19ème dimanche du TO/C
8/08/2010
Luc 12, 32-48 (p. 318)
Au cœur de l’été nous poursuivons notre lecture continue de l’Evangile selon saint Luc au chapitre 12. Le lien avec l’Evangile de dimanche dernier est évident même si nous sautons quelques versets pour parvenir au passage évangélique que nous venons d’entendre à l’instant. Souvenez-vous de la parabole de l’homme riche et de l’avertissement du Seigneur : « Gardez-vous de toute cupidité ». Et son invitation à s’enrichir en vue de Dieu. Dans les versets omis par la lecture continue nous trouvons l’un des enseignements majeurs de l’Evangile : « Cherchez le Royaume de Dieu, et cela vous sera donné en plus ». Quoi donc ? Le nécessaire pour notre vie humaine. De fait l’Evangile de ce dimanche ne cesse pas de nous parler de cette mystérieuse réalité du Royaume de Dieu. Et Jésus nous demande d’avoir et d’entretenir en nous deux attitudes fondamentales pour pouvoir accueillir ce Royaume : le détachement et la vigilance. Le détachement parce que le Royaume est déjà présent au milieu de nous avec Jésus, avec le mystère de l’incarnation. La vigilance parce que le Royaume doit encore s’accomplir avec le retour du Seigneur dans la gloire, retour dont nous ne pouvons pas connaître le moment. Dans le passage omis Jésus déplore notre peu de foi. C’est en effet parce que notre foi est bien faible que nous avons tant de mal à être détachés des biens matériels et à être vigilants pour le Royaume.
Regardons tout d’abord l’appel au détachement, dans la suite logique de la parabole de l’homme riche. Cet appel est précédé d’un enseignement essentiel : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». La présence de Dieu, son action nous sont données ! Jésus affirme que la grâce du Père est première dans notre condition de chrétiens. Hier comme aujourd’hui les chrétiens sont un « petit troupeau ». Notre dignité ne vient pas de notre nombre ou de notre puissance mais de ce que le Royaume nous est donné. Et si telle est bien la vérité de notre foi, alors nous n’avons rien à craindre, même si nous étions en situation minoritaire. Le signe que ce Royaume nous est donné réellement, c’est notre capacité à donner. De notre personne bien sûr, mais aussi de nos biens. Jésus souligne l’importance de l’aumône comme acte de foi dans le Royaume. Si notre trésor correspond à notre compte bancaire, alors nous ne pouvons pas aimer Dieu ni notre prochain comme Jésus nous le demande.
Regardons maintenant l’exigence de la vigilance en vue de l’accomplissement du Royaume, et cela à travers une parabole bien connue de tous et qui fait partie du lectionnaire pour les funérailles chrétiennes. Oui, notre vie chrétienne est en même temps un don, une grâce et une exigence. La fidélité répétitive des moines et des moniales est un magnifique exemple de vigilance. Pour nous qui vivons dans le monde avec un rythme de vie très différent des consacrés le travail de la vigilance correspond à notre devoir d’état. Notre vie dans le monde est elle aussi bien souvent répétitive. Elle peut même nous paraître fade et monotone tellement nous sommes attirés par la nouveauté et le changement. C’est là que la foi, l’amour et l’espérance chrétiennes peuvent transfigurer le quotidien en nous remettant dans l’axe du Royaume. Le devoir d’état ce n’est rien d’autre que notre vocation. Nous attendrons comme il faut le Seigneur si nous sommes de plus en plus fidèles à notre vocation que nous soyons mariés, prêtres, consacrés ou célibataires. Le fait d’être croyants n’enlèvera pas l’aspect répétitif de certaines tâches, le côté rébarbatif du devoir d’état. Mais nous aurons au cœur même de la monotonie la possibilité de puiser la joie aux sources du salut. C’est là que la prière a toute sa place comme boussole qui nous réoriente régulièrement vers l’essentiel, vers le Royaume. Et tout le reste nous sera donné par surcroît.
La conclusion de cette page évangélique nous remet devant une réalité que nous avons tendance à oublier. Au jour du jugement dernier ce ne sont pas les ignorants, athées ou non-chrétiens, bref les autres, qui auront le plus de soucis à se faire, mais bien nous. Non pas que Jésus nous pousse à la peur, il nous a dit « Sois sans crainte, petit troupeau », mais il veut nous faire comprendre la réalité suivante : au plus nous avons reçu, au plus il nous sera demandé. Si être chrétien c’est d’abord une grâce incomparable, c’est aussi une immense responsabilité : « A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ». Et c’est encore plus vrai du ministère des prêtres, des évêques et du pape. Saint Augustin l’avait bien compris lui qui faisait la différence entre la douce grâce d’être chrétien et le fardeau de la vocation d’évêque : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. Le premier nom est celui d’un office reçu ; le second, de la grâce ; le premier nom est celui d’un danger ; le second, du salut ”. Demandons vraiment la force de Dieu pour être fidèles chaque jour, si possible davantage, à la présence de son Royaume et à notre vocation particulière.
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 9 août 2010
jeudi 5 août 2010
18ème dimanche du temps ordinaire
18ème dimanche du TO/C
1er août 2010
Luc 12, 13-21 (p.269)
Au cœur de notre été la liturgie de la Parole nous entretient du sens de notre vie. Question usée, pourrait-on penser, par les philosophies comme par les mythes et les religions… Mais question essentielle parce qu’éternelle, jamais démodée finalement.
La petite parabole de l’Evangile, celle de l’homme riche, est à lire en lien avec la première lecture, un court extrait du livre de Qohélet ou Ecclésiaste. Dans le contexte de la révélation biblique ce livre de sagesse, dans l’Ancien Testament, se démarque par son originalité et son étonnante modernité. Il prend ses distances avec l’optimisme des théologiens traditionnels. Notre première lecture nous en donne le début, assez célèbre, et en sautant de très nombreux versets, presque deux chapitres, nous fait entendre quelques versets de la fin du chapitre deux. Tout cela pour dire qu’il faudrait lire ces chapitres, et même ce livre bref et dense, dans leur intégralité. Je vous invite donc à faire cette lecture du livre de Qohélet dans votre Bible. Pour résumer le contenu des deux premiers chapitres, imaginons-nous un homme présenté comme un roi. Il a tout ce qu’il faut pour être heureux matériellement, il est comblé, il a parfaitement réussi sa vie du point de vue humain. Et même c’est un sage, un intellectuel. Malgré sa sagesse ou peut-être grâce à sa sagesse, il n’est pas satisfait. Il se met à réfléchir sur sa vie et en fait le bilan : « On ne tient rien, on court après le vent ; il n’y a rien à gagner sous le soleil ! […] Et j’ai trouvé la vie détestable : pour moi, tout ce qui se fait sous le soleil est une mauvaise affaire, tout nous échappe, on court après le vent ». Voilà le sens du dicton « Vanité des vanités, tout est vanité ! » que la Bible des Peuples traduit : « Rien qui tienne, on n’a de prise sur rien ! » Qohélet peut être perçu comme un pessimiste. Mais lui se définit comme un réaliste. La vanité de notre vie humaine, c’est-à-dire son vide, son néant, son inconsistance, ne provient pas seulement du fait qu’elle est limitée dans le temps par la mort, comme nous le rappelle le psaume 89. Elle provient aussi de ce qui semble être une injustice permanente : non seulement la mort réduit à néant toute une vie de labeur et d’activité, mais un homme juste et travailleur peut laisser son héritage à un fils fainéant et injuste… La question posée par Qohélet et par Jésus dans l’Evangile est donc la suivante : qu’est-ce qui offre à notre vie un fondement solide ? Ou bien que signifie réussir sa vie ? Au sein même de cette inconsistance comment vivre sans se décourager et finalement désespérer ? Jésus traite de « fou » l’homme riche de la parabole, celui qui à l’opposé de Qohélet, est parfaitement satisfait de sa réussite sociale et matérielle sans se poser aucune question. Sa folie tient d’abord à ce qu’il oublie le terme inévitable de sa vie terrestre. Le psaume demande au Seigneur : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». Le sage c’est celui qui sait qu’il retournera à la poussière, et que comme une simple herbe des champs, il peut en un seul jour se faner, se dessécher. La pensée de la mort n’est pas forcément source de désespoir, comme dans le livre de Qohélet. Elle permet à celui qui est sage de la sagesse du Christ de donner au contraire à sa vie tout son poids et toute sa valeur. C’est bien parce que notre vie est limitée temporellement que nos activités revêtent dans leur « vanité » apparente un poids d’éternité. La folie de cette homme consiste surtout en sa cupidité : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ». Saint Paul résumera l’enseignement de Jésus sur le danger des richesses en une formule saisissante : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux ». Les désordres et les déséquilibres de notre monde viennent très souvent de la course au profit alliée à l’orgueil et au désir de dominer. Désordres économiques c’est évident, mais aussi politiques, sociaux. Dans de nombreux conflits armés l’aspect financier est non négligeable. Le Seigneur nous met donc en garde pour nous éviter l’idolâtrie de l’argent et dans le même mouvement pour que nous soyons riches « en vue de Dieu ». L’homme nouveau, celui qui est uni au Christ par le baptême et par la foi, échappe à la vanité de la vie dans la mesure où il s’enrichit en vue de Dieu. Au sein de la fragilité et de l’inconsistance de tout ce qui est humain, nous pouvons fonder notre vie et ses activités sur la parole du Christ, roc inébranlable. C’est cette parole qui nous enseigne comment nous enrichir en vue de Dieu. Jésus ne nous demande pas d’être de tristes jansénistes refusant les plaisirs et les joies de l’existence humaine. Les accepter c’est aussi accepter humblement sa condition de créature charnelle, comme nous l’enseigne l’Ecclésiaste. Le chrétien sait être reconnaissant pour les bienfaits de la Création. Il sait surtout que c’est par l’amour, donc par le refus de l’égoïsme, qu’il fait entrer déjà un peu d’éternité dans la « vanité » de cette vie. Pour reprendre une expression de saint Paul, « seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour ». Demandons au Seigneur Jésus sa force et sa lumière pour prendre ce chemin de vie qui seul peut nous conduire à la vie éternelle !
