dimanche 8 février 2015

Cinquième dimanche du temps ordinaire / B

8/02/15

Marc 1, 29-39

Dans cette page d’Evangile saint Marc nous présente une journée type de Jésus. Nous sommes dans les premiers jours de son ministère public en Galilée. Comment ne pas être frappé par les nombreuses activités du Seigneur ? Par ses nombreuses rencontres avec des personnes très différentes ? Jésus nous apparaît ici comme un homme ouvert aux autres et à leurs besoins, disponible en vue de la rencontre, un homme de relations. Relation tout d’abord avec ceux qu’il a choisis pour être ses disciples : c’est la scène qui se déroule dans la maison de Simon et André. Mais relation aussi avec la foule des inconnus qui viennent chercher auprès de lui espérance, délivrance et guérison : « La ville entière se pressait à la porte ». Cette foule ne lui permet même pas de se retirer dans la solitude pour prier : « Tout le monde te cherche ». Jésus est en quelque sorte victime de son succès et de sa renommée. Dans cette page d’Evangile, il est le médecin des corps et des âmes. De sa personne émane une puissance proprement divine qui fait fuir les démons et redonne aux corps la santé. Ces guérisons et ces exorcismes annoncent un don beaucoup plus grand, celui de la vie éternelle, de la victoire sur le mal et sur la mort. Pour nous qui sommes ses disciples nous savons que cette vie éternelle commence dès maintenant avec le baptême et la foi. Ce qui unifie profondément les nombreuses activités du Seigneur tout au long de sa journée, c’est bien son désir de proclamer la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Tous ses actes et toutes ses paroles, son attitude d’accueil envers tous sont pour lui annonce de l’Evangile. Et lorsque Jésus parvient à se réfugier dans un endroit désert, « bien avant l’aube », c’est pour prier son Père. La prière nocturne de Jésus nous montre la source de toute sa mission, l’origine de cet Evangile qu’il commence à proclamer en Galilée. C’est bien Dieu le Père qui l’a envoyé et lui a confié cette mission. C’est bien le cœur de son Père qu’il désire révéler aux foules : un cœur débordant d’amour et de miséricorde, particulièrement pour ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme.
Un passage de la lettre aux Hébreux me semble constituer un excellent commentaire de cette page d’Evangile. L’auteur de cette lettre nous montre en effet Jésus comme le médiateur entre Dieu et les hommes, et il nous fait comprendre l’esprit selon lequel il a proclamé la Bonne Nouvelle dans le temps de son incarnation :

« En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours. […] Avançons-nous vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à vivre dans l’amour et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous, d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour du Seigneur. »

