dimanche 1 juillet 2012

13ème dimanche du temps ordinaire


L’Evangile de ce dimanche nous rapporte deux miracles de Jésus. Comme souvent dans ce genre de situation le Seigneur fait un lien entre son action et la foi de ceux qui en bénéficient. Le cas de la femme malade est particulièrement éloquent : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serais sauvée ». Et Jésus qui a guéri cette femme à son insu reconnaît sa foi : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal ». Cette femme malade depuis longtemps nous fait aussi penser à la foi du centurion romain : « Dis un mot seulement et mon serviteur sera guéri ». C’est ce magnifique acte de foi que nous reprenons dans la liturgie de la messe juste avant de communier. Et Jésus ne cache pas son admiration face à tant de foi : « En vérité, je vous le dis, je n’ai rencontré une telle foi chez personne en Israël ». Dans le cas de la fille de Jaïre la situation empire alors que le Seigneur se dirige vers la maison où elle se trouve. On lui fait savoir qu’elle vient de mourir. C’est alors une invitation à la foi que Jésus fait à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ». Tous ces récits de miracle sont pour nous l’occasion de réfléchir au sens de notre prière de demande. Il est fréquent que nous demandions au Seigneur la guérison pour telle ou telle personne. Dans quel esprit devons-nous prier ? D’un côté Jésus nous recommande la prière de demande : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte. Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre. Et il n’hésite pas à nous inviter à une prière persévérante, une prière qui ne se décourage pas. Deux petites paraboles illustrent cet enseignement dans les Evangiles : celle de l’ami importun et celle de la veuve et du juge. C’est la foi et la confiance en la puissance bienfaisante de Dieu qui nous permettent de prier ainsi. En même temps Jésus nous demande de nous en remettre à la volonté divine : Que ta volonté soit faite ! Et l’introduction au « Notre Père » en saint Matthieu est on ne peut plus claire : Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l'ayez demandé. Ces enseignements pourraient nous paraître contradictoires. En fait c’est une même attitude de foi qui motive les deux manières de prier. C’est bien parce que je crois que Dieu est un Père plein de bonté que je me permets de lui demander dans ma prière des grâces précises pour moi ou pour les autres. Et c’est aussi parce que je crois que la providence divine veille sur moi et sur les autres que je m’en remets à elle. Dieu sait mieux que moi-même ce qui est le meilleur. En fait il n’y a qu’une attitude dans la prière de demande. Je peux demander une guérison par exemple mais toujours en ajoutant : « Que ta volonté soit faite ! » Le fait de demander va de pair avec l’abandon confiant en la providence divine. Le fait que je ne sois pas exaucé ne signifie pas forcément que je manque de foi. Souvenons-nous que Jésus n’a pas guéri tous les malades ni ressuscité tous les morts. Or il aurait pu le faire par une seule pensée ou une seule parole. Les miracles renvoient à autre chose qu’à eux-mêmes. Ils nous parlent du mystère de la vie et de la mort. Ils ne sont pas pour Jésus le moyen de se faire de la publicité facile et d’obtenir le succès qui serait celui d’un gourou : « Jésus leur recommanda avec insistance que personne ne le sache ». Le Seigneur demande toujours la discrétion quand il opère une guérison, même s’il y a des témoins. La manière dont est décrite le retour à la vie de la fille de Jaïre nous montre le sens du miracle : « L’enfant n’est pas morte : elle dort… ». Saint Paul reprendra ce verbe pour parler des chrétiens qui sont morts : ils dorment. Non pas pour nier la dure réalité de la mort mais pour signifier l’espérance de la résurrection. « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ». Ce signe éclatant de la puissance de Jésus sur les forces de la mort annonce le grand signe de sa propre résurrection. Résurrection qui n’est pas seulement un retour à la vie, mais une entrée dans la gloire et une victoire définitive sur la mort. Par notre foi et notre baptême nous sommes déjà ressuscités. Nous sommes les temples de l’Esprit Saint :
Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore. Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance ; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance ; voir ce qu'on espère, ce n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment peut-on l'espérer encore ? Mais nous, qui espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persévérance.



dimanche 24 juin 2012

Nativité de saint Jean Baptiste


Dans notre année liturgique chrétienne nous fêtons trois naissances : celle du Seigneur Jésus, celle de Notre-Dame et enfin celle de Jean-Baptiste. Parmi les saints du calendrier Jean a donc un statut unique. Toutes les fêtes des saints correspondent en effet à la date de leur mort ou de leur martyre. Et c’est le 29 août que nous faisons mémoire du martyre de Jean. Pourquoi donc l’Eglise dans sa liturgie accorde-t-elle à Jean une place particulière parmi les autres saints ? Parce qu’il se situe à une période charnière de l’histoire du salut. Il est le dernier des prophètes. Il est le seul parmi les prophètes à avoir vu le Christ. Les autres n’ont fait que l’annoncer. Jean est celui qui fait passer l’Ancienne Alliance dans la Nouvelle.
La liturgie de la Parole exprime à la fois la continuité de Jean avec les prophètes qui l’ont précédé et sa nouveauté. La première lecture est un magnifique texte du livre d’Isaïe dans lequel un prophète décrit sa vocation et sa mission. Avant même notre naissance Dieu a un projet pour nous. En nous créant dans le sein de notre mère il nous donne une vocation. Certes nous ne sommes pas tous appelés à avoir une mission comme celle de Jean. Mais tous nous sommes appelés à la sainteté en cherchant la volonté du Seigneur dans nos vies et en y répondant généreusement. La première lecture et le psaume nous redisent que notre existence ici-bas n’est pas seulement le fruit de l’union charnelle de notre père et de notre mère. Dans cette union Dieu créateur est présent. Nous sommes créés à son image et selon sa ressemblance. Et c’est le fondement même de notre dignité humaine. Nous appartenons bien sûr au règne animal mais à l’intérieur de ce règne nous constituons l’espèce humaine en raison d’un don particulier de Dieu et de son appel : « J’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force ». A cette affirmation du prophète répond celle du psaume 138 : « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis ». Par son appel, Dieu notre Père fait de nous des co-créateurs, c’est-à-dire des êtres capables de continuer et d’achever sa création. Nous sommes responsables devant Dieu de sa création. D’où l’urgence de développer chez tous les chrétiens un engagement écologique fort. Après l’échec de Copenhague, les politiciens réunis à Rio ont une fois de plus enterré le changement nécessaire dans notre attitude vis-à-vis de la création. Nous savons désormais que ce sont les citoyens et les associations qui pourront faire bouger les choses.
Jean se situe donc dans la continuité des prophètes de l’Ancien Testament. Mais il annonce aussi la nouveauté du Christ. Le nom que ses parents veulent lui donner, nom donné par l’ange Gabriel, est un nom nouveau dans la famille : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » Et comme souvent dans la Bible un nom a un sens, un nom annonce la mission de l’enfant qui vient de naître. Jean signifie « Dieu fait grâce ». Et comment ne pas penser ici à ce que Jean l’évangéliste écrit dans son prologue ?
Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce : après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Le nom nouveau de Jean, un nom qui vient du ciel et non pas de sa famille, annonce bien ce que sera notre condition de chrétiens. Par le baptême nous entrons en effet dans une famille nouvelle, celle des enfants de Dieu, une famille dans laquelle les liens spirituels sont plus importants que ceux de la chair, et c’est encore le prologue de Jean qui peut nous éclairer :
Mais tous ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, ni d'une volonté d'homme : ils sont nés de Dieu.
Fêter la naissance de Jean c’est donc célébrer avec gratitude le nom nouveau que nous avons reçu au jour de notre baptême. Si à ce nom nouveau nous faisons correspondre, par la grâce de Dieu, une vie nouvelle, alors nous serons admis dans le Royaume de Dieu. Là, dans la communion de Dieu Trinité, notre vie humaine et chrétienne s’épanouira en plénitude, selon la promesse contenue dans le livre de l’Apocalypse :
Au vainqueur je donnerai de la manne cachée ; je lui donnerai aussi une pierre blanche, avec, écrit sur cette pierre, un nom nouveau que personne ne connaît sauf celui qui la reçoit.




