29ème dimanche du TO / B
18/10/09
Marc 10, 35-45 (p.793)
Dimanche des Missions
Au terme de cette semaine missionnaire mondiale, nous entendons Jésus qui justement nous donne le sens de sa mission : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Cet enseignement essentiel du Seigneur vient juste après la troisième annonce qu’il fait de sa Passion, de sa mort et de sa résurrection à ses disciples. Deux apôtres, donc deux futurs responsables dans l’Eglise naissante, Jacques et Jean, viennent de demander à Jésus les premières places dans le Royaume. Ces deux hommes projettent dans une réalité spirituelle, la gloire de Dieu et notre participation à cette gloire au Paradis, les valeurs terrestres. Sur terre notre instinct ambitieux et orgueilleux nous fait rechercher en effet les premières places, les honneurs, les décorations, les grades. Ce que beaucoup nomment pudiquement « la carrière ». Une saine ambition a sa place dans la société civile, même si elle comporte toujours un danger. Mais ici ce sont deux apôtres qui raisonnent à la manière du monde, deux hommes qui devront diriger les premières communautés chrétiennes au nom du Christ. C’est pour nous l’occasion de réfléchir au sens de la hiérarchie dans l’Eglise catholique, et donc au sens du sacrement de l’ordre. Les successeurs des apôtres, le pape et les évêques, ainsi que les prêtres en communion de mission avec eux, sont les premiers responsables de la mission dans l’Eglise et dans le monde. Jésus indique ici l’esprit dans lequel ils doivent exercer leur mission en son Nom. La hiérarchie catholique est une hiérarchie de service, de don de soi à la suite du seul Maître et Seigneur, Jésus, mort et ressuscité pour nous. L’imbrication très ancienne (depuis Constantin) entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel a fait oublier cette vérité à bien des hommes d’Eglise. Saint Paul, le premier, a dû remettre les Corinthiens en place qui se réclamaient davantage des responsables de l’Eglise que du Christ, et qui, ainsi se divisaient entre eux… « Le Christ est-il partagé ? Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Ou bien serait-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? » (1 Co 1,13). Le plus grand des apôtres rappelle ici que le responsable d’Eglise est un ministre du Christ, donc un serviteur. Et qu’il ne faut pas s’attacher excessivement à sa personne, mais bien plutôt le recevoir comme un envoyé du Christ. Le ministère apostolique vécu en dehors de l’humilité et de cet esprit de service est une imposture. Je suis étonné quand j’entends des jeunes chrétiens me dire : « Je suis de la génération Benoît XVI », comme j’entendais il y a quelques années leurs ainés déclarer : « Je suis de la génération Jean-Paul II » ! Je comprends ce qu’il peut y avoir de vrai dans cette formule. Mais je leur réponds toujours qu’on ne se définit pas par rapport à un pape mais par rapport au Christ. Il serait plus juste et plus beau de dire tout simplement : je suis catholique. Si Jésus s’est attiré la haine des scribes et des pharisiens, c’est bien parce qu’il leur a reproché leur manque d’humilité et d’esprit de service dans leur fonction religieuse. Réécoutons le début du chapitre 23 de saint Matthieu : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé. » Dans l’histoire de notre Eglise les papes, les cardinaux, les évêques et les prêtres ont bien souvent succombé à la tentation du pouvoir, des honneurs et de la richesse oubliant qu’ils étaient là au service du peuple de Dieu. Le bienheureux pape Jean XXIII et Paul VI à sa suite ont voulu simplifier tout le décorum et le faste qui entourait alors les papes, donnant d’eux l’image de princes de l’Eglise. Ces papes du Concile Vatican II ont voulu remettre à la première place la simplicité évangélique et l’esprit de service apostolique dans l’Eglise. Et c’est pour cette raison que leur témoignage a été entendu bien au-delà de la seule sphère catholique. Les textes du dernier Concile insistent fortement sur cette dimension de service de la hiérarchie et sur le caractère uniquement spirituel du pouvoir sacerdotal. Entre tous les chrétiens, parce que nous avons tous reçu le même baptême, doivent régner des relations fraternelles. Aujourd’hui au nom d’un retour à un sacré mal compris, nous voyons la tentation du faste, du décorum et des honneurs ressurgir. Le vrai témoignage apostolique ne se trouve pas dans des habits somptueux, des trônes élevés ou des titres ronflants, mais bien dans la simplicité et l’humilité des ministres du Seigneur. L’illusion des apparences ne remplacera jamais le témoignage authentique d’une vie donnée au Christ et à ses frères dans l’Eglise.
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 19 octobre 2009
dimanche 11 octobre 2009
28ème dimanche du temps ordinaire
28ème dimanche du temps ordinaire / B
11/10/09
Marc 10, 17-30 (p. 749)
En ce dimanche la Parole de Dieu nous parle de ce qui est bon pour nous. La première lecture fait l’éloge de la Sagesse de Dieu. L’Evangile nous montre un homme qui désire la vie éternelle. Et Jésus n’y va pas par quatre chemins : « Personne n’est bon, sinon Dieu seul. » Nous voilà bien prévenus : notre béatitude, notre bien véritable consiste à connaître et à aimer Dieu. Et pour ce faire nous n’avons pas d’autre chemin que le Christ, c’est Lui que nous devons suivre si nous voulons vraiment connaître le bonheur des enfants de Dieu. Mais sur ce chemin nous nous heurtons à bien des obstacles et même à des déviations… L’homme appelé par le Christ, un saint homme, « devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. » C’est l’occasion pour nous de réfléchir aux différents biens que nous connaissons dans notre vie afin d’y voir plus clair, afin de toujours préférer la Sagesse de Dieu… Il y a tout d’abord les biens matériels qui ne se limitent pas à l’argent même si c’est l’argent qui nous permet de les acquérir et de les conserver. Jésus cite la maison, la propriété d’un terrain. Il y a ensuite les biens culturels : livres, musique, cinéma, beaux-arts, voyages etc. Ces biens nourrissent notre intelligence, notre désir de connaître et notre sens de la beauté. Ils sont rarement gratuits mis à part certains monuments publics de nos villes et villages. Il y a enfin les biens spirituels, ceux qui nourrissent l’âme et la vie de Dieu en nous. Parmi ces biens les sacrements de l’Eglise catholique, mais aussi la prière, la méditation de la Parole de Dieu, une retraite spirituelle, une session de formation, un pèlerinage etc. Les biens spirituels qui nous viennent de Dieu par le Christ, comme les sacrements, sont eux toujours gratuits. La question fondamentale de notre vie est la suivante : comment, dans ma recherche du bonheur, je donne la priorité aux biens spirituels sur les autres ? Le chrétien ne nie pas la valeur des biens matériels, encore moins celle des biens culturels. Mais il essaie de mettre de l’ordre dans sa vie. La difficulté pour nous est d’établir cette hiérarchie des biens. Et pour le faire, nous devons être profondément convaincus, non seulement par notre intelligence mais par notre expérience de la foi, que Dieu seul est le bien véritable, celui qui ne déçoit jamais. La Parole de Dieu nous met aujourd’hui en garde contre le pouvoir tyrannique des biens matériels, contre l’esclavage dans lequel le dieu argent maintient tant d’êtres humains de par le monde entier. Ecoutons l’apôtre Paul dans sa première lettre à Timothée, il nous parle…
05 de gens à l'esprit corrompu, qui, coupés de la vérité, ne voient dans la religion qu'une source de profit.
06 Certes, il y a un grand profit dans la religion si l'on se contente de ce que l'on a.
07 De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter.
08 Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter.
09 Ceux qui veulent s'enrichir tombent dans le piège de la tentation ; ils se laissent prendre par une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition.
10 Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre.
Suivre le Christ aujourd’hui, c’est résister à l’illusion de trouver notre bonheur dans toujours plus de consommation, dans l’accumulation de toujours plus de biens matériels. Le défi pour nous en Europe, c’est d’adopter un nouveau mode de vie et de remettre à la première place les biens de l’esprit et du cœur. Nous, les chrétiens, nous devrions pouvoir témoigner de la joie que nous apporte ce nouveau mode de vie fait de simplicité et de partage avec ceux qui n’ont même pas le nécessaire pour vivre. La crise économique que nous traversons n’est pas d’abord financière. Elle est le signe d’un homme dont le cœur est malade, d’un homme qui a fait de l’argent et du profit sans scrupule son dieu et son but. Nous voyons ce qui se passe lorsque nous nous laissons gouverner par les biens matériels et par l’argent : l’homme devient secondaire, il est mis de côté au profit du système, au nom de la rentabilité : toujours plus, toujours plus vite ! C’est le monde à l’envers : l’argent est personnifié et l’homme devient un objet comme un autre. Un économiste américain, Woody Tasch, fait l’éloge de la lenteur, donc de la Sagesse. Il compare la perversion de la finance à celle de l’agro-industrie : « L’agriculture industrielle considère le sol comme un support pour des plantes que l’on gave de substances chimiques synthétiques de manière à en optimiser le rendement. Pour la finance industrielle, les entreprises sont un support permettant le gavage des capitaux et la maximisation du rendement. » Le culte fou de l’argent rapide a même enlevé à l’homme la dignité de son travail, avec les conséquences que l’on connaît : stress, démotivation, déprime et même suicide. Tasch propose la sagesse de la lenteur : « Si l’on utilise l’argent comme un engrais de synthèse, on obtiendra une croissance artificielle qui ne peut durer qu’un moment et qui n’a pas de relation durable avec la terre. Si l’on utilise l’argent comme du fumier, on aura peut-être une chance de mettre en place une économie fondée sur des relations saines et durables. On peut créer une nouvelle sorte d’investisseurs qui refuseront d’accepter des rendements artificiels. » Renoncer à la quantité et au court-terme, ne pourra se faire que si nous prenons comme maîtresse et guide la Sagesse de Dieu. Avec elle, nous ne pouvons plus dire de manière cynique : « après moi le déluge ! » C’est elle qui nous apprend que les grandes et bonnes choses doivent se construire dans la durée. C’est elle qui nous oriente vers la source de notre bonheur véritable : Dieu Trinité.
11/10/09
Marc 10, 17-30 (p. 749)
En ce dimanche la Parole de Dieu nous parle de ce qui est bon pour nous. La première lecture fait l’éloge de la Sagesse de Dieu. L’Evangile nous montre un homme qui désire la vie éternelle. Et Jésus n’y va pas par quatre chemins : « Personne n’est bon, sinon Dieu seul. » Nous voilà bien prévenus : notre béatitude, notre bien véritable consiste à connaître et à aimer Dieu. Et pour ce faire nous n’avons pas d’autre chemin que le Christ, c’est Lui que nous devons suivre si nous voulons vraiment connaître le bonheur des enfants de Dieu. Mais sur ce chemin nous nous heurtons à bien des obstacles et même à des déviations… L’homme appelé par le Christ, un saint homme, « devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. » C’est l’occasion pour nous de réfléchir aux différents biens que nous connaissons dans notre vie afin d’y voir plus clair, afin de toujours préférer la Sagesse de Dieu… Il y a tout d’abord les biens matériels qui ne se limitent pas à l’argent même si c’est l’argent qui nous permet de les acquérir et de les conserver. Jésus cite la maison, la propriété d’un terrain. Il y a ensuite les biens culturels : livres, musique, cinéma, beaux-arts, voyages etc. Ces biens nourrissent notre intelligence, notre désir de connaître et notre sens de la beauté. Ils sont rarement gratuits mis à part certains monuments publics de nos villes et villages. Il y a enfin les biens spirituels, ceux qui nourrissent l’âme et la vie de Dieu en nous. Parmi ces biens les sacrements de l’Eglise catholique, mais aussi la prière, la méditation de la Parole de Dieu, une retraite spirituelle, une session de formation, un pèlerinage etc. Les biens spirituels qui nous viennent de Dieu par le Christ, comme les sacrements, sont eux toujours gratuits. La question fondamentale de notre vie est la suivante : comment, dans ma recherche du bonheur, je donne la priorité aux biens spirituels sur les autres ? Le chrétien ne nie pas la valeur des biens matériels, encore moins celle des biens culturels. Mais il essaie de mettre de l’ordre dans sa vie. La difficulté pour nous est d’établir cette hiérarchie des biens. Et pour le faire, nous devons être profondément convaincus, non seulement par notre intelligence mais par notre expérience de la foi, que Dieu seul est le bien véritable, celui qui ne déçoit jamais. La Parole de Dieu nous met aujourd’hui en garde contre le pouvoir tyrannique des biens matériels, contre l’esclavage dans lequel le dieu argent maintient tant d’êtres humains de par le monde entier. Ecoutons l’apôtre Paul dans sa première lettre à Timothée, il nous parle…
05 de gens à l'esprit corrompu, qui, coupés de la vérité, ne voient dans la religion qu'une source de profit.
06 Certes, il y a un grand profit dans la religion si l'on se contente de ce que l'on a.
07 De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter.
08 Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter.
09 Ceux qui veulent s'enrichir tombent dans le piège de la tentation ; ils se laissent prendre par une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition.
10 Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre.
Suivre le Christ aujourd’hui, c’est résister à l’illusion de trouver notre bonheur dans toujours plus de consommation, dans l’accumulation de toujours plus de biens matériels. Le défi pour nous en Europe, c’est d’adopter un nouveau mode de vie et de remettre à la première place les biens de l’esprit et du cœur. Nous, les chrétiens, nous devrions pouvoir témoigner de la joie que nous apporte ce nouveau mode de vie fait de simplicité et de partage avec ceux qui n’ont même pas le nécessaire pour vivre. La crise économique que nous traversons n’est pas d’abord financière. Elle est le signe d’un homme dont le cœur est malade, d’un homme qui a fait de l’argent et du profit sans scrupule son dieu et son but. Nous voyons ce qui se passe lorsque nous nous laissons gouverner par les biens matériels et par l’argent : l’homme devient secondaire, il est mis de côté au profit du système, au nom de la rentabilité : toujours plus, toujours plus vite ! C’est le monde à l’envers : l’argent est personnifié et l’homme devient un objet comme un autre. Un économiste américain, Woody Tasch, fait l’éloge de la lenteur, donc de la Sagesse. Il compare la perversion de la finance à celle de l’agro-industrie : « L’agriculture industrielle considère le sol comme un support pour des plantes que l’on gave de substances chimiques synthétiques de manière à en optimiser le rendement. Pour la finance industrielle, les entreprises sont un support permettant le gavage des capitaux et la maximisation du rendement. » Le culte fou de l’argent rapide a même enlevé à l’homme la dignité de son travail, avec les conséquences que l’on connaît : stress, démotivation, déprime et même suicide. Tasch propose la sagesse de la lenteur : « Si l’on utilise l’argent comme un engrais de synthèse, on obtiendra une croissance artificielle qui ne peut durer qu’un moment et qui n’a pas de relation durable avec la terre. Si l’on utilise l’argent comme du fumier, on aura peut-être une chance de mettre en place une économie fondée sur des relations saines et durables. On peut créer une nouvelle sorte d’investisseurs qui refuseront d’accepter des rendements artificiels. » Renoncer à la quantité et au court-terme, ne pourra se faire que si nous prenons comme maîtresse et guide la Sagesse de Dieu. Avec elle, nous ne pouvons plus dire de manière cynique : « après moi le déluge ! » C’est elle qui nous apprend que les grandes et bonnes choses doivent se construire dans la durée. C’est elle qui nous oriente vers la source de notre bonheur véritable : Dieu Trinité.
mardi 6 octobre 2009
27ème dimanche du temps ordinaire
27ème dimanche du TO / B
4/10/09
Marc 10, 2-16 (p. 701)
Dans l’Evangile de ce dimanche, Notre Seigneur affirme avec fermeté le caractère indissoluble de l’union de l’homme et de la femme dans le mariage. Et il n’hésite pas à voir dans la répudiation de la femme par son mari, permise dans la loi de Moïse, une concession à l’endurcissement du cœur du peuple. Cette possibilité de renvoyer sa femme est en quelque sorte un moindre mal, une loi qui permet de mettre un peu d’ordre au sein d’un peuple pécheur. L’acte de répudiation, document officiel, est là pour limiter la casse… Cette loi de Moïse est réaliste : elle s’adapte à la faiblesse humaine tout en essayant de limiter au maximum les conséquences du péché, même si ce droit de répudiation ne concerne que le mari… et est donc à sens unique, au mépris de l’égale dignité entre les conjoints. La vérité est cependant à rechercher ailleurs : Au commencement, dans le projet créateur de Dieu.
Les traditions religieuses et philosophiques ont souvent bien des points communs pour tenter d’expliquer le mystère des origines et celui de l’apparition du mal. Les trois premiers chapitres du livre de la Genèse, le premier de toute la Bible, sont fondateurs. Notons la différence entre le premier récit de création et le second, notre première lecture. Dans le premier récit l’homme et la femme sont créés en même temps, au terme d’un processus durant symboliquement six jours. Ils sont ensemble le sommet de l’œuvre créatrice de Dieu, ils participent à la royauté de Dieu sur sa création. Dans le second récit, le notre, l’homme apparaît au début de la création, puis les animaux, et enfin la femme. Si, comme je le disais, les traditions religieuses et philosophiques ont bien des points communs entre elles, ici la tradition juive est originale par rapport à l’explication donnée plus tard par Platon. Pour le philosophe grec il y avait à l’origine non seulement des hommes, des femmes mais aussi des androgynes, donc un être humain total possédant en lui les capacités de l’homme et de la femme. Et c’est pour punir les humains de leur orgueil que Zeus les coupa en deux. Dans la vision de Platon l’humanité en ses origines était parfaite. Et la différenciation de l’androgyne en homme et femme est un châtiment. Dans notre récit biblique l’homme ne se suffit pas à lui-même car il n’est pas fait pour la solitude mais bien pour la relation et la communion. Il ne peut pas représenter à lui tout seul la perfection divine. Le créateur, de manière naïve, est un Dieu en recherche de la solution la meilleure, il tâtonne pour trouver une aide qui correspondra à l’homme, et il crée dans ce but les animaux. Mais devant l’insatisfaction de l’homme, il revoit sa copie et pense à la création de la femme ! Le récit, toujours naïf, nous montre un Dieu plein de délicatesse, qui anesthésie l’homme avant de pratiquer sur lui une opération chirurgicale. Il fait même des points de suture après le prélèvement de la chair du côté d’Adam… Certains ont vu dans ce récit l’origine de l’inégalité entre l’homme et la femme, cette dernière venant justement en dernier ! Or la femme est faite à partir de la chair d’Adam, elle a donc logiquement la même nature humaine que lui. Ce n’est pas parce qu’elle vient après qu’elle est inférieure, tout comme les enfants ne sont pas d’une autre nature que leurs parents, parce qu’ils sont plus jeunes qu’eux ! Et d’ailleurs le cri de joie de l’homme est éloquent… En salle de réveil, émergeant de son sommeil, il aperçoit la première femme et s’exclame : « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair ! » Le vis-à-vis de l’homme et de la femme, cette différenciation au sein d’une même humanité, n’est pas un châtiment mais une bénédiction. C’est la femme qui vient sortir l’homme de la somnolence de la solitude. C’est en cela qu’elle est l’aide qui lui correspond.
« A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. » L’androgyne de Platon coupé en deux par Zeus recherche dans le désir amoureux son autre moitié, autant dire qu’il se recherche lui-même. Dans la Genèse la femme est à la fois semblable et différente de l’homme. Les animaux, eux, n’étaient que différence. C’est cette ressemblance dans la différence qui fonde le mariage comme union de l’homme et de la femme. Ne faire plus qu’un avec l’autre, la communion d’amour, correspond à notre recherche du bonheur. Cette recherche de la communion ne se vit pas seulement dans le mariage mais aussi dans les relations humaines (famille, amis etc.) et bien sûr dans notre relation avec Dieu. Mais le mariage en est une expression particulièrement forte puisque l’homme et la femme ne font qu’un non seulement par l’union des cœurs et des esprits mais aussi par l’union des corps. Le bonheur qui vient de cette union sera d’autant plus intense et fort que la relation sera vécue comme don de soi à l’autre, recherche du bien de l’autre. S’il y a tant d’échecs dans la fidélité au lien sacré du mariage, ne serait-ce pas tout simplement parce que l’on se cherche soi-même dans l’autre ? Et que l’on fait passer sa satisfaction personnelle avant le bonheur de l’autre ?
4/10/09
Marc 10, 2-16 (p. 701)
Dans l’Evangile de ce dimanche, Notre Seigneur affirme avec fermeté le caractère indissoluble de l’union de l’homme et de la femme dans le mariage. Et il n’hésite pas à voir dans la répudiation de la femme par son mari, permise dans la loi de Moïse, une concession à l’endurcissement du cœur du peuple. Cette possibilité de renvoyer sa femme est en quelque sorte un moindre mal, une loi qui permet de mettre un peu d’ordre au sein d’un peuple pécheur. L’acte de répudiation, document officiel, est là pour limiter la casse… Cette loi de Moïse est réaliste : elle s’adapte à la faiblesse humaine tout en essayant de limiter au maximum les conséquences du péché, même si ce droit de répudiation ne concerne que le mari… et est donc à sens unique, au mépris de l’égale dignité entre les conjoints. La vérité est cependant à rechercher ailleurs : Au commencement, dans le projet créateur de Dieu.
Les traditions religieuses et philosophiques ont souvent bien des points communs pour tenter d’expliquer le mystère des origines et celui de l’apparition du mal. Les trois premiers chapitres du livre de la Genèse, le premier de toute la Bible, sont fondateurs. Notons la différence entre le premier récit de création et le second, notre première lecture. Dans le premier récit l’homme et la femme sont créés en même temps, au terme d’un processus durant symboliquement six jours. Ils sont ensemble le sommet de l’œuvre créatrice de Dieu, ils participent à la royauté de Dieu sur sa création. Dans le second récit, le notre, l’homme apparaît au début de la création, puis les animaux, et enfin la femme. Si, comme je le disais, les traditions religieuses et philosophiques ont bien des points communs entre elles, ici la tradition juive est originale par rapport à l’explication donnée plus tard par Platon. Pour le philosophe grec il y avait à l’origine non seulement des hommes, des femmes mais aussi des androgynes, donc un être humain total possédant en lui les capacités de l’homme et de la femme. Et c’est pour punir les humains de leur orgueil que Zeus les coupa en deux. Dans la vision de Platon l’humanité en ses origines était parfaite. Et la différenciation de l’androgyne en homme et femme est un châtiment. Dans notre récit biblique l’homme ne se suffit pas à lui-même car il n’est pas fait pour la solitude mais bien pour la relation et la communion. Il ne peut pas représenter à lui tout seul la perfection divine. Le créateur, de manière naïve, est un Dieu en recherche de la solution la meilleure, il tâtonne pour trouver une aide qui correspondra à l’homme, et il crée dans ce but les animaux. Mais devant l’insatisfaction de l’homme, il revoit sa copie et pense à la création de la femme ! Le récit, toujours naïf, nous montre un Dieu plein de délicatesse, qui anesthésie l’homme avant de pratiquer sur lui une opération chirurgicale. Il fait même des points de suture après le prélèvement de la chair du côté d’Adam… Certains ont vu dans ce récit l’origine de l’inégalité entre l’homme et la femme, cette dernière venant justement en dernier ! Or la femme est faite à partir de la chair d’Adam, elle a donc logiquement la même nature humaine que lui. Ce n’est pas parce qu’elle vient après qu’elle est inférieure, tout comme les enfants ne sont pas d’une autre nature que leurs parents, parce qu’ils sont plus jeunes qu’eux ! Et d’ailleurs le cri de joie de l’homme est éloquent… En salle de réveil, émergeant de son sommeil, il aperçoit la première femme et s’exclame : « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair ! » Le vis-à-vis de l’homme et de la femme, cette différenciation au sein d’une même humanité, n’est pas un châtiment mais une bénédiction. C’est la femme qui vient sortir l’homme de la somnolence de la solitude. C’est en cela qu’elle est l’aide qui lui correspond.
« A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. » L’androgyne de Platon coupé en deux par Zeus recherche dans le désir amoureux son autre moitié, autant dire qu’il se recherche lui-même. Dans la Genèse la femme est à la fois semblable et différente de l’homme. Les animaux, eux, n’étaient que différence. C’est cette ressemblance dans la différence qui fonde le mariage comme union de l’homme et de la femme. Ne faire plus qu’un avec l’autre, la communion d’amour, correspond à notre recherche du bonheur. Cette recherche de la communion ne se vit pas seulement dans le mariage mais aussi dans les relations humaines (famille, amis etc.) et bien sûr dans notre relation avec Dieu. Mais le mariage en est une expression particulièrement forte puisque l’homme et la femme ne font qu’un non seulement par l’union des cœurs et des esprits mais aussi par l’union des corps. Le bonheur qui vient de cette union sera d’autant plus intense et fort que la relation sera vécue comme don de soi à l’autre, recherche du bien de l’autre. S’il y a tant d’échecs dans la fidélité au lien sacré du mariage, ne serait-ce pas tout simplement parce que l’on se cherche soi-même dans l’autre ? Et que l’on fait passer sa satisfaction personnelle avant le bonheur de l’autre ?
lundi 21 septembre 2009
25ème dimanche du temps ordinaire
25ème dimanche du TO / B
20/09/09
Marc 9, 30-37 (p. 603)
Dimanche dernier saint Marc nous a rapporté la profession de foi de Pierre : « Tu es le Messie ». Cet événement a certainement été très important dans la vie commune de Jésus et de ses apôtres. Il a même constitué dans leurs relations un tournant. C’est en effet à partir de ce moment que le Seigneur commence à leur révéler le terme et le sommet de sa mission : le mystère de Pâques. Et voilà que dans notre Evangile Jésus répète cette annonce de sa mort et de sa résurrection. Ce qui est résumé ici en quelques mots a dû en fait correspondre à un enseignement plus développé donné aux disciples sur les routes de Galilée, et cela de manière strictement confidentielle. Ce n’est pas aux foules que le Seigneur annonce sa Passion et sa résurrection mais bien à ces quelques hommes qu’il a choisis et appelés pour marcher à sa suite, pour se former à son contact… Ces hommes qui, de simples disciples qu’ils étaient, devront devenir véritablement les apôtres de la foi chrétienne : les pierres de fondation de notre Eglise. Comme souvent les disciples ne comprennent pas les paroles de leur Maître. Et ils ont même peur de l’interroger ! Ne leur jetons pas trop vite la pierre… Il était quelque part normal qu’ils ne comprennent pas cette destinée pascale de Jésus. Même après Pâques, ils auront besoin du don de l’Esprit le jour de Pentecôte pour vraiment comprendre et accepter la croix et la résurrection du Seigneur. De même que nous pouvons philosopher pendant des heures sur la mort, nous préparer à notre mort, nous n’en aurons une vraie connaissance que lorsque nous passerons à notre tour par cette étape obligatoire. De même que nos mots sont inadaptés pour rendre compte de ce qu’est la résurrection et le bonheur du Paradis. Le plus surprenant n’est pas qu’ils ne comprennent pas mais bien qu’ils aient peur de demander des explications à leur Maître. Ils se souviennent probablement de la réaction sévère de Jésus lorsque Pierre a voulu le détourner de ce chemin qui passe par la croix : « Passe derrière-moi, Satan ! »
Le plus grave pour eux, ce n’est pas de ne pas tout comprendre mais bien de rester dans une logique qui est celle du monde, et c’est la suite de notre Evangile : « Ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. » En chemin, Jésus ne devait pas être toujours à leurs côtés, il devait se réserver des moments de solitude. Et ils en ont profité pour parler de leur promotion, de leur carrière… Dans un groupe comme celui des apôtres se poser ce genre de question (« qui est le plus grand ? ») est terriblement dangereux. Et la lettre de saint Jacques nous rappelle que le poison de la jalousie et des rivalités divise rapidement le groupe le plus soudé. Ils avaient peur d’interroger Jésus, maintenant ils ont honte de la conversation qu’ils viennent d’avoir, pensant qu’il n’en saurait rien. Comme Pierre après la première annonce de la Passion, leur pensée a été celle des hommes et non celle de Dieu : « Tu ne penses pas comme Dieu, mais de façon toute humaine », dit Jésus à Pierre. La grandeur évangélique est radicalement différente de la grandeur selon le monde. Alors « si quelqu’un veut être le premier » selon l’Esprit du Christ, il doit se faire le serviteur de tous. Un apôtre du Christ ne perd pas son temps à se comparer aux autres ou à chercher des titres et des honneurs, fussent-ils donnés par l’Eglise elle-même. L’apôtre cherche avant toutes choses la volonté de Dieu dans sa vie. Et cette volonté de Dieu c’est précisément qu’il se mette au service de tous ses frères les hommes pour susciter en eux la soif de Dieu. La seule grandeur pour l’apôtre, c’est de pouvoir évangéliser, c’est-à-dire porter la Bonne Nouvelle de Jésus au cœur de la vie des hommes et des femmes de son temps. L’apôtre n’a qu’un désir : inviter tous les hommes à faire l’expérience de la relation avec Dieu par Jésus dans l’Esprit. Voilà le service apostolique, celui des prêtres et des évêques. Et ce service rencontre inévitablement la croix. Car l’apôtre se heurte bien souvent à l’indifférence, au mépris, au rejet, voir à la persécution. Et la plupart de ces hommes qui parlent maintenant d’être le plus grand, d’être haut placé et estimé, finiront martyrs. Et Pierre, peut-être davantage que tous les autres, justement parce qu’il est le premier, le chef des apôtres, aura une fin édifiante de ce point de vue-là : crucifié à l’envers sur sa propre demande parce qu’il ne s’estimait pas digne de mourir comme le Christ. Quelle humilité du premier de tous les serviteurs de Dieu ! Depuis Saint Grégoire le grand l’un des plus beaux titres du pape est bien celui de serviteur des serviteurs de Dieu, dans la droite ligne de l’humilité enseignée par notre Evangile. Enfin le service apostolique est aussi accueil. Ouverture aux hommes, ouverture sans limites ni frontières, ouverture catholique. C’est dans cette ouverture faite de bienveillance, d’amitié, d’empathie, que l’apôtre peut annoncer l’Evangile comme une Bonne Nouvelle. Et ce n’est pas par hasard que Jésus met en avant l’accueil de l’enfant. Cette ouverture apostolique doit d’abord s’exercer au profit des plus petits, de ceux qui précisément ne sont pas grands selon les critères du monde.
20/09/09
Marc 9, 30-37 (p. 603)
Dimanche dernier saint Marc nous a rapporté la profession de foi de Pierre : « Tu es le Messie ». Cet événement a certainement été très important dans la vie commune de Jésus et de ses apôtres. Il a même constitué dans leurs relations un tournant. C’est en effet à partir de ce moment que le Seigneur commence à leur révéler le terme et le sommet de sa mission : le mystère de Pâques. Et voilà que dans notre Evangile Jésus répète cette annonce de sa mort et de sa résurrection. Ce qui est résumé ici en quelques mots a dû en fait correspondre à un enseignement plus développé donné aux disciples sur les routes de Galilée, et cela de manière strictement confidentielle. Ce n’est pas aux foules que le Seigneur annonce sa Passion et sa résurrection mais bien à ces quelques hommes qu’il a choisis et appelés pour marcher à sa suite, pour se former à son contact… Ces hommes qui, de simples disciples qu’ils étaient, devront devenir véritablement les apôtres de la foi chrétienne : les pierres de fondation de notre Eglise. Comme souvent les disciples ne comprennent pas les paroles de leur Maître. Et ils ont même peur de l’interroger ! Ne leur jetons pas trop vite la pierre… Il était quelque part normal qu’ils ne comprennent pas cette destinée pascale de Jésus. Même après Pâques, ils auront besoin du don de l’Esprit le jour de Pentecôte pour vraiment comprendre et accepter la croix et la résurrection du Seigneur. De même que nous pouvons philosopher pendant des heures sur la mort, nous préparer à notre mort, nous n’en aurons une vraie connaissance que lorsque nous passerons à notre tour par cette étape obligatoire. De même que nos mots sont inadaptés pour rendre compte de ce qu’est la résurrection et le bonheur du Paradis. Le plus surprenant n’est pas qu’ils ne comprennent pas mais bien qu’ils aient peur de demander des explications à leur Maître. Ils se souviennent probablement de la réaction sévère de Jésus lorsque Pierre a voulu le détourner de ce chemin qui passe par la croix : « Passe derrière-moi, Satan ! »
Le plus grave pour eux, ce n’est pas de ne pas tout comprendre mais bien de rester dans une logique qui est celle du monde, et c’est la suite de notre Evangile : « Ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. » En chemin, Jésus ne devait pas être toujours à leurs côtés, il devait se réserver des moments de solitude. Et ils en ont profité pour parler de leur promotion, de leur carrière… Dans un groupe comme celui des apôtres se poser ce genre de question (« qui est le plus grand ? ») est terriblement dangereux. Et la lettre de saint Jacques nous rappelle que le poison de la jalousie et des rivalités divise rapidement le groupe le plus soudé. Ils avaient peur d’interroger Jésus, maintenant ils ont honte de la conversation qu’ils viennent d’avoir, pensant qu’il n’en saurait rien. Comme Pierre après la première annonce de la Passion, leur pensée a été celle des hommes et non celle de Dieu : « Tu ne penses pas comme Dieu, mais de façon toute humaine », dit Jésus à Pierre. La grandeur évangélique est radicalement différente de la grandeur selon le monde. Alors « si quelqu’un veut être le premier » selon l’Esprit du Christ, il doit se faire le serviteur de tous. Un apôtre du Christ ne perd pas son temps à se comparer aux autres ou à chercher des titres et des honneurs, fussent-ils donnés par l’Eglise elle-même. L’apôtre cherche avant toutes choses la volonté de Dieu dans sa vie. Et cette volonté de Dieu c’est précisément qu’il se mette au service de tous ses frères les hommes pour susciter en eux la soif de Dieu. La seule grandeur pour l’apôtre, c’est de pouvoir évangéliser, c’est-à-dire porter la Bonne Nouvelle de Jésus au cœur de la vie des hommes et des femmes de son temps. L’apôtre n’a qu’un désir : inviter tous les hommes à faire l’expérience de la relation avec Dieu par Jésus dans l’Esprit. Voilà le service apostolique, celui des prêtres et des évêques. Et ce service rencontre inévitablement la croix. Car l’apôtre se heurte bien souvent à l’indifférence, au mépris, au rejet, voir à la persécution. Et la plupart de ces hommes qui parlent maintenant d’être le plus grand, d’être haut placé et estimé, finiront martyrs. Et Pierre, peut-être davantage que tous les autres, justement parce qu’il est le premier, le chef des apôtres, aura une fin édifiante de ce point de vue-là : crucifié à l’envers sur sa propre demande parce qu’il ne s’estimait pas digne de mourir comme le Christ. Quelle humilité du premier de tous les serviteurs de Dieu ! Depuis Saint Grégoire le grand l’un des plus beaux titres du pape est bien celui de serviteur des serviteurs de Dieu, dans la droite ligne de l’humilité enseignée par notre Evangile. Enfin le service apostolique est aussi accueil. Ouverture aux hommes, ouverture sans limites ni frontières, ouverture catholique. C’est dans cette ouverture faite de bienveillance, d’amitié, d’empathie, que l’apôtre peut annoncer l’Evangile comme une Bonne Nouvelle. Et ce n’est pas par hasard que Jésus met en avant l’accueil de l’enfant. Cette ouverture apostolique doit d’abord s’exercer au profit des plus petits, de ceux qui précisément ne sont pas grands selon les critères du monde.
lundi 7 septembre 2009
23ème dimanche du temps ordinaire
23ème dimanche du TO/B
6/09/09
Marc 7, 31-37 (p. 507)
De temps en temps la liturgie de la Parole nous fait entendre un récit de guérison, un miracle opéré par Jésus. C’est le cas en ce dimanche de rentrée scolaire. Si nous sommes honnêtes, nous pouvons nous poser la question suivante : en quoi sommes-nous concernés par cet Evangile de la guérison d’un sourd- muet ? Il n’y a probablement pas de sourd-muet dans notre assemblée… Et nous savons que les miracles, même s’ils existent toujours dans la vie de l’Eglise, ne sont pas des faits quotidiens dont nous pourrions être les témoins comme les contemporains de Jésus. Alors à quoi bon écouter ce récit évangélique s’il est uniquement le témoignage d’un fait passé sans aucune incidence dans notre vie chrétienne aujourd’hui ?
Bien sûr nous pouvons et nous devons faire une lecture spirituelle des récits de guérison que nous trouvons dans l’Evangile. Dès les Pères de l’Eglise, cette lecture a été faite et nous tenterons de la faire nous aussi en ce dimanche. Mais n’oublions jamais que l’interprétation spirituelle, pour être juste, doit s’appuyer sur le fait bien concret et bien réel qui nous est rapporté par saint Marc : Jésus guérit un sourd-muet.
Essayons donc d’imaginer un instant ce que cela signifie que d’être sourd-muet. Mettons-nous si possible dans la peau de cette homme qui ne peut ni entendre ni parler. Si nous étions sourd-muet… Je ne pourrais pas vous adresser la parole, vous ne pourriez pas m’entendre et me comprendre. Etre sourd-muet, c’est un drame que nous ne pouvons que difficilement mesurer. Etre sourd-muet, c’est être privé de l’une des caractéristiques essentielles de l’homme : la communication. Et ce même si un sourd-muet peut communiquer par écrit. En guérissant cet homme, Jésus le sort de son isolement et lui redonne la capacité d’être pleinement homme en vivant normalement en société. Le drame terrible que le sourd-muet vit jour après jour c’est celui d’un enfermement imposé sur soi-même, et de cet enfermement peut découler une certaine incapacité à raisonner, à réfléchir, à aimer et à prier. Ce handicap atteint beaucoup plus profondément notre humanité que le simple fait d’être paralysé physiquement par exemple. Un tétraplégique peut vivre davantage en humain qu’un sourd-muet.
Si nous comprenons tout cela, alors, oui, nous pouvons nous appliquer à nous-mêmes une lecture spirituelle de cette guérison. N’oublions pas que Jésus est la deuxième personne de la Sainte Trinité, la Parole de Dieu faite chair. C’est par Jésus, et avant lui dans une moindre mesure par les prophètes, que Dieu sort en quelque sorte de son silence pour nous adresser la Parole, sa Parole. Jésus est celui qui rend possible la communication, le dialogue entre nous et Dieu Notre Père. Nous avons la chance de pouvoir entendre et de pouvoir parler. Mais cet Evangile nous pose la question suivante : que faisons-nous de cette chance ? Comment utilisons-nous ce don de l’écoute et de la parole qui devrait nous permettre de grandir en humanité et en sainteté jour après jour ? Car dans la Bible, c’est Dieu et sa Parole que l’homme doit écouter en premier. Et la foi pour le Juif consiste précisément à se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour en vivre. Cet Evangile nous ramène donc en ce temps de rentrée à la question de notre relation avec Dieu. Si nous faisons les sourds, nous savons que Jésus peut nous guérir de cette surdité spirituelle, à condition que nous en ayons le désir. Dans le même mouvement cet Evangile nous demande de regarder comment nous communiquons et dialoguons les uns avec les autres. Dans cette époque hyper médiatique beaucoup déplorent l’isolement, l’enfermement sur soi, le manque de communication véritable, l’incapacité de dialoguer avec ceux qui sont différents de nous ou qui ne partagent pas nos convictions ou encore qui n’appartiennent pas à notre milieu. Et c’est ainsi que commencent les conflits et les guerres… Si aimer Dieu, c’est savoir l’écouter dans la lecture méditée de sa Parole et dans la prière, aimer notre prochain, c’est aussi prendre le temps de l’écouter. L’écoute de Dieu et celle du prochain ont un point commun : nous faisons l’effort d’écouter celui qui n’est pas nous, celui qui est différent. Nous sortons de notre enfermement sur notre personne, nos petits soucis et problèmes, nos désirs et nos volontés. Ecouter Dieu et le prochain demande du respect. Ce respect dans l’écoute de notre prochain va de pair avec la patience, le pardon et surtout l’empathie : cette capacité de l’amour à se mettre à la place de l’autre pour partager ses souffrances, ses joies, ses interrogations, sans le juger ni le condamner. Nous pouvons aussi parler. Notre parole peut donner la vie comme elle peut tuer. Ne banalisons pas notre parole avec des formules toutes faites, « Comment ça va ? », et qui ne nous engagent pas. Apprenons l’art de parler pour consoler, encourager, conseiller, remercier toujours dans l’Esprit du Seigneur Jésus : Esprit d’Amour entre le Père et le Fils.
Amen.
6/09/09
Marc 7, 31-37 (p. 507)
De temps en temps la liturgie de la Parole nous fait entendre un récit de guérison, un miracle opéré par Jésus. C’est le cas en ce dimanche de rentrée scolaire. Si nous sommes honnêtes, nous pouvons nous poser la question suivante : en quoi sommes-nous concernés par cet Evangile de la guérison d’un sourd- muet ? Il n’y a probablement pas de sourd-muet dans notre assemblée… Et nous savons que les miracles, même s’ils existent toujours dans la vie de l’Eglise, ne sont pas des faits quotidiens dont nous pourrions être les témoins comme les contemporains de Jésus. Alors à quoi bon écouter ce récit évangélique s’il est uniquement le témoignage d’un fait passé sans aucune incidence dans notre vie chrétienne aujourd’hui ?
Bien sûr nous pouvons et nous devons faire une lecture spirituelle des récits de guérison que nous trouvons dans l’Evangile. Dès les Pères de l’Eglise, cette lecture a été faite et nous tenterons de la faire nous aussi en ce dimanche. Mais n’oublions jamais que l’interprétation spirituelle, pour être juste, doit s’appuyer sur le fait bien concret et bien réel qui nous est rapporté par saint Marc : Jésus guérit un sourd-muet.
Essayons donc d’imaginer un instant ce que cela signifie que d’être sourd-muet. Mettons-nous si possible dans la peau de cette homme qui ne peut ni entendre ni parler. Si nous étions sourd-muet… Je ne pourrais pas vous adresser la parole, vous ne pourriez pas m’entendre et me comprendre. Etre sourd-muet, c’est un drame que nous ne pouvons que difficilement mesurer. Etre sourd-muet, c’est être privé de l’une des caractéristiques essentielles de l’homme : la communication. Et ce même si un sourd-muet peut communiquer par écrit. En guérissant cet homme, Jésus le sort de son isolement et lui redonne la capacité d’être pleinement homme en vivant normalement en société. Le drame terrible que le sourd-muet vit jour après jour c’est celui d’un enfermement imposé sur soi-même, et de cet enfermement peut découler une certaine incapacité à raisonner, à réfléchir, à aimer et à prier. Ce handicap atteint beaucoup plus profondément notre humanité que le simple fait d’être paralysé physiquement par exemple. Un tétraplégique peut vivre davantage en humain qu’un sourd-muet.
Si nous comprenons tout cela, alors, oui, nous pouvons nous appliquer à nous-mêmes une lecture spirituelle de cette guérison. N’oublions pas que Jésus est la deuxième personne de la Sainte Trinité, la Parole de Dieu faite chair. C’est par Jésus, et avant lui dans une moindre mesure par les prophètes, que Dieu sort en quelque sorte de son silence pour nous adresser la Parole, sa Parole. Jésus est celui qui rend possible la communication, le dialogue entre nous et Dieu Notre Père. Nous avons la chance de pouvoir entendre et de pouvoir parler. Mais cet Evangile nous pose la question suivante : que faisons-nous de cette chance ? Comment utilisons-nous ce don de l’écoute et de la parole qui devrait nous permettre de grandir en humanité et en sainteté jour après jour ? Car dans la Bible, c’est Dieu et sa Parole que l’homme doit écouter en premier. Et la foi pour le Juif consiste précisément à se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour en vivre. Cet Evangile nous ramène donc en ce temps de rentrée à la question de notre relation avec Dieu. Si nous faisons les sourds, nous savons que Jésus peut nous guérir de cette surdité spirituelle, à condition que nous en ayons le désir. Dans le même mouvement cet Evangile nous demande de regarder comment nous communiquons et dialoguons les uns avec les autres. Dans cette époque hyper médiatique beaucoup déplorent l’isolement, l’enfermement sur soi, le manque de communication véritable, l’incapacité de dialoguer avec ceux qui sont différents de nous ou qui ne partagent pas nos convictions ou encore qui n’appartiennent pas à notre milieu. Et c’est ainsi que commencent les conflits et les guerres… Si aimer Dieu, c’est savoir l’écouter dans la lecture méditée de sa Parole et dans la prière, aimer notre prochain, c’est aussi prendre le temps de l’écouter. L’écoute de Dieu et celle du prochain ont un point commun : nous faisons l’effort d’écouter celui qui n’est pas nous, celui qui est différent. Nous sortons de notre enfermement sur notre personne, nos petits soucis et problèmes, nos désirs et nos volontés. Ecouter Dieu et le prochain demande du respect. Ce respect dans l’écoute de notre prochain va de pair avec la patience, le pardon et surtout l’empathie : cette capacité de l’amour à se mettre à la place de l’autre pour partager ses souffrances, ses joies, ses interrogations, sans le juger ni le condamner. Nous pouvons aussi parler. Notre parole peut donner la vie comme elle peut tuer. Ne banalisons pas notre parole avec des formules toutes faites, « Comment ça va ? », et qui ne nous engagent pas. Apprenons l’art de parler pour consoler, encourager, conseiller, remercier toujours dans l’Esprit du Seigneur Jésus : Esprit d’Amour entre le Père et le Fils.
Amen.
samedi 8 août 2009
19ème dimanche du temps ordinaire
19ème dimanche du TO / B
9/08/09
Jean 6, 41-51 (p. 311)
Nous continuons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Le passage qui nous est proposé par la liturgie commence avec les récriminations des Juifs. Ces récriminations sont en fait des plaintes, des murmures, des manifestations de désaccord et d’incompréhension… C’est le terme « technique » utilisé par l’Ancien Testament pour désigner ces moments tendus lors des 40 années passées dans le désert, moments au cours desquels le peuple se révolte contre Moïse et lui fait de vifs reproches, souvent à cause du manque de nourriture et d’eau. Ici ces récriminations sont contre Jésus. Quelle est pour les Juifs la pierre d’achoppement dans ce que Jésus leur enseigne ? Ils le disent très clairement :
« Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors, comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? »
En annonçant le mystère de l’eucharistie, pain descendu du ciel, Jésus annonce son propre mystère, celui de son identité profonde de Fils de Dieu. Les Juifs butent car ils n’ont pas accès pour le moment au mystère de l’incarnation. Ils pensent avoir en face d’eux un grand prophète, un Maître en religion, capable d’opérer des signes, mais un homme, rien qu’un homme. Ils ne peuvent pas voir à travers le voile de son humanité sa divinité, le fait que précisément son origine n’est pas en Joseph, mais bien en Dieu, le fait que par le mystère de l’incarnation il soit « descendu du ciel ».
Dans sa réponse très développée, Notre Seigneur ne cherche pas à se défendre ou à se justifier. Il enseigne inlassablement ce peuple à la nuque raide. Il répète comme un bon pédagogue. D’une certaine manière, c’est Jésus lui-même qui trouve des excuses à leurs récriminations : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi… » La foi en Jésus est une grâce, un don de Dieu. En même temps le Seigneur souligne leur manque de foi véritable : « Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi ». Si ces Juifs qui récriminent contre Jésus connaissaient vraiment le Père par la foi, ils réagiraient autrement. Ils accepteraient la révélation du pain de vie et celle du Fils.
Dans le contexte de cette annonce de l’eucharistie et de ce scandale à propos de son identité, Jésus va une fois encore les appeler à la foi : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle ». Ces Juifs qui prétendent croire en Dieu doivent aussi croire en son envoyé, Jésus. Pour les attirer à lui, il leur parle de la vie éternelle. En mettant peut-être la barre un peu haut car ceux qui récriminent contre lui ont des préoccupations beaucoup moins spirituelles. Cet enseignement du Christ en saint Jean nous montre le lien très étroit qui existe entre tous les mystères de notre foi. Au centre il y a bien l’annonce de ce pain de vie descendu du ciel. Mais en parlant de l’eucharistie, Jésus ne peut faire autrement que de parler du mystère de sa propre personne (l’incarnation) et du don de la foi. L’eucharistie est un sacrement qui nous renvoie toujours au Christ, au Verbe fait chair. L’eucharistie est toujours le sacrement de la foi. Et ce n’est pas par hasard si au cœur de la prière eucharistique le prêtre invite les fidèles à proclamer leur foi dans le mystère du Christ. Il est grand le mystère de la foi. Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.
A la fin de cet Evangile, Jésus veut aller encore plus loin dans la révélation de l’eucharistie : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Au début les Juifs butaient sur le mystère de l’incarnation, en ne parvenant pas à voir en Jésus de Nazareth plus qu’un grand prophète… Et voilà qu’il leur annonce, au futur (« Le pain que je donnerai »), son sacrifice sur le bois de la croix (« c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie »)… Dimanche prochain nous verrons à quel point cette annonce va relancer les récriminations contre Jésus !
L’Evangile de ce dimanche nous rappelle en tout cas que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Et que même des personnes professant leur foi en Dieu à l’intérieur d’une tradition religieuse sont toujours remises en question par les vérités de foi. Dieu demeure toujours le plus grand, il demeure transcendant, même lorsque, librement, il décide d’épouser notre humanité et de se faire l’un de nous. Même lorsque librement il veut se faire notre nourriture spirituelle dans l’eucharistie. L’incarnation et l’eucharistie nous montrent un Dieu qui s’abaisse. Et il nous faut une foi encore plus grande pour l’accepter et surtout pour comprendre que cet abaissement est le signe le plus manifeste de la toute puissance de son amour à notre égard. Car du point de vue de Dieu, est vraiment grand celui qui est vraiment généreux, celui qui, par amour, est prêt à s’abaisser ! Amen
9/08/09
Jean 6, 41-51 (p. 311)
Nous continuons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Le passage qui nous est proposé par la liturgie commence avec les récriminations des Juifs. Ces récriminations sont en fait des plaintes, des murmures, des manifestations de désaccord et d’incompréhension… C’est le terme « technique » utilisé par l’Ancien Testament pour désigner ces moments tendus lors des 40 années passées dans le désert, moments au cours desquels le peuple se révolte contre Moïse et lui fait de vifs reproches, souvent à cause du manque de nourriture et d’eau. Ici ces récriminations sont contre Jésus. Quelle est pour les Juifs la pierre d’achoppement dans ce que Jésus leur enseigne ? Ils le disent très clairement :
« Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors, comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? »
En annonçant le mystère de l’eucharistie, pain descendu du ciel, Jésus annonce son propre mystère, celui de son identité profonde de Fils de Dieu. Les Juifs butent car ils n’ont pas accès pour le moment au mystère de l’incarnation. Ils pensent avoir en face d’eux un grand prophète, un Maître en religion, capable d’opérer des signes, mais un homme, rien qu’un homme. Ils ne peuvent pas voir à travers le voile de son humanité sa divinité, le fait que précisément son origine n’est pas en Joseph, mais bien en Dieu, le fait que par le mystère de l’incarnation il soit « descendu du ciel ».
Dans sa réponse très développée, Notre Seigneur ne cherche pas à se défendre ou à se justifier. Il enseigne inlassablement ce peuple à la nuque raide. Il répète comme un bon pédagogue. D’une certaine manière, c’est Jésus lui-même qui trouve des excuses à leurs récriminations : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi… » La foi en Jésus est une grâce, un don de Dieu. En même temps le Seigneur souligne leur manque de foi véritable : « Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi ». Si ces Juifs qui récriminent contre Jésus connaissaient vraiment le Père par la foi, ils réagiraient autrement. Ils accepteraient la révélation du pain de vie et celle du Fils.
Dans le contexte de cette annonce de l’eucharistie et de ce scandale à propos de son identité, Jésus va une fois encore les appeler à la foi : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle ». Ces Juifs qui prétendent croire en Dieu doivent aussi croire en son envoyé, Jésus. Pour les attirer à lui, il leur parle de la vie éternelle. En mettant peut-être la barre un peu haut car ceux qui récriminent contre lui ont des préoccupations beaucoup moins spirituelles. Cet enseignement du Christ en saint Jean nous montre le lien très étroit qui existe entre tous les mystères de notre foi. Au centre il y a bien l’annonce de ce pain de vie descendu du ciel. Mais en parlant de l’eucharistie, Jésus ne peut faire autrement que de parler du mystère de sa propre personne (l’incarnation) et du don de la foi. L’eucharistie est un sacrement qui nous renvoie toujours au Christ, au Verbe fait chair. L’eucharistie est toujours le sacrement de la foi. Et ce n’est pas par hasard si au cœur de la prière eucharistique le prêtre invite les fidèles à proclamer leur foi dans le mystère du Christ. Il est grand le mystère de la foi. Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.
A la fin de cet Evangile, Jésus veut aller encore plus loin dans la révélation de l’eucharistie : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Au début les Juifs butaient sur le mystère de l’incarnation, en ne parvenant pas à voir en Jésus de Nazareth plus qu’un grand prophète… Et voilà qu’il leur annonce, au futur (« Le pain que je donnerai »), son sacrifice sur le bois de la croix (« c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie »)… Dimanche prochain nous verrons à quel point cette annonce va relancer les récriminations contre Jésus !
L’Evangile de ce dimanche nous rappelle en tout cas que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Et que même des personnes professant leur foi en Dieu à l’intérieur d’une tradition religieuse sont toujours remises en question par les vérités de foi. Dieu demeure toujours le plus grand, il demeure transcendant, même lorsque, librement, il décide d’épouser notre humanité et de se faire l’un de nous. Même lorsque librement il veut se faire notre nourriture spirituelle dans l’eucharistie. L’incarnation et l’eucharistie nous montrent un Dieu qui s’abaisse. Et il nous faut une foi encore plus grande pour l’accepter et surtout pour comprendre que cet abaissement est le signe le plus manifeste de la toute puissance de son amour à notre égard. Car du point de vue de Dieu, est vraiment grand celui qui est vraiment généreux, celui qui, par amour, est prêt à s’abaisser ! Amen
dimanche 2 août 2009
18ème dimanche du temps ordinaire
18ème dimanche du temps ordinaire / B
2/08/09
Jean 6, 24-35 (p. 263)
Nous poursuivons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Dans le prolongement de la multiplication des pains, nous trouvons le commencement du discours de Jésus consacré au Pain de vie. Ce discours est en fait un dialogue dans lequel Jésus à la fois enseigne et à la fois répond aux questions de ses interlocuteurs. Avant d’entrer dans le détail de cet enseignement – dialogue, il est important de relever que Jésus et ses auditeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde. Et il en va de même pour nous aujourd’hui. Nous avons beau être les disciples du Christ, cela ne nous dispense jamais de nous mettre sur la même longueur d’onde que Lui. C’est cela se convertir : adapter notre mentalité, nos pensées, nos actes à la Parole du Christ tel que nous la recevons dans les Evangiles et en Eglise. Ne lisons pas cette page d’Evangile comme une discussion théologique du passé. Trouvons-y avec l’aide de l’Esprit-Saint notre nourriture pour devenir de meilleurs chrétiens.
Après le signe grandiose de la multiplication des pains, et l’échec, rappelons-le, de l’intronisation de Jésus comme roi, les foules se mettent à la recherche du Seigneur. Et cette recherche n’a rien de spirituel ! D’où le commentaire du Seigneur : « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Nous travaillons pour vivre, pour gagner de l’argent. Et cela est normal. Mais nous savons bien que de toute notre activité, il ne restera rien, si nous ne mettons pas le Christ au centre. Tout ce qui est matériel, l’argent y compris, est passager. Job, l’homme dépossédé de tous ses biens et de sa santé, l’avait bien compris quand il s’exclamait : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu aussi j’y retournerai. » Déjà en 1914, Charles Péguy constatait avec amertume que l’Argent, telle une divinité toute-puissante, dirigeait notre monde moderne : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est maître sans limitation et sans mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.) Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul devant Dieu. » Etre chrétien, c’est donc retrouver cette sagesse qui consiste à travailler pour la nourriture qui ne se perd pas dans un monde devenu esclave du pouvoir de l’argent et de la matière. Etre chrétien, c’est être libre. Et les Juifs de notre Evangile demandent à Jésus ce qu’il faut faire pour travailler aux œuvres de Dieu. Ils sont de bonne volonté. « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé. » Eux parlent de « faire » quelque chose, Jésus leur demande leur foi : « Croyez en moi, c’est ainsi que vous travaillerez en vue de la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Notre foi en Jésus Sauveur est une véritable force. Et nous voyons à quel point justement l’absence de foi, ou une foi tiède, ou encore l’indifférence, laissent la place libre pour les idoles de notre monde actuel. La foi seule nous permet de résister et de demeurer libres dans le Christ en vue de la vie éternelle et bienheureuse à laquelle nous sommes appelés. Malheureusement les Juifs ne comprennent toujours pas et demeurent empêtrés dans le monde matériel : ils réclament un signe et parlent de « faire une œuvre », alors que Jésus attend leur foi. Et c’est dans ce contexte d’incompréhension que le Seigneur va commencer à révéler une réalité nouvelle, le Pain de vie, réalité annoncée par la manne autrefois : « Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » La vraie vie, la vie spirituelle, la vie de l’âme ne peut venir des progrès scientifiques et techniques, elle ne vient pas non plus de notre compte en banque… La médecine nous permet de vivre plus longtemps. Mais seul le Pain de Dieu, pain de sa Parole et pain eucharistique, nous permet de vivre mieux, de vivre vraiment. Nous n’avons jamais autant parlé de la qualité de vie qu’aujourd’hui… La vraie qualité de vie va de pair avec un cœur qui est dans la joie et la paix, un cœur qui se sait aimé par le Seigneur. Et cet amour du Seigneur est gratuit… Les Juifs commencent à comprendre, ils appelaient Jésus « Maître », ils l’appellent maintenant « Seigneur » : « Donne-nous de ce pain-là, toujours. » Leur faim commence à devenir spirituelle. Et Jésus s’appuie sur leur petit désir, leurs premiers pas dans la voie de l’Esprit, pour leur révéler le grand mystère : Ce pain de Dieu, c’est lui-même ! « Je suis le pain de la vie ». Et il en profite pour leur rappeler l’importance de la foi sur ce chemin : « Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »
Au début du discours sur le Pain de Vie, Jésus, l’envoyé du Père, nous invite à une foi renouvelée en Lui. L’eucharistie est bien le sacrement de la foi. Cette foi en Jésus Vivant et présent, nous la proclamons non seulement par le Credo, mais aussi au cœur de la prière eucharistique, et par notre « Amen » avant de communier. Seule cette foi ne déçoit point. Tout passe ici bas, sauf le Christ et sa Parole. Croire en Lui, c’est déjà faire de notre cœur une terre de paradis.
2/08/09
Jean 6, 24-35 (p. 263)
Nous poursuivons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Dans le prolongement de la multiplication des pains, nous trouvons le commencement du discours de Jésus consacré au Pain de vie. Ce discours est en fait un dialogue dans lequel Jésus à la fois enseigne et à la fois répond aux questions de ses interlocuteurs. Avant d’entrer dans le détail de cet enseignement – dialogue, il est important de relever que Jésus et ses auditeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde. Et il en va de même pour nous aujourd’hui. Nous avons beau être les disciples du Christ, cela ne nous dispense jamais de nous mettre sur la même longueur d’onde que Lui. C’est cela se convertir : adapter notre mentalité, nos pensées, nos actes à la Parole du Christ tel que nous la recevons dans les Evangiles et en Eglise. Ne lisons pas cette page d’Evangile comme une discussion théologique du passé. Trouvons-y avec l’aide de l’Esprit-Saint notre nourriture pour devenir de meilleurs chrétiens.
Après le signe grandiose de la multiplication des pains, et l’échec, rappelons-le, de l’intronisation de Jésus comme roi, les foules se mettent à la recherche du Seigneur. Et cette recherche n’a rien de spirituel ! D’où le commentaire du Seigneur : « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Nous travaillons pour vivre, pour gagner de l’argent. Et cela est normal. Mais nous savons bien que de toute notre activité, il ne restera rien, si nous ne mettons pas le Christ au centre. Tout ce qui est matériel, l’argent y compris, est passager. Job, l’homme dépossédé de tous ses biens et de sa santé, l’avait bien compris quand il s’exclamait : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu aussi j’y retournerai. » Déjà en 1914, Charles Péguy constatait avec amertume que l’Argent, telle une divinité toute-puissante, dirigeait notre monde moderne : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est maître sans limitation et sans mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.) Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul devant Dieu. » Etre chrétien, c’est donc retrouver cette sagesse qui consiste à travailler pour la nourriture qui ne se perd pas dans un monde devenu esclave du pouvoir de l’argent et de la matière. Etre chrétien, c’est être libre. Et les Juifs de notre Evangile demandent à Jésus ce qu’il faut faire pour travailler aux œuvres de Dieu. Ils sont de bonne volonté. « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé. » Eux parlent de « faire » quelque chose, Jésus leur demande leur foi : « Croyez en moi, c’est ainsi que vous travaillerez en vue de la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Notre foi en Jésus Sauveur est une véritable force. Et nous voyons à quel point justement l’absence de foi, ou une foi tiède, ou encore l’indifférence, laissent la place libre pour les idoles de notre monde actuel. La foi seule nous permet de résister et de demeurer libres dans le Christ en vue de la vie éternelle et bienheureuse à laquelle nous sommes appelés. Malheureusement les Juifs ne comprennent toujours pas et demeurent empêtrés dans le monde matériel : ils réclament un signe et parlent de « faire une œuvre », alors que Jésus attend leur foi. Et c’est dans ce contexte d’incompréhension que le Seigneur va commencer à révéler une réalité nouvelle, le Pain de vie, réalité annoncée par la manne autrefois : « Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » La vraie vie, la vie spirituelle, la vie de l’âme ne peut venir des progrès scientifiques et techniques, elle ne vient pas non plus de notre compte en banque… La médecine nous permet de vivre plus longtemps. Mais seul le Pain de Dieu, pain de sa Parole et pain eucharistique, nous permet de vivre mieux, de vivre vraiment. Nous n’avons jamais autant parlé de la qualité de vie qu’aujourd’hui… La vraie qualité de vie va de pair avec un cœur qui est dans la joie et la paix, un cœur qui se sait aimé par le Seigneur. Et cet amour du Seigneur est gratuit… Les Juifs commencent à comprendre, ils appelaient Jésus « Maître », ils l’appellent maintenant « Seigneur » : « Donne-nous de ce pain-là, toujours. » Leur faim commence à devenir spirituelle. Et Jésus s’appuie sur leur petit désir, leurs premiers pas dans la voie de l’Esprit, pour leur révéler le grand mystère : Ce pain de Dieu, c’est lui-même ! « Je suis le pain de la vie ». Et il en profite pour leur rappeler l’importance de la foi sur ce chemin : « Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »
Au début du discours sur le Pain de Vie, Jésus, l’envoyé du Père, nous invite à une foi renouvelée en Lui. L’eucharistie est bien le sacrement de la foi. Cette foi en Jésus Vivant et présent, nous la proclamons non seulement par le Credo, mais aussi au cœur de la prière eucharistique, et par notre « Amen » avant de communier. Seule cette foi ne déçoit point. Tout passe ici bas, sauf le Christ et sa Parole. Croire en Lui, c’est déjà faire de notre cœur une terre de paradis.
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