mardi 24 août 2010

21ème dimanche du temps ordinaire

21ème dimanche du TO/C
22/08/2010
Luc 13, 22-30 (p. 421)
« Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » La question que cet inconnu pose à Jésus est celle du salut de l’humanité. C’est donc une question essentielle et sérieuse. Si pour nous le péché originel ainsi que nos propres péchés sont des réalités, des réalités qui nous séparent de Dieu ou nous éloignent de lui, nous savons par expérience à quel point nous avons besoin d’être sauvés. Cette question porte sur le nombre des créatures sauvées : seront-elles nombreuses ou pas ? Même si Jésus ne répond pas directement à cette question, cela demeure une question inévitable pour le chrétien. Jésus fait route vers Jérusalem, il va vers son sacrifice en vue justement du pardon des péchés et du salut. Lors de l’institution de l’eucharistie il prononcera ces paroles significatives : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est versé pour une multitude, pour le pardon des péchés ». Ce sang du Fils de Dieu, répandu pour beaucoup selon une autre traduction, obtiendra-t-il le salut de l’humanité ou seulement celui d’un petit nombre d’élus ? Tout au long de l’histoire du christianisme les optimistes et les pessimistes ont donné leur interprétation. Ici Jésus affirme que l’accès au salut est difficile : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Il ne répond pas à la question du nombre des élus. Mais le passage parallèle en saint Matthieu semble abonder dans le sens des « pessimistes » :
Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s'y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent.

En saint Matthieu lorsque le Seigneur affirme la difficulté pour un riche d’entrer dans le Royaume des Cieux, les disciples posent eux aussi la question du salut : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Et leur Maître de répondre : « Pour les hommes, c’est une chose impossible, mais pour Dieu tout est possible ». Nous constatons ainsi en parcourant les Evangiles que la question du salut est abordé de manière différente selon le contexte. L’Evangile de ce jour nous rappelle que nous n’irons pas tous automatiquement au Paradis. Que nous devons utiliser notre liberté selon la volonté de Dieu, c’est-à-dire entrer par la porte étroite, pour y parvenir. En même temps le Royaume de Dieu ne fait pas partie des droits de l’homme, c’est un don de Dieu, et seul Dieu est capable de nous y conduire par son Fils Jésus notre unique Sauveur.
La deuxième partie de notre Evangile ne se comprend qu’à la lumière de sa conclusion : « Il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers ». Dans son enseignement Jésus nous redonne le critère décisif de la valeur de notre vie humaine aux yeux de Dieu. Certains se rassurent à bon compte : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places ». Ici encore la version de saint Matthieu complète bien le propos de Jésus :
Ce jour-là, beaucoup me diront : 'Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?' Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !'
Qui sont donc ces premiers qui risquent de devenir derniers ? Certains Juifs tout d’abord qui, par orgueil (nous sommes le peuple élu, nous avons le temple), pouvaient oublier l’essentiel : la pratique du bien et de la justice. Mais aussi certains d’entre nous qui sommes catholiques pratiquants… Si nous oublions que notre fidélité à la messe du dimanche et à la vie de prière doit aller de pair avec notre désir de mettre en accord notre vie avec la volonté du Seigneur. Nous ne serons pas jugés sur une heure dans notre semaine, mais bien sur tous nos actes et choix quotidiens. « Eloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal », ou selon une autre traduction « vous les ouvriers d’injustice ». La leçon de cet Evangile pourrait être la suivante : au lieu de vous poser des questions théologiques sur le nombre des élus, agissez selon le bien et la justice. Il ne vous appartient pas de connaître le jour et l’heure du jugement ainsi que le nombre des sauvés. Mais je vous ai fait le don de la liberté pour que vous puissiez coopérer à votre salut par vos actes. Entrer par la porte étroite, c’est par conséquent se remettre en question, ne pas se reposer sur ses lauriers, et saisir que nous ne faisons pas naturellement et instinctivement le bien. Nous avons bien souvent à nous faire violence pour ne pas tomber dans l’égoïsme, l’hypocrisie ou encore l’orgueil religieux des premiers qui sont en fait les derniers. Il y aura des pleurs et des grincements de dents quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l'orient et de l'occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Même si le Seigneur ne répond pas directement à la question du nombre, il nous donne l’espérance du salut pour beaucoup. Certains Juifs seront sauvés et avec eux des hommes de toute race, langue et nation. Cette mention de l’extension géographique, reprise dans l’Apocalypse, nous montre que ce n’est pas en vain que le Christ a offert sa vie. Oui, le salut qu’il nous donne est vraiment universel !

mardi 17 août 2010

ASSOMPTION DE LA VIERGE MARIE

Assomption de la Vierge Marie
15/08/2010
Luc 1, 39-56 (p. 1173)
C’est dans son document consacré au mystère de l’Eglise que le Concile Vatican II parle de la place de la Vierge Marie dans la vie des chrétiens. A la fin de cette longue réflexion sur la nature de l’Eglise, le chapitre VIII de Lumen Gentium traite de « la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l’Eglise ». Si nous voulons vraiment connaître Marie, sa vocation, sa mission et sa place dans notre vie chrétienne, nous devons toujours la contempler « dans le mystère du Christ et de l’Eglise ». C’est bien parce qu’elle est la mère du Christ qu’elle est aussi la mère de l’Eglise et de chaque baptisé en elle. Mère de l’Eglise, elle est aussi, d’après le Concile, « un membre suréminent et absolument unique de l’Eglise ». « Elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère ». Le Concile nous parle de la Vierge Marie dans le mystère de son Assomption, et je me permets de le citer ici pour nous introduire au véritable sens de cette fête : « Après son Assomption au ciel, le rôle de Marie dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse ».
Je reviendrai plus tard au texte du Concile. Je voudrais maintenant à partir de la parole de Dieu contempler Marie dans sa personne et dans sa mission. Le livre de l’Apocalypse nous fait voir cette fresque saisissante, située à la fin des temps, dans laquelle deux signes s’affrontent et se combattent : La Femme et le dragon. La Tradition catholique a vu dans cette Femme l’image de Marie. Curieusement, alors que la scène se situe à la fin des temps, cette femme nous est montrée sur le point d’accoucher. Et c’est contre l’enfant de cette femme que le dragon se déchaîne. Un peu comme si le mystère de Noël devait se répéter à la fin des temps, lors du combat final entre Dieu et les puissances du mal. Après la Nativité ce dragon a eu pour nom le roi Hérode. Souvenez-vous du massacre des Saints Innocents destiné à tuer le fils de Marie, Jésus nouveau-né. Dans l’eschatologie ce dragon est probablement une image de Satan. L’esprit mauvais a horreur de l’incarnation. Le fait que Dieu se fasse homme en Jésus, né de la Vierge Marie, cet abaissement divin en notre faveur, cette union du divin avec la chair et le sensible, mettent Satan dans une grande fureur. Car l’incarnation témoigne non seulement de l’immense bonté de Dieu, de sa miséricorde, mais aussi de son humilité et de sa volonté de s’unir aux pauvres créatures imparfaites et mortelles que nous sommes. Et si la Vierge Marie a été choisie depuis toute éternité par le Père pour être la Mère du Sauveur, c’est en grande partie en raison de son humilité. Elle est en quelque sorte l’anti-Satan. Et si nous mettons la première lecture en lien avec la deuxième, nous le comprenons encore mieux. Par son Assomption Marie participe déjà pleinement à la résurrection de son Fils. Elle lui est parfaitement unie dans sa victoire sur les puissances du mal et la mort. Aux côtés du Christ elle ne cesse de lutter contre les manœuvres du démon qui voudrait faire échouer le plan de salut divin pour notre humanité. Marie est la première créature à être totalement sauvée. Elle est le signe vivant de ce que l’union entre Dieu et ses créatures humaines est à nouveau possible par et dans le Christ. Le récit évangélique de la Visitation met en avant les vertus de Marie, « bénie entre toutes les femmes ». Si Marie est bienheureuse ce n’est pas d’abord parce qu’elle est la Mère du sauveur. C’est parce qu’elle a répondu « oui » de manière parfaite à l’appel de Dieu. Ce sont ses vertus qui lui ont permis de dire ce « oui » total et définitif au Seigneur. Dans l’Evangile de cette fête deux vertus de Marie sont mises en avant. Sa grande foi tout d’abord : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Et son humilité ensuite : « Il s’est penché sur son humble servante… Il élève les humbles ». Oui, dans son Assomption, Marie est élevée corps et âme à la gloire du ciel parce que toute sa vie elle n’a cessé de vivre humblement sous le regard de Dieu, et que son corps a été le tabernacle du Verbe de Dieu. C’est dans ce contexte des vertus mariales que le Concile Vatican II peut nous aider à comprendre ce qu’est la vraie dévotion du chrétien envers Marie : « Que les fidèles se souviennent qu’une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité ; la vraie dévotion procède de la vraie foi, qui nous conduit à reconnaître la dignité éminente de la Mère de Dieu, et nous pousse à aimer cette Mère d’un amour filial, et à poursuivre l’imitation de ses vertus ». En ce jour de fête demandons à Marie, pleinement unie au Dieu Trinité, de nous faire grandir dans les vertus de foi et d’humilité. Puissions-nous l’aimer vraiment en l’imitant et en donnant jour après jour la joie du Christ Ressuscité à notre monde.

lundi 9 août 2010

19ème dimanche du temps ordinaire

19ème dimanche du TO/C
8/08/2010
Luc 12, 32-48 (p. 318)
Au cœur de l’été nous poursuivons notre lecture continue de l’Evangile selon saint Luc au chapitre 12. Le lien avec l’Evangile de dimanche dernier est évident même si nous sautons quelques versets pour parvenir au passage évangélique que nous venons d’entendre à l’instant. Souvenez-vous de la parabole de l’homme riche et de l’avertissement du Seigneur : « Gardez-vous de toute cupidité ». Et son invitation à s’enrichir en vue de Dieu. Dans les versets omis par la lecture continue nous trouvons l’un des enseignements majeurs de l’Evangile : « Cherchez le Royaume de Dieu, et cela vous sera donné en plus ». Quoi donc ? Le nécessaire pour notre vie humaine. De fait l’Evangile de ce dimanche ne cesse pas de nous parler de cette mystérieuse réalité du Royaume de Dieu. Et Jésus nous demande d’avoir et d’entretenir en nous deux attitudes fondamentales pour pouvoir accueillir ce Royaume : le détachement et la vigilance. Le détachement parce que le Royaume est déjà présent au milieu de nous avec Jésus, avec le mystère de l’incarnation. La vigilance parce que le Royaume doit encore s’accomplir avec le retour du Seigneur dans la gloire, retour dont nous ne pouvons pas connaître le moment. Dans le passage omis Jésus déplore notre peu de foi. C’est en effet parce que notre foi est bien faible que nous avons tant de mal à être détachés des biens matériels et à être vigilants pour le Royaume.
Regardons tout d’abord l’appel au détachement, dans la suite logique de la parabole de l’homme riche. Cet appel est précédé d’un enseignement essentiel : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». La présence de Dieu, son action nous sont données ! Jésus affirme que la grâce du Père est première dans notre condition de chrétiens. Hier comme aujourd’hui les chrétiens sont un « petit troupeau ». Notre dignité ne vient pas de notre nombre ou de notre puissance mais de ce que le Royaume nous est donné. Et si telle est bien la vérité de notre foi, alors nous n’avons rien à craindre, même si nous étions en situation minoritaire. Le signe que ce Royaume nous est donné réellement, c’est notre capacité à donner. De notre personne bien sûr, mais aussi de nos biens. Jésus souligne l’importance de l’aumône comme acte de foi dans le Royaume. Si notre trésor correspond à notre compte bancaire, alors nous ne pouvons pas aimer Dieu ni notre prochain comme Jésus nous le demande.
Regardons maintenant l’exigence de la vigilance en vue de l’accomplissement du Royaume, et cela à travers une parabole bien connue de tous et qui fait partie du lectionnaire pour les funérailles chrétiennes. Oui, notre vie chrétienne est en même temps un don, une grâce et une exigence. La fidélité répétitive des moines et des moniales est un magnifique exemple de vigilance. Pour nous qui vivons dans le monde avec un rythme de vie très différent des consacrés le travail de la vigilance correspond à notre devoir d’état. Notre vie dans le monde est elle aussi bien souvent répétitive. Elle peut même nous paraître fade et monotone tellement nous sommes attirés par la nouveauté et le changement. C’est là que la foi, l’amour et l’espérance chrétiennes peuvent transfigurer le quotidien en nous remettant dans l’axe du Royaume. Le devoir d’état ce n’est rien d’autre que notre vocation. Nous attendrons comme il faut le Seigneur si nous sommes de plus en plus fidèles à notre vocation que nous soyons mariés, prêtres, consacrés ou célibataires. Le fait d’être croyants n’enlèvera pas l’aspect répétitif de certaines tâches, le côté rébarbatif du devoir d’état. Mais nous aurons au cœur même de la monotonie la possibilité de puiser la joie aux sources du salut. C’est là que la prière a toute sa place comme boussole qui nous réoriente régulièrement vers l’essentiel, vers le Royaume. Et tout le reste nous sera donné par surcroît.
La conclusion de cette page évangélique nous remet devant une réalité que nous avons tendance à oublier. Au jour du jugement dernier ce ne sont pas les ignorants, athées ou non-chrétiens, bref les autres, qui auront le plus de soucis à se faire, mais bien nous. Non pas que Jésus nous pousse à la peur, il nous a dit « Sois sans crainte, petit troupeau », mais il veut nous faire comprendre la réalité suivante : au plus nous avons reçu, au plus il nous sera demandé. Si être chrétien c’est d’abord une grâce incomparable, c’est aussi une immense responsabilité : « A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ». Et c’est encore plus vrai du ministère des prêtres, des évêques et du pape. Saint Augustin l’avait bien compris lui qui faisait la différence entre la douce grâce d’être chrétien et le fardeau de la vocation d’évêque : « Pour vous, je suis évêque ; avec vous, je suis chrétien. Le premier nom est celui d’un office reçu ; le second, de la grâce ; le premier nom est celui d’un danger ; le second, du salut ”. Demandons vraiment la force de Dieu pour être fidèles chaque jour, si possible davantage, à la présence de son Royaume et à notre vocation particulière.

jeudi 5 août 2010

18ème dimanche du temps ordinaire

18ème dimanche du TO/C
1er août 2010
Luc 12, 13-21 (p.269)
Au cœur de notre été la liturgie de la Parole nous entretient du sens de notre vie. Question usée, pourrait-on penser, par les philosophies comme par les mythes et les religions… Mais question essentielle parce qu’éternelle, jamais démodée finalement.
La petite parabole de l’Evangile, celle de l’homme riche, est à lire en lien avec la première lecture, un court extrait du livre de Qohélet ou Ecclésiaste. Dans le contexte de la révélation biblique ce livre de sagesse, dans l’Ancien Testament, se démarque par son originalité et son étonnante modernité. Il prend ses distances avec l’optimisme des théologiens traditionnels. Notre première lecture nous en donne le début, assez célèbre, et en sautant de très nombreux versets, presque deux chapitres, nous fait entendre quelques versets de la fin du chapitre deux. Tout cela pour dire qu’il faudrait lire ces chapitres, et même ce livre bref et dense, dans leur intégralité. Je vous invite donc à faire cette lecture du livre de Qohélet dans votre Bible. Pour résumer le contenu des deux premiers chapitres, imaginons-nous un homme présenté comme un roi. Il a tout ce qu’il faut pour être heureux matériellement, il est comblé, il a parfaitement réussi sa vie du point de vue humain. Et même c’est un sage, un intellectuel. Malgré sa sagesse ou peut-être grâce à sa sagesse, il n’est pas satisfait. Il se met à réfléchir sur sa vie et en fait le bilan : « On ne tient rien, on court après le vent ; il n’y a rien à gagner sous le soleil ! […] Et j’ai trouvé la vie détestable : pour moi, tout ce qui se fait sous le soleil est une mauvaise affaire, tout nous échappe, on court après le vent ». Voilà le sens du dicton « Vanité des vanités, tout est vanité ! » que la Bible des Peuples traduit : « Rien qui tienne, on n’a de prise sur rien ! » Qohélet peut être perçu comme un pessimiste. Mais lui se définit comme un réaliste. La vanité de notre vie humaine, c’est-à-dire son vide, son néant, son inconsistance, ne provient pas seulement du fait qu’elle est limitée dans le temps par la mort, comme nous le rappelle le psaume 89. Elle provient aussi de ce qui semble être une injustice permanente : non seulement la mort réduit à néant toute une vie de labeur et d’activité, mais un homme juste et travailleur peut laisser son héritage à un fils fainéant et injuste… La question posée par Qohélet et par Jésus dans l’Evangile est donc la suivante : qu’est-ce qui offre à notre vie un fondement solide ? Ou bien que signifie réussir sa vie ? Au sein même de cette inconsistance comment vivre sans se décourager et finalement désespérer ? Jésus traite de « fou » l’homme riche de la parabole, celui qui à l’opposé de Qohélet, est parfaitement satisfait de sa réussite sociale et matérielle sans se poser aucune question. Sa folie tient d’abord à ce qu’il oublie le terme inévitable de sa vie terrestre. Le psaume demande au Seigneur : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse ». Le sage c’est celui qui sait qu’il retournera à la poussière, et que comme une simple herbe des champs, il peut en un seul jour se faner, se dessécher. La pensée de la mort n’est pas forcément source de désespoir, comme dans le livre de Qohélet. Elle permet à celui qui est sage de la sagesse du Christ de donner au contraire à sa vie tout son poids et toute sa valeur. C’est bien parce que notre vie est limitée temporellement que nos activités revêtent dans leur « vanité » apparente un poids d’éternité. La folie de cette homme consiste surtout en sa cupidité : « Gardez-vous bien de toute âpreté au gain ». Saint Paul résumera l’enseignement de Jésus sur le danger des richesses en une formule saisissante : « L’amour de l’argent est la racine de tous les maux ». Les désordres et les déséquilibres de notre monde viennent très souvent de la course au profit alliée à l’orgueil et au désir de dominer. Désordres économiques c’est évident, mais aussi politiques, sociaux. Dans de nombreux conflits armés l’aspect financier est non négligeable. Le Seigneur nous met donc en garde pour nous éviter l’idolâtrie de l’argent et dans le même mouvement pour que nous soyons riches « en vue de Dieu ». L’homme nouveau, celui qui est uni au Christ par le baptême et par la foi, échappe à la vanité de la vie dans la mesure où il s’enrichit en vue de Dieu. Au sein de la fragilité et de l’inconsistance de tout ce qui est humain, nous pouvons fonder notre vie et ses activités sur la parole du Christ, roc inébranlable. C’est cette parole qui nous enseigne comment nous enrichir en vue de Dieu. Jésus ne nous demande pas d’être de tristes jansénistes refusant les plaisirs et les joies de l’existence humaine. Les accepter c’est aussi accepter humblement sa condition de créature charnelle, comme nous l’enseigne l’Ecclésiaste. Le chrétien sait être reconnaissant pour les bienfaits de la Création. Il sait surtout que c’est par l’amour, donc par le refus de l’égoïsme, qu’il fait entrer déjà un peu d’éternité dans la « vanité » de cette vie. Pour reprendre une expression de saint Paul, « seule vaut la foi qui agit grâce à l’amour ». Demandons au Seigneur Jésus sa force et sa lumière pour prendre ce chemin de vie qui seul peut nous conduire à la vie éternelle !

lundi 28 juin 2010

13ème dimanche du temps ordinaire

13ème dimanche du TO/C
27/06/2010
Luc 9, 51-62 (p. 18)
En cette fin d’année scolaire la liturgie nous fait entendre la finale du chapitre 9 de l’Evangile selon saint Luc. Le contexte est ici important. Cet Evangile se situe entre l’envoi en mission des Douze et l’envoi en mission des 72 disciples. C’est donc bien dans un sens missionnaire que nous avons à recevoir ces paroles. Le moment est en outre décisif : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde, il prit avec courage la route de Jérusalem ». Nous sommes à un tournant de l’Evangile. Le Seigneur se dirige vers la ville sainte avec ses apôtres pour y souffrir sa Passion et y mourir sur le bois de la croix. Et cela nous dit aussi quelque chose des moyens de la mission. C’est par la faiblesse de la Croix que Jésus sauvera notre humanité. C’est par l’offrande de sa personne et de sa vie par amour qu’il nous attirera vers le Père. La seule puissance dont Dieu dispose est précisément celle de son amour infini.
Je commencerai par méditer rapidement la deuxième partie de notre Evangile. Nous avons trois exemples d’hommes, anonymes, auxquels le Seigneur rappelle les exigences de la mission à sa suite. Pour annoncer le Règne de Dieu il faut avoir en soi certaines dispositions. Ce qui est commun à ces trois exemples c’est la nécessité du détachement pour celui qui veut suivre Jésus. Détachement vis-à-vis d’un certain confort de vie, détachement aussi par rapport aux liens humains et familiaux. Nul ne peut commencer à vivre ces exigences s’il ne met pas d’abord toute sa confiance en Dieu. C’est bien une question de foi totale. C’est par la force de cette foi que le disciple peut répondre à Jésus par un « oui » sans conditions ni retard. Le détachement est la condition nécessaire à la liberté du disciple. Celui qui suit Jésus doit devenir un homme libre qui se laisse conduire par l’Esprit. Etre libre ici ne signifie pas faire sa propre volonté, mais, comme Jésus, rechercher et accepter la volonté du Père. Ceci nous amène à méditer maintenant la première partie de notre Evangile.
Les Samaritains et les Juifs ne s’aimaient pas. Ils avaient même leur propre temple. De la Galilée à la Judée, Jésus doit traverser ce territoire de la Samarie. Et voilà qu’un village refuse de l’accueillir lui et ses disciples. Saint Luc nous en donne la raison : « parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem ». Notons ici l’étroitesse d’esprit des samaritains, signe d’une humanité divisée par le péché. Ne croyons pas avoir affaire à une vieille histoire du passé. En tant que curé j’ai connu la mesquinerie de l’esprit de clocher entre certains catholiques… qui refusaient d’aller à la messe dans le village d’à côté parce que c’étaient un peu des « ennemis »… Et voilà que Jacques et Jean, deux apôtres, proposent au Seigneur de punir de manière forte ces samaritains peu accueillants : « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » Souvenons-nous du contexte : Jésus monte à Jérusalem pour y souffrir sa Passion et mourir crucifié… Nos apôtres en sont restés à l’Ancien Testament, aux bonnes vieilles méthodes… Ici s’exprime la tentation du fanatisme religieux. Ce fanatisme est une caricature honteuse de la vraie foi et de la religion authentique. Il s’agit finalement d’imposer la vérité par la force. Il s’agit de s’imposer par tous les moyens possibles en bafouant la conscience et la liberté de ceux qui ne partagent pas nos convictions. Beaucoup de pages sombres de l’histoire de notre Eglise relèvent de ce fanatisme religieux. Et si en Occident il y a tant de personnes qui sont athées et refusent la religion, c’est en grande partie à cause de cela. C’est à cause de ce contre-témoignage que le pape Jean-Paul II a publiquement demandé pardon à Dieu lors du Jubilé de l’an 2000. Maurice Zundel écrivait en 1966 : « On peut dire que l’immense majorité des peuples n’ont pas choisi leur religion. Elle leur a été imposée. Or, une religion imposée ne peut pas être une religion mystique : ce ne peut être qu’une religion-objet, une religion prise du dehors ». Et nos évêques affirmaient dans leur lettre aux catholiques de France : « Entre Dieu et l’homme il ne s’agit jamais d’un rapport de forces, mais d’un rapport de liberté et, en dernière instance, d’une relation de confiance et d’amour ». Jésus, nous le voyons, ne rentre pas dans le projet punitif de ses apôtres. Au contraire il les interpelle vivement, il les réprimande et les remet ainsi dans l’axe de leur mission. La mission des apôtres n’est pas de punir au nom de Dieu. Ils doivent manifester au contraire la miséricorde et l’amour du Seigneur pour tous, en particulier pour les pécheurs et les ignorants. Quelques chapitres plus loin dans le même Evangile, le Seigneur Jésus parle lui aussi d’un feu. Non pas un feu vengeur qui tue les hommes, mais le feu issu de son cœur aimant par lequel il veut les attirer au Père. Non pas la force qui punit et contraint, mais la faiblesse d’un Dieu crucifié, désarmé, qui nous sauve et nous relève avec une patience infinie :
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli !

mercredi 16 juin 2010

11ème dimanche du temps ordinaire

11ème dimanche du TO/C
13/06/2010
Luc 7, 36- 8, 3 (p.1065)
Nous connaissons l’importance des repas dans les Evangiles. Jésus répondait volontiers aux invitations qu’on lui faisait, qu’elles viennent des pharisiens comme ici, de ceux qui étaient considérés comme des pécheurs ou encore du petit cercle de ses amis intimes. Le Seigneur était à l’aise avec tous. Il n’était pas l’homme d’une classe sociale ou d’une catégorie de la population. Il était à l’aise avec tous parce qu’il était, en tant que Fils de Dieu, suprêmement libre. Il ne dépendait ni du regard des autres ni de leurs jugements ni du quand dira-t-on… mais de la volonté du Père, volonté de salut pour tous les hommes. Et c’est lors d’un repas sacré, celui de la dernière Cène, que le Seigneur institua le sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement que nous célébrons chaque dimanche a bien la forme d’un repas. Le repas est rassemblement autour de la table commune, celle de la famille ou des amis. Dans un repas nous ne faisons pas que manger et boire. Mais nous échangeons aussi le pain de la parole etc. Tout cela se retrouve à un niveau divin dans le sacrement de la messe.
Peu avant notre texte, Jésus lui-même rappelle dans l’Evangile selon saint Luc la mauvaise réputation qui était la sienne chez les honnêtes gens de la société de son temps : « Voilà un mangeur et un buveur de vin, un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs ! » Ici notre Seigneur répond donc à l’invitation d’un pharisien, donc d’un observateur scrupuleux de la Loi de Moïse. Il est précisément chez une personne honnête. Et voilà qu’une femme, dont nous ne savons pas le nom, vient déranger ce repas, cette rencontre entre le pharisien et le Maître. Luc la qualifie de pécheresse. Le décor de la scène nous est ainsi donné : d’un côté l’observateur de la Loi, de l’autre la pécheresse. Saint Luc reflète la division religieuse entre les personnes dans la société juive de son temps. Une division qui donne deux camps : les justes d’un côté, les pécheurs de l’autre. Le repas, lieu de communion, va devenir lors de cette scène un lieu de division à cause de cette intruse. En plus cette femme est démonstrative. Et voilà qu’à la vue de ce spectacle une pensée intérieure surgit chez le pharisien : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse ». La pensée du pharisien nous instruit sur deux points qui sont au cœur du message de cet Evangile. Le premier porte sur l’identité de Jésus. Souvenons-nous que peu de temps avant, dans le même chapitre, c’est Jean-Baptiste lui-même qui semblait pris par le doute : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Ici le pharisien doute de la qualité de prophète attribuée à Jésus par certains. S’il réserve un aussi bon accueil à une pécheresse, c’est le signe évident qu’il n’est pas un homme de Dieu… Le second point porte sur le jugement émis par celui qui se considère juste sur cette femme : elle est une pécheresse. Jugement qui enferme cette femme dans son péché et la réduit à ce seul aspect de sa personne et de sa vie. Les nouveautés du langage contemporain prêtent parfois à rire… Mais certaines traduisent cette volonté de ne pas enfermer une personne dans une case. Au lieu de dire un handicapé ou un homosexuel par exemple, on dira volontiers une personne handicapée ou une personne homosexuelle. Ces manières de parler sont dans la logique de l’Evangile qui nous demande de ne pas juger, et encore moins condamner, notre prochain, même s’il est différent ou pécheur. En nous demandant de ne pas juger Jésus nous demande de ne pas nous mettre à la place de Dieu, car lui seul a autorité pour juger, lui seul est le juste juge. Le Seigneur lit dans les pensées de Simon et lui propose la petite parabole des deux débiteurs. Cette parabole nous enseigne d’abord que nous sommes tous pécheurs. Elle brise la division entre hommes justes et hommes pécheurs. Le seul homme juste ayant jamais existé c’est Jésus. Simon, l’honnête pharisien est lui aussi pécheur… La preuve, il vient d’enfermer cette femme dans son péché, il vient de la mépriser en la jugeant. Cette parabole enseigne aussi que les grands pécheurs lorsqu’ils s’approchent du Seigneur Jésus sont enflammés d’un amour plus ardent et intense que les personnes simplement honnêtes… Il y a comme un lien de réciprocité entre le pardon accordé par Dieu et l’amour du pécheur réconcilié. Cette femme a beaucoup aimé Jésus, elle le lui a montré par son audace et ses gestes de vénération et de tendresse. Cet amour attire sur elle la miséricorde du Seigneur. Et le pardon accordé et reçu la fait encore grandir dans l’amour pour Dieu. Le rapport entre la miséricorde et l’amour est comparable à un cercle. Si l’amour de Dieu pour nous est toujours premier et nous précède, notre amour pour lui le presse en quelque sorte à exercer sa miséricorde. La fin de l’Evangile répond d’une manière magnifique à la question sur l’identité de Jésus : non seulement il est prophète, envoyé par Dieu, mais il est bien plus. Puisqu’il a le pouvoir de pardonner les péchés et de réconcilier les pécheurs avec Dieu, c’est bien le signe qu’il est vraiment homme et vraiment Dieu, Fils du Dieu vivant venu non pas pour nous condamner mais pour nous sauver !

dimanche 6 juin 2010

SAINT SACREMENT

Le Saint Sacrement / C
6/06/2010
Luc 9, 11-17 (p. 1190)
Dimanche dernier nous avons fêté celui qui est au cœur de notre foi chrétienne : Dieu dans son mystère trinitaire, le Dieu unique, communion d’amour entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. En ce dimanche nous fêtons le Saint Sacrement de l’eucharistie, c’est-à-dire le sacrement par excellence. Si le baptême est le fondement de toute notre vie chrétienne, l’eucharistie en constitue le sommet et le centre permanent. L’eucharistie, nous le savons, est liée d’une manière particulièrement forte à la célébration chrétienne du jour du Seigneur, le dimanche. Cette fête en l’honneur de l’eucharistie située après le dimanche de la Sainte Trinité nous redit le sens trinitaire de la célébration de la messe. Spontanément quand nous pensons à la messe nous pensons à Jésus qui a institué ce sacrement lors de la dernière Cène, nous pensons bien sûr au don de son Corps et de son Sang offerts en sacrifice pour que nous puissions communier à sa vie divine et nous en nourrir. Nous oublions peut-être la dimension trinitaire de l’eucharistie. Remarquons bien que la plupart des prières de la messe s’adressent non pas au Fils mais au Père. Cela est particulièrement vrai pour la grande prière eucharistique. Cette prière se termine par les mots suivants dits ou chantés par le prêtre : « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. » Ce à quoi l’assemblée des fidèles répond : « Amen ». Le Saint Sacrement de la messe est donc bien une prière, une offrande adressée au Père par le Fils dans l’Esprit.
Pour cette solennité l’Eglise nous fait entendre en ce dimanche le récit de la multiplication des pains en saint Luc. Cet événement n’est pas directement en lien avec l’eucharistie. Mais l’évangéliste nous le rapporte en pensant à ce grand sacrement. La multiplication des pains a sa place entre deux autres événements. En faisant ce geste le Seigneur Jésus se situe dans la suite de Moïse qui demanda à Dieu de nourrir le peuple au désert. Jésus se situe surtout à la place même de Dieu puisque c’est Dieu qui donna la manne au peuple affamé. En faisant ce geste le Seigneur Jésus annonce aussi le don de l’eucharistie, le don du pain de vie. Ce sont les Douze qui prennent l’initiative non pas de nourrir la foule des auditeurs mais de les renvoyer dans des lieux habités pour qu’ils puissent manger. Les apôtres sont des hommes réalistes nous le voyons, avec les pieds bien sur terre. La réponse du Seigneur à ces hommes a de quoi les déstabiliser : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Il sait très bien, lui, le Maître et Seigneur, qu’ils n’ont pas assez de nourriture pour nourrir cette foule… Par cette parole quelque peu provocatrice il veut toutefois les faire avancer dans la compréhension de leur mission. Ils ne sont pas là pour renvoyer les gens mais bien pour les nourrir de la Parole de Dieu. C’est la première partie de notre messe. Les Douze restent des hommes réalistes : « Nous n’avons que cinq pains et deux poissons… ». Remarquons au passage qu’ils n’ont pas pris au pied de la lettre les consignes que Jésus leur a données en les envoyant en mission… «N'emportez rien pour la route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent ; n'ayez pas chacun une tunique de rechange. » Les apôtres confessent donc leurs limites humaines : « Nous n’avons que… » En cette année sacerdotale qui touche à sa fin cela nous redit que les ministres de l’eucharistie sont de pauvres hommes pécheurs. Et que dans l’eucharistie ils ne sont que des serviteurs secondaires. Que demande Jésus aux apôtres ? De faire le miracle ? Non, mais de préparer la foule à recevoir le don de Dieu : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Les Douze obéissent. Là se trouve la grandeur du prêtre : non pas se mettre à la place du Christ mais lui obéir. C’est Jésus et lui seul qui peut réaliser ce miracle, comme c’est Jésus et lui seul qui peut faire qu’un peu de pain devienne son Corps offert pour nous. Et Jésus lui-même dépend d’un autre, de son Père : « levant les yeux au ciel… ». Finalement c’est du Père que viennent tous les dons : la manne autrefois, le pain multiplié, le pain de l’eucharistie. Oui, tout vient du Père par le Fils dans l’Esprit. Les apôtres ont préparé le miracle, et maintenant ils sont chargés d’en distribuer les fruits à la foule. Le prêtre catholique est un Jean-Baptiste, il doit préparer le peuple à la rencontre du Seigneur dans l’Eucharistie. Non seulement en observant fidèlement le rite de l’Eglise mais en s’impliquant avec toute sa foi et son amour dans la célébration de ce mystère. Pendant la consécration il s’efface. Il agit « in persona Christi ». Ce qui ne veut pas dire « à la place du Christ ». Ce qui signifie plutôt que le prêtre est alors un pur instrument de la grâce par lequel le Christ Ressuscité se donne à ses fidèles dans l’offrande de son Corps et de son Sang au Père. « Tous mangèrent à leur faim ». L’eucharistie comme nourriture de l’âme nous comble et nous rassasie. Le pain de vie est surabondant : il en reste 12 paniers ! La grâce que nous avons à demander est peut-être celle de la faim spirituelle et du désir de Dieu. L’Eucharistie est en effet la rencontre du don de Dieu et de notre faim spirituelle. Amen.