vendredi 19 novembre 2010

31ème dimanche du temps ordinaire

31eme dimanche du TO/C
31 octobre 2010
Luc 19, 1-10 (p.891)

Saint Luc nous rapporte dans cette page d’Evangile la rencontre entre Zachee et Jesus. Avec une mise en scene pleine de details et d’une originalite rare. Pour mieux entrer dans cette scene je vais tenter une comparaison, une actualisation avec les limites que comporte bien sur ce genre d’exercice...
Pour cela vous devez imaginer que vous etes une personne riche avec un rang important dans la societe. Vous etes aussi passionne par le cinema et vos acteurs preferes se nomment Leonardo di Caprio, Nicole Kidman ou encore Matt Damon. Bref des celebrites dont tout le monde a entendu parler. Et voila que vous decidez de vous rendre au festival de Cannes. Vous attendez sur la croisette le passage de votre star preferee, mais la foule vous comprime, vous n’etes pas au premier rang et votre reve serait de voir ne serait-ce que le visage de Leonardo ou de Nicole... avant qu’ils n’entrent dans le palais des festivals. Et voila que vous vient a l’esprit une idee folle : vous etes dans vos plus beaux atours et vous vous mettez a grimper sur un palmier pour etre bien sur de ne rien rater du passage des stars ! Tout le monde se moque de vous, on vous prend pour un fou et la police ne va pas tarder a venir vous arreter, mais peu importe, votre desir est tellement fort que vous en oubliez les convenances humaines. Et voici que Leonardo di Caprio passant au pied de votre palmier vous repere, s’arrete et vous invite a venir le rejoindre ! Quelle joie pour vous !

Voila toutes proportions gardees la situation qu’a du vivre notre Zachee perche sur son sycomore a Jericho. Jesus etait un peu une star dont tout le monde parlait surtout a cause de ses nombreux miracles. Mais il avait aussi de farouches opposants. Avant meme que Jesus n’entre a Jericho la nouvelle s’etait repandue parmi la population et la foule ne cessait de grandir dans la rue centrale pour voir celui dont on parlait tant. Pour certains c’etait un divertissement dans la grisaille du quotidien, d’autres etaient simplement curieux et puis, comme toujours, il y avait les admirateurs et les opposants. Le riche Zachee, le chef des publicains, cherchait a voir qui etait Jesus. Son desir allait au-dela de la simple curiosite. La formule de Luc nous le revele. Il ne dit pas : Zachee cherchait a voir Jesus mais bien « qui etait Jesus ». Ce petit homme avait pressenti un mystere derriere ce Jesus de Nazareth. Et pour tenter d’y voir plus clair le voila qui se ridiculise aux yeux de tous en grimpant sur un arbre ! En montant sur cet arbre Zachee s’abaisse en fait aux yeux de tous, il joue sa reputation de notable, haï peut-etre, mais riche et craint dans la ville. La folie de ce chef des collecteurs d’impots va susciter une rencontre inoubliable, une rencontre qui le marquera pour toute sa vie. Celui qui voulait voir Jesus est vu par Jesus. Oui, le Seigneur s’arrete au pied de son arbre et lui demande de descendre vite. Le Seigneur s’invite chez lui ! Nous comprenons alors que c’est Jesus qui cherchait Zachee bien plus que Zachee ne le cherchait... Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui etait perdu. Et le premier effet de cette rencontre avec le Seigneur c’est une joie immense qui envahit le coeur de Zachee. Avoir chez soi Jesus de Nazareth c’est bien sur infiniment plus que rencontrer une star du cinema ou une celebrite quelconque. La joie est toujours le signe de la presence de Dieu, le fruit de l’Esprit Saint. Toute la suite du recit nous montre comment a partir de cette rencontre avec le Seigneur Zachee va se transformer, se convertir et finalement accueillir le salut de Dieu manifeste en son Fils bien-aime. Le signe que Zachee se convertit ce n’est pas seulement la joie qui l’habite mais sa generosite, son sens du partage. Il n’est plus un riche egoiste et parfois malhonnete. Il va largement partager ses biens et reparer les fautes qu’ils auraient pu commettre dans l’exercice de son metier. Oui, il est vraiment transforme et c’est desormais un homme nouveau.

