dimanche 3 janvier 2016

EPIPHANIE


Matthieu 2, 1-12

3/01/16

En nous rapportant la visite des mages d’Orient en Judée, saint Matthieu met en parallèle deux figures opposées : d’un côté l’enfant Jésus à Bethléem, de l’autre Hérode le grand à Jérusalem. Les mages, des étrangers à la foi d’Israël, s’adressent à l’autorité légitime pour connaître le lieu de la naissance du roi des Juifs. C’est parce qu’ils sont astronomes, peut-être astrologues, qu’ils ont perçu un signe dans le ciel leur annonçant la naissance d’un personnage important. Mais ce signe demeure imprécis et vague. Ils ont donc besoin de la science religieuse d’Israël pour aboutir au but de leur voyage. En posant leur question au roi Hérode, ils ne se rendent pas compte de ce qu’elle va provoquer dans le cœur de cet homme : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Or le roi des Juifs, c’est précisément Hérode du point de vue politique. Le récit de saint Matthieu nous amène à comprendre que le vrai roi des Juifs c’est plutôt l’enfant qui vient de naître à Bethléem. Hérode est bouleversé en entendant la question des mages car elle remet en cause son pouvoir personnel. Et il ne se trompe pas sur le sens profond de la question posée par ces étrangers. Eux disent «le roi des Juifs », lui traduit « le Christ », c’est-à-dire le Messie, objet de la longue attente du peuple d’Israël. Quant aux savants religieux, ils ne mettent pas bien longtemps à trouver la réponse : c’est à Bethléem que doit naître le Messie.


Si saint Matthieu nous présente en contraste l’enfant et le roi, il nous montre aussi la grande différence qui existe entre ce même roi, Hérode, et les mages. Le vrai roi n’est pas celui que l’on pense : il est caché, humblement couché dans une maison de Bethléem. De la même manière le vrai Juif, c’est-à-dire le vrai croyant, n’est pas celui que l’on pense. Hérode, membre du peuple d’Israël, ne réagit pas en croyant en apprenant la venue au monde du Messie. Il ne pense qu’à protéger son pouvoir personnel et son ambition. Au lieu de se déplacer avec les mages à Bethléem, il leur ment. Les vrais Juifs, les vrais croyants, ce sont en effet ces étrangers venus d’Orient. Ils n’ont pas eu la révélation du Dieu d’Israël et pourtant ce sont eux qui ont la bonne attitude, celle de l’adoration et de l’offrande en présence de l’enfant Jésus. Lorsque Jésus, des années plus tard, sillonnera les routes de Galilée pour annoncer le Règne de Dieu, il louera à bien des reprises la foi des étrangers, la foi des païens. Rempli d’admiration par la foi du centurion romain il s’écrira : Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux, mais les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. C’est la raison pour laquelle saint Paul insiste tant sur la foi qui nous sauve. Ce que l’apôtre écrit dans sa lettre aux Romains pourrait être un commentaire de l’Epiphanie du Seigneur et de son sens profond pour nous aujourd’hui : Celui qui n’est pas circoncis dans son corps mais qui accomplit la Loi te jugera, toi qui transgresses la Loi tout en ayant la lettre de la Loi et la circoncision. Ce n’est pas ce qui est visible qui fait le Juif, ce n’est pas la marque visible dans la chair qui fait la circoncision ; mais c’est ce qui est caché qui fait le Juif : sa circoncision est celle du cœur, selon l’Esprit et non selon la lettre, et sa louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu. La foi des mages et leur geste d’adoration nous rappelle qu’en tant que chrétiens nous ne sommes pas les propriétaires de la foi, et encore moins du Christ. Et que le baptême ne suffit pas pour faire de nous de véritables disciples de Jésus. Celui qui refuse d’adorer connaît la tristesse, bien que Juif ou chrétien, alors que les mages païens qui viennent se prosterner devant l’enfant éprouvent une très grande joie. Parmi les fruits de l’Esprit Saint, signes d’une foi vivante et active, saint Paul cite la joie spirituelle. C’est pour nous un test de la vérité de notre attitude de croyants.