1er août 2010
Luc 12, 13-21 (p.269)
Au cœur de notre été la liturgie de la Parole nous entretient du sens de notre vie. Question usée, pourrait-on penser, par les philosophies comme par les mythes et les religions… Mais question essentielle parce qu’éternelle, jamais démodée finalement.
La petite parabole de l’Evangile, celle de l’homme riche, est à lire en lien avec la première lecture, un court extrait du livre de Qohélet ou Ecclésiaste. Dans le contexte de la révélation biblique ce livre de sagesse, dans l’Ancien Testament, se démarque par son originalité et son étonnante modernité. Il prend ses distances avec l’optimisme des théologiens traditionnels. Notre première lecture nous en donne le début, assez célèbre, et en sautant de très nombreux versets, presque deux chapitres, nous fait entendre quelques versets de la fin du chapitre deux. Tout cela pour dire qu’il faudrait lire ces chapitres, et même ce livre bref et dense, dans leur intégralité. Je vous invite donc à faire cette lecture du livre de Qohélet dans votre Bible. Pour résumer le contenu des deux premiers chapitres, imaginons-nous un homme présenté comme un roi. Il a tout ce qu’il faut pour être heureux matériellement, il est comblé, il a parfaitement réussi sa vie du point de vue humain. Et même c’est un sage, un intellectuel. Malgré sa sagesse ou peut-être grâce à sa sagesse, il n’est pas satisfait. Il se met à réfléchir sur sa vie et en fait le bilan : « On ne tient rien, on court après le vent ; il n’y a rien à gagner sous le soleil ! […] Et j’ai trouvé la vie détestable : pour moi, tout ce qui se fait sous le soleil est une mauvaise affaire, tout nous échappe, on court après le vent ». Voilà le sens du dicton « Vanité des vanités, tout est vanité ! » que la Bible des Peuples traduit : « Rien qui tienne, on n’a de prise sur rien ! » Qohélet peut être perçu comme un pessimiste. Mais lui se définit comme un réaliste. La vanité de notre vie humaine, c’est-à-dire son vide, son néant, son inconsistance, ne provient pas seulement du fait qu’elle est limitée dans le temps par la mort, comme nous le rappelle le psaume 89. Elle provient aussi de ce qui semble être une injustice permanente : non seulement la mort réduit à néant toute une vie de labeur et d’activité, mais un homme juste et travailleur peut laisser son héritage à un fils fainéant et injuste… La question posée par Qohélet et par Jésus dans l’Evangile est donc la suivante : qu’est-ce qui offre à notre vie un fondement solide ? Ou bien que signifie réussir sa vie ? Au sein même de cette inconsistance comment vivre sans se décourager et finalement désespérer ? Jésus traite de « fou » l’homme riche de la parabole, celui qui à l’opposé de Qohélet, est parfaitement satisfait de sa réussite sociale et matérielle sans se poser aucune question. Sa folie tient d’abord à ce qu’il oublie le terme inévitable de sa vie terrestre. Le psaume demande au Seigneur : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». Le sage c’est celui qui sait qu’il retournera à la poussière, et que comme une simple herbe des champs, il peut en un seul jour se faner, se dessécher. La pensée de la mort n’est pas forcément source de désespoir, comme dans le livre de Qohélet. Elle permet à celui qui est sage de la sagesse du Christ de donner au contraire à sa vie tout son poids et toute sa valeur. C’est bien parce que notre vie est limitée temporellement que nos activités revêtent dans leur « vanité » apparente un poids d’éternité. La folie de cette homme consiste surtout en sa cupidité : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ». Saint Paul résumera l’enseignement de Jésus sur le danger des richesses en une formule saisissante : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux ». Les désordres et les déséquilibres de notre monde viennent très souvent de la course au profit alliée à l’orgueil et au désir de dominer. Désordres économiques c’est évident, mais aussi politiques, sociaux. Dans de nombreux conflits armés l’aspect financier est non négligeable. Le Seigneur nous met donc en garde pour nous éviter l’idolâtrie de l’argent et dans le même mouvement pour que nous soyons riches « en vue de Dieu ». L’homme nouveau, celui qui est uni au Christ par le baptême et par la foi, échappe à la vanité de la vie dans la mesure où il s’enrichit en vue de Dieu. Au sein de la fragilité et de l’inconsistance de tout ce qui est humain, nous pouvons fonder notre vie et ses activités sur la parole du Christ, roc inébranlable. C’est cette parole qui nous enseigne comment nous enrichir en vue de Dieu. Jésus ne nous demande pas d’être de tristes jansénistes refusant les plaisirs et les joies de l’existence humaine. Les accepter c’est aussi accepter humblement sa condition de créature charnelle, comme nous l’enseigne l’Ecclésiaste. Le chrétien sait être reconnaissant pour les bienfaits de la Création. Il sait surtout que c’est par l’amour, donc par le refus de l’égoïsme, qu’il fait entrer déjà un peu d’éternité dans la « vanité » de cette vie. Pour reprendre une expression de saint Paul, « seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour ». Demandons au Seigneur Jésus sa force et sa lumière pour prendre ce chemin de vie qui seul peut nous conduire à la vie éternelle !
lundi 28 juin 2010
13ème dimanche du temps ordinaire
13ème dimanche du TO/C
27/06/2010
Luc 9, 51-62 (p. 18)
En cette fin d’année scolaire la liturgie nous fait entendre la finale du chapitre 9 de l’Evangile selon saint Luc. Le contexte est ici important. Cet Evangile se situe entre l’envoi en mission des Douze et l’envoi en mission des 72 disciples. C’est donc bien dans un sens missionnaire que nous avons à recevoir ces paroles. Le moment est en outre décisif : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem ». Nous sommes à un tournant de l’Evangile. Le Seigneur se dirige vers la ville sainte avec ses apôtres pour y souffrir sa Passion et y mourir sur le bois de la croix. Et cela nous dit aussi quelque chose des moyens de la mission. C’est par la faiblesse de la Croix que Jésus sauvera notre humanité. C’est par l’offrande de sa personne et de sa vie par amour qu’il nous attirera vers le Père. La seule puissance dont Dieu dispose est précisément celle de son amour infini.
