6ème dimanche du temps ordinaire / C
11 février 2007 / Dimanche de la santé
« Croire en la vie, un défi pour aujourd’hui »
Luc 6, 17-26 (page 822)
En ce 6ème dimanche du temps ordinaire, l’Eglise célèbre la journée mondiale des malades et le dimanche de la santé. C’est aussi la fête de Notre-Dame de Lourdes.
Le thème retenu cette année pour le dimanche de la santé est :
« Croire en la vie, un défi pour aujourd’hui. »
Dans un premier temps, j’aimerais mettre en lumière certains aspects de la liturgie de la Parole.
Les deux premières lectures nous parlent d’espoir alors que Jésus nous entretient du bonheur selon l’Evangile. Nous pouvons recevoir ces textes en pensant aux personnes malades, dépendantes, en fin de vie sans oublier le personnel soignant et les visiteurs de malades.
Ecoutons Jérémie : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espoir. » Nous savons bien que dans l’épreuve de la maladie et du vieillissement notre foi est bien souvent ébranlée. Le livre de Qohélet décrit d’une manière à la fois poétique et dramatique l’épreuve que peut représenter pour le croyant la vieillesse :
« On redoute alors les montées, et les fondrières sur le chemin ; l’amandier est en fleurs, la sauterelle est repue, le câprier donne son fruit. Voici l’homme en route pour sa maison d’éternité, et les pleureuses faisant le cercle au coin de la rue. Le fil d’argent n’ira pas plus loin : on s’est arrêté de le filer ; la lampe d’or s’est brisée, la cruche s’est fracassée à la fontaine, et la poulie sur le puits a cédé. »
La maladie et la vieillesse sont comme une purification spirituelle pour le croyant, un apprentissage du détachement : détachement de tout ce qui est superflu, secondaire, accessoire. Qohélet nous parle aussi de ce détachement :
« L’homme est sorti nu du sein de sa mère, et il s’en retourne nu comme il était venu. Il n’emporte rien de tous les travaux que ses mains ont menés à bien. »
L’épreuve de la maladie peut être vécue positivement si non seulement nous gardons la foi mais surtout si nous mettons dans le Seigneur tout notre espoir. A vue humaine nous ne pouvons que nous révolter face à la perte de nos forces et à la douleur physique et morale engendrée par la maladie. Du point de vue de la grâce nous n’avons pas d’autre choix que l’abandon entre les mains de Dieu.
L’Apôtre Paul nous rappelle dans la deuxième lecture le caractère eschatologique de notre foi. Car « si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. » Le Ressuscité nous appelle en effet à entrer dans le vie éternelle, dans la communion de la bienheureuse Trinité. L’horizon pour le malade ou la personne en fin de vie n’est pas bouché. Par la foi et l’espérance, cet horizon peut s’ouvrir sur le monde nouveau, le monde de la résurrection. Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, Paul utilise une formule éclairante : « Donc, nous ne nous laissons pas abattre, et si notre extérieur se défait peu à peu, l’homme intérieur en nous se renouvelle jour après jour. »
Après l’espoir, c’est le bonheur qui est mis en avant par l’Evangile de cette liturgie. Luc, dans son introduction, nous parle d’un grand nombre de disciples, d’une foule de gens. Ces personnes sont venues de loin et ont enduré la fatigue du voyage pour rencontrer le Seigneur. La version liturgique saute deux versets, et c’est bien dommage, surtout en cette journée des malades. Que viennent chercher ces personnes auprès du Christ ? Luc nous le dit : « Ils étaient venus pour l’entendre et pour être guéris de leurs maladies. » L’auditoire des Béatitudes est donc composé en grande partie de personnes souffrantes. Et c’est à ces personnes que Jésus ose dire :
« Heureux, vous les pauvres ; le Royaume de Dieu est à vous ! »
La maladie ou la vieillesse sont bien des pauvretés, en ce sens qu’elles nous dépouillent de bien des habitudes et des attachements. Nous le savons bien, Jésus ne fait pas l’éloge de la pauvreté pour elle-même, encore moins de la maladie pour elle-même. La maladie est un mal. Il nous indique simplement que ces épreuves doivent être pour nous l’occasion d’un progrès spirituel, d’un pas de plus vers le Royaume de Dieu.
Le malade qui met son espoir en Dieu et qui prie malgré sa faiblesse ne peut que découvrir le vrai bonheur. Dans cette situation extrême, l’illusion des paradis artificiels fond comme neige au soleil. Quelle différence en effet entre le malade riche et le malade pauvre ? Entre celui qui a eu un haut rang dans la société et celui qui est resté au bas de l’échelle, comme on dit ? Aucune. Job en a fait l’amère expérience. La douleur physique et morale frappe autant les riches que les pauvres, les hommes célèbres que les inconnus…
Lors de l’apparition du 18 février 1858, la Vierge Marie a dit à Bernadette : « Je ne vous promets pas le bonheur de ce monde, mais de l’autre. » Si nous sommes vraiment chrétiens, nous savons en effet qu’il y a un autre bonheur que celui que nous pouvons connaître ici-bas. Ce n’est pas pour cela que le chrétien devrait être une personne triste. Nous n’avons pas à mépriser le bonheur que Dieu nous donne déjà sur la terre. Nous avons au contraire à faire notre la certitude du bon pape Jean XXIII : « Je serai heureux, rien qu’aujourd’hui, dans la certitude d’avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l’autre monde mais également dans celui-ci. » Amen
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 12 février 2007
dimanche 4 février 2007
5ème dimanche du temps ordinaire
5ème dimanche du temps ordinaire / C
4 février 2007
Luc 5, 1-11 (page 563)
Dimanche dernier nous avons quitté Jésus à Nazareth. Après sa première prédication dans la synagogue, ses compatriotes ont voulu le tuer. « Mais lui passe au milieu d’eux et il va son chemin » : c’est ainsi que Luc conclut l’épisode de Nazareth. Quel est donc le chemin que Jésus va inlassablement prendre pendant trois années ? Quel est donc son chemin qui va le conduire à son Heure à Jérusalem ? Annoncer la Bonne Nouvelle : « Je dois aussi annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu aux autres villes : c’est pour cela que j’ai été envoyé. » Jésus est fidèle à sa mission de Messie telle qu’Isaïe l’annonçait dans la lecture de la synagogue : « L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a consacré pour donner aux pauvres une Bonne Nouvelle. »
Aujourd’hui nous retrouvons Jésus, au bord du lac, annonçant aux foules la Parole de Dieu. Sa chaire est originale : c’est la barque d’un pêcheur du lac, nommé Simon. C’est de là qu’il enseigne le peuple.
Les quatre évangélistes soulignent bien le fait suivant : dès le début de son ministère public, le Seigneur a voulu associer des hommes à sa mission. C’est l’appel des premiers disciples, qui contient en lui comme en germe le mystère de l’Eglise.
A la fin de sa prédication sur la barque de Simon, voilà que Jésus lui demande d’avancer au large et de jeter les filets. La version de Luc est différente de celle des autres évangélistes. « Venez, suivez-moi ! », peut-on lire chez Matthieu et Marc. Jean, quant à lui, a aussi sa propre version de l’appel des premiers disciples… Chez saint Luc, Jésus ne lance pas son appel directement. Il le fait précéder par un signe : la pêche miraculeuse. Et par un signe qui va toucher très directement le cœur de ces hommes qui sont des spécialistes de la pêche, car c’est leur gagne pain. Notons au passage l’obéissance et la docilité de Simon.
La pêche est plus que surabondante. Face à ce signe, Simon comprend de manière intuitive que Jésus n’est pas seulement un Maître de la Loi : il est le Seigneur ! Non seulement Simon est obéissant, mais en plus il a un cœur humble : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » C’est à ce point précis du récit de Luc que nous pouvons facilement faire le lien avec les deux autres lectures qui sont aussi des récits de vocation. Isaïe se considère comme un homme « aux lèvres impures » et Paul comme un avorton, « le plus petit des Apôtres », le persécuteur de l’Eglise de Dieu.
Dans ces trois textes bibliques nous retrouvons des constantes. Il est intéressant de les mettre en lumière pour comprendre ce qu’est une vocation.
La première constante c’est qu’au point de départ il y a une expérience forte de la présence de Dieu : pour Isaïe, c’est une vision dans le Temple ; Paul, quant à lui, a vu le Christ ressuscité sur le chemin de Damas ; et Simon voit la gloire de Jésus dans la pêche miraculeuse. Pas de vocation donc, sans cette prise de conscience de la transcendance de Dieu : seul Dieu est Dieu, seul Dieu est grand, seul Dieu est Saint.
La deuxième constante, c’est que Dieu n’attend pas que nous soyons des saints pour nous donner notre vocation : Isaïe, Paul et Simon sont des pécheurs. Si cela est vrai, alors n’attendons pas d’être des saints pour entendre l’appel de Dieu et y répondre.
La troisième constante, c’est que Dieu nous donne des signes adaptés à notre condition, des signes que nous pouvons recevoir, comprendre et interpréter : par exemple une pêche surabondante pour Simon le pécheur.
La quatrième constante, c’est que face à l’appel de Dieu nous avons bien souvent peur, l’effroi nous saisit. Toujours Dieu par Jésus nous redit : « Sois sans crainte. » Jean-Paul II en avait fait le leitmotiv de son long et fécond pontificat : « N’ayez pas peur ! »
En guise de conclusion, retenons que nous sommes tous appelés. Etre chrétien, être baptisé, c’est déjà en soi un appel de Dieu. Tous nous avons la responsabilité, chacun selon notre vocation et notre charisme, d’annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes de notre temps. Non pas parce que nous serions meilleurs ou plus doués ou plus saints que les autres, mais tout simplement parce que chacun de nous peut redire en vérité les paroles de Paul :
« Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et la grâce dont il m’a comblé n’a pas été stérile. »
Soyons heureux d’être chrétiens, fiers d’appartenir au Christ ! Un chrétien qui a peur n’a pas encore reçu en plénitude l’amour du Christ. Un chrétien qui a peur n’a pas compris la puissance de la grâce divine. Ne nous laissons pas paralyser ou endormir par notre peur humaine. Laissons-nous plutôt envahir et transformer par l’amour de l’Esprit répandu en nos cœurs. Telle est la magnifique aventure que les saints et les saintes, connus et inconnus, ont vécu depuis le premier appel des disciples jusqu’à l’abbé Pierre, pour citer un grand témoin de notre temps qui vient d’achever sa course, nous laissant ainsi l’exemple de la force de la foi.
Amen
4 février 2007
Luc 5, 1-11 (page 563)
Dimanche dernier nous avons quitté Jésus à Nazareth. Après sa première prédication dans la synagogue, ses compatriotes ont voulu le tuer. « Mais lui passe au milieu d’eux et il va son chemin » : c’est ainsi que Luc conclut l’épisode de Nazareth. Quel est donc le chemin que Jésus va inlassablement prendre pendant trois années ? Quel est donc son chemin qui va le conduire à son Heure à Jérusalem ? Annoncer la Bonne Nouvelle : « Je dois aussi annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu aux autres villes : c’est pour cela que j’ai été envoyé. » Jésus est fidèle à sa mission de Messie telle qu’Isaïe l’annonçait dans la lecture de la synagogue : « L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a consacré pour donner aux pauvres une Bonne Nouvelle. »
Aujourd’hui nous retrouvons Jésus, au bord du lac, annonçant aux foules la Parole de Dieu. Sa chaire est originale : c’est la barque d’un pêcheur du lac, nommé Simon. C’est de là qu’il enseigne le peuple.
Les quatre évangélistes soulignent bien le fait suivant : dès le début de son ministère public, le Seigneur a voulu associer des hommes à sa mission. C’est l’appel des premiers disciples, qui contient en lui comme en germe le mystère de l’Eglise.
A la fin de sa prédication sur la barque de Simon, voilà que Jésus lui demande d’avancer au large et de jeter les filets. La version de Luc est différente de celle des autres évangélistes. « Venez, suivez-moi ! », peut-on lire chez Matthieu et Marc. Jean, quant à lui, a aussi sa propre version de l’appel des premiers disciples… Chez saint Luc, Jésus ne lance pas son appel directement. Il le fait précéder par un signe : la pêche miraculeuse. Et par un signe qui va toucher très directement le cœur de ces hommes qui sont des spécialistes de la pêche, car c’est leur gagne pain. Notons au passage l’obéissance et la docilité de Simon.
La pêche est plus que surabondante. Face à ce signe, Simon comprend de manière intuitive que Jésus n’est pas seulement un Maître de la Loi : il est le Seigneur ! Non seulement Simon est obéissant, mais en plus il a un cœur humble : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur. » C’est à ce point précis du récit de Luc que nous pouvons facilement faire le lien avec les deux autres lectures qui sont aussi des récits de vocation. Isaïe se considère comme un homme « aux lèvres impures » et Paul comme un avorton, « le plus petit des Apôtres », le persécuteur de l’Eglise de Dieu.
Dans ces trois textes bibliques nous retrouvons des constantes. Il est intéressant de les mettre en lumière pour comprendre ce qu’est une vocation.
La première constante c’est qu’au point de départ il y a une expérience forte de la présence de Dieu : pour Isaïe, c’est une vision dans le Temple ; Paul, quant à lui, a vu le Christ ressuscité sur le chemin de Damas ; et Simon voit la gloire de Jésus dans la pêche miraculeuse. Pas de vocation donc, sans cette prise de conscience de la transcendance de Dieu : seul Dieu est Dieu, seul Dieu est grand, seul Dieu est Saint.
La deuxième constante, c’est que Dieu n’attend pas que nous soyons des saints pour nous donner notre vocation : Isaïe, Paul et Simon sont des pécheurs. Si cela est vrai, alors n’attendons pas d’être des saints pour entendre l’appel de Dieu et y répondre.
La troisième constante, c’est que Dieu nous donne des signes adaptés à notre condition, des signes que nous pouvons recevoir, comprendre et interpréter : par exemple une pêche surabondante pour Simon le pécheur.
La quatrième constante, c’est que face à l’appel de Dieu nous avons bien souvent peur, l’effroi nous saisit. Toujours Dieu par Jésus nous redit : « Sois sans crainte. » Jean-Paul II en avait fait le leitmotiv de son long et fécond pontificat : « N’ayez pas peur ! »
En guise de conclusion, retenons que nous sommes tous appelés. Etre chrétien, être baptisé, c’est déjà en soi un appel de Dieu. Tous nous avons la responsabilité, chacun selon notre vocation et notre charisme, d’annoncer la Bonne Nouvelle aux hommes de notre temps. Non pas parce que nous serions meilleurs ou plus doués ou plus saints que les autres, mais tout simplement parce que chacun de nous peut redire en vérité les paroles de Paul :
« Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et la grâce dont il m’a comblé n’a pas été stérile. »
Soyons heureux d’être chrétiens, fiers d’appartenir au Christ ! Un chrétien qui a peur n’a pas encore reçu en plénitude l’amour du Christ. Un chrétien qui a peur n’a pas compris la puissance de la grâce divine. Ne nous laissons pas paralyser ou endormir par notre peur humaine. Laissons-nous plutôt envahir et transformer par l’amour de l’Esprit répandu en nos cœurs. Telle est la magnifique aventure que les saints et les saintes, connus et inconnus, ont vécu depuis le premier appel des disciples jusqu’à l’abbé Pierre, pour citer un grand témoin de notre temps qui vient d’achever sa course, nous laissant ainsi l’exemple de la force de la foi.
Amen
dimanche 28 janvier 2007
4ème dimanche du temps ordinaire
4ème dimanche du temps ordinaire / C
28 janvier 2007
Luc 4, 21-30 (page 508)
L’Evangile que je viens de proclamer est la suite de l’Evangile proposé par la liturgie de dimanche dernier.
Souvenez-vous : nous avons entendu la première prédication de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Nous sommes au commencement de son ministère public. D’une manière indirecte, le jeune Jésus vient de se révéler à ses compatriotes comme le Messie. Saint Luc prend soin de nous présenter dans le détail la réaction des fidèles dans la synagogue.
Dans un premier temps, cette réaction est plutôt positive : le sermon est bien accueilli et le talent du prédicateur reconnu à sa juste valeur… Jésus fait l’unanimité. Il y a cependant une nuance à apporter. Elle tient en une question : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Nous pressentons le doute qui habite le cœur des habitants de Nazareth. Humainement parlant, rationnellement parlant, la situation ne peut que leur échapper… Voilà l’un d’entre nous qui se déclare comme le Messie, qui a un don exceptionnel pour annoncer la Parole de Dieu, mais il est le fils de Joseph… Comment expliquer cela ? Comment l’admettre même ?
Le Seigneur lit dans les cœurs, et il saisit fort bien ce doute par rapport à sa personne. Et c’est lui-même qui va expliciter ce doute. C’est Jésus qui va se faire à lui-même l’objection en citant un proverbe : « Médecin, guéris-toi toi-même. » En fait les compatriotes de Jésus attendent de sa part un signe. Dans les Evangiles nous voyons à quel point les Juifs veulent des signes pour croire en Jésus. Chez saint Jean, nous avons aussi cette demande de signe au début du ministère de Jésus, lorsqu’il chasse les vendeurs du temple : « De quel droit fais-tu cela, quel signe nous montres-tu ? » Saint Paul a parfaitement compris cela lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Alors que les Juifs attendent des miracles et les Grecs veulent de la sagesse, nous proclamons un Messie crucifié. »
Le Seigneur ne fera pas de miracle à Nazareth, car « aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays. » Le passage parallèle en saint Matthieu nous éclaire encore davantage sur les mauvaises dispositions des habitants de Nazareth : « C’est ainsi qu’ils butaient et ne l’acceptaient pas… Et à cause de leur manque de foi, il fit là peu de miracles. »
Le Seigneur va ajouter une remarque, et ce sera la goutte qui fera déborder le vase… Les exemples de la veuve de Sarepta et de Naaman le syrien. Le Dieu d’Israël s’intéresse aussi aux étrangers, et leur donne même parfois la priorité sur le peuple élu. Au commencement de son ministère, Jésus souligne qu’il est le Messie pas seulement pour Israël mais pour tous les peuples. Il y a dans le récit de Luc comme une gradation : de Nazareth à Israël et d’Israël aux nations païennes.
C’est alors que les bonnes gens de Nazareth, les Juifs pratiquants, vont passer en un clin d’oeil de l’approbation à la fureur. Une fureur homicide puisqu’ils veulent tuer le Christ ! Luc nous montre que la Passion du Christ n’est pas survenue par hasard. Dès le début de son ministère, le Seigneur suscite une opposition qui sera croissante au fil des ans. La tentative d’homicide est bien une annonce de l’Heure à Jérusalem, trois ans plus tard : A Nazareth on le pousse hors de la ville, à Jérusalem c’est encore hors de la ville, sur le Golgotha, que le Seigneur sera crucifié. Finalement Jésus a toujours vécu en excommunié. Le Fils de Dieu lui-même a été excommunié par le peuple de Dieu ! Et nous prolongeons bien souvent cette excommunication lorsque nous refusons de donner au Christ la place qui lui revient dans notre cœur et dans notre Eglise.
Cet Evangile nous invite à deux attitudes spirituelles :
La première est l’exercice de la vertu de foi. Nous avons à nous interroger sur notre foi en Jésus Seigneur. Nous avons surtout à demander la grâce d’une foi plus sincère et plus forte.
La seconde est la grâce d’être vraiment catholiques. Et cela en refusant tout comportement sectaire dans notre Eglise, tout esprit de clocher, en pratiquant aussi l’ouverture de notre cœur et de notre esprit aux non catholiques, à ceux que nous considérons comme étrangers, et qui bien souvent nous précèdent dans le Royaume des cieux. Ne soyons pas des croyants qui excommunient, mais des croyants qui accueillent la nouveauté apportée par le prochain.
Etre catholique, n’est-ce pas être profondément enraciné dans la foi, et au nom de cette foi, être capable d’entrer en dialogue avec nos frères en humanité ?
Amen
28 janvier 2007
Luc 4, 21-30 (page 508)
L’Evangile que je viens de proclamer est la suite de l’Evangile proposé par la liturgie de dimanche dernier.
Souvenez-vous : nous avons entendu la première prédication de Jésus dans la synagogue de Nazareth. Nous sommes au commencement de son ministère public. D’une manière indirecte, le jeune Jésus vient de se révéler à ses compatriotes comme le Messie. Saint Luc prend soin de nous présenter dans le détail la réaction des fidèles dans la synagogue.
Dans un premier temps, cette réaction est plutôt positive : le sermon est bien accueilli et le talent du prédicateur reconnu à sa juste valeur… Jésus fait l’unanimité. Il y a cependant une nuance à apporter. Elle tient en une question : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Nous pressentons le doute qui habite le cœur des habitants de Nazareth. Humainement parlant, rationnellement parlant, la situation ne peut que leur échapper… Voilà l’un d’entre nous qui se déclare comme le Messie, qui a un don exceptionnel pour annoncer la Parole de Dieu, mais il est le fils de Joseph… Comment expliquer cela ? Comment l’admettre même ?
Le Seigneur lit dans les cœurs, et il saisit fort bien ce doute par rapport à sa personne. Et c’est lui-même qui va expliciter ce doute. C’est Jésus qui va se faire à lui-même l’objection en citant un proverbe : « Médecin, guéris-toi toi-même. » En fait les compatriotes de Jésus attendent de sa part un signe. Dans les Evangiles nous voyons à quel point les Juifs veulent des signes pour croire en Jésus. Chez saint Jean, nous avons aussi cette demande de signe au début du ministère de Jésus, lorsqu’il chasse les vendeurs du temple : « De quel droit fais-tu cela, quel signe nous montres-tu ? » Saint Paul a parfaitement compris cela lorsqu’il écrit aux Corinthiens : « Alors que les Juifs attendent des miracles et les Grecs veulent de la sagesse, nous proclamons un Messie crucifié. »
Le Seigneur ne fera pas de miracle à Nazareth, car « aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays. » Le passage parallèle en saint Matthieu nous éclaire encore davantage sur les mauvaises dispositions des habitants de Nazareth : « C’est ainsi qu’ils butaient et ne l’acceptaient pas… Et à cause de leur manque de foi, il fit là peu de miracles. »
Le Seigneur va ajouter une remarque, et ce sera la goutte qui fera déborder le vase… Les exemples de la veuve de Sarepta et de Naaman le syrien. Le Dieu d’Israël s’intéresse aussi aux étrangers, et leur donne même parfois la priorité sur le peuple élu. Au commencement de son ministère, Jésus souligne qu’il est le Messie pas seulement pour Israël mais pour tous les peuples. Il y a dans le récit de Luc comme une gradation : de Nazareth à Israël et d’Israël aux nations païennes.
C’est alors que les bonnes gens de Nazareth, les Juifs pratiquants, vont passer en un clin d’oeil de l’approbation à la fureur. Une fureur homicide puisqu’ils veulent tuer le Christ ! Luc nous montre que la Passion du Christ n’est pas survenue par hasard. Dès le début de son ministère, le Seigneur suscite une opposition qui sera croissante au fil des ans. La tentative d’homicide est bien une annonce de l’Heure à Jérusalem, trois ans plus tard : A Nazareth on le pousse hors de la ville, à Jérusalem c’est encore hors de la ville, sur le Golgotha, que le Seigneur sera crucifié. Finalement Jésus a toujours vécu en excommunié. Le Fils de Dieu lui-même a été excommunié par le peuple de Dieu ! Et nous prolongeons bien souvent cette excommunication lorsque nous refusons de donner au Christ la place qui lui revient dans notre cœur et dans notre Eglise.
Cet Evangile nous invite à deux attitudes spirituelles :
La première est l’exercice de la vertu de foi. Nous avons à nous interroger sur notre foi en Jésus Seigneur. Nous avons surtout à demander la grâce d’une foi plus sincère et plus forte.
La seconde est la grâce d’être vraiment catholiques. Et cela en refusant tout comportement sectaire dans notre Eglise, tout esprit de clocher, en pratiquant aussi l’ouverture de notre cœur et de notre esprit aux non catholiques, à ceux que nous considérons comme étrangers, et qui bien souvent nous précèdent dans le Royaume des cieux. Ne soyons pas des croyants qui excommunient, mais des croyants qui accueillent la nouveauté apportée par le prochain.
Etre catholique, n’est-ce pas être profondément enraciné dans la foi, et au nom de cette foi, être capable d’entrer en dialogue avec nos frères en humanité ?
Amen
dimanche 21 janvier 2007
3ème dimanche du temps ordinaire
3ème dimanche du temps ordinaire / C
Dimanche de l’unité des chrétiens / 21 janvier 07
Luc 4, 14-21 (page 460)
Dimanche dernier nous avons médité l’évangile des noces de Cana en saint Jean : le premier signe accompli par Jésus.
Aujourd’hui nous entendons dans l’évangile de Luc la première prédication de Jésus. Malheureusement la liturgie ampute ce récit de sa conclusion dramatique.
Au commencement du temps ordinaire, nous sommes invités par saint Luc à revivre en quelque sorte le commencement du ministère du Seigneur.
Ce qui précède notre Evangile, ce sont les tentations de Jésus au désert. Vainqueur du diable, voilà que Jésus retourne en Galilée « avec la puissance de l’Esprit ». Le commencement de la mission du Seigneur dans cette province du nord semble prometteur : « Tout le monde faisait son éloge. » Cet inconnu sort de sa vie cachée à Nazareth et devient rapidement célèbre.
« Il vint à Nazareth, où il avait grandi. » Jésus choisit la ville de son enfance et de son adolescence pour inaugurer sa mission de manière solennelle : dans la synagogue, le jour du sabbat. Et voilà qu’il préside la liturgie de la Parole… La lecture est celle du commencement du chapitre 61 du prophète Isaïe : un texte fortement messianique. Une fois cette lecture faite, « tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. » Les bons juifs pratiquants de Nazareth connaissent bien ce jeune homme et ils sont dans l’attente de son commentaire. Il semble planer dans toute la synagogue comme une atmosphère de suspense. Ce sabbat n’est pas un sabbat comme les autres. Quel sera donc le sermon du jeune Jésus ?
Luc le résume en une phrase : « Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » C’est comme s’il disait aux braves gens de Nazareth : le Messie est parmi vous, au milieu de vous ! Notons bien que Jésus parle de manière indirecte. Il ne dit pas : je suis le Messie. Il le laisse supposer. Et c’est là que s’arrête notre texte liturgique. Il convient cependant avec notre Bible d’aller jusqu’au bout de cet événement fondateur.
Et dans un premier temps de relever la réaction de l’auditoire : « Tous l’approuvaient et admiraient cette révélation de la grâce divine qui tombait de ses lèvres. Ils disaient : ‘Et penser que c’est le fils de Joseph !’ » Le premier sermon de Jésus est donc reçu de manière positive, mais avec un bémol, un doute, une interrogation : Comment se fait-il que le fils de Joseph prêche si bien et de manière si nouvelle ?
Jésus devine ce débat intérieur dans le cœur de ses compatriotes. Et il se fait à lui-même une objection : « Sûrement vous allez me citer ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ! On nous a parlé de bien des merveilles survenues à Carphanaüm : fais-les donc ici dans ta patrie ! » Le texte d’Isaïe annonçait en effet bien des merveilles : la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres, la libération des prisonniers, la guérison des aveugles, le soulagement des opprimés… Bref les gens de Nazareth aimeraient que ce beau sermon soit suivi par les actes. Ils voudraient voir des miracles accomplis par Jésus, pas chez les voisins, mais chez eux à Nazareth.
Jésus vient de se faire à lui-même l’objection en lisant dans les pensées de ses compatriotes. Il va donner une réponse en deux parties. Tout d’abord « aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. » Le reproche est à peine voilé… Ensuite il va se référer à l’Ecriture pour montrer que Dieu agit en faveur des étrangers : la veuve de Sarepta et Naaman le syrien. Oui, Dieu a fait pour eux des merveilles dans le passé. Bref Jésus tient un discours vrai et universaliste, à l’opposé de l’esprit sectaire, de l’esprit de clocher. S’il est le Messie, il ne l’est pas d’abord pour se laisser posséder par ses compatriotes. Il est le Messie pour tous, et surtout pour ceux qui ont le cœur assez ouvert pour le recevoir avec foi.
Comment ne pas citer intégralement le dénouement de cet Evangile ? « En entendant cela, tous dans la synagogue sentaient monter leur colère. Ils se lèvent, le poussent hors de la ville et le conduisent jusqu’à un ravin de la colline sur laquelle leur ville est construite, pour le jeter en bas. Mais lui passe au milieu d’eux et il va son chemin. » Autant dire que le premier sermon du Seigneur est un véritable échec puisqu’il se solde par une tentative de meurtre ! Luc montre ainsi que la Passion du Seigneur n’est pas arrivée du jour au lendemain. Ce texte dramatique annonce bien cette Passion qui surviendra trois ans plus tard. Jésus est poussé hors de la ville de Nazareth, il sera amené sur le Golgotha hors de Jérusalem pour y souffrir le supplice de la Croix, car alors son Heure sera arrivée. Cette Heure du sacrifice sera précédée par la gloire éphémère des Rameaux. Comme ici l’échec est précédé par la renommée… Devant le Sanhédrin la question portera sur le thème du premier sermon, et ainsi la boucle est bouclée : « Es-tu le Messie ? Réponds-nous ! » Au doute des habitants de Nazareth répondra le manque de foi des autorités religieuses : « Si je vous le dis, vous ne croirez pas. » Il y a cependant une différence notable entre ces deux scènes. Trois ans plus tard, devant le Sanhédrin, Jésus ne se révèle pas seulement comme le Messie, celui qui accomplit le prophète Isaïe, il se révèle comme le Fils de Dieu. « Tu es donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Vous venez de le dire : je le suis. » Et au pied de la Croix, c’est un étranger, un capitaine romain, qui confessera la vérité : « En vérité, cet homme était un juste . » La veuve de Sarepta, Naaman le syrien autrefois, et maintenant un capitaine romain : tous des étrangers !
Que cet Evangile nous fasse grandir en humilité ! Prions pour que nous fassions fructifier le trésor de la foi en accueillant toujours mieux la Parole de Dieu !
Dimanche de l’unité des chrétiens / 21 janvier 07
Luc 4, 14-21 (page 460)
Dimanche dernier nous avons médité l’évangile des noces de Cana en saint Jean : le premier signe accompli par Jésus.
Aujourd’hui nous entendons dans l’évangile de Luc la première prédication de Jésus. Malheureusement la liturgie ampute ce récit de sa conclusion dramatique.
Au commencement du temps ordinaire, nous sommes invités par saint Luc à revivre en quelque sorte le commencement du ministère du Seigneur.
Ce qui précède notre Evangile, ce sont les tentations de Jésus au désert. Vainqueur du diable, voilà que Jésus retourne en Galilée « avec la puissance de l’Esprit ». Le commencement de la mission du Seigneur dans cette province du nord semble prometteur : « Tout le monde faisait son éloge. » Cet inconnu sort de sa vie cachée à Nazareth et devient rapidement célèbre.
« Il vint à Nazareth, où il avait grandi. » Jésus choisit la ville de son enfance et de son adolescence pour inaugurer sa mission de manière solennelle : dans la synagogue, le jour du sabbat. Et voilà qu’il préside la liturgie de la Parole… La lecture est celle du commencement du chapitre 61 du prophète Isaïe : un texte fortement messianique. Une fois cette lecture faite, « tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. » Les bons juifs pratiquants de Nazareth connaissent bien ce jeune homme et ils sont dans l’attente de son commentaire. Il semble planer dans toute la synagogue comme une atmosphère de suspense. Ce sabbat n’est pas un sabbat comme les autres. Quel sera donc le sermon du jeune Jésus ?
Luc le résume en une phrase : « Cette parole de l’Ecriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » C’est comme s’il disait aux braves gens de Nazareth : le Messie est parmi vous, au milieu de vous ! Notons bien que Jésus parle de manière indirecte. Il ne dit pas : je suis le Messie. Il le laisse supposer. Et c’est là que s’arrête notre texte liturgique. Il convient cependant avec notre Bible d’aller jusqu’au bout de cet événement fondateur.
Et dans un premier temps de relever la réaction de l’auditoire : « Tous l’approuvaient et admiraient cette révélation de la grâce divine qui tombait de ses lèvres. Ils disaient : ‘Et penser que c’est le fils de Joseph !’ » Le premier sermon de Jésus est donc reçu de manière positive, mais avec un bémol, un doute, une interrogation : Comment se fait-il que le fils de Joseph prêche si bien et de manière si nouvelle ?
Jésus devine ce débat intérieur dans le cœur de ses compatriotes. Et il se fait à lui-même une objection : « Sûrement vous allez me citer ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ! On nous a parlé de bien des merveilles survenues à Carphanaüm : fais-les donc ici dans ta patrie ! » Le texte d’Isaïe annonçait en effet bien des merveilles : la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres, la libération des prisonniers, la guérison des aveugles, le soulagement des opprimés… Bref les gens de Nazareth aimeraient que ce beau sermon soit suivi par les actes. Ils voudraient voir des miracles accomplis par Jésus, pas chez les voisins, mais chez eux à Nazareth.
Jésus vient de se faire à lui-même l’objection en lisant dans les pensées de ses compatriotes. Il va donner une réponse en deux parties. Tout d’abord « aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. » Le reproche est à peine voilé… Ensuite il va se référer à l’Ecriture pour montrer que Dieu agit en faveur des étrangers : la veuve de Sarepta et Naaman le syrien. Oui, Dieu a fait pour eux des merveilles dans le passé. Bref Jésus tient un discours vrai et universaliste, à l’opposé de l’esprit sectaire, de l’esprit de clocher. S’il est le Messie, il ne l’est pas d’abord pour se laisser posséder par ses compatriotes. Il est le Messie pour tous, et surtout pour ceux qui ont le cœur assez ouvert pour le recevoir avec foi.
Comment ne pas citer intégralement le dénouement de cet Evangile ? « En entendant cela, tous dans la synagogue sentaient monter leur colère. Ils se lèvent, le poussent hors de la ville et le conduisent jusqu’à un ravin de la colline sur laquelle leur ville est construite, pour le jeter en bas. Mais lui passe au milieu d’eux et il va son chemin. » Autant dire que le premier sermon du Seigneur est un véritable échec puisqu’il se solde par une tentative de meurtre ! Luc montre ainsi que la Passion du Seigneur n’est pas arrivée du jour au lendemain. Ce texte dramatique annonce bien cette Passion qui surviendra trois ans plus tard. Jésus est poussé hors de la ville de Nazareth, il sera amené sur le Golgotha hors de Jérusalem pour y souffrir le supplice de la Croix, car alors son Heure sera arrivée. Cette Heure du sacrifice sera précédée par la gloire éphémère des Rameaux. Comme ici l’échec est précédé par la renommée… Devant le Sanhédrin la question portera sur le thème du premier sermon, et ainsi la boucle est bouclée : « Es-tu le Messie ? Réponds-nous ! » Au doute des habitants de Nazareth répondra le manque de foi des autorités religieuses : « Si je vous le dis, vous ne croirez pas. » Il y a cependant une différence notable entre ces deux scènes. Trois ans plus tard, devant le Sanhédrin, Jésus ne se révèle pas seulement comme le Messie, celui qui accomplit le prophète Isaïe, il se révèle comme le Fils de Dieu. « Tu es donc le Fils de Dieu ? Il répondit : Vous venez de le dire : je le suis. » Et au pied de la Croix, c’est un étranger, un capitaine romain, qui confessera la vérité : « En vérité, cet homme était un juste . » La veuve de Sarepta, Naaman le syrien autrefois, et maintenant un capitaine romain : tous des étrangers !
Que cet Evangile nous fasse grandir en humilité ! Prions pour que nous fassions fructifier le trésor de la foi en accueillant toujours mieux la Parole de Dieu !
vendredi 12 janvier 2007
Deuxième dimanche du temps ordinaire
2ème dimanche du T.O / C
14 janvier 07
Jean 2, 1-11 (page 409)
Entre le temps de Noël et le début du carême, l’Eglise nous invite à vivre au rythme du temps ordinaire. Et cette année nous commençons le temps ordinaire avec l’Evangile des noces de Cana. Seul l’évangéliste Jean nous rapporte ce signe de Jésus au début de son Evangile : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. » Nous commençons donc notre temps ordinaire avec le premier signe de Jésus, c’est logique. Lorsque Jean parle de « signe », les autres évangélistes parlent de « miracle ».
Le récit des noces de Cana peut être interprété de bien des manières, tellement le premier signe de Jésus est riche de significations…
Nous pouvons y voir une annonce du mystère pascal puisque c’est le troisième jour après son baptême que le Seigneur accomplit ce signe.
Nous pouvons y voir aussi une annonce du sacrement de l’eucharistie. D’autant plus que l’Evangile de Jean ne comporte pas le récit de l’institution de l’eucharistie par Jésus le soir du jeudi saint…
Je laisserai de côté ces lectures très intéressantes pour en privilégier deux autres :
Cana est une révélation du mystère de l’Eglise.
Cana est un enseignement sur le rôle de Marie dans notre vie chrétienne.
Il est significatif de relever que dès le début de son ministère public, Jésus annonce le mystère de son Eglise. Un passage de la première lecture éclaire d’une très belle manière la signification ecclésiale des noces de Cana :
« Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »
Dans ce passage du chapitre 62, le prophète s’adresse à Jérusalem, à Sion. Jérusalem est une personnification du peuple tout entier. Sion, c’est le peuple d’Israël. Le mariage est l’image la plus adéquate pour représenter la relation qui existe entre Dieu et son peuple. Beaucoup de prophètes, Osée en particulier, ont utilisé l’image des noces pour parler de l’Alliance entre Dieu et son peuple.
Lors des noces de Cana, Dieu par son Fils fait entrer son peuple, son Eglise, dans une Alliance nouvelle et éternelle. Ainsi le signe de Cana marque le commencement ou plutôt la manifestation de la nouvelle Alliance : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » Qu’est-ce que l’Eglise ? Qu’est-ce que le peuple de la nouvelle Alliance ? La communauté de tous ceux qui reconnaissent la gloire de Jésus et qui mettent leur foi en lui.
Le signe de Cana nous donne deux caractéristiques de la nouvelle alliance :
Tout d’abord la surabondance de la grâce divine : 600 litres de vin, cela fait vraiment beaucoup, même pour une très grande noce ! Jean avait annoncé cela dès son magnifique prologue :
« Car de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. »
Enfin la supériorité de la nouvelle Alliance par rapport à l’ancienne :
« Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu nous a servi en abondance le bon vin de la nouvelle Alliance. Sa saveur est celle de la grâce et de la vérité.
En guise de conclusion je voudrais parler de Marie. Notons bien que « la mère de Jésus » est citée avant son Fils dans l’Evangile. Jean ne la nomme pas Marie, mais « la mère de Jésus ». A l’autre bout de son Evangile, au pied de la Croix, il parlera de la même manière de la mère de Jésus. C’est une manière de souligner la dépendance radicale de Marie envers son Fils. C’est Marie qui prend discrètement mais très clairement l’initiative du signe de Cana : « Ils n’ont pas de vin. » Il aurait été plus juste de dire : « Ils n’ont plus de vin. » L’étrange formule de Marie nous révèle que sans Jésus le vin perd sa saveur : l’ancienne Alliance est en effet dans l’attente d’une joie inconnue : « Tu seras la joie de ton Dieu. » Devant l’apparent refus de son Fils, Marie insiste et persévère : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Et voilà que le Fils obéit à sa mère, le Seigneur à sa créature en accomplissant le signe demandé ! C’est sur l’initiative de Marie et à sa prière que le vin de la nouvelle alliance nous est servi de manière surabondante. C’est par Marie que nous entrons dans la nouvelle alliance. Marie est véritablement la mère de l’Eglise, la mère des croyants : elle qui a enfanté la tête du Corps continue à enfanter les membres de ce même Corps, les baptisés. C’est pour cette raison que nous devons avoir recours à Marie dans notre vie spirituelle. Elle est la mieux placée pour nous introduire dans la joie des noces de la nouvelle alliance.
O Mère de Jésus, toi qui as un si grand pouvoir sur le cœur de ton Fils, accorde-nous par ta prière auprès de Lui la grâce de goûter au vin de la Nouvelle Alliance. Fais que par toute notre vie nous soyons vraiment la joie de Dieu notre Père !
Amen
14 janvier 07
Jean 2, 1-11 (page 409)
Entre le temps de Noël et le début du carême, l’Eglise nous invite à vivre au rythme du temps ordinaire. Et cette année nous commençons le temps ordinaire avec l’Evangile des noces de Cana. Seul l’évangéliste Jean nous rapporte ce signe de Jésus au début de son Evangile : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. » Nous commençons donc notre temps ordinaire avec le premier signe de Jésus, c’est logique. Lorsque Jean parle de « signe », les autres évangélistes parlent de « miracle ».
Le récit des noces de Cana peut être interprété de bien des manières, tellement le premier signe de Jésus est riche de significations…
Nous pouvons y voir une annonce du mystère pascal puisque c’est le troisième jour après son baptême que le Seigneur accomplit ce signe.
Nous pouvons y voir aussi une annonce du sacrement de l’eucharistie. D’autant plus que l’Evangile de Jean ne comporte pas le récit de l’institution de l’eucharistie par Jésus le soir du jeudi saint…
Je laisserai de côté ces lectures très intéressantes pour en privilégier deux autres :
Cana est une révélation du mystère de l’Eglise.
Cana est un enseignement sur le rôle de Marie dans notre vie chrétienne.
Il est significatif de relever que dès le début de son ministère public, Jésus annonce le mystère de son Eglise. Un passage de la première lecture éclaire d’une très belle manière la signification ecclésiale des noces de Cana :
« Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t’a construite t’épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »
Dans ce passage du chapitre 62, le prophète s’adresse à Jérusalem, à Sion. Jérusalem est une personnification du peuple tout entier. Sion, c’est le peuple d’Israël. Le mariage est l’image la plus adéquate pour représenter la relation qui existe entre Dieu et son peuple. Beaucoup de prophètes, Osée en particulier, ont utilisé l’image des noces pour parler de l’Alliance entre Dieu et son peuple.
Lors des noces de Cana, Dieu par son Fils fait entrer son peuple, son Eglise, dans une Alliance nouvelle et éternelle. Ainsi le signe de Cana marque le commencement ou plutôt la manifestation de la nouvelle Alliance : « Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. » Qu’est-ce que l’Eglise ? Qu’est-ce que le peuple de la nouvelle Alliance ? La communauté de tous ceux qui reconnaissent la gloire de Jésus et qui mettent leur foi en lui.
Le signe de Cana nous donne deux caractéristiques de la nouvelle alliance :
Tout d’abord la surabondance de la grâce divine : 600 litres de vin, cela fait vraiment beaucoup, même pour une très grande noce ! Jean avait annoncé cela dès son magnifique prologue :
« Car de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. »
Enfin la supériorité de la nouvelle Alliance par rapport à l’ancienne :
« Tout le monde sert le bon vin en premier, et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu nous a servi en abondance le bon vin de la nouvelle Alliance. Sa saveur est celle de la grâce et de la vérité.
En guise de conclusion je voudrais parler de Marie. Notons bien que « la mère de Jésus » est citée avant son Fils dans l’Evangile. Jean ne la nomme pas Marie, mais « la mère de Jésus ». A l’autre bout de son Evangile, au pied de la Croix, il parlera de la même manière de la mère de Jésus. C’est une manière de souligner la dépendance radicale de Marie envers son Fils. C’est Marie qui prend discrètement mais très clairement l’initiative du signe de Cana : « Ils n’ont pas de vin. » Il aurait été plus juste de dire : « Ils n’ont plus de vin. » L’étrange formule de Marie nous révèle que sans Jésus le vin perd sa saveur : l’ancienne Alliance est en effet dans l’attente d’une joie inconnue : « Tu seras la joie de ton Dieu. » Devant l’apparent refus de son Fils, Marie insiste et persévère : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Et voilà que le Fils obéit à sa mère, le Seigneur à sa créature en accomplissant le signe demandé ! C’est sur l’initiative de Marie et à sa prière que le vin de la nouvelle alliance nous est servi de manière surabondante. C’est par Marie que nous entrons dans la nouvelle alliance. Marie est véritablement la mère de l’Eglise, la mère des croyants : elle qui a enfanté la tête du Corps continue à enfanter les membres de ce même Corps, les baptisés. C’est pour cette raison que nous devons avoir recours à Marie dans notre vie spirituelle. Elle est la mieux placée pour nous introduire dans la joie des noces de la nouvelle alliance.
O Mère de Jésus, toi qui as un si grand pouvoir sur le cœur de ton Fils, accorde-nous par ta prière auprès de Lui la grâce de goûter au vin de la Nouvelle Alliance. Fais que par toute notre vie nous soyons vraiment la joie de Dieu notre Père !
Amen
samedi 6 janvier 2007
Epiphanie du Seigneur
Epiphanie du Seigneur
7 janvier 2007
Matthieu 2, 1-12 (page 312)
Seul l’évangéliste Matthieu nous rapporte la visite des mages à la crèche. La solennité de l’Epiphanie est comme un déploiement du mystère de l’Incarnation célébré à Noël. L’Epiphanie fait en quelque sorte le pont entre l’Incarnation et la Rédemption, entre Noël et Pâques. Cette fête est une fête missionnaire, car, pour reprendre les mots de saint Paul, « les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » L’Epiphanie c’est la manifestation, la révélation du Christ Sauveur aux mages venus d’Orient. Fête missionnaire, fête ecclésiale : l’Eglise du Christ rassemblant en son sein les juifs comme les païens.
En fait nous ne savons pas grand-chose de ces personnages mystérieux, les mages : astronomes ou astrologues, ils venaient d’Orient, peut-être de Mésopotamie. Ils étaient savants et riches. Ils quittent leur pays chargés de présents précieux à offrir à un enfant : « Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » Leur voyage est un vrai pèlerinage en l’honneur du roi des Juifs. Ils ne viennent pas en curieux, mais en adorateurs. L’étoile est le signe que Dieu leur donne pour aller à Jérusalem. Lorsque Dieu nous fait signe dans notre vie, Il le fait par des moyens adaptés à ce que nous sommes et à ce que nous connaissons déjà. C’est aussi cela le mystère de l’Incarnation : Dieu s’est engagé à parler notre langue et non pas un langage incompréhensible ou indéchiffrable pour nous. Les mages scrutent le ciel ? Il leur donne une étoile pour signe. Soyons persuadés que le Seigneur n’a pas changé de pédagogie depuis. Il continue à se manifester à chacun de nous par des moyens adaptés à ce que nous sommes. Nous sommes sensibles à la beauté, à l’art ? Dieu nous parlera à travers l’esthétique. Nous sommes captivés par les merveilles de la nature ? Dieu nous parlera par sa création. Nous sommes scientifiques ? Dieu nous parlera par les équations etc. Chacun doit trouver son étoile pour aller vers le Sauveur. Si l’étoile est un signe lisible pour les mages, c’est toutefois un signe insuffisant. D’où leur arrêt à Jérusalem et leur question à Hérode : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Dans sa grande bonté, Dieu donne aux païens le signe de l’étoile, mais cela n’enlève rien à l’élection d’Israël et au rôle que le peuple élu doit jouer dans l’histoire du salut de tous… Il y a donc une médiation pour parvenir à la manifestation du Sauveur. Nous n’arrivons pas directement auprès du Christ Sauveur. Nous avons besoin non seulement de signes, mais de la médiation du peuple de Dieu. Pour Israël le signe unique c’est celui de la Parole de Dieu, d’où la citation du prophète Michée. Les mages, bien que païens, doivent passer par la Parole de Dieu pour parvenir à Bethléem. Il en va de même aujourd’hui pour tous ceux qui ne connaissent pas le salut du Christ. Ne doutons pas que Dieu leur adresse des signes compréhensibles. Mais il leur faudra passer à un moment ou à un autre par l’Eglise du Christ pour que leur recherche puisse aboutir. Ne serait-ce qu’à cause des sacrements, signes sensibles et efficaces du salut de notre Dieu.
Si nous avons bien compris cela, alors nous nous heurtons à un paradoxe. Dans cet Evangile de l’Epiphanie le peuple de Dieu, le peuple élu fait du sur place, alors que les mages, les païens parviennent au terme de leur quête spirituelle. Hérode, les prêtres et les scribes avaient tous les moyens pour reconnaître dans l’enfant de Bethléem le Messie, et surtout la Parole de Dieu. Et pourtant ils restent sur place, à Jérusalem. Ils savent mais leur coeur n’est pas touché. Leur connaissance de l’Ecriture est trop théorique, trop intellectuelle pour leur permettre de faire le pèlerinage de Bethléem. Hérode, et avec lui tout Jérusalem, est dans l’inquiétude. D’autres traductions disent qu’en apprenant la nouvelle, il en eut un choc, il fut troublé. Les mages quant à eux n’ont qu’un signe insuffisant, l’étoile, et pourtant ils se mettent en route. Et après leur passage à Jérusalem, Matthieu nous dit, qu’arrivés à la crèche, ils éprouvèrent une très grande joie. Quel contraste entre l’inquiétude du Juif Hérode et la joie des mages païens !
Oui, Dieu se manifeste comme un Sauveur plein de bonté en Jésus. Et il se manifeste à tous sans exception. Simplement il a besoin de trouver un cœur ouvert et accueillant comme celui des mages. Il a besoin de notre simplicité de cœur pour pouvoir nous mettre en route. C’est librement que nous pouvons choisir l’inquiétude en faisant du sur place ou bien la joie en acceptant de nous remettre en question pour progresser dans notre vie d’amitié avec Dieu.
Amen
7 janvier 2007
Matthieu 2, 1-12 (page 312)
Seul l’évangéliste Matthieu nous rapporte la visite des mages à la crèche. La solennité de l’Epiphanie est comme un déploiement du mystère de l’Incarnation célébré à Noël. L’Epiphanie fait en quelque sorte le pont entre l’Incarnation et la Rédemption, entre Noël et Pâques. Cette fête est une fête missionnaire, car, pour reprendre les mots de saint Paul, « les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » L’Epiphanie c’est la manifestation, la révélation du Christ Sauveur aux mages venus d’Orient. Fête missionnaire, fête ecclésiale : l’Eglise du Christ rassemblant en son sein les juifs comme les païens.
En fait nous ne savons pas grand-chose de ces personnages mystérieux, les mages : astronomes ou astrologues, ils venaient d’Orient, peut-être de Mésopotamie. Ils étaient savants et riches. Ils quittent leur pays chargés de présents précieux à offrir à un enfant : « Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » Leur voyage est un vrai pèlerinage en l’honneur du roi des Juifs. Ils ne viennent pas en curieux, mais en adorateurs. L’étoile est le signe que Dieu leur donne pour aller à Jérusalem. Lorsque Dieu nous fait signe dans notre vie, Il le fait par des moyens adaptés à ce que nous sommes et à ce que nous connaissons déjà. C’est aussi cela le mystère de l’Incarnation : Dieu s’est engagé à parler notre langue et non pas un langage incompréhensible ou indéchiffrable pour nous. Les mages scrutent le ciel ? Il leur donne une étoile pour signe. Soyons persuadés que le Seigneur n’a pas changé de pédagogie depuis. Il continue à se manifester à chacun de nous par des moyens adaptés à ce que nous sommes. Nous sommes sensibles à la beauté, à l’art ? Dieu nous parlera à travers l’esthétique. Nous sommes captivés par les merveilles de la nature ? Dieu nous parlera par sa création. Nous sommes scientifiques ? Dieu nous parlera par les équations etc. Chacun doit trouver son étoile pour aller vers le Sauveur. Si l’étoile est un signe lisible pour les mages, c’est toutefois un signe insuffisant. D’où leur arrêt à Jérusalem et leur question à Hérode : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » Dans sa grande bonté, Dieu donne aux païens le signe de l’étoile, mais cela n’enlève rien à l’élection d’Israël et au rôle que le peuple élu doit jouer dans l’histoire du salut de tous… Il y a donc une médiation pour parvenir à la manifestation du Sauveur. Nous n’arrivons pas directement auprès du Christ Sauveur. Nous avons besoin non seulement de signes, mais de la médiation du peuple de Dieu. Pour Israël le signe unique c’est celui de la Parole de Dieu, d’où la citation du prophète Michée. Les mages, bien que païens, doivent passer par la Parole de Dieu pour parvenir à Bethléem. Il en va de même aujourd’hui pour tous ceux qui ne connaissent pas le salut du Christ. Ne doutons pas que Dieu leur adresse des signes compréhensibles. Mais il leur faudra passer à un moment ou à un autre par l’Eglise du Christ pour que leur recherche puisse aboutir. Ne serait-ce qu’à cause des sacrements, signes sensibles et efficaces du salut de notre Dieu.
Si nous avons bien compris cela, alors nous nous heurtons à un paradoxe. Dans cet Evangile de l’Epiphanie le peuple de Dieu, le peuple élu fait du sur place, alors que les mages, les païens parviennent au terme de leur quête spirituelle. Hérode, les prêtres et les scribes avaient tous les moyens pour reconnaître dans l’enfant de Bethléem le Messie, et surtout la Parole de Dieu. Et pourtant ils restent sur place, à Jérusalem. Ils savent mais leur coeur n’est pas touché. Leur connaissance de l’Ecriture est trop théorique, trop intellectuelle pour leur permettre de faire le pèlerinage de Bethléem. Hérode, et avec lui tout Jérusalem, est dans l’inquiétude. D’autres traductions disent qu’en apprenant la nouvelle, il en eut un choc, il fut troublé. Les mages quant à eux n’ont qu’un signe insuffisant, l’étoile, et pourtant ils se mettent en route. Et après leur passage à Jérusalem, Matthieu nous dit, qu’arrivés à la crèche, ils éprouvèrent une très grande joie. Quel contraste entre l’inquiétude du Juif Hérode et la joie des mages païens !
Oui, Dieu se manifeste comme un Sauveur plein de bonté en Jésus. Et il se manifeste à tous sans exception. Simplement il a besoin de trouver un cœur ouvert et accueillant comme celui des mages. Il a besoin de notre simplicité de cœur pour pouvoir nous mettre en route. C’est librement que nous pouvons choisir l’inquiétude en faisant du sur place ou bien la joie en acceptant de nous remettre en question pour progresser dans notre vie d’amitié avec Dieu.
Amen
mercredi 3 janvier 2007
La Sainte Famille
La Sainte Famille / C
31 XII 2006
Luc 2, 41-52 (p. 263)
Seul Luc nous rapporte l’épisode du pèlerinage pascal de la sainte famille à Jérusalem, l’année des 12 ans de Jésus. Les Evangiles sont plus que discrets sur les années qui se situent entre la naissance de Jésus et le début de son ministère public. Nous n’avons en fait que le témoignage de saint Luc. Cet Evangile du jeune Jésus perdu et retrouvé au temple peut être lu de bien des manières. L’une d’entre elles consiste à faire un parallèle avec les récits de Pâques, puisque c’est « au bout de trois jours » que Marie et Joseph retrouvent leur fils dans le temple… En cette fête de la Sainte Famille, nous préférons lire le texte avec une autre approche.
D’emblée écartons une lecture trop psychologique : il ne s’agit pas dans cette épisode d’une fugue ou d’une crise d’adolescence. L’évangéliste souligne au contraire la soumission de Jésus à ses parents. L’année de ses 12 ans, le jeune Jésus pose un acte révélateur. Il s’agit donc d’une révélation : « C’est chez mon Père que je dois être. » En choisissant de demeurer au temple de Jérusalem, lieu de la présence divine, l’adolescent rappelle à ses parents son origine divine. Il est d’abord le Fils de Dieu avant d’être le fils de Marie et de Joseph. Lors des annonciations à Marie et à Joseph, ses parents ont appris l’origine divine de leur enfant ainsi que sa mission unique. Cette fois ce ne sont plus des anges qui les informent sur l’identité de Jésus, mais le jeune Jésus lui-même. La première lecture nous redit une vérité que nous avons tendance à oublier actuellement : tout enfant est un don de Dieu, Père Créateur : « C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. » Il n’y a pas de droit à l’enfant car l’enfant est toujours et d’abord un don. Les parents transmettent la vie, ils sont les dépositaires d’une vie qui vient de plus loin et de plus haut qu’eux. La révélation du jeune Jésus dans le temple est un acte de liberté. Jésus n’appartient pas à Marie et à Joseph. Sa vocation ne dépend pas du choix de ses parents. Il appartient à Dieu, et c’est du Père qu’il reçoit de toute éternité sa condition de Fils unique. De la même manière c’est du Père et de lui seul qu’il reçoit sa vocation et sa mission pour le salut de notre humanité. Ce qui est vrai du jeune Jésus l’est aussi de tout jeune. Les parents peuvent méditer avec profit cet Evangile et se souvenir qu’ils ne sont pas les propriétaires de leurs enfants. Ils ont transmis la vie. Ils ont à respecter la liberté et la personnalité de leurs enfants. Ce n’est pas aux parents, par exemple, de décider de l’avenir de leurs enfants que ce soit au niveau professionnel ou conjugal. Ce qui ne les empêche pas de donner des conseils et de faire part de leur avis dans la mesure où c’est le bien de leurs enfants qui les anime. Cet Evangile devrait être une source de réconfort pour tous les parents qui se plaignent par rapport à l’attitude de leurs enfants. Même dans la sainte famille, il en était ainsi : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comment nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Etre père et mère, c’est accepter avec les joies une part de souffrance, c’est aussi accepter de ne pas tout comprendre : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » S’il y a eu de l’incompréhension entre le jeune Jésus et ses parents, pourquoi les parents s’étonneraient-ils de ces moments où ils ne sont plus sur la même longueur d’onde que leur progéniture ? Au fur et à mesure qu’un enfant grandit, il devient plus autonome et plus libre. C’est le mouvement naturel de la vie. Et ce mouvement provoque bien souvent des déchirements du côté des parents, surtout lorsqu’ils sont possessifs. Enfin lorsque le jeune adulte se marie, il quitte son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, selon la formule biblique. Et c’est ainsi qu’il peut fonder une nouvelle famille…
La conclusion de cet Evangile est le plus beau programme d’éducation qui puisse être donné à des parents chrétiens :
« Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes. »
Le but de toute éducation, c’est bien la croissance des enfants et des jeunes. L’autorité et l’exemple des parents sont au service de cette croissance. Pour nous chrétiens, il s’agit d’une croissance intégrale qui comporte trois domaines :
- La sagesse, c’est-à-dire l’intelligence dans le sens premier du terme. Favoriser chez l’enfant la capacité à comprendre les choses et les événements de l’intérieur, favoriser l’éclosion du sens critique. Lui donner une bonne culture de base qui ne se réduise pas aux disciplines scientifiques. Permettre à l’enfant de grandir dans un humanisme chrétien avec une initiation aux beaux-arts, à la musique, à la littérature, au cinéma et plus tard à la pensée de type philosophique. Dans ce domaine comme dans les autres, les parents ont leur responsabilité. Ils ne doivent pas s’en décharger sur l’école, car celle-ci privilégie les matières qui « payent » pour le succès scolaire, les matières scientifiques, au détriment d’une culture humaniste. Souvenons-nous de Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite que bien pleine ».
- La taille, c’est tout le domaine du corps. Permettre à l’enfant la pratique d’un sport, d’un exercice physique, mais surtout lui inculquer le respect de son corps et du corps d’autrui. C’est aussi l’apprentissage d’une discipline de vie, du sens de l’effort qui font tant défaut dans les générations actuelles. Pour reprendre la devise des latins, « mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain.
- La grâce enfin. Les enfants ont une âme. Les jeunes aussi. D’où l’importance de leur éducation spirituelle. C’est l’éveil au sens de Dieu. Cela consiste aussi à donner le goût de la prière, du recueillement, du silence. C’est enfin permettre la formulation des grandes questions fondamentales qui sont au carrefour entre philosophie et religion : l’amour, la liberté, la mort etc. Encore une fois, rien ne vaut l’exemple du jeune Jésus parmi les docteurs. Luc nous dit qu’il les écoutait et leur posait des questions. Les parents ne doivent pas avoir peur des questions de leurs enfants même si elles remettent en cause leurs convictions. Les parents chrétiens n’ont pas forcément la réponse à toutes les questions. L’essentiel est qu’ils puissent à partir des questions de leurs enfants entrer dans un dialogue toujours plus vrai et profond avec eux.
Amen
31 XII 2006
Luc 2, 41-52 (p. 263)
Seul Luc nous rapporte l’épisode du pèlerinage pascal de la sainte famille à Jérusalem, l’année des 12 ans de Jésus. Les Evangiles sont plus que discrets sur les années qui se situent entre la naissance de Jésus et le début de son ministère public. Nous n’avons en fait que le témoignage de saint Luc. Cet Evangile du jeune Jésus perdu et retrouvé au temple peut être lu de bien des manières. L’une d’entre elles consiste à faire un parallèle avec les récits de Pâques, puisque c’est « au bout de trois jours » que Marie et Joseph retrouvent leur fils dans le temple… En cette fête de la Sainte Famille, nous préférons lire le texte avec une autre approche.
D’emblée écartons une lecture trop psychologique : il ne s’agit pas dans cette épisode d’une fugue ou d’une crise d’adolescence. L’évangéliste souligne au contraire la soumission de Jésus à ses parents. L’année de ses 12 ans, le jeune Jésus pose un acte révélateur. Il s’agit donc d’une révélation : « C’est chez mon Père que je dois être. » En choisissant de demeurer au temple de Jérusalem, lieu de la présence divine, l’adolescent rappelle à ses parents son origine divine. Il est d’abord le Fils de Dieu avant d’être le fils de Marie et de Joseph. Lors des annonciations à Marie et à Joseph, ses parents ont appris l’origine divine de leur enfant ainsi que sa mission unique. Cette fois ce ne sont plus des anges qui les informent sur l’identité de Jésus, mais le jeune Jésus lui-même. La première lecture nous redit une vérité que nous avons tendance à oublier actuellement : tout enfant est un don de Dieu, Père Créateur : « C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. » Il n’y a pas de droit à l’enfant car l’enfant est toujours et d’abord un don. Les parents transmettent la vie, ils sont les dépositaires d’une vie qui vient de plus loin et de plus haut qu’eux. La révélation du jeune Jésus dans le temple est un acte de liberté. Jésus n’appartient pas à Marie et à Joseph. Sa vocation ne dépend pas du choix de ses parents. Il appartient à Dieu, et c’est du Père qu’il reçoit de toute éternité sa condition de Fils unique. De la même manière c’est du Père et de lui seul qu’il reçoit sa vocation et sa mission pour le salut de notre humanité. Ce qui est vrai du jeune Jésus l’est aussi de tout jeune. Les parents peuvent méditer avec profit cet Evangile et se souvenir qu’ils ne sont pas les propriétaires de leurs enfants. Ils ont transmis la vie. Ils ont à respecter la liberté et la personnalité de leurs enfants. Ce n’est pas aux parents, par exemple, de décider de l’avenir de leurs enfants que ce soit au niveau professionnel ou conjugal. Ce qui ne les empêche pas de donner des conseils et de faire part de leur avis dans la mesure où c’est le bien de leurs enfants qui les anime. Cet Evangile devrait être une source de réconfort pour tous les parents qui se plaignent par rapport à l’attitude de leurs enfants. Même dans la sainte famille, il en était ainsi : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comment nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Etre père et mère, c’est accepter avec les joies une part de souffrance, c’est aussi accepter de ne pas tout comprendre : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » S’il y a eu de l’incompréhension entre le jeune Jésus et ses parents, pourquoi les parents s’étonneraient-ils de ces moments où ils ne sont plus sur la même longueur d’onde que leur progéniture ? Au fur et à mesure qu’un enfant grandit, il devient plus autonome et plus libre. C’est le mouvement naturel de la vie. Et ce mouvement provoque bien souvent des déchirements du côté des parents, surtout lorsqu’ils sont possessifs. Enfin lorsque le jeune adulte se marie, il quitte son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, selon la formule biblique. Et c’est ainsi qu’il peut fonder une nouvelle famille…
La conclusion de cet Evangile est le plus beau programme d’éducation qui puisse être donné à des parents chrétiens :
« Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes. »
Le but de toute éducation, c’est bien la croissance des enfants et des jeunes. L’autorité et l’exemple des parents sont au service de cette croissance. Pour nous chrétiens, il s’agit d’une croissance intégrale qui comporte trois domaines :
- La sagesse, c’est-à-dire l’intelligence dans le sens premier du terme. Favoriser chez l’enfant la capacité à comprendre les choses et les événements de l’intérieur, favoriser l’éclosion du sens critique. Lui donner une bonne culture de base qui ne se réduise pas aux disciplines scientifiques. Permettre à l’enfant de grandir dans un humanisme chrétien avec une initiation aux beaux-arts, à la musique, à la littérature, au cinéma et plus tard à la pensée de type philosophique. Dans ce domaine comme dans les autres, les parents ont leur responsabilité. Ils ne doivent pas s’en décharger sur l’école, car celle-ci privilégie les matières qui « payent » pour le succès scolaire, les matières scientifiques, au détriment d’une culture humaniste. Souvenons-nous de Montaigne : « Mieux vaut une tête bien faite que bien pleine ».
- La taille, c’est tout le domaine du corps. Permettre à l’enfant la pratique d’un sport, d’un exercice physique, mais surtout lui inculquer le respect de son corps et du corps d’autrui. C’est aussi l’apprentissage d’une discipline de vie, du sens de l’effort qui font tant défaut dans les générations actuelles. Pour reprendre la devise des latins, « mens sana in corpore sano », un esprit sain dans un corps sain.
- La grâce enfin. Les enfants ont une âme. Les jeunes aussi. D’où l’importance de leur éducation spirituelle. C’est l’éveil au sens de Dieu. Cela consiste aussi à donner le goût de la prière, du recueillement, du silence. C’est enfin permettre la formulation des grandes questions fondamentales qui sont au carrefour entre philosophie et religion : l’amour, la liberté, la mort etc. Encore une fois, rien ne vaut l’exemple du jeune Jésus parmi les docteurs. Luc nous dit qu’il les écoutait et leur posait des questions. Les parents ne doivent pas avoir peur des questions de leurs enfants même si elles remettent en cause leurs convictions. Les parents chrétiens n’ont pas forcément la réponse à toutes les questions. L’essentiel est qu’ils puissent à partir des questions de leurs enfants entrer dans un dialogue toujours plus vrai et profond avec eux.
Amen
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