dimanche 17 juin 2012

11ème dimanche du temps ordinaire

Après les fêtes de la Sainte Trinité et du Saint-Sacrement nous reprenons la liturgie du temps ordinaire avec la lecture continue de l’Evangile selon saint Marc (année B). L’Evangile de ce dimanche, au chapitre 4 de saint Marc, nous fait entendre la prédication de Jésus dans les premiers temps de son ministère public en Galilée. L’évangéliste a regroupé dans ce chapitre l’enseignement en paraboles. Les deux paraboles que nous venons d’entendre nous parlent du Règne de Dieu. Elles constituent une reprise et un développement de la toute première prédication du Seigneur après les tentations au désert : « Les délais sont accomplis, le Règne de Dieu est là, convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ! » En la personne de Jésus le Règne de Dieu est donc déjà là, déjà présent, déjà agissant au milieu des hommes. La première parabole est celle de l’homme qui jette le grain dans son champ. Ce grain c’est, entre autres choses, le bon grain de la Parole de Dieu. En nous donnant cette parabole Jésus nous demande de faire un acte de foi en la présence du Règne de Dieu au milieu de nous. Il nous demande en fait de lui faire totalement confiance car il est le maître de la moisson. Cette parabole s’adresse en particulier à tous ceux parmi nous qui ont des responsabilités familiales, professionnelles, éducatives. Elle concerne autant les parents, que les professeurs ou les prêtres. Tous nous ressemblons à cet homme qui sème le grain. La parabole, contrairement à ce que pourrait laisser penser une lecture superficielle, ne nous encourage pas à la paresse ou à la négligence. Nous avons à faire notre travail : semer le grain et moissonner. Mais nous devons toujours nous souvenir que c’est la force de Dieu et elle seule qui fera porter du fruit à notre travail. Une fois que nous avons semé, nous devons faire confiance à l’œuvre de Dieu. Et ce n’est pas parce que nous ne voyons pas de résultats visibles et immédiats que nous devons douter de l’œuvre de Dieu ou encore culpabiliser. Cette parabole nous invite aussi à la patience. Dans le domaine du Règne de Dieu il est dangereux d’appliquer les règles de la productivité capitaliste. La logique du Règne de Dieu est totalement opposée aux slogans de notre économie : produire toujours plus, toujours plus vite et à un prix toujours plus bas. L’œuvre de Dieu se réalise dans le temps, dans la durée et n’est perceptible que dans la mesure où nous sommes capables de lire les signes des temps. Il en est d’ailleurs ainsi de toutes les grandes choses dans notre monde. Un étudiant sérieux et qui aime ce qu’il étudie sait très bien qu’il a besoin de nombreuses années pour vraiment assimiler l’objet de son étude. Cette parabole nous met donc en garde contre une vision humaine de l’évangélisation dans notre Eglise. Si nous recherchons uniquement des chiffres et des statistiques, rapidement, nous risquons de prendre le chemin d’une secte américaine avec ses méthodes fort peu catholiques. Le Règne de Dieu parmi nous est une réalité divine donc surnaturelle. Ce n’est pas un business que nous aurions à faire fructifier par des moyens seulement humains. Le concile Vatican II a beaucoup insisté sur ce point. La force de l’Eglise vient de Jésus seul et pas de sa richesse ou de son pouvoir temporel : « La vertu du Seigneur ressuscité est sa force pour lui permettre de vaincre dans la patience et la charité les afflictions et les difficultés qui lui viennent à la fois du dehors et du dedans, et de révéler fidèlement au milieu du monde le mystère du Seigneur, encore enveloppé d’ombre, jusqu’au jour où, finalement, il éclatera dans la pleine lumière. » Il s’agit donc pour l’Eglise d’utiliser dans sa mission « tous les moyens, et ceux-là seulement, qui sont conformes à l’Evangile et en harmonie avec le bien de tous ». « L’énergie que l’Église est capable d’insuffler à la société moderne se trouve dans cette foi et dans cette charité effectivement vécues et ne s’appuie pas sur une souveraineté extérieure qui s’exercerait par des moyens purement humains. » Si le temps de la moisson tarde, si le Règne de Dieu semble une réalité humble et discrète au milieu de nous, si nous sommes minoritaires, n’ayons pas peur. Si nous travaillons vraiment selon l’Esprit de l’Evangile, nous pouvons être certains qu’au moment où Dieu le voudra nous pourrons constater avec joie que nous n’avons pas travaillé en vain. Mais pour cela il faut que nous cultivions en nous le sens surnaturel de la foi. Il faut que nous soyons convaincus que notre travail est une participation à l’œuvre de Dieu et que c’est donc lui le Maître de toutes choses. N’oublions jamais que Dieu seul a le pouvoir de convertir les cœurs par les moyens qu’il choisit dans sa souveraine liberté.

