13ème dimanche du TO/B
28 juin 09
Clôture de l’année Saint Paul / 2 Co 8, 7-15 (p.11)
Demain, avec la solennité des apôtres Pierre et Paul, se clôturera l’année saint Paul voulue par le pape. C’est dans cette perspective que je voudrais méditer avec vous et pour vous la deuxième lecture de ce dimanche.
La liturgie de la Parole nous propose un passage du chapitre 8 de la deuxième lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe. Ce passage fait partie d’un ensemble beaucoup plus vaste : les chapitres 8 et 9 de cette même lettre. C’est dire toute l’importance du thème abordé ici par Paul : la collecte en faveur de l’Eglise de Jérusalem. En effet si l’apôtre y consacre deux chapitres de sa lettre, c’est que cette collecte revêt à ses yeux une importance significative. Les chrétiens de Macédoine ont déjà participé à cette œuvre de charité. Et Paul les donne en exemple aux Corinthiens pour qu’ils fassent de même. Il s’agit donc d’une saine et sainte émulation entre les Eglises.
D’où l’appel de Paul à ses chers chrétiens de Corinthe : « Que votre geste de générosité soit large. » Ce qui est intéressant, c’est l’argument que l’apôtre va leur donner pour les motiver à donner largement dans le cadre de cette collecte : un argument de type théologique. Il ne fait pas appel à leur émotivité ou sensibilité, en leur disant par exemple : Voyez, vos frères de Jérusalem, sont dans une pauvreté extrême, sans vous ils ne pourront pas tenir bien longtemps etc. Il leur dit plutôt : Contemplez le Christ, Notre Seigneur. Il leur rappelle sa générosité à lui : « Lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » Cela nous renvoie à la très belle hymne de la lettre aux Philippiens : « Lui, le Christ, qui jouissait de la façon d’être de Dieu, il ne s’est pas attaché à cette égalité avec Dieu, mais il s’est réduit à rien, jusqu’à prendre la condition de serviteur. Et devenu homme entre les humains, il s’est mis au plus bas, il s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort en croix. » Pour Paul le fondement inébranlable de notre charité entre nous, entre chrétiens, puisque c’est de cela qu’il s’agit ici, c’est la générosité du Christ qui s’est fait pauvre jusqu’au dénuement extrême, celui de la Croix : là où son divin corps n’avait même plus de vêtement… Si donc le fondement de la participation à la collecte, c’est le Christ lui-même dans le mystère de son incarnation, le fruit de cette participation sera, lui aussi, divin. Paul l’affirme clairement : « Ce service d’entraide fera plus que soulager la pauvreté des saints : il fera monter vers Dieu de nombreuses actions de grâces. » Nous comprenons alors que l’exercice de la charité chrétienne est une véritable liturgie, un culte que nous rendons à Dieu, en lien très étroit avec notre participation à la grande action de grâces de l’eucharistie. Ce qui nous redonne aussi le sens véritable de la quête qui n’est pas seulement notre participation à la vie de l’Eglise mais une offrande sacrée. La quête n’est pas le moyen pour nous de nous débarrasser des petites pièces qui encombrent notre porte-monnaie…
D’ailleurs au chapitre 9, Paul indique ce qui doit caractériser la générosité des Corinthiens. Leur participation à la collecte ne doit pas être symbolique et elle doit se faire dans la joie. « Une chose est sûre : celui qui sème pauvrement fera une pauvre récolte. Celui qui sème largement fera une grande récolte. » Ou pour le dire autrement le don pour être don doit être consistant. Faire le contraire serait se moquer de Dieu et de son Eglise. « Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, il s’agit d’égalité. » Cette égalité qui va de pair avec la justice et la solidarité. « Que chacun donc décide personnellement, sans contrainte et sans regret, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. » Si les chrétiens de Corinthe participent à cette collecte pour leurs frères de Jérusalem, ils doivent le faire à la mesure de la charité du Christ, et dans son esprit : librement et joyeusement.
Voilà donc une interrogation personnelle que l’Apôtre nous laisse en cette fin de l’année qui lui est consacrée : Quelle est la place effective du partage et de la solidarité dans ma vie chrétienne ? Et pas seulement pendant le Carême… Les dons des français à l’Aide à l’Eglise en détresse, ce n’est qu’un exemple, ont baissé entre 2007 et 2008 de trois millions d’euro… Je laisserai le mot de la fin au Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise :
« La solidarité est également une véritable vertu morale, et non pas « un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun; c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ». La solidarité s'élève au rang de vertu sociale fondamentale parce qu'elle se situe dans la dimension de la justice, vertu orientée par excellence au bien commun et dans l'engagement à « se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt, au sens évangélique du terme, à “se perdre” pour l'autre au lieu de l'exploiter, et à “le servir” au lieu de l'opprimer à son propre profit. »
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
mardi 30 juin 2009
lundi 22 juin 2009
12ème dimanche du temps ordinaire
12ème dimanche du TO/B
21 juin 09
Marc 4, 35-41 (p. 1112)
Le Seigneur Jésus a choisi comme lieu principal de sa prédication une province du nord d’Israël, la Galilée. Une région frontalière avec le monde des non-juifs, le monde païen. Il a fait plusieurs fois le voyage de Jérusalem pour les grandes fêtes religieuses et c’est là qu’il offrira sa vie en sacrifice. Mais la plupart du temps il s’est tenu éloigné de la capitale religieuse et politique de son peuple. La base missionnaire de Jésus a été Capharnaüm, au bord du lac, et non pas Jérusalem. Capharnaüm, la ville des pêcheurs Simon-Pierre et André. Et c’est au bord du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée que le Seigneur rencontre Lévi installé au poste de douane et qu’il l’appelle à être son disciple, puis son apôtre, Matthieu. A l’occasion du repas de fête donné par Lévi dans sa maison, Jésus précise sa mission. Car les maîtres de la Loi du groupe des pharisiens sont scandalisés en voyant Jésus s’attabler avec ceux qu’ils considèrent avec mépris comme des pécheurs… « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin d’un médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu, moi, pour appeler des justes mais des pécheurs. » Par sa familiarité avec les pécheurs, Jésus se révèle comme le médecin des âmes et des corps. Il révèle surtout que son cœur n’est que miséricorde et amour. Enfin il vient détruire la prétention et l’orgueil de ceux qui se considèrent supérieurs aux autres, comme l’élite religieuse du pays, simplement parce qu’ils accomplissent les préceptes de la Loi. Oui, Jésus vient détruire l’orgueil religieux qui est l’une des formes les plus détestables de ce péché capital et l’une des tentations les plus dangereuses dans notre vie chrétienne et spirituelle…
Avec l’Evangile de la tempête apaisée, le Seigneur veut faire franchir un nouveau pas à ses Apôtres dans l’initiation progressive à leur mission : « Passons sur l’autre rive. » Les inviter à traverser la mer de Galilée ce n’est pas seulement les inviter à un déplacement géographique. Car en face, sur l’autre rive, c’est pour eux le domaine de l’étranger, des non-juifs, des païens. Cette traversée du lac doit correspondre à un changement de mentalité pour ces hommes qui l’aiment et qui le suivent. Il leur fait ainsi comprendre que sa mission de Sauveur ne se limite pas au peuple Juif dont il est issu par Marie. Il vient pour prêcher la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu aux pécheurs et aux païens. Et voilà que survient une violente tempête, image des obstacles qui se dressent sur la route de l’Eglise quand elle sort de ses murs pour aller porter la Bonne Nouvelle à ceux qui sont loin. Image aussi dans la Bible des forces démoniaques déchainées… Ce qui n’est pas étonnant puisque le premier geste de Jésus, sur l’autre rive, sera l’exorcisme du possédé de Gerasa…
Face à l’obstacle de la tempête, Marc nous dépeint deux attitudes opposées : Jésus, d’un côté, qui semble tranquille et calme, dormant à l’arrière de la barque, et les disciples remplis d’effroi. C’est alors que le Seigneur montre son pouvoir divin en commandant à la mer de s’apaiser. Le Seigneur est vainqueur des forces du mal. Et Jésus interroge ses disciples : Pourquoi avoir peur ? Pourquoi ce manque de foi ? Quand nous butons sur des obstacles, nous le savons, la peur est toujours mauvaise conseillère. La force du chrétien se trouve dans son calme et dans sa foi en la puissance victorieuse de Jésus. Cela rejoint bien l’avertissement de Dieu donné au peuple dans le livre d’Isaïe : « Dans la conversion et le calme serait votre salut, dans la sérénité et la confiance serait votre force » (30, 15).
