dimanche 26 mars 2023

Cinquième dimanche de Carême / année A

 

26/03/2021

Jean 11, 1-45

Entre le récit du retour à la vie de Lazare et de la guérison de l’aveugle-né, entendu dimanche dernier, il existe trois points communs, et le chapitre 11 de l’Evangile selon saint Jean est de ce point de vue comme un écho du chapitre 9.

Dans les deux récits il s’agit d’hommes accablés par un mal physique. Et dans les deux cas Jésus donne une interprétation théologique de ce mal :

C’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. (ch.9)

Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. (ch.11)

Dans les deux récits Jésus utilise la métaphore de la lumière :

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. (ch.9)

Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. (ch.11)

Enfin les deux signes opérés par Jésus ont pour but de conduire à la foi :

Crois-tu au Fils de l’homme ? (ch.9)

Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? (ch.11)

Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. (ch.11)

D’un point de vue humain l’évangéliste souligne l’amour que Jésus avait pour Lazare, un amour sensible qui le fait pleurer en se rendant au tombeau de son ami. Averti par les sœurs de Lazare de la maladie de celui qu’il aimait, Jésus choisit pourtant de ne pas se rendre à Béthanie immédiatement. Comme s’il attendait le moment de la mort afin de manifester la gloire de Dieu d’une manière encore plus forte. Une chose est de guérir un malade, une autre est de ramener à la vie un mort. Le signe dont bénéfice Lazare est donné afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. Ce signe glorifie le Fils de Dieu et le présente à ses contemporains comme l’envoyé du Père. Il s’agit pour eux de croire ou de refuser de croire qu’il est réellement l’envoyé du Père. L’alternative est simple : soit Jésus est un imposteur soit le Messie. Quelques versets après la fin de notre Evangile, Jean nous fait entendre la voix de Caïphe : Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. En ramenant Lazare à la vie Jésus témoigne de la gloire d’un Dieu qui est la source de toute vie, animale, humaine et spirituelle, et ce faisant il se condamne lui-même à mort. Au cœur de ce récit nous entendons ce que Jésus dit de lui-même et nous sommes invités à le recevoir dans la foi : Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Jésus est l’image du Père qui donne la vie en surabondance. Dans l’attente de la vie éternelle et de la résurrection, il nous invite à coopérer avec lui pour que la vie triomphe sur notre terre et dans nos sociétés. Nous n’avons pas le pouvoir de ramener les morts à la vie, mais de par notre union au Christ nous avons la capacité d’œuvrer en faveur de la vie issue du créateur et répandue dans sa création. Cet engagement du chrétien se déploie dans de nombreux domaines allant du respect de la dignité de tout homme jusqu’à l’écologie en passant par la promotion de la paix entre les peuples, de la justice sociale et de l’accès de tous aux biens de la terre que sont l’eau et la nourriture…

dimanche 19 mars 2023

Quatrième dimanche de Carême / année A

 