dimanche 25 janvier 2015

Troisième dimanche du temps ordinaire / B

Marc 1, 14-20

25/01/15


En ce dimanche nous passons des rives du Jourdain au lac de Galilée, du baptême de Jésus à sa première prédication. Après 30 ans de silence à Nazareth, Jésus se met à parler publiquement pour « proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu », cet Evangile qui ne cesse pas, depuis plus de 2000 ans, d’être annoncé par l’Eglise et les chrétiens. Il est frappant de voir que Jésus a conscience de vivre un moment unique dans l’histoire de l’humanité, dans l’histoire de l’alliance entre Dieu et les hommes : « Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche ». Cela signifie que, malgré les apparences, Dieu dirige l’histoire humaine selon sa providence. Le Père, en nous donnant son Fils, a décidé que les temps seraient accomplis. Une époque s’achève et laisse place à quelque chose de nouveau : Dieu va se rendre présent au milieu des hommes d’une manière nouvelle. C’est déjà le cas à partir du moment où Jésus commence sa mission en Galilée. Mais en parlant du Royaume désormais tout proche, le Seigneur nous fait peut-être comprendre que ce n’est qu’après sa mort et sa résurrection que ce Royaume sera effectivement présent au milieu des péripéties de l’histoire humaine et de celles de l’Eglise. C’est en raison de ce changement d’époque, de cette entrée dans l’ère chrétienne, que Jésus appelle ses contemporains à la conversion et à la foi. Ce n’est pas nouveau. C’est ce qu’avaient déjà fait tous les prophètes de l’ancienne alliance. Mais cette fois cet appel prend un caractère particulier, tout simplement parce que les temps sont accomplis. Cet appel revêt une force unique parce que ce n’est plus seulement un prophète qui le lance mais bien le Messie, le Fils du Dieu vivant. La réponse des quatre premiers disciples à l’appel de Jésus (« Venez derrière moi ») est un exemple de ce que peut signifier la conversion et la foi. Ils abandonnent leur métier de pêcheurs de poissons pour devenir « pêcheurs d’hommes ». Ce détachement immédiat est le signe chez ces hommes d’une foi très forte. Il faut qu’ils soient fermement convaincus que ce Jésus est un homme pas comme les autres, un prophète à part, pour pouvoir tout quitter et se mettre à le suivre dans des chemins inconnus et une vie nouvelle. Dans la deuxième lecture saint Paul adapte ce message à la situation de la première génération chrétienne : « Le temps est limité… Ce monde tel que nous le voyons est en train de passer ». D’où l’esprit de détachement et de liberté qui caractérise le chrétien. Le disciple de Jésus ne méprise pas le monde dans lequel il vit. Il ne s’en désintéresse pas. Mais il sait bien où se trouve le véritable sens de l’histoire : dans la personne de Jésus, dans sa présence, et dans l’action du Saint Esprit au cœur du monde et de l’Eglise. En apparence rien n’a changé depuis la venue de Jésus. L’histoire continue de nous offrir un spectacle saisissant par ses contrastes : d’un côté les œuvres du génie humain, les fruits de la sainteté chrétienne, et de l’autre les horreurs, les massacres, les guerres, les injustices et les inégalités. Et pourtant les temps sont accomplis, le Règne de Dieu est déjà là, au milieu de nous. Se convertir et croire à la Bonne Nouvelle, ne serait-ce pas pour chacun d’entre nous découvrir à nouveau la jeunesse et la force de notre foi en Jésus-Christ ? Le christianisme peut nous apparaître comme une vieille religion. Mais que sont 2000 ans dans l’histoire de l’humanité ? Et dans notre histoire personnelle que représentent 30, 40 ou 50 ans de vie chrétienne ? Dans ces temps qui sont les derniers le christianisme en est encore peut-être à ses débuts. A l’échelle de notre vie humaine, que nous soyons jeunes ou plus avancés dans la vie, se convertir n’est-ce pas jour après jour faire l’expérience de la fraicheur de l’Évangile, de sa force de transformation en nous et dans la société ? Et si Simon, André, Jacques et Jean étaient un peu chacun d’entre nous ? Répondre vraiment à l’appel de Jésus, aujourd’hui comme hier, c’est faire grandir l’espérance en nos cœurs, pas seulement pour nous, mais pour tous les hommes que nous côtoyons. C’est bien par notre manière de vivre que nous pouvons être des pêcheurs d’hommes.

dimanche 11 janvier 2015

BAPTÊME DU SEIGNEUR

Marc 1, 7-11

11/01/15

Dans le cycle liturgique la fête du baptême du Seigneur nous fait passer du temps de Noël au temps ordinaire. Lorsque Jésus se fait baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain, il termine en effet la première partie de sa vie et commence la seconde. Ce geste marque une transition, un passage : de la vie cachée à Nazareth à la vie publique qui le conduira au supplice de la croix à Jérusalem. De la vie cachée, la période la plus longue de l’existence de Jésus, nous ne savons quasiment rien. Par contre les évangélistes nous ont rapporté beaucoup de témoignages concernant ces dernières années qui ont débuté juste après le baptême du Seigneur, ce que l’on appelle souvent son ministère public. D’où l’importance de ce moment. D’où l’importance du geste que Jésus choisit pour se manifester au peuple d’Israël. Après le silence de la vie cachée, il ne choisit pas de se manifester lui-même au peuple. Sa présentation, son entrée en scène, il la confie avec humilité à un homme, Jean. Il se soumet à un geste destiné à des hommes pécheurs, à des hommes qui reconnaissent avoir besoin de la miséricorde et du pardon de Dieu pour pouvoir renaître à une vie nouvelle, à une vie libre et belle, celle des enfants de Dieu. Jésus n’a pas besoin de ce baptême mais il se montre solidaire avec un peuple de pécheurs. Dès le départ il est l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, le Sauveur. Et s’il s’humilie en descendant dans les eaux du Jourdain, c’est pour nous indiquer le but de la mission qu’il va commencer : permettre aux hommes de renaître à une vie nouvelle.
« Jésus vit le ciel se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe ». Lorsque Jésus se manifeste au peuple à travers le geste du baptême, le ciel se déchire. Cela signifie que la communication entre la terre et le ciel est en quelque sorte rétablie. On peut espérer à nouveau la communion entre l’homme et Dieu, Père et créateur. Cet homme venu de Nazareth nous est ainsi présenté comme le médiateur, celui qui va permettre une relation renouvelée entre les hommes et Dieu. La scène du baptême nous rappelle la première page de la Bible, le commencement du premier récit de la création : « L’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux ». Jean avait dit de Jésus : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint ». Saint Marc nous fait comprendre qu’à cet instant précis Dieu commence une recréation, une création nouvelle en nous donnant son Fils et en le consacrant par l’Esprit en vue de sa mission. La venue de l’Esprit révèle qui est cet homme : le Christ, c’est-à-dire précisément celui qui a reçu l’onction spirituelle. Enfin au témoignage de Jean va s’ajouter la voix même du Père : « C’est toi mon Fils bien-aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour ». Entre Jésus de Nazareth et Dieu, c’est une relation unique qui nous est ainsi révélée. Dès le début du ministère public le mystère de la Trinité est manifesté : Jésus dans les eaux du Jourdain, l’Esprit comme une colombe et la voix du Père. Cet homme, nommé Jésus, est rempli, débordant de l’amour même de Dieu. Et c’est cet amour qu’il va répandre sur le peuple pendant les trois années de son ministère public à travers ses paroles et ses gestes, en particulier en faveur des pécheurs.
Tout cela il le vit pour nous, qui sommes ses disciples, comme pour les hommes qui ne le connaissent pas encore. Après la croix et la résurrection, après le don de l’Esprit, Jésus ressuscité baptisera les croyants dans l’Esprit. C’est le baptême que nous avons reçu et duquel nous pouvons vivre chaque jour. Ce que le Père a dit de son Fils autrefois est aussi vrai pour chacun d’entre nous puisque nous sommes véritablement les enfants de Dieu : nous sommes ses bien-aimés, tout l’amour du Père nous est donné. En tant que chrétiens nous sommes appelés à partager ce don reçu avec nos frères, de la même manière que Jésus l’a partagé avec tous les hommes qu’il a rencontrés depuis le jour de son baptême jusqu’à sa mort sur la croix.

« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. »

dimanche 4 janvier 2015

EPIPHANIE DU SEIGNEUR

Matthieu 2, 1-12

4/01/2015

Lorsque Marie a donné naissance à Jésus, deux catégories de personnes sont venues rendre visite à l’enfant : les bergers et les mages. Saint Luc nous parle des bergers tandis que saint Matthieu nous rapporte la venue à Bethléem des mages venus d’Orient. Entre les bergers et les mages, nous voyons dans un premier temps une grande différence : les premiers sont des personnes simples, probablement analphabètes, tandis que les seconds sont des savants et des sages. On pourrait aussi ajouter : les uns sont Juifs, les autres sont païens. Mais il existe aussi entre eux bien des ressemblances : les bergers comme les mages étaient exclus du salut réservé aux bons juifs, ceux qui observaient fidèlement la Loi de Moïse. Les bergers à cause de leur travail et les mages tout simplement parce qu’ils ignoraient tout de la Loi du Seigneur. Et ce sont précisément ces deux catégories de personnes que Dieu invite à venir à la crèche pour être les témoins privilégiés de la naissance de son Fils. Aux uns Il s’adresse par la voix de l’Ange, aux autres par le signe de l’étoile.
Dans son récit de l’Epiphanie, saint Matthieu souligne le contraste entre l’attitude des mages d’une part et celle des responsables politiques et religieux du peuple de l’autre. Il est amusant de voir que c’est grâce à des étrangers que les élites d’Israël apprennent la nouvelle de la naissance du Messie… Ce jour-là l’orgueil religieux des dirigeants du peuple a été humilié. Eux, qui se considéraient comme l’élite, les meilleurs, étaient en fait des ignorants, ceux qui n’ont rien vu venir de l’accomplissement des promesses ! Ce renversement de l’ordre normal des choses ne pouvait que provoquer inquiétude et interrogations dans la classe dirigeante de Jérusalem. Si les mystérieux mages se sont donnés tant de peine pour voyager jusqu’à Jérusalem, c’est bien pour se prosterner en présence de cet enfant qu’ils nomment le roi des Juifs. Ce geste est au centre du récit de l’Epiphanie. Il peut signifier l’hommage comme l’adoration. Les mages ont-ils reconnu dans l’enfant un être de rang divin ? Difficile de le savoir. Une chose est certaine : ces hommes étaient en recherche de ce qui les dépassait, de ce qui était plus grand qu’eux. Autrement, comment expliquer le long voyage de l’Orient vers la Judée ? Le voyage des bergers fut beaucoup plus court, mais, eux aussi, ont été des hommes curieux, désireux de connaître ce que Dieu suscitait de nouveau dans le secret et le silence de la nuit de Bethléem. Quant aux savants, il est logique qu’ils soient des hommes curieux et en recherche.
L’un des sens spirituels de la fête de l’Epiphanie est donc le suivant : peu importe que l’on soit Juif ou païen, prêtre ou berger, roi ou scientifique, l’essentiel, c’est que notre cœur ne soit pas endormi, qu’il soit au contraire sans cesse en recherche de Dieu, de ses signes, de sa présence au milieu de nous. La foi chrétienne n’est vivante et vraie que si elle suscite cette recherche spirituelle au cœur des croyants. La foi ne peut en aucun cas nous donner l’illusion de connaître Dieu une fois pour toutes à la manière d’une loi scientifique ou d’une langue étrangère. La foi est toujours un chemin, comme celui des bergers et des mages. Dieu ne s’apprend pas dans les livres, même dans les meilleurs catéchismes, Dieu s’apprend dans le déroulement de l’histoire et de notre vie personnelle. Les chefs des prêtres et les scribes pensaient posséder Dieu parce qu’ils connaissaient parfaitement les Ecritures, et c’est ainsi qu’ils l’ont perdu et ont été incapables de le reconnaître en son Fils Jésus. Une belle hymne de la liturgie des Heures nous fait communier à cette recherche de Dieu qui a été celle des mages comme celle de tous les saints et saintes de l’histoire du christianisme. Puissions-nous faire nôtres ces paroles au commencement de l’année nouvelle !
1. À la mesure sans mesure
De ton immensité
Tu nous manques, Seigneur.
Dans le tréfonds de notre cœur
Ta place reste marquée
Comme un grand vide, une blessure.
2. À l'infini de ta présence
Le monde est allusion,
Car tes mains l'ont formé.
Mais il gémit, en exilé,
Et crie sa désolation
De n'éprouver que ton silence.
3. Dans le tourment de ton absence,
C'est toi déjà, Seigneur,
Qui nous a rencontrés.
Tu n'es jamais un étranger,
Mais l'hôte plus intérieur
Qui se révèle en transparence.
4. Cachés au creux de ton mystère,
Nous te reconnaissons
Sans jamais te saisir.
Le pauvre seul peut t'accueillir,
D'un cœur brûlé d'attention,

Les yeux tournés vers ta lumière.

dimanche 28 décembre 2014

LA SAINTE FAMILLE

28/12/14

Luc 2, 22-40

La famille que Dieu donne à son Fils et dans laquelle il s’est préparé à sa mission de Sauveur pendant 30 ans est une famille unique dans l’histoire de notre humanité : la mère de Jésus, Marie, est une jeune fille vierge et Joseph n’est pas son père biologique. L’enfant Jésus lui-même est unique : il est la Parole de Dieu venue habiter au milieu de nous, il est Dieu venu vivre notre vie sur cette terre. Et pourtant l’Eglise nous propose la sainte famille en exemple. Cela signifie qu’au-delà de la singularité de cette famille, nous pouvons trouver une source d’inspiration pour nos familles humaines dans les relations qui unissent Joseph, Marie et Jésus.
Cette année, c’est l’évangile de la présentation au temple qui nous est proposé. Dans la première partie de son récit, saint Luc insiste sur la fidélité des parents de Jésus à la Loi de Moïse, appelée aussi Loi du Seigneur. Quarante jours après la naissance de l’enfant, ils se rendent au temple de Jérusalem pour y accomplir deux rites : la purification de la mère après l’accouchement et le rachat du fils premier-né. Notons que l’acte lui-même de présenter l’enfant au Seigneur n’est pas exigé par la Loi et que le rachat du fils premier-né pouvait s’effectuer en dehors du temple. Saint Luc ne nous décrit même pas l’accomplissement des deux rites, il ne nous montre pas le prêtre. Ce qui l’intéresse dans cet épisode est ailleurs. S’il veut nous présenter Marie et Joseph comme des juifs fidèles à la Loi, il nous fait aussi comprendre qu’ils vont au-delà de ce que demande la Loi en présentant leur enfant dans le temple, comme Anne l’avait fait autrefois pour le petit Samuel. Joseph et Marie, plus que tous les autres parents, savent très bien que leur fils est un don de Dieu. C’est la raison pour laquelle ils veulent le consacrer à Dieu par cette démarche religieuse dans le temple.
Dans la deuxième partie de notre Evangile, beaucoup plus développée que la première, saint Luc nous décrit deux personnes âgées, des justes, Syméon et Anne, qui viennent à la rencontre de l’enfant dans le temple. Syméon est un homme qui se laisse conduire par l’Esprit Saint, l’évangéliste insiste beaucoup sur cet aspect de sa personnalité religieuse. Et c’est parce qu’il est docile au souffle de l’Esprit qu’il saisit le caractère unique de l’enfant en le prenant dans ses bras. Ce vieil homme est enfin comblé, il sait que Dieu vient d’accomplir sa promesse par le don de cet enfant, « signe de contradiction », Sauveur offert à tous, « lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ». Dans ce récit nous trouvons donc la fidélité à la Loi, l’esprit d’initiative dans l’acte de la présentation, et la nouveauté de l’Esprit qui ouvre à Syméon des perspectives d’avenir. Un enfant est toujours un mystère, et pas seulement Jésus. Le mystère d’une vie qui vient de commencer et qui reçoit de Dieu une direction singulière. Cette direction que nous nommons vocation. Bien sûr la vocation de Jésus est unique, c’est celle de Messie et de Sauveur. Les parents chrétiens ont à cœur de respecter le mystère d’une vie humaine qui leur est confiée. Ils transmettent à leur enfant la tradition de la foi et de la vie chrétienne, non pas à la manière d’un carcan étouffant toute liberté et toute initiative, mais au contraire en demeurant ouverts à la nouveauté de l’Esprit Saint. Dans notre récit la Loi et l’Esprit se complètent pour orienter l’enfant Jésus vers sa vocation. Un enfant, comme la vie elle-même qu’il incarne d’une manière particulière, est toujours une surprise. Les parents chrétiens, à la suite de Marie et de Joseph, connaissent eux aussi bien des étonnements par rapport à ce qui est dit de leur enfant, et par rapport au caractère et au comportement de celui-ci. Etre parents, et cela dans l’esprit chrétien, est une tâche délicate et difficile qui demande beaucoup de patience et de capacité d’adaptation jour après jour, année après année. Car cette tâche exige chaque jour des parents un équilibre fragile entre, d’une part, le don d’une éducation, donc d’une direction, et d’autre part, le respect de la liberté et de la vocation de leur enfant. Les parents chrétiens ne sont ni des dictateurs ni des indifférents qui laisseraient à leurs enfants une autonomie totale et absolue.
La conclusion de cet Evangile nous montre le but de toute éducation véritable : la croissance physique, intellectuelle et spirituelle d’un enfant. Jésus, vraiment homme, a connu, lui aussi, cette belle maturation de sa personnalité humaine en vue de la mission qui était la sienne :

« L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui ».

jeudi 25 décembre 2014

NOEL 2014 / MESSE DU JOUR


Noël 2014

Messe du jour

Dans la nuit de Noël, l’Eglise nous fait entendre le récit de la naissance de Jésus à Bethléem. La liturgie du jour de Noël nous fait contempler le mystère de l’Incarnation à travers deux textes particulièrement riches quant à leur contenu théologique : le commencement de la lettre aux Hébreux et le commencement de l’évangile selon saint Jean. Ces textes ne nous parlent pas des circonstances concrètes de la naissance de l’enfant, comme le fait saint Luc, mais de son identité profonde et de la mission que Dieu lui confie dans l’histoire de notre salut. A travers ces textes, le mystère de Noël est compris dans toute son ampleur, non pas comme un évènement isolé, mais comme un moment essentiel et décisif du projet de Dieu pour toute sa création. Ce qui se passe dans la nuit de Bethléem avec le nouveau-né, Marie, Joseph, les anges et les bergers, ne prend tout son sens que si nous le contemplons avec le commencement et la fin. Car l’enfant qui vient de naître est l’Alpha et l’Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin de toutes choses. Ce qui se passe dans la nuit de Noël est au centre d’une grande fresque historique qui commence avec la première page de la Bible dans le livre de la Genèse et qui s’achève avec la dernière page de la révélation dans le livre de l’Apocalypse. C’est la raison pour laquelle le mystère de l’Incarnation a une ampleur et une portée beaucoup plus grande que nous ne pouvons l’imaginer. Quand Dieu se manifeste en nous donnant son Fils unique, il le fait d’une manière cachée, humble et discrète. L’évènement est certes unique, bouleversant, grandiose, mais il est resté caché aux yeux de la plupart des contemporains de Jésus, particulièrement aux yeux des grands et des puissants. Très peu de témoins ont eu le privilège d’être présents dans la grotte de la Nativité : seulement Marie, Joseph et quelques bergers. De la même manière, il demeure encore caché au cœur de beaucoup de nos contemporains deux mille ans plus tard. Ce que Dieu nous révèle en nous donnant son Fils, nous ne pouvons l’accueillir que par la foi, nous ne pouvons le contempler que dans l’amour. C’est pourquoi il est nécessaire de nous convertir, de changer notre cœur pour pouvoir reconnaître dans l’enfant de la crèche le Verbe qui s’est fait chair. Avec nos critères de jugement purement humains, comment pourrions-nous donc reconnaître dans cet enfant, venu au monde dans la mangeoire des animaux, le Verbe de Dieu, Celui par qui Dieu a tout créé ? Si nous suivons les raisonnements de ce monde sur ce qui est grand et important, sur ce qui a de la valeur et mérite l’estime et la reconnaissance, il n’est pas possible de reconnaître dans ce bébé le « reflet resplendissant de la gloire du Père », l’ « expression parfaite de son être », le « Fils unique, plein de grâce et de vérité ». Le bébé couché dans la mangeoire est l’opposé d’un héros humain ou d’une star faisant la une des journaux. Il représente la pauvreté et la faiblesse, il incarne l’humilité de Dieu, de ce Dieu qui ne se fait pas reconnaître dans le vacarme médiatique et dans la superficialité des modes. Ce Dieu que nous ne pouvons accueillir que dans le silence du recueillement, en descendant au plus intime de nous-même, au plus profond de notre cœur pour y chercher l’essentiel, ce qui demeure à jamais. Le Fils de Marie et le Fils de Dieu est plein de grâce et de vérité. C’est dans la lumière de sa grâce et en cherchant à faire la vérité avec nous-mêmes et en nous-mêmes que nous serons comblés de joie en le contemplant dans la mangeoire. L’homme contemporain a de plus en plus de mal à accepter sa condition de créature, à reconnaître que sa vie et son existence sont un don de Dieu. Les progrès scientifiques et techniques lui donnent l’illusion d’être un dieu. Avec orgueil, il se considère comme le centre de l’univers, oubliant sa fragilité et sa condition de mortel. En se coupant de la source de la vie, Dieu Père et Créateur, l’homme est devenu incapable d’utiliser avec sagesse les progrès de la science et de la technique. Si bien que ces progrès se retournent finalement contre lui en détruisant la terre et en mettant en danger l’équilibre écologique. Cet homme qui se croit infiniment supérieur à toutes les autres créatures a été capable de créer des horreurs comme la bombe atomique et à commettre des crimes contre l’humanité tout au long de son histoire. Plus que jamais il est nécessaire et urgent de redécouvrir la sagesse et l’humilité qui nous viennent de l’Enfant-Dieu, couché dans la mangeoire. Saint Paul nous dit que c’est Lui, et Lui seul, le centre de l’univers : « Tout est créé par lui et pour lui ». Cet Enfant, encore incapable de parler, nous regarde tous et chacun avec une tendresse et une miséricorde infinies. Et son regard nous supplie d’abandonner notre folie, notre péché, pour renaître à la vie nouvelle des enfants de Dieu. Dans le silence, il nous offre à nouveau sa joie et sa paix. Voulons-nous en vivre et participer ainsi à l’avènement de la création nouvelle, création commencée dans la nuit de Bethléem ?

dimanche 21 décembre 2014

Quatrième dimanche de l'Avent

21/12/14

Luc 1, 26-38

En ces derniers jours du temps de l’Avent, la liturgie de ce dimanche nous fait entendre le récit de l’Annonciation à Marie. Marie de Nazareth est liée d’une manière très étroite et singulière au grand mystère de l’Incarnation. Cette jeune fille vierge a été choisie par Dieu entre toutes les femmes pour être la mère du Messie, la mère du Fils de Dieu. L’ange Gabriel a pour mission d’obtenir son « oui ». Dieu respecte la liberté de celle qu’il a choisie pour donner au monde son Fils unique, pour le manifester de manière visible parmi nous. Dieu a besoin du consentement de Marie pour réaliser son projet de salut. Seule Marie a pu témoigner auprès de saint Luc de cet échange mystérieux entre elle et l’ange, entre sa liberté et la volonté du Seigneur. Dans la première lecture nous voyons comment le roi David cherche à honorer le Seigneur : en lui construisant un temple à Jérusalem. Par le prophète Nathan Dieu lui fait entrevoir un autre projet, beaucoup plus grandiose et surprenant : « Le Seigneur te fait savoir qu’il te fera lui-même une maison ». Et voilà que le temple de pierre devient un temple de chair : c’est la personne de Marie qui est appelée par l’ange à devenir la nouvelle arche d’Alliance, celle qui contient et qui porte la présence de Dieu au milieu de son peuple. Mais le temple véritable c’est bien celui qui va naître de son sein : à la fois fils de David et Fils de Dieu, vrai homme et vrai Dieu, Jésus, celui qui sauve. Avec le mystère de l’Incarnation le temple de pierre est remplacé par le Corps du Christ, son corps de chair et son corps mystique, c’est-à-dire l’Eglise ; les sacrifices d’animaux laissent la place à l’unique offrande du Fils sur le bois de la croix. Lorsque Jésus chasse les marchands du temple de pierre, celui de Jérusalem, les Juifs lui demandent d’expliquer son geste : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » « Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. »
Marie de Nazareth a donc une place centrale dans la mise en place de l’Alliance nouvelle et éternelle. Par son oui à la volonté du Père, par sa foi et son obéissance, elle marque le commencement d’une création nouvelle, d’une recréation. C’est la raison pour laquelle les pères de l’Eglise ont donné à Marie le nom d’Eve nouvelle. Saint Luc nous donne des indices pour nous faire comprendre qu’avec Marie commence une époque nouvelle de la relation entre Dieu et ses créatures. Il nous dit que Joseph est de la maison de David, mais nous ne savons pas qui sont les parents de Marie et à quelle tribu elle appartient. La scène se situe à Nazareth, une ville de Galilée totalement inconnue de l’Ancien Testament contrairement à Bethléem, la cité de David. Lorsque Philippe parle de Jésus à Nathanaël, voici la réaction spontanée de Nathanaël : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Enfin Marie est une jeune fille vierge. Avec elle nous ne sommes pas tournés vers le passé mais vers l’avenir, vers la terre nouvelle et les cieux nouveaux. « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ». C’est par la puissance de l’Esprit de Dieu que commence une création nouvelle car l’enfant qui va naître de Marie sera le nouvel Adam. La scène, très intime, de l’Annonciation se situe donc au centre d’un triptyque dans lequel l’Esprit Saint manifeste sa puissance : au commencement lorsque Dieu crée l’univers par sa Parole ; au commencement de l’ère chrétienne lorsque Dieu donne un corps à sa Parole dans le sein de la Vierge Marie ; au commencement de l’Eglise lorsque Dieu envoie le feu de l’Esprit sur les apôtres réunis en prière autour de la mère du Seigneur.

« Car rien n’est impossible à Dieu » !