dimanche 4 mars 2018

Troisième dimanche de Carême / B




Jean 2, 13-25

4/03/18

L’évangéliste saint Jean situe l’épisode des marchands chassés du temple au début du ministère public de Jésus, immédiatement après le signe des noces de Cana. Les autres évangélistes situent ce même épisode à la fin du ministère public de Jésus, juste avant sa Passion, après l’entrée triomphale des Rameaux. Quoi qu’il en soit du moment précis de cet événement, une chose est certaine : c’est l’unique scène des Evangiles où nous voyons Jésus utiliser une certaine violence contre des hommes, même si le texte ne nous dit pas qu’il frappa physiquement les marchands. Et nous imaginons aisément que cette violence est en lui l’expression d’une colère intérieure, d’une indignation. Qu’est-ce qui motive donc cette colère et cette violence du Seigneur ? Il nous le dit lui-même : Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. Dans la version de Mathieu, Jésus cite le prophète Isaïe : Ma maison s’appellera Maison de prière pour tous les peuples. L’opposition est donc claire entre la maison de commerce et la maison de prière. Le Temple est le lieu sacré de la présence de Dieu et le Temple ne doit servir qu’au culte et à la prière. Tout le reste est profanation. C’est l’amour de Dieu qui pousse donc Jésus à chasser hors du Temple les marchands et les changeurs. Son zèle nous rappelle celui d’Elie dans sa confrontation avec les prophètes de Baal. Mais Jésus, contrairement à Elie, n’utilise pas une violence qui tue. Même si nos églises chrétiennes n’ont pas exactement la même fonction que le Temple unique de Jérusalem, nous pouvons nous inspirer de cet Evangile pour nous interroger sur notre conduite et notre attitude à l’intérieur de l’église. Il est essentiel de nous rappeler que le but premier d’une église est la célébration des sacrements et la prière. Dans notre manière de participer à la messe, et de nous comporter avant et après la messe, favorisons-nous l’atmosphère de prière qui doit être celle de nos églises même si elles sont aussi un lieu légitime de rencontre de la communauté ?

L’objection des Juifs réclamant un signe permet à Jésus de donner un sens encore plus profond à son geste. Ce geste violent n’exprime pas seulement son amour ardent pour le Père mais il a aussi une valeur prophétique. Tout d’abord il accomplit une prophétie de Zacharie : Il n’y aura plus de marchand dans la maison du Seigneur de l’univers, en ce jour-là. Ensuite : Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai… Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. De fait le Temple sera détruit par les Romains en 70 et ne sera plus jamais reconstruit. En chassant les marchands du Temple, Jésus abolit le culte ancien qui reposait sur les sacrifices d’animaux. Dans le culte de la Nouvelle Alliance, le Temple véritable c’est le corps du Christ mort et ressuscité pour nous, c’est la personne même du Ressuscité. Et saint Paul en déduira que chaque baptisé est un sanctuaire de la Sainte Trinité, un temple de Dieu. Dans le culte chrétien ce qui est premier ce n’est donc pas le lieu matériel du culte, le bâtiment église, mais bien les fidèles qui se rassemblent pour prier. En français nous écrivons église avec un petit « e » pour indiquer le bâtiment et Eglise avec un grand « E » pour signifier la communauté des croyants. En suivant cette seconde lecture de l’événement rapporté par l’Evangile, nous comprenons que le Carême est ce temps privilégié de grâce qui nous permet de faire le ménage dans le temple intérieur de notre âme. Quels sont les marchands qui nous habitent et que nous devrions chasser hors de nous pour l’amour de Dieu ? Le rappel des dix commandements dans la première lecture peut nous aider à identifier les zones de notre être qui ont besoin de purification. Relevons par exemple la sanctification du sabbat, donc du dimanche, mais aussi le péché de convoitise : Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne : rien de ce qui lui appartient.

vendredi 2 mars 2018

Quatrième dimanche du temps ordinaire / B



Marc 1, 21-28

28/01/18

Après avoir appelé ses quatre premiers disciples au bord du lac, Jésus commence avec eux sa mission. Nous avons entendu, dimanche dernier, le contenu de sa première prédication : Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. Il s’agit maintenant pour le Seigneur de présenter cette Bonne Nouvelle à ses contemporains. Pour ce faire il choisit un lieu et un jour : la synagogue de Capharnaüm et le sabbat. Saint Marc ne nous dit rien de l’enseignement donné par Jésus ce jour-là. Il se limite à décrire la réaction des auditeurs : ce prédicateur est différent des autres, il émane de sa personne une autorité particulière. Cela nous montre à quel point, dès le début, Jésus a touché les cœurs par sa parole. Puis survient l’intervention d’un homme tourmenté par un esprit mauvais. La prédication de Jésus est interrompue par ses cris. A travers la voix de ce pauvre homme, ce sont bien les démons qui s’expriment avec l’emploi du « nous ». Eux aussi comprennent qu’en Jésus réside une autorité toute divine et qui menace leur pouvoir. Puis le récit passe du « nous » au « je » : je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. L’homme possédé révèle l’identité messianique du nouveau prédicateur dans la synagogue. Il affirme que Jésus est en effet le Messie, l’envoyé de Dieu. Ce que Jésus refuse : silence ! Sors de cet homme. Ce n’est pas au démon de révéler qui est Jésus. Dans l’Evangile selon saint Marc, cette révélation de l’identité du Christ se fait par étapes, et elle implique une adhésion à sa personne par la foi et l’amour. Elle suppose toujours la liberté, donc le contraire de la possession démoniaque. Ce n’est que bien plus tard, au chapitre 8, que Pierre, l’un des premiers disciples, sera capable de faire cet acte de foi : Tu es le Messie. Et à ce moment-là, Jésus demande à Pierre et aux autres disciples de garder pour eux cette révélation, cette vérité sur sa personne. Un passage de la lettre de saint Jacques peut nous aider à comprendre pourquoi Jésus condamne au silence l’homme possédé qui confesse, presque malgré lui, dans les cris et la souffrance, qu’il est le Messie : Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi. Toi, tu crois qu’il y a un seul Dieu. Fort bien ! Mais les démons, eux aussi, le croient et ils tremblent. Homme superficiel, veux-tu reconnaître que la foi sans les œuvres ne sert à rien ?  La seule profession de foi que Jésus peut donc accepter est celle de la foi agissant par la charité. Comme l’affirme saint Paul, seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour. Les démons de par leur intelligence supérieure à la nôtre sont capables de dire une vérité sur Jésus, mais ils sont incapables d’aimer. Croire en la Bonne Nouvelle et se convertir sont donc une seule et même chose. L’autorité du témoignage de l’Eglise, comme de celui de chacun d’entre nous, provient de son engagement concret en vue de la libération de tout homme et de tous les hommes. Lorsque notre témoignage est animé par la foi qui agit grâce à l’amour, il révèle avec autorité qui est Jésus Seigneur. C’est en libérant du mal que Jésus manifeste qu’il est Seigneur. L’Eglise et les chrétiens participent à cette œuvre de salut en travaillant, avec la grâce de Jésus et l’inspiration de l’Esprit, à la libération intégrale de tout homme : libération tout d’abord du mal moral, le péché, et du Mal inspiré par Satan, Prince de ce monde, mais aussi du mal de la misère et de l’injustice. Le christianisme est un enseignement nouveau parce qu’il a le pouvoir non seulement de changer les cœurs de pierre en cœurs de chair, mais aussi de transformer les structures de péché régissant nos sociétés en bien commun. C’est tout l’objet de la doctrine sociale de l’Eglise, malheureusement trop méconnue par beaucoup de catholiques. A ce propos, le pape François affirme : un chrétien, s’il n’est pas un révolutionnaire en ce temps, n’est pas un chrétien.

dimanche 21 janvier 2018

Troisième dimanche du temps ordinaire / B

Troisième dimanche du temps ordinaire/B

Marc 1,14-20

21/01/17

Saint Marc nous livre dans l’Evangile de ce dimanche une description synthétique du commencement de la mission de Jésus. Ces quelques lignes dessinent le portrait de Jésus évangélisateur. Elles posent les fondements de sa mission, fondements qui resteront valables jusqu’au moment de sa Passion et de sa mort. Tout d’abord le Seigneur décide de commencer cette mission dans sa région, la Galilée, et non pas dans la capitale religieuse d’Israël, Jérusalem. Il fait le choix des périphéries pour reprendre un vocabulaire souvent utilisé par le pape François. Comme autrefois Jonas avait été envoyé, loin d’Israël, pour prêcher dans la grande ville païenne de Ninive… Après cette indication de lieu, nous trouvons une indication de temps : ceux-ci sont accomplis car le règne de Dieu est tout proche. Saint Paul traduit cette réalité en affirmant que ce monde tel que nous le voyons est en train de passer. En commençant sa mission, Jésus avait donc bien conscience d’inaugurer une nouvelle étape dans l’histoire de la relation entre Dieu et l’humanité, ce que nous appelons la nouvelle alliance. Voici plus de 2000 ans que nous sommes dans ces temps nouveaux, ceux de l’ère chrétienne comme nous le rappelle notre calendrier. Choix d’un lieu décentré, conscience d’un nouveau commencement, c’est dans ce contexte que Marc nous donne le résumé du message de Jésus : convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. La première partie de ce message n’a rien d’original, tous les prophètes avaient porté le même appel adressé sans relâche au peuple de Dieu. Mais pour Jésus se convertir c’est croire à l’Evangile, donc croire en sa parole. Sa parole est parole de Dieu et elle demande donc de notre part une adhésion par la foi. Qu’est-ce que la Bonne Nouvelle ? Ce sera l’objet précisément de tous les enseignements et des actes du Seigneur pendant les trois années de sa mission sur cette terre. Dès le départ, Jésus nous demande de l’écouter et de le suivre, et de recevoir ses enseignements non pas comme de simples conseils mais comme une parole de Dieu nous ouvrant le chemin d’une vie nouvelle. Jésus n’attend pas, nous le voyons, pour s’entourer de collaborateurs dans sa mission. Il n’est pas un prédicateur solitaire. Dès le début même de sa mission, il ressent le besoin d’appeler à sa suite quatre hommes, tous pêcheurs sur le lac de Galilée. A partir du moment où Jésus ouvre la bouche pour prêcher l’Evangile, l’Eglise commence en germe dans la petite communauté apostolique. A travers un jeu de mots, le Seigneur leur décrit ce que sera leur mission à sa suite : je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. C’est en vivant, jour après jour, la mission avec leur Maître, en l’écoutant et en le regardant agir, qu’ils deviendront apôtres, pêcheurs d’hommes. Ce qui signifie qu’ils recevront de Dieu la grâce pour attirer les hommes vers Jésus et leur donner le désir d’écouter et d’accueillir l’Evangile dans leur vie. Simon, André, Jacques et Jean sont des hommes de foi. Ils ont eu cette force extraordinaire de tout laisser pour suivre Jésus. C’est par le témoignage de leur foi qu’ils seront pêcheurs d’hommes. Leur nouveau travail consistera à amener à la foi en Jésus et en l’Evangile les hommes qu’ils rencontreront. Les apôtres de Jésus ne donnent pas la foi. Seul Dieu peut la donner. Mais ils ont pour mission de préparer les cœurs des hommes à l’accueil de la foi et de faire résonner l’Evangile à leurs oreilles. C’est encore aujourd’hui la mission de l’Eglise apostolique, fondée sur les apôtres, dans ces temps qui sont les derniers. Les conditions de vie de l’humanité et les mentalités religieuses ont radicalement changé en 2000 ans. Alors qu’au moment de la prédication de Jésus, la foi en Dieu était une évidence pour la plupart, aujourd’hui beaucoup considèrent Dieu comme une hypothèse inutile et sans fondement réel. Le témoignage de foi de la communauté chrétienne et son engagement inlassable au service de la justice et de la paix, dans un esprit de charité, peuvent éveiller le sens de Dieu, le sens de la transcendance chez nos contemporains. Aujourd’hui se convertir pour croire à l’Evangile signifie d’abord s’arracher à un univers matérialiste qui limite les désirs de l’homme à une perspective de fausse réussite purement terrestre par l’ambition, la gloire et l’argent. Ce faisant l’homme s’enferme dans la tristesse d’un monde clos, privé de transcendance et de valeurs éternelles. Ce n’est pas par hasard que le premier texte officiel du pape François s’appelle la joie de l’Evangile. Par une vie de foi, de charité et de prière, nous sommes, chacun pour notre part, des pêcheurs d’hommes, des témoins de ce que seul Jésus peut combler notre cœur d’une joie et d’une paix qui dépassent tout ce que nous pouvons désirer.