19/03/2023

Jean 9, 1-41

Le récit que Jean nous fait de la guérison de l’aveugle de naissance a clairement une portée spirituelle. La métaphore de la lumière est présente du début à la fin de ce récit. Au début Jésus affirme à ses disciples : Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. A la fin il déclare à l’homme qu’il vient de guérir : Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. Le signe opéré par Jésus nous parle donc de l’aveuglement spirituel ou de l’endurcissement du cœur. Le Seigneur écarte dès le départ la théorie traditionnelle qui liait une maladie ou un handicap au péché. Contrairement à ce qu’affirment les pharisiens dans la suite du récit, ce n’est pas parce que cet homme a péché qu’il est aveugle. D’ailleurs comment pourrait-on appliquer cette théorie à un aveugle de naissance ? Et ce n’est pas davantage en raison d’un péché que ses parents auraient commis qu’il est né privé de la vue. Jésus établit une nette distinction entre le mal physique (une maladie, un handicap) et le mal moral qu’est le péché. On ne choisit pas d’être malade, mais on peut choisir entre le bien et le mal. Le péché dont il est question dans cette page évangélique n’est donc pas celui de l’aveugle de naissance ou de ses parents. Il s’agit du péché de ceux qui prétendent voir et qui sont en fait des aveugles spirituellement parlant. C’est le cas de la plupart des pharisiens qui persécutent l’homme guéri par Jésus. Cet homme, dans sa simplicité, s’étonne en effet de leur ignorance volontaire et il ose leur rappeler une évidence théologique : Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. L’aveuglement spirituel consiste à refuser de croire malgré les signes donnés par Dieu : Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. Si le regard de Jésus est un regard de compassion et d’amour, le regard des pharisiens est celui du mépris et de la dureté de cœur, et c’est en cela qu’ils sont aveugles tout en prétendant voir davantage que les autres en raison de leur connaissance de la Loi de Moïse : Ils se mirent à l’injurier… Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? Et ils le jetèrent dehors. Le bienfait accordé par Jésus à cet homme devient pour lui un cauchemar… ses voisins, ses parents prennent leur distance avec lui tandis que les pharisiens s’acharnent sur lui. Découvrir la vérité, accueillir la lumière du Christ peut en effet nous attirer bien des ennuis. De fait l’homme qui mendiait à la sortie du Temple est maintenant excommunié par sa communauté religieuse. En parallèle avec l’endurcissement et l’aveuglement des pharisiens, Jean nous montre le beau chemin de foi de cet homme qui, de la reconnaissance de Jésus comme prophète, parvient à la foi au Fils de l’homme. Rejeté par les hommes, il est pleinement accueilli par le Christ. La parole du Seigneur nous met en garde contre l’orgueil spirituel qui peut être le nôtre en tant que croyants. Le pharisaïsme est un état d’esprit qui nous concerne nous aussi si en raison de notre foi et de notre connaissance de Dieu nous nous jugeons parvenus à la perfection tout en méprisant ceux qui ne partagent pas notre foi. Le pire étant que nous confondons parfois nos manières de voir humaines et nos partis pris avec la foi. Posons-nous simplement la question suivante : ma foi en Jésus me donne-t-elle un regard de compassion et d’amour pour mon prochain ? M’ouvre-t-elle à ceux qui sont différents et qui n’ont pas la même expérience humaine et spirituelle que moi ? Suis-je de ceux qui excluent et méprisent ou bien de ceux qui accueillent et rendent grâce pour le bien et la bonté manifestés dans les autres ? Ma foi est-elle source de bienveillance, de compréhension ou bien de jugement ?

Au chapitre 3 de l’Apocalypse nous trouvons une application du message de cet Evangile aux chrétiens :

Tu dis : « Je suis riche, je me suis enrichi, je ne manque de rien », et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! Alors, je te le conseille : achète chez moi […] un remède pour l’appliquer sur tes yeux afin que tu voies.

dimanche 5 mars 2023

Deuxième dimanche de Carême / année A

 

5/03/2023

Matthieu 17, 1-9

En ce dimanche le chemin du Carême nous fait passer avec Jésus du désert des tentations à la montagne de la transfiguration. Dans le désert Jésus était seul. Sur la montagne il prend avec lui trois de ses disciples. Au commencement de son ministère il affronte seul l’épreuve de la tentation. Au milieu de son chemin vers Jérusalem il fait partager à ses disciples un instant d’éternité et de joie divine. L’événement de la transfiguration s’éclaire encore davantage si nous le mettons en rapport avec le séjour du peuple hébreu dans le désert. Ce désert nous rappelle celui des tentations de Jésus alors que la montagne nous rappelle le don de la Loi fait à Moïse. Mais dans l’Ancien Testament c’est le peuple tout entier qui chemine et souffre dans le désert, qui éprouve la tentation de se détourner de Dieu, alors que Jésus vit seul le désert des tentations. Sur la montagne Moïse est accompagné seulement d’Aaron alors que sur la montagne de la transfiguration Pierre, Jacques et Jean sont conviés par Jésus. Pierre, saisi par cet instant d’éternité, cet instant où la vision de Jésus transfiguré transporte son cœur dans la bonté et la beauté de Dieu, désire que cet instant dure et veut dresser trois tentes afin de prolonger la grâce de cette communion exceptionnelle. Car sur la montagne la chair de l’homme de Jésus laisse transparaître la divinité du Verbe de Dieu.

Ce moment de grâce se transforme soudain en raison de la théophanie manifestée par la nuée lumineuse, signe de la présence divine, celle de l’Esprit Saint, et par la voix du Père qui retentit. La réaction des disciples est significative :

Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.

