dimanche 22 juin 2008

12ème dimanche du temps ordinaire

12ème dimanche du TO / A
22 juin 08
Matthieu 10, 26-33 (page 1107)
(Messe 17, pour les chrétiens persécutés, page 945)
Dimanche dernier nous avons entendu le récit de l’appel des Douze et de leur envoi en mission. Tout le chapitre 10 de l’Evangile selon saint Matthieu est consacré à la mission des apôtres. Jésus appelle ces hommes. Mais il ne les laisse pas abandonnés à eux-mêmes. Il leur donne des consignes, une espèce de feuille de route qui leur servira pour l’exercice de leur mission. Dimanche dernier, nous avons pu méditer le commencement de cette feuille de route. Au cœur de ce commencement, il y avait une proclamation : « Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. » La liturgie nous fait faire un bond de 18 versets en avant dans le discours missionnaire du Seigneur. Dans cette partie de son discours, Jésus annonce très clairement que ses apôtres auront à souffrir des persécutions, qu’ils seront « comme des brebis au milieu des loups » et qu’ils seront haïs de tous à cause du Nom du Seigneur. Jésus n’est pas un gourou de secte qui promet le bonheur parfait et immédiat à ses disciples ou qui prêche un épanouissement personnel par l’évasion de notre monde… Jésus est vrai, il est honnête envers ces hommes qu’il appelle à sa suite. Il ne leur cache pas que la Croix fera partie d’une manière ou d’une autre de leur itinéraire apostolique. Juste avant le début de l’Evangile de ce dimanche, le Seigneur nous livre la clef de compréhension de tout cela : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur… S’ils ont traité de démon le maître de maison, ce sera pire encore pour les gens de sa maison. » Tout chrétien, et pas seulement les successeurs de apôtres dans la mission de l’Eglise, fait à un moment ou à un autre l’expérience de l’échec. Tout chrétien souffre à cause du refus de l’Evangile. Combien de parents ou de grands-parents sont-ils dans la peine parce que les plus jeunes semblent avoir tout abandonné au niveau religieux ? Il n’y a rien d’étonnant à cela. Si Jésus a été rejeté et abandonné par ses disciples, c’est bien parce que Dieu ne s’impose jamais à notre liberté humaine : il nous propose d’entrer en relation d’Alliance avec Lui. Le chrétien comme l’apôtre devra toujours comprendre cela : son message s’adresse à une liberté humaine. Etre apôtre, c’est donc consentir d’avance à ce que ce message puisse être rejeté ou oublié. Ce qui ne signifie pas bien sûr que nous ayons à être indifférents lorsque l’Evangile n’est pas accueilli ! Le défi pour nous comme pour les apôtres, c’est de ne pas baisser les bras, de ne pas nous décourager. Même s’il nous semble que nous ne pouvons plus rien faire, nous avons toujours la possibilité de la prière, la prière d’intercession pour que les cœurs finissent un jour ou l’autre par s’ouvrir à la grâce. Mieux vaut prier que se culpabiliser ou remuer en soi des sentiments négatifs sur la déchristianisation de notre société et particulièrement des jeunes générations. « Celui qui restera ferme jusqu’à la fin, sera sauvé », nous dit Jésus. Plus que jamais nous avons besoin de la vertu d’espérance pour avancer au milieu des difficultés qui sont les nôtres. Difficultés somme toute relatives quand nous pensons à nos frères chrétiens qui, en Algérie, en Egypte, en Irak et ailleurs, sont véritablement persécutés à cause de leur foi. Je suis toujours admiratif face à ce témoignage actuel des martyrs qui me rappelle la grande faiblesse de ma propre foi et m’invite à aller de l’avant.
C’est dans ce contexte que nous avons à accueillir la parole du Seigneur : « Ne craignez pas ! » Elle revient trois fois dans l’Evangile de cette liturgie, et c’est cette parole que Jean-Paul II avait choisie pour inaugurer son Pontificat. Nous le savons très bien, la peur paralyse. Alors que la confiance met en marche… Si bien souvent nous n’évangélisons pas ou mal, c’est parce que nous avons peur. Nos frères chrétiens persécutés ont eux de réelles raisons d’avoir peur et ils sont pourtant remplis de courage. En eux se vérifie la promesse du Seigneur dans cette feuille de route apostolique : « Ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » Au milieu des persécutions ces frères chrétiens font l’expérience de la présence du Saint Esprit. Nos peurs à nous, en Europe, sont, il faut l’avouer, des peurs imaginaires. Car nous ne risquons pas notre vie pour l’Evangile. Nos peurs ne sont que le reflet de notre peu de foi, de la tiédeur de notre attachement au Christ, et certainement d’une vie de prière trop peu profonde… Nous devons absolument entrer en dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi et faire avec eux si possible un bout de chemin. Que d’occasions naturelles avons-nous pour évangéliser ? Evangéliser, c’est annoncer la proximité du Royaume de Dieu. Dieu est présent aujourd’hui. Dieu est présent en tout homme. Et cette présence aimante de Dieu donne la paix à laquelle tout cœur humain aspire : « En entrant dans cette maison vous lui souhaiterez la paix. Si la maison en est digne, la paix viendra sur elle ; si elle n’en est pas digne, la paix que vous offrez reviendra sur vous. » Amen.

dimanche 15 juin 2008

11ème dimanche du temps ordinaire

11ème dimanche du temps ordinaire / A
15 juin 08
Matthieu 9,36-10,8 (page 1053)
Saint Matthieu donne un magnifique prologue à l’appel des Douze : « Jésus, voyant les foules, eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. » Nous pouvons penser aux foules de notre époque, et nous pouvons peut-être nous dire que l’humanité n’a pas progressé depuis, et qu’elle a probablement empiré… Que de misère matérielle, humaine, intellectuelle, morale et spirituelle ! Nous pouvons penser à ces immenses mégapoles comme Mexico et Calcutta par exemple et contempler avec le cœur du Seigneur ces foules de notre temps, davantage victimes que responsables de leur misère… Et nous pourrions nous sentir impuissants !
Il est bon pour nous de saisir alors quelle est l’attitude intérieure de Jésus par rapport aux foules de son temps et aux foules de notre temps : Il les prend en pitié. Cette pitié est une conséquence immédiate de son amour divin pour chacune de ses créatures humaines. L’attitude intérieure de Jésus est proposée en modèle aux Apôtres d’hier et d’aujourd’hui. Remarquez bien que le Seigneur ne juge pas, ne condamne pas. Il contemple avec un cœur brisé ceux et celles qui sont fatigués et abattus, certainement parce qu’ils n’ont pas encore trouvé le sens profond de leur existence humaine ici-bas… Jésus n’en reste pas à la contemplation pleine de pitié de ces foules. Il est venu pour les soulager et leur apporter l’espérance qui leur manque. Le même saint Matthieu rapporte un peu plus loin dans son Evangile des paroles du Seigneur qui sont comme le prolongement de sa pitié face aux foules sans berger : « Venez à moi, vous tous qui peinez, qui êtes surchargés, et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé et ma charge légère. » Jésus est l’unique Bon Pasteur. Cela ne l’empêche pas de nous demander de prier pour que le Père envoie des ouvriers pour sa moisson. Les Douze sont les premiers parmi ces ouvriers que le Père donne à son Fils pour qu’Il les donne à son tour aux foules qui sont sans berger. La mission de l’Eglise vient du Père par le Fils dans l’Esprit.
Si nous voulons bien comprendre en quoi l’attitude intérieure de Jésus est vraiment une Bonne Nouvelle pour ces foules fatiguées et abattues, nous devons nous reporter au chapitre 3 de l’Evangile de Matthieu et à la prédication de Jean-Baptiste. Il y a bien des thématiques communes entre ce passage et l’Evangile de cette liturgie : l’annonce du Royaume de Dieu et la moisson. Mais la tonalité est vraiment différente. Jean-Baptiste n’a pas pitié des foules qu’il appelle à la conversion. Il les traite même avec dureté : « Race de vipères, qui vous donnera le moyen d’échapper à la Colère qui vient ? » Jean annonce le jugement de Dieu et l’éventualité, si ce n’est de l’enfer, du moins d’un châtiment sévère : « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être abattu et jeté au feu. » En annonçant la venue de Jésus, Jean utilise l’image de la moisson, celle-là même que nous retrouvons dans notre Evangile de ce jour : « Il tient déjà la pelle en main pour nettoyer son blé ; il amassera le grain