Je ne retiendrai pour nous qu’un enseignement de cette magnifique page evangelique. Si nous voulons vraiment connaitre la personne de Jesus, nous devons absolument faire l’experience de la rencontre et de la communion avec lui car il est Vivant aujourd’hui comme il y a 2000 ans dans les rues de Jericho. Si notre raison et notre intelligence ont leur place dans la vie de foi, c’est surtout par l’amour que nous grandissons dans la connaissance de Dieu. Et le moyen privilegie que nous avons de grandir dans l’amour de Dieu c’est bien la priere personnelle et la frequentation des sacrements, en particulieur l’eucharistie et le sacrement du pardon. Notre sycomore ou notre plamier a nous ce sont ces moments que nous reservons a la rencontre avec Jesus dans la priere communautaire et personnelle. C’est par notre fidelite a la vie de priere que peu a peu nous nous transformons sous l’influence de l’Esprit et que nous devenons capables de nous depasser dans bien des domaines. Sans cette vie de priere personnelle, sans cette spiritualite de chaque jour, notre foi risque fort de s’atrophier. Il nous restera un vernis religieux, mais Dieu deviendra pour nous une idee abstraite ou pire une ideologie. Nous serons des hommes religieux, fideles a des rites, mais nous aurons perdu le contact reel avec le Dieu vivant. Que l’exemple de Zachee relance au plus profond de notre coeur le desir de Dieu, le desir de le renconter dans la communion de son amour !

30ème dimanche du temps ordinaire

30eme dimanche du TO/C
24 octobre 2010
Luc 18, 9-14 (p. 845)

Apres la parabole de la veuve et du juge, Jesus nous enseigne a nouveau en ce dimanche par une parabole, celle du pharisien et du publicain. Et comme dimanche dernier saint Luc nous donne le but de cet enseignement en nous designant a qui il s’adresse en particulier : « pour certains hommes qui sont convaincus d’etre des justes et qui meprisent tous les autres ». Le Seigneur veut ici nous mettre en garde contre une tentation qui peut concerner les hommes pieux et religieux, donc chacun de nous dans la mesure ou nous avons le desir de vivre notre foi chretienne de maniere fervente : celle de l’orgueil spirituel. Dans la savoureuse mise en scene de la parabole, tous les details sont importants et nous permettent ainsi de mieux connaitre la nature de cette tentation. Relisons ensemble cette mise en scene avec d’un cote le pharisien et de l’autre le publicain. Pour les deux personnages qui nous sont presentes en contraste, le contexte est le meme. Tous les deux montent en effet au Temple pour y prier. La priere du pharisien est interieure, ce que nous nommerions aujourd’hui l’oraison mentale. C’est aussi une priere d’action de graces, de remerciement, donc une priere qui commence tres bien : « Mon Dieu, je te rends grace... ». Combien il est important dans notre vie spirituelle de ne pas nous limiter a la priere de demande mais de donner aussi une place de plus en plus importante a la priere de remerciement, de louange et d’adoration silencieuse ! Mais voila que la priere de cet homme qui commencait si bien va deriver et se terminer tres mal... La ou ca derape c’est dans le motif de son action de grace : « parce que je ne suis pas comme les autres hommes... ou encore comme ce publicain ». Ce pharisien est le parfait exemple de l’orgueil spirituel et cela pour deux raisons. Tout d’abord de par son sentiment de superiorite spirituelle sur les autres, sentiment qui s’accompagne inevitablement d’un jugement impitoyable sur les autres qui sont tous mauvais... Nous connaissons peut-etre des personnes qui pour se prouver a elles-memes