La crainte a succédé au sentiment de plénitude joyeuse qui était celui des disciples contemplant Jésus transfiguré. Dieu en Jésus se rend accessible à notre humanité. C’est la grâce du mystère de l’incarnation. Mais lorsque l’homme est confronté directement à la manifestation de Dieu il ressent crainte et effroi. C’est la raison pour laquelle lors des théophanies sur le mont Sinaï il est demandé au peuple de se tenir à distance. Un passage de la lettre aux Hébreux éclaire bien la différence entre les théophanies de l’Ancienne Alliance et la douce manifestation de Dieu en son Fils Jésus :

Vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan, pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre… Le spectacle était si effrayant que Moïse dit : Je suis effrayé et tremblant. Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste… Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle, et vers le sang de l’aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d’Abel.

Seul Jésus est capable de réconforter ses disciples saisis de crainte : Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! » Cette expérience unique sur la montagne enseigne aux disciples que Jésus est véritablement le chemin qui conduit vers le Père. C’est lui qu’ils doivent écouter pour connaître Dieu. La conclusion de cet épisode est en effet riche d’enseignements pour nous : Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.

Avec Jésus nous sommes en sécurité, avec lui la crainte de Dieu disparaît pour laisser la place à l’amour. Ne recherchons pas des révélations extraordinaires ou des visions, ne nous mettons pas à la suite de gourous, écoutons simplement Jésus dans son Evangile et recevons la grâce de la communion avec lui, grâce qui nous est offerte à chaque moment de notre existence. Chaque fois que nous communions au corps et au sang du Seigneur ressuscité nous vivons quelque chose de l’expérience faite par les disciples sur la montagne de la transfiguration, nous vivons un instant d’éternité dans la joie et la paix du Seigneur se donnant à nous pour nous conduire au Père.

dimanche 26 février 2023

Premier dimanche de Carême / année A

 

26/02/2023

Genèse 3, 1-7

Au commencement du Carême les lectures bibliques nous font faire un parcours qui part de la première tentation aux tentations de Jésus, du jardin d’Eden au désert. Le récit imagé du péché des origines au chapitre 3 de la Genèse mérite que l’on s’y arrête avec attention. C’est un récit type dans le sens où il nous présente les caractéristiques de toute tentation ainsi que la tactique adopté par le tentateur représenté ici par le serpent qui, dans le texte de la Genèse, n’est pas Satan mais simplement le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait faits, littéralement nu plus que tout vivant du champ. C’est donc ici un animal qui joue le rôle du tentateur, un animal doué de langage et qui s’adresse à la femme en ces termes : Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? Le serpent n’affirme rien, il se contente à travers une question d’insinuer le doute, de troubler la femme. Il utilise pour cela le mensonge. La femme garde cependant la clarté de son esprit et elle rectifie le mensonge en rétablissant la vérité : Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.” » Sa réponse au serpent n’est pourtant pas totalement exacte. Voici ce que Dieu avait réellement dit à l’homme : Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu mourras. La femme semble opérer une confusion entre l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le serpent quant à lui ne se décourage pas pour autant et il revient à l’attaque avec une nouvelle argumentation : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. Dans un premier temps, lui qui est menteur, accuse Dieu de mentir ! Et pour convaincre la femme il lui montre une image de Dieu jaloux de ses prérogatives et qui veut maintenir l’homme et la femme dans l’ignorance. Bien plus, alors que Dieu fait entrevoir la mort en cas de désobéissance, le serpent fait miroiter la promesse de la divinisation : vous serez comme des dieux ! Dans l’état d’innocence qui est celui de l’homme et de la femme le bien et le mal n’ont aucune signification. S’ils mangent de ce fruit défendu, ils découvriront en effet l’existence du bien et du mal. L’orgueil, car ce péché est bien le péché capital d’orgueil, consistera pour eux à déterminer par eux-mêmes, sans se référer à Dieu, ce qui est bien et ce qui est mal. C’est à ce moment précis que la femme cède à la tentation non seulement à cause du serpent mais en raison de l’apparence du fruit défendu : La femme s’aperçut que le fruit de l’arbre devait être savoureux, qu’il était agréable à regarder et qu’il était désirable, cet arbre, puisqu’il donnait l’intelligence. Savoureux, agréable, désirable : c’est ainsi que le péché se présente à nos yeux. Lorsque nous cédons à la tentation, c’est bien parce que le mal du péché se présente toujours à nous sous l’apparence d’un bien. Nous ne recherchons pas le mal pour le mal. Nous oublions ainsi la vérité de ce que Marc Aurèle affirme dans l’une de ses pensées : Celui qui pèche, pèche contre lui-même ; celui qui est injuste, se fait tort à lui-même en se rendant lui-même méchant (IX. 4). Notre faiblesse humaine face à la tentation provient en même temps de notre manque de foi en Dieu, d’une fausse image que nous pouvons nous faire de lui, et du pouvoir de nos sens. Pensons à savoureux évoquant le sens du goût, agréable à regarder évoquant le sens de la vue. Le péché de la femme s’explique autant par ses sens mis en éveil que par son esprit voulant s’égaler à Dieu par le moyen de l’intelligence. Dans sa première lettre saint Jean traduit bien l’expérience de ce péché des origines et de ceux qui s’en sont ensuivis : Tout ce qu’il y a dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’arrogance de la richesse –, tout cela ne vient pas du Père, mais du monde.

Elle prit de son fruit, et en mangea. Elle en donna aussi à son mari, et il en mangea. Alors leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils se rendirent compte qu’ils étaient nus. Ainsi se conclut le récit de la première tentation qui fera sortir l’homme et la femme du jardin des délices et de l’innocence. Notons la passivité de l’homme qui ne pose aucune question à sa femme alors que c’est lui qui a entendu l’interdiction divine de manger de ce fruit. Enfin au lieu de devenir des dieux omniscients selon la parole du serpent, ils deviennent semblables à cet animal, c’est-à-dire nus, ayant perdu l’innocence au profit de la ruse. Dans le désert des tentations Jésus est victorieux en opposant à la parole du tentateur (qui est capable d’aller jusqu’à citer un verset biblique pour atteindre ses fins) la parole de Dieu. Enfin Paul nous montre la disproportion infinie existant entre notre péché et l’amour miséricordieux de Dieu manifesté dans son Fils Jésus :

Il n'en va pas du don gratuit comme de la faute… Le don de Dieu et les conséquences du péché d’un seul n’ont pas la même mesure non plus.

 

 

dimanche 29 janvier 2023

Quatrième dimanche du temps ordinaire / année A

 

29/01/2023

Matthieu 5, 1-12

Dans l’Evangile selon saint Matthieu les Béatitudes sont le deuxième enseignement de Jésus au commencement de son ministère. Le premier était délivré sous la forme d’un message, d’un appel au changement de vie : Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. Dans les Béatitudes le Seigneur déclare « heureux » ceux qui se sont convertis. Pour eux le royaume des Cieux n’est pas seulement tout proche, il est présent, déjà donné comme une réalité : Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Dans la version araméenne des Béatitudes Jésus commence son enseignement par ces mots : Ils ont le Bien, les pauvres dans le souffle de l’Esprit, car ils ont le Royaume du Ciel. Or le Bien dans la Bible, c’est Dieu. Le bonheur s’identifie donc à l’amitié avec Dieu.

La première béatitude reçue avec les autres lectures de ce dimanche nous donne la clé d’entrée dans le royaume des Cieux : Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Il s’agit bien de la pauvreté spirituelle, la pauvreté de celui qui se laisse guider, purifier et dépouiller par l’Esprit de Dieu. La troisième béatitude nous aide tout particulièrement à mieux comprendre la première : Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Jésus n’invente rien. Il ne fait que citer le psaume 36 : Les doux posséderont la terre et jouiront d’une abondante paix. Une autre traduction propose : Heureux ceux qui sont humbles. Douceur, humilité, pauvreté de cœur sont en effet des réalités très proches. L’humilité est au cœur de l’exhortation du prophète Sophonie dans la première lecture : Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité. Et saint Paul ose écrire aux Corinthiens : Ce qui n’est rien, voilà ce que Dieu a choisi pour détruire ce qui est quelque chose. Jésus nous livre donc au cœur des Béatitudes le secret du royaume des Cieux : c’est bien la pauvreté de cœur ou l’humilité. Cette attitude intérieure attire Dieu, elle dispose pleinement à l’accueil de sa présence et de sa grâce. Elle est l’antidote au péché des origines, péché d’orgueil, et à tous nos péchés. L’humilité est reconnaissance de notre condition de créatures et donc de notre dépendance vis-à-vis du Père. Elle nous fait comprendre où se trouve notre véritable bonheur : en Dieu et dans son amitié. Pauvreté de cœur, douceur et humilité dessinent un style de vie, la manière chrétienne de vivre dans ce monde sans être du monde. Ces qualités du cœur transforment concrètement toute notre vie. Par exemple celui qui est humble sera forcément pacifique : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Les conflits entre nous et les guerres sont très souvent des conflits d’égos (je veux avoir raison, je veux être le plus fort), s’appuyant dans le cas des guerres sur l’orgueil des nationalismes. Ces conflits sont aussi la conséquence de notre cupidité, de notre désir de nous approprier par la force les richesses d’autrui. Le cœur doux et humble sait que les richesses sont trompeuses, qu’elles constituent une illusion mortelle qui nous détourne de la justice de Dieu. Comme l’affirme le psaume 48, l'homme comblé qui n'est pas clairvoyant ressemble au bétail qu'on abat. Celui qui est pauvre de cœur et humble est toujours bienveillant et disposé au pardon et à la réconciliation, en cela aussi il est artisan de paix : Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Dans sa lettre aux Colossiens l’apôtre Paul ressaisit l’enseignement de Jésus dans les Béatitudes. Son exhortation est toujours actuelle pour chacun d’entre nous et pour le style de vie chrétien dans l’Eglise et dans le monde : Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience.

dimanche 22 janvier 2023

Troisième dimanche du temps ordinaire / année A

 

22/01/2023

Matthieu 4, 12-23

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée. Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Après la retraite de Jésus au désert et l’épreuve des tentations, il apprend l’arrestation de Jean. Cette nouvelle provoque en lui la décision de s’installer à Capharnaüm au nord de la Galilée. De manière étrange le commencement de la mission de Jésus nous est présenté par Matthieu comme une mise à l’écart, un retrait : il se retira. Ce retrait en Galilée met Jésus aux frontières du monde païen, à proximité de ceux qui ne sont pas Juifs. Le Seigneur ne commence pas sa mission en Judée, le cœur historique de la foi d’Israël, le lieu du culte divin avec le temple de Jérusalem. Son premier message reprend celui de tous les prophètes : Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. Convertissez-vous ou repentez-vous. Jésus appelle donc ses contemporains à un changement de vie. Il s’agit de s’alléger du fardeau de ses propres péchés, du joug du mal, pour entrer dans la joie d’une vie nouvelle, d’un nouveau départ. C’est cela que permet le repentir. Le message de Jésus est capable de susciter pour ceux qui le prennent au sérieux une grande espérance et une joie que Dieu seul peut donner. Dieu en Jésus se fait tout proche. Proche des Juifs comme des païens. La deuxième lecture nous montre à quel point il nous est difficile de nous débarrasser de l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau. Les Corinthiens ont beau être chrétiens, ils raisonnent selon l’esprit du monde. Ils oublient l’essentiel, leur appartenance au Christ par la foi et le baptême, pour mettre leur orgueil dans des hommes. Au cœur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous ressentons avec douleur le poids de toutes ces divisions non seulement entre chrétiens de différentes confessions mais au sein même de l’Eglise catholique, au sein même de nos communautés paroissiales. L’esprit du diviseur est à l’œuvre chaque fois que nous raisonnons de manière trop humaine, chaque fois que nous oublions l’appel à changer de vie et à devenir meilleurs, chaque fois que nous oublions de mettre le Christ au centre pour finalement nous rendre esclaves de tel ou tel parti (ou sensibilité comme on dit aujourd’hui) à l’intérieur de l’Eglise, forcément meilleur que les autres. Toutes ces divisions sont la conséquence de notre manque de communion profonde avec le Christ. Elles nous empêchent d’entendre l’appel du Christ qui résonne encore aujourd’hui : Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes.

Venez à ma suite, non pas à la suite de Paul, d’Apollos, de Pierre ou de leurs équivalents contemporains. Pas de place pour les gourous dans l’Eglise, autrement elle devient un phénomène sectaire. Les saints et les saintes ne sont pas des gourous mais des frères et sœurs qui nous indiquent le Christ comme unique chemin et qui incarnent une partie de la beauté de l’Evangile. Chaque chrétien à sa manière et selon sa vocation propre est pêcheur d’homme. Mais cette pêche évangélique ne donne pas la mort, elle donne la vie du Christ et sa lumière. Cette pêche évangélique rassemble dans le filet de l’Eglise les hommes divisés et dispersés pour en faire le peuple de Dieu. Le premier appelé, Pierre, le roc solide, a un ministère d’unité et de communion pour tous les disciples du Christ et pour tous les hommes. Ce ministère pétrinien s’incarne dans des hommes, faibles et pécheurs comme Pierre, élus par leurs frères cardinaux. Il est précieux car il nous préserve de la dispersion des opinions humaines et d’une foi orgueilleuse et élitiste, une foi partisane. Se convertir, c’est aussi se laisser guider et enseigner par celui qui a reçu cette lourde charge de préserver et favoriser la communion catholique.

dimanche 15 janvier 2023

Deuxième dimanche du temps ordinaire / année A

 

15/01/2023

Jean 1, 29-34

Le temps de Noël s’est achevé lundi 9 avec la fête du baptême du Seigneur. Et voilà qu’au commencement du temps ordinaire nous retrouvons le baptême de Jésus par Jean. Nous sommes dans ce temps de la liturgie entre Noël et le commencement du carême qui aura lieu cette année le 22 février, dans cette première partie du temps ordinaire. La liturgie veut nous faire revivre le temps de la manifestation et de la prédication de Jésus, le temps si bref de son ministère public. En ce dimanche c’est Jean qui nous présente Jésus au commencement de son ministère. C’est en baptisant Jésus que Jean a reçu la révélation de qui il était. Avant il ne le connaissait pas. Jean reçoit cette révélation de l’Esprit Saint. On pourrait affirmer que c’est en baptisant Jésus de Nazareth que Jean devient croyant car, comme il le dit, il a vu. Le témoignage de Jean sur Jésus tient en deux affirmations :

Il le présente en effet comme l’Agneau de Dieu et le Fils de Dieu.

La personne de Jésus ne peut donc pas se comprendre sans une référence forte et unique à Dieu. Il appartient à Dieu et il renvoie à Lui.

Il est d’abord l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Pour les Juifs cette expression renvoyait bien sûr à l’agneau pascal, à la multitude des agneaux qui étaient sacrifiés chaque année par le peuple en mémoire de la Pâque. Dès le commencement Jean nous fait comprendre la fin des sacrifices de l’Ancienne Alliance. Non plus une multitude d’agneaux mais un agneau unique qui est un homme. L’agneau symbolise l’innocence et la douceur. Dans le contexte de la Pâque juive il est associé au sacrifice donc à la mise à mort. L’innocent et le doux est condamné à la violence du sacrifice. Plus tard Jésus se présentera lui-même comme doux et humble de cœur, reprenant le symbolisme de l’agneau. Jean annonce donc dès le commencement la mort violente de Jésus, innocent sacrifié. Et il nous donne le sens de cette mort : enlever le péché du monde. Nous ne sommes plus dans les limites du peuple Juif. La mort de Jésus aura une signification universelle en vue du pardon des péchés non pas seulement pour le peuple mais pour tous les peuples et pour le monde entier. Le singulier utilisé par Jean, le péché du monde, nous renvoie à la racine du mal. Tous les péchés que nous pouvons commettre s’enracinent dans notre nature humaine marquée par le péché des origines. Finalement il n’existe qu’un péché, celui de l’orgueil de la créature qui décide de vivre sa vie de manière totalement indépendante, coupée de sa source qui est Dieu. Le grand remède à ce péché du monde est bien l’humilité qui opère le mouvement inverse. C’est la raison pour laquelle Dieu lui-même choisit le chemin de l’abaissement de son Fils pour nous réconcilier avec lui.

Jésus est Agneau de Dieu et Fils de Dieu. Cette filiation en Dieu, mystère de la sainte Trinité, indique le lien qui unit d’une manière unique l’homme Jésus à celui que nous nommons Dieu et qu’il appelle son Père. L’esprit qui anime le Fils est ainsi diamétralement opposé à l’esprit de ceux qui sont soumis au péché du monde. Un esprit qui reconnait dans la joie et l’action de grâce sa dépendance vis-à-vis du Père, l’esprit des Béatitudes : Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Béatitude que l’on pourrait traduire de la manière suivante :

Heureux ceux qui reconnaissent que leur souffle vient de Dieu, heureux ceux qui reconnaissent qu’ils ne sont pas la source de leur vie.