dans son grenier et brûlera la paille dans le feu qui ne s’éteint pas. » Dans la prédication de Jean il n’y a guère de place pour la miséricorde. Au contraire le regard que Notre Seigneur porte sur les foules est rempli de miséricorde à leur égard. C’est un regard absolument nouveau par rapport à celui de Jean. Il est d’ailleurs significatif que, dans les consignes qu’il donne aux Apôtres, Jésus n’inclue pas de dimension morale : « Convertissez-vous ou produisez de bons fruits », par exemple. Mais simplement : « Proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. » Ce que le Seigneur demande aux Douze, c’est d’être profondément bons et de faire le bien partout où ils passeront. Et cela gratuitement. Les apôtres transmettront seulement l’amour de Dieu pour les brebis perdues.
D’autres passages de l’Evangile nous montrent un Jésus qui semble plus sévère à l’égard de ses contemporains. Très peu de temps après l’envoi des Douze, il se pose une question : « Comment vais-je dépeindre la présente génération ? » Et il dénonce une attitude valable de son temps comme aujourd’hui : les gens ne sont jamais contents, et quoi que l’on fasse, ils critiquent et dénigrent… « Jean ne mangeait pas, il ne buvait pas, et quand il est venu on a dit : il a un démon. Et puis vient le Fils de l’Homme qui mange et qui boit, et l’on dit : il aime le vin et la bonne chère, c’est un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs ! Mais on verra que la Sagesse a bien fait les choses. » Jésus nous montre ici que sa miséricorde n’exclue pas sa clairvoyance à propos de nos travers humains. Etre bon ne signifie jamais être bête. Et les Apôtres devront allier dans leur mission la prudence des serpents et la simplicité des colombes… Car certaines brebis égarées peuvent se transformer en loups ! Enfin la pitié du Seigneur, fruit éminent de son divin amour, ne l’empêche pas d’être profondément déçu face à notre lenteur ou à notre réticence quand il ne s’agit pas de notre fermeture à la grâce. Jésus est véritablement homme. Et il y a des moments où il prend le ton de Jean-Baptiste pour répondre à ses interlocuteurs, par exemple aux maîtres de la Loi et aux Pharisiens qui lui réclament un miracle : « Génération mauvaise et adultère ! »
L’envoi en mission des Douze concerne notre Eglise car elle est apostolique et catholique. Et il nous concerne donc de manière personnelle même si nous ne sommes pas appelés à être prêtre ou missionnaire… Prier pour les vocations, c’est nécessaire. Mais cela ne doit pas dispenser chaque baptisé d’être apôtre selon sa vocation et là où Dieu l’a placé. Le défi pour nous aujourd’hui est bien d’être apôtres à la manière de Jésus : prêcher d’abord par nos actes et ensuite par nos paroles un Evangile de salut. C’est-à-dire un Evangile qui n’enferme pas les personnes dans leur misère et leur péché, mais un Evangile de compassion et de bonté dans lequel les foules sans berger de notre temps pourront pressentir la grandeur de l’amour miséricordieux du Père. Qu’en nous voyant vivre et agir, « les brebis égarées » comprennent la logique du Royaume :
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus. ».
Amen

lundi 26 mai 2008

SAINT SACREMENT

Le Saint Sacrement /A
25 mai 2008
Jean 6, 51-58 (page 1175)
Dimanche dernier la liturgie nous invitait à aller au cœur de notre foi chrétienne et à contempler le mystère de Dieu Trinité. Mystère dont saint Jean nous a ouvert l’accès en nous révélant que Dieu est Amour. C’est cet amour trinitaire qui est à l’œuvre dans tous les sacrements mais au plus haut point dans le Saint Sacrement de l’eucharistie que nous fêtons en ce dimanche. Dans notre année liturgique nous célébrons de manière particulière ce sacrement à deux moments : aujourd’hui mais aussi chaque Jeudi Saint avec la messe commémorant l’institution de l’eucharistie par Jésus lors de la dernière Cène.
Que retenir de la belle liturgie de la Parole qui nous est offerte en cette fête ? Je partirai volontiers d’un verset de la première lecture que nous connaissons bien parce que Notre Seigneur l’a utilisé pour repousser le tentateur au désert : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » Voilà la grande vérité que nous avons à redécouvrir aujourd’hui avec urgence. L’homme peut devenir triste et sans espérance, notre humanité maussade, notre cœur desséché… lorsque nous limitons notre faim, donc notre désir, aux seuls biens matériels représentés ici par le pain. Car alors, d’une manière ou d’une autre, nous servons le dieu argent au lieu de servir le Dieu vivant. Sans ce qui sort de la bouche de Dieu, nous devenons vite esclaves de nos besoins et de nos passions. Et ce qui sort de la bouche du Seigneur, c’est d’abord sa Parole ! « Il envoie sa Parole sur la terre », chante l’auteur du psaume 147. Cette Parole présente d’abord par les prophètes, puis faite chair à Noël dans le sein de Marie, l’humble Vierge de Nazareth ! C’est bien parce que le Verbe s’est fait chair dans le grand mystère de l’incarnation qu’il peut ensuite nous donner sa chair de ressuscité à manger à travers le signe du pain. Oui, dans l’eucharistie, nous avons véritablement tout ce qui sort de la bouche du Seigneur, ce qui nous fait vivre véritablement : la Parole de Dieu que nous venons d’écouter et que nous méditons, et le Pain de Vie que nous sommes appelés à recevoir en communion. Les lectures nous rappellent que ce pain vient du Ciel. Il est un don issu de l’amour de Dieu pour nous, d’un amour fou manifesté dans le Christ. Ce pain surnaturel n’est pas le produit de l’homme : il est sacrement. En même temps souvenons-nous de la prière dite par le prêtre au moment de la préparation des dons : ce pain est certes un don de Dieu mais il est en même temps « le fruit de la terre et du travail des hommes. » C’est l’Esprit de Dieu qui seul peut nous donner le pain surnaturel, le pain du Ciel : d’où la prière eucharistique précédée par une invocation à l’Esprit. Mais l’Esprit ne peut faire le sacrement de l’eucharistie sans la matière du pain : fruit de la terre et du travail des hommes. Dans l’eucharistie est donc anticipée la réconciliation parfaite, dans l’amour et la sainteté, entre la création, l’humanité et Dieu. L’eucharistie unit ce qui était opposé : la terre et le ciel. C’est bien normal puisque celui qui a voulu pour nous ce très saint sacrement est véritablement homme et véritablement Dieu. Comme l’affirme avec bonheur un père jésuite : « Le pain et le vin que nous recevons nous permettent de devenir le pain que nous pouvons, à notre tour, donner. Ainsi le pain du ciel peut devenir pain de la terre. » En nous le pain du ciel doit devenir, dans l’élan de chaque eucharistie, un pain pour notre terre, c’est-à-dire un engagement de notre part à rayonner et à partager l’amour du Seigneur en paroles et en actes.
Dans l’Eucharistie nous sont offertes la vraie nourriture et la vraie boisson. Ce qui signifie une nourriture qui se garde pour la vie éternelle. Nous avons sans cesse à nous questionner de manière honnête sur notre désir de cette vraie nourriture qu’est le corps du Christ… Cette fête vient nous redire toute la grandeur du don pour nous empêcher de tomber dans la routine ou la banalisation… Quoi de plus beau et de plus sublime pour faire grandir en nous le désir de l’Eucharistie que ces paroles de Notre Seigneur ? « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » C’est une promesse divine, nous n’avons pas à douter un seul instant ! Dans cette promesse nous avons la plus exacte et la plus parfaite définition de ce qu’est la communion eucharistique. Soyons concrets : lorsque nous venons recevoir avec foi, amour et respect ce qui semble être un petit morceau de pain, nous sommes alors immergés, introduits par Jésus le Vivant dans la vie même de la Sainte Trinité ! Nous demeurons en Lui, et par Lui dans la communion trinitaire. Vous voyez le lien étroit que Notre Seigneur établit entre notre communion eucharistique et notre «habitation » pourrait-on dire dans la communion source, celle de la Trinité ! Mais il y aussi le mouvement inverse, comme si cela ne suffisait pas ! « Je demeure en lui… » C’est l’amour fou de Dieu qui vient détruire toutes les barrières entre Lui et nous ! Alors si toute l’eucharistie est vraiment une action de grâce à Dieu notre Père, comment ne serions-nous pas dans une intense et profonde action de grâce au moment de la communion et après la communion ?

samedi 17 mai 2008

SAINTE TRINITE

La Sainte Trinité / A
18 mai 2008
Jean 3, 16-18 (page 1156)
La fête de la Sainte Trinité nous plonge au cœur même de notre foi chrétienne. Toute notre année liturgique est une célébration du mystère trinitaire. Mais l’Eglise a voulu instituer une fête spéciale en l’honneur de la Sainte Trinité pour bien nous faire prendre conscience de l’importance de ce dogme pour notre foi et notre vie chrétiennes.
Parmi ceux qui se disent chrétiens combien croient-ils réellement au Dieu Trinité ? Il me semble que dans les faits bien des chrétiens sont simplement déistes. Ils croient en Dieu bien sûr, mais d’une manière peut-être trop vague et trop générale. Il est en effet bien plus simple pour notre raison humaine d’admettre l’existence d’un dieu philosophique, c’est le déisme, que d’accueillir pleinement la révélation du mystère trinitaire. En se convertissant, c’est-à-dire en retrouvant la grâce de son baptême, Pascal saisit parfaitement toute la différence qu’il y a entre foi chrétienne et déisme. En témoigne le magnifique début de son Mémorial : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix. Dieu de Jésus-Christ… ».
Les plus grands théologiens, je pense en particulier à saint Augustin et à saint Thomas d’Aquin, ont utilisé toutes les ressources de leur raison humaine pour mettre en lumière la révélation chrétienne concernant Dieu Trinité. Sans nier l’importance et la valeur de leur travail, il faut pourtant dire que c’est davantage par le cœur que par la raison que nous avons accès au plus grand mystère de notre foi. Bref c’est d’abord en aimant que nous pouvons être introduits dans une certaine intelligence du Dieu trois fois Saint. Et c’est pour cette raison qu’un chrétien qui ne prie pas et ne vit pas de la liturgie de l’Eglise risque bien de tomber dans une foi simplement philosophique, dans le déisme. Le mystère trinitaire s’expérimente davantage dans la prière personnelle et la liturgie que dans la lecture des plus grands traités théologiques. Et il est heureux qu’il en soit ainsi. Car autrement cela ferait de la révélation chrétienne une révélation élitiste, réservée aux intellectuels… Comment ne pas penser ici à la belle prière de louange que Jésus adresse à son Père dans l’Evangile de Matthieu ? « Je proclamerai tes grandeurs, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et tu les as révélées à des tout-petits. Oui, Père, c’est cela qui t’a paru bon ! » Et le Seigneur poursuit ainsi : « Tout m’a été remis par mon Père et personne ne connaît vraiment le Fils, si ce n’est le Père ; et personne ne connaît vraiment le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Si notre vie de prière est essentielle dans la découverte de Dieu Trinité, alors cela vaut la peine de s’y arrêter un instant. Avant de parler de la prière personnelle, je dirai un mot de la liturgie, en particulier la liturgie de la messe. La grande majorité des prières de la messe s’adressent au Père, « source et origine de toute la divinité » pour reprendre une expression de saint Thomas. La messe est bien cette grande prière d’adoration et d’action de grâce que nous faisons au Père par le Fils dans l’Esprit. La prière solennelle d’offrande qui conclut la prière eucharistique est trinitaire : « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. » Dans notre prière personnelle nous avons, je dirais, la liberté de notre dévotion. Mais il est essentiel que notre prière personnelle soit trinitaire elle aussi, en s’inspirant de la prière liturgique. Si nous nous limitons à prier Dieu d’une manière générale sans jamais prier les Personnes divines, notre prière risque bien de devenir déiste. Un exemple de cheminement dans notre prière personnelle pourrait être le suivant : j’invoque d’abord l’Esprit Saint pour qu’il me mette en présence de Jésus, le Fils, Vivant à jamais, et que par la contemplation du Fils je sois conduit auprès du Père. Il est bon aussi de prier la Sainte Trinité à l’exemple de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité : Ô Sainte et bienheureuse Trinité, communion d’amour et de vie entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, je vous aime et je vous adore !
Je terminerai en disant que la Bonne Nouvelle du christianisme, c’est la révélation de Dieu Trinité, avant même le fait que nous soyons sauvés. Car si le salut nous est offert dans le Christ, c’est bien parce que l’être même de Dieu est Amour. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ! » : cette réflexion que Dieu se fait à lui-même après la création d’Adam est de grande portée. En effet si nous sommes créés à l’image de Dieu Trinité, alors nous ne sommes pas faits pour la solitude mais bien pour la communion dans la relation interpersonnelle (amitié, amour etc.). Notre existence est un don du Dieu communion. Nous ne nous comprenons vraiment qu’à la lumière de la Sainte Trinité… En même temps la nature de l’homme est un chemin pour approcher le mystère de Dieu Trinité. C’est pourquoi le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous.
Amen

mardi 13 mai 2008

PENTECOTE

Pentecôte / A
11 mai 2008
Jean 20, 19-23 (page 779)
Au terme du temps pascal nous célébrons chaque année la manifestation de l’Esprit à l’Eglise naissante. Cette manifestation est un accomplissement : Jésus nous a révélé que Dieu est Amour, que l’être même de Dieu est trinitaire. Avec la Pentecôte, c’est le mystère de Dieu Trinité qui est enfin pleinement révélé. Et ce n’est pas un hasard si le dimanche qui suit la Pentecôte est une célébration de la Sainte Trinité…
L’Evangile de Jean situe le don de l’Esprit le soir même de Pâques alors que les Actes des Apôtres parlent de ce même don le 50ème jour après Pâques. Cette variété de point de vue dans le Nouveau Testament peut nous renvoyer au lien entre le baptême et la confirmation. Oui, l’Esprit est déjà donné au baptême. En même temps nous avons besoin de la confirmation pour accueillir ce don en plénitude et l’approfondir… Ce qui signifie au fond que l’Esprit de Dieu n’est jamais donné une fois pour toutes en un instant précis. Souvenons-nous des paroles de Jésus à Nicodème : « Le vent souffle où il veut ; et sa voix, tu l’entends, mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va : ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit . » Le don de l’Esprit se situe donc dans notre histoire personnelle. Et si le baptême et la confirmation en constituent des étapes essentielles, c’est chaque jour que nous avons à accueillir la manifestation de l’Esprit dans nos vies, sa présence humble et discrète. Par les sacrements nous recevons vraiment ce don de l’Esprit. Mais les sacrements ne font pas de nous des propriétaires de l’Esprit de Dieu ! Nul ne peut dire : je possède l’Esprit Saint, pas même le pape ! C’est le contraire qui devrait se vérifier dans une vie chrétienne authentique : je suis « possédé » par le Saint Esprit, c’est-à-dire : je me dispose à l’accueillir, je désire sa venue en moi et j’essaie de me laisser guider par Lui. Même l’Eglise ne possède pas le Saint Esprit. Elle a simplement l’assurance d’être toujours assistée par Lui dans son pèlerinage sur terre.
Le psaume 103 comme l’Evangile utilise la belle image du souffle pour nous parler de l’Esprit de Dieu. Cela rejoint d’ailleurs le violent coup de vent de la première lecture. Dans ce contexte il est intéressant de partir du psaume de cette messe : « Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. » L’Esprit participe déjà à la création. Notre vie humaine naturelle ne peut être sans l’activité de l’Esprit. Le retour à la poussière mentionné par le psaume est une conséquence du péché originel. Notre mort est bien ce moment où le souffle nous est enlevé. Et le livre de l’Ecclésiaste décrit d’une manière poétique les difficultés de la vieillesse lorsque le souffle vient à nous manquer : « Quand on redoute la montée et qu’on a des transes en chemin… tandis que l’homme s’en va vers sa maison d’éternité. » L’Esprit Créateur est donc le souffle de vie. Avec le mystère pascal Dieu vient faire une création nouvelle, il vient nous libérer de la malédiction issue du péché originel. C’est par sa Parole et par son Souffle que le Père a créé toutes choses, c’est aussi par son Verbe et par son Esprit qu’il recrée toutes choses. Et cela d’une manière paradoxale pour notre raison humaine. Car c’est par la mort du Verbe fait chair sur la Croix que l’Esprit va être donné en vue de la création nouvelle. La mort de Jésus n’est pas un point final, elle est au contraire un accomplissement : « Tout est achevé ! » Et cet accomplissement se manifeste par la transmission de l’Esprit : « Inclinant la tête, il remit l’esprit. » Ce verset de Jean signifie d’abord la mort de Jésus, mais aussi le don de l’Esprit. La Bible latine de la néo-vulgate dit : « Tradidit Spiritum ». Et du calvaire au soir de Pâques, c’est un même mystère qui s’accomplit : « Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : ‘Recevez l’Esprit Saint’ ». Si l’Esprit de vie peut recréer la création déchue, c’est bien parce que le pardon des péchés est offert : une vie nouvelle, la vie surnaturelle des enfants de Dieu, peut désormais commencer au sein de l’Eglise.
Ceux qui font du sport, du footing par exemple, savent l’importance du souffle, de la respiration en vue d’une bonne performance. Ils savent aussi qu’une surcharge pondérale est mauvaise pour leur activité… de même qu’une alimentation déséquilibrée… L’Esprit de vie est notre souffle intérieur. C’est lui le guide et le maître de toute notre activité spirituelle et chrétienne. Par notre liberté nous devons donner au Souffle de Dieu la possibilité d’agir en nous sans entraves. Si nous sommes alourdis par le poids de nos péchés et de nos préoccupations terrestres et matérielles, nous aurons bien du mal à courir dans les voies du Seigneur, nous nous essoufflerons… Si nous ne recevons pas régulièrement avec amour le Pain de Vie dans l’Eucharistie, nos muscles spirituels perdront leur force et leur vigueur. Bref pour bien courir avec le souffle de l’Esprit jusqu’à la vie bienheureuse avec Dieu, ayons la volonté de nous laisser réconcilier régulièrement avec le Seigneur et de nous nourrir du Pain de Vie chaque dimanche.
Amen

PENTECOTE

Jean 3, 8
Ecclésiaste 12, 5
Jean 19, 30

dimanche 4 mai 2008

7ème dimanche de Pâques

7ème dimanche de Pâques / A
4 mai 2008
Jean 17, 1-11 (page 728)
Le 7ème dimanche de Pâques nous prépare plus directement à la fête de Pentecôte. Chaque année l’Eglise offre à notre méditation un passage du chapitre 17 de saint Jean. Aujourd’hui nous avons entendu le commencement de cette longue prière que Jésus adresse à son Père avant d’entrer dans sa Passion. Cet Evangile n’est pas facile à comprendre car son vocabulaire est particulier, propre au quatrième évangéliste.
Un verbe qui revient très souvent tout au long de cette prière c’est le verbe « donner ». Le Père donne au Fils et le Fils donne aux disciples. Dieu est donc celui qui donne, celui qui se donne. Et même si l’Esprit Saint n’est pas mentionné dans ce chapitre, comment ne pas penser à la promesse de Jésus dans les chapitres précédents ? « Moi, de mon côté, je demanderai au Père de vous donner un autre Protecteur qui sera pour toujours avec vous. C’est l’Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas. Mais vous, vous le connaissez, puisqu’il est avec vous et demeure en vous. » Nous pouvons retrouver dans la prière de Jésus une allusion à ce don de l’Esprit de vérité : « Je me consacre pour eux, de façon qu’eux aussi soient consacrés dans la vérité. » C’est par sa Passion que Jésus va se consacrer pour ses disciples, et c’est du crucifié que va jaillir sur l’Eglise naissante le Don par excellence, le Don de l’Esprit : « Tout est accompli » ; « Il inclina la tête et il remit l’esprit. »
Dans l’Evangile de cette liturgie, une expression revient souvent dans la bouche du Seigneur : « ceux que tu m’as donnés. » Qui sont-ils donc ces hommes que le Père a donnés à son Fils ? Ces hommes qui ont été pris dans le monde pour être donnés à Jésus ? La prière du Seigneur nous donne la réponse : ces hommes, ce sont d’abord les apôtres en présence desquels le Seigneur prie la veille de sa mort. Les Douze, pierres de fondation de l’Eglise, sont donc un don du Père à son Fils. Ces hommes sont des hommes de foi : ils ont reçu les paroles du Père par le Fils. « Ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi, et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé. » Jésus prie donc pour ceux qui lui ont été donnés par le Père, et ce sont d’abord les apôtres. Mais dans la suite de sa prière il dit à son Père : « Je ne prie pas seulement pour eux mais pour ceux qui croiront en moi grâce à leur parole. » Bref la prière du Seigneur s’élargit de manière universelle dans le temps comme dans l’espace : il prie pour tous les chrétiens, donc aussi pour nous ; nous qui faisons partie de ces hommes qui ont été donnés à Jésus par son Père. « Ceux que tu m’as donnés » : cette expression pourrait nous faire penser à une prédestination, comme si Dieu en choisissait certains pour être sauvés, et en laissaient d’autres… En fait il s’agit plutôt d’une élection. De la même manière qu’autrefois Dieu avait choisi parmi les peuples le peuple d’Israël ; de la même manière, en ces temps qui sont les derniers, il donne à son Fils des hommes pour constituer le nouveau peuple de l’Alliance, l’Eglise, dont les pierres de fondation sont les apôtres. Il faudrait mettre en parallèle ce chapitre de saint Jean avec le commencement de la lettre de Paul aux Ephésiens : En Jésus, Dieu « nous a choisis avant la création du monde pour être devant lui saints et sans tache. […] C’est ainsi qu’en lui nous avons été choisis ; Celui qui agit en tout selon sa libre volonté, avait en effet décidé de nous mettre à part. […] C’est là le premier acompte de notre héritage (le don de l’Esprit), dans l’attente d’une délivrance pour le peuple que Dieu s’est donné pour sa louange et pour sa gloire. » Nous percevons bien un même vocabulaire théologique chez Paul et chez Jean. Cette élection du peuple nouveau serait-elle en contradiction avec la volonté de Dieu de sauver tous les hommes dans le Christ ? Non, car cette élection, ce choix divin, est en vue de la mission universelle de l’Eglise : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie dans le monde. » Face au Christ Sauveur, c’est la foi qui va partager l’humanité en deux. Ce qui ne signifie pas pour autant que tous les incroyants seront privés du salut apporté par le Christ…
D’ailleurs une autre expression de cette prière évoque la mission universelle du Seigneur, bien au-delà de ceux qui lui ont été donnés par le Père : « Tu lui a donné autorité sur tout être vivant. » Ici, c’est à la Genèse, le premier livre biblique, que nous devons nous référer : « Ayez autorité sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui vont et viennent sur la terre ! » Adam reçoit du Créateur l’autorité sur le monde animal. Jésus, nouvel Adam, reçoit de son Père l’autorité sur notre humanité défigurée par le péché et par le mal, pour l’introduire dans le Royaume de Dieu, inauguré par l’Eglise catholique.