qu’elles sont dans le bon et droit chemin eprouvent le besoin de rabaisser les autres et de les condamner. Dans cette priere qui n’en a plus que l’apparence, le pharisien ne cherche pas a entrer en relation avec Dieu. De fait il se regarde lui-meme, se contemple, se considere si bon qu’il frise l’idolatrie. Est-ce vraiment Dieu qu’il adore ? N’est-ce pas plutot sa propre perfection morale et spirituelle ? La deuxieme cause de son orgueil spirituel se trouve dans l’etalage qu’il fait de sa fidelite aux details de la Loi de Moise. Cet homme n’a pas besoin de Dieu pour etre justifie et sanctifie. Il se justifie lui-meme a travers ses oeuvres. Non seulement ce n’est plus Dieu qu’il adore mais lui-meme, mais en plus il enleve a Dieu sa prerogative de juge des coeurs. Seul Dieu nous connait vraiment, bien mieux que nous-memes ne pouvons nous connaitre. Car seul Dieu lit dans les coeurs et penetre au trefonds de nos intentions les plus secretes. C’est grace a la connaissance parfaite qu’il a de notre coeur et des motivations de nos actions et de nos paroles que Dieu est le seul juge, celui qui ne peut jamais se tromper. C’est aussi pour cela que Jesus nous interdit de juger notre prochain et de le condamner. La deuxieme lecture nous montre comment saint Paul, le pharisien converti, a vaincu cette tentation de celui qui se justifie lui-meme en presence de Dieu. Dans ce passage de sa lettre a Timothee, l’apotre affirme sa fidelite a Dieu, il a persevere dans le droit chemin. Il a tenu bon jusqu’au bout, et c’est jusqu’au bout qu’il a annonce l’Evangile aux paiens. Mais il y a une grande difference avec le pharisien de notre parabole. Paul ne tombe pas dans le peche d’orgueil, il sait, et il le dit, que sa force, donc sa fidelite a sa mission, vient de Dieu : « Le Seigneur m’a assiste, il m’a rempli de force ». Paul ne tire pas sa justice de lui-meme ou de ses bonnes actions, car il sait que sans la grace de Dieu il serait encore prisonnier de l’ignorance et du peche. La priere du publicain, dans notre parabole, est une priere de supplication : « Mon Dieu, prends pitie du pecheur que je suis ! » Nos deux personnages incarnent donc deux attitudes opposees : l’orgueil et l’humilite. Rien ne nous eloigne davantage de Dieu que l’orgueuil spirituel qui est le peche de Satan, et rien ne nous unit davantage a Dieu que l’humilite. L’humilite, l’une des plus grandes vertus chretiennes, n’est pas l’humiliation ou encore le masochisme de celui qui ne veut voir en lui que les faiblesses, les defauts et le mal en repetant a longueur de journee : je suis nul, je ne vaux rien etc. L’humilite c’est porter un regard realiste sur ce que nous sommes et reconnaitre en effet la part d’ombre qui est en nous. Blaise Pascal dans ses Pensees a tres bien percu la valeur indispensable de l’humilite comme verite dans notre vie chretienne. Oui, la verite de notre etre c’est que nous ne sommes ni ange ni bete. Nous sommes des creatures humaines. Et il nous faut savoir garder l’equilibre de la verite lorsque nous nous presentons devant le Seigneur dans la priere. Nous ne nous presentons pas comme des saints ni comme des etres qui ne seraient que peche. Nous nous presentons tels que nous sommes : comme des pecheurs pardonnes et justifies, en marche vers la saintete. Pascal conseille au chretien, a la suite de l’Evangile, d’eviter les deux tentations opposees : l’orgueil d’un cote, le desespoir de l’autre. A nous de cultiver la simple et joyeuse humilite chretienne en sachant accepter les humiliations mais surtout en choisissant de nous abaisser en presence du Seigneur et des autres.

