dimanche 12 mai 2024

Septième dimanche de Pâques / année B

 

12/05/2024

1 Jean 4, 11-16

Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

Nous sommes dans la dernière partie du temps pascal, entre l’Ascension de Jésus et le don de l’Esprit Saint au jour de Pentecôte. La deuxième lecture de ce 7ème dimanche de Pâques nous redit une vérité essentielle de la révélation chrétienne : Dieu est amour. Oui, ce Dieu invisible qui est Esprit est aussi Amour. Le Dieu révélé par la personne et la vie du Christ est Trinité, communion d’amour entre les trois personnes divines. La Pentecôte marque bien l’accomplissement de cette révélation avec le don de l’Esprit, lien d’amour entre le Père et le Fils. Dans le mystère de l’incarnation Dieu nous donne son Fils et ce don trouve sa plénitude dans le don de l’Esprit fait par le Père et le Fils. Dieu se révèle comme Trinité en se donnant à nous, en nous communiquant son amour par le Fils dans l’Esprit. Après l’Ascension la présence divine n’est plus visible à nos yeux de chair. Cette présence d’amour ne peut se vivre que dans l’intériorité de la vie spirituelle, ce qu’exprime parfaitement bien le verbe « demeurer » si cher à saint Jean, le verbe de l’inhabitation divine, inhabitation réciproque entre chacun de nous et Dieu :

Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu.

Ce verset de saint Jean nous montre la puissance de l’acte de foi en Jésus confessé comme Fils de Dieu et Sauveur. Cet acte de foi, à la manière d’un sacrement, établit entre nous et Dieu une communion de vie et d’amour, au plus intime de nous-mêmes. Et nous savons que c’est grâce à l’Esprit Saint que nous pouvons faire cet acte de foi qui attire en nous la présence divine. L’inhabitation divine ne dépend pas seulement de notre acte de foi en Jésus Fils de Dieu. Elle se réalise dans la mesure où nous mettons en pratique son commandement, celui de l’amour fraternel qui s’étend jusqu’à l’amour des ennemis et qui est donc universel et sans limites.

Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

Saint Jean nous montre ainsi que nous ne pouvons jamais séparer notre foi en Jésus des œuvres de l’amour, du fruit de l’Esprit. Pour reprendre la belle formule employée par saint Paul dans sa lettre aux Galates, ce qui nous permet de demeurer en Dieu, c’est la foi qui agit par la charité. La foi parce que personne n’a jamais vu Dieu si ce n’est le Fils. La charité parce que Dieu est amour. Et dans ces deux domaines essentiels de notre vie chrétienne, c’est l’Esprit Saint qui est notre Maître et notre Guide.

Avec frère Roger de Taizé, invoquons l’Esprit du Père et du Fils, et demandons Lui de demeurer dans la grâce de la foi et de la charité :

Esprit Saint, qui habites chaque être humain, tu viens déposer en nous ces réalités d’Évangile si essentielles : la bonté du cœur et le pardon. Aimer et l’exprimer par notre vie, aimer avec la bonté du cœur et pardonner : là tu nous donnes de trouver une des sources de la paix et de la joie. Amen.

 

 

 

 

jeudi 9 mai 2024

Ascension du Seigneur / année B

Ascension du Seigneur 2024

La première partie du temps pascal, les 40 jours entre Pâques et l’Ascension, fonde la foi de l’Eglise dans la résurrection du Seigneur. Le Ressuscité s’est manifesté uniquement à quelques personnes, ses disciples, hommes et femmes, choisis par Dieu comme l’affirme Pierre chez Corneille : Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance.

La grande majorité des témoins du Christ ressuscité sont ses amis, Paul étant l’exception. Il ne s’est pas manifesté à ceux qui ont voulu sa mort : les grands prêtres et Pilate. Dans la plupart des cas le Ressuscité se manifeste à des personnes qui l’ont suivi, aimé et lui ont fait confiance. Aucun esprit de revanche dans le cœur du Christ qui l’aurait poussé à se montrer vivant aux autorités religieuses et civiles qui l’ont condamné à mourir sur une croix. Aucune volonté d’en mettre « plein la vue » en révélant sa victoire sur la mort aux foules par de grandes manifestations glorieuses. Les manifestations du Ressuscité sont humbles, discrètes et s’adressent en priorité à des personnes, au groupe des disciples, pas à des foules.