dimanche 3 juin 2012

LA SAINTE TRINITE

Le mystère de la Sainte Trinité est au centre de la foi et de la vie chrétienne. C’est un mystère fondamental. Ce qui permet de dire d’une personne qu’elle est chrétienne, c’est qu’elle croit en Dieu Trinité. Tous les chrétiens qu’ils soient catholiques, orthodoxes ou protestants sont unis par un même baptême donné au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Certains mouvements sectaires comme les témoins de Jéhovah affirment être chrétiens, mais en niant la Trinité ils refusent ce qui est au cœur même de la révélation chrétienne. La Sainte Trinité est aussi ce qui distingue nettement le christianisme du Judaïsme et de l’Islam. Certes Judaïsme, christianisme et Islam sont trois monothéismes. Mais la conception de Dieu propre au christianisme est unique, notre monothéisme est en effet trinitaire. Si l’on observe l’histoire de la révélation biblique on remarque que Dieu se révèle d’abord comme unique dans l’Ancien Testament, comme le Père créateur et le Père du peuple d’Israël. Ensuite vient la révélation du Fils, en Jésus, Parole du Père, et c’est le commencement d’une Alliance nouvelle et définitive, non plus seulement avec un peuple particulier mais avec tout être humain. Enfin par le don de l’Esprit Saint à la première Eglise, le jour de Pentecôte, la personne de l’Esprit se révèle en plénitude. Ou pour le dire autrement Dieu le Père nous a donné son Fils et le Père et le Fils nous ont donné l’Esprit. Dans notre vie chrétienne cet ordre de la révélation est en quelque sorte inversé. Car c’est l’Esprit Saint qui vient en premier. Saint Paul affirme très clairement que nul ne peut croire en Jésus Sauveur sans l’Esprit et que nous ne pouvons pas prier Dieu notre Père sans l’Esprit. L’Esprit de Pentecôte, celui de notre baptême et de notre confirmation, est le fondement même de notre vie chrétienne et spirituelle. La deuxième lecture de cette liturgie nous donne une belle définition du chrétien : être fils de Dieu, c’est se laisser conduire par l’Esprit de Dieu. C’est le Saint Esprit qui nous permet de reconnaître Dieu comme notre Père et de le prier en reprenant les mots mêmes de Jésus, le Fils unique : « Abba ! », ce qui signifie : « Papa chéri ». Croire en la Sainte Trinité, c’est donc avoir avec Dieu une relation merveilleuse, une relation nouvelle. Dans beaucoup de religions la relation entre l’homme et Dieu (ou les dieux) est marquée par la crainte et par le marchandage. L’homme craint un Dieu terrible et tout-puissant. Pour se mettre Dieu de son côté et obtenir ses faveurs il lui offre des sacrifices. Pour éviter le châtiment il suit les ordres de Dieu. Le christianisme créée une relation avec Dieu très différente. Car au fondement de la vie chrétienne il y la réalité de la grâce : donc d’un Dieu qui se donne à sa créature. Nous avons vu comment le Fils et l’Esprit nous ont été donnés et nous sont donnés chaque jour en particulier par les sacrements. Pour se donner à nous Dieu n’a pas attendu que nous soyons justes, parfaits ou saints. Il s’est donné à nous gratuitement. Nous ne sommes plus dans le marchandage mais sous la loi de la grâce. Et Dieu attend de nous une réponse d’amour bien sûr, il désire que nous mettions en pratique ses commandements, non pas pour nous imposer sa loi, mais pour notre libération : L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! » Cette affirmation de Paul rejoint ce que le Seigneur Jésus dit à ses disciples la veille de sa mort : Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. Dans l’Alliance nouvelle et éternelle, notre relation avec Dieu est celle de l’amitié et de la tendresse. Le but du chrétien c’est de participer un jour pleinement à la vie même de la Sainte Trinité. La Trinité c’est cette circulation, cet échange de vie et d’amour en Dieu. La Trinité c’est la plénitude et la perfection de la vie et de l’amour, donc de la joie. C’est en suivant le Christ, Fils unique, que peu à peu nous apprenons à vivre en fils de Dieu : Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire. La grandeur de notre vocation chrétienne, la communion avec Dieu Trinité, exige en effet que nous soyons purifiés de tout ce qui nous sépare encore de la sainteté de Dieu, de la perfection de son amour.

dimanche 20 mai 2012

7ème dimanche de Pâques

Jeudi dernier l’Eglise célébrait le mystère de l’Ascension du Seigneur. L’Ascension est un départ, une séparation physique, un changement dans la relation entre les disciples et leur Seigneur. Jésus glorifié, assis à la droite du Père, n’abandonne ni son humanité ni notre humanité. Entre l’Ascension et la Pentecôte l’Eglise offre à notre méditation un passage du chapitre 17 de saint Jean. Là aussi il d’agit d’un départ, d’une séparation physique d’avec les disciples. C’est le départ de Jésus vers son Père en passant par la mort. Pour les préparer à cette épreuve il leur a parlé longuement dans son discours d’adieux. Maintenant il se tourne vers son Père dans la prière. Il agit comme un prêtre, avant d’offrir le sacrifice de sa vie, puisque dans sa prière il prie pour ses disciples et pour tous les chrétiens de tous les temps. Dans cette prière d’intercession Jésus demande pour nous les biens suivants : la fidélité, l’unité, être préservés du Mauvais, être consacrés par la vérité. Jésus qui se consacre lui-même en acceptant l’offrande de sa vie prie pour que les chrétiens soient un peuple consacré, un peuple de prêtres. C’est-à-dire un peuple capable de l’imiter lui le seul grand prêtre. Saint Paul et saint Pierre ont enseigné aux premiers chrétiens comment vivre cette consécration dans la vérité. Saint Paul écrit aux Romains : Je vous exhorte, mes frères, par la tendresse de Dieu, à lui offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c'est là pour vous l'adoration véritable. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. Quant à saint Pierre il rappelle que le peuple de Dieu est un peuple sacerdotal : Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus. La vérité qui nous consacre c’est la parole du Père, donc Jésus son Fils. Mais l’on peut aussi penser à la venue du Saint Esprit. C’est Lui, le lien d’amour entre le Père et le Fils, qui nous consacre dans le baptême et la confirmation pour que nous devenions les membres du peuple de Dieu. L’unité que Jésus demande à son Père pour nous est une unité spirituelle : Qu'ils soient un, comme nous-mêmes. Ce n’est pas d’abord une unité institutionnelle ou d’organisation. Il existe d’autres communautés chrétiennes en dehors de l’Eglise catholique, souvent à cause de raisons historiques. Mais tout chrétien qui se laisse conduire par l’Esprit et qui fait de sa vie un sacrifice spirituel vit en profonde communion, au niveau divin, avec les autres chrétiens qui agissent selon le même Esprit. Et tout homme de bonne volonté qui agit en conformité avec le commandement de l’amour peut vivre une authentique communion avec Dieu même s’il n’est pas baptisé. Dans sa prière au Père le Seigneur Jésus demande que nous vivions en vérité notre insertion dans ce monde. Il y a une tension inévitable dans notre condition chrétienne car nous ne sommes pas du monde, consacrés par la vérité, et en même temps nous sommes envoyés dans ce monde. Si les chrétiens sont un peuple de prêtres, peuple consacré par l’Esprit, ils ne doivent pas fuir le monde. Puisque c’est précisément par eux que le monde doit être offert à Dieu. C’est par eux que la création doit être sanctifiée. C’est en eux que la parole de l’Evangile doit devenir réalité pour les hommes de tous les temps et de tous les lieux. Dans son discours de clôture du Concile Vatican II le pape Paul VI affirmait l’humanisme chrétien : « Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ». Pour l’Eglise en effet l’adoration due à Dieu et le « culte de l’homme », image de Dieu, sont des réalités inséparables. Le chrétien est vigilant, il doit se garder du Mauvais. Le chrétien est lucide : il sait qu’en ce monde se livre un terrible combat entre la vérité et l’erreur, entre la justice et l’injustice, entre l’amour et la haine. Ce combat ne lui est d’ailleurs pas extérieur puisqu’il se reconnaît pécheur, donc atteint par le mal. Mais parce que le chrétien confesse l’incarnation de la Parole de Dieu il ne peut pas devenir misanthrope. Son espérance le maintient malgré tout dans « le culte de l’homme » car il s’appuie sur la parole de Jésus : Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. En union avec le prêtre qui offre le pain et le vin le baptisé est fidèle à sa noble mission selon les paroles de saint Paul : Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.

jeudi 17 mai 2012

ASCENSION DU SEIGNEUR

Le mystère de l’Ascension du Seigneur marque une étape décisive dans la vie des premiers disciples. L’Ecriture utilise nos pauvres mots humains (Jésus fut enlevé au ciel, il siège à la droite du Père) pour exprimer un nouveau commencement dans l’histoire de notre salut et de notre relation avec Dieu. En effet à partir de l’Ascension le Fils de Dieu n’est plus visible à nos yeux de chair. Déjà pendant le temps de sa présence au milieu de nous la foi était nécessaire pour reconnaître dans l’homme Jésus de Nazareth l’envoyé du Père. Après l’Ascension c’est uniquement par la foi que les hommes peuvent entrer en relation avec leur Sauveur. Ce mystère ne marque pas la fin de l’incarnation puisque Jésus ressuscité demeure vrai homme dans la gloire de la Trinité. Fêter l’Ascension c’est se rappeler avec joie que désormais notre humanité est pour toujours unie à Dieu dans la personne de Jésus. Le Seigneur avait annoncé à ses disciples que son départ était nécessaire pour que l’Esprit Saint puisse être donné. Les mystères de la vie du Seigneur ne se séparent pas : dans le temps pascal Pâques, Ascension et Pentecôte sont des célébrations qui se renvoient les unes aux autres. Avec la Pentecôte et le don de l’Esprit Saint, don qui marque la naissance de l’Eglise, la présence de Jésus Ressuscité nous devient intérieure. Nous ne le connaissons plus à la manière des premiers disciples en le voyant et en le fréquentant comme une personne humaine. Mais l’Esprit Saint nous permet de reconnaître en nous, dans la communauté et dans les sacrements la présence vivante et agissante de celui qui siège à la droite du Père. L’Ascension et la Pentecôte consacrent le temps de l’Eglise comme le temps de la foi. Et nul ne peut croire en Jésus Sauveur sans le don de l’Esprit. Dans la première lecture saint Luc nous rapporte que pendant 40 jours, les jours qui se sont écoulés entre Pâques et l’Ascension, Jésus a parlé du Royaume de Dieu à ses disciples. Il a donc repris et approfondi avec eux un thème de sa toute première prédication. Malgré un enseignement tant de fois répété, Luc constate que les disciples ne se sont toujours pas convertis à la réalité du Royaume de Dieu présent au milieu d’eux : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Lui leur parle du Royaume de Dieu, un royaume de l’esprit, et eux en sont toujours à rêver d’un roi en Israël, donc d’un royaume terrestre. Au lieu de les reprendre sévèrement à cause de leur manque de spiritualité, Jésus leur annonce le don du Saint Esprit. Ils en auront bien besoin pour renoncer définitivement à une vision politique du Royaume de Dieu et pour comprendre que ce Royaume est celui de la charité, donc de l’amour divin répandu et communiqué à notre humanité pour qu’elle parle « un langage nouveau ». Au moment du départ de Jésus, ce moment où il devient pour toujours invisible à nos yeux, « deux hommes en vêtements blancs » interpellent les apôtres : « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Jésus, qui a été enlevé du milieu de vous, reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel. » Cela rappelle la situation décrite par le même saint Luc à l’aube du jour de Pâques. Les saintes femmes se sont rendues au tombeau et rencontrent deux hommes vêtus de blanc qui leur adressent la parole : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, il est ressuscité. » Ces deux interrogations nous remettent devant notre faiblesse humaine. Confrontés au mystère de Dieu nous sommes toujours en décalage, en retard dans notre manière de le percevoir et de l’interpréter. C’est l’Esprit de vérité qui nous guidera dans la vérité tout entière. La vie de foi, donc la vie de l’Eglise, est un chemin en perpétuel progrès jusqu’au retour du Christ dans la gloire. Ce n’est pas en regardant le tombeau vide ou en fixant le ciel, attachés à un passé qui n’est plus, que nous saisirons la vérité du mystère chrétien. Cette vérité nous précède et nous devance. Saint Paul nous le dit clairement dans la deuxième lecture : tant que nous cheminons ici bas notre connaissance du Seigneur est marquée par l’imperfection : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ. » Fêter l’Ascension, c’est avoir l’humilité de reconnaître que nous ne possédons pas la vérité. C’est espérer être transfigurés « au terme » par notre rencontre avec le Ressuscité.

lundi 7 mai 2012

Cinquième dimanche de Pâques

Après l’image du bon berger Jésus utilise dans l’Evangile de ce dimanche celle de la vraie vigne. La parole de Dieu nous fait prendre conscience de notre vocation de chrétiens. En ce temps de Pâques c’est d’une manière renouvelée que nous pouvons prendre conscience de ce à quoi l’Evangile nous appelle : à porter beaucoup de fruit. Ou pour le dire autrement le signe d’une vie chrétienne authentique ce sont les fruits que nous donnons. Il ne s’agit pas bien sûr de rentabilité économique ! C’est en nous référant à saint Paul que nous pouvons saisir ce que sont ces fruits : Voici ce que produit l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi. Nous ne sommes pas uniquement dans le domaine du faire ou encore dans la sphère de ce qui est visible. Notre foi dans le Christ est une force capable de nous transformer et capable de changer notre monde. Si nous ne sommes pas convaincus de cette vérité, il nous sera difficile de porter les fruits que Dieu attend de nous. Dans la deuxième lecture saint Jean vient à notre aide pour nous permettre de comprendre ce que veut dire « porter du fruit » : Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. L’amour de charité, nous l’avons vu, est le premier fruit de l’Esprit, donc le premier fruit de toute vie chrétienne authentique. En ce jour d’élections pour la France comment ne pas voir dans l’enseignement de saint Jean une lumière jetée sur la crise de la fonction politique, pas seulement en France mais dans la plupart des pays du monde ? La différence essentielle entre un politicien et un véritable homme politique se tient justement là : c’est la différence entre les discours, les déclarations d’intention, les slogans faciles et les choix concrets qui débouchent sur des actes. La perte de confiance croissante des citoyens dans les hommes s’adonnant à la politique vient justement du fait qu’ils ne sont bien souvent que des politiciens sans aucun pouvoir réel ou pire sans aucune conviction personnelle et sans aucune volonté réelle de travailler efficacement au bien commun. Et s’il en était de même pour le christianisme ? L’une des raisons pour laquelle notre religion a perdu en partie son rayonnement et sa crédibilité, ne serait-ce pas l’inflation des discours, des déclarations d’un côté et le manque de cohérence de notre comportement, le manque de vérité de notre vie chrétienne de l’autre ? Chacun d’entre nous est responsable de la crédibilité du christianisme dans notre monde actuel. Porter du fruit c’est réellement être lumière du monde et sel de la terre. Porter du fruit c’est veiller à ce que nos paroles passent dans nos décisions, nos choix et nos actes. Pour pouvoir porter du fruit il faut être vrai. C’est la raison pour laquelle le Seigneur Jésus nous demande de demeurer en lui comme lui demeure en nous. C’est lui qui, par le don de son Esprit, nous donne de pouvoir porter du fruit. Si nous sommes vraiment unis au Christ Sauveur par le baptême et par la foi, nous ne pouvons pas nous contenter de proclamer des slogans. Même si ces slogans ont une apparence pieuse et chrétienne. Notre témoignage est à l’opposé de la propagande politicienne. Si nous méditons la parole de Dieu et en particulier les Evangiles et que nous en faisons notre règle de vie alors nous ne pourrons pas faire autrement que de donner du fruit. La parole de Dieu est tout le contraire d’un anesthésiant. Elle nous contraint à voir notre monde tel qu’il est avec ses progrès et ses lenteurs, parfois même ses régressions. Elle nous oblige à nous engager corps et âme pour le Royaume de Dieu et sa justice : Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! Il est parfois plus facile de se boucher les yeux, de refuser de voir les causes des maux qui accablent des millions d’êtres humains sur notre planète. Si nous avons faim et soif de la justice, nous souffrirons probablement, mais nous ne tomberons pas dans le désespoir. Car nous sommes les sarments de la vraie vigne, nous sommes les membres de celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ». Ce désir de la justice de Dieu nous pousse à agir chacun pour notre part. Donner du fruit ce n’est pas forcément faire des actions extraordinaires mais c’est refuser de se résigner face au pouvoir du mal. C’est s’engager sans peur au nom de notre foi au Christ. Je terminerai en citant une légende amérindienne, celle du colibri : Un jour il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »