Nativité du Seigneur 2010
Messe du jour
Jean 1, 1-18 (p. 216)
Pour cette messe du jour de Noël, l’Eglise offre à notre méditation le prologue de l’Evangile selon saint Jean. Cette page évangélique est sans aucun doute l’une des plus belles de toute la Bible. Comment ne pas être touché tout d’abord par la beauté de la forme littéraire ? Le prologue de Jean mérite en effet d’être compté parmi les chefs d’oeuvres de la littérature mondiale. Cette beauté de l’écriture et de la composition, Jean veut la mettre au service de la révélation divine. Le prologue de son Evangile est beau parce qu’il nous révèle avec une profondeur de vue unique en son genre le mystère de l’incarnation : « Le Verbe s’est fait chair, Il a habité parmi nous ». Si Luc dans la nuit de Noël essaie de nous rapporter le plus fidèlement possible l’événement de la crêche, Jean, lui, choisit de prendre ses distances avec la narration de la naissance pour nous plonger au coeur même du mystère que celle-ci inaugure. Nous percevons tous la densité théologique ce de prologue qui nous présente la naissance du Sauveur dans un contexte plus large, celui du projet de salut de Dieu pour notre humanité.
Inspiré par l’Esprit Saint, Jean a l’audace de commencer ainsi son Evangile : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu... ». Comment ne pas penser à la toute première page de la Bible, au début du livre de la Genèse ? « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Nous pourrions lire et méditer en parallèle le premier chapitre de la Genèse et le prologue de l’Evangile selon saint Jean. Ces deux textes bibliques s’éclairent mutuellement. Dans son prologue Jean insiste fortement sur le rôle créateur du Verbe, de la Parole de Dieu. Dieu crée toutes choses par son Fils unique, par sa Parole. Lorsque dans le magnifique poème de la Genèse nous trouvons le refrain : « Dieu dit », nous comprenons alors qu’il s’agit d’une formule théologique cachée sous une expression à l’apparence banale... Oui, Dieu dit parce qu’il a une Parole, et c’est bien par l’expression de sa Parole qu’il fait surgir du néant l’être et l’existence. Et que crée-t-il au premier jour de la création ? La lumière, qu’il sépare des ténèbres. Une lumière qui a un sens spirituel puisque le soleil est créé seulement au 4ème jour... Et que lisons-nous dans notre prologue à propos du Verbe de Dieu ? « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Cette démonstration est peut-être difficile à suivre pour ceux qui n’ont pas une connaissance familière de ces textes mais elle nous indique une vérité précieuse dans le message transmis par l’évangéliste : A Noël, à l’instant où le Verbe se fait chair, c’est une nouvelle création qui commence, une recréation. La Genèse nous apprend que nous avons été créés à l’image de Dieu, selon sa ressemblance, par sa Parole. Cet Evangile nous révèle qu’à Noël Dieu crée pour lui des fils et des filles en nous donnant sa Parole, son Fils unique : « Il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu ». le grand mystère de l’incarnation annonce le mystère de notre renaissance par le baptême. Le Fils de Dieu se fait homme, pour que tout homme puisse devenir fils de Dieu. Voilà la signification principale du mystère que nous célébrons dans la joie et la gratitude. Dans la deuxième lecture nous avons comme un résumé de toute l’histoire du salut, histoire des alliances entre Dieu et les hommes. Il y a tout d’abord l’alliance fondamentale, celle de la Genèse, celle de la création. C’est ce qui est, que nous en soyons conscients ou pas : nous sommes tous des créatures de Dieu, nous portons dans notre vie, même blessée, la trace du Verbe créateur. Et avant de parvenir à la perfection de la Nouvelle Alliance, celle inaugurée par le mystère de Noël, il y a eu l’Ancienne Alliance, celle de Moïse, Alliance dans laquelle les créatures étaient appellées à servir Dieu pour trouver le salut. Avec l’incarnation, Dieu veut tisser avec nous des liens d’amitié, de tendresse, de confiance et d’amour. Il ne contente pas de ce qui est. Il ne veut plus voir en nous simplement des serviteurs, mais il veut nous appeler ses amis. Noël ne nous montre pas ce que nous sommes, si ce n’est notre condition de baptisés, mais ce que nous devons devenir : des amis de Dieu. Tout cela Jean le résume d’une manière synthétique dans son prologue : « Après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ».
Dans la perspective de ce que nous venons de méditer sous la conduite de saint Jean, je laisse maintenant la parole au grand évêque de Lyon, saint Irénée :
« Oui, c’est le Verbe de Dieu qui a habité en l’homme, et qui s’est fait fils de l’homme, pour habituer l’homme à recevoir Dieu, et habituer Dieu à habiter en l’homme comme cela paraissait bon au Père ».
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
dimanche 26 décembre 2010
dimanche 19 décembre 2010
4ème dimanche de l'Avent
4ème dimanche de l’Avent / A
19/12/2010
Matthieu 1, 18-24 (p. 178)
Le 4ème dimanche de l’Avent est toujours pour nous une préparation directe à la fête de Noël et au mystère de l’incarnation. Pour cela la liturgie de la Parole nous fait entendre l’un des Evangiles de l’enfance en saint Matthieu ou en saint Luc. Marc commence son Evangile avec le ministère public de Jésus et Jean célèbre dans son prologue la venue de Dieu parmi nous sans se référer pour autant à l’événement de Noël. Nous entendrons le prologue de saint Jean lors de la messe du jour de Noël. Cette année nous méditons avec Matthieu l’annonciation faite à Joseph qui est d’une certaine manière le pendant de l’annonciation à Marie en saint Luc.
Ce récit, comme tous les Evangiles de l’enfance, nous met tout particulièrement en contact avec le surnaturel : l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph pour lui révéler le dessein de Dieu ainsi que sa vocation d’époux de la Vierge Marie et de père adoptif de l’enfant qui naitra d’elle. Le surnaturel, parce qu’il est différent de notre expérience quotidienne, peut susciter en nous bien des réactions : de l’incrédulité à la crainte... Nous sommes dans le domaine proprement divin, domaine dans lequel les lois de la nature ne sont plus contraignantes car tout est possible à Dieu en vue du salut de notre humanité. Dieu sait très bien que son action dans le cours de notre histoire humaine peut nous effrayer ou nous interroger fortement. Aussi son ange est porteur d’un message rassurant : « Ne crains pas ! » C’est le même message que celui adressé par Gabriel à la Vierge Marie. Et Marie elle-même, la toute sainte, fut bouleversée ou troublée selon les traductions lorsqu’elle recut la visite de l’archange. Ce qui est compréhensible lorsque nous percevons la distance entre Dieu et nous. Et que nous savons par expérience que les anges ne viennent pas nous voir de manière régulière pour nous apporter des révélations... Le surnaturel nous rappelle donc que Dieu est le Tout-Autre. Confronté à cette irruption du surnaturel dans sa vie par le moyen d’un songe, Joseph, lui, ne semble pas troublé : « Il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit et prit chez lui son épouse ».
Au centre de l’annonciation à Joseph il y a une réalité surnaturelle : Marie, Vierge, va enfanter un fils par l’action de l’Esprit Saint. C’est ce que nous nommons la conception virginale de Marie à ne pas confondre avec l’Immaculée Conception, dogme selon lequel Marie a été préservée du péché originel dès sa conception et de tout péché dans sa vie. Bien sûr la conception virginale a un sens théologique très fort : ce n’est pas pour le plaisir de contourner les lois de la nature que Dieu décide que son Fils viendrait parmi nous en naissant d’une jeune fille vierge. Et encore moins parce que la sexualité humaine serait une chose mauvaise en elle-même ! Dieu choisit pour son Fils une conception virginale pour nous dire qui est l’enfant Jésus. La conception virginale nous renseigne en effet sur l’identité et la mission de ce bébé qui naitra dans une crêche à Bethléem. Ce bébé unique dans l’histoire de notre humanité sera à la fois vraiment Dieu et vraiment homme. Vraiment Dieu parce que son seul Père c’est Dieu et que c’est par l’action de l’Esprit Saint qu’il vient au monde. Vraiment homme parce que Marie est sa mère et qu’il tient d’elle son humanité. En naissant d’une Vierge fécondée par l’Esprit de Dieu, Jésus est le signe d’une création nouvelle, d’une recréation. A partir de Lui et avec Lui une nouvelle humanité est possible, une humanité qui ne tirera plus son origine seulement des lois naturelles, celles de la chair, mais aussi des lois spirituelles, celles de l’Esprit. Ainsi la conception virginale de Marie annonce notre seconde naissance, notre naissance par et dans l’Esprit de Dieu, au jour de notre baptême. A Noël Joseph adopte Jésus comme son propre fils. Au baptême Dieu nous adopte et fait de nous ses fils.
Enfin si Dieu utilise le surnaturel parce qu’il est Dieu et que son oeuvre dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, c’est non pas pour souligner la distance entre Lui et nous, c’est pour en quelque sorte l’abolir ! C’est tout le sens du mystère de l’Incarnation. Dieu en son Fils se fait vraiment l’un de nous ; en cet enfant nommé Jésus il épouse notre humanité pour s’unir à elle et cela pour toujours. Sans le « oui » de Joseph et de Marie cette merveilleuse union entre la divinité et l’humanité aurait été impossible. Remarquons donc que Dieu peut agir de manière surnaturelle mais qu’il a besoin de nous pour réaliser son plan d’amour et de réconciliation. Pendant les jours qui nous séparent encore de Noël gardons dans notre mémoire et dans notre coeur ce beau nom d’Emmanuel : Dieu avec nous, Dieu au milieu de nous, Dieu parmi nous. Méditons-le dans notre prière quotidienne en nous mettant comme Joseph à la disposition de Dieu pour qu’aujourd’hui encore il soit connu comme le Père tout proche de chacun de ses enfants, particulièrement des plus méprisés et des plus abandonnés.
19/12/2010
Matthieu 1, 18-24 (p. 178)
Le 4ème dimanche de l’Avent est toujours pour nous une préparation directe à la fête de Noël et au mystère de l’incarnation. Pour cela la liturgie de la Parole nous fait entendre l’un des Evangiles de l’enfance en saint Matthieu ou en saint Luc. Marc commence son Evangile avec le ministère public de Jésus et Jean célèbre dans son prologue la venue de Dieu parmi nous sans se référer pour autant à l’événement de Noël. Nous entendrons le prologue de saint Jean lors de la messe du jour de Noël. Cette année nous méditons avec Matthieu l’annonciation faite à Joseph qui est d’une certaine manière le pendant de l’annonciation à Marie en saint Luc.
Ce récit, comme tous les Evangiles de l’enfance, nous met tout particulièrement en contact avec le surnaturel : l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph pour lui révéler le dessein de Dieu ainsi que sa vocation d’époux de la Vierge Marie et de père adoptif de l’enfant qui naitra d’elle. Le surnaturel, parce qu’il est différent de notre expérience quotidienne, peut susciter en nous bien des réactions : de l’incrédulité à la crainte... Nous sommes dans le domaine proprement divin, domaine dans lequel les lois de la nature ne sont plus contraignantes car tout est possible à Dieu en vue du salut de notre humanité. Dieu sait très bien que son action dans le cours de notre histoire humaine peut nous effrayer ou nous interroger fortement. Aussi son ange est porteur d’un message rassurant : « Ne crains pas ! » C’est le même message que celui adressé par Gabriel à la Vierge Marie. Et Marie elle-même, la toute sainte, fut bouleversée ou troublée selon les traductions lorsqu’elle recut la visite de l’archange. Ce qui est compréhensible lorsque nous percevons la distance entre Dieu et nous. Et que nous savons par expérience que les anges ne viennent pas nous voir de manière régulière pour nous apporter des révélations... Le surnaturel nous rappelle donc que Dieu est le Tout-Autre. Confronté à cette irruption du surnaturel dans sa vie par le moyen d’un songe, Joseph, lui, ne semble pas troublé : « Il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit et prit chez lui son épouse ».
Au centre de l’annonciation à Joseph il y a une réalité surnaturelle : Marie, Vierge, va enfanter un fils par l’action de l’Esprit Saint. C’est ce que nous nommons la conception virginale de Marie à ne pas confondre avec l’Immaculée Conception, dogme selon lequel Marie a été préservée du péché originel dès sa conception et de tout péché dans sa vie. Bien sûr la conception virginale a un sens théologique très fort : ce n’est pas pour le plaisir de contourner les lois de la nature que Dieu décide que son Fils viendrait parmi nous en naissant d’une jeune fille vierge. Et encore moins parce que la sexualité humaine serait une chose mauvaise en elle-même ! Dieu choisit pour son Fils une conception virginale pour nous dire qui est l’enfant Jésus. La conception virginale nous renseigne en effet sur l’identité et la mission de ce bébé qui naitra dans une crêche à Bethléem. Ce bébé unique dans l’histoire de notre humanité sera à la fois vraiment Dieu et vraiment homme. Vraiment Dieu parce que son seul Père c’est Dieu et que c’est par l’action de l’Esprit Saint qu’il vient au monde. Vraiment homme parce que Marie est sa mère et qu’il tient d’elle son humanité. En naissant d’une Vierge fécondée par l’Esprit de Dieu, Jésus est le signe d’une création nouvelle, d’une recréation. A partir de Lui et avec Lui une nouvelle humanité est possible, une humanité qui ne tirera plus son origine seulement des lois naturelles, celles de la chair, mais aussi des lois spirituelles, celles de l’Esprit. Ainsi la conception virginale de Marie annonce notre seconde naissance, notre naissance par et dans l’Esprit de Dieu, au jour de notre baptême. A Noël Joseph adopte Jésus comme son propre fils. Au baptême Dieu nous adopte et fait de nous ses fils.
Enfin si Dieu utilise le surnaturel parce qu’il est Dieu et que son oeuvre dépasse tout ce que nous pouvons imaginer, c’est non pas pour souligner la distance entre Lui et nous, c’est pour en quelque sorte l’abolir ! C’est tout le sens du mystère de l’Incarnation. Dieu en son Fils se fait vraiment l’un de nous ; en cet enfant nommé Jésus il épouse notre humanité pour s’unir à elle et cela pour toujours. Sans le « oui » de Joseph et de Marie cette merveilleuse union entre la divinité et l’humanité aurait été impossible. Remarquons donc que Dieu peut agir de manière surnaturelle mais qu’il a besoin de nous pour réaliser son plan d’amour et de réconciliation. Pendant les jours qui nous séparent encore de Noël gardons dans notre mémoire et dans notre coeur ce beau nom d’Emmanuel : Dieu avec nous, Dieu au milieu de nous, Dieu parmi nous. Méditons-le dans notre prière quotidienne en nous mettant comme Joseph à la disposition de Dieu pour qu’aujourd’hui encore il soit connu comme le Père tout proche de chacun de ses enfants, particulièrement des plus méprisés et des plus abandonnés.
samedi 4 décembre 2010
Deuxième dimanche de l'Avent
2ème dimanche de l’Avent / A
5/12/2010
Matthieu 3, 1-12 (p. 53)
Avec les prophètes, Isaïe en particulier, avec Joseph et Marie, Jean le baptiste fait partie de ces personnages bibliques qui marquent notre temps de l’Avent. Pourtant il ne se situe pas dans notre Evangile avant le mystère de Noël mais bien après. S’il nous est présenté c’est parce qu’il a cette fonction unique de préparer le peuple au ministère public de Jésus et d’annoncer avant lui la venue du royaume des cieux ainsi que la fin des temps. La caractéristique essentielle de ce royaume de Dieu nous est donnée par Isaïe dans la première lecture: “Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.” Les images paradisiaques de paix et de réconciliation universelle entre les créatures signifient bien cette disparition totale du mal. Dieu règne en effet là où sa bonté et son amour triomphent. Et c’est dans cette perspective que Jean prêche au peuple la conversion et donne un baptême par lequel chacun se reconnaît humblement pécheur.
Matthieu nous présente Jean comme un prophète austère et sévère qui annonce la colère et le jugement de Dieu en traitant ceux qui viennent à lui d’”engeances de vipères”... Il utilise pour amener les Juifs à la conversion une méthode violente dans laquelle la charité semble être absente de même que le respect pour ses interlocuteurs. Il utilise deux images pour menacer les pécheurs par le jugement de Dieu désormais tout proche: celle de l’arbre fruitier et celle du blé. Le jugement sera une séparation entre les bons et les méchants, et ces derniers seront condamnés au feu qui ne s’éteint pas. Jean annonce la venue de Jésus non seulement comme celui qui baptisera dans l’Esprit mais aussi comme le juge redoutable qui séparera le bon grain de la paille.
