dimanche 7 avril 2013

Deuxième dimanche de Pâques


2ème dimanche de Pâques / C

Jean 20, 19-31

7/04/2013

Pour le dimanche dans l’octave de Pâques la liturgie nous propose chaque année le même évangile, et cela pour les trois années liturgiques. L’évangile selon saint Jean que nous venons d’écouter nous rapporte en fait deux manifestations du Ressuscité aux disciples. La première le soir même de Pâques, la deuxième « huit jours plus tard ». Voilà ce qui explique le choix de la liturgie pour notre deuxième dimanche de Pâques appelé aussi depuis le 30 avril 2000 dimanche de la miséricorde divine.

Je me limiterai en ce dimanche à la première manifestation du Ressuscité le soir de Pâques.

Un premier élément intéressant de cet Evangile est le don du Saint-Esprit fait aux disciples le soir même de Pâques : « Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint ». Pour saint Jean la Pentecôte a donc lieu le même jour que la résurrection du Seigneur. Cela montre la très forte unité qui existe entre toutes les facettes de l’unique mystère du temps pascal : résurrection du Seigneur, Ascension et Pentecôte. Le don de l’Esprit Saint aux disciples et à travers eux à l’Eglise est une conséquence immédiate de la victoire du Christ sur la mort. Ce don est le premier fruit de Pâques. Certains biblistes font remonter ce don de l’Esprit au moment même de la mort de Jésus sur la croix. Saint Jean note en effet : « Il inclina la tête et il remit l’esprit ». Pour le quatrième évangéliste qui aime à parler de la glorification de Jésus dès le moment de la Passion tous les mystères de la vie du Christ sont profondément unis : de la nuit du vendredi saint à la lumière de l’aube de Pâques et jusqu’au don de l’Esprit.

Nous remarquons aussi que le don de l’Esprit est associé au don de la paix du Christ. Et que si le Ressuscité donne son Esprit c’est en vue du pardon des péchés. D’où le lien entre ce dimanche et le thème de la miséricorde divine. Pendant le carême nous avons entendu la parabole du père et de ses deux fils en saint Luc. Le jour de Pâques nous avons aussi entendu les paroles de Pierre : « Tout homme qui croit en Jésus reçoit par lui le pardon de ses péchés ». L’évangile de ce dimanche nous invite à faire un lien entre la paix donnée par le Christ et le pardon de nos péchés. Le sacrement du pardon appelé aussi confession, sacrement de la pénitence et de la réconciliation, est le sacrement par lequel le Christ nous remet aujourd’hui nos péchés. La paix intérieure va de pair avec la vérité et la droiture. Seule la vertu d’humilité nous permet de reconnaître en vérité nos faiblesses, nos fautes et nos péchés sans nous jeter dans le désespoir. Seule la vertu d’humilité nous fait reconnaître le besoin que nous avons du Sauveur dans nos vies. Lui seul en effet par le don de l’Esprit et le ministère de l’Eglise peut nous réconcilier avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Certains parmi vous ont peut-être connu l’époque où il fallait se confesser chaque semaine pour pouvoir communier le dimanche. Ce qui poussait certains fidèles à ne communier que très rarement, parfois une fois dans l’année, pour Pâques. De cet excès nous sommes tombés dans l’excès inverse. Se confesser c’est se regarder soi-même dans la lumière du Ressuscité et faire la vérité grâce à l’évangile. La phase de préparation personnelle à la confession est tout aussi importante que la célébration du sacrement lui-même. Qui parmi nous n’a pas fait l’expérience du déchirement intérieur décrite par saint Paul ?

Je sais que le bien n'habite pas en moi, je veux dire dans l'être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c'est d'avoir envie de faire le bien, mais non pas de l'accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas.

 

La paix du Christ ressuscité vient justement nous guérir de ce déchirement intérieur en nous permettant de faire le bien que nous désirons. Ainsi chaque fois que nous célébrons le sacrement de la réconciliation en ayant pris le temps de la préparation personnelle nous sommes fortifiés spirituellement. Nous faisons l’expérience que par notre foi en Jésus Sauveur nous avons « la vie en son nom ».

 

 

 

dimanche 31 mars 2013

Dimanche de Pâques



Pâques 2013

Jean 20, 1-9

31/03/2013

La solennité de Pâques est le sommet de notre année liturgique chrétienne. La résurrection du Seigneur ne doit jamais être séparée du don de l’Esprit Saint au jour de la Pentecôte. C’est la signification du temps pascal. La semaine de l’octave de Pâques jusqu’à dimanche prochain nous remet devant les yeux les diverses facettes de cet événement unique. Ensuite le temps pascal nous donne à voir les conséquences de la résurrection dans la vie de la première Eglise et dans la vie des disciples. En passant par l’Ascension le temps de Pâques nous fait comprendre que tout est orienté vers la Pentecôte, vers le don de l’Esprit qui est le fruit le plus important de la résurrection du Christ. Si le mystère de l’incarnation a eu des témoins humains comme Marie et Joseph, il n’en va pas de même du mystère de la résurrection. Si des êtres humains ont assisté à l’accouchement de la Vierge Marie, aucun homme n’a vu Jésus sortir vivant du tombeau. Ce tombeau dans lequel le corps du crucifié a été enfermé se trouvait dans un jardin à Jérusalem. Peut-être pour nous faire comprendre que Jésus est bien le nouvel Adam. C’est dans le jardin d’Eden qu’Adam et Eve ont perdu la vie de communion avec Dieu. C’est dans le jardin du tombeau que commence dans le Christ une nouvelle création et que se lève notre espérance. Tous les récits de Pâques nous parlent donc de ce qui s’est passé après la résurrection du Seigneur. En suivant notre mentalité bien humaine on aurait pu imaginer un scénario bien différent : le jour de Pâques comme celui de la revanche de Jésus sur ses ennemis et sur ses bourreaux. Le ressuscité aurait pu se montrer à Pilate, à Hérode et aux grands prêtres et ainsi les confondre d’une manière saisissante. Le triomphe de Pâques est un triomphe discret. Le Fils de Dieu a choisi de se manifester uniquement à ses amis et à ses disciples. Plus tard il fera une exception à cette règle en apparaissant à Saul pour en faire Paul, l’apôtre des nations. C’est ce que Pierre affirme dans la première lecture :

Et voici que Dieu l'a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts.

 

L’événement de la résurrection du Seigneur, aussi unique soit-il dans l’histoire de notre humanité, avait pourtant été prédit non seulement par Jésus lui-même mais par toute l’Ecriture : « Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Dans le plan de Dieu la résurrection constitue avec la Pentecôte l’aboutissement de toute l’histoire sainte. Ce qui signifie que la raison d’être de l’ancienne Alliance c’est justement le mystère pascal, mystère de mort et de résurrection du Fils unique de Dieu. Dans la deuxième lecture de cette messe saint Paul nous montre à quel point nous sommes concernés par la résurrection du Christ : « Vous êtes ressuscités avec le Christ ». Considérons avec attention le temps employé par Paul : le présent. L’apôtre ne nous dit pas : « Vous serez ressuscités avec le Christ après votre mort »… Cela veut dire que dès maintenant nous bénéficions des fruits de la résurrection du Seigneur, donc de la grâce pascale. Grâce qui irrigue toute la vie de l’Eglise en particulier par les sacrements. Nous avons été baptisés à un certain moment de notre existence. Mais nous devrions toujours parler de notre baptême au présent : nous sommes baptisés, c’est pourquoi nous sommes ressuscités, c’est pourquoi nous partageons déjà la victoire du Christ par notre foi. « Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés ». Je parlais du lien étroit entre Pâques et Pentecôte. C’est aussi vrai dans notre vie chrétienne. C’est par l’Esprit Saint, dans l’Esprit Saint que nous recevons jour après jour la grâce de vivre en ressuscités. Pâques signifie pour chacun d’entre nous une force, une vie et une espérance nouvelle. Même si notre vie reste cachée avec le Christ en Dieu, nous faisons déjà l’expérience en nous de la création nouvelle. Comment savoir si nous vivons bien de la grâce de notre baptême ? Comment savoir si nous nous laissons transformer par la grâce de la résurrection et le don de l’Esprit ? Tout simplement en nous demandant si notre vie correspond à ce que saint Paul appelle le fruit de l’Esprit :

Voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Face à tout cela, il n'y a plus de loi qui tienne. Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes. Puisque l'Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l'Esprit.

 


dimanche 24 mars 2013

Dimanche des rameaux et de la Passion


Dimanche des Rameaux et de la Passion / C

Luc 22, 14- 23,56

24/03/2013

La liturgie de ce dimanche marque d’une manière solennelle notre entrée dans la semaine sainte. Elle nous fait passer de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem à sa sortie hors des murs de la ville en direction du Golgotha. C’est une constante dans l’histoire de notre humanité : les foules sont changeantes et facilement manipulables. L’évangéliste Luc reconnaît quant à lui dans l’issue douloureuse et tragique du ministère public de Jésus l’accomplissement des prophéties. Bref la Passion et la mort du Seigneur ne sont pas seulement dues aux foules changeantes, à la jalousie des prêtres et à la lâcheté de Pilate… Derrière tout cela il y a la volonté du Père en vue de notre salut et de celui de tous les hommes sans exception.

Je voudrais méditer en particulier deux aspects de ce récit de la Passion tel que nous venons de l’entendre en saint Luc.

Tout d’abord à partir de la figure de Barabbas emprisonné par Pilate pour « un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville ». Ce Barabbas était probablement un zélote, un de ces Juifs fanatiques et nationalistes n’hésitant pas à recourir à la violence pour chasser hors du pays la puissance romaine et païenne. Plus intéressant encore est le sens de son nom. Barabbas signifie en effet « le fils du père ». Symboliquement cela montre que les chefs religieux (et une partie du peuple avec eux) ont préféré faire libérer ce faux fils du père qui est en fait un rebelle Juif, violent et respirant la vengeance, tout en rejetant Jésus, le vrai et unique Fils du Père, venu nous apporter la paix et le pardon. On peut aussi comprendre que Barabbas nous représente tous en tant que pécheurs. Dans la Passion c’est bien Jésus l’innocent qui souffre et meurt à la place des pécheurs. Dans le récit historique la condamnation de Jésus a pour effet la libération de Barabbas. Dans l’action de la grâce divine la mort de Jésus nous obtient le pardon de nos péchés et la réconciliation avec Dieu et entre nous.

De ce récit infiniment riche en enseignements je voudrais aussi commenter les insultes et les moqueries adressées au Seigneur mourant sur la croix. Ecoutons à nouveau cette partie du récit de la Passion :

Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »

 

Trois catégories de personnes (les chefs du peuple, les soldats et l’un des malfaiteurs crucifiés avec Jésus) lui adressent en substance le même message : Sauve-toi toi-même puisque tu es le Messie et le roi des Juifs ! Nous sommes bel et bien au moment décisif de la dernière tentation du Christ annoncée par saint Luc après l’épisode des tentations dans le désert : le diable s’éloigna de Jésus « jusqu’au moment favorable ». Le moment de la Passion est en effet celui de la « domination des ténèbres ». Entre le début du ministère public et la fin le diable n’a pas changé de tactique. Souvenez-vous l’Evangile du premier dimanche de Carême :

 

Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.

Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.

 

Sur la croix Jésus ne cède pas à la tentation de se sauver lui-même et de faire ainsi un miracle éclatant en descendant de l’instrument de son supplice. Ce n’est pas de cette manière qu’il veut révéler sa royauté et sa qualité de Fils unique du Père. Au contraire il exprime sa confiance absolue envers son Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ». C’est en effet le Père qui le ressuscitera d’entre les morts dans la puissance de l’Esprit. La tentation adressée au Christ dans son humanité est aussi la nôtre. C’est celle de l’homme orgueilleux qui pense pouvoir se sauver lui-même par les progrès de la technique et de la science. Or sans la sagesse qui nous vient de la prise de conscience de notre dépendance vis-à-vis du Créateur nous allons droit dans une impasse. L’histoire récente nous montre à quel point le progrès des techniques et des sciences est ambigu et comment il se retourne souvent contre l’homme se croyant tout-puissant. Plus que jamais notre monde contemporain gouverné par la seule soif du pouvoir et du profit a besoin de redécouvrir dans le Christ crucifié la puissance du salut de Dieu. Pour cela faut-il encore reconnaître dans un acte d’humilité nos faiblesses et nos limites ainsi que nos propres échecs, tant au niveau personnel que communautaire.

La méditation de la Passion doit nous amener à faire nôtres les paroles de l’apôtre Paul :

 

La folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme.

 

 

dimanche 3 mars 2013

Troisième dimanche de Carême


Luc 13, 1-9

3/03/2013

L’évangile de ce dimanche part d’un fait d’actualité (l’affaire des Galiléens) pour ensuite se développer en deux parties. Dans un premier temps Jésus commente l’actualité d’un point de vue théologique, c’est-à-dire en se référant au projet de Dieu pour notre humanité. Ensuite il propose à ses auditeurs la parabole du figuier stérile. Le point commun entre ces deux parties est bien l’appel à la conversion, thème classique pour le temps du Carême.

A la nouvelle des Galiléens massacrés par Pilate le Seigneur ajoute lui-même un autre exemple pour illustrer sa pensée : la chute de la tour de Siloé. Un dictateur qui massacre des gens en train de prier, un bâtiment mal entretenu ou mal construit qui s’écroule : ces exemples nous montrent la présence du mal dans notre monde. Ce mal ne peut être attribué à Dieu dans les deux cas mais plutôt à la responsabilité de l’homme. Mais si des gens viennent rapporter l’affaire des Galiléens à Jésus c’est que spontanément ils en font une interprétation théologique. Ils adhèrent probablement à la théorie traditionnelle selon laquelle le mal qui nous arrive est toujours plus ou moins une punition de Dieu. Ou pour le dire autrement ce n’est pas par hasard que ces Galiléens ont été massacrés et que dix-huit personnes ont trouvé la mort à cause de la chute d’une tour. Dans son commentaire le Seigneur remet en cause la théorie traditionnelle qui lie le mal à un péché que l’on aurait commis : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien non, je vous le dis ». Cela signifie que le mal peut nous frapper de manière aveugle et absurde. Dans l’évangile selon saint Jean Jésus rectifie aussi la croyance traditionnelle qui faisait un lien entre une maladie ou un handicap et le péché. A la question de ses disciples (« Qui a péché pour qu’il soit ainsi aveugle ? Est-ce lui ou ses parents ? ») Jésus répond : « S’il en est ainsi, ce n’est pas à cause d’un péché, de lui ou de ses parents, mais pour qu’une œuvre de Dieu, et très évidente, se fasse en lui ». Notons au passage le retard théologique des disciples qui croyaient encore que le péché des parents pouvaient retomber sur les enfants alors que le prophète Ezéchiel avait enseigné la responsabilité personnelle dans le mal que nous pouvons commettre. Quel est donc le sens du massacre des Galiléens et de la chute de la tour ? Ce mal qui nous frappe de manière absurde devrait nous convaincre de l’urgence de notre conversion. Le mal dont nous sommes les responsables ne tue pas en effet notre corps mais menace la vie de Dieu en nous. Le péché affaiblit notre capacité à vivre en fils de Dieu et en frères. Qu’est-ce que donc que la conversion ? La parabole du figuier stérile répond à cette question. Se convertir c’est se mettre dans de bonnes dispositions pour porter les beaux fruits que Dieu attend de nous. La justice de Dieu ne s’exercera de manière définitive qu’au jour de notre mort. Le temps de notre vie est celui de la patience et de la miséricorde de Dieu. Ce que Jésus nous enseigne ici au niveau de la vie spirituelle est aussi valable au niveau simplement humain. Que de crises n’avons-nous pas connu ces derniers temps ? Financière, économique, écologique, sanitaire, alimentaire etc. Or nous constatons que malgré ces crises à répétition les réformes nécessaires ne sont pas prises. On remet toujours à demain ou bien l’on dit que c’est impossible. Nos gouvernants semblent paralysés ou impuissants. L’homme semble ainsi fait qu’il ne changera qu’in extremis, au moment où la crise sera tellement grave qu’elle menacera son existence même sur la planète. L’homme ne tient pas compte des avertissements que la réalité lui envoie lorsque le système qu’il a mis en place est injuste et mauvais, finalement stérile comme le figuier de la parabole. Ne reproduisons pas dans notre vie spirituelle l’inertie de nos gouvernants. Le Carême a pour but de nous réveiller de notre torpeur spirituelle et de nous remettre devant nos responsabilités par rapport au mal qui sévit dans notre monde. Dieu nous fait le don de la liberté et avec sa grâce nous sommes capables de changer nos cœurs menacés par l’égoïsme et la cupidité. Il est toujours possible de porter aujourd’hui les fruits que Dieu attend de nous : paix, amour, réconciliation, solidarité, combat pour la justice etc. N’attendons pas pour cela qu’une tour nous tombe sur la tête !

dimanche 24 février 2013

Deuxième dimanche de Carême


Deuxième dimanche de Carême / C

Luc 9, 28-36

24/02/2013

Dimanche dernier nous avons entendu le diable défier Jésus dans le désert : « Si tu es le Fils de Dieu… ». Aujourd’hui nous entendons sur la montagne la voix du Père déclarer : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le ». Et dès le début de sa mission, lors de son baptême par Jean, Jésus reçoit le témoignage du Père : « Tu es mon Fils : moi aujourd’hui je t’ai engendré ». C’est donc Dieu le Père qui est le garant de l’identité profonde et véritable de cet homme nommé Jésus de Nazareth. Au baptême comme à la transfiguration Jésus se laisse révéler aux hommes par son Père. Il n’a rien à prouver par lui-même, surtout pas au diable.

L’événement de la transfiguration du Seigneur s’éclaire d’une lumière plus vive si nous le contemplons dans son contexte. Moïse et Elie parlent du départ de Jésus à Jérusalem. Cette vision sur la montagne annonce donc les derniers jours du Christ et le dénouement dramatique de sa vie et de sa mission sur la croix. Avant et après la transfiguration nous trouvons dans l’évangile selon saint Luc des références précises à la Passion du Christ. Avant il s’agit de l’annonce de la Passion, juste après la profession de foi de Pierre : « Le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup et être rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les maîtres de la Loi. Il sera mis à mort et le troisième jour il ressuscitera ». Une fois descendue la montagne de la transfiguration Jésus revient sur ce qui l’attend à Jérusalem : « Vous, mettez-vous bien ceci dans la tête : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes ». Si nous regardons le contexte plus large nous pouvons aussi faire un rapprochement entre la transfiguration sur la montagne et l’agonie sur le mont des oliviers : les mêmes disciples sont choisis pour en être les témoins (Pierre, Jacques et Jean), les disciples sont accablés de sommeil et dans les deux scènes Jésus prie son Père. Que retirer de tout cela ? L’évangile fait un lien très fort entre la gloire de Jésus manifestée sur la montagne et son abaissement volontaire dans la Passion. Le visage transfiguré et la face défigurée nous renvoient au même mystère du Fils de Dieu. Les vêtements d’une blancheur éclatante et Jésus nu sur le bois de la croix nous parlent de la même personne.

Pierre, Jacques et Jean ont pu entrevoir sur la montagne la gloire de Jésus, c’est-à-dire le rayonnement de sa divinité à travers son corps glorieux. Ils ont pu deviner sur son visage transfiguré le mystère de cette relation unique qui l’unit à son Père. Et cette contemplation a ravi leurs cœurs dans la beauté qui est celle-là même de la gloire divine. Pierre a désiré que cet instant de bonheur absolu dure le plus longtemps possible : « dressons donc trois tentes… ». La transfiguration annonce la gloire de la résurrection après le départ de Jésus. Marie-Madeleine en rencontrant son Seigneur ressuscité aura la même réaction que Pierre si bien que Jésus lui dira : « Ne me retiens pas … ». Comme le dit Paul dans la deuxième lecture nous sommes « citoyens des cieux ». Mais tant que nous vivons dans notre condition mortelle sur cette terre nous ne pouvons pas contempler la gloire de Jésus si ce n’est de manière indirecte et transitoire. Il nous faudra nous aussi passer par la mort pour accéder à la communion définitive avec Dieu Trinité et connaître la glorification de notre âme et de notre corps. Depuis le jour de notre baptême Dieu nous dit : « Tu es mon fils, ma fille ». Nous espérons que lors du face à face avec lui, quand sa gloire se révélera à nous, nous entendrons à nouveau ces paroles pleines de tendresse et d’amour. En attendant la meilleure façon que nous ayons de nous préparer à cette rencontre décisive c’est bien la prière, celle-là même qui faisait dire à l’auteur du psaume : « Mon cœur m’a redit ta parole : cherchez ma face. C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face ». En écoutant et en mettant en pratique la parole du Christ nous sommes sur un chemin sûr. A travers ombres et lumières Dieu ne manquera pas de nous guider jusqu’à lui, jour après jour.

dimanche 17 février 2013

Premier dimanche de Carême


Luc 4, 1-13

17/02/2013

Au commencement de notre Carême l’Eglise nous emmène au désert avec Jésus. Les quarante jours qu’il y a vécu, juste après son baptême, constituent une préparation aux trois années de sa vie publique. Saint Luc insiste sur le fait que c’est « conduit par l’Esprit » que le Seigneur quitte les lieux habités pour se rendre au désert. Cette expérience de solitude et d’ascèse est donc une expérience spirituelle. Les quarante jours de notre Carême sont aussi une expérience spirituelle forte. Le Carême pour nous chrétiens est un peu notre retraite annuelle même si nous n’allons pas au désert. Ce qui signifie que le Carême est un temps privilégié pour nous laisser conduire par l’Esprit à la rencontre de Dieu notre Père. Tout en conservant nos activités habituelles nous pouvons faire retraite comme Jésus. C’est-à-dire prendre du recul par rapport à tout ce qui préoccupe notre esprit et aussi par rapport à nos projets immédiats. Le désert signifie symboliquement cette prise de distance sans laquelle nous perdons notre véritable liberté. Ceux qui analysent la crise de notre monde actuel, et même certains économistes qui tentent de la comprendre, tombent souvent d’accord sur le fait que notre société est construite sur une vision à court terme. C’est la raison pour laquelle elle s’autodétruit et avec elle notre planète en répétant qu’il n’y pas d’alternative… donc plus de liberté possible. Le séjour de Jésus au désert nous redit l’importance du long terme, c’est-à-dire d’une vie orientée selon des principes spirituels solides. Je dirais que l’Esprit de Dieu c’est vraiment celui qui nous inspire, celui qui nous donne du souffle. Ce qui menace notre société c’est bien le manque d’inspiration, le manque de souffle pour des projets à long terme et par conséquent le manque de courage. On nous répète que nous devons nous résigner face à la fatalité de la crise. Le désert symbolise aussi l’importance du silence même si les bruits de la nature s’y font entendre. Notre Carême peut être l’occasion de nous poser la question de notre environnement sonore. Ce temps liturgique est probablement une grâce pour savoir à nouveau goûter le silence. Il est toujours possible, si nous le voulons, de réduire l’emprise de la télévision, de l’ordinateur, du portable et de la musique comme bruit de fond sur nos personnes. Cela au profit bien sûr de la méditation, de la lecture et de la prière. A travers la pratique du jeûne, en particulier chaque vendredi de Carême, nous pouvons aussi redéfinir notre relation à la nourriture. Car le jeûne ce n’est pas seulement se priver de nourriture, s’abstenir de manger. C’est peut-être aussi redécouvrir le respect pour cette nourriture que nous avons la chance d’avoir chaque jour à notre disposition, le respect pour le travail de ceux qui l’ont produite, en premier lieu les agriculteurs, et par conséquent supprimer de notre comportement le gaspillage. L’acte humain de manger a un aspect sacré. Le Carême nous encourage à prier ensemble avant de nous mettre à table si nous ne le faisons pas de manière habituelle. Le jeûne du Carême est aussi une invitation à redécouvrir la joie de la sobriété et de la simplicité dans le domaine de la nourriture.

Au bout de ses quarante jours de retraite et de jeûne Jésus eut faim, et c’est bien compréhensible ! C’est alors que le démon entre en scène. Je ne vais pas me lancer dans un commentaire détaillé des trois tentations. Dans deux tentations sur trois le démon commence en disant : « Si tu es le Fils de Dieu… ». Le tentateur connaît l’identité de Jésus ainsi que son besoin physique de nourriture. Il part donc de la réalité d’une situation concrète. Le danger de toute tentation se trouve ici résumé : de la vérité de notre être elle nous entraîne peu à peu dans une démission de notre liberté. N’étant plus dans la vérité nous nous séparons de Dieu notre Père. Où Jésus trouve-t-il la force de résister à cette mise à l’épreuve ? Dans la Parole de Dieu : « Il est écrit… ». Le Carême est aussi un temps privilégié pour la méditation priante de la Parole de Dieu, en particulier des Evangiles. C’est ainsi que nous fortifierons en nous l’homme intérieur, l’homme rempli de l’Esprit Saint, et que nous aurons la joie de grandir dans la foi, l’espérance et la charité.

dimanche 3 février 2013

4ème dimanche du temps ordinaire


4ème dimanche du temps ordinaire / C

Luc 4, 21-30

3/02/2013

Dimanche dernier j’ai commencé le commentaire de l’évangile que nous venons d’entendre à l’instant. En effet il me semblait difficile de séparer, comme le fait la liturgie, ces deux textes de saint Luc qui forment une unité littéraire. Nous sommes donc toujours dans la synagogue de Nazareth, au début de la vie publique du Christ. Jésus, un enfant du pays, s’identifie au prophète dont parle Isaïe. Il donne ainsi à ses compatriotes le sens de sa mission : il est venu de la part de Dieu pour apporter aux pauvres la Bonne Nouvelle et proclamer une année de grâce. C’est la première partie de sa prédication. La réaction de l’auditoire est partagée entre l’admiration et l’étonnement : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Ou pour le dire autrement : comment se fait-il qu’il prêche si bien alors que nous le connaissons si bien, lui et ses origines ? Cette réaction d’étonnement est proche du doute. Ce qui vient de se passer dans leur synagogue apparaît aux habitants de Nazareth comme incroyable. Ils ne peuvent pas croire que le fils du charpentier soit réellement le prophète annoncé par Isaïe autrefois. Nous touchons ici du doigt les conséquences de l’incarnation. A partir du moment où Dieu accepte d’assumer en son Fils bien-aimé notre nature humaine il prend un risque. Le risque de ne pas être compris, celui d’être rejeté. Dieu en voulant se faire le plus proche possible de nous ne pouvait que susciter cet étonnement. Le contraste entre l’origine humble et pauvre de Jésus et le message de grâce qui sort de sa bouche constitue une pierre d’achoppement pour ses compatriotes. Au début de l’évangile selon saint Jean, Nathanaël s’exclame : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Dieu aurait pu choisir un autre enracinement familial pour la venue de son Fils parmi nous : le faire naître à Jérusalem dans une famille de grands prêtres par exemple. A ce prestige humain il a préféré une incarnation dans la simplicité aux frontières nord d’Israël, dans cette Galilée méprisée des bons Juifs de Jérusalem. D’où l’incompréhension des habitants de Nazareth eux-mêmes. Ce qui montre que dans leur mentalité Dieu ne pouvait pas se révéler à travers une personne simple, une personne de leur rang. D’où la sentence de Jésus : « Aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays ».

Jésus, devinant l’incompréhension de ses compatriotes, va poursuivre sa prédication. Il va tenter d’ouvrir leur esprit et surtout leur cœur aux dimensions du cœur même de Dieu. En citant les bienfaits que Dieu a accordés autrefois à des étrangers de préférence à des Juifs il va se mettre à dos tout son auditoire et le plonger dans une colère noire, une colère homicide. Pourquoi donc ? Ceux qui fréquentaient la synagogue de Nazareth avaient oublié, volontairement peut-être, l’universalité du message du salut. Ils s’étaient forgé une religion à leur mesure en mettant Dieu au service exclusif d’Israël et peut-être même de Nazareth. Leur culte de Dieu avait dévié dans un patriotisme religieux ou un nationalisme ayant Dieu pour caution. Cette tentation est restée présente tout au long de l’histoire du christianisme. Qu’il nous suffise de penser au Gott mit uns de l’armée allemande ou au God bless America du patriotisme étasunien. Ces formules utilisées dans des nations à majorité chrétienne auraient dû susciter le rejet, du moins le questionnement. Car si Dieu est du côté des allemands, alors qu’en est-il des français ? Si Dieu bénit l’Amérique, cela signifie-t-il qu’il se désintéresse des autres nations ? Ces formules ne sont en fait que la reprise de la notion, mal comprise, de peuple élu. Lors de mes voyages aux Etats-Unis j’ai toujours été assez choqué de voir dans le sanctuaire des églises catholiques, souvent au même niveau que le tabernacle, la bannière étoilée qui, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas un élément de la liturgie catholique… Ce mélange de religion et de patriotisme affiché met de côté le sens même du mot catholique qui signifie universel, donc ouvert aux autres. Je me souviens aussi de mes années de curé de campagne dans le Vaucluse et des terribles querelles de clochers entre personnes soi-disant catholiques et séparées entre elles par seulement cinq kilomètres… En tant que catholiques il nous arrive de nous retrouver au même niveau, tellement humain et indigne d’hommes de foi, que celui des habitants de Nazareth. Il est donc essentiel pour nous de comprendre le sens de l’élection du peuple d’Israël, choisi par Dieu non pas parce qu’il était meilleur que les autres peuples, non pas pour entretenir un nationalisme exacerbé, mais bien pour être la lumière de toutes les nations. Jésus au commencement de sa prédication nous rappelle que Dieu son Père est le Père et le créateur de tous les hommes et que ce sont toutes les nations qui sont appelées à entrer dans la Nouvelle Alliance. Le terme d’étranger n’a plus aucun sens quand nous raisonnons à ce niveau-là, c’est-à-dire au niveau du projet même de Dieu pour notre humanité. Saint Paul qui s’est donné corps et âme à l’évangélisation des peuples avait parfaitement compris les conséquences de la foi chrétienne :

En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus.