dimanche 27 octobre 2013

30ème dimanche du temps ordinaire


30ème dimanche du TO/C

27/10/13

Luc 18, 9-14

La parabole du pharisien et du publicain est propre à l’évangile selon saint Luc. En nous rapportant cet enseignement de Jésus l’évangéliste nous donne dès le début le but de la parabole. Il s’agit de toucher le cœur de ceux qui sont convaincus d’être justes et qui méprisent tous les autres. D’autres traductions apportent une nuance intéressante : « à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et qui méprisaient les autres ». Le Seigneur veut ainsi mettre ses disciples en garde contre une terrible tentation : celle de l’orgueil spirituel. L’orgueil spirituel représente en effet la pire forme du péché d’orgueil, celle qui est la plus grave parce qu’elle nous coupe de la juste relation avec Dieu et avec nos frères. Ce type d’orgueil détruit en nous l’amour de charité. Nous devons considérer les deux hommes de la parabole comme des types, représentant non pas des individus concrets mais plutôt des attitudes spirituelles opposées. Pour que l’enseignement soit bien clair Jésus force les traits. Ce qui signifie que dans la vie réelle il peut y avoir en nous un mélange de ces deux attitudes. Dans notre vie spirituelle personnelle nous pouvons aussi évoluer et passer d’une attitude à l’autre. Si le pharisien représente l’orgueil spirituel, le publicain, lui, illustre la vertu d’humilité. Saint Luc est un bon disciple de saint Paul. L’apôtre Paul a développé dans ses lettres ce que l’on nomme la théologie de la grâce. C’est Dieu qui nous justifie. C’est par notre foi en Jésus Sauveur que nous recevons ce cadeau de la part de Dieu et non pas parce que nous serions meilleurs que les autres ou en récompense de nos bonnes actions. Justification et sanctification ont à peu près le même sens chez saint Paul. Le pharisien se flatte donc dans sa prière d’être un saint. Il tire orgueil de ses bonnes actions car il en fait plus que ce que la loi juive exigeait de lui. D’un côté il est donc généreux dans sa pratique religieuse. Mais il oublie finalement ce Dieu qu’il prétend si bien servir. Il se met au centre du culte. D’une certaine manière son orgueil, dont il est probablement inconscient, le conduit à s’adorer lui-même. Il remercie Dieu mais au fond il pense que c’est parce qu’il est bon qu’il peut faire par lui-même toutes ces bonnes actions, sans avoir besoin du secours divin. Sa prière au lieu de le faire grandir dans la communion le coupe et l’isole. Non seulement de Dieu, source de l’amour véritable, mais aussi des autres qu’il méprise. Il ressent le besoin de se comparer à ceux qu’il considère comme des pécheurs pour se glorifier lui-même et se sentir supérieur. Il fait le contraire de ce que saint Paul nous demande :

S'il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l'on s'encourage dans l'amour, si l'on est en communion dans l'Esprit, si l'on a de la tendresse et de la pitié,  alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l'unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d'humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres.

 

Le danger mortel de la tentation à laquelle le pharisien succombe est bien le suivant : il croit bien faire, il ne se rend même pas compte de son attitude orgueilleuse. La parabole de ce dimanche est un appel à désirer et à cultiver en nous la vertu d’humilité. La vérité exige que nous nous reconnaissions pécheurs en présence du Seigneur. Le sacrement du pardon nous est toujours offert dans l’Eglise pour célébrer la miséricorde du Seigneur et confesser notre péché. La conclusion de la parabole nous montre, une fois de plus, que les règles de la vie chrétienne sont différentes de celles qui régissent la vie de notre monde : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». Les puissants de ce monde qui veulent s’élever au-dessus des autres parviennent souvent à obtenir ce qu’ils désirent, en utilisant parfois des moyens malhonnêtes. L’ambition du chrétien est tout autre. C’est la sainteté, la ressemblance avec Jésus, la communion avec lui. Désirer la sainteté ce n’est pas vouloir se mettre au-dessus des autres et ainsi les dominer avec un regard méprisant. C’est vouloir vivre en vérité avec Dieu, soi-même et les autres :

 

Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre.

 

dimanche 20 octobre 2013

29ème dimanche du temps ordinaire


29ème dimanche du TO/C

20/10/13

Luc 18, 1-8

La parabole du juge inique et de la veuve est simple à comprendre d’autant plus que saint Luc nous en donne la fine pointe : « pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager ». Cet enseignement de Jésus n’est pas nouveau dans l’Evangile selon saint Luc. Souvenons-nous de la parabole de l’ami importun qui suit le don du Notre Père :

Moi, je vous l'affirme : même s'il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu'il lui faut. Eh bien, moi, je vous dis : Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, la porte vous sera ouverte.

Celui qui demande reçoit ; celui qui cherche trouve ; et pour celui qui frappe, la porte s'ouvre.

Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson ? Ou un scorpion, quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !

 

Ces deux paraboles nous parlent de la puissance de la prière. La traduction liturgique de la parabole de ce dimanche présente toutefois une difficulté :

 

Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu'il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice.

 

Cette traduction me semble inexacte. Celle de la Bible des peuples est beaucoup plus compréhensible dans le contexte de la parabole :

« Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus s’ils crient vers lui jour et nuit alors qu’il les fait attendre ! » La Bible Osty propose quant à elle : « alors qu’il patiente à leur sujet ». Ces traductions ont le mérite de correspondre à notre expérience de la prière de demande. Nous savons bien que nous ne sommes pas exaucés immédiatement. Dieu fait attendre, Dieu patiente. Pourquoi donc ? La fin de la parabole nous donne une première explication : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Cela nous rappelle un évangile entendu récemment :

Les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait.

 

La prière seule ne suffit donc pas, même s’il elle insiste sans se décourager. La prière est puissante si elle s’accompagne de la foi. Et au plus notre foi est sincère au plus notre prière touche le cœur de Dieu. La parabole du juge et de la veuve n’est donc pas seulement un appel à prier sans cesse, c’est aussi un appel à la foi. De ce constat découle une deuxième explication. Pourquoi le Père semble-t-il être parfois sourd à nos prières ? Pourquoi cette attente entre le moment de la prière et celui de son exaucement ? Pour faire grandir en nous le désir et la foi, et donc être en mesure de recevoir la grâce qu’il veut nous donner. Quand nous étions enfants nous avons tous vécu dans l’attente des cadeaux de Noël. Ces présents lorsque nous pouvions enfin les découvrir au pied du sapin avaient pris une valeur supplémentaire. Ou pour le dire autrement ce que nous attendons nous l’estimons à sa juste valeur, nous l’apprécions. Alors que le « tout, tout de suite et maintenant », banalise au contraire le don qui nous est fait. Dans cette perspective le temps de l’attente n’est pas là pour nous torturer mais pour nous préparer à mieux recevoir le don. Lorsque nous serons prêts, alors oui, « sans tarder, Dieu nous fera justice ». L’autre parabole, celle de l’ami importun, complète bien la parabole de ce dimanche en nous indiquant d’une manière indirecte quel doit être l’objet premier et principal de notre prière de demande :

 

Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent !

 

C’est le don de l’Esprit que nous devons demander sans nous lasser. Nous sommes baptisés et confirmés, alors pourquoi demander au Père son Esprit puisqu’il nous a déjà été donné ? Lorsque nous prions l’Esprit Saint qui est en nous nous lui demandons en fait de nous rendre présents à sa présence. Viens Esprit Saint et permets-moi de goûter en moi ta douce présence ! Le don nous a été fait mais nous devons l’actualiser jour après jour par notre prière persévérante. Alors s’il s’agit d’imiter la veuve et de « casser les pieds » au bon Dieu n’oublions jamais l’enseignement du Christ :

 

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ».

 

 

 

 

 

 

dimanche 13 octobre 2013

28ème dimanche du temps ordinaire


28ème dimanche du TO/C

13/10/13

Luc 17, 11-19

L’épisode de la guérison des dix lépreux est pour nous l’occasion de parler de la vertu de gratitude. Le Nouveau Testament utilise très rarement ce mot. Il n’utilise que très peu un mot semblable, celui de reconnaissance. Dans notre évangile on parle de « glorifier Dieu » ou bien de rendre grâce à Jésus. Les mots sont différents mais la réalité est bien la même. L’action de grâce, la gratitude ou la reconnaissance désignent en effet une attitude spirituelle bien précise et caractéristique du chrétien. Le mot « eucharistie » lui-même signifiant « action de grâce », action de dire merci à Dieu et de reconnaître ainsi ses bienfaits. Avant le chant du Sanctus et la prière eucharistique le prêtre dit une prière appelée « préface ». Le commencement de cette prière nous fait toujours entrer dans l’action de grâce :

Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu, à toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant, par le Christ, notre Seigneur.

Remarquez au passage comment ce texte liturgique reprend les expressions de l’évangile de ce dimanche dans une même formule : il s’agit bien de « rendre gloire » à Dieu et de lui offrir « notre action de grâce ». La préface développe ensuite les raisons que nous avons de rendre grâce au Seigneur. Cette partie change en fonction des fêtes et des temps liturgiques. Si nous regardons le développement de la préface commune n°4 nous constatons que l’action de grâce est un don de Dieu :

Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ, notre Seigneur.

Il est donc clair que la gratitude est une attitude essentielle non seulement dans la prière, prière qui ne doit pas se limiter à la prière de demande, mais aussi dans toute notre vie chrétienne. Pour vivre de cette vertu nous avons besoin de nous replonger dans notre condition de créatures, c’est-à-dire reconnaître humblement que nous dépendons d’un autre à la racine même de notre être. Et que tout ce que nous sommes du point de vue humain et spirituel, nous le sommes grâce à Dieu, parce qu’il nous aime en son Fils unique Jésus. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? », s’exclamait saint Paul. Notre religion est celle de la gratitude envers Dieu créateur et sauveur parce qu’elle est la religion de la grâce, du don gratuit de Dieu en notre faveur. Savoir nous reconnaître créatures de Dieu, et avec nous regarder tous les êtres, toute la création, comme venant de Dieu, est une grande source de paix et de joie spirituelle. Lorsque nous pensons à la vie de saint François d’Assise il est impossible de séparer le respect qu’il portait à toutes les créatures de la joie profonde qui habitait son cœur. Saint Paul demandait aux chrétiens de faire de toute leur vie « une eucharistie » : Chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance.  Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père. Si la gratitude est une vertu spirituelle elle est aussi une vertu humaine. Il est essentiel dans l’éducation des enfants et des jeunes de leur enseigner la grande valeur de la gratitude. Cela commence bien sûr par la politesse, attitude qui se perd de plus en plus de nos jours. Savoir dire « merci », reconnaître tout ce que l’on doit aux autres (nos parents, nos professeurs etc.) va cependant bien plus loin que la simple politesse. Cette attitude apprend aux enfants à ne pas se renfermer sur eux-mêmes d’une manière égoïste mais à s’ouvrir aux autres, à reconnaître qu’ils ont besoin des autres pour bien vivre. Le drame de l’enfant roi, pourri et gâté, qui devient vite un petit dictateur, provient en grande partie du fait que cette qualité du cœur n’est plus transmise. Les parents et les adultes doivent bien sûr montrer l’exemple dans ce domaine. Savoir dire « merci » ce n’est pas humiliant. C’est être capable de faire plaisir aux autres et de recevoir soi-même le don de la joie, car il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. Sans ce fondement humain comment les enfants pourraient-ils apprendre à dire merci à Dieu ? La vie chrétienne n’élimine pas les simples vertus humaines, elle les présuppose. Un moyen tout simple d’éduquer les enfants au sens de la gratitude humaine et chrétienne c’est la prière avant ou après le temps du repas. En famille nous reconnaissons que cette nourriture nous vient de Dieu créateur, elle est le fruit de la terre et du travail des hommes. Et c’est pour cela que nous devons la respecter et ne pas la gaspiller. Nous le constatons l’esprit de gratitude va de pair avec le respect de la création de Dieu. C’est ce lien qui nous permet de comprendre ce qu’est l’écologie du point de vue chrétien.

 

dimanche 29 septembre 2013

26ème dimanche du temps ordinaire


26ème dimanche du TO/C

29/09/2013

Luc 16, 19-31

En ce dimanche nous continuons notre lecture du chapitre 16 de l’évangile selon saint Luc, chapitre consacré au bon usage des richesses et de l’argent. [La version liturgique saute un passage entre l’évangile entendu dimanche dernier et la parabole du riche et de Lazare : Les pharisiens, eux qui aimaient l'argent, entendaient tout cela, et ils ricanaient à son sujet. Il leur dit alors : « Vous êtes, vous, ceux qui se présentent comme des justes aux yeux des hommes, mais Dieu connaît vos cœurs, car ce qui est prestigieux chez les hommes est une chose abominable aux yeux de Dieu.]

L’enseignement délivré par la parabole du riche et de Lazare est très clair et ne demande pas beaucoup d’explications pour être compris. Je partirai donc de la parabole pour vous proposer trois points de réflexion.

Le premier sera bref. Face à la mort, destinée commune de tous les hommes, nous sommes égaux : « Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra ». Il est intéressant de voir comment la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 envisage l’égalité entre les hommes : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Il s’agit bien d’une égalité en droits devant la loi, et pas d’une égalité de fait. Dans la perspective de Dieu Créateur et Père, oui, nous sommes tous égaux dès le moment où nous venons au monde parce que nous appartenons tous à l’unique nature humaine. Du point de vue concret il est évident que nous ne naissons pas tous avec les mêmes chances de développement personnel. On peut naître dans une famille pauvre ou aisée, à Montréal ou à Lagos, dans un quartier défavorisé ou au contraire dans un quartier chic etc. Bref nous pouvons naître favorisés ou défavorisés. Seule la mort vient rétablir l’égalité fondamentale entre les hommes. Et seul le jugement de Dieu vient rétablir la justice véritable dans un monde dominé par l’injustice et les inégalités. C’est ce que le riche apprend à ses dépens. Mais il est maintenant trop tard pour changer de conduite : « Un grand abîme a été mis entre vous et nous ».

Un deuxième point de réflexion m’amène à considérer le bonheur de ceux qui sont riches. Le vrai bonheur du riche ne consiste pas à vivre dans le luxe et l’indifférence vis-à-vis de son prochain. Son vrai bonheur réside dans le fait qu’il a entre ses mains un immense et merveilleux pouvoir : celui de faire le bien autour de lui. Par le partage de ses biens et un cœur généreux et ouvert il peut en effet soulager bien des misères. Utiliser de cette manière son capital c’est le faire vraiment fructifier et recevoir la bénédiction du Seigneur ainsi que sa joie.

Un troisième point de réflexion tourne autour de la nourriture : Lazare « aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ». Dans la prière de l’offertoire le prêtre dit : « Tu es béni Dieu de l’univers toi qui nous donnes ce pain fruit de la terre et du travail des hommes ». Tout y est dit sur l’origine de notre nourriture et donc sur ce qui nous permet de nous maintenir en vie et en bonne santé. Notre système alimentaire mondial est en crise. La « révolution verte » avec l’usage toujours plus grand de la chimie, des pesticides et des OGM a recherché la productivité et la rentabilité. Elle échoue pourtant à nourrir la population mondiale. Non seulement elle a pollué les sols et les eaux mais elle a créé du chômage, de la misère et du désespoir. En 1945 il y avait 10 millions de paysans en France, il en reste aujourd’hui 1 million. Un paysan français se suicide chaque jour dans l’indifférence la plus totale. Un pays qui ne respecte plus ses agriculteurs est un pays en grand danger. La révolution verte a transformé l’alliance de la terre et du travail des hommes en un ensemble de techniques mises au service de profits colossaux dans l’industrie agro-alimentaire et les supermarchés. On ne parle plus de paysans, on parle d’exploitant agricole. Malgré les résultats négatifs pour l’environnement et la santé de cette agriculture et de cet élevage intensifs on s’obstine dans cette orientation. Dans la Somme il y a en ce moment un projet d’une ferme-usine de 1000 vaches ! Notre système alimentaire repose malheureusement en grande partie sur le gaspillage (50 000 fruits et légumes vont à la poubelle chaque jour) et sur la malbouffe avec 15% de français atteints d’obésité. Pourquoi donc ce système fou, néfaste et immoral n’est-il pas remplacé par un autre ? Parce que nous avons perdu notre relation à Dieu Créateur. En perdant ce sens de Dieu, nous avons aussi perdu le respect de la vie sous toutes ses formes, y compris la vie animale, et le respect pour notre terre nourricière. Nous payons déjà très cher ce manque de sagesse et d’humilité. Finalement ces considérations nous ramènent à l’évangile de dimanche dernier : Nous ne pouvons pas servir à la fois Dieu et l’Argent. Le respect de la création est incompatible avec la course effrénée au profit. Et cet appât du gain est incompatible avec le partage équitable des ressources de notre terre.

 

 

dimanche 22 septembre 2013

25ème dimanche du temps ordinaire


25ème dimanche du TO/C

22/09/13

Luc 16, 1-13

Saint Luc consacre le chapitre 16 de son évangile à des enseignements de Jésus concernant l’argent et la richesse. L’histoire du gérant trompeur nous pose une difficulté d’interprétation. D’autant plus que d’autres traductions, comme celle de la Bible Osty, préfèrent au mot « trompeur » le mot « malhonnête ». Jésus nous dit que le maître de ce gérant fit son éloge. Cela paraît assez invraisemblable au premier abord. Car le maître est bien la victime de la malhonnêteté de son gérant, à cause de lui il a perdu beaucoup d’argent. Une autre question se pose alors : Jésus s’identifie-t-il au maître de la parabole ? Il semble bien que oui. La suite de l’évangile nous éclaire : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? » Jésus ne fait donc pas l’éloge de la malhonnêteté du gérant. Ce qu’il loue c’est bien son habileté ou sa prudence ou encore sa sagesse selon d’autres traductions. Mis dans une situation délicate ce gérant a su utiliser l’argent trompeur pour s’en sortir. Il est important de ne pas en rester à la matérialité de la parabole pour écouter la leçon spirituelle que Jésus en tire : Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. La mention des demeures éternelles est claire : il s’agit d’utiliser l’argent avec habilité comme un moyen d’entrer dans le Royaume de Dieu. C’est ce que n’a pas su faire le riche vis-à-vis du pauvre Lazare dans la parabole qui suit notre évangile. Souvenons-nous aussi d’un autre évangile entendu cet été, celui du riche insensé. La conclusion donnée par le Seigneur à cette histoire est la suivante : Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. Et un peu plus loin dans le même chapitre Jésus développe son enseignement : Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous une bourse qui ne s'use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n'approche pas, où la mite ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Le riche qui est dépourvu de cette sagesse évangélique court à sa perte. Son culte de la richesse fait qu’il devient très vite « un loup » pour son prochain. Pour reprendre Plaute « l’homme est un loup pour l’homme ». C’est cette perversion du cœur que dénonce le prophète Amos : « Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales ». L’homme riche peut se croire tout-puissant et oublier toute morale dans la gestion de ses biens. Il a fallu attendre très longtemps, trop longtemps, pour que des pays chrétiens abolissent enfin l’esclavage. Et nous savons bien que l’esclavage économique continue aujourd’hui dans les pays ateliers asiatiques après avoir été pratiqué en Europe lors de l’ère industrielle. En contraste avec l’attitude des riches commerçants fustigée par Amos nous avons l’exemple du Christ tel que Paul nous le rappelle dans la deuxième lecture : « Le Christ Jésus qui s’est donné lui-même en rançon pour tous les hommes ». Les commerçants cyniques achetaient les pauvres ; le Christ, lui, nous rachète : il nous libère et nous rend notre dignité d’hommes et de fils de Dieu. La fin de notre évangile est une sévère mise en garde contre la tentation que nous avons d’idolâtrer l’argent : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. Les crises économiques que nous connaissons ces dernières années sont essentiellement des crises morales. C’est bien le manque de sagesse de certains responsables économiques et politiques qui plonge des populations entières dans la misère, donc dans la révolte, et menace les démocraties en suscitant chez les peuples la perte de confiance dans les institutions censées les protéger. Quand un homme politique français estime qu’il est mal payé avec un salaire de 5200 euros c’est soit de l’inconscience soit du cynisme. C’est ce genre de déclaration qui augmente la défiance du peuple envers ses représentants et l’abstention lors des élections. On peut aussi se poser la question de savoir si Dieu est honoré par la mention de son nom sur les dollars américains : In God we trust ? N’est-ce pas là plutôt une forme involontaire de blasphème ? Comment peut-on associer le nom de Dieu à l’argent trompeur ? Saint Paul nous avait mis en garde : l’appât du gain, le culte du profit peuvent nous mener à notre ruine morale. C’est ce que nous constatons aujourd’hui. L’exploitation abusive des ressources de notre planète, la pollution généralisée, le manque de volonté écologique, tout cela est une folle course en avant motivée uniquement par des intérêts à court-terme. Le culte du dieu argent rend égoïste, insensible et aveugle. Voilà ce que saint Paul écrivait dans sa première lettre à Timothée, un texte prophétique :

Il y a un grand profit dans la religion si l'on se contente de ce que l'on a. De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter.  Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. Ceux qui veulent s'enrichir tombent dans le piège de la tentation ; ils se laissent prendre par une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre.

 

 

dimanche 15 septembre 2013

24ème dimanche du temps ordinaire


24ème dimanche du TO/C

15/09/13

Lc 15, 1-32

Le chapitre 15 de l’évangile selon saint Luc rassemble trois paraboles souvent nommées dans nos bibles paraboles de la miséricorde. On pourrait tout aussi bien les appeler les paraboles de la joie divine. Car chacune de ces paraboles se termine par une mention de la joie de Dieu lorsqu’un homme se rapproche de lui par le mouvement de la conversion. Ce message n’est pas nouveau. Il était déjà présent, pour ne citer qu’un exemple, chez le prophète Ezéchiel :

Est-ce donc la mort du méchant que je désire, déclare le Seigneur, n'est-ce pas plutôt qu'il se détourne de sa conduite et qu'il vive ? Rejetez tous vos péchés, faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Pourquoi vouloir mourir, maison d'Israël ? Je ne prends plaisir à la mort de personne, déclare le Seigneur : convertissez-vous et vivez.

Il est important de ne pas oublier le contexte dans lequel Jésus a donné ces paraboles pour rappeler un enseignement au fond traditionnel mais qui avait peut-être été négligé par la suite : Dieu est miséricordieux et pardonner est pour lui source de joie. Dieu aime pardonner, il se réjouit de proposer à ses créatures humaines la réconciliation et la paix qui en découle.

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

 

Nous le constatons, l’attitude bienveillante et ouverte du Seigneur envers ceux qui étaient vus comme de mauvais Juifs, des pécheurs, dérange les hommes religieux de son temps. Ces derniers se considéraient, de manière peut-être inconsciente, comme les propriétaires exclusifs du message divin. D’après eux la société juive devait être divisée en deux groupes bien distincts et séparés : les bons Juifs, les purs, c’est-à-dire eux, et les autres, ceux avec lequel il était interdit d’entrer en relation sous peine de se souiller. Dans le même évangile Jésus avait eu des paroles sévères à propos de l’attitude de ceux qui se considéraient alors comme l’élite religieuse d’Israël :

 

Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui essayaient d'entrer, vous les en avez empêchés.

 

Revenons maintenant à l’enseignement des trois paraboles. Je voudrais surtout relever une différence intéressante entre les deux premières et celle du fils perdu et retrouvé. Dans les paraboles de la brebis égarée et de la pièce perdue, Dieu, représenté par le berger et la femme, prend l’initiative du retour de sa créature à lui. C’est bien Dieu qui va chercher le pécheur pour se le réconcilier. La conversion de Paul est une illustration de cet amour prévenant du Seigneur qui vient nous chercher alors que nous ne le recherchons pas. Saul ne savait que « blasphémer, persécuter, insulter ». Dans la parabole du fils perdu et retrouvé l’histoire est différente. Dieu laisse son fils libre. Il ne part pas à sa recherche mais il l’attend avec amour. Le fils joue un rôle dans son retour vers son père. A un certain moment, lorsque sa situation devient invivable, il utilise la liberté que Dieu lui a donnée pour revenir chez son père. Nous le voyons les chemins du retour vers Dieu sont nombreux. Et l’attitude du Seigneur n’est pas toujours la même : parfois c’est lui qui vient nous chercher, d’autres fois il attend simplement que nous revenions à lui. Mais c’est toujours la fête dans le cœur de Dieu lorsqu’il retrouve l’une de ses créatures et qu’il peut à nouveau l’introduire dans l’intimité de son amour paternel.

 

Cette contemplation évangélique de la miséricorde du Seigneur à notre égard doit nous engager nous-mêmes à pratiquer la même miséricorde à l’égard de tous nos frères sans aucune exception. Nous courons le risque de nous considérer comme de bons catholiques en excluant les autres comme le faisaient les pharisiens et les scribes du temps de Jésus. Cet engagement à être miséricordieux comme Dieu lui-même nous le prenons chaque fois que nous prions le Notre Père.

 

Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, à vous non plus votre Père ne pardonnera pas vos fautes

 

 

dimanche 8 septembre 2013

23ème dimanche du temps ordinaire


23ème dimanche du TO / C

8/09/2013

Luc 14, 25-33

La parole du Christ en ce dimanche ne fait pas partie de ces enseignements que spontanément nous aimons écouter. C’est en effet une parole qui peut nous paraître dure et intransigeante. Pire même : une parole inadaptée à notre condition humaine concrète. Au premier abord cet enseignement ressemble fort à une utopie. Et nous pourrions en rester là en nous disant que le Seigneur nous demande ici beaucoup trop, nous demande en fait de réaliser l’irréalisable : porter notre croix pour marcher à sa suite, le préférer à tout ce qui est pour nous le plus important et enfin renoncer à tous nos biens.

A travers ces paroles exigeantes nous pouvons toutefois découvrir un chemin : celui de la sagesse et de la liberté. Suivre le Christ ne nous rend pas inhumains mais nous permet au contraire d’accomplir notre vocation humaine. Les exigences du Seigneur ne nous sont pas données pour nous faire souffrir mais plutôt pour nous libérer de tout ce qui nous sépare encore de lui, de tout ce qui nous empêche d’être véritablement hommes, c’est-à-dire créatures et fils de Dieu. Au cœur de cet Evangile il y a l’appel à porter notre croix. Cela signifie qu’en tant que chrétiens nous avons une manière particulière de vivre la souffrance. Nous ne la vivons pas seuls mais bien à la suite du Christ et en communion avec lui. Jésus parle de « porter sa croix ». Toute vie humaine doit affronter sa croix qui n’est pas forcément celle du voisin. Le Seigneur voudrait nous voir libres par rapport à cette part inévitable de souffrance que comporte notre vie. La souffrance subie peut nous détruire. Au sein de notre souffrance Jésus nous demande de demeurer libres pour être avec lui victorieux. D’une manière mystérieuse lorsque l’épreuve physique ou morale vient ébranler notre équilibre de vie, un « oui » de notre part peut nous ouvrir davantage l’horizon de l’espérance que le non de la révolte. Ce « oui » n’est pas amour de la souffrance. Ce « oui » ouvre notre âme à la confiance, à la sérénité et à la paix.

Jésus illustre par deux exemples les conditions pour être son disciple : notre rapport à la famille, notre rapport aux biens matériels. Notre famille fait partie de ces biens auxquels nous sommes attachés. Que signifie donc préférer l’amour du Christ à l’amour de sa famille ? On peut faire une lecture fanatique des propos du Seigneur. Comme s’il nous demandait de perdre tout sentiment humain vis-à-vis des nôtres. Ce serait oublier que Jésus n’abolit pas les commandements parmi lesquels il y a celui qui nous demande d’honorer nos parents. Lui-même d’ailleurs nous enseigne l’amour du prochain. Dans l’évangile de Luc nous rencontrons un homme voulant suivre le Seigneur et qui lui dit : « Laisse-moi d’abord dire adieu à ma famille ». « Celui qui a mis la main à la charrue et puis regarde en arrière n’est pas bon pour le Royaume de Dieu ». En août nous avons aussi entendu cet évangile qui éclaire le nôtre : Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. Si notre famille devient un obstacle dans notre vie de foi ou dans notre vocation chrétienne nous devons être libres par rapport à elle. La famille n’est pas une réalité qui serait au-dessus de la volonté de Dieu. Autrement elle deviendrait une idole indument sacralisée. Par rapport aux biens matériels Jésus nous prévient : ils peuvent devenir un frein dans notre marche vers le Royaume. Nous connaissons tous cette expression : nous pouvons être possédés par ce que nous possédons… Ici encore il s’agit d’une question de liberté. Renoncer à tout ce qui nous appartient ne veut pas forcément dire faire vœu de pauvreté comme dans la vie religieuse. Pour nous qui vivons dans le monde cela signifie être sages. La sagesse divine relativise l’importance des biens matériels car ceux-ci sont fragiles. Le fait qu’ils soient nécessaires ne doit pas nous conduire à les idolâtrer, « car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Saint Paul avait bien compris la signification du renoncement demandé par Jésus lorsqu’il écrivait aux chrétiens de Corinthe :

Le temps est limité. Dès lors, que ceux qui ont une femme soient comme s'ils n'avaient pas de femme, ceux qui pleurent, comme s'ils ne pleuraient pas, ceux qui sont heureux, comme s'ils n'étaient pas heureux, ceux qui font des achats, comme s'ils ne possédaient rien, ceux qui tirent profit de ce monde, comme s'ils n'en profitaient pas. Car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer.