6ème dimanche de Pâques / C
9/05/10
Jean 14, 23-29 (p. 685)
Dimanche dernier nous avons entendu la parole du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », le commandement de l’amour fraternel. En ce dimanche, le dernier avant l’Ascension, le Seigneur nous invite à l’aimer : « Si quelqu’un m’aime… ». Il nous adresse cette parole pendant qu’il demeure encore avec nous. Cette expression de l’Evangile de Jean s’applique bien sûr aux derniers jours de la vie terrestre de Jésus. Mais nous pouvons aussi l’appliquer avec l’Eglise à ce temps qui précède la fête de l’Ascension. Sans oublier que le Seigneur annonce aussi, avant d’entrer dans sa Passion, le don du Saint Esprit comme le Défenseur de l’Eglise et des fidèles.
« Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ». Jésus nous donne ici un critère de jugement tout simple pour savoir si nous demeurons vraiment dans son amour. C’est notre fidélité à la parole du Seigneur qui prouve en effet que nous l’aimons. Cette fidélité, nous avons à la vivre suivant deux orientations inséparables. Cette parole du Seigneur, ce sont d’abord les quatre Evangiles au cœur et sommet de la Bible comme de la liturgie chrétienne. Etre fidèle à la parole du Seigneur, c’est donc d’abord connaître et lire avec amour les Evangiles. La méditation amoureuse de ces textes, nommée Lectio Divina dans la Tradition de l’Eglise, nous unit de plus en plus au Christ. Le minimum pour nous consiste à préparer notre messe du dimanche en nous appropriant personnellement la liturgie de la Parole dans la méditation et la prière. Mais cette connaissance amoureuse et priante de la Parole ne suffit pas. Car cette Parole doit devenir chair dans notre vie et dans notre personne. De la même manière que le Verbe de Dieu s’est fait chair dans le sein de la Vierge Marie, la Parole de Dieu désire s’incarner en chacun de nous. Comment ? Dans la mesure où nous voulons la mettre en pratique, l’appliquer au quotidien de nos existences humaines. Si la Parole de Dieu porte des fruits dans notre vie, alors nous savons que nous aimons Jésus et que nous lui sommes fidèles.
Et si nous vivons cette fidélité de l’amour, qui comprend aussi ses chutes et ses faiblesses, nous pouvons recevoir avec une immense joie la promesse du Seigneur : « Nous viendrons vers lui et nous ferons chez lui notre demeure ». La traduction de la Bible Osty va beaucoup plus loin que la traduction liturgique qui dit : « Nous irons demeurer auprès de lui ». Si nous vivons cette fidélité à la Parole de Jésus, alors le Père et le Fils nous promettent de venir en nous, de faire en nous leur demeure. Nous devenons véritablement des sanctuaires, des temples pour le Seigneur. Dieu n’est pas seulement à nos côtés, tout proche, il vient en nous pour y faire sa demeure. Ce miracle de l’amour divin commence avec le baptême et s’accomplit par la confirmation et la communion eucharistique. Mais il demande de notre part une libre réponse d’amour. Il ne suffit pas d’avoir reçu les sacrements pour être fidèle à la Parole du Seigneur, pour l’aimer vraiment. Avant l’Ascension Jésus nous demande de ne pas en rester à une religion extérieure dans laquelle seuls les rites et les sacrements ont une importance. Il nous montre que nous avons à vivre un 8ème sacrement qui est celui de l’amour fraternel et de l’amour pour Dieu dans nos vies. Si nous venons à l’église pour prier et pour nous ressourcer en communiant, c’est bien pour pouvoir vivre dans le monde ce 8ème sacrement, celui de la charité chrétienne, qui se vérifie d’abord par nos actes et nos choix quotidiens.
Dans son testament Jésus nous promet donc de venir en nous avec le Père et l’Esprit. Il ne pourra le faire qu’après sa résurrection et son ascension. C’est le Christ ressuscité, vivant à jamais, assis à la droite du Père, qui vient en nous et nous communique le don de l’Esprit. Voilà l’un des plus beaux fruits du mystère pascal, fruit intérieur et invisible : Dieu Trinité fait de chacun de nous son temple. Et le signe intérieur de la présence de Dieu c’est toujours la paix. « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ». La paix du Christ s’accompagne toujours de l’amour et de la joie. Ce sont là les fruits de l’Esprit Saint. Cette paix n’est pas celle du monde, c’est-à-dire une paix trompeuse fondée sur le mensonge et l’illusion. La paix selon le monde consiste à nous anesthésier, à nous faire croire que nous avons pris le bon chemin alors que nous nous précipitons dans le vide. La paix selon le monde endort notre conscience et nous empêche de nous remettre en question pour changer de vie lorsque c’est nécessaire. La paix du Seigneur est toujours liée à notre désir de nous rapprocher de Dieu par la conversion. C’est pour cette raison que Jésus permet parfois que nous vivions l’épreuve de la sécheresse spirituelle, comme si sa paix nous était enlevée. Soit pour interpeller notre conscience croyante, soit pour nous faire progresser dans l’union avec lui. Car nous devons aimer le Seigneur pour lui-même et pas d’abord pour le réconfort spirituel que sa paix nous procure. Si nous sommes dans sa paix, n’oublions jamais de lui dire merci. Si cette paix nous est enlevée, si nous ne la ressentons plus, alors demeurons fidèles au Seigneur Jésus, et montrons-lui notre amour au sein même de l’épreuve spirituelle, conscients qu’elle est là pour notre progrès.
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
dimanche 9 mai 2010
dimanche 2 mai 2010
5ème dimanche de Pâques
5ème dimanche de Pâques / C
2 mai 2010
Jean 13 (p. 641)
Nous sommes, liturgiquement, dans ce temps entre Pâques et l’Ascension. Ce que le Seigneur dit à ses apôtres lors de la dernière Cène correspond bien au temps liturgique que nous vivons, temps qui atteindra son sommet avec la Pentecôte : « Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps ». Le temps pascal nous invite à redécouvrir d’une manière plus intense la présence du Christ Ressuscité dans nos vies, dans la vie de l’Eglise et dans celle du monde puisqu’il est aussi le Roi de l’univers. La fête de l’Ascension nous rappellera ce passage d’une présence visible à une présence invisible mais tout aussi réelle. C’est dans ce contexte que le Ressuscité nous laisse son testament sous la forme d’un commandement nouveau : l’amour fraternel. Chaque fois que nous sommes fidèles à ce commandement nouveau, nous expérimentons d’une manière unique la présence du Ressuscité dans nos vies et dans nos cœurs. Le Ressuscité ne se rend pas présent uniquement par sa Parole, par les sacrements, par la vie de prière mais aussi, ne l’oublions pas, dans notre vie tout entière si elle est fidèle au commandement de l’amour. Chaque fois que nous aimons en actes et en vérité, nous manifestons au monde la présence du Ressuscité. Et nous en faisons en même temps une expérience personnelle.
« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ». Ce commandement nouveau représente bien le sommet de la vie chrétienne, la perfection de la sainteté. Ce commandement nous trace un chemin de vie, de résurrection que nous n’aurons jamais fini d’explorer. Sur ce chemin nous sommes toujours à la traîne, nous avons toujours à progresser, à avancer à travers « bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». La grâce suprême, celle qui consiste après notre mort à nous réjouir de la présence de Dieu avec tous les saints et toutes les saintes, cette grâce n’est en fait que l’aboutissement d’une vie vécue dans la charité du Christ. Nous le savons bien : ce programme dépasse nos simples forces humaines. Et il faudra que l’Esprit de Pentecôte soit donné à l’Eglise et à chaque disciple pour que nous puissions mettre en pratique le commandement de l’amour. Reconnaître la difficulté de ce chemin ne doit jamais nous décourager ou nous dispenser de nous remettre en question. Si Jésus nous demande d’aimer, c’est parce qu’avec sa grâce cela nous est rendu possible. Aussi nous avons à mettre la prière à l’Esprit Saint, Amour entre le Père et le Fils, au cœur de notre programme de vie. Nous voyons l’Esprit de Dieu agir chez des non-chrétiens et même chez des non-croyants… Pourquoi ne ferait-il pas en nous qui sommes les membres de l’Eglise, des merveilles d’amour ? Douterions-nous de sa puissance ? Concrètement la prière persévérante à l’Esprit Saint est le meilleur moyen d’entrer dans la volonté du Seigneur sur nous. Et c’est dans cette atmosphère spirituelle que nous avons ensuite à considérer les cercles de nos relations humaines et à nous poser la question de notre fidélité au commandement de l’amour : ma famille, mon milieu professionnel, ma paroisse, ma ville ou mon village, mon pays etc. Sans exclure personne puisque le Seigneur nous demande d’aimer comme lui, à sa manière, c’est-à-dire de manière catholique, universelle, jusqu’aux ennemis. Dans l’Evangile de ce dimanche il s’agit d’un aspect de cet amour : l’amour fraternel entre disciples du Christ dans l’Eglise. C’est la pratique effective de cet amour qui montrera à tous les hommes que nous sommes vraiment les disciples du Ressuscité. C’est cette pratique du commandement nouveau qui édifie l’Eglise et rend témoignage auprès des non-croyants. Cet amour fraternel suppose que nous ayons le sens du bien commun, le sens communautaire qui fait d’une paroisse bien plus qu’un rassemblement de croyants isolés chaque dimanche… Une paroisse, ça devrait être comme une famille. Il peut y avoir des désaccords, des disputes, des caractères différents, mais l’amour doit l’emporter. Avec les armes du pardon, de la réconciliation. Dans une paroisse nous sommes membres les uns des autres. Nous n’allons pas à l’église chaque dimanche comme nous irions au supermarché une fois par semaine pour faire nos courses : uniquement pour communier au corps du Christ sans avoir le souci des membres de ce corps qui m’entourent. C’est le sens de l’eucharistie comme rassemblement autour de l’autel. La vie divine qui nous est donnée dans le corps eucharistique de Jésus ne peut pas être séparée de la vie divine qui circule par l’amour entre les membres de l’Eglise. Autrement notre foi s’affaiblit et ne peut pas porter de fruit. Nous pourrions être tentés à notre époque par la recherche d’expériences personnelles gratifiantes de type extraordinaire : des prodiges, des extases, le parler en langues, le repos dans l’Esprit etc. Ce n’est pas ce que Jésus attend de nous. L’amour fraternel implique un réel effort de décentrement de soi pour aller vers l’autre, pour s’intéresser à lui, à ses joies comme à ses peines. Ne confondons jamais le surnaturel avec l’extraordinaire. Aimer à la manière du Christ, voilà ce qui est surnaturel, car l’amour qui prend patience supporte tout et il ne passera jamais.
2 mai 2010
Jean 13 (p. 641)
Nous sommes, liturgiquement, dans ce temps entre Pâques et l’Ascension. Ce que le Seigneur dit à ses apôtres lors de la dernière Cène correspond bien au temps liturgique que nous vivons, temps qui atteindra son sommet avec la Pentecôte : « Mes petits enfants, je suis encore avec vous, mais pour peu de temps ». Le temps pascal nous invite à redécouvrir d’une manière plus intense la présence du Christ Ressuscité dans nos vies, dans la vie de l’Eglise et dans celle du monde puisqu’il est aussi le Roi de l’univers. La fête de l’Ascension nous rappellera ce passage d’une présence visible à une présence invisible mais tout aussi réelle. C’est dans ce contexte que le Ressuscité nous laisse son testament sous la forme d’un commandement nouveau : l’amour fraternel. Chaque fois que nous sommes fidèles à ce commandement nouveau, nous expérimentons d’une manière unique la présence du Ressuscité dans nos vies et dans nos cœurs. Le Ressuscité ne se rend pas présent uniquement par sa Parole, par les sacrements, par la vie de prière mais aussi, ne l’oublions pas, dans notre vie tout entière si elle est fidèle au commandement de l’amour. Chaque fois que nous aimons en actes et en vérité, nous manifestons au monde la présence du Ressuscité. Et nous en faisons en même temps une expérience personnelle.
« Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres ». Ce commandement nouveau représente bien le sommet de la vie chrétienne, la perfection de la sainteté. Ce commandement nous trace un chemin de vie, de résurrection que nous n’aurons jamais fini d’explorer. Sur ce chemin nous sommes toujours à la traîne, nous avons toujours à progresser, à avancer à travers « bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». La grâce suprême, celle qui consiste après notre mort à nous réjouir de la présence de Dieu avec tous les saints et toutes les saintes, cette grâce n’est en fait que l’aboutissement d’une vie vécue dans la charité du Christ. Nous le savons bien : ce programme dépasse nos simples forces humaines. Et il faudra que l’Esprit de Pentecôte soit donné à l’Eglise et à chaque disciple pour que nous puissions mettre en pratique le commandement de l’amour. Reconnaître la difficulté de ce chemin ne doit jamais nous décourager ou nous dispenser de nous remettre en question. Si Jésus nous demande d’aimer, c’est parce qu’avec sa grâce cela nous est rendu possible. Aussi nous avons à mettre la prière à l’Esprit Saint, Amour entre le Père et le Fils, au cœur de notre programme de vie. Nous voyons l’Esprit de Dieu agir chez des non-chrétiens et même chez des non-croyants… Pourquoi ne ferait-il pas en nous qui sommes les membres de l’Eglise, des merveilles d’amour ? Douterions-nous de sa puissance ? Concrètement la prière persévérante à l’Esprit Saint est le meilleur moyen d’entrer dans la volonté du Seigneur sur nous. Et c’est dans cette atmosphère spirituelle que nous avons ensuite à considérer les cercles de nos relations humaines et à nous poser la question de notre fidélité au commandement de l’amour : ma famille, mon milieu professionnel, ma paroisse, ma ville ou mon village, mon pays etc. Sans exclure personne puisque le Seigneur nous demande d’aimer comme lui, à sa manière, c’est-à-dire de manière catholique, universelle, jusqu’aux ennemis. Dans l’Evangile de ce dimanche il s’agit d’un aspect de cet amour : l’amour fraternel entre disciples du Christ dans l’Eglise. C’est la pratique effective de cet amour qui montrera à tous les hommes que nous sommes vraiment les disciples du Ressuscité. C’est cette pratique du commandement nouveau qui édifie l’Eglise et rend témoignage auprès des non-croyants. Cet amour fraternel suppose que nous ayons le sens du bien commun, le sens communautaire qui fait d’une paroisse bien plus qu’un rassemblement de croyants isolés chaque dimanche… Une paroisse, ça devrait être comme une famille. Il peut y avoir des désaccords, des disputes, des caractères différents, mais l’amour doit l’emporter. Avec les armes du pardon, de la réconciliation. Dans une paroisse nous sommes membres les uns des autres. Nous n’allons pas à l’église chaque dimanche comme nous irions au supermarché une fois par semaine pour faire nos courses : uniquement pour communier au corps du Christ sans avoir le souci des membres de ce corps qui m’entourent. C’est le sens de l’eucharistie comme rassemblement autour de l’autel. La vie divine qui nous est donnée dans le corps eucharistique de Jésus ne peut pas être séparée de la vie divine qui circule par l’amour entre les membres de l’Eglise. Autrement notre foi s’affaiblit et ne peut pas porter de fruit. Nous pourrions être tentés à notre époque par la recherche d’expériences personnelles gratifiantes de type extraordinaire : des prodiges, des extases, le parler en langues, le repos dans l’Esprit etc. Ce n’est pas ce que Jésus attend de nous. L’amour fraternel implique un réel effort de décentrement de soi pour aller vers l’autre, pour s’intéresser à lui, à ses joies comme à ses peines. Ne confondons jamais le surnaturel avec l’extraordinaire. Aimer à la manière du Christ, voilà ce qui est surnaturel, car l’amour qui prend patience supporte tout et il ne passera jamais.
lundi 19 avril 2010
3ème dimanche de Pâques
3ème dimanche de Pâques / C
18/04/2010
Jean 21, 1-19 (p. 546)
En ce dimanche du temps de Pâques nous méditons la fin de l’Evangile selon saint Jean. Marie-Madeleine avait annoncé la Bonne Nouvelle de la résurrection aux disciples. Jésus lui-même s’était manifesté aux apôtres et en particulier à Thomas (l’évangile de dimanche dernier). Le Ressuscité leur avait donné l’Esprit Saint et les avait envoyés en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Et de manière étrange nous retrouvons le groupe des apôtres au bord du lac de Tibériade. Ils ont quitté Jérusalem pour rejoindre leur Galilée natale, au nord d’Israël. Ils semblent avoir repris leur activité habituelle de pêcheurs comme si rien ne s’était passé entre temps… Il est vrai que le Ressuscité avait demandé à ses disciples de l’attendre en Galilée. Mais cette finale de l’Evangile nous renvoie d’une manière déconcertante au commencement du même Evangile, à l’appel des disciples. D’ailleurs la dernière parole du Christ est bien celle de l’appel renouvelé à Pierre : « Suis-moi ! » Les spécialistes de la Bible nous expliquent que ce chapitre 21 aurait été ajouté en appendice à la fin de l’Evangile selon saint Jean, ce qui expliquerait en partie l’étrangeté de la situation.
Pour notre méditation retenons d’abord un premier point.
Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.
Les disciples sont dans la même situation que les disciples d’Emmaüs en saint Luc. Le Seigneur se manifeste à eux mais ils ne le reconnaissent pas. Notons que le Ressuscité choisit de se manifester à eux dans ce qui constitue l’ordinaire de leur vie : leur travail de pêcheurs. Comme sur la route d’Emmaüs il s’était intéressé à la vie et aux sentiments des deux disciples. C’est un premier point spirituel important pour nous. Si le Christ est vraiment ressuscité, s’Il est le Vivant, où allons-nous trouver le signe de sa présence et de son passage ? Dans les sacrements bien sûr, dans la vie de prière. Mais aussi et peut-être même d’abord dans notre vie de tous les jours, dans les événements banals qui tissent le quotidien de nos existences. Simplement nous ressemblons bien souvent aux disciples au bord du lac, nous ne le savons pas, nous n’en prenons pas conscience, nous passons à côté de cette présence quotidienne du Ressuscité à nos côtés. Pourquoi ? Parce que nous ne regardons pas l’ordinaire de nos vies avec les yeux de la foi. Avec le regard de la foi, avec cette présence permanente du Ressuscité à nos côtés, l’ordinaire de nos vies n’est plus banal, mais devient précisément un lieu spirituel, un lieu de rencontre avec le salut apporté par le Christ.
Le deuxième point de notre méditation porte sur ce passage de l’aveuglement à la reconnaissance.
Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n'arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau.
Pour leur faire faire ce passage, Jésus va refaire un signe du passé : la pêche miraculeuse. Comme devant les disciples d’Emmaüs, il a en quelque sorte refait les gestes de la multiplication des pains. Cette pêche miraculeuse d’après Pâques est la manière qu’a le Christ de se faire reconnaître de ses disciples. Comme au matin de Pâques, c’est Jean qui est le plus rapide, Jean qui comprend le premier le message : « C’est le Seigneur ! » Dans l’ordre de l’amour Jean est le premier. Mais c’est Pierre qui sera confirmé dans sa mission de « premier » des apôtres dans l’Eglise. Jésus lui rappelant à trois reprises qu’il doit imiter Jean dans son amour pour lui. La hiérarchie de l’Eglise, le service du gouvernement pastoral, ne dépend pas d’abord des mérites personnels de celui qui est appelé, mais bien de la grâce de Dieu. Tout appel de Dieu est aussi un appel à correspondre à la grâce par l’amour, d’où la triple question du Christ au chef des apôtres. L’histoire de l’Eglise nous montre que les papes, les évêques et les prêtres ne sont pas forcément les plus saints dans le peuple de Dieu. Mais être pape, évêque ou prêtre, c’est toujours recevoir un appel à la sainteté de l’amour pour Dieu et pour tous les hommes : « Suis-moi ».
Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c'était le Seigneur.
A l’issue de ce pique-nique pascal, les disciples savent, leurs yeux se sont ouverts, grâce au signe de la pêche surabondante.
Pour ouvrir nos yeux, pour réveiller notre foi, le Christ nous conduit par les mêmes chemins encore aujourd’hui. A travers certains événements qui nous rappellent des moments de notre passé, des grâces reçues autrefois, il nous redit sa présence indéfectible à nos côtés. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de faire de temps en temps une relecture de notre vie à la lumière de tout ce que nous avons déjà vécu et reçu. Et alors d’un seul coup tout prend sens, tout s’illumine, même parfois telle épreuve qui nous révolte… D’où l’importance de vivre aussi une fois par an un temps de retraite spirituelle ou de récollection pour nous retrouver avec Jésus au bord du lac et accueillir dans nos cœurs ouverts la surabondance de son amour de Ressuscité !
18/04/2010
Jean 21, 1-19 (p. 546)
En ce dimanche du temps de Pâques nous méditons la fin de l’Evangile selon saint Jean. Marie-Madeleine avait annoncé la Bonne Nouvelle de la résurrection aux disciples. Jésus lui-même s’était manifesté aux apôtres et en particulier à Thomas (l’évangile de dimanche dernier). Le Ressuscité leur avait donné l’Esprit Saint et les avait envoyés en mission : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Et de manière étrange nous retrouvons le groupe des apôtres au bord du lac de Tibériade. Ils ont quitté Jérusalem pour rejoindre leur Galilée natale, au nord d’Israël. Ils semblent avoir repris leur activité habituelle de pêcheurs comme si rien ne s’était passé entre temps… Il est vrai que le Ressuscité avait demandé à ses disciples de l’attendre en Galilée. Mais cette finale de l’Evangile nous renvoie d’une manière déconcertante au commencement du même Evangile, à l’appel des disciples. D’ailleurs la dernière parole du Christ est bien celle de l’appel renouvelé à Pierre : « Suis-moi ! » Les spécialistes de la Bible nous expliquent que ce chapitre 21 aurait été ajouté en appendice à la fin de l’Evangile selon saint Jean, ce qui expliquerait en partie l’étrangeté de la situation.
Pour notre méditation retenons d’abord un premier point.
Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui.
Les disciples sont dans la même situation que les disciples d’Emmaüs en saint Luc. Le Seigneur se manifeste à eux mais ils ne le reconnaissent pas. Notons que le Ressuscité choisit de se manifester à eux dans ce qui constitue l’ordinaire de leur vie : leur travail de pêcheurs. Comme sur la route d’Emmaüs il s’était intéressé à la vie et aux sentiments des deux disciples. C’est un premier point spirituel important pour nous. Si le Christ est vraiment ressuscité, s’Il est le Vivant, où allons-nous trouver le signe de sa présence et de son passage ? Dans les sacrements bien sûr, dans la vie de prière. Mais aussi et peut-être même d’abord dans notre vie de tous les jours, dans les événements banals qui tissent le quotidien de nos existences. Simplement nous ressemblons bien souvent aux disciples au bord du lac, nous ne le savons pas, nous n’en prenons pas conscience, nous passons à côté de cette présence quotidienne du Ressuscité à nos côtés. Pourquoi ? Parce que nous ne regardons pas l’ordinaire de nos vies avec les yeux de la foi. Avec le regard de la foi, avec cette présence permanente du Ressuscité à nos côtés, l’ordinaire de nos vies n’est plus banal, mais devient précisément un lieu spirituel, un lieu de rencontre avec le salut apporté par le Christ.
Le deuxième point de notre méditation porte sur ce passage de l’aveuglement à la reconnaissance.
Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n'arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau.
Pour leur faire faire ce passage, Jésus va refaire un signe du passé : la pêche miraculeuse. Comme devant les disciples d’Emmaüs, il a en quelque sorte refait les gestes de la multiplication des pains. Cette pêche miraculeuse d’après Pâques est la manière qu’a le Christ de se faire reconnaître de ses disciples. Comme au matin de Pâques, c’est Jean qui est le plus rapide, Jean qui comprend le premier le message : « C’est le Seigneur ! » Dans l’ordre de l’amour Jean est le premier. Mais c’est Pierre qui sera confirmé dans sa mission de « premier » des apôtres dans l’Eglise. Jésus lui rappelant à trois reprises qu’il doit imiter Jean dans son amour pour lui. La hiérarchie de l’Eglise, le service du gouvernement pastoral, ne dépend pas d’abord des mérites personnels de celui qui est appelé, mais bien de la grâce de Dieu. Tout appel de Dieu est aussi un appel à correspondre à la grâce par l’amour, d’où la triple question du Christ au chef des apôtres. L’histoire de l’Eglise nous montre que les papes, les évêques et les prêtres ne sont pas forcément les plus saints dans le peuple de Dieu. Mais être pape, évêque ou prêtre, c’est toujours recevoir un appel à la sainteté de l’amour pour Dieu et pour tous les hommes : « Suis-moi ».
Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c'était le Seigneur.
A l’issue de ce pique-nique pascal, les disciples savent, leurs yeux se sont ouverts, grâce au signe de la pêche surabondante.
Pour ouvrir nos yeux, pour réveiller notre foi, le Christ nous conduit par les mêmes chemins encore aujourd’hui. A travers certains événements qui nous rappellent des moments de notre passé, des grâces reçues autrefois, il nous redit sa présence indéfectible à nos côtés. C’est pour cette raison qu’il est essentiel de faire de temps en temps une relecture de notre vie à la lumière de tout ce que nous avons déjà vécu et reçu. Et alors d’un seul coup tout prend sens, tout s’illumine, même parfois telle épreuve qui nous révolte… D’où l’importance de vivre aussi une fois par an un temps de retraite spirituelle ou de récollection pour nous retrouver avec Jésus au bord du lac et accueillir dans nos cœurs ouverts la surabondance de son amour de Ressuscité !
dimanche 11 avril 2010
Dimanche de la miséricorde divine (dans l'octave de Pâques)
2ème dimanche de Pâques / C
11 avril 2010
Jean 20, 19-31 (p. 494)
Le dimanche de l’octave de Pâques est une célébration de la miséricorde divine. Dans l’Evangile de cette liturgie, il y a une référence à cette miséricorde :
Jésus répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Le premier fruit du mystère pascal, c’est le don de l’Esprit Saint aux apôtres, et à travers eux à toute l’Eglise. Et ce don de l’Esprit de Dieu est en vue de la manifestation de sa miséricorde envers tous les hommes, en vue du pardon des péchés par le ministère de l’Église. Tout cela est cohérent. Dans la Sainte Trinité l’Esprit est la Personne Amour, Il est le lien d’amour entre le Père et le Fils. Et c’est bien parce que Dieu est Amour qu’il est aussi celui qui fait miséricorde, celui qui pardonne. Le Coran souligne de très nombreuses fois que Dieu est miséricordieux, mais il ne signale pas la source de cette miséricorde : Dieu aime ses créatures. Célébrer la miséricorde de Dieu qui nous parvient par le mystère du Christ et dans l’Esprit Saint, c’est revenir à l’essentiel de la révélation chrétienne, un essentiel condensé en trois mots lumineux de simplicité par l’apôtre saint Jean : « Dieu est Amour ». En effet l’être le plus profond de Dieu Trinité est relation d’Amour puis communication de ce même Amour à sa création. En disant que Dieu est Bon, nous disons de lui l’essentiel. Tout le reste n’est que la conséquence de cette vérité première. Tout le reste est secondaire, tout le reste doit être compris à la lumière de cette affirmation fondamentale. Comme quand nous disons de Dieu, par exemple, qu’Il est juste. C’est parce que Dieu est Bon, qu’en Lui la miséricorde et la justice ne s’opposent pas, mais au contraire sont des qualités inséparables. Nous comprenons ainsi que la miséricorde n’est pas une qualité ajoutée en Dieu, comme si Dieu pouvait choisir de ne pas être miséricordieux… Non, la miséricorde fait partie de l’être même de Dieu puisqu’en Lui il n’y aucune place pour le mal, pour la rancune ou la vengeance, puisque le cœur de Dieu n’est que pure bonté.
Le don que le Christ Ressuscité fait à ses apôtres en vue de la réconciliation du genre humain avec le Père se situe dans une ambiance de peur. Après Pâques les apôtres sont enfermés par peur des Juifs. La miséricorde de Dieu, en tant que manifestation de son amour patient, va faire passer les apôtres de la peur à l’audace de la foi. Pâques pour eux comme pour tout chrétien sera la résurrection de la foi et de la confiance, le passage justement, non seulement de la mort à la vie, mais de la peur et du doute à la foi et à la confiance. Dans notre première lecture, lorsque le Ressuscité se manifeste à Jean dans une vision, il reprend le message pascal adressé aux saintes femmes venues visiter le tombeau :
Quand je le vis, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant : j'étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts.
C’est ce message pascal du Ressuscité que Jean-Paul II avait choisi en 1978 pour inaugurer son pontificat, et il n’a pas cessé jusqu’à sa mort de le répéter à tous : « N’ayez pas peur ! » Nous, catholiques de France, nous pourrions être tentés par la peur, et sa conséquence : le repli identitaire, le ghetto catholique voire l’intégrisme. Nous savons bien que la France n’est plus un pays réellement chrétien. Il subsiste un vernis de christianisme, mais pour combien de temps encore ? Certains prennent peur en constatant la baisse du nombre des prêtres, le manque de renouvellement du clergé. Mais nous devrions surtout comprendre que s’il y a moins de prêtres qu’avant, c’est parce qu’il y a aussi moins de croyants. Notre problème n’est donc pas le manque de prêtres, mais le manque de foi. Seule une foi vivante nous permet d’échapper à cette tentation inspirée par la peur devant des statistiques en baisse. Seule une foi vivante nous pousse à témoigner de la joie d’être chrétiens dans une société qui semble se désintéresser de plus en plus de la religion catholique. Le défi pour nous consiste à rattacher la pratique de notre religion à une vraie spiritualité. Car nos contemporains, même s’ils rejettent les religions, ont un grand besoin de spiritualité. A nous de montrer par notre vie et par nos actes que nous trouvons ce supplément d’âme dans l’Evangile du Christ. A nous de témoigner que la foi catholique n’est pas d’abord un fardeau, un ensemble d’obligations et de rites, mais une relation vivante avec Celui qui est le Vivant. A nous de témoigner que la foi est une force merveilleuse capable de transporter les montagnes, que la foi est ce trésor par lequel nous entrons en relation avec le Dieu Trinité. Ce témoignage, nous pourrons le donner à la suite des apôtres, si nous faisons vraiment l’expérience de la prière communautaire et personnelle. A nous de témoigner que la prière est la respiration de notre vie, le soleil de nos journées ! Tout simplement parce que la prière est une rencontre avec le Dieu Amour, une ouverture de tout notre être à sa Vie qui a vaincu la mort et le mal. Notre témoignage n’est pas d’abord la défense d’une religion, d’une institution, l’Eglise, mais la profonde conviction que sans la Vie du Christ Ressuscité en nous notre vie perd son sens, sa saveur et son goût. Témoigner en vérité, n’est-ce pas donner à ceux que nous fréquentons la faim et la soif de la rencontre avec le Dieu Vivant ? Nous sommes peu nombreux, mais est-ce une raison pour avoir peur ? Ecoutons la parole de Jésus :
Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
11 avril 2010
Jean 20, 19-31 (p. 494)
Le dimanche de l’octave de Pâques est une célébration de la miséricorde divine. Dans l’Evangile de cette liturgie, il y a une référence à cette miséricorde :
Jésus répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »
Le premier fruit du mystère pascal, c’est le don de l’Esprit Saint aux apôtres, et à travers eux à toute l’Eglise. Et ce don de l’Esprit de Dieu est en vue de la manifestation de sa miséricorde envers tous les hommes, en vue du pardon des péchés par le ministère de l’Église. Tout cela est cohérent. Dans la Sainte Trinité l’Esprit est la Personne Amour, Il est le lien d’amour entre le Père et le Fils. Et c’est bien parce que Dieu est Amour qu’il est aussi celui qui fait miséricorde, celui qui pardonne. Le Coran souligne de très nombreuses fois que Dieu est miséricordieux, mais il ne signale pas la source de cette miséricorde : Dieu aime ses créatures. Célébrer la miséricorde de Dieu qui nous parvient par le mystère du Christ et dans l’Esprit Saint, c’est revenir à l’essentiel de la révélation chrétienne, un essentiel condensé en trois mots lumineux de simplicité par l’apôtre saint Jean : « Dieu est Amour ». En effet l’être le plus profond de Dieu Trinité est relation d’Amour puis communication de ce même Amour à sa création. En disant que Dieu est Bon, nous disons de lui l’essentiel. Tout le reste n’est que la conséquence de cette vérité première. Tout le reste est secondaire, tout le reste doit être compris à la lumière de cette affirmation fondamentale. Comme quand nous disons de Dieu, par exemple, qu’Il est juste. C’est parce que Dieu est Bon, qu’en Lui la miséricorde et la justice ne s’opposent pas, mais au contraire sont des qualités inséparables. Nous comprenons ainsi que la miséricorde n’est pas une qualité ajoutée en Dieu, comme si Dieu pouvait choisir de ne pas être miséricordieux… Non, la miséricorde fait partie de l’être même de Dieu puisqu’en Lui il n’y aucune place pour le mal, pour la rancune ou la vengeance, puisque le cœur de Dieu n’est que pure bonté.
Le don que le Christ Ressuscité fait à ses apôtres en vue de la réconciliation du genre humain avec le Père se situe dans une ambiance de peur. Après Pâques les apôtres sont enfermés par peur des Juifs. La miséricorde de Dieu, en tant que manifestation de son amour patient, va faire passer les apôtres de la peur à l’audace de la foi. Pâques pour eux comme pour tout chrétien sera la résurrection de la foi et de la confiance, le passage justement, non seulement de la mort à la vie, mais de la peur et du doute à la foi et à la confiance. Dans notre première lecture, lorsque le Ressuscité se manifeste à Jean dans une vision, il reprend le message pascal adressé aux saintes femmes venues visiter le tombeau :
Quand je le vis, je tombai comme mort à ses pieds, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant : j'étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles, et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts.
C’est ce message pascal du Ressuscité que Jean-Paul II avait choisi en 1978 pour inaugurer son pontificat, et il n’a pas cessé jusqu’à sa mort de le répéter à tous : « N’ayez pas peur ! » Nous, catholiques de France, nous pourrions être tentés par la peur, et sa conséquence : le repli identitaire, le ghetto catholique voire l’intégrisme. Nous savons bien que la France n’est plus un pays réellement chrétien. Il subsiste un vernis de christianisme, mais pour combien de temps encore ? Certains prennent peur en constatant la baisse du nombre des prêtres, le manque de renouvellement du clergé. Mais nous devrions surtout comprendre que s’il y a moins de prêtres qu’avant, c’est parce qu’il y a aussi moins de croyants. Notre problème n’est donc pas le manque de prêtres, mais le manque de foi. Seule une foi vivante nous permet d’échapper à cette tentation inspirée par la peur devant des statistiques en baisse. Seule une foi vivante nous pousse à témoigner de la joie d’être chrétiens dans une société qui semble se désintéresser de plus en plus de la religion catholique. Le défi pour nous consiste à rattacher la pratique de notre religion à une vraie spiritualité. Car nos contemporains, même s’ils rejettent les religions, ont un grand besoin de spiritualité. A nous de montrer par notre vie et par nos actes que nous trouvons ce supplément d’âme dans l’Evangile du Christ. A nous de témoigner que la foi catholique n’est pas d’abord un fardeau, un ensemble d’obligations et de rites, mais une relation vivante avec Celui qui est le Vivant. A nous de témoigner que la foi est une force merveilleuse capable de transporter les montagnes, que la foi est ce trésor par lequel nous entrons en relation avec le Dieu Trinité. Ce témoignage, nous pourrons le donner à la suite des apôtres, si nous faisons vraiment l’expérience de la prière communautaire et personnelle. A nous de témoigner que la prière est la respiration de notre vie, le soleil de nos journées ! Tout simplement parce que la prière est une rencontre avec le Dieu Amour, une ouverture de tout notre être à sa Vie qui a vaincu la mort et le mal. Notre témoignage n’est pas d’abord la défense d’une religion, d’une institution, l’Eglise, mais la profonde conviction que sans la Vie du Christ Ressuscité en nous notre vie perd son sens, sa saveur et son goût. Témoigner en vérité, n’est-ce pas donner à ceux que nous fréquentons la faim et la soif de la rencontre avec le Dieu Vivant ? Nous sommes peu nombreux, mais est-ce une raison pour avoir peur ? Ecoutons la parole de Jésus :
Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
samedi 20 mars 2010
5ème dimanche de Carême
5ème dimanche de Carême /C
21 mars 2010
Jean 8, 1-11 (p. 233)
A la fin de notre Carême, à l’approche du temps de la Passion, l’Eglise nous propose comme nourriture spirituelle l’Evangile de la femme adultère. Seul saint Jean nous rapporte cet épisode que beaucoup de biblistes attribuent en fait à saint Luc. Cette page d’Evangile est à la fois l’une des plus belles et des plus simples que nous puissions trouver dans les quatre Evangiles. Elle nous livre dans une pureté saisissante, bouleversante, le cœur du message de Jésus-Christ. Elle se situe bien dans la continuité de l’Evangile de dimanche dernier : la parabole du fils prodigue. Mais ici nous avons affaire à un événement réel et non pas à une parabole. Un événement dans lequel se manifeste de manière merveilleuse la miséricorde du Seigneur Jésus. Cet événement nous montre ce «monde nouveau » annoncé par Isaïe, ce monde de la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi comme l’affirme Paul : « cette justice ne vient pas de moi-même, c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse ».
Les scribes et les pharisiens qui veulent mettre Jésus à l’épreuve sont justement de ceux qui croient que la fidélité scrupuleuse à la loi de Moïse donne la justice. Ils trouvent ainsi leur justice, on pourrait dire leur sainteté, en eux-mêmes. C’est parce qu’ils sont fidèles à la loi de Moïse qu’ils s’estiment justes aux yeux de Dieu. C’est ce schéma de pensée que Jésus va remettre en question et saint Paul à sa suite dans l’Eglise primitive. Paul n’hésitera pas à reprendre Pierre, le chef des apôtres, pour affirmer que notre justice vient de Dieu par la foi, et non pas de la loi et de la circoncision. Ces hommes religieux vont utiliser une femme pécheresse pour essayer de mettre en difficulté Jésus par rapport à un précepte de la Torah. Ils la placent au centre de la foule comme un animal de foire. Le précepte du Deutéronome est clair, et ne fait pas, notons-le bien, de différence entre l’homme et la femme coupables d’adultère : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous les deux : aussi bien la femme que l’homme qui a couché avec elle. C’est ainsi que tu ôteras le mal d’Israël ». Ici on ne nous parle que de la femme. Face à la question piège des scribes et des pharisiens, le Seigneur adopte une attitude étrange et se réfugie dans le silence : il dessine ou écrit sur le sol… Ce qui ne démotive pas ses interlocuteurs. Il doit répondre oui ou non. Il doit se situer par rapport à ce précepte de la Loi. Par sa réponse lumineuse de simplicité et de vérité, Jésus échappe au piège qui lui est tendu : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ». Et à nouveau il se met à tracer des traits sur le sol. D’un côté nous avons des hommes qui se considèrent justes et sont les gardiens de la morale, des hommes qui cherchent le péché chez les autres pour pouvoir les dénoncer et les condamner. Cette attitude est profondément ambigüe. Elle consiste à se convaincre de sa propre justice, donc de sa supériorité, par comparaison avec les autres qui sont pécheurs et mauvais. Cette fausse justice ne se situe pas au niveau de la conscience personnelle en présence de Dieu mais bien dans la comparaison. Souvenez-vous de la prière du pharisien au temple : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' De l’autre côté nous avons Jésus qui renvoie les accusateurs à leur conscience personnelle dans la droite ligne de la parabole de la paille et de la poutre : Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Comment vas-tu dire à ton frère : 'Laisse moi retirer la paille de ton œil', alors qu'il y a une poutre dans ton œil à toi ? Esprit faux ! Enlève d'abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l'œil de ton frère.
En ce Carême Jésus nous rappelle que nous avons à scruter notre vie et pas celle des autres, c’est nous qui devons travailler à notre propre conversion avant de prétendre travailler à celle des autres. En tout cas dans le monde nouveau de l’Evangile une chose est certaine : on ne travaille pas à la conversion de son frère en le tuant, mais en étant le témoin de la miséricorde divine. L’Evangile de la femme adultère condamne par avance tous les procédés violents qui ont été utilisés dans l’histoire de l’Eglise pour convertir ou faire taire les hérétiques et les dissidents. Les scribes et les pharisiens qui demandent la mise à mort de la femme adultère sont des fanatiques. Qu’est-ce qu’un fanatique religieux, qu’il soit chrétien, juif ou musulman ? Un homme dont la foi est tellement faible qu’il ne peut trouver sa force qu’en condamnant les autres. Le fanatique est gêné par une attitude différente de la sienne, il est remis en question, parce que sa foi est d’abord extérieure et sociale, elle n’est pas une relation personnelle et spirituelle avec Dieu. Il se sent donc menacé et ne sait réagir que par la violence. Certains préceptes de la loi de Moïse reflètent ce fanatisme religieux qui est le lot de tous ceux qui se prétendent plus orthodoxes que les autres ou encore intégristes. La miséricorde de Jésus nous renvoie quant à elle au cœur de Dieu et de son projet d’amour pour notre humanité blessée : Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Amen.
21 mars 2010
Jean 8, 1-11 (p. 233)
A la fin de notre Carême, à l’approche du temps de la Passion, l’Eglise nous propose comme nourriture spirituelle l’Evangile de la femme adultère. Seul saint Jean nous rapporte cet épisode que beaucoup de biblistes attribuent en fait à saint Luc. Cette page d’Evangile est à la fois l’une des plus belles et des plus simples que nous puissions trouver dans les quatre Evangiles. Elle nous livre dans une pureté saisissante, bouleversante, le cœur du message de Jésus-Christ. Elle se situe bien dans la continuité de l’Evangile de dimanche dernier : la parabole du fils prodigue. Mais ici nous avons affaire à un événement réel et non pas à une parabole. Un événement dans lequel se manifeste de manière merveilleuse la miséricorde du Seigneur Jésus. Cet événement nous montre ce «monde nouveau » annoncé par Isaïe, ce monde de la justice qui vient de Dieu et qui est fondée sur la foi comme l’affirme Paul : « cette justice ne vient pas de moi-même, c’est-à-dire de mon obéissance à la loi de Moïse ».
Les scribes et les pharisiens qui veulent mettre Jésus à l’épreuve sont justement de ceux qui croient que la fidélité scrupuleuse à la loi de Moïse donne la justice. Ils trouvent ainsi leur justice, on pourrait dire leur sainteté, en eux-mêmes. C’est parce qu’ils sont fidèles à la loi de Moïse qu’ils s’estiment justes aux yeux de Dieu. C’est ce schéma de pensée que Jésus va remettre en question et saint Paul à sa suite dans l’Eglise primitive. Paul n’hésitera pas à reprendre Pierre, le chef des apôtres, pour affirmer que notre justice vient de Dieu par la foi, et non pas de la loi et de la circoncision. Ces hommes religieux vont utiliser une femme pécheresse pour essayer de mettre en difficulté Jésus par rapport à un précepte de la Torah. Ils la placent au centre de la foule comme un animal de foire. Le précepte du Deutéronome est clair, et ne fait pas, notons-le bien, de différence entre l’homme et la femme coupables d’adultère : « Si l’on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous les deux : aussi bien la femme que l’homme qui a couché avec elle. C’est ainsi que tu ôteras le mal d’Israël ». Ici on ne nous parle que de la femme. Face à la question piège des scribes et des pharisiens, le Seigneur adopte une attitude étrange et se réfugie dans le silence : il dessine ou écrit sur le sol… Ce qui ne démotive pas ses interlocuteurs. Il doit répondre oui ou non. Il doit se situer par rapport à ce précepte de la Loi. Par sa réponse lumineuse de simplicité et de vérité, Jésus échappe au piège qui lui est tendu : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ». Et à nouveau il se met à tracer des traits sur le sol. D’un côté nous avons des hommes qui se considèrent justes et sont les gardiens de la morale, des hommes qui cherchent le péché chez les autres pour pouvoir les dénoncer et les condamner. Cette attitude est profondément ambigüe. Elle consiste à se convaincre de sa propre justice, donc de sa supériorité, par comparaison avec les autres qui sont pécheurs et mauvais. Cette fausse justice ne se situe pas au niveau de la conscience personnelle en présence de Dieu mais bien dans la comparaison. Souvenez-vous de la prière du pharisien au temple : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' De l’autre côté nous avons Jésus qui renvoie les accusateurs à leur conscience personnelle dans la droite ligne de la parabole de la paille et de la poutre : Qu'as-tu à regarder la paille dans l'œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Comment vas-tu dire à ton frère : 'Laisse moi retirer la paille de ton œil', alors qu'il y a une poutre dans ton œil à toi ? Esprit faux ! Enlève d'abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l'œil de ton frère.
En ce Carême Jésus nous rappelle que nous avons à scruter notre vie et pas celle des autres, c’est nous qui devons travailler à notre propre conversion avant de prétendre travailler à celle des autres. En tout cas dans le monde nouveau de l’Evangile une chose est certaine : on ne travaille pas à la conversion de son frère en le tuant, mais en étant le témoin de la miséricorde divine. L’Evangile de la femme adultère condamne par avance tous les procédés violents qui ont été utilisés dans l’histoire de l’Eglise pour convertir ou faire taire les hérétiques et les dissidents. Les scribes et les pharisiens qui demandent la mise à mort de la femme adultère sont des fanatiques. Qu’est-ce qu’un fanatique religieux, qu’il soit chrétien, juif ou musulman ? Un homme dont la foi est tellement faible qu’il ne peut trouver sa force qu’en condamnant les autres. Le fanatique est gêné par une attitude différente de la sienne, il est remis en question, parce que sa foi est d’abord extérieure et sociale, elle n’est pas une relation personnelle et spirituelle avec Dieu. Il se sent donc menacé et ne sait réagir que par la violence. Certains préceptes de la loi de Moïse reflètent ce fanatisme religieux qui est le lot de tous ceux qui se prétendent plus orthodoxes que les autres ou encore intégristes. La miséricorde de Jésus nous renvoie quant à elle au cœur de Dieu et de son projet d’amour pour notre humanité blessée : Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Amen.
mardi 16 mars 2010
4ème dimanche de Carême
4ème dimanche de Carême / C
14/03/10
Luc 15, 1-32 (p. 182)
Le Carême est un temps de grâce pour l’Eglise et pour chacun d’entre nous. Et cette grâce a pour nom renouvellement et réconciliation. La deuxième lecture et l’Evangile nous parlent de cette réconciliation avec Dieu et entre nous. Pour accueillir ce message de la Parole de Dieu, je ne partirai pas de l’Evangile, bien connu de tous, mais de la deuxième lecture.
Saint Paul commence par nous redire ce que nous sommes : des chrétiens, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui sont en Jésus Christ, qui vivent de sa vie reçue au baptême. Nous appartenons donc à un monde nouveau, celui du Royaume de Dieu déjà présent au milieu de nous. Nous sommes des créatures nouvelles. Par le baptême et par la foi nous vivons notre condition humaine d’une manière nouvelle. Nous ne considérons plus les personnes, les événements d’une manière simplement humaine et raisonnable mais dans la lumière de la foi. Certes notre foi ne s’oppose pas à ce qui relève de la raison, mais elle nous permet d’aller au-delà du simplement vérifiable et constatable. Notre foi ouvre notre raison à un horizon qui en même temps la dépasse et l’élève.
Pour saint Paul la nouveauté de notre vie chrétienne vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ. Cette œuvre de la réconciliation s’est réalisée concrètement par un échange de situation : « Celui qui n’a pas connu le péché, Jésus, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu ». Oui, Jésus a pris sur lui tous nos péchés et il nous a donné en échange sa justice de Fils de Dieu. C’est ainsi que nous sommes devenus des créatures nouvelles. Nous n’y sommes pour rien, nous ne le méritons pas, c’est la conséquence du don de Dieu en notre faveur et de sa décision de nous sauver. Le fils prodigue de la parabole traduit bien cette réalité en disant : « Je ne mérite plus d’être appelé ton fils ». Nous avons donc été réconciliés avec Dieu. En même temps saint Paul nous lance cet appel : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » Cela signifie que notre condition de créatures nouvelles est sans cesse menacée par le mal, le péché que nous pouvons commettre. Le baptême ne nous dispense pas de la lutte contre le mal qui est en nous et dans le monde (c’était le premier dimanche de notre carême). C’est la raison d’être du sacrement justement appelé sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Ce sacrement voulu par Jésus nous permet de nous laisser renouveler dans la grâce de notre baptême. La confession vécue avec sincérité et bonne volonté nous remet dans le monde nouveau, celui de la joie du salut obtenu par Notre Seigneur.
C’est à ce point de notre méditation que je ferai le lien avec la parabole du fils prodigue. Cette magnifique parabole nous rappelle le but de la réconciliation : que nous soyons vraiment fils et filles de Dieu. Que nous vivions dans une communion toujours plus intense avec ce Dieu que nous pouvons nommer notre Père. Et c’est justement le père de la parabole qui donne à son fils aîné la plus belle description de cette communion avec lui : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ». Dieu notre Père partage avec nous tout ce qui est à lui, tout ce qui lui appartient ! Pensons en effet que nous recevons au baptême sa vie, son amour, sa gloire, en participation bien sûr mais d’une manière bien réelle. Etre une créature nouvelle dans le Christ, c’est prendre davantage conscience de cela, c’est être toujours avec le Père.
En même temps la parabole nous rappelle un autre but de la réconciliation : non seulement que nous vivions en fils du Père céleste mais aussi que nous vivions en frères les uns avec les autres. Cela est inséparable. Le fils aîné de la parabole peut sembler parfait au premier abord : il est obéissant, fidèle et travailleur. Mais l’amour gratuit que son père donne à son frère revenu à la maison le met en colère. De fait il est loin d’être intérieurement parfait, même si extérieurement il agit de manière juste. Lui aussi a besoin d’être sauvé, d’être réconcilié, car la jalousie le coupe de son frère et donc de son père, puisqu’il refuse d’entrer dans la maison.
Pendant cette semaine nous pourrions préparer notre confession pascale et nous redire chaque jour dans notre prière ces merveilleuses paroles du père en nous les appliquant :
« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ».
14/03/10
Luc 15, 1-32 (p. 182)
Le Carême est un temps de grâce pour l’Eglise et pour chacun d’entre nous. Et cette grâce a pour nom renouvellement et réconciliation. La deuxième lecture et l’Evangile nous parlent de cette réconciliation avec Dieu et entre nous. Pour accueillir ce message de la Parole de Dieu, je ne partirai pas de l’Evangile, bien connu de tous, mais de la deuxième lecture.
Saint Paul commence par nous redire ce que nous sommes : des chrétiens, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui sont en Jésus Christ, qui vivent de sa vie reçue au baptême. Nous appartenons donc à un monde nouveau, celui du Royaume de Dieu déjà présent au milieu de nous. Nous sommes des créatures nouvelles. Par le baptême et par la foi nous vivons notre condition humaine d’une manière nouvelle. Nous ne considérons plus les personnes, les événements d’une manière simplement humaine et raisonnable mais dans la lumière de la foi. Certes notre foi ne s’oppose pas à ce qui relève de la raison, mais elle nous permet d’aller au-delà du simplement vérifiable et constatable. Notre foi ouvre notre raison à un horizon qui en même temps la dépasse et l’élève.
Pour saint Paul la nouveauté de notre vie chrétienne vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ. Cette œuvre de la réconciliation s’est réalisée concrètement par un échange de situation : « Celui qui n’a pas connu le péché, Jésus, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu ». Oui, Jésus a pris sur lui tous nos péchés et il nous a donné en échange sa justice de Fils de Dieu. C’est ainsi que nous sommes devenus des créatures nouvelles. Nous n’y sommes pour rien, nous ne le méritons pas, c’est la conséquence du don de Dieu en notre faveur et de sa décision de nous sauver. Le fils prodigue de la parabole traduit bien cette réalité en disant : « Je ne mérite plus d’être appelé ton fils ». Nous avons donc été réconciliés avec Dieu. En même temps saint Paul nous lance cet appel : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » Cela signifie que notre condition de créatures nouvelles est sans cesse menacée par le mal, le péché que nous pouvons commettre. Le baptême ne nous dispense pas de la lutte contre le mal qui est en nous et dans le monde (c’était le premier dimanche de notre carême). C’est la raison d’être du sacrement justement appelé sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Ce sacrement voulu par Jésus nous permet de nous laisser renouveler dans la grâce de notre baptême. La confession vécue avec sincérité et bonne volonté nous remet dans le monde nouveau, celui de la joie du salut obtenu par Notre Seigneur.
C’est à ce point de notre méditation que je ferai le lien avec la parabole du fils prodigue. Cette magnifique parabole nous rappelle le but de la réconciliation : que nous soyons vraiment fils et filles de Dieu. Que nous vivions dans une communion toujours plus intense avec ce Dieu que nous pouvons nommer notre Père. Et c’est justement le père de la parabole qui donne à son fils aîné la plus belle description de cette communion avec lui : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ». Dieu notre Père partage avec nous tout ce qui est à lui, tout ce qui lui appartient ! Pensons en effet que nous recevons au baptême sa vie, son amour, sa gloire, en participation bien sûr mais d’une manière bien réelle. Etre une créature nouvelle dans le Christ, c’est prendre davantage conscience de cela, c’est être toujours avec le Père.
En même temps la parabole nous rappelle un autre but de la réconciliation : non seulement que nous vivions en fils du Père céleste mais aussi que nous vivions en frères les uns avec les autres. Cela est inséparable. Le fils aîné de la parabole peut sembler parfait au premier abord : il est obéissant, fidèle et travailleur. Mais l’amour gratuit que son père donne à son frère revenu à la maison le met en colère. De fait il est loin d’être intérieurement parfait, même si extérieurement il agit de manière juste. Lui aussi a besoin d’être sauvé, d’être réconcilié, car la jalousie le coupe de son frère et donc de son père, puisqu’il refuse d’entrer dans la maison.
Pendant cette semaine nous pourrions préparer notre confession pascale et nous redire chaque jour dans notre prière ces merveilleuses paroles du père en nous les appliquant :
« Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ».
dimanche 7 mars 2010
3ème dimanche de Carême
3ème dimanche de Carême / C
7/03/10
Luc 13, 1-9 (p. 131)
Les lectures de ce dimanche de Carême posent une question essentielle : celle du sens des épreuves inévitables que nous connaissons tout au long de notre vie. Notre manière de pensée habituelle procède par causalité. S’il m’arrive quelque chose de mauvais ou de négatif, j’ai toujours tendance à chercher un responsable, un coupable. Et ce coupable, je pense que c’est moi… J’ai certainement fait quelque chose de pas bien, un péché en langage religieux, qui expliquerait l’épreuve qui me tombe dessus ! Avec le livre de Job, la révélation nous met en garde contre ce raisonnement simpliste. Nous n’avons pas à chercher systématiquement une cause et un sens à ce qui nous arrive de positif comme de négatif. Ce qui n’enlève rien au fait que le regard de la foi nous permet de tirer des leçons de notre expérience. Dans nos lectures, l’expérience de la servitude du peuple en Egypte et de sa libération par Dieu est relue dans la foi par saint Paul. Et Jésus, dans l’Evangile, commente l’actualité malheureuse de son temps. Aujourd’hui on aurait pu lui demander : les haïtiens ou les chiliens sont-ils coupables d’un péché plus grand que les habitants de Carpentras pour avoir eu à souffrir des tremblements de terre ?
La question essentielle n’est peut-être donc pas celle que je me posais au début : pourquoi ces épreuves dans ma vie ? Mais plutôt : comment dois-je regarder les événements de ma vie, qu’ils soient joyeux ou pénibles ? Et tout d’abord comment considérer mon passé ou bien celui de mon peuple, de mon pays ? Il est important pour nous de tirer des leçons de sagesse de notre expérience passée, au niveau personnel comme au niveau communautaire, pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs et les mêmes péchés. L’histoire est en ce sens une discipline qui devrait nous faire progresser en sagesse. Mon histoire personnelle en tant que croyant est tout aussi importante. Je connais mes capacités comme mes faiblesses à partir d’elle. Le regard de la foi ne m’enferme pas dans mon passé, il est libérateur au contraire en me situant en vérité par rapport à lui. Le regard de foi que je porte sur mon histoire passée est ouverture sur l’espérance. Comment considérer aussi mon présent personnel comme l’actualité du monde dans lequel je vis et j’évolue ? Le concile Vatican II nous a invités à regarder les signes des temps. Mon présent comme le présent du monde peut être pour moi parole de Dieu si je le regarde dans la foi. Non pas en cherchant toujours les ou le coupable du mal dont je peux souffrir, mais en percevant mon épreuve comme un appel de la part de Dieu à aller plus loin, à me surpasser. Le vrai sens de mon histoire personnelle du passé comme du présent n’est donc pas dans la recherche d’une cause à tout ce qui ne va pas, mais dans un appel à la conversion. Ce qui me projette vers mon avenir avec espérance. Car je suis capable de changer, d’évoluer, de connaître enfin une plus grande liberté spirituelle. Les épreuves de ma vie peuvent donc me stimuler à aller de l’avant et à mieux répondre à l’appel du Seigneur à la sainteté. Mais tout cela est un don de Dieu. Seul ce regard de foi me permet de transfigurer mon présent en me tournant avec confiance vers l’avenir, non pas isolé, mais sous le regard de Dieu. Le vocabulaire de la première lecture nous rappelle que Dieu est proche et qu’il s’intéresse à notre vie. Les difficultés que nous pouvons traverser ne le laissent ni indifférent ni inactif : j’ai vu, j’ai entendu, je connais, je suis descendu…
Une affirmation de saint Paul dans la deuxième lecture me permettra de conclure cette méditation : « Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber ». Une traduction plus littérale donnerait : « Que celui qui pense être debout prenne garde de ne pas tomber ». Notre histoire personnelle, relue dans la foi, est pleine de leçons et d’avertissements. C’est notre faux sentiment de sécurité qui nous empêche de les recevoir. Nous connaissons tous des personnes qui se croyaient invincibles, fortes, qui étaient sûres d’elles mêmes, de leur bon droit et de leurs talents, et qui pourtant sont tombées. Tout ce que nous ne construisons pas avec humilité, avec Dieu, a pour fondements les sables mouvants et les aléas de notre histoire humaine. Au début du livre des Actes des Apôtres, lorsque les apôtres sont arrêtés par le grand prêtre à cause de leur prédication du Nom de Jésus Sauveur, ils passent en jugement devant le Sanhédrin. Et voilà qu’un pharisien nommé Gamaliel, membre du Conseil, demande pour eux la clémence. Son argumentation est remplie de sagesse :
Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis : ne vous occupez plus de ces gens-là, laissez-les. Car si leur intention ou leur action vient des hommes, elle tombera. Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu.
La Parole de Dieu nous demande en ce dimanche de construire humblement notre vie avec Dieu et de tirer profit des épreuves pour grandir en sagesse et en foi.
7/03/10
Luc 13, 1-9 (p. 131)
Les lectures de ce dimanche de Carême posent une question essentielle : celle du sens des épreuves inévitables que nous connaissons tout au long de notre vie. Notre manière de pensée habituelle procède par causalité. S’il m’arrive quelque chose de mauvais ou de négatif, j’ai toujours tendance à chercher un responsable, un coupable. Et ce coupable, je pense que c’est moi… J’ai certainement fait quelque chose de pas bien, un péché en langage religieux, qui expliquerait l’épreuve qui me tombe dessus ! Avec le livre de Job, la révélation nous met en garde contre ce raisonnement simpliste. Nous n’avons pas à chercher systématiquement une cause et un sens à ce qui nous arrive de positif comme de négatif. Ce qui n’enlève rien au fait que le regard de la foi nous permet de tirer des leçons de notre expérience. Dans nos lectures, l’expérience de la servitude du peuple en Egypte et de sa libération par Dieu est relue dans la foi par saint Paul. Et Jésus, dans l’Evangile, commente l’actualité malheureuse de son temps. Aujourd’hui on aurait pu lui demander : les haïtiens ou les chiliens sont-ils coupables d’un péché plus grand que les habitants de Carpentras pour avoir eu à souffrir des tremblements de terre ?
La question essentielle n’est peut-être donc pas celle que je me posais au début : pourquoi ces épreuves dans ma vie ? Mais plutôt : comment dois-je regarder les événements de ma vie, qu’ils soient joyeux ou pénibles ? Et tout d’abord comment considérer mon passé ou bien celui de mon peuple, de mon pays ? Il est important pour nous de tirer des leçons de sagesse de notre expérience passée, au niveau personnel comme au niveau communautaire, pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs et les mêmes péchés. L’histoire est en ce sens une discipline qui devrait nous faire progresser en sagesse. Mon histoire personnelle en tant que croyant est tout aussi importante. Je connais mes capacités comme mes faiblesses à partir d’elle. Le regard de la foi ne m’enferme pas dans mon passé, il est libérateur au contraire en me situant en vérité par rapport à lui. Le regard de foi que je porte sur mon histoire passée est ouverture sur l’espérance. Comment considérer aussi mon présent personnel comme l’actualité du monde dans lequel je vis et j’évolue ? Le concile Vatican II nous a invités à regarder les signes des temps. Mon présent comme le présent du monde peut être pour moi parole de Dieu si je le regarde dans la foi. Non pas en cherchant toujours les ou le coupable du mal dont je peux souffrir, mais en percevant mon épreuve comme un appel de la part de Dieu à aller plus loin, à me surpasser. Le vrai sens de mon histoire personnelle du passé comme du présent n’est donc pas dans la recherche d’une cause à tout ce qui ne va pas, mais dans un appel à la conversion. Ce qui me projette vers mon avenir avec espérance. Car je suis capable de changer, d’évoluer, de connaître enfin une plus grande liberté spirituelle. Les épreuves de ma vie peuvent donc me stimuler à aller de l’avant et à mieux répondre à l’appel du Seigneur à la sainteté. Mais tout cela est un don de Dieu. Seul ce regard de foi me permet de transfigurer mon présent en me tournant avec confiance vers l’avenir, non pas isolé, mais sous le regard de Dieu. Le vocabulaire de la première lecture nous rappelle que Dieu est proche et qu’il s’intéresse à notre vie. Les difficultés que nous pouvons traverser ne le laissent ni indifférent ni inactif : j’ai vu, j’ai entendu, je connais, je suis descendu…
Une affirmation de saint Paul dans la deuxième lecture me permettra de conclure cette méditation : « Celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber ». Une traduction plus littérale donnerait : « Que celui qui pense être debout prenne garde de ne pas tomber ». Notre histoire personnelle, relue dans la foi, est pleine de leçons et d’avertissements. C’est notre faux sentiment de sécurité qui nous empêche de les recevoir. Nous connaissons tous des personnes qui se croyaient invincibles, fortes, qui étaient sûres d’elles mêmes, de leur bon droit et de leurs talents, et qui pourtant sont tombées. Tout ce que nous ne construisons pas avec humilité, avec Dieu, a pour fondements les sables mouvants et les aléas de notre histoire humaine. Au début du livre des Actes des Apôtres, lorsque les apôtres sont arrêtés par le grand prêtre à cause de leur prédication du Nom de Jésus Sauveur, ils passent en jugement devant le Sanhédrin. Et voilà qu’un pharisien nommé Gamaliel, membre du Conseil, demande pour eux la clémence. Son argumentation est remplie de sagesse :
Eh bien, dans la circonstance présente, je vous le dis : ne vous occupez plus de ces gens-là, laissez-les. Car si leur intention ou leur action vient des hommes, elle tombera. Mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez pas les faire tomber. Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu.
La Parole de Dieu nous demande en ce dimanche de construire humblement notre vie avec Dieu et de tirer profit des épreuves pour grandir en sagesse et en foi.
Inscription à :
Articles (Atom)