Quelques chapitres plus loin dans le même Evangile nous retrouvons Jean dans sa prison. Il se met à douter de l’identité de Jésus qu’il avait annoncé comme le Messie et le juge. Et il envoie vers le Seigneur des messagers avec la question suivante: “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?” Pourquoi ce doute dans l’esprit de Jean? Tout simplement parce qu’il se rend compte que l’attitude de Jésus ne correspond pas du tout à ce qu’il avait annoncé: la venue redoutable du Messie juge qui allait faire le tri entre les bons et les méchants. La prédication de Jésus, même si elle a des points communs avec celle de Jean, marque en effet une nette rupture. Reprenons simplement quelques éléments pour le montrer. Le premier et peut-être le plus marquant du point de vue symbolique, c’est que Jésus demande justement à Jean, contre sa volonté, de recevoir le baptême en vue de la reconnaissance des péchés. Jésus, Fils de Dieu, est innocent, le péché n’a aucune place en Lui, il est le Saint de Dieu. Alors pourquoi se mêler à la foule des pécheurs se faisant baptiser par Jean? Pour signifier clairement le sens de sa venue et de sa mission parmi nous: il se montre ainsi solidaire des pécheurs. Il abolit de ce fait la loi de pureté de l’Ancien Testament qui séparait strictement le pur de l’impur, le saint du pécheur. En prêchant la justice parfaite de la Nouvelle Alliance, justice supérieure à celle des scribes et des pharisiens, il révèle, dans le cadre du commandement de l’amour des ennemis, le coeur de Dieu: le Père céleste “fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes”. La bonté de Dieu est universelle et parfaite, elle ne dépend pas du fait que nous soyons justes ou pécheurs. Et lors de l’appel de Lévi qui deviendra l’apôtre et l’évangéliste Matthieu Jésus se justifie ainsi face aux attaques des pharisiens: “Allez donc apprendre ce que signifie: C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.” Nous comprenons pourquoi Jean commence à douter dans sa prison à propos de Jésus: il est tellement différent de ce qu’il avait annoncé! Jean marque cette frontière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance, mais il appartient encore dans sa mentalité à ce qui est en train de passer pour laisser place à la bouleversante nouveauté du message évangélique. Il a beau être le plus grand des enfants des hommes, cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. Quelle réponse donne le Seigneur à Jean qui se demande si c’est vraiment lui le Messie? Un amas de citations d’Isaïe dans lesquelles la notion de jugement est totalement absente! Jésus lui répond: Oui, je suis le Messie parce que je guéris les malades et que j’annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres. Enfin dans sa réponse Jésus souligne lui-même la distance qu’il prend par rapport au style austère de Jean son précurseur: “Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l’on dit: Il a perdu la tête. Le Fils de l’homme est venu, il mange, il boit, et l’on dit: Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs.” Révélateur de la bonté et de la miséricorde de Dieu, Parole de Dieu faite chair, Jésus ne s’est pas présenté à nous sous les traits rébarbatifs d’un prophète triste et sévère: “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos... Car je suis doux et humble de coeur... Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger.”
Jean comme Jésus nous appellent donc, avec des méthodes très différentes, à la conversion, au changement de vie pour accueillir en nous la réalité nouvelle du Royaume de Dieu. Peut-être que la grande conversion que nous avons à vivre en tant que chrétiens est la suivante: avec un coeur universel comprendre que le monde ne se divise pas en deux camps, celui des bons et celui des méchants. Cette vue simpliste ne correspond pas à notre expérience. Mais c’est bien dans notre coeur, en nous, que coexistent le bien et le mal, l’amour et la haine. La frontière entre le bien et le mal est intérieure. Et nous avons bien besoin de toute notre vie et du sacrement du pardon pour nous purifier toujours davantage de ce mal qui nous affaiblit et nous défigure. Et Jean a bien raison de nous rappeler que nous devons produire un fruit exprimant notre conversion. C’est ce que Notre Seigneur appelle d’une manière significative “faire la vérité”. Le chrétien vit la vérité de sa foi. C’est en mettant en pratique l’Evangile que nous pouvons le connaître et le comprendre: “Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses oeuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu.”
5/12/2010
Matthieu 3, 1-12 (p. 53)
Avec les prophètes, Isaïe en particulier, avec Joseph et Marie, Jean le baptiste fait partie de ces personnages bibliques qui marquent notre temps de l’Avent. Pourtant il ne se situe pas dans notre Evangile avant le mystère de Noël mais bien après. S’il nous est présenté c’est parce qu’il a cette fonction unique de préparer le peuple au ministère public de Jésus et d’annoncer avant lui la venue du royaume des cieux ainsi que la fin des temps. La caractéristique essentielle de ce royaume de Dieu nous est donnée par Isaïe dans la première lecture: “Il ne se fera plus rien de mauvais ni de corrompu sur ma montagne sainte; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.” Les images paradisiaques de paix et de réconciliation universelle entre les créatures signifient bien cette disparition totale du mal. Dieu règne en effet là où sa bonté et son amour triomphent. Et c’est dans cette perspective que Jean prêche au peuple la conversion et donne un baptême par lequel chacun se reconnaît humblement pécheur.
Matthieu nous présente Jean comme un prophète austère et sévère qui annonce la colère et le jugement de Dieu en traitant ceux qui viennent à lui d’”engeances de vipères”... Il utilise pour amener les Juifs à la conversion une méthode violente dans laquelle la charité semble être absente de même que le respect pour ses interlocuteurs. Il utilise deux images pour menacer les pécheurs par le jugement de Dieu désormais tout proche: celle de l’arbre fruitier et celle du blé. Le jugement sera une séparation entre les bons et les méchants, et ces derniers seront condamnés au feu qui ne s’éteint pas. Jean annonce la venue de Jésus non seulement comme celui qui baptisera dans l’Esprit mais aussi comme le juge redoutable qui séparera le bon grain de la paille.
Quelques chapitres plus loin dans le même Evangile nous retrouvons Jean dans sa prison. Il se met à douter de l’identité de Jésus qu’il avait annoncé comme le Messie et le juge. Et il envoie vers le Seigneur des messagers avec la question suivante: “Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?” Pourquoi ce doute dans l’esprit de Jean? Tout simplement parce qu’il se rend compte que l’attitude de Jésus ne correspond pas du tout à ce qu’il avait annoncé: la venue redoutable du Messie juge qui allait faire le tri entre les bons et les méchants. La prédication de Jésus, même si elle a des points communs avec celle de Jean, marque en effet une nette rupture. Reprenons simplement quelques éléments pour le montrer. Le premier et peut-être le plus marquant du point de vue symbolique, c’est que Jésus demande justement à Jean, contre sa volonté, de recevoir le baptême en vue de la reconnaissance des péchés. Jésus, Fils de Dieu, est innocent, le péché n’a aucune place en Lui, il est le Saint de Dieu. Alors pourquoi se mêler à la foule des pécheurs se faisant baptiser par Jean? Pour signifier clairement le sens de sa venue et de sa mission parmi nous: il se montre ainsi solidaire des pécheurs. Il abolit de ce fait la loi de pureté de l’Ancien Testament qui séparait strictement le pur de l’impur, le saint du pécheur. En prêchant la justice parfaite de la Nouvelle Alliance, justice supérieure à celle des scribes et des pharisiens, il révèle, dans le cadre du commandement de l’amour des ennemis, le coeur de Dieu: le Père céleste “fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes”. La bonté de Dieu est universelle et parfaite, elle ne dépend pas du fait que nous soyons justes ou pécheurs. Et lors de l’appel de Lévi qui deviendra l’apôtre et l’évangéliste Matthieu Jésus se justifie ainsi face aux attaques des pharisiens: “Allez donc apprendre ce que signifie: C’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.” Nous comprenons pourquoi Jean commence à douter dans sa prison à propos de Jésus: il est tellement différent de ce qu’il avait annoncé! Jean marque cette frontière entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance, mais il appartient encore dans sa mentalité à ce qui est en train de passer pour laisser place à la bouleversante nouveauté du message évangélique. Il a beau être le plus grand des enfants des hommes, cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. Quelle réponse donne le Seigneur à Jean qui se demande si c’est vraiment lui le Messie? Un amas de citations d’Isaïe dans lesquelles la notion de jugement est totalement absente! Jésus lui répond: Oui, je suis le Messie parce que je guéris les malades et que j’annonce la Bonne Nouvelle aux pauvres. Enfin dans sa réponse Jésus souligne lui-même la distance qu’il prend par rapport au style austère de Jean son précurseur: “Jean est venu, il ne mange ni ne boit, et l’on dit: Il a perdu la tête. Le Fils de l’homme est venu, il mange, il boit, et l’on dit: Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des collecteurs d’impôts et des pécheurs.” Révélateur de la bonté et de la miséricorde de Dieu, Parole de Dieu faite chair, Jésus ne s’est pas présenté à nous sous les traits rébarbatifs d’un prophète triste et sévère: “Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos... Car je suis doux et humble de coeur... Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger.”