dimanche 27 décembre 2015

LA SAINTE FAMILLE / ANNÉE C



Luc 2, 41-52

27/12/15

La sainte famille de Jésus, Marie et Joseph est une réalité à la fois humaine et divine. Joseph et Marie s’aimaient et avaient le projet de se marier. Mais à un moment donné de leur histoire, Dieu s’adresse à eux pour leur donner une vocation particulière : celle d’être les parents de son Fils. Dieu n’a pas obligé Joseph et Marie à accepter cette responsabilité, Il a fait appel à leur liberté par l’intermédiaire des anges. De même que Jésus, conçu par la puissance de l’Esprit dans le sein de la Vierge, est vraiment homme et vraiment Dieu, sa famille est une réalité humaine et divine. Aucune famille humaine n’a été aussi divine que celle de Jésus. Dans cette famille on respirait en quelque sorte la présence de Dieu et la sainteté de Marie et de Joseph manifestait jour après jour les fruits de l’Esprit : amour, joie et paix. Cette communion unique avec Dieu n’était pas en contradiction avec le caractère véritablement humain de la sainte famille. Les saints sont des hommes et demeurent des créatures, donc des êtres limités. L’épisode du jeune Jésus au temple nous montre comment Marie et Joseph ont pu être blessés par la manifestation d’autonomie de leur enfant. Il y a eu entre eux et lui incompréhension, et cette incompréhension a causé de la souffrance dans le cœur des parents. Saint Luc insiste sur le fait qu’après avoir perdu de vue leur fils ses parents l’ont cherché, remplis d’inquiétude pour lui. Le jeune homme avait décidé de prolonger son séjour à Jérusalem, manifestant ainsi un choix libre, un choix d’homme adulte alors qu’il n’avait que douze ans. Le jeune Jésus s’était séparé de ses parents non pas pour aller jouer avec des gamins de son âge mais pour fréquenter les docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions. A douze ans cet enfant montrait une ouverture très grande à ce que nous nommons la théologie : le discours sur Dieu, la réflexion de la raison humaine sur les réalités divines. C’est lui qui pose des questions aux savants de son temps mais bizarrement saint Luc nous parle non pas des réponses des docteurs de la Loi mais des réponses de Jésus : tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. Les témoins pressentaient que cet enfant n’était pas tout à fait comme les autres. Il était un génie de la théologie. Nous qui savons son origine divine par le récit de l’Annonciation, nous ne sommes pas étonnés par son intelligence des choses de Dieu. Marie, elle aussi, savait que son fils venait de Dieu et pourtant elle ne comprend pas. Face à l’étonnement de ses parents et au reproche à peine voilé qui lui est adressé, cet enfant de douze ans rappelle à ses parents qui il est vraiment : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? S’il est resté seul dans le temple, c’était en vue d’une révélation. Le temple étant la maison de Dieu, il montrait par-là qu’il avait avec le Père une relation unique, celle du Fils. C’est au bout de trois jours de recherche de la part de ses parents qu’il fait cette révélation, comme, à l’autre bout de l’Evangile, sa résurrection, trois jours après sa mort en croix, manifestera sa divinité et la vérité de son message. Si cet enfant est vraiment Dieu, il n’en demeure pas moins vraiment homme. C’est la raison pour laquelle il accepte de repartir avec ses parents à Nazareth pour de longues années de vie normale, humble et cachée. Après cette première manifestation dans le temple, il faudra attendre le baptême par Jean dans le Jourdain pour une nouvelle révélation de son identité divine. Entre temps il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. A cette croissance humaine du jeune Jésus dans toutes les dimensions de son être correspond une croissance de sa mère Marie dans la compréhension de son fils car elle gardait dans son cœur tous ces événements.

jeudi 24 décembre 2015

NOEL 2015


Noël 2015

Dans la nuit de Noël les fidèles reçoivent l’annonce faite autrefois aux bergers : Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Pour la messe du jour, l’Eglise nous propose le magnifique prologue de saint Jean. L’évangéliste a voulu commencer son Evangile par ces paroles significatives : Au commencement était le Verbe… Il pensait bien sûr au commencement du livre de la Genèse, aux premiers mots de la Bible : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Saint Jean situe donc le mystère de Noël, l’incarnation du Verbe de Dieu, dans l’ensemble de l’histoire du salut. Celui qui a habité parmi nous en naissant du sein de la Vierge Marie, c’est celui par qui le Père a tout créé. Saint Paul se fait l’écho du prologue de saint Jean dans sa lettre aux Colossiens : Jésus est l’image du Dieu invisible, le premier-né, avant toute créature : en lui, tout fut créé, dans le ciel et sur la terre. C’est donc dans le Fils que nous avons été voulus et créés, à l’image de Dieu et selon sa ressemblance. Célébrer la naissance de Jésus à Noël nous demande donc de croire en Dieu créateur. La référence de Jean au récit de la création nous montre le lien intime entre notre foi en Dieu créateur et notre foi en sa venue parmi nous lorsque le Verbe se fait chair. Notre existence, notre vie viennent de la volonté du Père manifestée en son Fils unique : En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Jean veut nous faire comprendre que le secret de notre vie réside en Dieu, plus précisément dans le Verbe créateur. Comme l’indique la deuxième lecture, ce qui se passe à Noël est le sommet de la révélation divine, de la manifestation du mystère de Dieu dans l’histoire humaine. Après l’entrée du mal dans le cœur de l’homme et donc dans la création, Dieu notre Père ne nous a pas abandonnés. Dans son prologue Jean nous montre la présence du Verbe dans notre monde avant la grande manifestation de son amour et de sa proximité dans le nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire : Il était dans le monde, il est venu chez les siens pour faire briller la lumière de la vie divine au sein de la création tout entière. L’Ancien Testament a affirmé cette présence aimante de Dieu à sa création en utilisant la figure de la Sagesse, cette Sagesse qui annonce le Verbe de Dieu. Nous lisons dans le livre des Proverbes une belle évocation de cette présence du Fils parmi nous, lui, la Sagesse du Père, bien avant qu’il n’habite parmi nous en naissant de la Vierge Marie :

Lorsque Dieu traçait l'horizon à la surface de l'abîme, chargeait de puissance les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l'abîme, lorsqu'il imposait à la mer ses limites, pour que les eaux n'en franchissent pas les rivages, lorsqu'il établissait les fondements de la terre, j'étais à ses côtés comme un maître d'œuvre. J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes.

En méditant l’évangile de cette solennité, nous comprenons que Noël est un commencement, un commencement à mettre en rapport avec celui de la création. La naissance du bébé dans une mangeoire est le signe que Dieu commence avec nous, en nous et pour nous une nouvelle création. Et c’est dans le sacrement du baptême que nous renaissons à cette vie nouvelle apportée par l’enfant de Bethléem. C’est par le baptême et par la foi que nous naissons de Dieu. Ici encore saint Paul nous aide à comprendre le dessein de Dieu dans toute son ampleur. Ecoutons son enseignement dans sa lettre aux Ephésiens :

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ.

Dieu notre Père nous a choisis dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints dans l’amour. Voilà le but et la raison du mystère de Noël ! Dans la nuit de Noël, à la plénitude des temps, se manifeste le dessein éternel de Dieu pour ses créatures. Le Verbe s’est fait chair pour que nous soyons saints dans l’amour. La création nouvelle qui commence à Noël, c’est la vie de Dieu en nous, c’est la sainteté de l’homme créé à l’image de Dieu. L’enfant couché dans la mangeoire nous indique comment nous pouvons renaître et vivre de la liberté des enfants de Dieu : en aimant. L’amour est l’arme que Dieu nous donne pour vaincre en nous et en ce monde les ténèbres du mal. Si les hommes acceptent l’Evangile du Christ, si les hommes vivent en conformité avec cet Evangile, alors, oui, toute la création sera sauvée et renouvelée. C’est par notre oui actif à l’amour divin manifesté à Noël, que nous pourrons non seulement nous libérer nous-mêmes de la tristesse du péché mais apporter à toutes les autres créatures et à la création elle-même la joie du salut. Saint Paul nous fait entrevoir le grand mystère de notre responsabilité de fils de Dieu pour que ce monde soit dès maintenant le signe du Royaume de Dieu, royaume d’amour, de justice et de paix :

La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.

En regardant la marche de notre monde et de notre humanité, nous pouvons être tentés par le pessimisme et le découragement et même penser que Jésus est venu pour rien… Noël nous remet sur le chemin de l’espérance en nous faisant comprendre l’importance de notre mission là où nous nous trouvons. Si le signe de la puissance de l’amour de Dieu est un bébé, alors nous comprenons que tous les petits actes d’amour, humbles et cachés, que nous pouvons vivre au quotidien contribuent réellement à remettre un peu du jardin d’Eden sur notre terre travaillée par les douleurs de l’enfantement à une vie nouvelle.



