ans illumine sans aucun doute ce que Jésus, adulte, enseignera comme voie spirituelle :

Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux.

lundi 24 décembre 2018

NOEL 2018 / Messe du jour



Jean 1, 1-18

L’Evangile du jour de Noël ne nous conduit pas à la crèche, dans l’étable de Bethléem, à la suite des bergers, mais nous invite à une contemplation du Verbe incarné. Bien sûr saint Jean ne contredit pas saint Luc dans sa présentation du mystère de l’incarnation. Il choisit simplement de ne pas raconter la nuit de Noël, lors du recensement ordonné par l’empereur Auguste, nuit d’humilité et de pauvreté pour la manifestation du Fils de Dieu. Il nous place au commencement et considère le mystère de plus haut, de plus loin. Il ne nous fait pas voir l’enfant Jésus dans l’étable auprès du bœuf et de l’âne, mais le Verbe éternel auprès de Dieu.

En débutant son Évangile par ces paroles, Au commencement était le Verbe, Jean, le théologien, nous ramène au premier verset de la Bible, dans le livre de la Genèse : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Cette référence implicite, en forme de clin d’œil pour tous ceux qui connaissent les Écritures, place donc le mystère de l’incarnation dans la lumière de celui de la création et encore plus la création dans la lumière de l’incarnation. Le commencement dont parle Jean n’est pas celui de Dieu puisque Dieu n’a pas de commencement. Ce commencement désigne le temps de la création, le moment où la Sainte Trinité décide de créer. Et l’évangéliste souligne fortement que tout a été créé par le Verbe, le Fils bien-aimé du Père. Le Verbe peut se traduire par Parole mais aussi par Raison ou Intelligence. Le Père fait sortir du néant toute la création par sa Parole pleine de Sagesse. Cette vérité est déjà présente au chapitre premier de la Genèse puisque Dieu créé en disant, en parlant… Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Relevons au passage que la première étape de la création est celle de la lumière qu’il convient de séparer des ténèbres : Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour. Or le soleil, le grand luminaire de la Genèse, n’est créé que plus tard, au quatrième jour. La lumière et les ténèbres du premier jour sont donc des réalités d’un autre ordre. Et ce n’est probablement pas par hasard que nous retrouvons ce couple lumière/ténèbres dans le prologue de saint Jean… La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Si la lumière du premier jour est créée, le Verbe lumière, lui, est créateur. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Jésus lui-même se présentera à ses auditeurs comme la lumière du monde. C’est cette métaphore de Jésus-Lumière qui a incité les chrétiens du 4ème siècle à choisir la date du 25 décembre pour célébrer la naissance du Sauveur en substitution à la fête romaine du Soleil invincible et immortel qui commémorait aussi la naissance du dieu solaire Mithra. Ce qui se traduit également dans le cycle de la création puisque la lumière du jour commence à vaincre les ténèbres de la nuit. Le message de Jean est donc le suivant : De même qu’au commencement Dieu a tout créé avec Sagesse par son Verbe, de même par le mystère de l’incarnation du Verbe, il commence une création nouvelle. Sans oublier que l’accomplissement et le but du mystère de Noël, c’est celui de la Pentecôte et du don de l’Esprit Saint. L’homme et la femme de la Genèse sont créés à l’image de Dieu, selon sa ressemblance. Même si saint Jean n’utilise pas la notion d’image pour le Verbe, la réalité, elle, est bien présente : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. C’est saint Paul qui, dans sa lettre aux Colossiens, présentera Jésus comme l’image du Dieu qu’on ne peut voir, le premier-né pour toute créature. Pour Paul Jésus est en effet le Nouvel Adam qui nous permet de passer de la première création blessée par le péché à la nouvelle création. Pourquoi donc le Verbe s’est-il fait chair en naissant de la Vierge Marie ? Pour que, par notre foi en Lui comme notre unique Sauveur, nous devenions des enfants de Dieu, nés de Dieu. Même si ce grand mystère de l’incarnation s’accomplit dans les derniers temps, dans ces jours où nous sommes, Dieu étant éternel, c’est depuis toujours qu’il projetait de faire de nous ses fils et filles bien-aimés par le Fils unique, son Verbe. Saint Paul l’affirme sous la forme d’une prière de bénédiction dans sa lettre aux Éphésiens :

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé.

C’est bien ce cadeau inestimable, cette grâce de Dieu qui nous vient par Jésus-Christ, que Jean célèbre lui aussi, dans son prologue :
Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ; car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

Tout ce que nous venons de méditer à partir du prologue de saint Jean dans la lumière des Ecritures est traduit d’une manière merveilleusement concise par la prière d’ouverture de cette messe. Le grand mystère de Noël est en effet celui de l’admirable échange :

Père, toi qui as merveilleusement créé l’homme et plus merveilleusement encore rétabli sa dignité, fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité.


samedi 22 décembre 2018

Quatrième dimanche de l'Avent / Année C



Luc 1, 39-45

23/12/18

Cette année le 4ème dimanche de l’Avent, très proche de la célébration de Noël, prolonge l’atmosphère de joie qui était celle de dimanche dernier. Nous venons d’écouter le beau récit de la Visitation de Marie à Elisabeth. Saint Luc nous dit que c’est avec empressement que Marie se met en route pour la Judée. Elle ne va pas rendre visite à Elisabeth par devoir ou par politesse, mais bien dans la joie de célébrer ce que Dieu a fait pour elle en lui donnant un fils dans sa vieillesse.

La Visitation, c’est la rencontre de deux mères qui portent en leur sein des enfants par la grâce de Dieu, l’une étant une jeune vierge, l’autre une femme âgée et stérile. La Visitation, ce n’est pas seulement la joyeuse rencontre de ces deux mères, mais c’est aussi, mystérieusement, la rencontre de Jésus et de Jean avant même le jour de leur naissance. Par sa salutation à Elisabeth, Marie provoque la joie de Jean dans le sein de sa mère : lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Marie est comblée de grâce, c’est par la puissance de l’Esprit Saint qu’elle porte en elle un fils, et voici qu’elle communique en quelque sorte à Elisabeth cette grâce spirituelle : Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. D’où l’atmosphère de joie dans laquelle baigne tout ce récit, la joie étant l’un des fruits de l’Esprit Saint, le signe de sa présence et de son action en nous. Si Marie est capable de communiquer cette joie de l’Esprit Saint à Elisabeth et à son enfant, c’est bien parce qu’elle porte en elle celui que l’on appellera Jésus, c’est-à-dire « Dieu sauve ». Avant même sa naissance, Jésus répand par Marie, sa mère, la joie de l’Evangile.

On pourrait aussi lire cette belle rencontre comme la rencontre entre la Nouvelle Alliance, représentée par la jeune femme qu’est Marie, et l’Ancienne Alliance, incarnée par la vielle femme qu’est Elisabeth. C’est Jésus qui, en portant à son accomplissement la première alliance, apporte au peuple Juif, dans l’attente du Messie, la joie d’une alliance nouvelle et définitive. Si nous lisons ce récit de la Visitation en ayant à l’esprit celui des Noces de Cana dans l’Evangile de Jean, alors tout semble s’illuminer encore davantage. En effet c’est Marie qui insiste pour que Jésus réalise son premier signe : transformer l’eau en vin des noces. C’est par Marie que l’eau de l’ancienne alliance, conservée dans les jarres destinées aux purifications rituelles des Juifs, devient le vin de la joie, le vin de la nouvelle alliance en Jésus. Le commentaire du maître du repas de noces peut être interprété dans cette perspective du rapport entre les deux alliances : Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant.

Dans la rencontre de la Visitation, à l’aube du mystère de l’Incarnation, Marie nous apparaît avec deux des titres que nous lui donnons en priant les litanies de Lorette : elle est l’arche de la nouvelle alliance, portant en son sein le Fils de Dieu, et, pour cette raison, elle est aussi la cause de notre joie.

A la veille de la célébration de Noël, il est nous est bon de reprendre les paroles d’Elisabeth à Marie et surtout de les méditer dans notre cœur :
Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.


samedi 15 décembre 2018

Troisième dimanche de l'Avent / Année C




Luc 3, 10-18

16/12/18

Comme l’indiquent les deux premières lectures de cette liturgie, le troisième dimanche de l’Avent nous invite à la joie spirituelle. Dans l’Evangile selon saint Luc, nous ne retrouvons pas cette mention de la joie, mais, comme nous le verrons, un chemin qui nous conduit à la joie dans le Seigneur. Dimanche dernier, l’Evangile nous présentait Jean le baptiste sous les traits d’un prophète. Aujourd’hui nous entendons son message, ses réponses aux questions qui lui sont posées par ceux qui viennent se faire baptiser dans le Jourdain. A trois reprises une même question est adressée à Jean : Que devons-nous faire ? Nous retrouverons cette question simple mais essentielle au jour de la Pentecôte, dans la bouche des auditeurs de Pierre. Sur les trois questions posées à Jean, deux le sont par des groupes particuliers : les collecteurs d’impôts et les soldats. Cela a son importance, car cela nous montre que le changement de vie, la conversion, n’est pas une réalité générale et abstraite, mais qu’elle s’enracine dans notre vie concrète et doit toucher jusqu’à la manière que nous avons de vivre notre vocation et notre travail.

Regardons tout d’abord la réponse de Jean au premier groupe de personnes. C’est tout simple. Le précurseur invite en effet ceux qui ont demandé le baptême au partage de leurs biens avec les plus démunis. Cet esprit de partage et de solidarité est essentiel pour tous les croyants, et Jésus rappellera sans cesse à la suite de Jean et de tous les prophètes cette exigence d’une vie convertie. Nous trouvons ici un premier chemin de joie chrétienne dans la générosité, le service et le décentrement de soi vers nos frères.

Les réponses données par Jean aux publicains et aux soldats ont un élément commun : N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé et  contentez-vous de votre solde. Le précurseur prêche ici un idéal de modération et de sobriété, un rapport aux biens matériels, et en particulier à l’argent, marqué par la tempérance. Dans sa première lettre à Timothée, saint Paul fait un commentaire remarquable de cette exigence de modération :

Il y a un grand profit dans la religion si l’on se contente de ce que l’on a. De même que nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous n’en pourrons rien emporter. Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation, dans une foule de convoitises absurdes et dangereuses, qui plongent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre.

L’apôtre cite implicitement Job dans ce passage : Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Nous trouvons ici un deuxième chemin de joie chrétienne dans le fait d’être libéré de l’esclavage de l’enrichissement sans limites et du désir de possession toujours insatisfait. Lorsque nous avons la chance de ne pas subir le fardeau de la misère, contentons de ce que nous avons en pensant aux biens véritables qui sont ceux du cœur et de l’esprit.

Enfin un élément de réponse est propre au groupe des soldats : Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort. Toutes les personnes qui disposent de l’usage légitime de la force et des armes, militaires comme policiers, ne doivent pas abuser de leur pouvoir pour devenir violents ou injustes. Jean rappelle à ces personnes leur responsabilité morale personnelle. Dans ces métiers, on reçoit des ordres de la part des autorités. Mais si ces ordres sont injustes ou incitant à la violence, alors s’impose l’objection de conscience. Militaires et policiers auront, comme tout un chacun, à répondre personnellement de leurs actes devant Dieu, sans pouvoir se cacher derrière l’excuse de l’obéissance aux autorités. Ces dernières commettent bien sûr une faute beaucoup plus grave lorsqu’elles incitent à la violence et à l’injustice, mais cette faute morale ne supprime pas pour autant le péché de ceux qui obéissent aveuglement. Nous trouvons ici un troisième chemin de joie chrétienne, celui des Béatitudes, en particulier celles de la douceur et de la justice :

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

dimanche 2 décembre 2018

Premier dimanche de l'Avent / année C



2/12/18

Luc 21, 25-28.34-36

Le cycle de l’année liturgique commence avec le premier dimanche de l’Avent de la même manière qu’il s’était achevé avec le 33ème dimanche du temps ordinaire et la solennité du Christ, roi de l’univers. Au début comme à la fin de notre année chrétienne, l’Eglise nous fait méditer le mystère du retour du Christ à la fin des temps, ce que nous exprimons dans notre profession de foi avec les mots suivants : Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin.
Dans les Evangiles synoptiques, Jésus attend les derniers jours de son ministère public, juste avant sa Passion, pour aborder avec ses disciples le thème de son retour en gloire. C’est donc dans un contexte dramatique, celui de l’offrande de sa vie pour le salut du monde, que le Seigneur fait son discours eschatologique, consacré non seulement à la fin des temps mais aussi à la ruine de Jérusalem et du temple. Alors qu’il est désormais tout proche de sa fin terrestre, c’est comme naturellement qu’il aborde aussi la fin de ce monde marqué par le mal et le péché.

L’Evangile qui ouvre ce temps de l’Avent contient des références apocalyptiques : l’ébranlement des puissances célestes et le déchaînement des éléments naturels. De manière paradoxale, alors que ces événements susciteront la peur parmi les peuples, Jésus invite ses disciples à l’espérance : redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Le Christ étant le commencement et la fin de la création divine, son retour signifiera l’accomplissement du salut divin. Comme l’affirme saint Paul dans sa lettre aux Colossiens, tout est créé par le Christ et pour le Christ, c’est-à-dire en vue de lui. Il est la finalité de toute la création et de toute l’histoire humaine. Il est donc aussi notre fin, le but de notre vie et son accomplissement, ce qui fait dire à l’apôtre Paul : Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux.

La deuxième partie de notre Evangile nous montre l’attitude juste du disciple dans l’attente du retour de son Maître. Il ne doit pas avoir peur, mais plutôt demeurer éveillé afin de pouvoir paraître debout devant le Fils de l’homme. Il s’agit, dans un premier temps, de se garder de ce qui peut nous empêcher de vivre l’Avent de manière vraiment spirituelle, comme un temps rempli d’espérance et de joie, comme un temps d’attente pour la manifestation du Christ : Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie. Cette mise en garde nous rappelle la parabole du semeur au chapitre 8 du même Evangile. La parole de Jésus est parfois semé au milieu des ronces, et le Seigneur explique clairement le sens de cette image : Ce qui est tombé dans les ronces, ce sont les gens qui ont entendu, mais qui sont étouffés, chemin faisant, par les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie, et ne parviennent pas à maturité. Les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie sont en effet capables de nous empêcher d’être libres et disponibles pour le Christ qui vient et qui frappe à la porte de notre cœur. Comment faire pour que ce temps de l’Avent ne se réduise pas à une trépidante préface commerciale au mystère de Noël avec les soucis de tous les cadeaux à acheter ou encore à une suite de « Julefrokost » bien arrosés ? Le Seigneur nous donne une réponse simple : Restez éveillés et priez en tout temps. Seule la prière personnelle quotidienne et la prière communautaire du dimanche nous permettront de vivre cet Avent chrétiennement. Donner la priorité au rendez-vous quotidien de prière avec le Seigneur en laissant nos soucis à la porte, être disponibles pour Lui et pour Lui seul, voilà l’attitude juste qui fera de notre Avent un temps fort sous la conduite de l’Esprit Saint.


dimanche 25 novembre 2018

Le Christ, roi de l'univers, année B



25/11/18

Jean 18, 33-37

L’année liturgique B propose à notre méditation un passage de la Passion pour la solennité du Christ, roi de l’univers. Dans l’Evangile selon saint Jean, le procès civil de Jésus est longuement décrit. L’évangéliste nous rapporte cette rencontre entre deux hommes : le romain Ponce Pilate, représentant le pouvoir civil, et Jésus, le prophète rejeté par les dirigeants religieux du peuple d’Israël. Le dialogue entre Pilate et Jésus est d’une haute portée philosophique. Pilate, procurateur romain de Judée, a bien du mal à comprendre les querelles religieuses qui agitent régulièrement le peuple d’Israël. La province de Judée était, pour cette raison, l’une des plus difficiles à gouverner. En 70 Titus matera une révolte de la population en détruisant le temple de Jérusalem. Pilate ne comprend pas davantage pourquoi les grands prêtres veulent la mort de Jésus,  car il est convaincu de son innocence : Je ne trouve rien à condamner chez cet homme. C’est au cœur de ce que l’on appellerait aujourd’hui un dialogue inter-religieux que Jésus nous révèle les caractéristiques de sa royauté.

Ma royauté ne vient pas de ce monde.

Jésus, en situation de faiblesse extrême, lors de son procès, affirme donc qu’il n’est pas roi à la manière des rois de ce monde. En face du représentant de l’empereur de Rome, il affirme une autorité divine qui ne s’appuie pas sur la force des armes et la puissance des légions. Cela peut nous faire penser à la réponse ironique de Staline à Pierre Laval qui lui demandait de respecter la liberté religieuse en Russie : Le Pape, combien de divisions ? Même si l’Eglise  est très rapidement tombée dans la tentation de la théocratie, cela dès le 4ème siècle sous Théodose, donc dans l’utilisation de moyens non-évangéliques pour asseoir son influence, le message de Jésus sur ce point est sans ambiguïté : le Royaume des Cieux ne doit pas être confondu avec celui des Césars, d’où la célèbre formule, Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Dans la suite du dialogue, Jésus rappelle au païen Pilate que même son pouvoir vient de Dieu : Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut. Où se trouve donc la force de la royauté que le Christ affirme au moment de sa plus grande faiblesse, quelques heures avant de mourir crucifié ? La royauté du Christ sur l’univers ne provient pas d’une alliance hasardeuse entre le sabre et le goupillon, mais uniquement de la vérité divine.

Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix.

La notion de vérité est très présente dans le quatrième Evangile. Dès le Prologue, Jésus, le Verbe de Dieu, nous est présenté comme celui qui est plein de grâce et de vérité : la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ, et plus loin Jésus lui-même ose affirmer : Je suis le chemin, la vérité et la vie. Enfin quand le Seigneur annonce le don de l’Esprit Saint, il parle à ses disciples de l’Esprit de vérité. La vérité pour Jésus n’a rien à voir avec un concept philosophique abstrait. Elle ne saurait pas plus se confondre avec nos dogmes, ce que nous appelons les vérités de foi. Dans la bouche du Seigneur, la vérité est une réalité existentielle et dynamique, tout le contraire d’une définition dans un dictionnaire. Trois versets de saint Jean nous montrent ce qu’est la vérité évangélique, fondement et force de la royauté du Christ.

Celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.
La formule utilisée ici par Jésus dans son dialogue avec Nicodème est révélatrice : il s’agit bien de faire la vérité, et non pas de l’étudier ou de l’enseigner ! C’est donc dans la cohérence et l’authenticité de la vie chrétienne, accorder ses actes à sa foi en Jésus Sauveur, que le Royaume est présent. Dans ce contexte la vérité devient une mission, un appel, celui de la sainteté. La vérité du Royaume est sainteté.

Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer.
Dans son dialogue avec la samaritaine, Jésus nous montre la vérité comme le milieu propice à l’adoration du Père. C’est en effet dans la mesure où nous nous reconnaissons dans notre condition de créatures et d’enfants de Dieu que nous pouvons adorer le Père en esprit et en vérité. La vérité de notre condition humaine, c’est que nous sommes dépendants de Dieu dans les racines les plus profondes de notre être. La vérité du Royaume est humilité et adoration.

Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples ; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.
La royauté du Christ nous invite en effet à la liberté intérieure, à la liberté des enfants de Dieu. La vérité n’est pas un concept abstrait qui nous contraint et nous enferme. C’est au contraire une puissance de vie qui nous libère de l’esclavage du mal et de l’égoïsme. La vérité  du Royaume est libération.
Enfin, de même que la Royauté du Christ ne trouvera son accomplissement que lors de son retour en gloire, de même nous ne connaitrons vraiment la vérité qu’est Jésus qu’au terme d’une vie consacrée à la recherche de Dieu sous la conduite de l’Esprit Saint : Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. Ce que saint Paul développe dans sa lettre aux Ephésiens : les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.
La vérité du Royaume est chemin, dynamisme et expérience de vie. Le Christ, notre divin roi, est en effet pour chacun d’entre nous le chemin, la vérité et la vie.