Le mystère de l’Ascension marque la fin de ces manifestations du Ressuscité dans l’attente de l’Esprit Saint promis par Jésus. Dans la finale de son Evangile Marc en parle avec les images suivantes : Il fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Dans ce mystère c’est notre humanité qui est unie à Dieu pour toujours, assumée en lui. L’Ascension confirme ce qui a commencé avec l’Incarnation. Et l’Incarnation se prolonge et s’actualise dans le mystère de l’Eglise corps du Christ et de sa mission dans le monde. L’enlèvement de Jésus au ciel signifie un nouveau mode de présence : non plus charnel et limité à un peuple et un territoire précis, mais glorieux et universel. Après son Ascension le Christ semble absent comme Dieu lui-même est invisible, mais en fait sa présence est encore plus forte et plus puissante. Ce qui lui permet de donner cette consigne missionnaire à ses disciples au moment de l’adieu qu’il leur fait : Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. Plus aucune limite dans cet universel de la mission puisqu’il inclue toute la création comme destinataire de la Bonne Nouvelle et pas seulement l’humanité. Saint Paul le dit à sa manière dans la deuxième lecture : Et celui qui était descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux pour remplir l’univers. Le Christ ressuscité remplit donc de sa présence l’univers dans le mystère de son Ascension et le règne de Dieu son Père et Père de tous s’exerce au-dessus de tous, par tous, et en tous. L’image de Jésus qui monte au ciel est donc trompeuse car elle pourrait nous faire croire à une grande prise de distance par rapport à notre vie humaine sur cette terre. Ce que Paul nous dit du Père de tous, de notre Père qui est aux cieux, peut nous aider à surmonter cette difficulté puisque précisément ce Père qui est aux cieux est en même temps en tous, donc proche de chacune de ses créatures. A la fois transcendant et immanent.

L’exhortation par laquelle Paul ouvre le chapitre 4 de sa lettre aux Ephésiens ne nous invite pas à nous évader au ciel mais à faire fructifier sur cette terre les trésors de la grâce divine : Je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous.

Et si le mystère de l’Ascension nous appelait tout en orientant notre cœur vers les réalités du Ciel, les réalités divines et spirituelles, à accueillir ce Ciel, c’est-à-dire Dieu lui-même, sur notre terre ? Et si le Ciel, c’était de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix ?

 


dimanche 5 mai 2024

Sixième dimanche de Pâques / année B

 

Jean 15, 9-17

Les paroles particulièrement fortes que nous venons de recevoir font partie du testament nouveau que Jésus donne à ses disciples la veille de sa mort. Ce passage d’Evangile nous donne accès au cœur de la révélation chrétienne dans sa beauté et sa simplicité. Le secret de Jésus, ce qui nous permet de comprendre sa personne, sa vie et sa mission, c’est l’amour de charité qui habite son cœur. Il est le médiateur de l’amour divin : Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Le commandement du testament nouveau, Demeurez dans mon amour, Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, se présente sous la forme d’un don et non pas d’un devoir. C’est dans la mesure où nous recevons la grâce de l’amour divin par Jésus que nous devenons capables de demeurer dans son amour et de le transmettre. Le Seigneur nous parle de son choix, son choix qui précède toujours et suscite de notre part une réponse de foi : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit… Nous sommes donc dans le règne de la grâce et non pas sous le régime de l’obligation. La morale chrétienne est essentiellement une morale intérieure dans le sens où elle surgit du cœur qui se laisse enflammer d’amour par l’Esprit Saint. Le testament nouveau de Jésus et l’Evangile de l’amour accomplissent parfaitement la prophétie de Jérémie : Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Dans son encyclique « Dieu est amour », le pape Benoît XVI décrit bien cette intériorisation de la loi divine :

La volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même (n°17).