dimanche 7 janvier 2018

ÉPIPHANIE 2018

Épiphanie 2018

Matthieu 2, 1-12

L’Epiphanie nous raconte la visite des mages d’Orient auprès de l’enfant Jésus à Bethléem. Lorsque nous lisons le récit qu’en fait saint Matthieu, nous remarquons un mot qui revient souvent, celui de roi. Et ce mot ne s’applique pas aux mages, mais bien à Hérode le Grand et à l’enfant qui vient de naître. L’évangéliste met ainsi en parallèle la royauté d’Hérode et celle de Jésus. Hérode est roi de Judée mais il doit son pouvoir uniquement à la volonté des romains qui sont, en réalité, les vrais maîtres de la Judée, c’est donc un roi sous le contrôle de l’empereur de Rome. Jésus est né sous le règne du premier empereur romain, Auguste. Hérode a beau être un roi de pacotille, il tient énormément à cette part de pouvoir que Rome lui a concédé, et l’histoire a retenu sa cruauté pour se maintenir à tout prix à son poste. En face de lui, nous avons Jésus, non pas à Jérusalem, mais à Bethléem, la ville du grand roi David. Les mages parlent de lui en utilisant l’expression « roi des Juifs », tandis que les prêtres citent la prophétie de Michée parlant d’un chef-berger ou chef-pasteur du peuple d’Israël. D’un côté nous avons donc un roi mis en place par l’autorité romaine, et de l’autre un roi nouveau-né dont l’autorité vient de Dieu. L’étoile pour les mages, la prophétie pour les Juifs indiquent bien que ce roi n’est pas seulement un roi terrestre comparable aux autres, mais qu’il a un caractère divin. Hérode a acheté son pouvoir aux romains par l’argent, les mages reconnaissent le pouvoir de l’enfant grâce à l’étoile.


A ce premier parallélisme en correspond un autre dans le récit de Matthieu. Il y a donc deux rois, très différents et même opposés, il y a aussi deux réactions différentes et opposées face à la naissance de l’enfant Jésus. La réaction d’Hérode, homme d’ambition et de pouvoir, était prévisible : c’est la panique lorsqu’il entend parler d’un roi des Juifs. Il est bouleversé par la peur de perdre son pouvoir en Israël. Si son cœur avait été ouvert, il aurait compris que la royauté de cet enfant, d’un ordre totalement différent de la sienne, n’était pas un danger pour lui. Mais Hérode est purement terrestre et ne connaît pas l’existence des réalités spirituelles. Il est animé par l’esprit de ce monde, parfaitement bien résumé par saint Jean dans sa première lettre : N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde passe, et sa convoitise avec lui. Mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours. Les mages, des étrangers, des scientifiques, ont, eux, une disposition contraire qui leur fait entreprendre un long voyage pour honorer le nouveau-né. Aucun bouleversement, aucune inquiétude, mais seulement une très grande joie. L’une des leçons essentielles de l’Epiphanie pour nous est bien la suivante : chaque fois que nous reconnaissons humblement l’autorité de Dieu et sa manifestation parfaite dans la royauté du Christ, chaque fois que nous nous ouvrons à l’adoration de Dieu, nous recevons le don de la joie véritable, celui de la joie spirituelle. Par contre si notre cœur s’attache aux promesses de ce monde (gloire, pouvoir et richesse), nous ne pouvons pas connaître la paix du cœur et notre âme est sans cesse tourmentée, à l’image de celle d’Hérode. C’est l’occasion de nous rappeler quel est le fruit de l’Esprit Saint dans nos vies en citant l’apôtre Paul : voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. En ces domaines, la Loi n’intervient pas. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses convoitises.

dimanche 31 décembre 2017

LA SAINTE FAMILLE / Année B



31/12/17

Luc 2, 22-40

Le dimanche dans l’octave de la Nativité est celui de la sainte famille. Dans notre année liturgique, ce dimanche nous invite à contempler non seulement la famille de Jésus mais aussi sa vie cachée à Nazareth pendant 30 ans. Même si les Evangiles ne nous disent quasiment rien de cette vie cachée, c’est au sein de sa famille, en compagnie de Marie et Joseph, que Jésus s’est préparé longuement à sa mission.

L’Evangile de la présentation au temple met en avant la piété des parents de Jésus, leur fidélité à la loi de Moïse. La deuxième lecture nous invite à voir en Joseph et Marie des parents croyants. La foi est en effet la lumière qui les guide dans toutes leurs actions. Ce premier aspect de l’Evangile nous présente donc les parents de Jésus comme des modèles à imiter pour les parents chrétiens. Une famille chrétienne, c’est une famille dans laquelle Dieu n’est pas lointain ou étranger, c’est une famille dans laquelle la foi est cette boussole qui nous guide et nous oriente sur les chemins de la vie, dans les joies comme dans les épreuves. Dans ce contexte les parents sont les premiers témoins de la foi pour leurs enfants, essentiellement par leur exemple. Leur meilleure prédication se fait par le témoignage de leur vie. Des parents qui agissent et réagissent en croyants, qui jugent des choses de ce monde à la lumière de la foi, montrent dans leur vie quotidienne la présence et l’action de Dieu. Ils font comprendre à leurs enfants que la foi n’est pas une belle théorie, mais une force capable de transformer peu à peu notre vie et la société à laquelle nous appartenons.

L’intervention de Syméon et d’Anne, tous les deux remplis d’Esprit Saint, lors de la présentation de l’enfant Jésus, nous montre que la sainte famille n’était pas renfermée sur elle-même. Relevons en effet comment Joseph et Marie, pourtant privilégiés du point de vue spirituel, reçoivent grâce à Syméon et Anne une compréhension plus profonde de leur enfant. Jésus a été dès sa naissance et jusqu’à sa mort en croix une source d’étonnement pour ses parents. Mettre au monde des enfants implique toujours de se préparer à cet étonnement. Les enfants surprennent et leur évolution ne correspond pas toujours au projet de leurs parents. Dans une famille chrétienne, les parents donnent l’exemple de la foi et de l’amour pour Dieu et pour le prochain. Tout le reste est entre les mains de Dieu. Les parents n’ont pas le pouvoir de donner la foi à leurs enfants. Leur mission consiste à leur montrer humblement le chemin de la vie chrétienne. Par le baptême, ils offrent à leurs enfants le cadeau de la grâce divine pour qu’ils puissent être remplis de foi. Syméon voit en l’enfant Jésus un signe de contradiction ou de division. Il indique par-là la vocation particulière et unique de l’enfant par rapport à son peuple : il provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Grâce à l’Esprit Saint, Syméon permet aux parents de Jésus de comprendre dès le départ le caractère dramatique de sa mission. Cet enfant, en grandissant, les surprendra et sera pour eux une source de douleur lorsque sa mission s’achèvera sur la croix. Les parents chrétiens, eux aussi, ont besoin d’être ouverts aux autres, en particulier à des frères et sœurs dans la foi, pour mieux comprendre la destinée de leurs propres enfants.

Enfin la conclusion de l’Evangile nous indique quels sont les piliers de l’éducation chrétienne. Les parents sont là pour favoriser chez leurs enfants la croissance, celle du corps (il grandissait) par la saine nourriture et la santé physique, mais aussi celle de l’intelligence des choses (rempli de sagesse) par l’éveil culturel, et enfin la croissance dans la foi (la grâce de Dieu était sur lui).

lundi 25 décembre 2017

NATIVITÉ DU SEIGNEUR 2017


Noël 2017

Jean 1, 1-18

Le magnifique prologue de saint Jean célèbre le mystère de l’incarnation du Seigneur, Noël : et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Si nous méditons ce prologue en lien avec l’Evangile de saint Luc, celui de la messe de la nuit de Noël, alors nous comprenons que l’enfant né de la Vierge Marie, et couché dans la crèche, est le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu ! Le contraste est saisissant. Le nouveau-né, être fragile, faible et totalement dépendant, naissant dans le dénuement, et la Parole puissante de Dieu, la seconde personne de la Sainte Trinité ! Sous le regard de Joseph et de Marie, et, selon une pieuse tradition empruntée à Isaïe, sous le souffle de l’âne et du bœuf, la faiblesse du bébé est le signe paradoxal de la présence et de la puissance même de Dieu ! Ce bébé, incapable de proférer une seule parole intelligible, est la Parole même de Dieu ! C’est ainsi que Dieu choisit de se manifester et de se donner à nous en son Fils dans le mystère de l’incarnation. A partir de Noël, Dieu n’est plus seulement notre Père, il est aussi notre frère. Il n’est plus seulement dans les Cieux, image de sa transcendance, mais il se fait intérieur à chacun d’entre nous, infiniment proche, Emmanuel, Dieu avec nous.

Saint Jean nous fait contempler ce grand mystère de l’incarnation en lien avec celui de la création. Ou pour le dire autrement, l’incarnation du Verbe ne peut se comprendre que si nous la mettons en relation avec le projet créateur de Dieu. Ce n’est pas par hasard que Jean commence son prologue par ces paroles : au commencement était le Verbe. Tout connaisseur de la Bible y voit immédiatement une référence au premier verset du premier livre de la Bible, la Genèse : au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Ce n’est pas davantage par hasard que Jean nous présente le Verbe comme la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Ici encore la référence au chapitre premier de la Genèse est évidente et éclairante :

La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres. Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.
Grâce à ce parallèle avec le livre de la Genèse, Jean nous fait comprendre d’une manière très belle et profonde la signification du mystère de Noël. De la même manière qu’au premier jour de la création Dieu sépara la lumière des ténèbres, dans la nuit de la Nativité, il nous donne son Fils, parole de lumière pour vaincre nos ténèbres. Ce nouveau-né est le Verbe-Lumière par lequel Dieu vient commencer une nouvelle création. Noël, c’est donc le premier jour de cette création nouvelle dans les derniers temps. Noël, c’est déjà la victoire de la lumière sur les ténèbres du mal et du péché qui ont envahi le monde depuis le péché des origines. Mais cette victoire de la lumière ne s’impose jamais à nous dans l’ère chrétienne. Et Jean en est parfaitement conscient. Nous pouvons refuser de faire partie de cette nouvelle création. Nous pouvons refuser l’ère de grâce et de vérité inaugurée par Jésus. Et c’est ce refus qui blesse notre humanité aujourd’hui comme hier, et avec elle toute la création. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Si avec la naissance du Fils de Dieu commence une création nouvelle, cela signifie qu’il nous faut, nous aussi, renaître, connaître une nouvelle naissance, une renaissance spirituelle dans le Christ. Il nous faut naître de Dieu, comme le dit Jean. Jésus enseignera cette grande vérité à Nicodème : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Nous savons que cette nouvelle naissance commence par la grâce du baptême et le don de la foi. Mais c’est chaque jour que nous sommes appelés à faire partie de la création nouvelle par notre « oui » à la volonté de Dieu. Le mystère de l’incarnation pourra porter tous ses fruits dans notre vie de baptisés si nous mettons nos pas dans les pas de Jésus, Chemin nous conduisant vers la Vie. Lorsque saint Ignace de Loyola contemple l’incarnation du Seigneur dans ses Exercices spirituels, il propose un temps de prière au cours duquel nous sommes invités à demander une grâce au Verbe éternel incarné, celle de suivre et d’imiter davantage notre Seigneur, ainsi tout nouvellement incarné (n°109).