29ème dimanche du temps ordinaire

29eme dimanche du TO/C
17/10/2010
Luc 18, 1-8 (p. 799)

Apres nous avoir entretenu de la foi et de la gratitude, le Seigneur Jesus nous invite en ce dimanche a une reflexion sur la priere. Et cela a l’aide de la petite histoire du juge et de la veuve. Parabole tellement claire qu’elle se passe de commentaires. Si Jesus nous raconte cette parabole semblable a une autre dans le meme Evangile (celle de l’homme couche derange par son ami venu lui demander du pain), c’est dans un but bien precis : « pour nous montrer qu’il faut toujours prier sans se decourager ». Cet Evangile n’est donc pas un enseignement general sur la priere et cela pour deux raisons. La premiere, evidente, c’est qu’il nous parle de l’une des caracteristiques de la priere chretienne : elle ne se decourage jamais, donc elle est perseverante. La seconde, c’est qu’il s’agit ici de l’une des formes de la priere chretienne : la priere de demande. En effet la veuve demande au juge de lui faire justice. Et nous verrons enfin le lien de cet enseignement avec la realite de la foi. Priere et foi etant bien sur inseparables.
Pourquoi donc Jesus insiste-t-il tant sur cette qualite que doit avoir notre priere, la perseverance ? Parce qu’il nous connait mieux que nous-memes ne pouvons nous connaitre. Il sait qu’a cause du peche mais aussi parce que nous sommes des etres incarnes, corps, esprit et ame, nous pouvons tres vite nous decourager dans notre vie spirituelle. Dieu peut sembler a certains moments tellement lointain ou absent... Jesus sait aussi que quand nous demandons quelque chose a Dieu dans la priere et que nous ne l’obtenons pas immediatement, nous abandonnons facilement. Nous pratiquons la priere de demande dans un esprit de rentabilite. Et s’il nous semble que nous ne sommes pas exauces nous passons a autre chose. C’est contre cette tentation que le Seigneur veut nous mettre en garde. Permettez-moi de traduire d’une maniere triviale le message de la parabole : il faut casser les pieds au Bon Dieu a la maniere de cette pauvre veuve ! Partons de nos experiences humaines les plus simples pour comprendre a quelle point notre faiblesse nous expose a baisser les bras dans le combat de la priere. Ceux parmi vous qui ont ou ont eu de jeunes adolescents et vous les jeunes vous savez par experience combien il est difficile de perseverer dans un choix. Un tel veut jouer du piano, un autre veut se mettre au tennis, un autre enfin veut creer un groupe de musique avec ses amis etc. Combien ont commence plein d’enthousiasme pour au final abandonner au bout de 6 mois ou d’un an ? Je reprends l’exemple de l’apprentissage du piano. Au debut cela demande beaucoup de travail et de patience pour tres peu de resultats. Au debut on se fait tres peu plaisir a repeter des exercices et des gammes... Ce n’est que la perseverance qui apporte la joie de bien jouer ! Bien sur la priere est d’un autre ordre, surnaturel, et tout ne depend pas de nous dans cet ordre. Car prier est d’abord une grace de Dieu, un don de son amour, puisque nous ne pouvons pas prier sans la foi et la charite. Il n’en reste pas moins vrai que pour la part qui est la notre, celle de notre liberte, la comparaison avec la perseverance dans l’apprentissage du piano nous instruit. Je pense en effet que plus nous prions, plus nous sommes fideles a la priere, plus la priere devient aise et facile. La perseverance dans la priere nous permet de gouter, si Dieu le veut, son amour, sa presence d’une maniere plus intense et plus forte. Quand je dis qu’il faut donc casser les pieds au Bon Dieu, cela doit etre compris dans le contexte de notre Evangile. La priere de demande n’a rien a voir avec le caprices des enfants qui exasperent leurs parents tant qu’ils n’ont pas obtenu ce qu’ils voulaient. La parabole nous parle d’une veuve, donc d’une femme pauvre. Voila la premiere condition pour une bonne priere de demande : se tenir comme un pauvre en presence de Dieu. C’est cette humilite qui nous permet de dire en verite : Que ta volonte soit faite ! Si dans notre priere de demande perseverante nous mettons de cote cette demande du « Notre Pere » alors nous ne sommes plus dans la priere chretienne. Enfin l’autre condition pour une bonne priere de demande, c’est Jesus lui-meme qui nous la donne avec la fin de cet Evangile : « Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Cette interrogation angoissee nous interpelle. Alors nous savons comment demander dans la priere. Il est evident que nous n’avons pas le droit de demander des choses mauvaises mais seulement ce qui nous semble bon pour nous-memes et pour les autres. Nous le faisons avec humilite, foi et perseverance. Car aucune priere n’est perdue. Enfin souvenons-nous que le miracle de la priere de demande se trouve parfois ailleurs que dans son exaucement. Car toute priere nous transforme et nous rend meilleurs. Je terminerai par un exemple illustrant cela. Si je prie pour la conversion de mon ennemi, de celui qui me fait du mal, peut-etre que lui ne changera pas. Cela ne signifie pas que je ne suis pas exauce. Car il se peut qu’a travers cette priere perseverante Dieu augmente ma force et ma patience pour aimer malgre tout cette personne antipathique ou qui me veut du mal.

28ème dimanche du temps ordinaire

28eme dimanche du TO / C
10/10/2010
Luc 17, 11-19 (p. 756)

L’Evangile de ce dimanche nous renvoie en partie a celui de dimanche dernier dans lequel Jesus mettait en avant la puissance de la foi dans notre vie : « Releve-toi et va, dit-il au lepreux purifie, ta foi t’a sauve ». Cette consigne du Seigneur au lepreux apres sa guerison nous montre non seulement la puissance de la foi mais aussi son dynamisme. Dans un acte d’adoration ce samaritain se prosterne aux pieds de Jesus. Le dynamisme de sa foi l’invite maintenant a se relever, geste qui annonce la resurrection, et a poursuivre sa route, a aller de l’avant. Jesus loue le fait que cet homme soit revenu sur ses pas pour rendre grâce, pour dire merci. Dans la foi il nous est bon de faire memoire des bienfaits recus, et l’eucharistie est en partie action de grâce pour les merveilles accomplies par Dieu dans notre histoire. Mais notre foi serait incomplete si elle ne se tournait que vers le passe. Ce lien tres fort avec Dieu nous invite bien sur a vivre le present de maniere intense, l’aujourd’hui de Dieu dans nos vies. Et l’eucharistie n’est pas seulement un memorial dans le sens du passe, c’est un memorial qui rend present aujourd’hui l’amour du Christ Ressuscite dans sa Parole et dans son Pain. Enfin nous le savons la celebration de la messe nous oriente aussi vers notre avenir et celui de notre humanite : « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Releve-toi et va ! En celebrant l’eucharistie chaque dimanche et en communiant au Christ Vivant, si nous le pouvons, nous vivons notre foi comme une force capable de nous relever et de nous faire aller de l’avant. La foi est tout sauf une nostalgie du passe. Elle est, je le repete, un dynamisme qui fait que l’on peut avoir un coeur jeune et un grand âge ou un âge avance ! Notre foi est dans ce sens inseparable de l’esperance chretienne, esperance fondee sur la fidelite de Dieu a ses promesses et a sa parole.
La fine pointe de cet Evangile est cependant ailleurs et elle est evidente. Sur 10 lepreux purifies un seul, un samaritain, donc un etranger pour le Juif de Judee, revient sur ses pas pour glorifier Dieu et remercier Jesus. Cette page de saint Luc nous parle donc d’une attitude extremement importante pour tout chretien. Une attitude que l’on peut nommer reconnaissance, gratitude, action de grâce, merci etc. C’est l’occasion de rappeler que le mot eucharistie signifie tout simplement action de grâce, donc attitude profonde de reconnaissance et de gratitude pour Dieu notre Pere, par Jesus le Fils dans l’Esprit. Pour savoir dire merci a Dieu dans la priere et pas seulement lors de la messe du dimanche il faut deja être capable de cette attitude au niveau simplement humain. Or de plus en plus de personnes dans nos societes occidentales vivent comme si tout leur etait dû. Dire merci va bien au-dela de la simple politesse. C’est la traduction concrete d’une philosophie de vie selon laquelle je ne suis pas le centre du monde, une philosophie de la vie comme dependance des autres, relation avec les autres. Dans l’education des enfants et des jeunes, il est essentiel de leur apprendre cette tres belle attitude de la gratitude, expression privilegiee de la charite. S’il n’y a pas ce fondement humain tout simple comment vivre notre relation avec Dieu ? Ne croyons pas pouvoir transmettre aux enfants et aux jeunes l’Evangile du Christ sans en même temps leur apprendre les valeurs fondamentales de la vie humaine en communaute. Paul VI disait avec raison qu’un homme incapable d’apprecier a leur juste valeur les joies que la vie humaine lui donne sera a fortiori incapable de vivre de la joie chretienne et spirituelle. L’attitude du samaritain gueri est certes une attitude de croyant qui se sent pousse a dire de tout son coeur « merci » a Jesus. Mais elle est aussi une qualite humaine du coeur. Les 9 autres lepreux etaient certainement croyants eux-aussi, mais ils ne sont pas revenus pour dire leur joie d’être gueris. Eux ont ete simplement gueris alors que le samaritain a aussi ete sauve. Tres belle lecon de vie pour chacun d’entre nous, invitation a ouvrir les yeux et surtout le coeur pour percevoir dans la foi tout ce que nous recevons de Dieu et des autres depuis notre venue en ce monde. Reconnaitre notre dependance envers Dieu et envers nos freres ne nous rend pas moins humains, bien au contraire cette humilite nous humanise, en nous faisant grandir dans l’amour elle nous sauve. Alors reapprenons cette belle qualite du coeur, la gratitude, et la joie de Dieu nous comblera de plus en plus.

27ème dimanche du temps ordinaire

27eme dimanche du TO/C
3/10/2010
Luc 17, 5-10 (p. 707)

L’Evangile de ce dimanche aborde deux realites essentielles de notre vie chretienne : la foi et les oeuvres, deux realites qui vont de pair et sont donc inseparables.
La demande des apotres au Seigneur, « Augmente en nous la foi », est riche d’enseignements sur cette realite. Tout d’abord remarquons cette vive conscience qu’ont les apotres de leur manque de foi. Oui, leur foi est faible et ils le reconnaissent avec humilite. Ils se tournent vers Celui qui est a l’origine de la foi : Jesus en tant que Fils de Dieu. Car la foi est d’abord un don de Dieu. Elle ne resulte pas seulement de notre desir de croire en Lui. Le plus important dans la demande des apotres se trouve precisement dans le verbe « augmenter ». Cela nous rappelle que notre foi n’est pas une realite figee mais au contraire une realite dynamique. En effet du jour de notre bapteme a celui de notre mort la foi vit en nous, elle nous fait vivre dans l’union avec Dieu. Si la foi est vivante, alors comment s’etonner qu’elle connaisse des hauts et des bas, des moments d’obscurite et de lumieres ? Nous devons tout faire pour accueillir en nous une foi toujours plus grande et intense, mais souvenons-nous que Dieu peut permettre pour notre progres spirituel des nuits de la foi, des moments ou croire en Dieu n’est plus evident ni aise. Le doute dans ce sens n’est pas le contraire de la foi, il ne la supprime pas. Il la met a l’epreuve et nous pouvons ressortir de cette epreuve avec une foi plus adulte et plus mature. La reponse du Seigneur aux apotres nous donne une autre caracteristique de la foi chretienne : sa puissance. Nous sommes habitues a l’image de la foi qui deplace les montagnes, dans cet Evangile elle deplace les arbres ! Qu’est-que cela peut bien signifier ? La foi en nous unissant a Dieu nous fait participer a sa puissance. Dans la Genese lorsque Dieu cree il lui suffit d’une parole pour que la vie surgisse. Par la foi nous participons a la puissance meme de la Parole de Dieu capable de creer. Mettre notre foi en Dieu ne fait pas de nous des personnes amoindries, faibles et passives. Le dynamisme de la foi est au contraire cette force que Dieu nous donne pour etre vainqueurs de toutes les forces de mort presentes en nous-memes et dans notre monde. Et comment parler de la puissance de la foi sans evoquer au passage la puissance de la priere ? Puissance qui dans les deux cas ne signifie pas efficacite dans le sens commun du terme. L’efficacite exige un resultat ou un rendement immediat et visible. La puissance de la foi est reelle. Pour la percevoir nous devons etre capable de lire les signes de Dieu dans notre vie et dans le monde. Et lorsque nous avons une vue d’ensemble nous pouvons dire : oui, ma foi en Dieu a ete puissante, oui, ma priere a porte son fruit.
Si notre foi est vivante elle porte forcement des fruits, elle se manifeste dans notre agir, dans nos oeuvres. Et c’est l’objet de la deuxieme partie de notre Evangile avec la parabole du serviteur et du maitre. Comme toujours lisons cette parabole en lien avec les Evangiles dans leur ensemble. La fine pointe de cet enseignement n’est pas dans une description du type de rapport que nous devons avoir avec Dieu (le maitre de la parabole). Car si le chretien est serviteur de son Dieu c’est dans un sens totalement nouveau. L’esprit que nous avons recu n’est pas un esprit de peur mais bien un esprit de force, d’amour et de raison. Jesus nous l’a dit : nous ne sommes plus pour lui des serviteurs mais des amis. Notre relation chretienne avec Dieu n’est pas celle de l’esclave avec son maitre. Et dans la revelation du Nouveau testament c’est Dieu lui-meme qui se fait le serviteur de ses creatures comme le montre entre autre la scene du lavement des pieds. L’enseignement de cette parabole concerne donc le rapport que nous avons non pas avec Dieu mais avec nos oeuvres et nos actions. En nous demandant de nous considerer comme des serviteurs quelconques lorsque nous avons accompli notre devoir d’etat et notre devoir de chretiens, Jesus nous invite a l’humilite c’est-a-dire a la verite. Le danger pour nous serait de tirer orgueil de nos bonnes actions, de nous glorifier de notre fidelite aux commandements du Seigneur en oubliant que tout est grace et que notre puissance vient precisement de notre foi en lui.
Alors en ce dimanche qui est un peu l’equivalent d’une rentree tardive pour notre communaute francophone de Copenhague soyons heureux d’etre des hommes et des femmes de foi. Soyons dans la reconnaissance pour la puissance de notre foi manifestee a travers toute notre vie et toutes nos actions. Soyons certains que si nous sommes dociles au souffle de l’Esprit tout au long de cette annee scolaire, Dieu fera par nous des merveilles d’amour dans notre coeur, dans nos familles, nos lieux de vie et notre communaute de Sakramentskirke.

mardi 7 septembre 2010

24ème dimanche du temps ordinaire

24ème dimanche du TO/C - 12/09/2010
Luc 15, 1-32 (p. 560)
Ce 24ème dimanche du temps ordinaire est vraiment le dimanche de la miséricorde divine même si nous fêtons cette miséricorde plus particulièrement le dimanche dans l’octave de Pâques. Toutes les lectures abordent cette réalité si importante dans la révélation que Dieu fait de lui-même tout au long de l’histoire du salut. Plutôt que de commenter la célèbre parabole de l’enfant prodigue, je voudrais méditer avec vous et pour vous l’ensemble des lectures. Non pas dans le détail mais en montrant la merveilleuse harmonie qui existe entre ces textes en même temps que l’évolution de la révélation biblique.
Les deux textes de l’Ancien Testament, notre première lecture et le psaume 50, nous montrent un Dieu prêt à pardonner. Même si, face au péché d’idolâtrie du peuple, le veau d’or, Dieu se met en colère et décide dans un premier temps d’exterminer le peuple. Ce peuple qu’il n’appelle plus son peuple mais le peuple de Moïse… Et c’est grâce à la prière de Moïse que « le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple ». Notez comment au passage l’auteur biblique rappelle que ce peuple n’est pas seulement celui de Moïse mais bien le peuple de Dieu, et cela malgré son infidélité. Cette colère divine nous pose bien sûr question. Et c’est légitime puisque nous apprenons au catéchisme que la colère fait partie des sept péchés capitaux. C’est une étape dans la révélation, étape où l’on transpose facilement les catégories humaines sur Dieu. Ce qui existait aussi dans la mythologie grecque par exemple. Cette colère signifie tout simplement à quel point notre infidélité ne laisse pas Dieu indifférent. Et c’est un grand mystère pour nous que de le constater. Ce Dieu parfaitement heureux en lui-même est en quelque sorte touché par notre péché, blessé par notre ingratitude. Le psaume 50 confesse quant à lui l’amour et la grande miséricorde du Seigneur. Ce cœur de Dieu qui se met en colère, qui est blessé, c’est d’abord un cœur qui aime. C’est d’une manière incompréhensible pour la seule raison humaine que Dieu créateur aime chacune de ses créatures humaines d’une manière unique.
Les deux textes du Nouveau Testament (saint Paul et saint Luc) accomplissent véritablement ce qui a déjà été révélé au peuple d’Israël à propos de ce Dieu qui aime et qui pardonne. Cet accomplissement ne pouvait avoir lieu qu’avec le mystère de l’incarnation, qu’avec la présence visible parmi nous de la parole et de la sagesse de Dieu dans cet homme nommé Jésus de Nazareth. L’apôtre Paul a une vive conscience d’être l’un des premiers bénéficiaires de la miséricorde manifestée en Jésus à l’égard des pécheurs, révélation du cœur aimant de Dieu. En saint Paul, le persécuteur devenu apôtre par la seule grâce du Christ, nous retrouvons, me semble-t-il, les deux fils de la parabole. Avant d’être saisi par le Christ Ressuscité sur le chemin de Damas, Saul ressemble étrangement au fils aîné de la parabole. Il est pharisien, strict observateur de la Loi, zélé voire fanatique, et il peut faire siennes les paroles du fils aîné : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !' Le pharisien Saul qui mettait toute sa fierté dans sa fidélité à la Loi de Dieu devait voir d’un très mauvais œil ces chrétiens, membres d’une petite secte juive, qui prétendaient que Dieu donne son salut gratuitement à tous. Il devait être jaloux et en colère, et son fanatisme religieux le poussa donc à les pourchasser et à les persécuter avec haine. Saul connaissait par cœur la loi de Dieu, il l’appliquait scrupuleusement. Mais connaissait-il le Dieu qu’il prétendait si bien servir ? Ne s’était-il pas au contraire renfermé sur lui-même à cause de ce sentiment d’orgueil religieux, de supériorité sur les autres, tous ceux qui ne savent pas ? En fait ce n’étaient pas les chrétiens qui étaient ignorants mais bien lui ! Le Christ m'a pardonné : ce que je faisais, c'était par ignorance, car je n'avais pas la foi ; la grâce de notre Seigneur a été encore plus forte, avec la foi et l'amour dans le Christ Jésus. Lorsque Paul a fait l’expérience de la puissance de la grâce divine, de la force de la miséricorde du cœur de Dieu, en rencontrant le Christ Vivant, il est devenu l’autre fils de la parabole. Pour la première fois de sa vie il s’est senti faible, pécheur, coupable, ayant absolument besoin de retourner vers Dieu son Père par Jésus le Sauveur. En lui la colère et la jalousie de ce fils du peuple élu se sont transformées en une immense gratitude envers le Dieu qui justifie les pécheurs. Désormais une certitude absolue s’imposait à son esprit : Le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur, mais si le Christ Jésus m'a pardonné, c'est pour que je sois le premier en qui toute sa générosité se manifesterait ; je devais être le premier exemple de ceux qui croiraient en lui pour la vie éternelle. Les 3 paraboles de la miséricorde divine nous enseignent cette réalité bouleversante : chaque fois que nous faisons un pas vers Dieu, que nous lui offrons un cœur brisé et broyé, chaque fois que nous acceptons de reconnaître en nous le fils prodigue, nous faisons la joie de Dieu et des anges ! Parce que nous lui permettons d’être à notre égard ce qu’il est au plus profond de lui-même : Un Dieu Amour, saisi de pitié à notre vue, un Dieu miséricordieux, un Dieu qui part à notre recherche pour nous sauver !

lundi 6 septembre 2010

23ème dimanche du temps ordinaire

23ème dimanche du TO/C
5/09/2010
Luc 14, 25-33 (p.513)
En cette période de rentrée scolaire et de reprise des activités habituelles pour beaucoup, la liturgie nous propose un Evangile particulièrement apte à nous réveiller du train-train quotidien… Un Evangile radical adressé aux grandes foules qui faisaient route avec Jésus, traduisons : adressé à tous les chrétiens. La question centrale de cet enseignement dérangeant est la suivante : être disciple du Seigneur ou ne pas l’être ! A deux reprises le Seigneur nous parle ainsi : vous ne pouvez pas être mes disciples si vous ne faites pas telle chose, si vous n’adoptez pas telle attitude… Réécoutons l’une après l’autre ces sentences « choc » : Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
De même, celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.
Il y a un lien entre ces deux exigences. La première nous demande de mettre l’amour du Christ au-dessus de l’amour pour notre famille et pour notre propre vie. La seconde nous demande de renoncer aux biens matériels. Les liens familiaux, notre vie, nos propriétés ou possessions ont en commun cette qualité d’être des « biens », donc des réalités positives dans notre existence humaine. Pour l’homme qui n’est pas spirituel ces biens sont les biens suprêmes. L’exigence de Jésus dans cet Evangile correspond au fait que seul Dieu est bon, que seul Dieu est le Bien suprême. Et si Jésus peut avoir de telles exigences à notre égard, c’est justement parce qu’il est la deuxième personne de la Sainte Trinité, il est Dieu lui-même.
Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple.
Ce qu’il nous demande est véritablement crucifiant, au-delà de nos perspectives humaines raisonnables, au-delà de nos forces et de notre bonne volonté. Pourquoi tant de radicalité dans son enseignement ? Pourquoi mettre la barre si haut pour ceux qui veulent devenir ses disciples ? N’est-ce pas décourageant ? Nous devons comprendre que le Seigneur désigne ainsi les obstacles qui se dressent sur notre chemin de sainteté. Les biens humains peuvent devenir des obstacles si nous les absolutisons, si nous oublions qu’ils sont éphémères, fragiles et relatifs, si nous prenons les moyens pour la fin. Cela n’est probablement pas par hasard que notre Evangile suit la parabole des invités au banquet dans le Royaume de Dieu : Un homme donnait un grand dîner, et il avait invité beaucoup de monde. A l'heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : 'Venez, maintenant le repas est prêt.' Mais tous se mirent à s'excuser de la même façon. Le premier lui dit : 'J'ai acheté un champ, et je suis obligé d'aller le voir ; je t'en prie, excuse-moi.' Un autre dit : 'J'ai acheté cinq paires de bœufs, et je pars les essayer ; je t'en prie, excuse-moi.' Un troisième dit : 'Je viens de me marier, et, pour cette raison, je ne peux pas venir.'
Le lien semble en effet évident avec notre Evangile car dans cette parabole l’attachement à des biens matériels (un champ, des bœufs) ou à des biens familiaux (le mariage) constitue un obstacle dans la réponse positive que les invités doivent donner à Dieu.
Comme tout enseignement biblique nous devons le recevoir avec sérieux et dans son contexte, car Dieu ne peut pas se contredire. Préférer l’amour de Jésus à l’amour de sa famille ne signifie certainement pas abandonner ou mépriser ses proches. A la suite du commandement de Dieu qui nous demande d’honorer nos parents, saint Paul n’hésite pas à dire : Si quelqu'un ne s'occupe pas des siens, surtout des plus proches, il a déjà renié sa foi, il est pire qu'un incroyant.
Cela n’enlève rien au fait que dans certaines circonstances crucifiantes des enfants devront déplaire ou même faire de la peine à leurs parents pour être fidèles à la volonté de Dieu sur eux. Si Jésus m’appelle à lui consacrer ma vie en tant que prêtre ou religieux, et si mes parents s’opposent à cet appel, je dois préférer l’appel du Christ à l’avis de mes parents. C’est cela préférer Jésus à ses parents. Comme préférer Jésus à sa propre vie, c’est être prêt à aller jusqu’au martyre pour lui rester fidèle avec la grâce de Dieu. Dans ces choix extrêmes, héroïques, nous portons véritablement notre croix à la suite de Jésus.
La petite histoire de la tour à bâtir reprend quant à elle une sentence de l’Ecclésiaste : « Mener à bien une entreprise vaut mieux que la commencer : c’est la persévérance qui compte, et non la prétention ». Porter notre croix à la suite de Jésus ce n’est donc pas seulement poser des choix héroïques, c’est aussi et surtout persévérer dans notre amour de Dieu et du prochain à travers l’accomplissement fidèle et généreux de notre devoir d’état. Voilà un beau programme de rentrée pour tous ! Programme irréalisable si nous ne mettons pas la prière personnelle au cœur de nos journées, idéal utopique si nous ne faisons pas l’expérience personnelle de la présence aimante de Dieu dans nos vies.