C’est dans ce contexte du don de la loi nouvelle inscrite dans les cœurs que Jésus qualifie la relation qu’il veut avoir avec nous du nom d’amitié. C’est le seul passage des Evangiles où il appelle ses disciples ses amis.

Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

Ce verset constitue une véritable révolution dans la conception religieuse classique de la relation entre Dieu et l’homme, Dieu étant habituellement le maître et l’homme le serviteur. Jésus établit un amour d’amitié avec nous. La relation d’amitié est tout sauf hiérarchique, elle implique au contraire l’égalité entre les amis. Si nous parvenions à prendre conscience du don magnifique qui nous est fait, notre cœur serait véritablement comblé de la joie spirituelle. Ce qui nous permet d’entrer dans cette relation d’amitié avec le Christ, c’est d’aimer comme lui nous a aimés : Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Dans la relation d’amitié authentique, il est naturel de vouloir faire plaisir à l’autre, d’aller au-devant de ses désirs. Chaque fois que nous nous aimons les uns les autres, nous sommes certains de réjouir le cœur du Christ et donc celui du Père. Chaque fois que nous sommes capables de sortir de notre égoïsme pour nous tourner vers l’autre dans un mouvement de don et d’amour, nous fortifions en nous l’homme intérieur. Nous permettons au Christ de faire de nous ses amis.

dimanche 28 avril 2024

Cinquième dimanche de Pâques / année B

 

28/04/2024

Jean 15, 1-8

Demeurez en moi, comme moi en vous.

En ce cinquième dimanche de Pâques nous recevons cette invitation du Christ à demeurer en lui. Cette invitation est en même temps un appel de sa part à prendre conscience qu’il demeure en nous. Le verbe « demeurer », cher à saint Jean, fait le lien avec la deuxième lecture de cette messe : Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Nous demeurons en Dieu parce que Jésus, l’Esprit demeurent en nous avec le Père. C’est le mystère de l’inhabitation divine inauguré par la grâce du baptême. Jean nous permet de bien comprendre ce que signifie pour nous « demeurer en Dieu » : il s’agit de garder les commandements de Dieu tels que Jésus nous les a transmis et enseignés. Et le commandement de Dieu est très simple. Jean le résume en un verset lumineux : Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé.

Demeurer dans le Christ, c’est donc mettre notre foi en lui, c’est croire en la puissance de son nom Sauveur, et c’est entrer dans une relation avec nos semblables dans la logique de son amour. Jean est à la fois le plus spirituel des évangélistes et le plus concret. L’amour dont il nous parle n’est jamais un vague sentiment : Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.

Demeurer dans le Christ en tant que chrétiens implique donc de notre part un engagement à écouter sa parole et à la mettre en pratique dans nos actes et choix de chaque jour. Jean nous met ainsi en garde contre une spiritualité désincarnée qui n’aurait aucune conséquence concrète dans notre vie, une spiritualité détachée et séparée de ce qui fait le tissu de notre vie quotidienne. La spiritualité authentiquement chrétienne produit de beaux fruits dans notre vie. Demeurer dans le Christ implique bien sûr notre attachement à la vie de prière, à la vie dans l’Esprit Saint. Il s’agit pour nous d’adorer Dieu en esprit et en vérité. La parole de Dieu nous invite donc à faire le lien entre notre vie de prière et notre engagement moral qui est celui de l’amour de charité. La vie spirituelle est en effet tout aussi présente dans mon engagement social, dans ma manière de cultiver avec mes frères et sœurs une relation qui soit la plus semblable possible à celle que Jésus avait pour tout homme : une relation marquée par la charité qui se décline en bienveillance, compréhension, douceur, absence de jugement, refus de condamner et de médire etc. Saint Jacques développant encore la spiritualité concrète de saint Jean pourra même écrire dans sa lettre :

Si quelqu’un ne commet pas d’écart quand il parle, c’est un homme parfait, capable de maîtriser son corps tout entier… Quelqu’un, parmi vous, a-t-il la sagesse et le savoir ? Qu’il montre par sa vie exemplaire que la douceur de la sagesse inspire ses actes. Mais si vous avez dans le cœur la jalousie amère et l’esprit de rivalité, ne vous en vantez pas, ne mentez pas, n’allez pas contre la vérité. Cette prétendue sagesse ne vient pas d’en haut ; au contraire, elle est terrestre, purement humaine, démoniaque. Car la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. Au contraire, la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, puis pacifique, bienveillante, conciliante, pleine de miséricorde et féconde en bons fruits, sans parti pris, sans hypocrisie. C’est dans la paix qu’est semée la justice, qui donne son fruit aux artisans de la paix.

Demeurons donc en Jésus Ressuscité par la prière et la pratique du commandement de l’amour fraternel.

dimanche 21 avril 2024

Quatrième dimanche de Pâques / année B

 

21/04/2024

Actes des apôtres 4, 8-12

Alors Pierre, rempli de l’Esprit Saint, leur déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé.  Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

Dans la première lecture de ce dimanche Pierre témoigne de sa foi en Jésus devant les autorités religieuses de son peuple après avoir guéri un infirme. Il parle au nom de tous les apôtres. C’est par la puissance du nom de Jésus qu’il a accompli le signe de la guérison de l’infirme, ce nom qui signifie Dieu sauve. Quand il confesse sa foi en Jésus Pierre utilise une formule que nous trouvons à de nombreuses reprises dans les Actes des apôtres :

Lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts.

Le mystère pascal est à la fois l’œuvre des hommes qui ont voulu la mort de Jésus et l’œuvre de Dieu son Père qui l’a ressuscité d’entre les morts. Nous trouvons une opposition entre les hommes qui donnent la mort par manque de foi et Dieu qui donne la vie par fidélité à son Fils bien-aimé. L’Evangile du bon pasteur nous rappelle toutefois que c’est librement que Jésus est entré dans sa Passion et a accepté la mort en croix :

Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père.

En citant le psaume 117 Pierre revient sur l’opposition entre l’œuvre des hommes et l’œuvre de Dieu :

Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle.

Celui que les hommes méprisent, Dieu en a fait la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. L’endurcissement de notre cœur dans le mal et le péché ne décourage jamais Dieu. Par son mystère pascal Jésus de Nazareth est constitué l’unique Sauveur du monde :

En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver.

Chaque fois que nous refusons Dieu, que nous ne voulons pas écouter Jésus et mettre en pratique son enseignement, que nous nous obstinons sur un chemin de mort, nous participons de l’œuvre des hommes qui ont condamné Jésus à mort. Toutefois Dieu vient nous rejoindre au cœur même de notre péché et du mal qui nous domine bien souvent. Par la puissance du Nom de Jésus il vient nous délivrer de la fatalité du mal et nous offrir sans cesse son pardon miséricordieux. Il nous ressuscite ainsi à une vie nouvelle dans et par son Fils. L’œuvre du salut divin qui ressuscite Jésus et confirme ainsi la vérité de son enseignement nous rejoint dans notre faiblesse et notre refus d’aimer. Par la puissance du Nom de Jésus Sauveur nous avons la merveilleuse possibilité de retrouver toujours la grâce qui fait de nous des enfants de Dieu. Dieu, tel un bon Père, ne cesse pas d’aimer ses enfants lorsqu’ils sont indignes de son amour, ingrats et oublieux de sa présence. Dans l’infirmité de notre ingratitude et de notre éloignement vis-à-vis du Père, Jésus élevé en croix et glorifié dans sa résurrection a le pouvoir de nous convertir et de nous ramener dans l’enclos de l’Eglise afin que le troupeau des brebis fidèles et infidèles parvienne, malgré sa faiblesse, là où son Pasteur est entré victorieux.

dimanche 7 avril 2024

Deuxième dimanche de Pâques / année B

 

7/04/2024

Jean 20, 19-31

La double manifestation du Ressuscité à ses disciples, le soir de Pâques et huit jours plus tard, se fait alors que les portes sont verrouillées par peur des Juifs. La page évangélique de ce dimanche est riche de significations pour notre vie chrétienne. Je ne retiendrai que la salutation du Ressuscité : La paix soit avec vous ! Cette salutation pascale avait été annoncée par Jésus à la veille de sa Passion dans l’entretien-testament avec ses disciples : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé.

La paix du Christ est comme le remède donné pour nous guérir de nos peurs. L’inquiétude est littéralement parlant ce qui s’oppose à la paix du cœur. Remarquons que la liturgie de la messe fait prononcer ces paroles de paix à l’évêque qui reprend la salutation du Christ et au célébrant juste avant la communion. En saluant de cette manière ses disciples Jésus met en pratique lui-même la consigne missionnaire qu’il leur a laissée : Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : « Paix à cette maison ». S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.

La salutation pascale de la paix est clairement un acte d’évangélisation des disciples qui les invite à quitter la peur pour entrer dans la confiance, dans la foi, dans cette foi qui nous a fait vaincre le monde, c’est-à-dire ici tout ce qui s’oppose au règne de Dieu.

Le soir de Pâques le don de la paix du Christ est inséparable du don de l’Esprit Saint. La paix avec la joie est le fruit de l’Esprit Saint, le signe que nous nous laissons conduire par Lui. L’apôtre Paul fait de la paix un signe caractéristique du Royaume de Dieu : En effet, le royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint.

Et c’est bien de cette paix dont témoigne la première communauté des disciples de Jésus qui avait un seul cœur et une seule âme. Toujours dans sa lettre aux Romains Paul fait remarquer que l’Esprit tend vers la vie et la paix. D’où son exhortation à vivre de cette paix du Christ :

Recherchons donc ce qui contribue à la paix, et ce qui construit les relations mutuelles.

La paix, don du Ressuscité et don de l’Esprit se manifeste en même temps au plus intime de nous-mêmes, c’est la paix du cœur, et dans la vie du Corps du Christ, dans les relations mutuelles entre croyants, c’est la paix ecclésiale. Nous savons par l’histoire de l’Eglise et par notre expérience personnelle à quel point nous sommes incapables de recevoir en vérité ce grand don du Ressuscité comme Thomas est incapable dans un premier temps de croire en la résurrection de son Maître et Seigneur. Pourtant le don du Christ et de l’Esprit est toujours là, cherchant à prendre possession de notre être. La salutation pascale de Jésus nous demande de mettre en nos cœurs ce désir de la paix, de la rechercher toujours. Le grand moyen pour l’accueillir, en vivre, la répandre et en témoigner, c’est de nous abandonner dans la prière à l’action de l’Esprit Saint, c’est le désir de la communion avec le Christ dans la prière personnelle et les sacrements, en particulier dans la communion eucharistique. Pas de paix sans réconciliation, pas de paix sans pardon, le pardon de Dieu et le pardon que nous nous devons les uns aux autres lorsque nous nous offensons mutuellement. Oui, Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Toute la célébration eucharistique de son commencement à son terme est un incessant rappel de l’importance pour nous d’accueillir le don du Ressuscité. De la salutation d’ouverture (Que Dieu notre Père et Jésus Christ notre Seigneur vous donnent la grâce et la paix) à l’envoi (Allez, dans la paix du Christ) en passant par la supplication de l’Agnus Dei (Donne-nous la paix).

 

dimanche 31 mars 2024

PAQUES 2024

 

Pâques 2024

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? » Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : “Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit.” » Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. (Marc 16, 1-8)