Je commencerai par méditer rapidement la deuxième partie de notre Evangile. Nous avons trois exemples d’hommes, anonymes, auxquels le Seigneur rappelle les exigences de la mission à sa suite. Pour annoncer le Règne de Dieu il faut avoir en soi certaines dispositions. Ce qui est commun à ces trois exemples c’est la nécessité du détachement pour celui qui veut suivre Jésus. Détachement vis-à-vis d’un certain confort de vie, détachement aussi par rapport aux liens humains et familiaux. Nul ne peut commencer à vivre ces exigences s’il ne met pas d’abord toute sa confiance en Dieu. C’est bien une question de foi totale. C’est par la force de cette foi que le disciple peut répondre à Jésus par un « oui » sans conditions ni retard. Le détachement est la condition nécessaire à la liberté du disciple. Celui qui suit Jésus doit devenir un homme libre qui se laisse conduire par l’Esprit. Etre libre ici ne signifie pas faire sa propre volonté, mais, comme Jésus, rechercher et accepter la volonté du Père. Ceci nous amène à méditer maintenant la première partie de notre Evangile.
Les Samaritains et les Juifs ne s’aimaient pas. Ils avaient même leur propre temple. De la Galilée à la Judée, Jésus doit traverser ce territoire de la Samarie. Et voilà qu’un village refuse de l’accueillir lui et ses disciples. Saint Luc nous en donne la raison : « parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem ». Notons ici l’étroitesse d’esprit des samaritains, signe d’une humanité divisée par le péché. Ne croyons pas avoir affaire à une vieille histoire du passé. En tant que curé j’ai connu la mesquinerie de l’esprit de clocher entre certains catholiques… qui refusaient d’aller à la messe dans le village d’à côté parce que c’étaient un peu des « ennemis »… Et voilà que Jacques et Jean, deux apôtres, proposent au Seigneur de punir de manière forte ces samaritains peu accueillants : « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Souvenons-nous du contexte : Jésus monte à Jérusalem pour y souffrir sa Passion et mourir crucifié… Nos apôtres en sont restés à l’Ancien Testament, aux bonnes vieilles méthodes… Ici s’exprime la tentation du fanatisme religieux. Ce fanatisme est une caricature honteuse de la vraie foi et de la religion authentique. Il s’agit finalement d’imposer la vérité par la force. Il s’agit de s’imposer par tous les moyens possibles en bafouant la conscience et la liberté de ceux qui ne partagent pas nos convictions. Beaucoup de pages sombres de l’histoire de notre Eglise relèvent de ce fanatisme religieux. Et si en Occident il y a tant de personnes qui sont athées et refusent la religion, c’est en grande partie à cause de cela. C’est à cause de ce contre-témoignage que le pape Jean-Paul II a publiquement demandé pardon à Dieu lors du Jubilé de l’an 2000. Maurice Zundel écrivait en 1966 : « On peut dire que l’immense majorité des peuples n’ont pas choisi leur religion. Elle leur a été imposée. Or, une religion imposée ne peut pas être une religion mystique : ce ne peut être qu’une religion-objet, une religion prise du dehors ». Et nos évêques affirmaient dans leur lettre aux catholiques de France : « Entre Dieu et l’homme il ne s’agit jamais d’un rapport de forces, mais d’un rapport de liberté et, en dernière instance, d’une relation de confiance et d’amour ». Jésus, nous le voyons, ne rentre pas dans le projet punitif de ses apôtres. Au contraire il les interpelle vivement, il les réprimande et les remet ainsi dans l’axe de leur mission. La mission des apôtres n’est pas de punir au nom de Dieu. Ils doivent manifester au contraire la miséricorde et l’amour du Seigneur pour tous, en particulier pour les pécheurs et les ignorants. Quelques chapitres plus loin dans le même Evangile, le Seigneur Jésus parle lui aussi d’un feu. Non pas un feu vengeur qui tue les hommes, mais le feu issu de son cœur aimant par lequel il veut les attirer au Père. Non pas la force qui punit et contraint, mais la faiblesse d’un Dieu crucifié, désarmé, qui nous sauve et nous relève avec une patience infinie :
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli !
27/06/2010
Luc 9, 51-62 (p. 18)
En cette fin d’année scolaire la liturgie nous fait entendre la finale du chapitre 9 de l’Evangile selon saint Luc. Le contexte est ici important. Cet Evangile se situe entre l’envoi en mission des Douze et l’envoi en mission des 72 disciples. C’est donc bien dans un sens missionnaire que nous avons à recevoir ces paroles. Le moment est en outre décisif : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem ». Nous sommes à un tournant de l’Evangile. Le Seigneur se dirige vers la ville sainte avec ses apôtres pour y souffrir sa Passion et y mourir sur le bois de la croix. Et cela nous dit aussi quelque chose des moyens de la mission. C’est par la faiblesse de la Croix que Jésus sauvera notre humanité. C’est par l’offrande de sa personne et de sa vie par amour qu’il nous attirera vers le Père. La seule puissance dont Dieu dispose est précisément celle de son amour infini.
Je commencerai par méditer rapidement la deuxième partie de notre Evangile. Nous avons trois exemples d’hommes, anonymes, auxquels le Seigneur rappelle les exigences de la mission à sa suite. Pour annoncer le Règne de Dieu il faut avoir en soi certaines dispositions. Ce qui est commun à ces trois exemples c’est la nécessité du détachement pour celui qui veut suivre Jésus. Détachement vis-à-vis d’un certain confort de vie, détachement aussi par rapport aux liens humains et familiaux. Nul ne peut commencer à vivre ces exigences s’il ne met pas d’abord toute sa confiance en Dieu. C’est bien une question de foi totale. C’est par la force de cette foi que le disciple peut répondre à Jésus par un « oui » sans conditions ni retard. Le détachement est la condition nécessaire à la liberté du disciple. Celui qui suit Jésus doit devenir un homme libre qui se laisse conduire par l’Esprit. Etre libre ici ne signifie pas faire sa propre volonté, mais, comme Jésus, rechercher et accepter la volonté du Père. Ceci nous amène à méditer maintenant la première partie de notre Evangile.
Les Samaritains et les Juifs ne s’aimaient pas. Ils avaient même leur propre temple. De la Galilée à la Judée, Jésus doit traverser ce territoire de la Samarie. Et voilà qu’un village refuse de l’accueillir lui et ses disciples. Saint Luc nous en donne la raison : « parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem ». Notons ici l’étroitesse d’esprit des samaritains, signe d’une humanité divisée par le péché. Ne croyons pas avoir affaire à une vieille histoire du passé. En tant que curé j’ai connu la mesquinerie de l’esprit de clocher entre certains catholiques… qui refusaient d’aller à la messe dans le village d’à côté parce que c’étaient un peu des « ennemis »… Et voilà que Jacques et Jean, deux apôtres, proposent au Seigneur de punir de manière forte ces samaritains peu accueillants : « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Souvenons-nous du contexte : Jésus monte à Jérusalem pour y souffrir sa Passion et mourir crucifié… Nos apôtres en sont restés à l’Ancien Testament, aux bonnes vieilles méthodes… Ici s’exprime la tentation du fanatisme religieux. Ce fanatisme est une caricature honteuse de la vraie foi et de la religion authentique. Il s’agit finalement d’imposer la vérité par la force. Il s’agit de s’imposer par tous les moyens possibles en bafouant la conscience et la liberté de ceux qui ne partagent pas nos convictions. Beaucoup de pages sombres de l’histoire de notre Eglise relèvent de ce fanatisme religieux. Et si en Occident il y a tant de personnes qui sont athées et refusent la religion, c’est en grande partie à cause de cela. C’est à cause de ce contre-témoignage que le pape Jean-Paul II a publiquement demandé pardon à Dieu lors du Jubilé de l’an 2000. Maurice Zundel écrivait en 1966 : « On peut dire que l’immense majorité des peuples n’ont pas choisi leur religion. Elle leur a été imposée. Or, une religion imposée ne peut pas être une religion mystique : ce ne peut être qu’une religion-objet, une religion prise du dehors ». Et nos évêques affirmaient dans leur lettre aux catholiques de France : « Entre Dieu et l’homme il ne s’agit jamais d’un rapport de forces, mais d’un rapport de liberté et, en dernière instance, d’une relation de confiance et d’amour ». Jésus, nous le voyons, ne rentre pas dans le projet punitif de ses apôtres. Au contraire il les interpelle vivement, il les réprimande et les remet ainsi dans l’axe de leur mission. La mission des apôtres n’est pas de punir au nom de Dieu. Ils doivent manifester au contraire la miséricorde et l’amour du Seigneur pour tous, en particulier pour les pécheurs et les ignorants. Quelques chapitres plus loin dans le même Evangile, le Seigneur Jésus parle lui aussi d’un feu. Non pas un feu vengeur qui tue les hommes, mais le feu issu de son cœur aimant par lequel il veut les attirer au Père. Non pas la force qui punit et contraint, mais la faiblesse d’un Dieu crucifié, désarmé, qui nous sauve et nous relève avec une patience infinie :
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli !
mercredi 16 juin 2010
11ème dimanche du temps ordinaire
11ème dimanche du TO/C
13/06/2010
Luc 7, 36- 8, 3 (p.1065)
Nous connaissons l’importance des repas dans les Evangiles. Jésus répondait volontiers aux invitations qu’on lui faisait, qu’elles viennent des pharisiens comme ici, de ceux qui étaient considérés comme des pécheurs ou encore du petit cercle de ses amis intimes. Le Seigneur était à l’aise avec tous. Il n’était pas l’homme d’une classe sociale ou d’une catégorie de la population. Il était à l’aise avec tous parce qu’il était, en tant que Fils de Dieu, suprêmement libre. Il ne dépendait ni du regard des autres ni de leurs jugements ni du quand dira-t-on… mais de la volonté du Père, volonté de salut pour tous les hommes. Et c’est lors d’un repas sacré, celui de la dernière Cène, que le Seigneur institua le sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement que nous célébrons chaque dimanche a bien la forme d’un repas. Le repas est rassemblement autour de la table commune, celle de la famille ou des amis. Dans un repas nous ne faisons pas que manger et boire. Mais nous échangeons aussi le pain de la parole etc. Tout cela se retrouve à un niveau divin dans le sacrement de la messe.
Peu avant notre texte, Jésus lui-même rappelle dans l’Evangile selon saint Luc la mauvaise réputation qui était la sienne chez les honnêtes gens de la société de son temps : « Voilà un mangeur et un buveur de vin, un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs ! » Ici notre Seigneur répond donc à l’invitation d’un pharisien, donc d’un observateur scrupuleux de la Loi de Moïse. Il est précisément chez une personne honnête. Et voilà qu’une femme, dont nous ne savons pas le nom, vient déranger ce repas, cette rencontre entre le pharisien et le Maître. Luc la qualifie de pécheresse. Le décor de la scène nous est ainsi donné : d’un côté l’observateur de la Loi, de l’autre la pécheresse. Saint Luc reflète la division religieuse entre les personnes dans la société juive de son temps. Une division qui donne deux camps : les justes d’un côté, les pécheurs de l’autre. Le repas, lieu de communion, va devenir lors de cette scène un lieu de division à cause de cette intruse. En plus cette femme est démonstrative. Et voilà qu’à la vue de ce spectacle une pensée intérieure surgit chez le pharisien : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse ». La pensée du pharisien nous instruit sur deux points qui sont au cœur du message de cet Evangile. Le premier porte sur l’identité de Jésus. Souvenons-nous que peu de temps avant, dans le même chapitre, c’est Jean-Baptiste lui-même qui semblait pris par le doute : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Ici le pharisien doute de la qualité de prophète attribuée à Jésus par certains. S’il réserve un aussi bon accueil à une pécheresse, c’est le signe évident qu’il n’est pas un homme de Dieu… Le second point porte sur le jugement émis par celui qui se considère juste sur cette femme : elle est une pécheresse. Jugement qui enferme cette femme dans son péché et la réduit à ce seul aspect de sa personne et de sa vie. Les nouveautés du langage contemporain prêtent parfois à rire… Mais certaines traduisent cette volonté de ne pas enfermer une personne dans une case. Au lieu de dire un handicapé ou un homosexuel par exemple, on dira volontiers une personne handicapée ou une personne homosexuelle. Ces manières de parler sont dans la logique de l’Evangile qui nous demande de ne pas juger, et encore moins condamner, notre prochain, même s’il est différent ou pécheur. En nous demandant de ne pas juger Jésus nous demande de ne pas nous mettre à la place de Dieu, car lui seul a autorité pour juger, lui seul est le juste juge. Le Seigneur lit dans les pensées de Simon et lui propose la petite parabole des deux débiteurs. Cette parabole nous enseigne d’abord que nous sommes tous pécheurs. Elle brise la division entre hommes justes et hommes pécheurs. Le seul homme juste ayant jamais existé c’est Jésus. Simon, l’honnête pharisien est lui aussi pécheur… La preuve, il vient d’enfermer cette femme dans son péché, il vient de la mépriser en la jugeant. Cette parabole enseigne aussi que les grands pécheurs lorsqu’ils s’approchent du Seigneur Jésus sont enflammés d’un amour plus ardent et intense que les personnes simplement honnêtes… Il y a comme un lien de réciprocité entre le pardon accordé par Dieu et l’amour du pécheur réconcilié. Cette femme a beaucoup aimé Jésus, elle le lui a montré par son audace et ses gestes de vénération et de tendresse. Cet amour attire sur elle la miséricorde du Seigneur. Et le pardon accordé et reçu la fait encore grandir dans l’amour pour Dieu. Le rapport entre la miséricorde et l’amour est comparable à un cercle. Si l’amour de Dieu pour nous est toujours premier et nous précède, notre amour pour lui le presse en quelque sorte à exercer sa miséricorde. La fin de l’Evangile répond d’une manière magnifique à la question sur l’identité de Jésus : non seulement il est prophète, envoyé par Dieu, mais il est bien plus. Puisqu’il a le pouvoir de pardonner les péchés et de réconcilier les pécheurs avec Dieu, c’est bien le signe qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu, Fils du Dieu vivant venu non pas pour nous condamner mais pour nous sauver !
13/06/2010
Luc 7, 36- 8, 3 (p.1065)
Nous connaissons l’importance des repas dans les Evangiles. Jésus répondait volontiers aux invitations qu’on lui faisait, qu’elles viennent des pharisiens comme ici, de ceux qui étaient considérés comme des pécheurs ou encore du petit cercle de ses amis intimes. Le Seigneur était à l’aise avec tous. Il n’était pas l’homme d’une classe sociale ou d’une catégorie de la population. Il était à l’aise avec tous parce qu’il était, en tant que Fils de Dieu, suprêmement libre. Il ne dépendait ni du regard des autres ni de leurs jugements ni du quand dira-t-on… mais de la volonté du Père, volonté de salut pour tous les hommes. Et c’est lors d’un repas sacré, celui de la dernière Cène, que le Seigneur institua le sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement que nous célébrons chaque dimanche a bien la forme d’un repas. Le repas est rassemblement autour de la table commune, celle de la famille ou des amis. Dans un repas nous ne faisons pas que manger et boire. Mais nous échangeons aussi le pain de la parole etc. Tout cela se retrouve à un niveau divin dans le sacrement de la messe.
Peu avant notre texte, Jésus lui-même rappelle dans l’Evangile selon saint Luc la mauvaise réputation qui était la sienne chez les honnêtes gens de la société de son temps : « Voilà un mangeur et un buveur de vin, un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs ! » Ici notre Seigneur répond donc à l’invitation d’un pharisien, donc d’un observateur scrupuleux de la Loi de Moïse. Il est précisément chez une personne honnête. Et voilà qu’une femme, dont nous ne savons pas le nom, vient déranger ce repas, cette rencontre entre le pharisien et le Maître. Luc la qualifie de pécheresse. Le décor de la scène nous est ainsi donné : d’un côté l’observateur de la Loi, de l’autre la pécheresse. Saint Luc reflète la division religieuse entre les personnes dans la société juive de son temps. Une division qui donne deux camps : les justes d’un côté, les pécheurs de l’autre. Le repas, lieu de communion, va devenir lors de cette scène un lieu de division à cause de cette intruse. En plus cette femme est démonstrative. Et voilà qu’à la vue de ce spectacle une pensée intérieure surgit chez le pharisien : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse ». La pensée du pharisien nous instruit sur deux points qui sont au cœur du message de cet Evangile. Le premier porte sur l’identité de Jésus. Souvenons-nous que peu de temps avant, dans le même chapitre, c’est Jean-Baptiste lui-même qui semblait pris par le doute : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Ici le pharisien doute de la qualité de prophète attribuée à Jésus par certains. S’il réserve un aussi bon accueil à une pécheresse, c’est le signe évident qu’il n’est pas un homme de Dieu… Le second point porte sur le jugement émis par celui qui se considère juste sur cette femme : elle est une pécheresse. Jugement qui enferme cette femme dans son péché et la réduit à ce seul aspect de sa personne et de sa vie. Les nouveautés du langage contemporain prêtent parfois à rire… Mais certaines traduisent cette volonté de ne pas enfermer une personne dans une case. Au lieu de dire un handicapé ou un homosexuel par exemple, on dira volontiers une personne handicapée ou une personne homosexuelle. Ces manières de parler sont dans la logique de l’Evangile qui nous demande de ne pas juger, et encore moins condamner, notre prochain, même s’il est différent ou pécheur. En nous demandant de ne pas juger Jésus nous demande de ne pas nous mettre à la place de Dieu, car lui seul a autorité pour juger, lui seul est le juste juge. Le Seigneur lit dans les pensées de Simon et lui propose la petite parabole des deux débiteurs. Cette parabole nous enseigne d’abord que nous sommes tous pécheurs. Elle brise la division entre hommes justes et hommes pécheurs. Le seul homme juste ayant jamais existé c’est Jésus. Simon, l’honnête pharisien est lui aussi pécheur… La preuve, il vient d’enfermer cette femme dans son péché, il vient de la mépriser en la jugeant. Cette parabole enseigne aussi que les grands pécheurs lorsqu’ils s’approchent du Seigneur Jésus sont enflammés d’un amour plus ardent et intense que les personnes simplement honnêtes… Il y a comme un lien de réciprocité entre le pardon accordé par Dieu et l’amour du pécheur réconcilié. Cette femme a beaucoup aimé Jésus, elle le lui a montré par son audace et ses gestes de vénération et de tendresse. Cet amour attire sur elle la miséricorde du Seigneur. Et le pardon accordé et reçu la fait encore grandir dans l’amour pour Dieu. Le rapport entre la miséricorde et l’amour est comparable à un cercle. Si l’amour de Dieu pour nous est toujours premier et nous précède, notre amour pour lui le presse en quelque sorte à exercer sa miséricorde. La fin de l’Evangile répond d’une manière magnifique à la question sur l’identité de Jésus : non seulement il est prophète, envoyé par Dieu, mais il est bien plus. Puisqu’il a le pouvoir de pardonner les péchés et de réconcilier les pécheurs avec Dieu, c’est bien le signe qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu, Fils du Dieu vivant venu non pas pour nous condamner mais pour nous sauver !
dimanche 6 juin 2010
SAINT SACREMENT
Le Saint Sacrement / C
6/06/2010
Luc 9, 11-17 (p. 1190)
Dimanche dernier nous avons fêté celui qui est au cœur de notre foi chrétienne : Dieu dans son mystère trinitaire, le Dieu unique, communion d’amour entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. En ce dimanche nous fêtons le Saint Sacrement de l’eucharistie, c’est-à-dire le sacrement par excellence. Si le baptême est le fondement de toute notre vie chrétienne, l’eucharistie en constitue le sommet et le centre permanent. L’eucharistie, nous le savons, est liée d’une manière particulièrement forte à la célébration chrétienne du jour du Seigneur, le dimanche. Cette fête en l’honneur de l’eucharistie située après le dimanche de la Sainte Trinité nous redit le sens trinitaire de la célébration de la messe. Spontanément quand nous pensons à la messe nous pensons à Jésus qui a institué ce sacrement lors de la dernière Cène, nous pensons bien sûr au don de son Corps et de son Sang offerts en sacrifice pour que nous puissions communier à sa vie divine et nous en nourrir. Nous oublions peut-être la dimension trinitaire de l’eucharistie. Remarquons bien que la plupart des prières de la messe s’adressent non pas au Fils mais au Père. Cela est particulièrement vrai pour la grande prière eucharistique. Cette prière se termine par les mots suivants dits ou chantés par le prêtre : « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. » Ce à quoi l’assemblée des fidèles répond : « Amen ». Le Saint Sacrement de la messe est donc bien une prière, une offrande adressée au Père par le Fils dans l’Esprit.
Pour cette solennité l’Eglise nous fait entendre en ce dimanche le récit de la multiplication des pains en saint Luc. Cet événement n’est pas directement en lien avec l’eucharistie. Mais l’évangéliste nous le rapporte en pensant à ce grand sacrement. La multiplication des pains a sa place entre deux autres événements. En faisant ce geste le Seigneur Jésus se situe dans la suite de Moïse qui demanda à Dieu de nourrir le peuple au désert. Jésus se situe surtout à la place même de Dieu puisque c’est Dieu qui donna la manne au peuple affamé. En faisant ce geste le Seigneur Jésus annonce aussi le don de l’eucharistie, le don du pain de vie. Ce sont les Douze qui prennent l’initiative non pas de nourrir la foule des auditeurs mais de les renvoyer dans des lieux habités pour qu’ils puissent manger. Les apôtres sont des hommes réalistes nous le voyons, avec les pieds bien sur terre. La réponse du Seigneur à ces hommes a de quoi les déstabiliser : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Il sait très bien, lui, le Maître et Seigneur, qu’ils n’ont pas assez de nourriture pour nourrir cette foule… Par cette parole quelque peu provocatrice il veut toutefois les faire avancer dans la compréhension de leur mission. Ils ne sont pas là pour renvoyer les gens mais bien pour les nourrir de la Parole de Dieu. C’est la première partie de notre messe. Les Douze restent des hommes réalistes : « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons… ». Remarquons au passage qu’ils n’ont pas pris au pied de la lettre les consignes que Jésus leur a données en les envoyant en mission… «N'emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n'ayez pas chacun une tunique de rechange. » Les apôtres confessent donc leurs limites humaines : « Nous n’avons que… » En cette année sacerdotale qui touche à sa fin cela nous redit que les ministres de l’eucharistie sont de pauvres hommes pécheurs. Et que dans l’eucharistie ils ne sont que des serviteurs secondaires. Que demande Jésus aux apôtres ? De faire le miracle ? Non, mais de préparer la foule à recevoir le don de Dieu : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Les Douze obéissent. Là se trouve la grandeur du prêtre : non pas se mettre à la place du Christ mais lui obéir. C’est Jésus et lui seul qui peut réaliser ce miracle, comme c’est Jésus et lui seul qui peut faire qu’un peu de pain devienne son Corps offert pour nous. Et Jésus lui-même dépend d’un autre, de son Père : « levant les yeux au ciel… ». Finalement c’est du Père que viennent tous les dons : la manne autrefois, le pain multiplié, le pain de l’eucharistie. Oui, tout vient du Père par le Fils dans l’Esprit. Les apôtres ont préparé le miracle, et maintenant ils sont chargés d’en distribuer les fruits à la foule. Le prêtre catholique est un Jean-Baptiste, il doit préparer le peuple à la rencontre du Seigneur dans l’Eucharistie. Non seulement en observant fidèlement le rite de l’Eglise mais en s’impliquant avec toute sa foi et son amour dans la célébration de ce mystère. Pendant la consécration il s’efface. Il agit « in persona Christi ». Ce qui ne veut pas dire « à la place du Christ ». Ce qui signifie plutôt que le prêtre est alors un pur instrument de la grâce par lequel le Christ Ressuscité se donne à ses fidèles dans l’offrande de son Corps et de son Sang au Père. « Tous mangèrent à leur faim ». L’eucharistie comme nourriture de l’âme nous comble et nous rassasie. Le pain de vie est surabondant : il en reste 12 paniers ! La grâce que nous avons à demander est peut-être celle de la faim spirituelle et du désir de Dieu. L’Eucharistie est en effet la rencontre du don de Dieu et de notre faim spirituelle. Amen.
6/06/2010
Luc 9, 11-17 (p. 1190)
Dimanche dernier nous avons fêté celui qui est au cœur de notre foi chrétienne : Dieu dans son mystère trinitaire, le Dieu unique, communion d’amour entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. En ce dimanche nous fêtons le Saint Sacrement de l’eucharistie, c’est-à-dire le sacrement par excellence. Si le baptême est le fondement de toute notre vie chrétienne, l’eucharistie en constitue le sommet et le centre permanent. L’eucharistie, nous le savons, est liée d’une manière particulièrement forte à la célébration chrétienne du jour du Seigneur, le dimanche. Cette fête en l’honneur de l’eucharistie située après le dimanche de la Sainte Trinité nous redit le sens trinitaire de la célébration de la messe. Spontanément quand nous pensons à la messe nous pensons à Jésus qui a institué ce sacrement lors de la dernière Cène, nous pensons bien sûr au don de son Corps et de son Sang offerts en sacrifice pour que nous puissions communier à sa vie divine et nous en nourrir. Nous oublions peut-être la dimension trinitaire de l’eucharistie. Remarquons bien que la plupart des prières de la messe s’adressent non pas au Fils mais au Père. Cela est particulièrement vrai pour la grande prière eucharistique. Cette prière se termine par les mots suivants dits ou chantés par le prêtre : « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. » Ce à quoi l’assemblée des fidèles répond : « Amen ». Le Saint Sacrement de la messe est donc bien une prière, une offrande adressée au Père par le Fils dans l’Esprit.
Pour cette solennité l’Eglise nous fait entendre en ce dimanche le récit de la multiplication des pains en saint Luc. Cet événement n’est pas directement en lien avec l’eucharistie. Mais l’évangéliste nous le rapporte en pensant à ce grand sacrement. La multiplication des pains a sa place entre deux autres événements. En faisant ce geste le Seigneur Jésus se situe dans la suite de Moïse qui demanda à Dieu de nourrir le peuple au désert. Jésus se situe surtout à la place même de Dieu puisque c’est Dieu qui donna la manne au peuple affamé. En faisant ce geste le Seigneur Jésus annonce aussi le don de l’eucharistie, le don du pain de vie. Ce sont les Douze qui prennent l’initiative non pas de nourrir la foule des auditeurs mais de les renvoyer dans des lieux habités pour qu’ils puissent manger. Les apôtres sont des hommes réalistes nous le voyons, avec les pieds bien sur terre. La réponse du Seigneur à ces hommes a de quoi les déstabiliser : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Il sait très bien, lui, le Maître et Seigneur, qu’ils n’ont pas assez de nourriture pour nourrir cette foule… Par cette parole quelque peu provocatrice il veut toutefois les faire avancer dans la compréhension de leur mission. Ils ne sont pas là pour renvoyer les gens mais bien pour les nourrir de la Parole de Dieu. C’est la première partie de notre messe. Les Douze restent des hommes réalistes : « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons… ». Remarquons au passage qu’ils n’ont pas pris au pied de la lettre les consignes que Jésus leur a données en les envoyant en mission… «N'emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n'ayez pas chacun une tunique de rechange. » Les apôtres confessent donc leurs limites humaines : « Nous n’avons que… » En cette année sacerdotale qui touche à sa fin cela nous redit que les ministres de l’eucharistie sont de pauvres hommes pécheurs. Et que dans l’eucharistie ils ne sont que des serviteurs secondaires. Que demande Jésus aux apôtres ? De faire le miracle ? Non, mais de préparer la foule à recevoir le don de Dieu : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Les Douze obéissent. Là se trouve la grandeur du prêtre : non pas se mettre à la place du Christ mais lui obéir. C’est Jésus et lui seul qui peut réaliser ce miracle, comme c’est Jésus et lui seul qui peut faire qu’un peu de pain devienne son Corps offert pour nous. Et Jésus lui-même dépend d’un autre, de son Père : « levant les yeux au ciel… ». Finalement c’est du Père que viennent tous les dons : la manne autrefois, le pain multiplié, le pain de l’eucharistie. Oui, tout vient du Père par le Fils dans l’Esprit. Les apôtres ont préparé le miracle, et maintenant ils sont chargés d’en distribuer les fruits à la foule. Le prêtre catholique est un Jean-Baptiste, il doit préparer le peuple à la rencontre du Seigneur dans l’Eucharistie. Non seulement en observant fidèlement le rite de l’Eglise mais en s’impliquant avec toute sa foi et son amour dans la célébration de ce mystère. Pendant la consécration il s’efface. Il agit « in persona Christi ». Ce qui ne veut pas dire « à la place du Christ ». Ce qui signifie plutôt que le prêtre est alors un pur instrument de la grâce par lequel le Christ Ressuscité se donne à ses fidèles dans l’offrande de son Corps et de son Sang au Père. « Tous mangèrent à leur faim ». L’eucharistie comme nourriture de l’âme nous comble et nous rassasie. Le pain de vie est surabondant : il en reste 12 paniers ! La grâce que nous avons à demander est peut-être celle de la faim spirituelle et du désir de Dieu. L’Eucharistie est en effet la rencontre du don de Dieu et de notre faim spirituelle. Amen.
dimanche 23 mai 2010
PENTECOTE
Pentecôte /C
23/05/10
Jean 14, 15-26 (p.797)
La solennité de Pentecôte marque le terme du temps pascal. Ce terme est un sommet, un couronnement, une plénitude. Car avec le don de l’Esprit Dieu se révèle et se donne totalement. Avec le don de l’Esprit la révélation chrétienne est achevée. Ce n’est pas par hasard que la liturgie nous fera célébrer dimanche prochain la Sainte Trinité. Ce sommet de la révélation chrétienne que nous célébrons aujourd’hui correspond au temps de l’Eglise, ce que nous nommons dans la liturgie le temps ordinaire. Ce qui marque le commencement de l’Eglise, c’est le rassemblement, dans la prière et l’attente, des apôtres et des saintes femmes dont Marie, la mère du Sauveur. Cela nous rappelle que l’essence de l’Eglise est d’ordre spirituel. L’Eglise est une réalité née de la volonté du Fils et du don de l’Esprit. L’organisation nécessaire à la vie de l’Eglise, corps du Christ, doit se comprendre et se vivre dans la primauté donnée à la relation avec Dieu dans l’Esprit. Le ministère des apôtres n’a de raison d’être que s’il est au service de la vie de Dieu dans les membres de l’Eglise, que s’il annonce le don de cette vie divine à tous les hommes. Evangéliser dans l’Eglise apostolique, ce n’est donc pas faire de la propagande sectaire. C’est témoigner de ce que l’homme ne peut s’accomplir lui-même s’il reste en dehors de cette vie divine communiquée par l’Esprit. Seul l’Esprit du Christ nous fait devenir ce que nous sommes comme en promesse à notre naissance : des personnes humaines à l’image de la divine Personne du Fils. Notre vie humaine, fécondée par la vie de l’Esprit, devient ainsi un passage de l’homme charnel, prisonnier de son égoïsme et de son individualité, à l’homme spirituel : une personne humaine capable d’aimer et de se donner, ouverte à la relation aux autres et à Dieu. Célébrer la Pentecôte, c’est affirmer à nouveau que Dieu seul est source de vie. De notre vie humaine tout d’abord en tant que créateur. Souvenez-vous de la première page de la Bible : « La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». C’est le même Esprit qui vient nous recréer en nous communiquant la vie divine. Voilà le miracle de la Pentecôte ! Ainsi que celui de notre baptême et de notre confirmation !
Les textes bibliques de cette liturgie insistent tous sur le fait que Dieu nous donne l’Esprit pour qu’il habite en chacun de nous. Je ne fais que rappeler ici quelques expressions parlantes : « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint » ; « L’Esprit de Dieu habite en vous » ; « Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». Et dans l’Evangile un verset omis par la version liturgique : l’Esprit de vérité « est avec vous et demeure en vous ». En nous donnant son Esprit, Dieu se donne totalement. Ce qui signifie que ce sont les trois personnes divines qui font de nous leur temple, leur sanctuaire. La Pentecôte nous révèle cette merveilleuse réalité de l’inhabitation divine. Et nous comprenons alors beaucoup mieux certains enseignements du Seigneur Jésus dans les Evangiles. Par exemple : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », « Dieu est esprit ; quand on adore, il faut adorer en esprit et en vérité ». Depuis la Pentecôte, tout chrétien devrait avoir une vive conscience que c’est d’abord en lui qu’il doit trouver la présence de Dieu Trinité. « Grandeur de l’âme humaine », notait Pascal dans son Mémorial. L’expression utilisée par Luc dans les Actes des Apôtres mérite qu’on s’y arrête : « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint ». Comme si l’Esprit était un liquide et nous des récipients ! L’image nous parle : l’eau répandue dans un vase a la capacité de « remplir » justement, c’est-à-dire de ne laisser aucun espace vide. Le don de l’Esprit ne concerne donc pas seulement notre cœur ou encore notre âme mais notre être tout entier corps et âme. D’ailleurs Paul le rappellera aux chrétiens de Corinthe : ne savez-vous pas que vos corps sont des temples de l’Esprit ? C’est ainsi que l’Esprit du Christ devient notre vie, en nous remplissant totalement de sa présence, en sanctifiant non seulement notre âme mais aussi notre corps. Cette vérité de foi, suite logique de l’incarnation du Fils, a des conséquences nombreuses au niveau de la morale chrétienne.
L’événement de Pentecôte institue donc en quelque sorte une religion de l’intériorité, un culte spirituel de Dieu. Et tout dans notre pratique religieuse extérieure doit nous aider à aller sans cesse vers ce centre, ce foyer intérieur dans lequel Dieu Trinité habite. C’est en nous que nous avons à faire l’expérience de l’amour divin, de ce feu dévorant. Particulièrement par la prière communautaire, les sacrements et la prière personnelle. En même temps l’événement de Pentecôte nous pousse à sortir de nos églises pour évangéliser, porter la Bonne Nouvelle de Jésus dans toutes les langues du monde. Pentecôte, c’est la double respiration de notre vie chrétienne : du foyer intérieur où brûle l’amour divin à la mission apostolique, par notre capacité à entrer en dialogue avec tous et chacun, porteurs de l’amour du Fils et polyglottes de l’Esprit Saint. Amen.
23/05/10
Jean 14, 15-26 (p.797)
La solennité de Pentecôte marque le terme du temps pascal. Ce terme est un sommet, un couronnement, une plénitude. Car avec le don de l’Esprit Dieu se révèle et se donne totalement. Avec le don de l’Esprit la révélation chrétienne est achevée. Ce n’est pas par hasard que la liturgie nous fera célébrer dimanche prochain la Sainte Trinité. Ce sommet de la révélation chrétienne que nous célébrons aujourd’hui correspond au temps de l’Eglise, ce que nous nommons dans la liturgie le temps ordinaire. Ce qui marque le commencement de l’Eglise, c’est le rassemblement, dans la prière et l’attente, des apôtres et des saintes femmes dont Marie, la mère du Sauveur. Cela nous rappelle que l’essence de l’Eglise est d’ordre spirituel. L’Eglise est une réalité née de la volonté du Fils et du don de l’Esprit. L’organisation nécessaire à la vie de l’Eglise, corps du Christ, doit se comprendre et se vivre dans la primauté donnée à la relation avec Dieu dans l’Esprit. Le ministère des apôtres n’a de raison d’être que s’il est au service de la vie de Dieu dans les membres de l’Eglise, que s’il annonce le don de cette vie divine à tous les hommes. Evangéliser dans l’Eglise apostolique, ce n’est donc pas faire de la propagande sectaire. C’est témoigner de ce que l’homme ne peut s’accomplir lui-même s’il reste en dehors de cette vie divine communiquée par l’Esprit. Seul l’Esprit du Christ nous fait devenir ce que nous sommes comme en promesse à notre naissance : des personnes humaines à l’image de la divine Personne du Fils. Notre vie humaine, fécondée par la vie de l’Esprit, devient ainsi un passage de l’homme charnel, prisonnier de son égoïsme et de son individualité, à l’homme spirituel : une personne humaine capable d’aimer et de se donner, ouverte à la relation aux autres et à Dieu. Célébrer la Pentecôte, c’est affirmer à nouveau que Dieu seul est source de vie. De notre vie humaine tout d’abord en tant que créateur. Souvenez-vous de la première page de la Bible : « La terre était informe et vide, les ténèbres couvraient l’abîme, et l’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». C’est le même Esprit qui vient nous recréer en nous communiquant la vie divine. Voilà le miracle de la Pentecôte ! Ainsi que celui de notre baptême et de notre confirmation !
Les textes bibliques de cette liturgie insistent tous sur le fait que Dieu nous donne l’Esprit pour qu’il habite en chacun de nous. Je ne fais que rappeler ici quelques expressions parlantes : « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint » ; « L’Esprit de Dieu habite en vous » ; « Nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». Et dans l’Evangile un verset omis par la version liturgique : l’Esprit de vérité « est avec vous et demeure en vous ». En nous donnant son Esprit, Dieu se donne totalement. Ce qui signifie que ce sont les trois personnes divines qui font de nous leur temple, leur sanctuaire. La Pentecôte nous révèle cette merveilleuse réalité de l’inhabitation divine. Et nous comprenons alors beaucoup mieux certains enseignements du Seigneur Jésus dans les Evangiles. Par exemple : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de vous », « Dieu est esprit ; quand on adore, il faut adorer en esprit et en vérité ». Depuis la Pentecôte, tout chrétien devrait avoir une vive conscience que c’est d’abord en lui qu’il doit trouver la présence de Dieu Trinité. « Grandeur de l’âme humaine », notait Pascal dans son Mémorial. L’expression utilisée par Luc dans les Actes des Apôtres mérite qu’on s’y arrête : « Ils furent tous remplis de l’Esprit Saint ». Comme si l’Esprit était un liquide et nous des récipients ! L’image nous parle : l’eau répandue dans un vase a la capacité de « remplir » justement, c’est-à-dire de ne laisser aucun espace vide. Le don de l’Esprit ne concerne donc pas seulement notre cœur ou encore notre âme mais notre être tout entier corps et âme. D’ailleurs Paul le rappellera aux chrétiens de Corinthe : ne savez-vous pas que vos corps sont des temples de l’Esprit ? C’est ainsi que l’Esprit du Christ devient notre vie, en nous remplissant totalement de sa présence, en sanctifiant non seulement notre âme mais aussi notre corps. Cette vérité de foi, suite logique de l’incarnation du Fils, a des conséquences nombreuses au niveau de la morale chrétienne.
L’événement de Pentecôte institue donc en quelque sorte une religion de l’intériorité, un culte spirituel de Dieu. Et tout dans notre pratique religieuse extérieure doit nous aider à aller sans cesse vers ce centre, ce foyer intérieur dans lequel Dieu Trinité habite. C’est en nous que nous avons à faire l’expérience de l’amour divin, de ce feu dévorant. Particulièrement par la prière communautaire, les sacrements et la prière personnelle. En même temps l’événement de Pentecôte nous pousse à sortir de nos églises pour évangéliser, porter la Bonne Nouvelle de Jésus dans toutes les langues du monde. Pentecôte, c’est la double respiration de notre vie chrétienne : du foyer intérieur où brûle l’amour divin à la mission apostolique, par notre capacité à entrer en dialogue avec tous et chacun, porteurs de l’amour du Fils et polyglottes de l’Esprit Saint. Amen.
jeudi 13 mai 2010
ASCENSION DU SEIGNEUR
Ascension du Seigneur / C
13/05/10
Luc 24, 46-53 (p. 710)
C’est avec saint Luc que nous faisons mémoire du mystère de l’Ascension du Seigneur. En effet la liturgie de la Parole nous fait entendre la finale de l’Evangile selon saint Luc et le commencement du livre des Actes des Apôtres. Ce livre est en quelque sorte le tome II de l’Evangile selon saint Luc. Ecrit par le même auteur il nous rapporte les commencements de l’Eglise à partir de l’Ascension et de la Pentecôte.
C’est essentiellement à partir de la première lecture que je vous propose de méditer ce mystère de l’Ascension comme le début, dans notre histoire humaine, du temps de l’Eglise. Luc nous dit que c’est pendant 40 jours, entre Pâques et l’Ascension, que le Seigneur Ressuscité s’est manifesté à ses disciples pour les confirmer dans la foi. Ce nombre symbolique nous rappelle bien sûr d’autres moments importants de l’histoire sainte dans l’Ancienne Alliance comme dans la Nouvelle, à commencer par les tentations du Christ au désert. Tentations qui inaugurent et préparent son ministère public. Et que fait le Seigneur pendant ces 40 jours ? Il parle à ses disciples du Royaume de Dieu. Il ne leur dit donc rien de nouveau. Pas de révélation nouvelle. Mais il les invite à approfondir dans la lumière de Pâques son enseignement d’avant Pâques, son premier enseignement concernant la venue du Royaume de Dieu. Enseignement donné justement après les tentations au désert. Ce rappel de la présence du Royaume de Dieu s’accompagne d’une promesse : celle du baptême dans l’Esprit Saint, « force venue d’en haut ». Avant de quitter physiquement ses disciples, voilà ce que Jésus désire partager avec eux. Encore une fois rien de nouveau, mais la confirmation de tout ce qu’il avait enseigné et promis avant sa mort et sa résurrection.
Malgré les trois années de compagnonnage, les 40 jours après Pâques, les apôtres, pierres de fondation de l’Eglise, ne sont toujours pas prêts ! « Est-ce donc maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? » Dans le texte de Luc nous passons du Royaume de Dieu au royaume d’Israël… Les apôtres sont encore prisonniers d’une vision étriquée de la religion, une religion réduite à un nationalisme, une religion mise au service d’une politique, d’un peuple, d’un territoire. Toute la prédication de Jésus montrait clairement que le Royaume de Dieu ne se confondait pas avec la royauté en Israël et pourtant nous voilà revenus à la case départ, juste avant l’Ascension ! Cette confusion entre la sphère spirituelle et la sphère temporelle ou politique qui est alors dans la mentalité des apôtres reviendra tout au long de l’histoire de notre Eglise sous le nom de chrétienté. Jésus n’a pas prêché la chrétienté mais la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Et dans l’Eglise nous n’avons pas à réduire le christianisme à une simple expression temporelle historique, la chrétienté. La réponse du Seigneur va remettre les apôtres dans le droit chemin de leur mission avec délicatesse mais fermeté :
Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.
Ces hommes, galiléens de naissance, Juifs de religion, reçoivent une mission universelle et spirituelle : être les témoins du Christ Seigneur et de son Evangile « jusqu’aux extrémités de la terre ». Notez bien la progression géographique, du plus local (Jérusalem) au plus universel en passant par la Judée et la Samarie. Nous retrouvons cela dans la finale de l’Evangile :
C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins.
Avant son Ascension, Jésus confirme donc ses apôtres dans leur mission spirituelle de témoins de l’Evangile avec la force de l’Esprit et il en fait les pierres de fondations d’une Eglise universelle, donc catholique. L’Eglise ou le christianisme ne peuvent jamais se réduire à un nationalisme, un patriotisme, une culture localisée dans le temps et l’espace ou encore à une civilisation particulière. L’Eglise est catholique ou elle n’est pas. Et cela n’a aucun sens de parler par exemple d’une Eglise anglicane ou d’une Eglise gallicane.
La solennité de l’Ascension ouvre donc notre cœur et notre esprit aux larges horizons du Royaume de Dieu ou Royaume des cieux. L’Ascension nous rappelle que nous ne sommes que de passage ici-bas et que notre vocation ultime c’est bien d’entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus. Le temps de l’Eglise est celui de l’espérance universelle, dans l’attente et le désir du retour du Christ dans la gloire « pour le salut de ceux qui l’attendent ». Et c’est bien parce que nous sommes animés par cette espérance surnaturelle que nous devons, à la suite des apôtres, rendre témoignage jour après jour de la vérité et de la beauté de l’Evangile. Oui, nous sommes membres d’une Eglise qui est inséparablement catholique et apostolique.
13/05/10
Luc 24, 46-53 (p. 710)
C’est avec saint Luc que nous faisons mémoire du mystère de l’Ascension du Seigneur. En effet la liturgie de la Parole nous fait entendre la finale de l’Evangile selon saint Luc et le commencement du livre des Actes des Apôtres. Ce livre est en quelque sorte le tome II de l’Evangile selon saint Luc. Ecrit par le même auteur il nous rapporte les commencements de l’Eglise à partir de l’Ascension et de la Pentecôte.
C’est essentiellement à partir de la première lecture que je vous propose de méditer ce mystère de l’Ascension comme le début, dans notre histoire humaine, du temps de l’Eglise. Luc nous dit que c’est pendant 40 jours, entre Pâques et l’Ascension, que le Seigneur Ressuscité s’est manifesté à ses disciples pour les confirmer dans la foi. Ce nombre symbolique nous rappelle bien sûr d’autres moments importants de l’histoire sainte dans l’Ancienne Alliance comme dans la Nouvelle, à commencer par les tentations du Christ au désert. Tentations qui inaugurent et préparent son ministère public. Et que fait le Seigneur pendant ces 40 jours ? Il parle à ses disciples du Royaume de Dieu. Il ne leur dit donc rien de nouveau. Pas de révélation nouvelle. Mais il les invite à approfondir dans la lumière de Pâques son enseignement d’avant Pâques, son premier enseignement concernant la venue du Royaume de Dieu. Enseignement donné justement après les tentations au désert. Ce rappel de la présence du Royaume de Dieu s’accompagne d’une promesse : celle du baptême dans l’Esprit Saint, « force venue d’en haut ». Avant de quitter physiquement ses disciples, voilà ce que Jésus désire partager avec eux. Encore une fois rien de nouveau, mais la confirmation de tout ce qu’il avait enseigné et promis avant sa mort et sa résurrection.
Malgré les trois années de compagnonnage, les 40 jours après Pâques, les apôtres, pierres de fondation de l’Eglise, ne sont toujours pas prêts ! « Est-ce donc maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? » Dans le texte de Luc nous passons du Royaume de Dieu au royaume d’Israël… Les apôtres sont encore prisonniers d’une vision étriquée de la religion, une religion réduite à un nationalisme, une religion mise au service d’une politique, d’un peuple, d’un territoire. Toute la prédication de Jésus montrait clairement que le Royaume de Dieu ne se confondait pas avec la royauté en Israël et pourtant nous voilà revenus à la case départ, juste avant l’Ascension ! Cette confusion entre la sphère spirituelle et la sphère temporelle ou politique qui est alors dans la mentalité des apôtres reviendra tout au long de l’histoire de notre Eglise sous le nom de chrétienté. Jésus n’a pas prêché la chrétienté mais la Bonne Nouvelle de l’Evangile. Et dans l’Eglise nous n’avons pas à réduire le christianisme à une simple expression temporelle historique, la chrétienté. La réponse du Seigneur va remettre les apôtres dans le droit chemin de leur mission avec délicatesse mais fermeté :
Il ne vous appartient pas de connaître les délais et les dates que le Père a fixés dans sa liberté souveraine. Mais vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre.
Ces hommes, galiléens de naissance, Juifs de religion, reçoivent une mission universelle et spirituelle : être les témoins du Christ Seigneur et de son Evangile « jusqu’aux extrémités de la terre ». Notez bien la progression géographique, du plus local (Jérusalem) au plus universel en passant par la Judée et la Samarie. Nous retrouvons cela dans la finale de l’Evangile :
C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins.
Avant son Ascension, Jésus confirme donc ses apôtres dans leur mission spirituelle de témoins de l’Evangile avec la force de l’Esprit et il en fait les pierres de fondations d’une Eglise universelle, donc catholique. L’Eglise ou le christianisme ne peuvent jamais se réduire à un nationalisme, un patriotisme, une culture localisée dans le temps et l’espace ou encore à une civilisation particulière. L’Eglise est catholique ou elle n’est pas. Et cela n’a aucun sens de parler par exemple d’une Eglise anglicane ou d’une Eglise gallicane.
La solennité de l’Ascension ouvre donc notre cœur et notre esprit aux larges horizons du Royaume de Dieu ou Royaume des cieux. L’Ascension nous rappelle que nous ne sommes que de passage ici-bas et que notre vocation ultime c’est bien d’entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus. Le temps de l’Eglise est celui de l’espérance universelle, dans l’attente et le désir du retour du Christ dans la gloire « pour le salut de ceux qui l’attendent ». Et c’est bien parce que nous sommes animés par cette espérance surnaturelle que nous devons, à la suite des apôtres, rendre témoignage jour après jour de la vérité et de la beauté de l’Evangile. Oui, nous sommes membres d’une Eglise qui est inséparablement catholique et apostolique.
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