dimanche 20 décembre 2015

Quatrième dimanche de l'Avent / C


20/12/15

Luc 1, 39-45

Le dernier dimanche de l’Avent nous prépare plus directement à la célébration désormais toute proche de Noël. En cette année liturgique C, nous méditons le récit de la visitation en saint Luc. La visitation, c’est la rencontre entre deux femmes devenues mères par la grâce de Dieu. L’une est jeune et vierge, l’autre est âgée et stérile. Leur maternité est réellement un don du Père qui a choisi ces femmes pour une mission particulière et unique. L’atmosphère de cette rencontre est celle de la joie spirituelle. Lorsque Marie salue Elisabeth, elle apporte avec elle la joie de l’Esprit Saint. Et Jésus, avant même sa naissance, communique cette même joie à Jean dans le sein de sa mère. En nous rapportant cette rencontre, l’évangéliste a probablement voulu nous faire comprendre que toutes les promesses de Dieu étaient sur le point de s’accomplir avec la naissance prochaine de Jésus. C’est la jeune fille vierge, Marie, qui rend visite à sa parente âgée et stérile, Elisabeth. C’est la nouveauté de l’Alliance inaugurée par Jésus-Christ qui vient porter la joie de l’Esprit à l’ancienne Alliance, représentée par Elisabeth, femme du prêtre Zacharie. Les premières paroles de la prière mariale, Je vous salue Marie, sont celles de l’ange Gabriel lors de l’annonciation. Dans le récit de la visitation, nous trouvons la suite de ces paroles dans la louange adressée par Elisabeth à Marie : Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Nous le constatons, la première partie du Je vous salue Marie provient de l’évangile selon saint Luc. Marie est bénie entre toutes les femmes parce qu’elle a été choisie par le Père pour mettre au monde son Fils, le Sauveur, dans la nuit de Noël. C’est en elle et par elle que se réalise le mystère de l’incarnation. Et c’est par l’action de l’Esprit Saint que la jeune fille vierge devient la mère de Jésus. Elisabeth ne loue pas seulement Marie en raison de la grandeur de sa vocation mais aussi parce qu’elle voit en elle l’exemple de la femme croyante : Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.

Ce récit de la visitation nous donne un enseignement précieux sur notre vie spirituelle. L’Esprit Saint est la source de notre joie profonde. En ces jours qui nous séparent de Noël, prenons une vive conscience du don de l’Esprit reçu au baptême et à la confirmation. Prenons conscience de sa présence en nous en étant fidèles, chaque jour, à la méditation et à la prière. Prions l’Esprit Saint et demandons-lui la grâce de faire l’expérience intérieure de la joie de Noël. C’est par notre acte de foi que, comme Marie, nous permettons à l’Esprit Saint de répandre en nous la joie et la lumière de Dieu. N’oublions pas que, nous aussi, nous pouvons être la mère de Jésus comme lui-même nous l’enseigne dans l'évangile : Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. En contemplant la vocation de Marie et d’Elisabeth, ayons une conscience renouvelée de la grandeur et de la dignité de notre vocation chrétienne. Pour ce faire nous pouvons méditer ce que saint Paul n’hésitait pas à écrire aux chrétiens d'Éphèse :


Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, par son sang, nous avons la rédemption, le pardon de nos fautes. C’est la richesse de la grâce que Dieu a fait déborder jusqu’à nous en toute sagesse et intelligence. Il nous dévoile ainsi le mystère de sa volonté, selon que sa bonté l’avait prévu dans le Christ : pour mener les temps à leur plénitude, récapituler toutes choses dans le Christ, celles du ciel et celles de la terre.

dimanche 29 novembre 2015

Recueil d'homélies pour la nouvelle année liturgique C


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Premier dimanche de l'Avent / Année liturgique C


29/11/15

Luc 21, 25-36

Au commencement d’une nouvelle année liturgique, l’Eglise nous fait contempler la fin, l’accomplissement du Royaume de Dieu lors du retour du Christ dans sa gloire. Les textes de cette liturgie orientent en effet notre cœur et notre regard vers un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice, selon l’expression employée par saint Pierre dans sa deuxième lettre.

Nous aspirons tous profondément au bonheur et à la justice. Nous souffrons de constater que notre monde est encore sous l’emprise du péché et du mal. Nous faisons nôtres les paroles de saint Paul dans sa lettre aux Romains :

La création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.

Nous avons entendu dans la première lecture la promesse de bonheur faite par Dieu à son peuple. Et cette promesse, c’est la venue d’un Germe de justice, venue que nous célébrerons à Noël avec la naissance de Jésus, notre justice. Dieu notre Père veut donc combler ses enfants de bonheur en leur donnant son propre Fils. C’est en écoutant la Parole du Fils, en la méditant et en la mettant en pratique que nous trouverons le secret du véritable bonheur et que nous deviendrons justes en présence de Dieu.

Dans la première partie de l’Evangile, Jésus fait siennes les conceptions de son temps sur la fin du monde. Il reprend les images apocalyptiques que l’on trouve chez les prophètes et qui annoncent un ébranlement cosmique. Mais le plus important n’est pas là. Car pour préparer l’avènement du Royaume du Christ à la fin des temps, il s’agit d’abord de rester éveillé, d’éviter que notre cœur ne s’alourdisse. Jésus nous parle donc du combat spirituel. C’est en nous que nous permettons au Royaume de Dieu d’advenir, dans l’attente du retour du Christ en gloire. C’est en nous que nous pouvons anticiper le ciel nouveau et la nouvelle terre. Pour reprendre une belle expression du pape Grégoire le grand, le ciel, c’est l’âme du juste. Le Seigneur nous fait donc observer un contraste entre deux attitudes. Nous pouvons alourdir notre cœur en nous laissant dominer par la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, ou bien, au contraire, renforcer notre communion avec Dieu par notre fidélité à la prière et à la vie spirituelle. Voilà donc notre temps de l’Avent placé sous le signe de la prière. Chacun de nous est invité à intensifier sa relation avec le Seigneur et à choisir les moyens concrets qui l’aideront à demeurer éveillé dans la prière : chapelet, méditation de la Bible, adoration du Saint Sacrement etc. En nous unissant à Dieu, la prière nous libère de plus en plus des soucis de cette vie pour nous recentrer sur l’essentiel. Cet Avent sera aussi marqué par le commencement de l’année de la miséricorde, le 8 décembre. Une année au cours de laquelle le pape François nous invite à être miséricordieux pour les autres et à recevoir nous-mêmes la miséricorde divine, en particulier par la célébration du sacrement du pardon et de la réconciliation.

dimanche 22 novembre 2015

Le Christ roi de l'univers / année B


22/11/15

Jean 18, 33-37

Notre année chrétienne s’achève en ce dimanche avec la fête du Christ, Roi de l’univers. En cette année liturgique B, l’Eglise nous fait entendre un passage du récit de la Passion en saint Jean. D’emblée nous sommes ainsi avertis de ce que la royauté du Christ ne ressemble pas à celle des dirigeants de cette terre. Si tout s’était achevé sur la croix, le Christ ne serait pas roi et ses adversaires auraient eu raison de le considérer comme un imposteur. C’est l’ensemble du mystère pascal, de la Passion à l’Ascension en passant par la mort en croix et la résurrection, qui est le signe et la preuve de la Seigneurie de Jésus de Nazareth. C’est parce que cet homme est mort et ressuscité que nous pouvons l’adorer comme le Fils du Dieu vivant et reconnaître en ses paroles les paroles de la vie éternelle.
Dans son dialogue avec Pilate, Jésus nous révèle deux caractéristiques de sa royauté :

-      Elle ne vient pas de ce monde.
-      Elle est un témoignage rendu à la vérité.

Ma royauté ne vient pas de ce monde. Oui, l’autorité du Christ ne vient pas des hommes mais de Dieu. Il affirme cela au moment même où les responsables du peuple ridiculisent son autorité divine et le livrent au pouvoir romain pour qu’il soit crucifié. Oui, son autorité n’a pas été reconnue par les chefs religieux d’Israël. Quel est le signe donné par Jésus pour montrer que son pouvoir ne vient pas de ce monde ? Contrairement aux puissants de ce monde, il n’a pas d’armée ni de soldats pour le défendre. Ce qui signifie que l’autorité divine ne s’impose pas par la force et la contrainte. L’autorité divine, nous le verrons plus loin, n’a pas d’autre force que celle de la vérité. Saint Paul avait parfaitement compris cela lorsqu’il parlait du mystère de la croix aux Corinthiens :

Alors que les Juifs réclament des signes miraculeux, et que les Grecs recherchent une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix.
L’autorité du Christ vient de Dieu et elle est au service de la vérité. Proclamer la vérité est toujours dangereux. Jésus a été le martyr de la vérité. S’il est mort en croix, c’est bien parce qu’il n’a pas eu peur de dire la vérité sur Dieu et sur les hommes. Or la vérité n’est pas toujours agréable à entendre. Tout simplement parce que nous sommes pécheurs et complices avec le mal. Ce qui nous empêche souvent de recevoir le témoignage de la vérité, ce sont nos mauvaises actions. Les mauvais choix que nous faisons pour nous et pour les autres nous rendent aveugles et sourds. Si les puissants de ce monde peuvent mettre leur autorité au service de bien des ambitions et sont prêts à accepter des compromissions et des trahisons pour se maintenir au pouvoir, Jésus, lui, est le chemin, la vérité et la vie. Le Christ Roi ne rend pas seulement témoignage à la vérité, Il est en lui-même cette vérité libératrice, cette vérité qui nous sauve. Dans son dialogue avec Nicodème, Jésus nous montre qu’il s’agit pour nous de faire la vérité, non pas de la créer, mais de la recevoir en agissant selon le bien et la justice :


Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.