dimanche 17 décembre 2017

Troisième dimanche de l'Avent/ année B


Troisième dimanche de l’Avent/B

Jean 1,6-8.19-28

17/12/17

En ce troisième dimanche de l’Avent, nous retrouvons la figure de Jean le précurseur, voix qui crie à travers le désert. Le succès de sa prédication aux bords du Jourdain suscite la curiosité des autorités religieuses de Jérusalem. Face aux questions qui lui sont posé, Jean rend un témoignage. Tout d’abord celui de la vérité : Je ne suis pas le Messie. Pour se définir, Jean utilise une citation du prophète Isaïe : il n’est que la voix, criant dans le désert, pour préparer la venue de celui qui est la Parole, le Verbe de Dieu. Il rend aussi le témoignage de l’humilité : je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale, ce qu’on peut traduire de la manière suivante : je ne suis pas digne d’être l’esclave de Jésus, le Messie ! Dans le témoignage qu’il rend au Christ, je voudrais méditer une parole qui me semble particulièrement significative pour nous, disciples du Christ. A ceux qui lui posent tant de questions sur son identité et sur son activité, Jean répond : au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas, c’est-à-dire le Christ. Non seulement les prêtres et les Lévites ne connaissent pas le Christ qui vient à peine de se révéler aux foules en se faisant baptiser par Jean, mais trois ans plus tard ils ne le reconnaîtront pas davantage en le condamnant au supplice de la croix. A l’époque de la manifestation du Messie, il y eut comme un aveuglement de la part des élites religieuses, aveuglement qui les a empêchés de connaître Jésus de Nazareth. Qu’en est-il de nous chrétiens, plus de 2000 ans après ces événements ? Connaissons-nous vraiment le Christ ? Tout d’abord relevons qu’il se tient au milieu de nous. Par sa résurrection, le mystère de son Incarnation se prolonge dans le mystère de l’Eglise et sa présence nous est donnée : moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Cette présence du Seigneur nous est même intérieure puisque le Règne de Dieu est au milieu de nous, en nous. Alors connaissons-nous mieux le Christ que les prêtres et les lévites venus de Jérusalem ? Oui, nous le connaissons par le don de la foi, par les Evangiles et l’enseignement de l’Eglise. Mais en même temps nous ne le connaissons pas tant que nous n’avons pas fait l’expérience personnelle de la vie spirituelle, de la vie de communion quotidienne avec lui, dans le cœur à cœur de la prière et dans l’amour du prochain. Puisque Jésus est le Fils de Dieu, la Parole du Père, jamais sur cette terre il est possible de le connaître d’une manière achevée et parfaite. Notre connaissance de Jésus est donc par définition partielle et progressive, c’est un chemin qui doit nous permettre avec les années d’entrer toujours plus profondément dans la connaissance du mystère du Christ. Car la connaissance par la vie et le cœur est différente de la connaissance simplement intellectuelle. On peut très bien apprendre son catéchisme en une semaine, mais nous avons bien besoin de toute notre vie pour faire passer les vérités du catéchisme de la tête dans le cœur. Dans sa lettre aux Ephésiens, saint Paul nous parle de ce chemin progressif de connaissance :

De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.
La joie du troisième dimanche de l’Avent nous invite à reconnaître la présence du Christ au milieu de nous et en nous. Il nous appartient de toujours nous ouvrir davantage à cette présence, si discrète au milieu des bruits et de l’agitation de notre monde. Pour ce faire nous est donnée la grâce de la prière et de la méditation, ainsi que celle des sacrements, afin de progresser dans la connaissance du cœur jusqu’au jour où nous le connaîtrons pleinement, ayant atteint l’état de l’homme parfait et la stature du Christ dans sa plénitude.