Jean comme Jésus nous appellent donc, avec des méthodes très différentes, à la conversion, au changement de vie pour accueillir en nous la réalité nouvelle du Royaume de Dieu. Peut-être que la grande conversion que nous avons à vivre en tant que chrétiens est la suivante: avec un coeur universel comprendre que le monde ne se divise pas en deux camps, celui des bons et celui des méchants. Cette vue simpliste ne correspond pas à notre expérience. Mais c’est bien dans notre coeur, en nous, que coexistent le bien et le mal, l’amour et la haine. La frontière entre le bien et le mal est intérieure. Et nous avons bien besoin de toute notre vie et du sacrement du pardon pour nous purifier toujours davantage de ce mal qui nous affaiblit et nous défigure. Et Jean a bien raison de nous rappeler que nous devons produire un fruit exprimant notre conversion. C’est ce que Notre Seigneur appelle d’une manière significative “faire la vérité”. Le chrétien vit la vérité de sa foi. C’est en mettant en pratique l’Evangile que nous pouvons le connaître et le comprendre: “Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses oeuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu.”
dimanche 28 novembre 2010
Premier dimanche de l'Avent
Premier dimanche de l’Avent / A
28/11/2010
Matthieu 24, 37-44 (p. 6)
Au commencement de cette nouvelle année liturgique nous entendons le Seigneur Jésus nous parler de son avènement à la fin des temps. Pour les Juifs de l’époque du Christ la question du retour du Messie et de la fin du monde était une question essentielle. L’attente eschatologique était alors très forte et même les premiers chrétiens croyaient que le retour du Christ dans la gloire était tout proche... Dans d’autres passages de l’Evangile le Seigneur utilise un langage emprunté au style apocalyptique, ici il n’en est rien.
Au centre de cette page d’Evangile nous entendons une invitation pressante: “Veillez donc”. Et la raison pour laquelle nous devons demeurer vigilants nous est immédiatement donnée: “Car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra”. Pour les chrétiens que nous sommes veiller c’est donc se tenir prêts à accueillir le Seigneur qui vient, le Seigneur qui viendra. Voilà le premier sens spirituel du temps de l’Avent. Personne ne connaît la date de cet Avènement mais nous savons tous avec certitude que notre vie terrestre aura un terme au moment de notre mort. Et nous ne connaissons pas plus la date de notre mort que celle de l’Avènement du Seigneur. Même si nous pouvons mourir de bien des manières... Après une longue maladie ou de manière brutale et accidentelle par exemple. Autour de cet enseignement central de Jésus, “Veillez”, nous avons deux illustrations. La première est empruntée à l’histoire passée: Souvenez-vous de ce qui s’est passé au temps du déluge. La seconde est une petite parabole. Dans la première illustration le Seigneur compare notre situation à celle de nos ancêtres avant le déluge. Et il nous décrit les activités normales des hommes sans préciser qu’ils étaient pécheurs. Jésus adapte donc l’histoire de Noé puisque dans l’Ancien Testament ce qui motive le déluge c’est bien la méchanceté des hommes. Il insiste sur l’effet de surprise de cet événement. Et il nous montre comme une loterie du salut: l’un est pris, l’autre laissé; l’une est prise, l’autre laissée. Sans nous dire sur quel critère certains sont sauvés et d’autres sont exclus du salut de Dieu. Et nous pourrions véritablement avoir peur devant ce qui nous semble être un tirage au sort, un peu au hasard... La fine pointe de cet enseignement, nous l’avons vu, n’est pas de type moral. Mais ce qui fait que certains sont pris dans le Royaume de Dieu et que d’autres sont laissés à l’extérieur de ce Royaume c’est tout simplement la différence entre ceux qui veillent et ceux qui se sont endormis. Comme dans la parabole des vierges sages et des vierges insensées. Jésus veut ainsi nous convaincre de la nécessité que nous avons de nous préparer à le rencontrer. C’est déjà vrai en cette vie terrestre mais c’est encore plus vrai pour notre préparation au grand passage, à ce moment qui marquera la fin de notre vie. Cette vigilance spirituelle ne doit pas être marquée par la peur mais bien plutôt par une confiance encore plus grande en la puissance de l’amour de Dieu à notre égard. La première lecture comme le psaume nous montrent que le Royaume de Dieu est un royaume de paix. Et c’est dans la paix de l’Esprit Saint que nous devons nous préparer à entrer dans la Jérusalem du ciel. La meilleure préparation à la rencontre avec le Seigneur et à sa venue se trouve dans l’accomplissement joyeux et courageux de notre devoir d’état chaque jour en fonction de notre vocation et de notre âge. Je ne sais plus quel jeune saint avait fait cette réponse merveilleuse à un adulte qui lui demandait: “Que ferais-tu si tu devais mourir dans l’instant qui vient?” Il avait répondu: “Je continuerais à jouer avec mes camarades”. C’est cela être prêt.
Quant à la petite parabole du voleur elle insiste elle aussi sur l’effet de surprise. Dieu n’est pas un voleur bien sûr. Et son intention n’est pas de nous tendre un piège en nous laissant dans l’ignorance du jour de notre mort et du moment de la fin de notre monde. Dieu n’est pas un maître sadique qui profiterait de l’effet de surprise pour pouvoir mieux nous punir. Le fait que Dieu nous laisse dans l’ignorance du jour et de l’heure est au contraire une source de liberté extraordinaire. Ce serait terrible si nous connaissions par avance le moment de notre mort ou celui de la fin du monde comme le prétendent les témoins de Jéhovah (ils l’ont annoncé à plusieurs reprises...). Veiller, c’est bien utiliser notre liberté en ce monde en vue du combat de la lumière. Oui, la vie chrétienne est une lutte spirituelle non pas contre de prétendus ennemis mais contre ce qui, en nous, nous empêche de reconnaître le vrai visage de Dieu et de le rencontrer dans la foi, l’espérance et la charité. Veiller, c’est rechercher inlassablement la vraie paix, signe du Royaume de Dieu, et c’est rayonner la bonté de Dieu par nos actes et nos choix de chaque jour. Ce programme n’est réalisable que par la grâce de Dieu et par une vie de prière toujours plus authentique. Seule cette expérience de la prière personnelle est capable de nous faire passer des idées humaines sur Dieu à la connaissance intérieure du Dieu qui est Amour: communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.
28/11/2010
Matthieu 24, 37-44 (p. 6)
Au commencement de cette nouvelle année liturgique nous entendons le Seigneur Jésus nous parler de son avènement à la fin des temps. Pour les Juifs de l’époque du Christ la question du retour du Messie et de la fin du monde était une question essentielle. L’attente eschatologique était alors très forte et même les premiers chrétiens croyaient que le retour du Christ dans la gloire était tout proche... Dans d’autres passages de l’Evangile le Seigneur utilise un langage emprunté au style apocalyptique, ici il n’en est rien.
Au centre de cette page d’Evangile nous entendons une invitation pressante: “Veillez donc”. Et la raison pour laquelle nous devons demeurer vigilants nous est immédiatement donnée: “Car vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra”. Pour les chrétiens que nous sommes veiller c’est donc se tenir prêts à accueillir le Seigneur qui vient, le Seigneur qui viendra. Voilà le premier sens spirituel du temps de l’Avent. Personne ne connaît la date de cet Avènement mais nous savons tous avec certitude que notre vie terrestre aura un terme au moment de notre mort. Et nous ne connaissons pas plus la date de notre mort que celle de l’Avènement du Seigneur. Même si nous pouvons mourir de bien des manières... Après une longue maladie ou de manière brutale et accidentelle par exemple. Autour de cet enseignement central de Jésus, “Veillez”, nous avons deux illustrations. La première est empruntée à l’histoire passée: Souvenez-vous de ce qui s’est passé au temps du déluge. La seconde est une petite parabole. Dans la première illustration le Seigneur compare notre situation à celle de nos ancêtres avant le déluge. Et il nous décrit les activités normales des hommes sans préciser qu’ils étaient pécheurs. Jésus adapte donc l’histoire de Noé puisque dans l’Ancien Testament ce qui motive le déluge c’est bien la méchanceté des hommes. Il insiste sur l’effet de surprise de cet événement. Et il nous montre comme une loterie du salut: l’un est pris, l’autre laissé; l’une est prise, l’autre laissée. Sans nous dire sur quel critère certains sont sauvés et d’autres sont exclus du salut de Dieu. Et nous pourrions véritablement avoir peur devant ce qui nous semble être un tirage au sort, un peu au hasard... La fine pointe de cet enseignement, nous l’avons vu, n’est pas de type moral. Mais ce qui fait que certains sont pris dans le Royaume de Dieu et que d’autres sont laissés à l’extérieur de ce Royaume c’est tout simplement la différence entre ceux qui veillent et ceux qui se sont endormis. Comme dans la parabole des vierges sages et des vierges insensées. Jésus veut ainsi nous convaincre de la nécessité que nous avons de nous préparer à le rencontrer. C’est déjà vrai en cette vie terrestre mais c’est encore plus vrai pour notre préparation au grand passage, à ce moment qui marquera la fin de notre vie. Cette vigilance spirituelle ne doit pas être marquée par la peur mais bien plutôt par une confiance encore plus grande en la puissance de l’amour de Dieu à notre égard. La première lecture comme le psaume nous montrent que le Royaume de Dieu est un royaume de paix. Et c’est dans la paix de l’Esprit Saint que nous devons nous préparer à entrer dans la Jérusalem du ciel. La meilleure préparation à la rencontre avec le Seigneur et à sa venue se trouve dans l’accomplissement joyeux et courageux de notre devoir d’état chaque jour en fonction de notre vocation et de notre âge. Je ne sais plus quel jeune saint avait fait cette réponse merveilleuse à un adulte qui lui demandait: “Que ferais-tu si tu devais mourir dans l’instant qui vient?” Il avait répondu: “Je continuerais à jouer avec mes camarades”. C’est cela être prêt.
Quant à la petite parabole du voleur elle insiste elle aussi sur l’effet de surprise. Dieu n’est pas un voleur bien sûr. Et son intention n’est pas de nous tendre un piège en nous laissant dans l’ignorance du jour de notre mort et du moment de la fin de notre monde. Dieu n’est pas un maître sadique qui profiterait de l’effet de surprise pour pouvoir mieux nous punir. Le fait que Dieu nous laisse dans l’ignorance du jour et de l’heure est au contraire une source de liberté extraordinaire. Ce serait terrible si nous connaissions par avance le moment de notre mort ou celui de la fin du monde comme le prétendent les témoins de Jéhovah (ils l’ont annoncé à plusieurs reprises...). Veiller, c’est bien utiliser notre liberté en ce monde en vue du combat de la lumière. Oui, la vie chrétienne est une lutte spirituelle non pas contre de prétendus ennemis mais contre ce qui, en nous, nous empêche de reconnaître le vrai visage de Dieu et de le rencontrer dans la foi, l’espérance et la charité. Veiller, c’est rechercher inlassablement la vraie paix, signe du Royaume de Dieu, et c’est rayonner la bonté de Dieu par nos actes et nos choix de chaque jour. Ce programme n’est réalisable que par la grâce de Dieu et par une vie de prière toujours plus authentique. Seule cette expérience de la prière personnelle est capable de nous faire passer des idées humaines sur Dieu à la connaissance intérieure du Dieu qui est Amour: communion du Père, du Fils et de l’Esprit Saint.
vendredi 19 novembre 2010
LE CHRIST ROI DE L'UNIVERS
Le Christ Roi de l’Univers / C
21/11/2010
Luc 23, 35-43 (p. 1042)
La fête du Christ Roi de l’univers, d’institution récente (1925), marque la fin de notre année chrétienne.
Dans un premier temps je voudrais méditer pour vous quelques aspects de ce mystère de la royauté du Christ à partir des lectures bibliques. Ensuite je vous proposerai quelques applications concrètes de ce mystère dans la vie de notre Eglise et dans notre vie chrétienne d’aujourd’hui.
La deuxième lecture, un très beau texte de l’apôtre Paul, nous invite à regarder le projet de Dieu dans toute son ampleur, de la création jusqu’à la fin des temps. La royauté du Christ ne se comprend que par rapport à ce projet du Père. Elle en est le commencement, le centre et l’accomplissement. Affirmer du Christ qu’il est le roi de l’univers, c’est donc d’abord rappeler que « c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre » et que tout est créé « par lui et pour lui ». Oui, Dieu donne vie à toute la création par son Fils unique, sa Parole vivante et éternelle. Et Adam est le roi de la création parce qu’il est créé avec Eve à l’image et à la ressemblance de Dieu. Adam et Eve sont l’image terrestre du Fils créateur. La vocation de l’homme et de la femme consiste donc à régner sur la création en collaborant à l’oeuvre même de Dieu. La royauté d’Adam est domination sur la création non pas pour la détruire ou l’asservir mais bien plutôt pour en faire une offrande au Père créateur, une action de grâce, un cri de reconnaissance et d’émerveillement pour l’oeuvre de Dieu. L’écologie ou le respect pour notre environnement naturel est donc une exigence chrétienne qui découle directement de notre vocation de roi de la création. Ce n’est pas quelque chose de facultatif pour le chrétien qui a compris le sens de sa place au sein de la création. Nous savons aussi qu’Adam et Eve, par le péché des origines, ont introduit le mal dans le monde. Ils n’ont plus été capables, en se séparant de Dieu, de continuer à exercer leur royauté sur l’univers de manière juste. En s’incarnant le Fils unique de Dieu vient nous redonner la royauté sur la création par le pardon des péchés et en nous offrant de nous réconcilier avec Dieu. En tant que baptisés et confirmés nous sommes déjà membres du royaume du Christ. Nouvel Adam, le Christ est aussi le roi de l’univers. Et c’est en lui que toute chose sur cette terre aura son accomplissement total. Tout chrétien est roi lorsqu’il fait remonter vers le Christ toute son activité, lorsqu’il offre au Christ l’ébauche d’une création nouvelle. Car c’est toute la création qui est appelée à entrer dans le royaume de Dieu, transfigurée par l’amour du Christ Roi. L’eucharistie en est une magnifique préfiguration puisque le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ. L’Evangile nous montre comment le Christ est roi. Son trône, c’est la croix. Et il semble bien impuissant. En fait c’est sur la croix que, d’une manière paradoxale, le Christ déploie toute sa puissance royale qui est une puissance de don de soi et d’amour sans limites. C’est par la croix qu’il ouvre les portes du paradis fermé, le royaume de Dieu, au bandit qui le supplie.
Voyons maintenant quelques conséquences de ce mystère dans la vie de l’Eglise et dans notre vie. Depuis Constantin et jusqu’à une époque récente, l’Eglise a été tentée par la théocratie. En s’alliant étroitement au pouvoir politique elle a voulu dominer la société tout entière. Elle a succombé aux mirages du pouvoir et de la richesse, oubliant le caractère spirituel de la royauté de son Maître et Seigneur. Les chrétiens du 4ème et du 5ème siècles de persécutés qu’ils étaient sont devenus persécuteurs des païens. Et il a fallu des saints et des saintes, des Francois d’Assise par exemple, pour rappeler à l’Eglise sa vocation évangélique. Avec le concile Vatican II notre Eglise a renoncé à cette tentation d’imposer la royauté du Christ par la puissance et par la force. Elle est entrée en dialogue avec notre monde, comprenant qu’elle devait se faire la servante de notre humanité en adoptant les moyens qui furent ceux du Christ dans le temps de son incarnation. Ce n’est pas en dominant mais bien en servant que notre Eglise participe à la royauté du Christ sur l’univers. Mais plus de 40 ans après le Concile une autre tentation nous guette : celle de nous contenter de beaux discours. Ces beaux discours qui nous donnent bonne conscience et ne changent rien dans les faits ! Les chrétiens que nous sommes exercent la royauté du Christ sur cette terre non pas en créant des réseaux d’influence plus ou moins occultes mais en donnant l’exemple. Paul VI disait déjà en son temps à quel point l’homme contemporain avait davantage besoin de témoins que de professeurs. Enseigner la foi c’est bien, la vivre c’est encore mieux. Pour illustrer mon propos par un seul exemple : cela ne sert pas à grand chose pour le chrétien ou pour l’Eglise de répéter son refus de l’avortement tant qu’il ou elle n’agit pas pour accueillir les femmes en difficulté et pour les aider à garder l’enfant qu’elles portent. L’Eglise et les chrétiens seront crédibles dans la mesure où notre enseignement se transformera en actes et en choix concrets. Parler cela ne coûte pas grand chose, s’engager c’est tout autre chose. Ne soyons pas comme certains hommes politiques qui demandent aux citoyens des sacrifices alors qu’ils ne renoncent pas à leurs privilèges... Oui, nous sommes roi de la création par et pour le Christ si nous témoignons de son Royaume par nos actes et par le don réel de notre personne. La royauté du Christ s’étendra sur notre terre si nous donnons l’exemple de notre vie.
21/11/2010
Luc 23, 35-43 (p. 1042)
La fête du Christ Roi de l’univers, d’institution récente (1925), marque la fin de notre année chrétienne.
Dans un premier temps je voudrais méditer pour vous quelques aspects de ce mystère de la royauté du Christ à partir des lectures bibliques. Ensuite je vous proposerai quelques applications concrètes de ce mystère dans la vie de notre Eglise et dans notre vie chrétienne d’aujourd’hui.
La deuxième lecture, un très beau texte de l’apôtre Paul, nous invite à regarder le projet de Dieu dans toute son ampleur, de la création jusqu’à la fin des temps. La royauté du Christ ne se comprend que par rapport à ce projet du Père. Elle en est le commencement, le centre et l’accomplissement. Affirmer du Christ qu’il est le roi de l’univers, c’est donc d’abord rappeler que « c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre » et que tout est créé « par lui et pour lui ». Oui, Dieu donne vie à toute la création par son Fils unique, sa Parole vivante et éternelle. Et Adam est le roi de la création parce qu’il est créé avec Eve à l’image et à la ressemblance de Dieu. Adam et Eve sont l’image terrestre du Fils créateur. La vocation de l’homme et de la femme consiste donc à régner sur la création en collaborant à l’oeuvre même de Dieu. La royauté d’Adam est domination sur la création non pas pour la détruire ou l’asservir mais bien plutôt pour en faire une offrande au Père créateur, une action de grâce, un cri de reconnaissance et d’émerveillement pour l’oeuvre de Dieu. L’écologie ou le respect pour notre environnement naturel est donc une exigence chrétienne qui découle directement de notre vocation de roi de la création. Ce n’est pas quelque chose de facultatif pour le chrétien qui a compris le sens de sa place au sein de la création. Nous savons aussi qu’Adam et Eve, par le péché des origines, ont introduit le mal dans le monde. Ils n’ont plus été capables, en se séparant de Dieu, de continuer à exercer leur royauté sur l’univers de manière juste. En s’incarnant le Fils unique de Dieu vient nous redonner la royauté sur la création par le pardon des péchés et en nous offrant de nous réconcilier avec Dieu. En tant que baptisés et confirmés nous sommes déjà membres du royaume du Christ. Nouvel Adam, le Christ est aussi le roi de l’univers. Et c’est en lui que toute chose sur cette terre aura son accomplissement total. Tout chrétien est roi lorsqu’il fait remonter vers le Christ toute son activité, lorsqu’il offre au Christ l’ébauche d’une création nouvelle. Car c’est toute la création qui est appelée à entrer dans le royaume de Dieu, transfigurée par l’amour du Christ Roi. L’eucharistie en est une magnifique préfiguration puisque le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ. L’Evangile nous montre comment le Christ est roi. Son trône, c’est la croix. Et il semble bien impuissant. En fait c’est sur la croix que, d’une manière paradoxale, le Christ déploie toute sa puissance royale qui est une puissance de don de soi et d’amour sans limites. C’est par la croix qu’il ouvre les portes du paradis fermé, le royaume de Dieu, au bandit qui le supplie.
Voyons maintenant quelques conséquences de ce mystère dans la vie de l’Eglise et dans notre vie. Depuis Constantin et jusqu’à une époque récente, l’Eglise a été tentée par la théocratie. En s’alliant étroitement au pouvoir politique elle a voulu dominer la société tout entière. Elle a succombé aux mirages du pouvoir et de la richesse, oubliant le caractère spirituel de la royauté de son Maître et Seigneur. Les chrétiens du 4ème et du 5ème siècles de persécutés qu’ils étaient sont devenus persécuteurs des païens. Et il a fallu des saints et des saintes, des Francois d’Assise par exemple, pour rappeler à l’Eglise sa vocation évangélique. Avec le concile Vatican II notre Eglise a renoncé à cette tentation d’imposer la royauté du Christ par la puissance et par la force. Elle est entrée en dialogue avec notre monde, comprenant qu’elle devait se faire la servante de notre humanité en adoptant les moyens qui furent ceux du Christ dans le temps de son incarnation. Ce n’est pas en dominant mais bien en servant que notre Eglise participe à la royauté du Christ sur l’univers. Mais plus de 40 ans après le Concile une autre tentation nous guette : celle de nous contenter de beaux discours. Ces beaux discours qui nous donnent bonne conscience et ne changent rien dans les faits ! Les chrétiens que nous sommes exercent la royauté du Christ sur cette terre non pas en créant des réseaux d’influence plus ou moins occultes mais en donnant l’exemple. Paul VI disait déjà en son temps à quel point l’homme contemporain avait davantage besoin de témoins que de professeurs. Enseigner la foi c’est bien, la vivre c’est encore mieux. Pour illustrer mon propos par un seul exemple : cela ne sert pas à grand chose pour le chrétien ou pour l’Eglise de répéter son refus de l’avortement tant qu’il ou elle n’agit pas pour accueillir les femmes en difficulté et pour les aider à garder l’enfant qu’elles portent. L’Eglise et les chrétiens seront crédibles dans la mesure où notre enseignement se transformera en actes et en choix concrets. Parler cela ne coûte pas grand chose, s’engager c’est tout autre chose. Ne soyons pas comme certains hommes politiques qui demandent aux citoyens des sacrifices alors qu’ils ne renoncent pas à leurs privilèges... Oui, nous sommes roi de la création par et pour le Christ si nous témoignons de son Royaume par nos actes et par le don réel de notre personne. La royauté du Christ s’étendra sur notre terre si nous donnons l’exemple de notre vie.
33ème dimanche du temps ordinaire
33ème dimanche du TO/C
14/11/2010
Luc 21, 5-19 (p. 990)
L’avant-dernier dimanche de notre année liturgique, celui qui précède la fête du Christ roi de l’univers, nous transmet un message difficilemment compréhensible si nous ne faisons pas l’effort de nous remettre dans la mentalité juive du temps de Jésus.
Pour mieux nous introduire à ce passage de la fin de l’Evangile de saint Luc, je vais utiliser des termes techniques en les expliquant bien sûr. Mais ces termes sont nécessaires pour nous éviter de recevoir ce texte d’une manière fondamentaliste et de nous retrouver ainsi dans la peur et l’angoisse.
Ici nous entendons une partie du discours eschatologique de Jésus, discours que l’on retrouve aussi en parallèle dans les versions de Matthieu et de Marc. Discours que nous réentendrons au début du temps de l’Avent, l’année liturgique commencant et se terminant dans la même perspective, celle de la fin des temps et du retour du Christ dans la gloire. Voilà le sens du terme « eschatologique ». Notre Evangile de Luc est d’autant plus difficile à comprendre qu’il mélange cette vision de la fin des temps avec la ruine historique de Jérusalem en 70 de notre ère. Nous sommes donc à deux niveaux de l’histoire humaine : le niveau historique avec l’allusion à la ruine du Temple et aux persécutions des premiers chrétiens et un niveau supra-historique puisqu’il marque justement la fin du temps de l’histoire humaine et l’entrée de toute la création dans le Royaume de Dieu. Et pour ajouter encore à la difficulté de compréhension ce discours eschatologique de Jésus utilise un style littéraire bien particulier, le style apocalyptique, déjà présent dans l’Ancien Testament. D’où toutes ces images de catastrophes cosmiques et de guerres.
Alors que retenir pour notre vie chrétienne d’aujourd’hui de cet Evangile au style obscur et déroutant pour nos mentalités cartésiennes ?
Il y a tout d’abord le point de départ de cet enseignement du Seigneur Jésus. L’admiration des disciples pour la beauté du Temple, qui, notons-le, n’était déjà plus celui de Salomon mais bien un Temple renconstruit. Et Jésus leur annonce que tout cela sera détruit. C’est en effet l’empereur Titus qui rasera le temple et pillera ses trésors en les ramenant à Rome comme nous le montrent les bas-reliefs de l’arc de Titus en haut du forum. C’est un peu comme si aujourd’hui un prophète nous annoncait la destruction du Vatican et de la basilique saint Pierre... L’homme par son génie artistique et par ses progrès techniques est en effet capable de réaliser des merveilles, des chef-d’oeuvres. Mais tout cela est fragile. Que nous reste-t-il des fameuses 7 merveilles de l’antiquité ? La lecon pour nous est la suivante : rien dans ce monde n’est éternel, tout passe et trépasse. Cela signifie aussi que notre monde actuel blessé par le mal et le péché n’est pas éternel mais qu’il connaitra une fin, une transfiguration dans le Royaume de Dieu.
Le deuxième point d’intérêt pour nous concerne l’annonce des faux prophètes. Ces menteurs utiliseront tout au cours de l’histoire la peur de la fin du monde pour grossir les rangs de leurs disciples. Les témoins de Jéhovah en sont une parfaite illustration. Avec la mondialisation et tous les problèmes économiques et humains qu’elle entraîne, comme un écart toujours plus grand entre des masses aculées à survivre dans la misère et une élite de très riches voulant toujours davantage, avec le terrorisme islamique et le réveil des intégrismes dans toutes les religions, les faux prophètes ont un terrain propice pour prospérer et se développer. Nous vivons sans aucun doute un temps de grave crise. Et dans une telle situation la Parole de Jésus doit demeurer notre unique espérance et notre source d’inspiration pour ne pas avoir peur mais relever les défis de notre temps en chrétiens.
Enfin un troisième point d’intérêt pour nous se trouve dans l’annonce des persécutions que les disciples du Christ auront à endurer tout au long de l’histoire. Le langage de Jésus relève bien de ce contexte apocalyptique : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom ». Mais il n’invite pas pour autant à la peur mais bien à la confiance : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu ». L’Aide à l’Eglise en détresse faisait remarquer avec justesse que les chrétiens n’auront jamais été autant persécutés qu’au cours du 20ème s. Et un hebdommadaire comme Marianne, que l’on ne peut pas soupconner de cléricalisme, s’indignait dans son dernier numéro du silence assourdissant autour du massacre des chrétiens en Irak. En disant : aujourd’hui la seule catégorie de personnes qu’on peut maltraiter impunément dans le monde ce sont bien les chrétiens qui risquent de disparaître totalement du Moyen et du Proche Orient. Pour nous qui vivons encore sous le régime de la liberté de culte en Europe ce message du Christ a un double sens : il nous montre d’abord que la croix fait toujours partie d’une manière ou d’une autre de la vie chrétienne et la persécution peut prendre des visages bien différents. Nous sommes bien prévenus : c’est par notre persévérance dans le témoignage de la foi que nous obtiendrons la vie à la suite du Ressuscité. Le message de Jésus nous invite aussi à la solidarité avec nos frères persécutés en terres islamiques. Par la prière bien sûr mais aussi par nos dons à des oeuvres chargées d’alléger leur fardeau comme l’Oeuvre d’Orient ou l’Aide à l’Eglise en détresse. Que la scandaleuse lâcheté de la plupart des hommes politiques et des associations de défense des droits de l’homme réveille en nous ce sens de l’appartenance au Corps du Christ dans lequel nous sommes tous solidaires les uns des autres.
14/11/2010
Luc 21, 5-19 (p. 990)
L’avant-dernier dimanche de notre année liturgique, celui qui précède la fête du Christ roi de l’univers, nous transmet un message difficilemment compréhensible si nous ne faisons pas l’effort de nous remettre dans la mentalité juive du temps de Jésus.
Pour mieux nous introduire à ce passage de la fin de l’Evangile de saint Luc, je vais utiliser des termes techniques en les expliquant bien sûr. Mais ces termes sont nécessaires pour nous éviter de recevoir ce texte d’une manière fondamentaliste et de nous retrouver ainsi dans la peur et l’angoisse.
Ici nous entendons une partie du discours eschatologique de Jésus, discours que l’on retrouve aussi en parallèle dans les versions de Matthieu et de Marc. Discours que nous réentendrons au début du temps de l’Avent, l’année liturgique commencant et se terminant dans la même perspective, celle de la fin des temps et du retour du Christ dans la gloire. Voilà le sens du terme « eschatologique ». Notre Evangile de Luc est d’autant plus difficile à comprendre qu’il mélange cette vision de la fin des temps avec la ruine historique de Jérusalem en 70 de notre ère. Nous sommes donc à deux niveaux de l’histoire humaine : le niveau historique avec l’allusion à la ruine du Temple et aux persécutions des premiers chrétiens et un niveau supra-historique puisqu’il marque justement la fin du temps de l’histoire humaine et l’entrée de toute la création dans le Royaume de Dieu. Et pour ajouter encore à la difficulté de compréhension ce discours eschatologique de Jésus utilise un style littéraire bien particulier, le style apocalyptique, déjà présent dans l’Ancien Testament. D’où toutes ces images de catastrophes cosmiques et de guerres.
Alors que retenir pour notre vie chrétienne d’aujourd’hui de cet Evangile au style obscur et déroutant pour nos mentalités cartésiennes ?
Il y a tout d’abord le point de départ de cet enseignement du Seigneur Jésus. L’admiration des disciples pour la beauté du Temple, qui, notons-le, n’était déjà plus celui de Salomon mais bien un Temple renconstruit. Et Jésus leur annonce que tout cela sera détruit. C’est en effet l’empereur Titus qui rasera le temple et pillera ses trésors en les ramenant à Rome comme nous le montrent les bas-reliefs de l’arc de Titus en haut du forum. C’est un peu comme si aujourd’hui un prophète nous annoncait la destruction du Vatican et de la basilique saint Pierre... L’homme par son génie artistique et par ses progrès techniques est en effet capable de réaliser des merveilles, des chef-d’oeuvres. Mais tout cela est fragile. Que nous reste-t-il des fameuses 7 merveilles de l’antiquité ? La lecon pour nous est la suivante : rien dans ce monde n’est éternel, tout passe et trépasse. Cela signifie aussi que notre monde actuel blessé par le mal et le péché n’est pas éternel mais qu’il connaitra une fin, une transfiguration dans le Royaume de Dieu.
Le deuxième point d’intérêt pour nous concerne l’annonce des faux prophètes. Ces menteurs utiliseront tout au cours de l’histoire la peur de la fin du monde pour grossir les rangs de leurs disciples. Les témoins de Jéhovah en sont une parfaite illustration. Avec la mondialisation et tous les problèmes économiques et humains qu’elle entraîne, comme un écart toujours plus grand entre des masses aculées à survivre dans la misère et une élite de très riches voulant toujours davantage, avec le terrorisme islamique et le réveil des intégrismes dans toutes les religions, les faux prophètes ont un terrain propice pour prospérer et se développer. Nous vivons sans aucun doute un temps de grave crise. Et dans une telle situation la Parole de Jésus doit demeurer notre unique espérance et notre source d’inspiration pour ne pas avoir peur mais relever les défis de notre temps en chrétiens.
Enfin un troisième point d’intérêt pour nous se trouve dans l’annonce des persécutions que les disciples du Christ auront à endurer tout au long de l’histoire. Le langage de Jésus relève bien de ce contexte apocalyptique : « Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom ». Mais il n’invite pas pour autant à la peur mais bien à la confiance : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu ». L’Aide à l’Eglise en détresse faisait remarquer avec justesse que les chrétiens n’auront jamais été autant persécutés qu’au cours du 20ème s. Et un hebdommadaire comme Marianne, que l’on ne peut pas soupconner de cléricalisme, s’indignait dans son dernier numéro du silence assourdissant autour du massacre des chrétiens en Irak. En disant : aujourd’hui la seule catégorie de personnes qu’on peut maltraiter impunément dans le monde ce sont bien les chrétiens qui risquent de disparaître totalement du Moyen et du Proche Orient. Pour nous qui vivons encore sous le régime de la liberté de culte en Europe ce message du Christ a un double sens : il nous montre d’abord que la croix fait toujours partie d’une manière ou d’une autre de la vie chrétienne et la persécution peut prendre des visages bien différents. Nous sommes bien prévenus : c’est par notre persévérance dans le témoignage de la foi que nous obtiendrons la vie à la suite du Ressuscité. Le message de Jésus nous invite aussi à la solidarité avec nos frères persécutés en terres islamiques. Par la prière bien sûr mais aussi par nos dons à des oeuvres chargées d’alléger leur fardeau comme l’Oeuvre d’Orient ou l’Aide à l’Eglise en détresse. Que la scandaleuse lâcheté de la plupart des hommes politiques et des associations de défense des droits de l’homme réveille en nous ce sens de l’appartenance au Corps du Christ dans lequel nous sommes tous solidaires les uns des autres.
TOUSSAINT
Toussaint 2010
Matthieu 5, 1-12 (p. 1297)
Chaque année la fête de la Toussaint nous rappelle le but de notre vie chrétienne : la sainteté. Au jour de notre baptême nous avons été sanctifiés par la puissance de l’amour du Christ pour nous. Nous sommes véritablement devenus des saints, des temples de la Sainte Trinité. Baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, confirmés dans le même Esprit, nous sommes déjà saints parce que nous portons le beau nom de chrétiens, parce que nous sommes les membres du Corps du Christ. Mais notre expérience nous rappelle aussi chaque jour à quel point nous avons du mal à demeurer fidèles à la grâce de notre baptême, à cette vie divine qui nous habite au plus profond de notre être. C’est l’expérience de notre péché et de notre faiblesse, d’où l’importance du sacrement du pardon qui chaque fois nous remet dans la grâce de notre baptême en nous redonnant un vêtement tout blanc pour reprendre l’image de l’Apocalypse ou encore un coeur pur. C’est ainsi que la sainteté est en même temps ce qui nous caractérise et ce que nous avons à devenir, notre vocation à tous. Le Concile Vatican II a enseigné que tous les chrétiens étaient appellés à la sainteté. Et cette vocation à la sainteté est un appel au vrai bonheur de l’homme. Car nous ne pouvons pas vivre ce bonheur en nous contentant des seules joies terrestres et matérielles. Elles sont importantes et nous n’avons pas à les mépriser, seulement à les mettre à leur juste place pour qu’elles n’étouffent pas en nous le désir de Dieu. Notre vrai bonheur ne concerne pas seulement notre corps, notre sensualité, notre intelligence et notre raison, mais aussi notre coeur et notre âme. Il exige donc l’expérience de l’amour véritable et l’expérience de l’absolu, de Dieu lui-même.
Avant d’aller plus loin dans notre réflexion, regardons comment les textes de cette liturgie caractérisent les chrétiens que nous sommes :
- Serviteurs de Dieu dans l’Apocalypse
- Membres du peuple qui cherche Dieu dans le psaume
- Enfants de Dieu dans la deuxième lecture
- Appellés au bonheur dans l’Evangile
Quelle richesse ! Je ne retiendrai ici que l’expression du psaume. Elle nous donne deux moyens de progresser vers la sainteté. Tout d’abord nous sommes les membres du peuple de Dieu, du Corps du Christ, nous sommes l’Eglise. Ce qui signifie que l’on ne devient pas saint tout seul, isolé dans son coin. Nous avons besoin les uns des autres pour grandir dans la sainteté et pour nous encourager sur ce chemin à la fois magnifique et difficile. La sainteté est toujours un don de l’amour de Dieu et ce don il nous le fait à travers notre appartenance à l’Eglise. L’expression du psaume nous rappelle aussi que nous sommes un peuple en marche, orienté vers notre avenir en Dieu. L’Eglise n’a pas d’autre but que d’aider chacun de ses membres à vivre dans l’amitié avec Dieu. L’Eglise doit sans cesse nous redire que nous avons à rechercher Dieu dans nos vies. Un saint n’est pas celui qui dit : j’ai trouvé Dieu et j’attends maintenant la mort pour parvenir à la béatitude éternelle. Le saint, c’est celui qui a conscience que jusqu’à son dernier souffle il devra chercher Dieu. Oui, Dieu s’est révélé à nous comme un Père en nous envoyant son Fils Jésus et en nous donnant l’Esprit de sainteté. Mais Dieu demeure toujours un mystère, c’est-à-dire une réalité inépuisable. Et c’est pour cela qu’en tant que croyants nous devons toujours le chercher, toujours revenir à Lui par le désir de l’amour.
Signalons enfin un danger pour nous tous, en fait une fausse représentation de la sainteté. Pour certains la sainteté chrétienne consisterait en une vie honnête, faite de mesure et de perfection morale. C’est ce type de vie que menait Paul le pharisien avant sa rencontre avec le Christ Vivant sur le chemin de Damas. Nous ne pouvons pas comprendre la sainteté chrétienne sans nous référer aux propos de Paul qui parle de la folie de la croix, donc de la folie de l’amour de Dieu à notre égard. Nous ne sommes plus dans cet idéal grec et classique de mesure mais au contraire dans l’excès. La sainteté, nous le voyons, va bien au-delà d’une vie morale honnête. Elle nous met en contact avec le Dieu vivant et vrai, le Trois fois Saint, elle nous fait entrer dans la vie divine de la Trinité, communier à cet échange de vie et d’amour en Dieu même. La sainteté ne nous met pas d’abord en relation avec une Loi ou des commandements mais en relation avec le mystère même de Dieu. Elle n’est donc pas d’abord une affaire de morale, mais une affaire d’amour et de recherche spirituelle. Nous avons peur de la sainteté parce que l’idée de perfection morale nous semble inaccessible, utopique au fond. Mais si nous attendons de vivre une morale parfaite pour nous mettre en chemin, alors oui nous en resterons là où nous sommes. C’est pas à pas, humblement, que nous avons à nous lancer dans cette grande marche de la sainteté à la suite de tous les saints et de toutes les saintes de l’histoire de notre humanité. Ne restons pas au bord du chemin en nous disant : ce n’est pas fait pour nous ! C’est progressivement, choix après choix, jour après jour, qu’avec la grâce du Christ, nous avancerons sur ce chemin. Les 9 béatitudes balisent notre route. Et ces balises nous rappellent qu’il est impossible de séparer notre recherche de Dieu de l’amour du prochain : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! » En résumé nous avons repéré trois moyens parmi tant d’autres de progresser dans la sainteté : parcourir ce chemin avec d’autres dans l’Eglise, rechercher sans cesse le vrai visage de Dieu et agir de manière concrète au service de la justice parmi les hommes.
Matthieu 5, 1-12 (p. 1297)
Chaque année la fête de la Toussaint nous rappelle le but de notre vie chrétienne : la sainteté. Au jour de notre baptême nous avons été sanctifiés par la puissance de l’amour du Christ pour nous. Nous sommes véritablement devenus des saints, des temples de la Sainte Trinité. Baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, confirmés dans le même Esprit, nous sommes déjà saints parce que nous portons le beau nom de chrétiens, parce que nous sommes les membres du Corps du Christ. Mais notre expérience nous rappelle aussi chaque jour à quel point nous avons du mal à demeurer fidèles à la grâce de notre baptême, à cette vie divine qui nous habite au plus profond de notre être. C’est l’expérience de notre péché et de notre faiblesse, d’où l’importance du sacrement du pardon qui chaque fois nous remet dans la grâce de notre baptême en nous redonnant un vêtement tout blanc pour reprendre l’image de l’Apocalypse ou encore un coeur pur. C’est ainsi que la sainteté est en même temps ce qui nous caractérise et ce que nous avons à devenir, notre vocation à tous. Le Concile Vatican II a enseigné que tous les chrétiens étaient appellés à la sainteté. Et cette vocation à la sainteté est un appel au vrai bonheur de l’homme. Car nous ne pouvons pas vivre ce bonheur en nous contentant des seules joies terrestres et matérielles. Elles sont importantes et nous n’avons pas à les mépriser, seulement à les mettre à leur juste place pour qu’elles n’étouffent pas en nous le désir de Dieu. Notre vrai bonheur ne concerne pas seulement notre corps, notre sensualité, notre intelligence et notre raison, mais aussi notre coeur et notre âme. Il exige donc l’expérience de l’amour véritable et l’expérience de l’absolu, de Dieu lui-même.
Avant d’aller plus loin dans notre réflexion, regardons comment les textes de cette liturgie caractérisent les chrétiens que nous sommes :
- Serviteurs de Dieu dans l’Apocalypse
- Membres du peuple qui cherche Dieu dans le psaume
- Enfants de Dieu dans la deuxième lecture
- Appellés au bonheur dans l’Evangile
Quelle richesse ! Je ne retiendrai ici que l’expression du psaume. Elle nous donne deux moyens de progresser vers la sainteté. Tout d’abord nous sommes les membres du peuple de Dieu, du Corps du Christ, nous sommes l’Eglise. Ce qui signifie que l’on ne devient pas saint tout seul, isolé dans son coin. Nous avons besoin les uns des autres pour grandir dans la sainteté et pour nous encourager sur ce chemin à la fois magnifique et difficile. La sainteté est toujours un don de l’amour de Dieu et ce don il nous le fait à travers notre appartenance à l’Eglise. L’expression du psaume nous rappelle aussi que nous sommes un peuple en marche, orienté vers notre avenir en Dieu. L’Eglise n’a pas d’autre but que d’aider chacun de ses membres à vivre dans l’amitié avec Dieu. L’Eglise doit sans cesse nous redire que nous avons à rechercher Dieu dans nos vies. Un saint n’est pas celui qui dit : j’ai trouvé Dieu et j’attends maintenant la mort pour parvenir à la béatitude éternelle. Le saint, c’est celui qui a conscience que jusqu’à son dernier souffle il devra chercher Dieu. Oui, Dieu s’est révélé à nous comme un Père en nous envoyant son Fils Jésus et en nous donnant l’Esprit de sainteté. Mais Dieu demeure toujours un mystère, c’est-à-dire une réalité inépuisable. Et c’est pour cela qu’en tant que croyants nous devons toujours le chercher, toujours revenir à Lui par le désir de l’amour.
Signalons enfin un danger pour nous tous, en fait une fausse représentation de la sainteté. Pour certains la sainteté chrétienne consisterait en une vie honnête, faite de mesure et de perfection morale. C’est ce type de vie que menait Paul le pharisien avant sa rencontre avec le Christ Vivant sur le chemin de Damas. Nous ne pouvons pas comprendre la sainteté chrétienne sans nous référer aux propos de Paul qui parle de la folie de la croix, donc de la folie de l’amour de Dieu à notre égard. Nous ne sommes plus dans cet idéal grec et classique de mesure mais au contraire dans l’excès. La sainteté, nous le voyons, va bien au-delà d’une vie morale honnête. Elle nous met en contact avec le Dieu vivant et vrai, le Trois fois Saint, elle nous fait entrer dans la vie divine de la Trinité, communier à cet échange de vie et d’amour en Dieu même. La sainteté ne nous met pas d’abord en relation avec une Loi ou des commandements mais en relation avec le mystère même de Dieu. Elle n’est donc pas d’abord une affaire de morale, mais une affaire d’amour et de recherche spirituelle. Nous avons peur de la sainteté parce que l’idée de perfection morale nous semble inaccessible, utopique au fond. Mais si nous attendons de vivre une morale parfaite pour nous mettre en chemin, alors oui nous en resterons là où nous sommes. C’est pas à pas, humblement, que nous avons à nous lancer dans cette grande marche de la sainteté à la suite de tous les saints et de toutes les saintes de l’histoire de notre humanité. Ne restons pas au bord du chemin en nous disant : ce n’est pas fait pour nous ! C’est progressivement, choix après choix, jour après jour, qu’avec la grâce du Christ, nous avancerons sur ce chemin. Les 9 béatitudes balisent notre route. Et ces balises nous rappellent qu’il est impossible de séparer notre recherche de Dieu de l’amour du prochain : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! » En résumé nous avons repéré trois moyens parmi tant d’autres de progresser dans la sainteté : parcourir ce chemin avec d’autres dans l’Eglise, rechercher sans cesse le vrai visage de Dieu et agir de manière concrète au service de la justice parmi les hommes.
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