Et voilà que les disciples vont passer de la peur face aux éléments déchainés à une grande crainte en présence du Seigneur qui vient de manifester à leurs yeux son autorité. L’épisode de la traversée du lac correspond pour eux à une véritable révélation divine, une théophanie. Notre peur vis-à-vis des épreuves rencontrées en ce monde nous paralyse. Mais craindre le Seigneur, c’est-à-dire confesser sa divinité et sa puissance, est au contraire pour nous la source d’une grande force et d’une grande liberté. C’est avec cette force et cette liberté que, tout au long de l’histoire, les saints et les saintes, les missionnaires, les mystiques, les réformateurs ont permis à notre Eglise de passer sur l’autre rive. Et lorsque le bienheureux pape Jean XXIII convoqua en 1959 le Concile Vatican II, il voulait lui aussi, sous l’inspiration de l’Esprit, la faire passer, sans peur de l’avenir ni nostalgie du passé, sur l’autre rive. C’est avec une citation du dernier Concile que je conclurai : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. »
21 juin 09
Marc 4, 35-41 (p. 1112)
Le Seigneur Jésus a choisi comme lieu principal de sa prédication une province du nord d’Israël, la Galilée. Une région frontalière avec le monde des non-juifs, le monde païen. Il a fait plusieurs fois le voyage de Jérusalem pour les grandes fêtes religieuses et c’est là qu’il offrira sa vie en sacrifice. Mais la plupart du temps il s’est tenu éloigné de la capitale religieuse et politique de son peuple. La base missionnaire de Jésus a été Capharnaüm, au bord du lac, et non pas Jérusalem. Capharnaüm, la ville des pêcheurs Simon-Pierre et André. Et c’est au bord du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée que le Seigneur rencontre Lévi installé au poste de douane et qu’il l’appelle à être son disciple, puis son apôtre, Matthieu. A l’occasion du repas de fête donné par Lévi dans sa maison, Jésus précise sa mission. Car les maîtres de la Loi du groupe des pharisiens sont scandalisés en voyant Jésus s’attabler avec ceux qu’ils considèrent avec mépris comme des pécheurs… « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin d’un médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu, moi, pour appeler des justes mais des pécheurs. » Par sa familiarité avec les pécheurs, Jésus se révèle comme le médecin des âmes et des corps. Il révèle surtout que son cœur n’est que miséricorde et amour. Enfin il vient détruire la prétention et l’orgueil de ceux qui se considèrent supérieurs aux autres, comme l’élite religieuse du pays, simplement parce qu’ils accomplissent les préceptes de la Loi. Oui, Jésus vient détruire l’orgueil religieux qui est l’une des formes les plus détestables de ce péché capital et l’une des tentations les plus dangereuses dans notre vie chrétienne et spirituelle…
Avec l’Evangile de la tempête apaisée, le Seigneur veut faire franchir un nouveau pas à ses Apôtres dans l’initiation progressive à leur mission : « Passons sur l’autre rive. » Les inviter à traverser la mer de Galilée ce n’est pas seulement les inviter à un déplacement géographique. Car en face, sur l’autre rive, c’est pour eux le domaine de l’étranger, des non-juifs, des païens. Cette traversée du lac doit correspondre à un changement de mentalité pour ces hommes qui l’aiment et qui le suivent. Il leur fait ainsi comprendre que sa mission de Sauveur ne se limite pas au peuple Juif dont il est issu par Marie. Il vient pour prêcher la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu aux pécheurs et aux païens. Et voilà que survient une violente tempête, image des obstacles qui se dressent sur la route de l’Eglise quand elle sort de ses murs pour aller porter la Bonne Nouvelle à ceux qui sont loin. Image aussi dans la Bible des forces démoniaques déchainées… Ce qui n’est pas étonnant puisque le premier geste de Jésus, sur l’autre rive, sera l’exorcisme du possédé de Gerasa…
Face à l’obstacle de la tempête, Marc nous dépeint deux attitudes opposées : Jésus, d’un côté, qui semble tranquille et calme, dormant à l’arrière de la barque, et les disciples remplis d’effroi. C’est alors que le Seigneur montre son pouvoir divin en commandant à la mer de s’apaiser. Le Seigneur est vainqueur des forces du mal. Et Jésus interroge ses disciples : Pourquoi avoir peur ? Pourquoi ce manque de foi ? Quand nous butons sur des obstacles, nous le savons, la peur est toujours mauvaise conseillère. La force du chrétien se trouve dans son calme et dans sa foi en la puissance victorieuse de Jésus. Cela rejoint bien l’avertissement de Dieu donné au peuple dans le livre d’Isaïe : « Dans la conversion et le calme serait votre salut, dans la sérénité et la confiance serait votre force » (30, 15).
Et voilà que les disciples vont passer de la peur face aux éléments déchainés à une grande crainte en présence du Seigneur qui vient de manifester à leurs yeux son autorité. L’épisode de la traversée du lac correspond pour eux à une véritable révélation divine, une théophanie. Notre peur vis-à-vis des épreuves rencontrées en ce monde nous paralyse. Mais craindre le Seigneur, c’est-à-dire confesser sa divinité et sa puissance, est au contraire pour nous la source d’une grande force et d’une grande liberté. C’est avec cette force et cette liberté que, tout au long de l’histoire, les saints et les saintes, les missionnaires, les mystiques, les réformateurs ont permis à notre Eglise de passer sur l’autre rive. Et lorsque le bienheureux pape Jean XXIII convoqua en 1959 le Concile Vatican II, il voulait lui aussi, sous l’inspiration de l’Esprit, la faire passer, sans peur de l’avenir ni nostalgie du passé, sur l’autre rive. C’est avec une citation du dernier Concile que je conclurai : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. »
mardi 9 juin 2009
LA SAINTE TRINITE
La Sainte Trinité / B
7 juin 09
Matthieu 28, 16-20 (p. 1162)
C’est au 14ème siècle que le pape Jean XXII, résidant en Avignon, étend à toute l’Eglise la fête de la Sainte Trinité. Mais une messe votive en l’honneur de la Trinité existait déjà depuis le 7ème siècle.
Avec la Pentecôte nous avons célébré l’accomplissement du mystère pascal et donc de notre salut. Le dimanche qui suit la Pentecôte nous invite à contempler Celui qui est à la source de la révélation et de l’histoire du salut tout au long des siècles : Dieu lui-même dans son mystère trinitaire. Nous passons ainsi de notre histoire humaine visitée et conduite par Dieu à Dieu dans sa vie bienheureuse et éternelle. Le mystère de la Trinité a fasciné les plus grands théologiens de notre Eglise : Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin en particulier. Ces théologiens ont toujours été humbles en affirmant que leurs écrits ne pouvaient approcher que de très loin ce qui constitue l’être même de Dieu. Et surtout c’est dans une atmosphère spirituelle qu’ils ont pu écrire aussi bien à propos de Dieu Trinité. En fait ce sont les grands saints, les grands mystiques qui nous aident le mieux dans notre connaissance de ce mystère. Nous pouvons penser à la carmélite Elisabeth de la Trinité. Nous connaissons Dieu, en effet, davantage par notre cœur que par nos raisonnements. Tout simplement parce que Dieu est Amour, comme le dit saint Jean. Célébrer en ce dimanche le mystère le plus important de notre foi chrétienne, celui de la Trinité, c’est revenir à cette révélation fondamentale : Dieu est Amour. Et c’est à la lumière de cette vérité que nous devons comprendre non seulement l’histoire du salut mais aussi l’être même de Dieu. Comme le dit si bien Maurice Zundel, que je citerai par ailleurs, « Dieu n’est pas une chose. Dieu est esprit, Dieu n’a pas de dehors. Dieu est l’amour dans sa pureté insondable. » Et cela avant même l’acte créateur qui a donné existence et vie à notre cosmos et à toutes les créatures qui l’habitent… Si Dieu est Amour en lui-même, divine charité, alors nous pressentons que Dieu est Trinité, car Dieu ne s’aime pas lui-même à la manière d’un être solitaire narcissique… Le Père aime le Fils en lui communiquant sa vie, et le Fils aime le Père en se donnant à lui, et cet échange d’amour entre le Père et le Fils est tellement fort et parfait qu’il est une personne divine, le Saint-Esprit. Zundel rend compte de ce mystère avec des mots évocateurs : « En Dieu, il n’y a pas un Moi unique, un Moi solitaire, un Moi rivé à lui-même, mais trois foyers, trois foyers de lumière, trois foyers d’amour et de communication, où toute la Vie divine constamment se renouvelle dans un Don inépuisable. » L’Amour qui est la vie même de la Trinité est tellement surabondant qu’il va permettre l’acte créateur. Dieu ne crée pas par nécessité mais bien par surabondance d’amour donc librement. Et c’est la Trinité qui est à l’origine de tout ce qui est non seulement sur notre terre mais dans l’univers tout entier. Comme le chante le psaume, « le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. » Dieu Notre Père donne l’être et la vie par son Fils (sa parole) dans l’Esprit (son souffle). Mais voilà que la Sainte Trinité ne se contente pas de créer des êtres en dehors d’elle-même : elle crée l’homme et la femme à son image et selon sa ressemblance. Et Dieu donne à l’homme et à la femme une vocation divine. Tout le drame de l’histoire du salut ainsi que la révélation progressive de Dieu à travers les Alliances successives n’a qu’un but : que l’homme et la femme partagent la gloire même de Dieu, la communion avec Dieu. Le salut pour nous c’est donc de pouvoir dès maintenant participer à la vie de la Sainte Trinité par le baptême et par la foi. C’est aussi, après avoir été purifiés de nos péchés, vivre en Dieu et de Dieu éternellement. Le salut, la sainteté, c’est participer à cette circulation de vie et d’amour qui caractérise la Sainte Trinité. Et à partir du jour de l’Ascension nous savons que cette vocation surnaturelle est devenue réalité dans la sainte humanité du Fils de Dieu. Car désormais, en Jésus le Vivant, Dieu et l’homme sont unis pour toujours au sein de la bienheureuse Trinité.
Nous ne progresserons dans notre connaissance de la Sainte Trinité que dans la mesure où nous nous engagerons toujours davantage dans une vie de prière et de charité, car « Dieu ne peut être connu qu’en étant vécu. » Et Zundel explicite sa pensée ainsi : « Dieu n’est connaissable qu’à travers un événement et une transformation de la vie humaine, à travers une libération de l’homme. » Le mystère de la Trinité nous rappelle que Dieu est en lui-même relation, don, échange, communication, amour. C’est donc à travers ces expériences que nous pouvons nous rapprocher de lui et nous préparer sur cette terre à la communion parfaite. La libération que nous offre le Christ dans l’Esprit, c’est une libération de notre égoïsme, de notre égocentrisme, de notre superficialité, ainsi que de notre soif de pouvoir et de domination. « La grandeur, écrit Zundel, ce n’est pas la hauteur, c’est la générosité.» Prière, humilité, générosité, voilà la trinité qui, dans notre vie spirituelle, nous fait rencontrer en nous la Sainte Trinité ! Amen
7 juin 09
Matthieu 28, 16-20 (p. 1162)
C’est au 14ème siècle que le pape Jean XXII, résidant en Avignon, étend à toute l’Eglise la fête de la Sainte Trinité. Mais une messe votive en l’honneur de la Trinité existait déjà depuis le 7ème siècle.
Avec la Pentecôte nous avons célébré l’accomplissement du mystère pascal et donc de notre salut. Le dimanche qui suit la Pentecôte nous invite à contempler Celui qui est à la source de la révélation et de l’histoire du salut tout au long des siècles : Dieu lui-même dans son mystère trinitaire. Nous passons ainsi de notre histoire humaine visitée et conduite par Dieu à Dieu dans sa vie bienheureuse et éternelle. Le mystère de la Trinité a fasciné les plus grands théologiens de notre Eglise : Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin en particulier. Ces théologiens ont toujours été humbles en affirmant que leurs écrits ne pouvaient approcher que de très loin ce qui constitue l’être même de Dieu. Et surtout c’est dans une atmosphère spirituelle qu’ils ont pu écrire aussi bien à propos de Dieu Trinité. En fait ce sont les grands saints, les grands mystiques qui nous aident le mieux dans notre connaissance de ce mystère. Nous pouvons penser à la carmélite Elisabeth de la Trinité. Nous connaissons Dieu, en effet, davantage par notre cœur que par nos raisonnements. Tout simplement parce que Dieu est Amour, comme le dit saint Jean. Célébrer en ce dimanche le mystère le plus important de notre foi chrétienne, celui de la Trinité, c’est revenir à cette révélation fondamentale : Dieu est Amour. Et c’est à la lumière de cette vérité que nous devons comprendre non seulement l’histoire du salut mais aussi l’être même de Dieu. Comme le dit si bien Maurice Zundel, que je citerai par ailleurs, « Dieu n’est pas une chose. Dieu est esprit, Dieu n’a pas de dehors. Dieu est l’amour dans sa pureté insondable. » Et cela avant même l’acte créateur qui a donné existence et vie à notre cosmos et à toutes les créatures qui l’habitent… Si Dieu est Amour en lui-même, divine charité, alors nous pressentons que Dieu est Trinité, car Dieu ne s’aime pas lui-même à la manière d’un être solitaire narcissique… Le Père aime le Fils en lui communiquant sa vie, et le Fils aime le Père en se donnant à lui, et cet échange d’amour entre le Père et le Fils est tellement fort et parfait qu’il est une personne divine, le Saint-Esprit. Zundel rend compte de ce mystère avec des mots évocateurs : « En Dieu, il n’y a pas un Moi unique, un Moi solitaire, un Moi rivé à lui-même, mais trois foyers, trois foyers de lumière, trois foyers d’amour et de communication, où toute la Vie divine constamment se renouvelle dans un Don inépuisable. » L’Amour qui est la vie même de la Trinité est tellement surabondant qu’il va permettre l’acte créateur. Dieu ne crée pas par nécessité mais bien par surabondance d’amour donc librement. Et c’est la Trinité qui est à l’origine de tout ce qui est non seulement sur notre terre mais dans l’univers tout entier. Comme le chante le psaume, « le Seigneur a fait les cieux par sa parole, l’univers, par le souffle de sa bouche. » Dieu Notre Père donne l’être et la vie par son Fils (sa parole) dans l’Esprit (son souffle). Mais voilà que la Sainte Trinité ne se contente pas de créer des êtres en dehors d’elle-même : elle crée l’homme et la femme à son image et selon sa ressemblance. Et Dieu donne à l’homme et à la femme une vocation divine. Tout le drame de l’histoire du salut ainsi que la révélation progressive de Dieu à travers les Alliances successives n’a qu’un but : que l’homme et la femme partagent la gloire même de Dieu, la communion avec Dieu. Le salut pour nous c’est donc de pouvoir dès maintenant participer à la vie de la Sainte Trinité par le baptême et par la foi. C’est aussi, après avoir été purifiés de nos péchés, vivre en Dieu et de Dieu éternellement. Le salut, la sainteté, c’est participer à cette circulation de vie et d’amour qui caractérise la Sainte Trinité. Et à partir du jour de l’Ascension nous savons que cette vocation surnaturelle est devenue réalité dans la sainte humanité du Fils de Dieu. Car désormais, en Jésus le Vivant, Dieu et l’homme sont unis pour toujours au sein de la bienheureuse Trinité.
Nous ne progresserons dans notre connaissance de la Sainte Trinité que dans la mesure où nous nous engagerons toujours davantage dans une vie de prière et de charité, car « Dieu ne peut être connu qu’en étant vécu. » Et Zundel explicite sa pensée ainsi : « Dieu n’est connaissable qu’à travers un événement et une transformation de la vie humaine, à travers une libération de l’homme. » Le mystère de la Trinité nous rappelle que Dieu est en lui-même relation, don, échange, communication, amour. C’est donc à travers ces expériences que nous pouvons nous rapprocher de lui et nous préparer sur cette terre à la communion parfaite. La libération que nous offre le Christ dans l’Esprit, c’est une libération de notre égoïsme, de notre égocentrisme, de notre superficialité, ainsi que de notre soif de pouvoir et de domination. « La grandeur, écrit Zundel, ce n’est pas la hauteur, c’est la générosité.» Prière, humilité, générosité, voilà la trinité qui, dans notre vie spirituelle, nous fait rencontrer en nous la Sainte Trinité ! Amen
lundi 25 mai 2009
7ème dimanche de Pâques
7ème dimanche de Pâques / B
24 mai 2009
Jean 17, 11b-19 (p. 734)
En méditant la Parole de Dieu de cette messe, je me suis dit que notre condition de chrétiens était bien inconfortable… Et en même temps je me suis dit qu’être chrétien aujourd’hui comme hier était une aventure passionnante et exaltante ! La liturgie de la Parole nous renvoie en effet à notre identité de chrétiens. Et pour ce faire elle nous indique deux relations fondamentales : celle avec Dieu et celle avec le monde.
A la source de tout, il y a, nous rappelle saint Jean, un Dieu qui se révèle comme le Dieu Amour. Un Dieu qui est communion parfaite entre trois personnes divines : le Dieu Trinité. En Dieu Trinité ne cessent de circuler la vie, la joie, la paix et bien sûr l’amour. Et dans la Trinité, c’est l’Esprit Saint qui est le lien de la charité. C’est l’Esprit Saint qui, en quelque sorte, personnifie cet éternel échange d’amour entre le Père et le Fils. L’Esprit Saint manifeste en tant que personne divine la surabondance et la fécondité de l’amour qui circule entre le Père et le Fils. Lorsque Jésus, à la veille de sa mort, demande au Père le don de l’unité pour ses disciples, donc pour nous, il prie ainsi : « Qu’ils soient un comme nous-mêmes. » Jésus veut que la communion qui existe entre Lui et son Père soit le modèle, la source de notre communion dans l’Eglise ! Et c’est bien parce qu’il veut pour nous une communion surnaturelle, qu’Il nous donne l’Esprit Saint, seul artisan possible d’une telle communion : « Nous reconnaissons que nous demeurons en Dieu, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit. » D’un point de vue historique et extérieur, il semble bien que ce désir du Christ ait abouti à un échec : que de divisions non seulement entre chrétiens, mais entre catholiques ! Que de guerres de religion entre disciples d’un même Seigneur ! Mais l’Eglise catholique est toujours là, présente au sein de notre monde, avec ses faiblesses mais aussi avec tous ses trésors de sainteté et de charité. Finalement quand notre Seigneur prie le Père de nous faire le don de l’unité, il lui demande pour nous le don de la sainteté. Car nous ne pouvons vivre une communion parfaite entre nous que dans la mesure où nous nous laissons sanctifier par la grâce de Dieu. Ce qui nous ramène à un autre aspect important de cette prière du Christ pour la communion entre les membres de son Corps : le fait que nous soyons consacrés par la vérité. Tout chrétien est donc consacré, pas seulement les religieux et les religieuses. Et nous le sommes dans l’Esprit Saint par le baptême et la confirmation. C’est notre consécration à la suite du Christ qui va déterminer notre place dans le monde.
Il est très difficile pour nous de nous situer selon la volonté du Père dans le monde. C’est un équilibre toujours à reconquérir ou à retrouver. Comment en effet être dans le monde sans être du monde ? Et cette difficulté nous la retrouvons dans le vocabulaire même de saint Jean. Le 4ème évangéliste peut donner au mot « monde » un sens positif comme un sens négatif. Dans la deuxième lecture, il nous livre son témoignage : « Et nous qui avons vu, nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Ce qui nous rappelle les paroles bouleversantes de Jésus à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Notre monde est donc l’objet du regard bienveillant du Père. Et c’est bien dans ce monde que nous sommes envoyés à la suite du Christ. En même temps notre monde a besoin d’être sauvé parce qu’il est sous l’influence du prince de ce monde, Satan, l’esprit du mal. Ce titre de « Prince de ce monde » donné à Satan par Jean est impressionnant. Il souligne le pouvoir réel du diable à l’œuvre dans notre monde. Mais nous ne devons pas avoir peur, car, nous dit Jésus, « j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33), ce qui revient à dire que Satan est vaincu par la mort et la résurrection du Christ. Pour être sel de la terre et lumière du monde, nous ne devons pas lui appartenir en ce qu’il a de mauvais, d’opposé à Dieu. C’est encore saint Jean qui nous demande de ne pas aimer le monde pris en ce sens négatif : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, que ce soit le désir de la chair, ou l’avidité des yeux, ou l’arrogance des riches – cela n’a rien à voir avec le Père, mais avec le monde. Et le monde passe avec sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours » (1 Jean 2, 15-17). En tant que chrétiens nous ne sommes pas naïfs face aux puissances des ténèbres à l’œuvre dans notre monde, face aux tentations qu’il ne cesse de nous présenter. Nous ne sommes pas pour autant des personnes aigries vivant dans la condamnation de notre monde et dans le jugement permanent… Le défi pour nous est d’éviter à la fois le repli sectaire et notre dissolution dans un monde qui ignore Dieu et bien souvent le refuse… Nous pourrons vivre cet équilibre délicat si nous vivons vraiment de l’amour de Dieu, si nous nous laissons sanctifier et consacrer par l’Esprit de vérité. Amen.
24 mai 2009
Jean 17, 11b-19 (p. 734)
En méditant la Parole de Dieu de cette messe, je me suis dit que notre condition de chrétiens était bien inconfortable… Et en même temps je me suis dit qu’être chrétien aujourd’hui comme hier était une aventure passionnante et exaltante ! La liturgie de la Parole nous renvoie en effet à notre identité de chrétiens. Et pour ce faire elle nous indique deux relations fondamentales : celle avec Dieu et celle avec le monde.
A la source de tout, il y a, nous rappelle saint Jean, un Dieu qui se révèle comme le Dieu Amour. Un Dieu qui est communion parfaite entre trois personnes divines : le Dieu Trinité. En Dieu Trinité ne cessent de circuler la vie, la joie, la paix et bien sûr l’amour. Et dans la Trinité, c’est l’Esprit Saint qui est le lien de la charité. C’est l’Esprit Saint qui, en quelque sorte, personnifie cet éternel échange d’amour entre le Père et le Fils. L’Esprit Saint manifeste en tant que personne divine la surabondance et la fécondité de l’amour qui circule entre le Père et le Fils. Lorsque Jésus, à la veille de sa mort, demande au Père le don de l’unité pour ses disciples, donc pour nous, il prie ainsi : « Qu’ils soient un comme nous-mêmes. » Jésus veut que la communion qui existe entre Lui et son Père soit le modèle, la source de notre communion dans l’Eglise ! Et c’est bien parce qu’il veut pour nous une communion surnaturelle, qu’Il nous donne l’Esprit Saint, seul artisan possible d’une telle communion : « Nous reconnaissons que nous demeurons en Dieu, et lui en nous, à ce qu’il nous donne part à son Esprit. » D’un point de vue historique et extérieur, il semble bien que ce désir du Christ ait abouti à un échec : que de divisions non seulement entre chrétiens, mais entre catholiques ! Que de guerres de religion entre disciples d’un même Seigneur ! Mais l’Eglise catholique est toujours là, présente au sein de notre monde, avec ses faiblesses mais aussi avec tous ses trésors de sainteté et de charité. Finalement quand notre Seigneur prie le Père de nous faire le don de l’unité, il lui demande pour nous le don de la sainteté. Car nous ne pouvons vivre une communion parfaite entre nous que dans la mesure où nous nous laissons sanctifier par la grâce de Dieu. Ce qui nous ramène à un autre aspect important de cette prière du Christ pour la communion entre les membres de son Corps : le fait que nous soyons consacrés par la vérité. Tout chrétien est donc consacré, pas seulement les religieux et les religieuses. Et nous le sommes dans l’Esprit Saint par le baptême et la confirmation. C’est notre consécration à la suite du Christ qui va déterminer notre place dans le monde.
Il est très difficile pour nous de nous situer selon la volonté du Père dans le monde. C’est un équilibre toujours à reconquérir ou à retrouver. Comment en effet être dans le monde sans être du monde ? Et cette difficulté nous la retrouvons dans le vocabulaire même de saint Jean. Le 4ème évangéliste peut donner au mot « monde » un sens positif comme un sens négatif. Dans la deuxième lecture, il nous livre son témoignage : « Et nous qui avons vu, nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde. » Ce qui nous rappelle les paroles bouleversantes de Jésus à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Notre monde est donc l’objet du regard bienveillant du Père. Et c’est bien dans ce monde que nous sommes envoyés à la suite du Christ. En même temps notre monde a besoin d’être sauvé parce qu’il est sous l’influence du prince de ce monde, Satan, l’esprit du mal. Ce titre de « Prince de ce monde » donné à Satan par Jean est impressionnant. Il souligne le pouvoir réel du diable à l’œuvre dans notre monde. Mais nous ne devons pas avoir peur, car, nous dit Jésus, « j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33), ce qui revient à dire que Satan est vaincu par la mort et la résurrection du Christ. Pour être sel de la terre et lumière du monde, nous ne devons pas lui appartenir en ce qu’il a de mauvais, d’opposé à Dieu. C’est encore saint Jean qui nous demande de ne pas aimer le monde pris en ce sens négatif : « Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, que ce soit le désir de la chair, ou l’avidité des yeux, ou l’arrogance des riches – cela n’a rien à voir avec le Père, mais avec le monde. Et le monde passe avec sa convoitise, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours » (1 Jean 2, 15-17). En tant que chrétiens nous ne sommes pas naïfs face aux puissances des ténèbres à l’œuvre dans notre monde, face aux tentations qu’il ne cesse de nous présenter. Nous ne sommes pas pour autant des personnes aigries vivant dans la condamnation de notre monde et dans le jugement permanent… Le défi pour nous est d’éviter à la fois le repli sectaire et notre dissolution dans un monde qui ignore Dieu et bien souvent le refuse… Nous pourrons vivre cet équilibre délicat si nous vivons vraiment de l’amour de Dieu, si nous nous laissons sanctifier et consacrer par l’Esprit de vérité. Amen.
jeudi 21 mai 2009
ASCENSION DU SEIGNEUR
Ascension du Seigneur / B
21/05/09
Marc 16, 15-20 (p. 707)
L’année liturgique nous fait célébrer les mystères du Seigneur les uns après les autres. En même temps le cycle liturgique insère ces mystères dans des temps particuliers. C’est une invitation pour nous à ne pas isoler le mystère de l’Ascension que nous fêtons aujourd’hui. La liturgie insère en effet la fête de l’Ascension dans le temps pascal, donc en lien très étroit avec Pâques et Pentecôte. A Pâques nous célébrons la victoire définitive du Christ sur la mort ainsi que sa manifestation glorieuse aux apôtres et aux disciples. A Pentecôte nous faisons mémoire du don de l’Esprit à la première Eglise. L’Ascension du Seigneur prend place dans le temps entre Pâques et Pentecôte, et c’est dans cette perspective du temps pascal que nous devons la comprendre. D’autant plus que le vocabulaire biblique est pour nous piégé comme celui de nos professions de foi… Dans le Credo, l’Ascension est résumée par une phrase : « Il monta au ciel ». Tout le vocabulaire de la Bible comme du Credo utilise de fait une image spatiale pour nous parler de ce mystère. Et dans le Credo « Il monta au ciel » correspond à : « Il descendit du ciel ». Donc non seulement le mystère de l’Ascension doit être perçu en lien avec Pâques et Pentecôte mais aussi avec l’Incarnation. Ces images nous montrent un double mouvement : Dieu en son Fils « descend du ciel », Il se fait proche de nous, Il adopte notre condition humaine, c’est Noël… A l’Ascension, dans un mouvement inverse, le Fils de Dieu quitte cette terre pour le ciel… Le risque est grand pour nous de confondre la réalité du mystère avec ces pauvres images humaines situées dans l’espace, avec en bas la terre, le domaine des hommes, et en haut, le ciel qui serait le domaine de Dieu. Il nous faut bien comprendre qu’à Noël le Fils ne quitte pas le Père en épousant notre condition humaine. Et qu’à l’Ascension Jésus ressuscité ne quitte ni son humanité ni notre humanité… L’Ascension consacre au contraire l’union intime entre la nature divine du Fils de Dieu et notre nature humaine. C’est bien avec son corps glorieux qu’il monte au ciel pour s’asseoir à la droite de son Père.
Alors comment traduire les pauvres mots de notre Credo, « Il monta au ciel » ? Comment dépasser l’image pour atteindre la réalité visée par la foi ? En comprenant qu’après les manifestations pascales du Ressuscité, l’Ascension marque une nouvelle étape dans la relation du Christ Vivant avec ses disciples. L’Ascension ouvre le temps de la foi, le temps de l’Eglise. Dans ce mystère, Notre Seigneur ne se transforme pas en superman montant au ciel, mais il disparaît à nos yeux de chair jusqu’au jour de son retour dans la gloire, à la fin des temps. A partir de l’Ascension, l’Eglise doit vivre la béatitude de la foi : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. » Notez bien comment l’Ascension correspond à l’envoi en mission des disciples. C’est logique car désormais le Christ glorieux sera visible à travers son Corps mystique, l’Eglise, et donc à travers chaque baptisé. Membres du corps du Christ, nous sommes désormais son visage et sa présence pour notre monde. C’est une lourde et belle responsabilité que la notre. C’est surtout un appel à grandir dans la communion de l’amour et à entrer toujours plus pleinement dans la sainteté que le Christ nous offre et nous communique. Dans le mystère de l’Ascension Notre Seigneur s’efface en quelque sorte pour donner naissance à l’Eglise. Et l’Eglise ne peut naître sans le don de l’Esprit. Si le Ressuscité s’efface, il ne nous abandonne pas, il ne nous quitte pas. C’est seulement son mode de présence qui est nouveau. Il est fidèle à sa promesse : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps. » Et c’est l’Esprit Saint qui nous permet justement de reconnaître dans nos vies et dans l’histoire de notre monde la nouvelle présence du Ressuscité. Présence tellement discrète, humble et cachée qu’elle s’apparente pour nous à une absence. Mais dans la foi nous expérimentons réellement cette présence du Christ à nos côtés et en nous, tout particulièrement dans la communion eucharistique et dans la prière. L’Esprit Saint nous rend capables de reconnaître les signes des temps : comment la puissance du Ressuscité est à l’œuvre dans l’histoire humaine et celle de l’Eglise, comment aussi la Providence nous guide et nous illumine par des signes souvent bien petits mais ô combien significatifs si nous savons les accueillir dans la foi !
En cette belle fête de l’Ascension comprenons enfin que le Ciel de Dieu où Jésus monte c’est chacun d’entre nous qui sommes les membres de son Corps, habités par l’Esprit. Le Ciel de Dieu, c’est notre cœur, symbole de notre intériorité, là où justement Dieu ne cesse de se donner à nous comme le Dieu d’amour, de paix et de joie. Rendons grâces à Dieu notre Père, qui « règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. » Oui, Il règne en nous par le Christ dans l’Esprit. Alors ne restons pas là à fixer le ciel… Mais soyons pour Dieu notre Père ce ciel où il aime à demeurer avec le Fils et l’Esprit Saint ! Pour aller au Ciel, devenons le Ciel !
21/05/09
Marc 16, 15-20 (p. 707)
L’année liturgique nous fait célébrer les mystères du Seigneur les uns après les autres. En même temps le cycle liturgique insère ces mystères dans des temps particuliers. C’est une invitation pour nous à ne pas isoler le mystère de l’Ascension que nous fêtons aujourd’hui. La liturgie insère en effet la fête de l’Ascension dans le temps pascal, donc en lien très étroit avec Pâques et Pentecôte. A Pâques nous célébrons la victoire définitive du Christ sur la mort ainsi que sa manifestation glorieuse aux apôtres et aux disciples. A Pentecôte nous faisons mémoire du don de l’Esprit à la première Eglise. L’Ascension du Seigneur prend place dans le temps entre Pâques et Pentecôte, et c’est dans cette perspective du temps pascal que nous devons la comprendre. D’autant plus que le vocabulaire biblique est pour nous piégé comme celui de nos professions de foi… Dans le Credo, l’Ascension est résumée par une phrase : « Il monta au ciel ». Tout le vocabulaire de la Bible comme du Credo utilise de fait une image spatiale pour nous parler de ce mystère. Et dans le Credo « Il monta au ciel » correspond à : « Il descendit du ciel ». Donc non seulement le mystère de l’Ascension doit être perçu en lien avec Pâques et Pentecôte mais aussi avec l’Incarnation. Ces images nous montrent un double mouvement : Dieu en son Fils « descend du ciel », Il se fait proche de nous, Il adopte notre condition humaine, c’est Noël… A l’Ascension, dans un mouvement inverse, le Fils de Dieu quitte cette terre pour le ciel… Le risque est grand pour nous de confondre la réalité du mystère avec ces pauvres images humaines situées dans l’espace, avec en bas la terre, le domaine des hommes, et en haut, le ciel qui serait le domaine de Dieu. Il nous faut bien comprendre qu’à Noël le Fils ne quitte pas le Père en épousant notre condition humaine. Et qu’à l’Ascension Jésus ressuscité ne quitte ni son humanité ni notre humanité… L’Ascension consacre au contraire l’union intime entre la nature divine du Fils de Dieu et notre nature humaine. C’est bien avec son corps glorieux qu’il monte au ciel pour s’asseoir à la droite de son Père.
Alors comment traduire les pauvres mots de notre Credo, « Il monta au ciel » ? Comment dépasser l’image pour atteindre la réalité visée par la foi ? En comprenant qu’après les manifestations pascales du Ressuscité, l’Ascension marque une nouvelle étape dans la relation du Christ Vivant avec ses disciples. L’Ascension ouvre le temps de la foi, le temps de l’Eglise. Dans ce mystère, Notre Seigneur ne se transforme pas en superman montant au ciel, mais il disparaît à nos yeux de chair jusqu’au jour de son retour dans la gloire, à la fin des temps. A partir de l’Ascension, l’Eglise doit vivre la béatitude de la foi : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui croient. » Notez bien comment l’Ascension correspond à l’envoi en mission des disciples. C’est logique car désormais le Christ glorieux sera visible à travers son Corps mystique, l’Eglise, et donc à travers chaque baptisé. Membres du corps du Christ, nous sommes désormais son visage et sa présence pour notre monde. C’est une lourde et belle responsabilité que la notre. C’est surtout un appel à grandir dans la communion de l’amour et à entrer toujours plus pleinement dans la sainteté que le Christ nous offre et nous communique. Dans le mystère de l’Ascension Notre Seigneur s’efface en quelque sorte pour donner naissance à l’Eglise. Et l’Eglise ne peut naître sans le don de l’Esprit. Si le Ressuscité s’efface, il ne nous abandonne pas, il ne nous quitte pas. C’est seulement son mode de présence qui est nouveau. Il est fidèle à sa promesse : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du temps. » Et c’est l’Esprit Saint qui nous permet justement de reconnaître dans nos vies et dans l’histoire de notre monde la nouvelle présence du Ressuscité. Présence tellement discrète, humble et cachée qu’elle s’apparente pour nous à une absence. Mais dans la foi nous expérimentons réellement cette présence du Christ à nos côtés et en nous, tout particulièrement dans la communion eucharistique et dans la prière. L’Esprit Saint nous rend capables de reconnaître les signes des temps : comment la puissance du Ressuscité est à l’œuvre dans l’histoire humaine et celle de l’Eglise, comment aussi la Providence nous guide et nous illumine par des signes souvent bien petits mais ô combien significatifs si nous savons les accueillir dans la foi !
En cette belle fête de l’Ascension comprenons enfin que le Ciel de Dieu où Jésus monte c’est chacun d’entre nous qui sommes les membres de son Corps, habités par l’Esprit. Le Ciel de Dieu, c’est notre cœur, symbole de notre intériorité, là où justement Dieu ne cesse de se donner à nous comme le Dieu d’amour, de paix et de joie. Rendons grâces à Dieu notre Père, qui « règne au-dessus de tous, par tous, et en tous. » Oui, Il règne en nous par le Christ dans l’Esprit. Alors ne restons pas là à fixer le ciel… Mais soyons pour Dieu notre Père ce ciel où il aime à demeurer avec le Fils et l’Esprit Saint ! Pour aller au Ciel, devenons le Ciel !
dimanche 10 mai 2009
5ème dimanche de Pâques
5ème dimanche de Pâques / B
10 mai 09
Jean 15, 1-8 (p. 635)
Après l’image du Bon Berger, Jésus utilise ce dimanche une autre image, celle de la vraie vigne. Comme pour le berger, l’image de la vigne est ancienne. Jésus ne l’invente pas, il la trouve dans l’Ancien Testament en lui donnant une nouvelle dimension. Dans ce commencement du chapitre 15 de saint Jean un verbe revient souvent : « demeurer ».
« Demeurez en moi, comme moi en vous » ; « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » Le Seigneur nous demande vraiment de demeurer en lui et de nous ouvrir de plus en plus à sa présence de Ressuscité. Il n’a qu’un désir c’est qu’en demeurant en lui nous donnions beaucoup de fruit. Voilà un magnifique résumé de ce que devrait être toute notre vie chrétienne, une définition synthétique de la condition de disciples.
Voyons dans un premier temps ce que signifie pour nous ce verbe « demeurer » en lien avec le Christ. L’image de la vigne suggère bien sûr une communion, une union étroite entre les sarments que nous sommes et Jésus, la vraie vigne. Mais comment se réalise concrètement cette union dans notre vie ? Comment demeurons-nous dans le Christ ? Dans l’Eglise, dont la vigne est aussi une image, nous avons des moyens objectifs qui nous sont donnés pour atteindre ce but : ce sont les sacrements. C’est bien par le baptême, la confirmation et l’eucharistie que Dieu demeure en nous et nous en lui. Toutefois l’expérience nous montre que cela ne suffit pas pour être de véritables disciples de Jésus. Combien de baptisés vivent en païens ? Un nombre bien trop grand malheureusement. Parce que dans le domaine spirituel rien n’est automatique. Un baptisé ne peut pas se reposer sur ses lauriers en disant : j’ai tout fait, baptême, première communion, eucharistie. Parce que dans le domaine spirituel tout ne dépend pas des rites ou des sacrements. La spiritualité, la sève qui court dans la vigne, est d’abord la vie de l’âme dans la communion d’amour avec Dieu Trinité. Et cette vie requiert de l’âme la volonté, la liberté, le désir. Il nous faut donc unir aux moyens objectifs que sont les sacrements, les moyens « subjectifs » ou personnels. Et en premier lieu rappeler ici l’importance de la vie de prière personnelle. C’est cette vie qui nous permet vraiment de demeurer jour après jour dans le Christ. La maladie qui guette notre vie spirituelle, surtout si nous sommes de « vieux chrétiens », c’est de croire que les choses sont acquises une fois pour toutes dans le domaine de notre vie spirituelle. Nous pouvons être dans l’illusion de « posséder » Dieu. Or pour demeurer dans le Christ, nous devons sans cesse nous mettre à sa recherche. La recherche de Dieu, le désir de Dieu, voilà l’unique remède pour contrer cette maladie. Vous allez me dire, depuis le temps que je connais Dieu, pourquoi le chercher encore ? Parce que Dieu est une expérience de communion à vivre chaque jour de manière nouvelle. Parce que l’amour de Dieu est inépuisable comme son mystère trinitaire… Même les moines et les moniales vous diront qu’ils sont entrés au monastère pour y chercher Dieu. Et c’est là le principal témoignage de la vie religieuse contemplative : que Dieu ne peut demeurer en nous que dans la mesure où nous le cherchons et le désirons avec amour, persévérance et humilité. La deuxième lecture nous donne enfin un autre moyen de demeurer en Dieu : « Celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit. » La vie spirituelle authentique débouche sur la vie morale, la vie en conformité avec les commandements du Seigneur. Il s’agit pour nous d’aimer par des actes et en vérité. Et c’est dans la mesure où nous nous engageons sur ce chemin d’union étroite avec le Christ que nous porterons beaucoup de fruits pour la gloire de Dieu notre Père. Porter ou donner du fruit, cela signifie pour nous rayonner autour de nous cette vie divine qui anime toute notre vie humaine et la transfigure. Pas tellement par des paroles, mais par notre manière d’être et d’entrer en relation avec les autres, qu’ils nous soient proches par la foi ou au contraire éloignés de ce point de vue. Demeurer dans le Christ, c’est donc automatiquement témoigner de lui. Car alors notre présence n’est plus seulement la notre mais la sienne en nous et par nous. C’est bien le Christ qui, par nous, peut alors donner sa paix, sa joie, son réconfort à ceux que nous rencontrons et avec lesquels nous partageons l’aventure exaltante de l’existence humaine : dans le couple, en famille, à l’école, dans les associations, en paroisse etc. Beaucoup d’entre nous ont probablement fait cette expérience : une personne avec laquelle nous avons tout simplement partagé un moment vient nous dire quelques temps après tout ce que ce partage lui a apporté. Et pourtant nous n’avons pas forcément à ce moment là parlé de Dieu, fait le catéchisme ou la morale. Nous avons été simplement ce que nous sommes : de faibles disciples du Christ qui demeurons dans son amour. Cela suffit à ranimer bien souvent l’espérance et la lumière dans les cœurs !
10 mai 09
Jean 15, 1-8 (p. 635)
Après l’image du Bon Berger, Jésus utilise ce dimanche une autre image, celle de la vraie vigne. Comme pour le berger, l’image de la vigne est ancienne. Jésus ne l’invente pas, il la trouve dans l’Ancien Testament en lui donnant une nouvelle dimension. Dans ce commencement du chapitre 15 de saint Jean un verbe revient souvent : « demeurer ».
« Demeurez en moi, comme moi en vous » ; « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit. » Le Seigneur nous demande vraiment de demeurer en lui et de nous ouvrir de plus en plus à sa présence de Ressuscité. Il n’a qu’un désir c’est qu’en demeurant en lui nous donnions beaucoup de fruit. Voilà un magnifique résumé de ce que devrait être toute notre vie chrétienne, une définition synthétique de la condition de disciples.
Voyons dans un premier temps ce que signifie pour nous ce verbe « demeurer » en lien avec le Christ. L’image de la vigne suggère bien sûr une communion, une union étroite entre les sarments que nous sommes et Jésus, la vraie vigne. Mais comment se réalise concrètement cette union dans notre vie ? Comment demeurons-nous dans le Christ ? Dans l’Eglise, dont la vigne est aussi une image, nous avons des moyens objectifs qui nous sont donnés pour atteindre ce but : ce sont les sacrements. C’est bien par le baptême, la confirmation et l’eucharistie que Dieu demeure en nous et nous en lui. Toutefois l’expérience nous montre que cela ne suffit pas pour être de véritables disciples de Jésus. Combien de baptisés vivent en païens ? Un nombre bien trop grand malheureusement. Parce que dans le domaine spirituel rien n’est automatique. Un baptisé ne peut pas se reposer sur ses lauriers en disant : j’ai tout fait, baptême, première communion, eucharistie. Parce que dans le domaine spirituel tout ne dépend pas des rites ou des sacrements. La spiritualité, la sève qui court dans la vigne, est d’abord la vie de l’âme dans la communion d’amour avec Dieu Trinité. Et cette vie requiert de l’âme la volonté, la liberté, le désir. Il nous faut donc unir aux moyens objectifs que sont les sacrements, les moyens « subjectifs » ou personnels. Et en premier lieu rappeler ici l’importance de la vie de prière personnelle. C’est cette vie qui nous permet vraiment de demeurer jour après jour dans le Christ. La maladie qui guette notre vie spirituelle, surtout si nous sommes de « vieux chrétiens », c’est de croire que les choses sont acquises une fois pour toutes dans le domaine de notre vie spirituelle. Nous pouvons être dans l’illusion de « posséder » Dieu. Or pour demeurer dans le Christ, nous devons sans cesse nous mettre à sa recherche. La recherche de Dieu, le désir de Dieu, voilà l’unique remède pour contrer cette maladie. Vous allez me dire, depuis le temps que je connais Dieu, pourquoi le chercher encore ? Parce que Dieu est une expérience de communion à vivre chaque jour de manière nouvelle. Parce que l’amour de Dieu est inépuisable comme son mystère trinitaire… Même les moines et les moniales vous diront qu’ils sont entrés au monastère pour y chercher Dieu. Et c’est là le principal témoignage de la vie religieuse contemplative : que Dieu ne peut demeurer en nous que dans la mesure où nous le cherchons et le désirons avec amour, persévérance et humilité. La deuxième lecture nous donne enfin un autre moyen de demeurer en Dieu : « Celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit. » La vie spirituelle authentique débouche sur la vie morale, la vie en conformité avec les commandements du Seigneur. Il s’agit pour nous d’aimer par des actes et en vérité. Et c’est dans la mesure où nous nous engageons sur ce chemin d’union étroite avec le Christ que nous porterons beaucoup de fruits pour la gloire de Dieu notre Père. Porter ou donner du fruit, cela signifie pour nous rayonner autour de nous cette vie divine qui anime toute notre vie humaine et la transfigure. Pas tellement par des paroles, mais par notre manière d’être et d’entrer en relation avec les autres, qu’ils nous soient proches par la foi ou au contraire éloignés de ce point de vue. Demeurer dans le Christ, c’est donc automatiquement témoigner de lui. Car alors notre présence n’est plus seulement la notre mais la sienne en nous et par nous. C’est bien le Christ qui, par nous, peut alors donner sa paix, sa joie, son réconfort à ceux que nous rencontrons et avec lesquels nous partageons l’aventure exaltante de l’existence humaine : dans le couple, en famille, à l’école, dans les associations, en paroisse etc. Beaucoup d’entre nous ont probablement fait cette expérience : une personne avec laquelle nous avons tout simplement partagé un moment vient nous dire quelques temps après tout ce que ce partage lui a apporté. Et pourtant nous n’avons pas forcément à ce moment là parlé de Dieu, fait le catéchisme ou la morale. Nous avons été simplement ce que nous sommes : de faibles disciples du Christ qui demeurons dans son amour. Cela suffit à ranimer bien souvent l’espérance et la lumière dans les cœurs !
dimanche 26 avril 2009
Troisième dimanche de Pâques
3ème dimanche de Pâques / B
26/04/09
Luc 24, 35-48 (p. 537)
Par sa Passion, sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ accomplit toutes les Ecritures. C’est ainsi que nous pourrions résumer le message théologique de l’Evangile et de la première lecture.
Au chapitre 24 de son Evangile, saint Luc nous présente à deux reprises Jésus comme l’exégète des Ecritures de l’Ancienne Alliance, c’est-à-dire comme Celui qui en donne la juste et véritable interprétation. Avant le passage évangélique de ce dimanche, nous avons le récit des disciples d’Emmaüs, comme nous le rappelle l’introduction de ce même passage. Souvenons-nous de ce que le Ressuscité avait dit, chemin faisant, aux deux disciples déçus et découragés : « Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ce qu’ont dit les prophètes ! Le Messie ne devait-il pas souffrir pour entrer dans sa gloire ? Et il leur fit l’interprétation de ce qui le concernait dans toutes les Ecritures, en commençant par Moïse et ensuite tous les prophètes. » Et c’est exactement la même leçon que le Ressuscité donne aux Apôtres dans notre Evangile : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. Il conclut : c’est bien ce qui était annoncé par l’Ecriture… » Le message du Ressuscité nous aide, nous aussi, à mieux entrer dans le mystère de la Bible comme révélation progressive de Dieu et de son amour envers nous. Tout ce que nous nommons l’Ancien Testament n’a de sens qu’à la lumière du mystère de Pâques. Ou pour le dire autrement les Ecritures témoignent de l’attente du Messie. Elles sont orientées vers le Christ. Et c’est lui, et lui seul, qui leur donne leur portée et leur valeur définitive. C’est cela « accomplir les Ecritures », les mener à leur terme et leur perfection. Et nous savons que la perfection de la Loi, c’est l’amour. Le Ressuscité montre dans son enseignement que sa Passion, sa mort et sa résurrection étaient du point de vue des Ecritures une nécessité : Il fallait que… Ce n’est pas seulement le hasard des circonstances qui a conduit Jésus à mourir comme un criminel sur le bois de la Croix, mais bien un dessein de salut et de révélation de la part de Dieu. Dans l’Ancien Testament, nous le savons si nous l’avons un peu fréquenté, des pages sublimes côtoient des passages barbares, des événements et des enseignements qui nous semblent indignes de Dieu et de l’homme, sans parler de certaines incohérences ou contradictions. Seule la notion d’accomplissement par le Christ nous permet de comprendre qu’il s’agit en fait d’une pédagogie divine. Je laisse sur ce point la parole à Maurice Zundel qui a beaucoup réfléchi à l’articulation entre les Ecritures de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance : « C’est dans cette lumière christique qu’il est absolument nécessaire de relire la Bible. D’ailleurs, la Bible est un sacrement. Ce n’est pas un livre, c’est quelqu’un. Et l’Imitation le dit d’une manière admirable lorsqu’elle parle du banquet eucharistique et du banquet des Ecritures car, dans l’un et l’autre, on reçoit le Verbe de Dieu qui est Jésus. Le véritable sens des Ecritures, c’est Jésus. Et ce livre est une personne, et il faut le lire comme la confidence d’une mère qui raconte comment elle s’est adaptée à des barbares, à des sauvages, à des primitifs, comment elle s’est adaptée à des progressants, puis qui allait plus loin, à des êtres qui commençaient à aimer, qui allait plus loin encore, jusqu’à ce qu’enfin éclate la pleine lumière, le plein midi de la vérité dans l’humanité de Notre Seigneur. »
Je conclurai avec la première lecture qui est un enseignement de Pierre dans les Actes des Apôtres. Remarquez comment Pierre reprend l’enseignement du Ressuscité sur l’accomplissement des Ecritures : « Dieu qui, par la bouche de tous les prophètes, avait annoncé que son Messie souffrirait, accomplissait ainsi sa Parole. » Si le chef des Apôtres est sévère envers ses auditeurs (vous l’avez livré, rejeté, tué), il leur trouve aussi des circonstances atténuantes : « Je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance. » Et Paul dira la même chose aux Corinthiens : « S’ils avaient connu la Sagesse, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire. » Pierre, à la suite de Jésus, fait donc un bilan de la dramatique histoire du salut et de son accomplissement dans la Pâque du Seigneur. Même si nous avons du mal à le comprendre avec notre raison, tout cela devait arriver. C’est bien la folie de la Croix dont il s’agit ici. L’apôtre Pierre, constitué témoin par son Maître, n’en reste pas là. Il tire de tous ces événements une conclusion, la même que celle que nous trouvons dans la bouche du Ressuscité lui-même : « Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. » Cette longue, progressive, et dramatique histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes, ne nous condamne pas. Elle nous ouvre au contraire à l’espérance chrétienne. Il n’est pas de cœur aussi endurci soit-il qui n’ait la possibilité réelle de changer. Alors ne désespérons jamais de nous-mêmes, car, avec la grâce de l’Esprit, nous pouvons toujours progresser dans la sainteté !
26/04/09
Luc 24, 35-48 (p. 537)
Par sa Passion, sa mort et sa résurrection, Jésus-Christ accomplit toutes les Ecritures. C’est ainsi que nous pourrions résumer le message théologique de l’Evangile et de la première lecture.
Au chapitre 24 de son Evangile, saint Luc nous présente à deux reprises Jésus comme l’exégète des Ecritures de l’Ancienne Alliance, c’est-à-dire comme Celui qui en donne la juste et véritable interprétation. Avant le passage évangélique de ce dimanche, nous avons le récit des disciples d’Emmaüs, comme nous le rappelle l’introduction de ce même passage. Souvenons-nous de ce que le Ressuscité avait dit, chemin faisant, aux deux disciples déçus et découragés : « Hommes sans intelligence, cœurs lents à croire ce qu’ont dit les prophètes ! Le Messie ne devait-il pas souffrir pour entrer dans sa gloire ? Et il leur fit l’interprétation de ce qui le concernait dans toutes les Ecritures, en commençant par Moïse et ensuite tous les prophètes. » Et c’est exactement la même leçon que le Ressuscité donne aux Apôtres dans notre Evangile : « Il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes. Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures. Il conclut : c’est bien ce qui était annoncé par l’Ecriture… » Le message du Ressuscité nous aide, nous aussi, à mieux entrer dans le mystère de la Bible comme révélation progressive de Dieu et de son amour envers nous. Tout ce que nous nommons l’Ancien Testament n’a de sens qu’à la lumière du mystère de Pâques. Ou pour le dire autrement les Ecritures témoignent de l’attente du Messie. Elles sont orientées vers le Christ. Et c’est lui, et lui seul, qui leur donne leur portée et leur valeur définitive. C’est cela « accomplir les Ecritures », les mener à leur terme et leur perfection. Et nous savons que la perfection de la Loi, c’est l’amour. Le Ressuscité montre dans son enseignement que sa Passion, sa mort et sa résurrection étaient du point de vue des Ecritures une nécessité : Il fallait que… Ce n’est pas seulement le hasard des circonstances qui a conduit Jésus à mourir comme un criminel sur le bois de la Croix, mais bien un dessein de salut et de révélation de la part de Dieu. Dans l’Ancien Testament, nous le savons si nous l’avons un peu fréquenté, des pages sublimes côtoient des passages barbares, des événements et des enseignements qui nous semblent indignes de Dieu et de l’homme, sans parler de certaines incohérences ou contradictions. Seule la notion d’accomplissement par le Christ nous permet de comprendre qu’il s’agit en fait d’une pédagogie divine. Je laisse sur ce point la parole à Maurice Zundel qui a beaucoup réfléchi à l’articulation entre les Ecritures de l’Ancienne et de la Nouvelle Alliance : « C’est dans cette lumière christique qu’il est absolument nécessaire de relire la Bible. D’ailleurs, la Bible est un sacrement. Ce n’est pas un livre, c’est quelqu’un. Et l’Imitation le dit d’une manière admirable lorsqu’elle parle du banquet eucharistique et du banquet des Ecritures car, dans l’un et l’autre, on reçoit le Verbe de Dieu qui est Jésus. Le véritable sens des Ecritures, c’est Jésus. Et ce livre est une personne, et il faut le lire comme la confidence d’une mère qui raconte comment elle s’est adaptée à des barbares, à des sauvages, à des primitifs, comment elle s’est adaptée à des progressants, puis qui allait plus loin, à des êtres qui commençaient à aimer, qui allait plus loin encore, jusqu’à ce qu’enfin éclate la pleine lumière, le plein midi de la vérité dans l’humanité de Notre Seigneur. »
Je conclurai avec la première lecture qui est un enseignement de Pierre dans les Actes des Apôtres. Remarquez comment Pierre reprend l’enseignement du Ressuscité sur l’accomplissement des Ecritures : « Dieu qui, par la bouche de tous les prophètes, avait annoncé que son Messie souffrirait, accomplissait ainsi sa Parole. » Si le chef des Apôtres est sévère envers ses auditeurs (vous l’avez livré, rejeté, tué), il leur trouve aussi des circonstances atténuantes : « Je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance. » Et Paul dira la même chose aux Corinthiens : « S’ils avaient connu la Sagesse, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire. » Pierre, à la suite de Jésus, fait donc un bilan de la dramatique histoire du salut et de son accomplissement dans la Pâque du Seigneur. Même si nous avons du mal à le comprendre avec notre raison, tout cela devait arriver. C’est bien la folie de la Croix dont il s’agit ici. L’apôtre Pierre, constitué témoin par son Maître, n’en reste pas là. Il tire de tous ces événements une conclusion, la même que celle que nous trouvons dans la bouche du Ressuscité lui-même : « Convertissez-vous donc et revenez à Dieu pour que vos péchés soient effacés. » Cette longue, progressive, et dramatique histoire de l’Alliance entre Dieu et les hommes, ne nous condamne pas. Elle nous ouvre au contraire à l’espérance chrétienne. Il n’est pas de cœur aussi endurci soit-il qui n’ait la possibilité réelle de changer. Alors ne désespérons jamais de nous-mêmes, car, avec la grâce de l’Esprit, nous pouvons toujours progresser dans la sainteté !
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