La solennité de Pâques, célébration de la résurrection du Seigneur, inaugure le temps pascal. Elle ne doit donc pas être séparée des autres mystères que sont l’Ascension du Seigneur et la Pentecôte. Ce n’est que dans la lumière de l’Esprit de Pentecôte que la première génération de chrétiens a pu confesser le Christ ressuscité. Le temps pascal représente en quelque sorte le temps qui a été nécessaire entre Pâques et la Pentecôte pour que les disciples passent de la peur et du doute à la foi. En cette année B au cours de laquelle la liturgie nous fait lire et écouter l’Evangile selon saint Marc, nous venons d’entendre (nous avons entendu lors de la vigile pascale) les premiers versets du chapitre 16, versets très étonnants si nous les méditons avec attention. Ces versets de Pâques témoignent en effet de la grande difficulté avec laquelle les premiers disciples ont accepté la réalité bouleversante de la résurrection du crucifié. C’est la conclusion que Jean donne à l’Evangile du jour de Pâques : Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Les premiers disciples n’étaient donc pas des illuminés qui s’échauffaient l’esprit avec l’idée de la résurrection mais au contraire des femmes et des hommes abasourdis par le choc et la déception que fut pour eux la mort de leur Maître et Seigneur en croix. D’ailleurs la plupart des hommes avaient abandonné Jésus, seules quelques femmes lui étaient restés héroïquement fidèles jusqu’au bout. Ce sont ces mêmes femmes, avec Marie Madeleine comme témoin privilégié, que nous retrouvons au matin de Pâques. Selon Marc et Luc elles viennent au tombeau pour embaumer le corps de Jésus. Autant dire que le matin de Pâques fut pour ces femmes l’occasion d’un pèlerinage funéraire et non pas l’expression de leur désir joyeux de rencontrer Jésus vivant. L’Evangile de Marc nous montre au contraire que la découverte du tombeau ouvert et vide les laisse dans la peur, toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Ces femmes aimaient Jésus d’un amour fidèle et fort sans que cet amour ne leur permette à l’aube de Pâques de faire l’expérience de la joie de la résurrection. Il leur faudra du temps, beaucoup de temps, et surtout le don de l’Esprit Saint, pour qu’elles puissent aimer Jésus non pas comme un défunt regretté mais comme le Vivant, celui qui a vaincu la mort à jamais par la puissance du salut divin. Le message pascal adressé aux femmes dans l’Evangile selon saint Marc est d’une grande et belle simplicité : Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Ce n’est pas parmi les tombes que l’on peut rencontrer Jésus, il n’est pas dans les cimetières, il est ailleurs. Et voilà que ces femmes remplies de peur sont chargées du message pascal à l’intention des hommes, en particulier de Pierre, donc de ceux qui ont renié ou abandonné le Christ dans le temps de sa Passion : Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit. Message à nouveau extrêmement simple et sobre. Le Ressuscité a toujours de l’avance sur ses disciples paralysés par la peur et le doute : il les précède dans le lieu de leur premier appel, dans le lieu de leur compagnonnage avec le Christ d’avant Pâques. La résurrection n’efface pas l’incarnation : Marc dans son Evangile pascal parle bien de Jésus de Nazareth et de la Galilée. L’expérience fondatrice des femmes et des apôtres nous permet de comprendre que nous avons nous aussi besoin de temps pour entrer pleinement dans le mystère de la résurrection. Nous le faisons sous la conduite de l’Esprit de Jésus et par la grâce des sacrements de l’initiation chrétienne : baptême, confirmation et eucharistie. La joie et la paix, fruits de la résurrection du Seigneur, fruits qui nous libèrent de la peur et nous font entrer dans la confiance, nous les recevons dans la mesure où nous ne cherchons pas le Christ là où il n’est pas mais bien là où il nous précède et nous attend. La Galilée des premiers disciples représente pour chacun d’entre nous son chemin de foi avec le Christ. La nouveauté extraordinaire et bouleversante de la résurrection et de la vie nouvelle qu’elle nous offre ne fait pas table rase de notre histoire personnelle et unique, bien au contraire. En cette fête de Pâques faisons mémoire avec gratitude du don de la foi, du premier appel que nous avons entendu au plus intime de nous-mêmes pour pouvoir avancer dans la communion avec le Vivant. La résurrection nous permet en effet de vivre cette communion avec le Christ dans les sacrements, la prière, mais aussi dans notre désir de vivre du commandement de l’amour qu’il nous a laissé comme promesse de bonheur dès ici-bas et gage de la vie éternelle. Gardons dans notre cœur tout au long de ce temps pascal l’enseignement si lumineux de saint Jean :

Nous, nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort.