lundi 25 décembre 2023

NOEL 2023


Noël 2023

En cette sainte fête de Noël je vous propose deux points de méditation pour nous aider à contempler le grand et beau mystère de l’Incarnation du Seigneur.

Le premier point de méditation part de la comparaison que l’apôtre Paul établit entre Adam et le Christ dans sa lettre aux Romains, comparaison que nous retrouvons dans sa première lettre aux Corinthiens, d’où le nom de nouvel Adam donné au Christ dans la tradition chrétienne. Cette comparaison nous invite à comprendre le mystère de l’incarnation en lien avec celui de la création. En effet à Noël commence une nouvelle création. Dans la première création telle qu’elle est rapportée par les deux récits de la Genèse l’homme et la femme sont créés directement adultes par le Créateur. Ils ne passent pas par l’étape de l’enfance. Il en va tout autrement du Fils de Dieu qui, en s’incarnant dans le sein de Marie, vit la totalité de notre vie humaine de la naissance à la mort, en passant par l’enfance et l’adolescence. Jésus a connu tous les âges de notre vie humaine, excepté la vieillesse en raison de sa mort violente sur la croix. A Noël Dieu choisit de se faire enfant, nouveau-né. Le mot d’enfant en latin signifie celui qui est incapable de parler. Jean nous présente dans le prologue de son Evangile le mystère de l’incarnation en utilisant la notion de Verbe de Dieu, c’est-à-dire de Parole de Dieu. Jésus est la Parole du Père. Dans la crèche la Parole de Dieu est d’abord silencieuse. Elle ne nous parle pas par des mots et des discours. Elle nous parle à travers la présence d’un nouveau-né donné par Dieu pour être une grande joie pour tout le peuple. Ce silence, Jésus-Parole le prolongera en quelque sorte jusqu’au moment de son baptême, c’est-à-dire dans la plus grande partie de sa courte vie humaine qui est essentiellement une vie cachée, une vie ordinaire. Si Dieu se manifeste dans un nouveau-né incapable de parler, cela nous indique un chemin pour aller vers la crèche : celui du silence rempli de la présence de Dieu. Silence qui se prolongera à Nazareth jusqu’au moment du baptême par Jean. Le pape Paul VI disait à propos de cette leçon de silence :  Que renaisse en nous l’estime du silence, cette admirable et indispensable condition de l’esprit… O silence de Nazareth, enseigne-nous le recueillement, l’intériorité, la disposition à écouter les bonnes inspirations et les paroles des vrais maîtres ; enseigne-nous le besoin et la valeur de préparations, de l’étude, de la méditation, de la vie personnelle et intérieure, de la prière que Dieu seul voit dans le secret.

Le second point de méditation part de l’étonnement qui devrait nous saisir face à la concision de saint Luc dans son Evangile de la Nativité. Le grand mystère de l’Incarnation tient en un seul verset d’une simplicité absolue : Et Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Il n’y avait pas de place pour eux parmi les humains, c’est la raison pour laquelle Jésus enfant est né parmi les animaux, dans une mangeoire. Cette remarque de l’évangéliste Luc nous fait penser à un verset du prologue de l’Evangile selon saint Jean : Le Verbe est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Cette célébration de la naissance du Sauveur nous invite donc à nous poser personnellement la question suivante : y a-t-il en moi, dans ma vie, de la place pour Dieu ? Souvent nous avons l’impression de manquer de place dans nos maisons ou nos appartements. Cela est parfois vrai quand nous vivons dans un petit appartement. Mais en fait nous manquons de place parce que nous sommes encombrés par l’accumulation d’objets inutiles et que nous sommes incapables de ranger et de faire de l’ordre, encore plus de donner ou de jeter ce dont nous n’avons pas ou plus besoin. Il en va de même pour notre vie spirituelle. Si Dieu n’a pas de place ou si peu en nous, c’est bien parce que notre cœur est encombré de pensées, de soucis, de préoccupations, d’activités, de projets etc. Nous avons aussi besoin de faire le ménage en nous, de mettre de l’ordre dans nos pensées et dans notre cœur. Si nous ne connaissons jamais le repos, le silence dans notre vie intérieure, comment pourrions-nous faire de la place pour le Sauveur ? Le plus difficile pour un homme de notre temps, c’est de mettre un frein à l’activisme qui le dévore, c’est de dire stop et de faire une pause bienfaisante, celle de la méditation, de la réflexion, de la lecture, de la prière, au cœur de nos multiples activités. Pour conclure cette méditation de Noël, je laisse la parole au moine bénédictin John Main qui a enseigné la méditation chrétienne :

Il doit y avoir de la place pour Jésus dans l’auberge de notre cœur. Toute notre méditation a ce but : préparer et ouvrir notre cœur à la naissance du Christ. C’est parce qu’Il est le Dieu infini que nous devons lâcher tout le reste afin qu’il y ait place pour Lui dans notre cœur. Le mystère, c’est que lorsqu’il naît dans notre cœur, tout prend naissance avec Lui.


 

dimanche 17 décembre 2023

Troisième dimanche de l'Avent / année B

 

17/12/2023

Jean 1, 6-8.19-28

Le troisième dimanche de l’Avent a une tonalité joyeuse comme nous le montrent la première et la deuxième lecture de cette liturgie. L’Evangile de Jean nous rapporte le témoignage de Jean le baptiste, témoignage entendu dimanche dernier dans la version de saint Marc. Jean est clair et affirme « Je ne suis pas le Messie ». Je ne suis que sa voix, celui qui l’annonce et lui prépare un peuple capable de l’accueillir. Aux prêtres et aux Lévites le baptiste affirme la présence mystérieuse du Messie : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Ce témoignage se situe juste avant le baptême du Christ par Jean, baptême qui est à la fois la manifestation et la première révélation du Messie au peuple rassemblé sur les bords du Jourdain. Cette fois le témoignage ne vient pas seulement d’un homme envoyé par Dieu mais de Dieu lui-même : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

Jean passe ainsi de l’ignorance à la connaissance du Messie. C’est le chemin que tous nous avons fait par la foi. Nous sommes parvenus à une certaine connaissance de Jésus Messie et Fils de Dieu. Il n’en reste pas moins vrai que ce que Jean affirme aux Juifs s’applique aussi à nous : Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.

La connaissance de Jésus que nous pouvons avoir par la foi et la vie de prière inclue toujours une part d’ignorance, celle du mystère divin, celle concernant la seconde personne de la Sainte Trinité. Il est bon pour nous de réentendre cette parole de Jean pour nous permettre de redécouvrir la nouveauté de la révélation chrétienne. A cette parole du Baptiste correspond ce que Jésus dit de lui-même dans l’Evangile selon saint Matthieu : Personne ne connaît le Fils, sinon le Père.

Seul le Père connaît véritablement le Fils. Les théologiens peuvent avoir tendance à oublier cette vérité et être dans l’illusion d’évacuer le mystère par leurs enseignements sur le Christ. Quant à nous, cela doit nous inviter à l’humilité dans la foi. Jésus nous échappera toujours jusqu’au jour où nous le verrons face à face sans avoir besoin du voile de la foi pour le connaître. La profession de foi chrétienne et le catéchisme de l’Eglise n’épuisent jamais la connaissance que nous pouvons avoir du Christ. Il doit toujours rester dans notre relation avec Jésus une part d’étonnement et de questionnement. Ce qui est vrai pour nos relations humaines l’est encore davantage quand il s’agit de Dieu. Seule la charité parfaite peut nous donner la vraie connaissance du Christ, car celui qui fait la vérité vient à la lumière. Paul dans sa lettre aux Ephésiens nous montre comment cette connaissance parfaite du Christ n’adviendra qu’au terme d’un parcours de foi en Eglise :

De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.

Jean exprime la même réalité avec un langage différent :

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

 

dimanche 10 décembre 2023

Deuxième dimanche de l'Avent / année B

 

10/12/2023

Marc 1, 1-8

Au commencement de l’Avent nous avons entendu l’appel insistant de Jésus : Veillez ! Aujourd’hui Jean le baptiste proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Ce baptême de pénitence n’est pas le baptême chrétien. Il le prépare et l’annonce. De même que le Christ est infiniment plus grand que Jean, de même la grâce du sacrement de baptême dépasse infiniment le seul pardon des péchés. La finale de l’Evangile de ce dimanche nous fait entrevoir par avance tout le mystère pascal, de la croix à la Pentecôte, mystère qui rend efficace le sacrement du baptême : Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. Gardons en mémoire l’appel de Jésus à la vigilance spirituelle, au cœur éveillé dans l’attente et le désir de sa venue. Être baptisé dans l’Esprit Saint nous rend capable de cette vigilance et nous fortifie dans l’attente du Seigneur qui viendra au temps fixé mais qui, ne l’oublions pas, vient à notre rencontre chaque jour et cela de bien des manières. L’attente du second avènement du Christ ne nous dispense pas, bien au contraire, de vivre l’aujourd’hui de Dieu, le présent de nos vies. C’est en vivant pleinement le temps présent que nous sommes réellement veilleurs et éveillés. L’attente du Christ ne nous fait pas vivre dans l’avenir. Elle nous enracine dans le présent et dans la mise en œuvre de notre vocation chrétienne ici et maintenant. Pour nous aider à approfondir le baptême dans l’Esprit Saint annoncé par Jean, méditons les paroles du Seigneur à Nicodème au chapitre 3 de l’Evangile selon saint Jean : Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut.

Par notre baptême et notre confirmation nous sommes tous « renés », nés d’en haut. C’est notre origine divine, cette filiation adoptive qui nous rend frères et sœurs du Christ, qui nous permet de veiller en ce monde dans l’attente du ciel nouveau et de la terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix, tel est l’exhortation de Pierre dans la deuxième lecture. Notre baptême dans le Saint Esprit produit en nous la paix du cœur. L’oraison de ce deuxième dimanche de l’Avent mentionne ce qui s’oppose à la vigilance du cœur et à la paix spirituelle que Jésus vient nous donner par sa présence : Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. Le souci de nos tâches présentes… Voilà une réalité qui nous parle ! L’Avent est comme une invitation à un temps de retraite pour nous recentrer sur l’essentiel, pour laisser au silence une place dans nos vies si bruyantes, si agitées, si dispersées. Le silence extérieur est un moyen pour favoriser le silence intérieur, condition essentielle pour accueillir la paix du Seigneur. Dans ce silence du cœur qui veille nous reprenons vie, nous renaissons d’en haut, en nous adonnant à une lecture nourrissante pour l’âme et l’esprit, à la prière, à la méditation. Il y a 76 ans Bernanos faisait déjà ce constat dans La France contre les robots :

On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. Que dirait-il aujourd’hui ?

Que ce temps de l’Avent nous permette de vivre les paroles du psalmiste en présence du Christ, à notre manière et selon notre vocation :

Je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.

vendredi 17 novembre 2023

32ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

12/11/2023

Matthieu 25, 1-13

La parabole des dix jeunes filles invitées à des noces nous parle de la vigilance spirituelle, un thème important dans la prédication de Jésus, thème que nous trouvons à la fin de notre année liturgique et à son commencement avec le temps de l’Avent : Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. La parabole qui précède dans l’Evangile selon saint Matthieu délivrait déjà le même message : Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. Dans les deux paraboles celui que l’on attend tarde à venir que ce soit le maître ou l’époux. La venue du Royaume des Cieux, la manifestation du Christ tarde en effet pour nous humains qui mesurons le temps à l’échelle de notre brève vie sur cette terre. Le temps de Dieu n’est pas le nôtre. La parabole de ce dimanche met en avant les dispositions intérieures des jeunes filles : certaines sont insouciantes, d’autres prévoyantes. D’autres traductions les qualifient de folles et sages, d’idiotes et d’intelligentes. Pour accueillir l’époux dans la nuit elles ont besoin de lumière, donc de leurs lampes, donc d’huile pour les alimenter. Les unes manquent de cette huile, les autres en ont fait provision. Ce que représente cette huile, la parabole ne nous le dit pas. Simplement nous constatons que cette huile ne peut ni se partager ni s’acheter au dernier moment. Arrive en effet un moment dans notre vie où il est trop tard pour devenir sage, trop tard pour avoir le temps de se procurer l’huile que l’on a négligé d’acquérir tout au long de notre vie. Cette huile désigne quelque chose de personnel, une réalité qui est le fruit d’une certaine manière de vivre en ce monde. On l’a ou on ne l’a pas. Les jeunes filles prévoyantes ont la vertu cardinale de prudence qui leur a fait prévoir de l’huile dans l’attente de la venue de l’époux. A juste titre on peut les qualifier de sages. La vertu de prudence est l’un des aspects de la sagesse. Cette parabole de Jésus peut par certains aspects nous faire penser à la célèbre fable de La Fontaine La cigale et la fourmi, inspirée d’une fable d’Esope. Le dialogue conclusif entre les vierges insouciantes et l’Epoux peut nous aider à imaginer ce que signifie l’huile : Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : “Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !” Il leur répondit : “Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.” En effet ce dialogue nous rappelle un passage du chapitre 7 du même Evangile :

Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons expulsé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?” Alors je leur déclarerai : “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui commettez le mal !”

L’huile qui permet aux jeunes filles prévoyantes d’accueillir Jésus au milieu de la nuit, c’est tout simplement la mise en pratique de la volonté de Dieu, la fidélité à sa Parole et à ses commandements. C’est l’huile qui nous permet d’éviter le mal et de choisir le bien. Avec cette huile de notre vie chrétienne notre lampe brille de la lumière de la foi, de l’espérance et de la charité. L’huile des bonnes œuvres ne peut exister sans un cœur rempli d’amour pour Dieu et pour le prochain. Ce que les vierges sages disent aux vierges folles, “Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter”, peut nous faire penser à l’affirmation du Cantique des cantiques : Un homme donnerait-il toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que mépris.

La parabole de ce dimanche nous invite à déplacer notre attention : au lieu de nous demander pourquoi l’époux tarde-t-il ou encore quand viendra-t-il, c’est nous-mêmes que nous devons considérer. Que faisons-nous du don de notre vie ? Que faisons-nous du temps que Dieu nous donne ? Vivons-nous dans la sagesse, donc dans la prudence ? Il s’agit bien pour chacun d’entre nous de préparer la rencontre avec le Christ. Chaque jour, car il n’est pas absent. De par sa résurrection et le don de l’Esprit, il est présent et agissant en nous, dans nos vies, dans l’Eglise. Se préparer aujourd’hui et en vue du moment ultime, celui de notre mort et celui de la révélation du Christ. Cette préparation ne doit pas être fébrile ou angoissante. Il s’agit de rendre jour après jour notre cœur capable d’accueillir le Christ et par lui le mystère de Dieu. Pour cela nous avons besoin de la sagesse de Dieu qui nous fait voir toutes choses à leur juste valeur. C’est cette sagesse qui nous délivre de la vanité des fausses valeurs. C’est cette sagesse qui chasse de notre cœur la peur pour nous installer dans la confiance, dans la paix du Seigneur. Pas plus que l’amour la sagesse ne s’achète. Elle est l’objet du désir de notre cœur. La meilleure préparation à la rencontre d’aujourd’hui et de demain, c’est de nourrir en nous ce désir de Dieu en l’accompagnant des bonnes œuvres. Celui que nous aurons désiré, nous le verrons. L’histoire des vierges folles est celle d’un rendez-vous manqué. Ce n’est pas tant l’Epoux qui tardait à venir, c’est elles qui sont arrivées en retard !

Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva.

dimanche 5 novembre 2023

31ème dimanche du temps ordinaire / année A

 

05/11/2023

Matthieu 23, 1-12

Au chapitre 23 de son Evangile Matthieu nous rapporte un enseignement de Jésus sur le comportement des responsables religieux de son peuple, en particulier de ceux qui enseignent la Torah, la loi de Moïse. Cet enseignement met en lumière l’hypocrisie de ceux qui enseignent car ils ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils exigent des autres. Enseigner la loi de Dieu ou encore l’Evangile n’est pas un enseignement comparable à celui délivré par les professeurs de nos écoles. Enseigner le catéchisme nous engage personnellement contrairement à l’enseignement des mathématiques ou de l’histoire. Cet enseignement religieux ne délivre pas seulement une connaissance pour l’esprit mais il indique une façon de vivre selon la volonté de Dieu et s’adresse donc au cœur de l’homme pour le transformer. La fraternité de notre devise républicaine est une invention de Jésus qui a voulu une Eglise qui soit une communauté de frères. Dans cette communauté, les responsables et les enseignants, les apôtres et leurs successeurs doivent se considérer comme des frères et des serviteurs, serviteurs du Christ et serviteurs de leurs frères. Leur charge d’enseignement ne doit pas les remplir d’orgueil. Elle exige d’eux au contraire une plus grande humilité et une réponse quotidienne à l’appel universel à la sainteté. Les reproches concrets que le Seigneur adresse aux scribes et aux pharisiens de son temps s’adressent aussi à la hiérarchie sacerdotale de notre Eglise, du pape aux prêtres en passant par les évêques qui, tous, en vertu de leur ordination, ont reçu une mission d’enseignement.

Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. C’est un risque bien réel dans notre Eglise. Le Magistère de l’Eglise doit être très attentif à ne pas « compliquer » la pratique de la religion, à ne pas la rendre finalement inaccessible ou incompréhensible. Jésus est venu pour nous libérer des complications de certains aspects de la loi de Moïse, pour simplifier ainsi la vie religieuse et alléger notre fardeau : Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. En particulier les pasteurs de l’Eglise qui sont consacrés dans le célibat doivent bien se garder de faire porter aux couples et aux familles des fardeaux qu’ils ne voudraient pas remuer eux-mêmes du doigt…

Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges… Les responsables de notre Eglise doivent agir par amour pour Dieu et par amour de leurs frères et se méfier de la tentation qui consiste à parader dans des tenues d’apparat évoquant davantage la cour des rois que la compagnie du Christ. Tentation bien présente dans certains milieux dits traditionnalistes qui attachent une importance démesurée aux vêtements comme tel cardinal portant la cappa magna… oubliant que l’habit ne fait pas le moine, oubliant surtout la simplicité évangélique et la belle sobriété de la liturgie. La vanité humaine peut malheureusement s’insérer au sein même de la célébration des mystères de notre foi…

Ils aiment les places d’honneur dans les dîners, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ; ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. C’est le drame des responsables religieux qui ne travaillent pas pour la gloire de Dieu mais pour obtenir une place privilégiée dans la société et l’honneur qui vient des hommes, là encore nous sommes dans la vanité si opposée à l’esprit de foi des apôtres du Christ. Saint Luc ajoute dans sa version un élément significatif du comportement des scribes et des pharisiens, l’appât du gain et l’amour de l’argent au détriment des frères les plus pauvres : Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés (20, 47).

Nous comprenons à travers cet enseignement du Seigneur tout ce que les responsables de l’Eglise doivent bien se garder de faire, toutes les tentations du pouvoir, de l’honneur, de l’argent qui peuvent s’emparer de leur cœur et en chasser l’Esprit Saint pour en faire un cœur vaniteux, c’est-à-dire vide. Dans une Eglise de frères, c’est tous ensemble que nous sommes responsables du témoignage que nous portons, solidaires les uns des autres, fidèles et pasteurs, fidèles et enseignants, dans notre volonté de fidélité au seul et unique Maître le Seigneur Jésus-Christ. Si les saints pasteurs font de saints fidèles, il n’en est pas moins vrai que la sainteté des fidèles sanctifie aussi les pasteurs. La fraternité de l’Eglise est une fraternité de la sainteté dans laquelle nous nous édifions mutuellement.

mercredi 1 novembre 2023

TOUSSAINT 2023

 

Psaume 33

Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.

En cette solennité de la Toussaint je vous propose une méditation sur la sainteté chrétienne à partir du psaume 33 qui invite les saints du Seigneur à l’adorer : Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.

La sainteté consiste tout d’abord à chercher le Seigneur : Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs, il me délivre. Qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien. Cette recherche de Dieu implique de notre part un désir de vivre dans la communion avec lui, de vivre en sa présence chaque jour de notre vie et jusque dans la vie éternelle. Il s’agit d’une attitude active de notre part impliquant notre volonté et notre amour. Ce désir de Dieu aboutit toujours au désir de la prière et de la contemplation de son mystère révélé en Jésus-Christ. Le saint ne peut pas vivre sans la prière, sans cette relation privilégiée avec Dieu qui lui permet de mettre en pratique le premier commandement rappelé par Jésus dimanche dernier : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Dans le temps offert à la prière le saint fait l’expérience privilégiée de la bonté du Dieu qui est Amour, même quand la prière devient difficile parce que Dieu semble absent et que son silence nous pèse. Dans l’acte de l’offrande de notre temps et de notre personne à Dieu dans la prière nous lui exprimons notre désir d’être avec lui, de nous tenir tout simplement en sa présence. Le Dieu trois fois saint nous permet alors de goûter sa présence, en anticipation de la communion parfaite et éternelle dans le Royaume : Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! Heureux qui trouve en lui son refuge !

La sainteté, c’est aussi apprendre la crainte du Seigneur : Venez, mes fils, écoutez-moi, que je vous enseigne la crainte du Seigneur. Le sens biblique de la crainte n’a rien à voir avec la peur. Il s’agit du respect de Dieu et du désir de vivre conformément à ses commandements en suivant la voie de la sagesse. La crainte en tant qu’attitude de sagesse est la condition du bonheur authentique : Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le bonheur ? La sainteté n’est pas un mépris de notre vie terrestre ni un refus du bonheur. Elle est au contraire un désir de vie et de bonheur en plénitude. Le psalmiste nous indique le chemin concret que prend la sainteté dans la crainte du Seigneur : Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides. Évite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la. L’enseignement du psaume est pour nous une invitation à relire ce que saint Jacques nous dit au chapitre 3 de sa lettre sur la bonne ou la mauvaise utilisation de notre langue et du don merveilleux du langage. Les préceptes qui conduisent à la sainteté sont simples mais difficiles à mettre en œuvre en raison de notre nature pécheresse. Saint Jacques fait le lien avec la langue qui prie et la langue qui peut causer du tort au prochain : Elle nous sert à bénir le Seigneur notre Père, elle nous sert aussi à maudire les hommes, qui sont créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Mes frères, il ne faut pas qu’il en soit ainsi. C’est un exemple de la séparation entre l’amour pour Dieu et l’amour pour notre prochain. Eviter le mal, faire le bien, rechercher la paix, quoi de plus simple en effet ? L’actualité de notre monde avec ses guerres et ses conflits sans fin nous montre cependant à quel point le cœur de l’homme est malade et a besoin de salut et de libération. Ils sont rares les artisans de paix loués par Jésus dans l’Evangile des Béatitudes : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. La sainteté consiste à choisir ce chemin malgré tous les obstacles. Il y faut beaucoup de courage, de persévérance et surtout de confiance et d’abandon à Dieu :

Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il les délivre. Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu… Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

dimanche 22 octobre 2023

"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". 29ème dimanche du temps ordinaire / année A.

 


22/10/2023

Matthieu 22, 15-21

Les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. L’introduction que l’évangéliste donne à l’Evangile de ce dimanche révèle les tensions de plus en plus fortes entre les pharisiens et Jésus. Dans le but de lui tendre un piège ils s’associent aux partisans d’Hérode, collaborateurs des Romains. Ils viennent vers Jésus avec des paroles de flatterie : Tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Ce qu’ils disent de Jésus est vrai mais ils ne le pensent pas. Il s’agit bien ici de leur hypocrisie servant à masquer leur intention mauvaise… comme s’il était aussi simple que cela de tromper Jésus ! La question qu’ils lui posent est purement formelle : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? Ils ne recherchent pas la vérité sur cette question qui divisait les Juifs. La réponse que donnera Jésus ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse, c’est de le faire parler pour ensuite pouvoir se retourner contre lui. Nous en sommes toujours là dans les pseudo-débats télévisés, surtout quand il s’agit de politique. Le vrai débat, le dialogue authentique est un art qui suppose une recherche commune de la vérité. Cet Evangile nous rappelle l’usage travesti que nous pouvons faire du don de la parole et du langage. Les pharisiens utilisent leur question comme une arme destinée à faire tomber Jésus dans le piège d’une réponse embarrassante. Un petit rappel historique s’impose : depuis 63 avant J.C le territoire d’Israël est sous le contrôle de la puissance romaine. C’est le pouvoir qui domine les Juifs même s’il consent à leur laisser des roitelets pour la forme comme Hérode. Evidemment certains Juifs ne voulaient pas payer l’impôt à un occupant et à un païen, l’empereur Tibère qui portait comme Auguste avant lui le titre de César. La première partie de la réponse de Jésus est une dénonciation claire et nette de l’hypocrisie des pharisiens : Connaissant leur perversité, Jésus dit : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Il montre qu’il n’est pas dupe de leur jeu. Et comme souvent Jésus va répondre à leur question en leur posant une autre question : Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? Qui donc émet la monnaie en circulation dans le pays ? César, donc l’empereur de Rome. L’autorité monétaire est celle de Rome ce qui rappelle aux Juifs qu’ils ont perdu leur liberté politique et de gouvernement. La réponse de Jésus est connue de tous, même de ceux qui ignorent les Evangiles, elle est devenue proverbiale : Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Cette sentence distingue clairement l’appartenance religieuse de l’appartenance politique. Jésus leur dit : vous pouvez être religieusement de bons Juifs tout en étant de bons citoyens en payant l’impôt à César. Le fait de payer cet impôt ne concerne pas votre relation avec Dieu car elle est d’un autre ordre, celui de l’Esprit, distinct et tellement différent de l’ordre temporel des souverains de cette terre. Les Césars passent et changent avec leur gloire humaine éphémère mais Dieu demeure toujours le même. Honorez donc Dieu par votre vie de foi, de prière et de charité et obéissez à l’autorité politique. Jésus est tout le contraire d’un révolutionnaire, d’un zélote ayant pour but la libération politique d’Israël. Cela ne l’intéresse pas. Il montre aux pharisiens et à tous les Juifs qui ne supportaient pas la présence et le pouvoir des Romains que la liberté spirituelle est infiniment plus importante que la liberté politique. Il vient libérer les cœurs du mal et du péché, de l’hypocrisie, du mensonge et de la perversité. Reconnaître la perte d’indépendance politique d’Israël n’empêche absolument pas de s’engager dans le chemin de la sainteté qui est celui du peuple de Dieu. Chemin de sainteté par lequel on comprend que l’unique souverain et roi, c’est Dieu seul. Même après Pâques ce message de Jésus n’est toujours pas accueilli dans le cœur de ses apôtres comme en témoigne leur question : Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? Depuis la mort de Salomon, en 931 av.JC, ce royaume unifié auquel ils rêvent encore avait disparu ! C’est en devenant ce qu’ils sont, c’est-à-dire missionnaires, qu’ils comprendront peu à peu que le Royaume de Jésus n’est pas de ce monde. En ce dimanche qui conclut la semaine missionnaire mondiale accueillons avec les apôtres la finale de l’Evangile selon saint Matthieu :

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.