dimanche 28 décembre 2025

Sainte famille 2025 / année A

 28/12/2025

Colossiens 3, 12-21

Le mystère de l’incarnation que nous célébrons en ce temps de Noël prend le visage pour l’enfant Jésus de la sainte famille. Si Jésus est vraiment homme, il a comme chacun de nous une famille et une généalogie, donc des ancêtres. C’est par cette généalogie que Matthieu commence son Evangile : Jésus est fils de David et fils d’Abraham. La famille de Jésus est en même temps semblable à nos familles et très différente, et cela en raison de la conception virginale. Cette famille est unique non seulement parce que Joseph n’est pas le père biologique de Jésus mais surtout parce que tous les membres de cette famille sont saints. Aucune famille humaine ne pourra ressembler de ce point de vue à la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. L’Evangile de ce dimanche nous montre Joseph comme le protecteur de Jésus et de Marie. Joseph nous enseigne que la paternité ne se limite pas à procréer par l’union des corps. La paternité est bien plus grande qu’un acte biologique qui permet le commencement d’une nouvelle vie. Elle implique de la part du père un grand sens des responsabilités, le souci permanent du bien des enfants, leur éducation et leur protection pour qu’ils puissent parvenir à l’âge adulte capables de choix libres et responsables. La paternité implique surtout amour, tendresse et patience : Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Le lien de l’amour est bien plus important que le lien du sang.

Dans la deuxième lecture saint Paul nous exhorte à vivre la vie chrétienne dans notre relation avec le prochain et dans notre relation avec Dieu. Ce qu’il nous dit ne s’applique pas seulement à la famille dans le sens premier du terme mais à bien des familles qui composent notre société. Nous pouvons penser par exemple à la « famille » de l’Eglise, la communauté paroissiale, la communauté monastique ou religieuse, mais aussi à la « famille » de la nation, aux familles que sont aussi d’une certaine manière les nombreuses associations dans lesquelles nous pouvons être engagés, sans oublier la « famille » professionnelle, c’est-à-dire les personnes avec lesquelles nous travaillons et avec lesquelles, notons-le, nous passons beaucoup plus de temps qu’avec notre famille humaine, du moins avant l’âge de la retraite. Pour les chrétiens que nous sommes toutes ces familles sont importantes puisqu’elles sont le lieu de l’amour du prochain. Enfin lorsque nous célébrons la sainte famille pensons aussi aux personnes qui n’ont plus de famille, que ce soit des orphelins ou des personnes âgées qui ont perdu tous les membres de leur famille. Saint Paul nous rappelle que nous ne sommes pas chrétiens par nous-mêmes, nous le sommes parce que nous avons reçu un appel de la part de Dieu : Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Le don de la foi par lequel Dieu fait de nous ses enfants nous oblige à nous comporter en hommes nouveaux, à imiter Dieu lui-même dans notre conduite vis-à-vis des autres. Nous pourrions méditer ces qualités du cœur une par une : tendresse, compassion, bonté, humilité, douceur et patience. Toutes ces qualités sont le signe de la sainteté. Cette sainteté reçue de Dieu dans le Christ et par l’Esprit nous permet de nous supporter les uns les autres, nous permet de pardonner à ceux qui nous ont offensés. Cette sainteté a sa source dans l’amour de la Trinité auquel nous participons si, comme Joseph, nous demeurons à l’écoute du Seigneur avec un cœur ouvert à ses inspirations qui nous poussent toujours à accomplir le bien. Paul nous redit aussi l’importance de demeurer solidement enracinés dans l’amour de Dieu : Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. L’apôtre insiste particulièrement, et cela à trois reprises, sur notre capacité à reconnaître les dons de Dieu et à lui exprimer notre reconnaissance par toute notre vie. L’action de grâce est avec la foi, l’espérance et la charité l’âme de la vie chrétienne. Dans sa lettre aux Colossiens Paul nous invite vraiment à unifier notre vie dans le Christ :

Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.

C’est de cette unification spirituelle, caractéristique de l’homme nouveau, que dépend la paix dans les différentes « familles » qui font notre humanité : de notre famille humaine à la grande famille de tous les hommes et de tous les peuples, en passant par celle de la communauté chrétienne, du travail et de la nation.

jeudi 25 décembre 2025

NOEL 2025 / MESSE DU JOUR

 Jean 1, 1-18

Hier dans la messe de la nuit de Noël le verset de l’Evangile de Luc a de nouveau résonné dans nos cœurs :

Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Aujourd’hui dans la messe du jour Jean proclame :

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Le contraste est saisissant entre d’une part la simplicité de Luc et d’autre part la vision grandiose de Jean. D’un côté un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire, de l’autre le Verbe éternel qui se fait chair et habite parmi nous. Et pourtant Luc et Jean nous parlent bien du même mystère, celui de l’incarnation. Le bébé de la crèche c’est le Verbe de Dieu fait chair. En effet les deux évangélistes nous disent la même chose : Dieu abolit la distance entre lui et ses créatures, Dieu désire une communion parfaite avec l’homme, et cela uniquement par surabondance d’amour. Dieu veut pour chacun d’entre nous la possibilité de vivre en communion avec lui et de connaître enfin la véritable joie, la véritable paix. Pourquoi à Bethléem et sous le règne d’Auguste ? Pourquoi pas à un autre moment de notre histoire humaine ? Seul le Père connaît le pourquoi de cette divine décision qui divise notre histoire entre un temps avant et un temps après Noël. Saint Jean dans son magnifique prologue insiste sur la différence entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, celle qui commence précisément avec l’incarnation : La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. L’ère chrétienne est celle de la grâce et de la vérité. Avec le don du Messie la Loi de Dieu se fait intérieure à chacun de nous puisque Jésus, Fils de Dieu, est notre frère en humanité. Dans le Christ c’est l’amour miséricordieux et lui seul qui caractérise notre relation avec Dieu. Jean nous montre aussi que le mystère de l’incarnation ne supprime pas, bien au contraire, la liberté humaine, donc la nécessité de notre part de coopérer activement à la grâce de Dieu à l’exemple de Marie et de Joseph. Le mystère de l’incarnation ne supprime pas le drame de notre possible refus : Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Saint Luc dit à sa manière la même chose : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Chaque fois que nous célébrons Noël nous sommes amenés à nous poser à nouveau cette question : Y a-t-il de la place en moi pour accueillir Jésus aujourd’hui ? Jean nous parle aussi de ceux qui accueillent le mystère avec joie et gratitude : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. En nous parlant de notre nouvelle naissance dans l’Esprit Jean nous fait comprendre le rapport entre ce qui est chair et ce qui est esprit. Dans l’incarnation la chair est honorée, elle est même divinisée puisque le Verbe s’est fait chair. En même temps la chair n’est rien sans l’esprit. Et Dieu est Esprit. Voilà pourquoi Jean nous dit que le chrétien n’est pas le fruit d’une volonté humaine mais le fruit du don de l’Esprit qui seul est capable de nous faire accéder à une relation renouvelée avec Dieu. Noël unit dans la personne du Verbe fait chair, dans l’enfant de la crèche, la chair et l’esprit. Le chrétien authentique est indissociablement terrestre et céleste. Il ne renie jamais son humanité avec ses fragilités et ses faiblesses puisqu’elle est le lieu de sa rencontre avec Dieu, le lieu de son salut. Il n’oublie jamais que sans l’Esprit de Dieu il ne peut pas devenir pleinement homme. C’est en effet dans le Verbe fait chair que nous est offerte la grâce d’accomplir notre vocation humaine. Le mystère de l’incarnation a pour but non seulement de nous diviniser mais aussi de nous humaniser. Car en nous délivrant de l’esclavage du mal et du péché, il nous rend pleinement humains. Nous comprenons à quel point depuis Noël il est impossible de séparer Dieu de l’homme et l’homme de Dieu.

Enfin Dieu qui est Esprit, incorporel et invisible, insaisissable pour notre pensée, se donne en quelque sorte à voir dans le Verbe fait chair : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Cette connaissance-vision de Dieu implique de notre part la foi : Il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. Dans l’Evangile de Jean nous trouvons un dialogue significatif entre Philippe et Jésus : Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? En l’an de grâce 2025, contrairement à Philippe, nous ne pouvons pas voir Jésus comme lui le voyait. Depuis l’Ascension le Verbe de Dieu fait chair n’est plus visible. Il demeure toujours notre frère, avec nous, au milieu de nous. L’Ascension n’annule pas l’Incarnation. Il s’agit pour nous de le reconnaître avec les yeux de la foi et de l’amour non seulement dans la grâce des sacrements, dans l’amitié du cœur à cœur de la prière, dans la vie de l’Eglise mais aussi dans tout homme que nous rencontrons, en particulier dans ceux qui parmi nous sont les plus petits et les plus pauvres, ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Noël nous redit avec force le réalisme de notre religion qui implique toujours un engagement charnel pour transformer le réel et en faire la matière du Royaume de Dieu. Ce n’est pas sans raison que Jésus dit à Nicodème qu’il s’agit pour ses disciples de « faire la vérité » :

Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

NOEL 2025 / MESSE DE LA NUIT

Luc 2, 1-14

Le récit de l’évangéliste Luc qui nous raconte la naissance de Jésus à Bethléem est très simple. L’essentiel est dit dans le verset 7 du chapitre 2 : Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Et ce verset est répété au verset 12 dans le message de l’ange adressé aux bergers : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Le grand mystère de l’incarnation est résumé en très peu de mots, et des mots très simples. Cette simplicité du récit nous parle de l’humilité, de la petitesse, de la pauvreté de Dieu qui s’unit à notre nature humaine. Le grand signe de cette union entre Dieu et l’homme, c’est cet enfant nommé Jésus qui vient de naître dans une mangeoire destinée à nourrir les animaux de l’étable. Le lieu de la naissance du Messie est un lieu humble et pauvre parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans la salle commune. Dieu est non seulement venu à nous dans la pauvreté de la naissance de son Fils mais aussi parce que cet enfant, dès sa naissance, est en quelque sorte rejeté en dehors de la salle commune, une manière de dire qu’il n’est pas accueilli dans la société des hommes dont il est pourtant le Sauveur.

Dans le mot « incarnation » que l’Eglise utilise pour nous parler du mystère de Noël nous entendons le mot « chair ». C’est ce que saint Jean exprimera dans le prologue de son Evangile dans un style très différent de celui de Luc : Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Dieu est Esprit. Cela signifie qu’Il n’a pas comme nous un corps, et que par conséquent il est invisible. Il dépasse infiniment les conditions qui sont celles de notre expérience humaine : l’espace et le temps. La vie de Dieu en tant qu’Esprit est radicalement différente de notre vie qui s’inscrit toujours dans un lieu déterminé et dans un temps limité, borné entre le jour de notre naissance et celui de notre mort. C’est ce Dieu Esprit, nous dit la Bible dans ses premières pages, qui est à l’origine de tout le monde créé, donc de toutes les créatures corporelles ainsi que du monde physique. A Noël Dieu-Esprit épouse la condition humaine, il fait sienne notre chair, Il prend en quelque sorte corps en naissant de Marie dans l’enfant de la crèche. Le mystère de l’incarnation réalise en un lieu donné (Bethléem) et en un moment précis de notre histoire (le règne d’Auguste) la merveilleuse union de l’Esprit et de la chair, de l’esprit et du corps. Avant la naissance de Jésus il était possible pour les hommes de vivre une certaine forme de communion avec Dieu Père et Créateur. A partir de Noël cette communion est réalisée de manière parfaite et définitive dans l’enfant qui vient de naître. Cet enfant nous ouvre le chemin d’une nouvelle relation avec Dieu.

Il est éclairant pour nous de mettre en relation l’incarnation avec la création, Jésus enfant avec Adam, le premier homme. D’après les récits de la création dans le livre de la Genèse Dieu crée l’homme et la femme adultes. Adam et Eve n’ont pas d’enfance. Ils sortent en quelque sorte directement de Dieu qui est en même temps leur père et leur mère. Dans le mystère de l’incarnation le Sauveur ne se manifeste pas dans notre humanité directement comme un adulte « tombé du ciel ». Étant véritablement notre frère en humanité, il vit notre condition humaine intégralement de la naissance à la mort. Noël est bien le commencement humble et fragile de la vie du Fils de Dieu parmi nous. En vérité nous sommes bien plus proches de Jésus que d’Adam, car tous nous sommes nés d’une mère et d’un père, tous nous avons connu l’enfance avant de devenir adultes. Dans le mystère de l’incarnation Dieu prend son temps, il entre dans le temps progressif de notre histoire humaine qui du bébé nous conduit au terme de notre vie terrestre en passant par la longue maturation de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte. Si la Bible prête à Adam une durée de vie de 930 ans, l’enfant qui vient de naître dans la crèche mourra jeune et de façon violente. Adam ignore l’enfance mais vit très vieux, alors que le Christ connaît l’enfance et meurt avant de faire l’expérience de la vieillesse. L’incarnation que nous célébrons dans le mystère de Noël nous révèle ainsi l’éternelle jeunesse de Dieu qui ne craint pas d’être enfant, faible, dépendant et sans parole, pour nous ouvrir le chemin du salut. Ainsi Dieu est pour chacun de nous un commencement, une possibilité de renaître chaque jour, quel que soit notre âge… C’est la nouvelle naissance de chaque chrétien dans le baptême, la foi, l’espérance et la charité. C’est de l’intérieur et profondément que notre nature humaine est renouvelée, rajeunie par la manifestation du Fils de Dieu dans notre chair. L’hiver de Noël est en fait le printemps de notre vie.

En nous, marqués par le péché des origines et nos propres péchés, l’esprit et la chair ont tendance à se faire la guerre. Noël nous offre enfin la réconciliation de ce qui constitue la beauté et la fragile grandeur de notre nature humaine, l’union dans une personne unique de l’esprit et du corps. Le mystère de l’incarnation unifie ce que nous avons tendance à opposer ou encore à séparer : non seulement le corps et l’esprit mais aussi l’homme et Dieu. Le mystère de Noël révèle l’union en Dieu de ce que nous sommes tentés de considérer comme des réalités incompatibles : sa justice et sa miséricorde. Noël, c’est la belle et simple manifestation de l’Amour divin qui aime à pardonner et à réconcilier, de l’Amour qui recherche toujours la communion avec nous. Nous comprenons ainsi la signification profonde du chant des anges : Oui, gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ! Car désormais la gloire de Dieu et le salut des hommes sont inséparables parce qu’en Jésus Dieu et l’homme sont unis d’une manière unique et indestructible. C’est ce qui faisait dire à saint Irénée de Lyon en une magnifique formule dont il avait l’art :

La gloire de Dieu c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procure la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu.


dimanche 21 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent / année A / 2025

 21/12/2025

Matthieu 1, 18-24

Dans l’Evangile selon saint Luc nous trouvons le récit de l’Annonciation à Marie. Dieu demande à la jeune fille de Nazareth son consentement afin qu’elle puisse devenir la mère de son Fils par l’action en elle de l’Esprit Saint. Dieu n’impose pas à Marie sa maternité. Il respecte sa liberté de créature humaine. Saint Matthieu, lui, nous présente une annonciation à Joseph, une annonciation qui advient en songe pendant son sommeil. Le but de cette divine inspiration est de permettre à Joseph de prendre chez lui Marie son épouse alors qu’elle est enceinte « avant qu’ils aient habité ensemble ». Comme Luc Matthieu insiste sur la conception virginale par laquelle Dieu nous donne son Fils comme Sauveur. Cette conception virginale signifie que seul Dieu est le Père de l’enfant qui va naître. Joseph à qui Marie avait été accordée en mariage est concerné au premier plan par cette naissance miraculeuse. D’où dans un premier temps sa réaction remplie de délicatesse et de respect envers son épouse : il ne voulait pas la dénoncer publiquement, et décida de la renvoyer en secret. Le songe divin lui présente la volonté de Dieu et lui demande son consentement pour être le père de Jésus. Comme Marie il accepte sa mission d’époux et de père : Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Matthieu nous présente Joseph comme un juste. Ce récit de l’annonciation à Joseph nous montre qu’il est un pauvre, un homme qui accepte un dépouillement total en vue de se conformer à la volonté de Dieu. Ce dépouillement implique de sa part un double renoncement. Il renonce tout d’abord à avoir avec sa femme Marie les relations qui sont celles d’un époux avec son épouse, d’un amour qui s’exprime aussi par l’union des corps. Et ce renoncement est aussi celui de Marie à l’égard de Joseph. A ce renoncement s’en ajoute un second : il renonce à être pleinement le père de Jésus. Il ne pourra pas dire de cet enfant comme les autres pères le font avec fierté et émotion : c’est mon fils. Joseph est privé de la joie d’être géniteur, pour lui pas de paternité charnelle. C’est donc un sacrifice spirituel que Dieu demande à cet homme et ce sacrifice est grand. Le message que nous délivre l’annonciation à Joseph concerne le rapport entre l’esprit et la chair. Le mystère de l’incarnation honore la chair : Jésus est vraiment homme. Il honore aussi l’esprit : cet enfant, Sauveur de l’humanité, est le fruit en Marie de l’Esprit Saint et ses parents font le sacrifice de la relation normale entre mari et femme pour être les serviteurs d’un dessein spirituel qui les dépasse. Dans la méditation que Paul fait sur le mystère de la résurrection au chapitre 15 de sa première lettre aux Corinthiens nous trouvons une lumière sur cette relation entre la chair et l’esprit, lumière qui éclaire bien le pourquoi de la conception virginale du Christ ainsi que le mystère de l’incarnation :

Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. L’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.

dimanche 14 décembre 2025

Troisième dimanche de l'Avent / année A / 2025

 14/12/2025

Matthieu 11, 2-11

En ce troisième dimanche de l’Avent nous retrouvons la figure de Jean, non plus au début de son ministère de précurseur mais en prison, tout proche désormais de son martyre. Et voilà que Jean semble douter quant à l’identité de Jésus qu’il avait pourtant si clairement présenté au peuple comme celui qui baptiserait dans l’Esprit Saint et dans le feu, comme l’Agneau de Dieu qui enlèverait les péchés du monde… Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? Ce doute a de quoi nous étonner de la part du précurseur. Mais souvenons-nous qu’il avait annoncé un Messie juge qui brulerait les pécheurs comme de la paille dans un feu qui ne s’éteint pas… La miséricorde de Jésus envers les pécheurs a dû provoquer ce doute chez Jean. La réponse du Seigneur au questionnement du Baptiste énumère les miracles accomplis en faveur des hommes accablés par la maladie, le handicap et la crainte de la mort. Dans cette réponse il n’est pas question de jugement. Et Jésus d’ajouter comme un avertissement : Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute !

Dans la seconde partie de l’Evangile de cette liturgie Jésus dresse le portrait de Jean. Si Jean a douté de l’identité de Jésus comme Messie, Jésus, lui, ne doute pas de Jean : il est le plus grand des prophètes. Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste. Cette affirmation a de quoi nous étonner dans la bouche d’un Juif. Jean est en effet placé au-dessus d’Abraham et de Moïse ! Et si nous lisons les versets qui suivent notre Evangile nous en apprenons davantage sur la figure de Jean :

Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer. Tous les Prophètes, ainsi que la Loi, ont prophétisé jusqu’à Jean. Et, si vous voulez bien comprendre, c’est lui, le prophète Élie qui doit venir.

Jésus assimile donc la figure de Jean à celle d’Elie. Dans le canon catholique des livres bibliques les derniers versets de l’Ancien Testament (Malachie 3, 23.24) annoncent la venue du prophète Elie… Jean est l’homme de la frontière, du passage, entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. Sa grandeur tient au fait qu’il est le seul parmi les prophètes à avoir vu de ses yeux le Messie. Et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. Cette parole de Jésus donne à notre dimanche sa tonalité joyeuse. Pour la comprendre écoutons cette autre parole du Seigneur : Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. A la lumière de cette béatitude nous comprenons pourquoi le Messie donne comme signe à Jean les aveugles qui voient et les sourds qui entendent… Oui, heureux sommes-nous parce que nous vivons dans l’ère chrétienne, dans le temps de la grâce et du salut. La source de notre joie c’est bien notre foi par laquelle nous voyons le Seigneur agir dans nos vies, par laquelle nous l’entendons nous parler encore aujourd’hui.

dimanche 7 décembre 2025

Deuxième dimanche de l'Avent / année A

 7/12/2025

Isaïe 11, 1-10

Dans notre chemin spirituel de l’Avent la liturgie de la Parole nous fait entendre en ce dimanche une prophétie messianique d’Isaïe : Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Il s’agit d’un message d’espérance concernant la venue du Messie. Dans la première partie de la prophétie Isaïe nous décrit la personnalité du rameau issu de David. Ce descendant du grand roi d’Israël nous est présenté dans sa relation avec Dieu et avec les hommes. Il est habité par l’Esprit de Dieu. Il est rempli de la crainte du Seigneur, c’est-à-dire de la profonde attitude d’adoration et de respect envers Dieu. Il est un exemple parfait de piété. Dans sa relation avec les hommes le rejeton de David est perçu essentiellement dans sa fonction de juge : Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. A l’image de Dieu il connaît le cœur des hommes, c’est la raison pour laquelle il est capable de juger avec justice et non d’après les apparences. Isaïe nous montre un Messie faisant justice en particulier aux petits et aux humbles, un Messie des pauvres. Dans la synagogue de Nazareth Jésus assumera cette vision en citant à son tour le prophète Isaïe au chapitre 61 : L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération. Le Messie annoncé par les deux prophéties d’Isaïe (chapitres 11 et 61) est celui qui vient combler notre soif de justice. Confrontés au mal et à l’injustice qui semblent régner en ce monde nous nous réjouissons de connaître celui dont l’Ecriture nous dit : La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. Le dernier verset de la prophétie nous fait entrevoir que cette espérance du Messie sera universelle : Ce jour-là, la racine de Jessé, père de David, sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. Ce beau portrait annonce bien Jésus le Sauveur. Mais un passage de la prophétie ne correspond pas vraiment à ce que nous connaissons du cœur du Christ : Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. Isaïe entrevoit la justice de Dieu mais sans la miséricorde, sa prophétie est incomplète, partielle. Il en est de même pour le portrait que Jean le baptiste nous donne de Jésus dans l’Evangile : Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Jésus pendant le temps de son ministère n’a pas fait mourir le méchant ni brûler la paille, image des pécheurs, dans un feu qui ne s’éteint pas… Il n’est pas venu pour condamner, encore moins pour tuer, il est venu pour sauver les pécheurs et leur manifester l’amour sans limites du Père. Voilà ce qui manque chez Isaïe et chez Jean.

La seconde partie de la prophétie d’Isaïe nous décrit d’une manière merveilleuse les conséquences de la venue du Messie et de son règne. Un monde où toutes les créatures vivent dans la paix et sont réconciliées par la puissance de l’amour et de la justice du rameau sorti de la souche de Jessé. Le Messie nous ramènera à l’état de justice qui était celui du paradis terrestre avant l’entrée du péché dans le cœur de l’homme. C’est bien une vision paradisiaque qu’Isaïe nous fait contempler… Mais n’oublions pas l’importance du verset 9 : Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer. Ce n’est pas en faisant mourir les méchants que le Messie nous fera le don d’un monde de paix et de justice mais en répandant dans nos cœurs par l’Esprit Saint la connaissance du Seigneur. C’est dans ce contexte que nous pouvons recevoir l’appel à la conversion de Jean : Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche… Produisez donc un fruit digne de la conversion. Dieu en nous donnant le Messie, son Fils bien-aimé, nous invite à prendre librement nos responsabilités. Ce royaume de justice et de paix auquel notre cœur aspire tant nous est bien offert en Jésus-Christ mais il nous appartient de le rendre possible par notre propre conversion. C’est le point commun entre l’Avent et le Carême : dans ces deux temps de préparation Dieu nous demande de nous réveiller, de sortir de notre résignation au mal et au péché pour librement marcher sur les voix du salut et, dans la vigilance spirituelle, produire des fruits dignes de la conversion.

mardi 2 décembre 2025

Premier dimanche de l'Avent / Année A

 


30/11/2025

Matthieu 24, 37-44

Le mot « Avent » signifie venue, avènement. D’où l’Evangile selon saint Matthieu qui nous parle de l’avènement de Jésus. Ce second avènement dans la gloire nous le proclamons dans nos professions de foi et dans l’anamnèse après la consécration du pain et du vin : « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Si dans les premières générations chrétiennes cet aspect de notre foi était très important, il a perdu de son intensité au fur et à mesure que les siècles s’ajoutaient aux siècles… Et si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous constatons à quel point cette attente du second avènement du Christ n’est pas au centre de notre foi. A la petite échelle de notre vie humaine cet avènement nous semble très lointain. Nous ressemblons bien à la génération de Noé avant le déluge : on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche… Ce que Jésus nous dit de son avènement est aussi valable pour le jour de la fin de notre vie terrestre : vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient… De la même manière nous ne connaissons pas le jour de notre mort. Ce regard orienté vers un avenir que nous ne maitrisons absolument pas et qui dépend de la volonté de Dieu et de son plan de salut nous ramène finalement à notre attitude spirituelle dans le présent :  Veillez donc, tenez-vous donc prêts, vous aussi. Ces verbes sont bien conjugués au présent. Paul s’en fait l’écho dans la deuxième lecture quand il nous dit que l’heure est venue de sortir de notre sommeil. L’entrée dans le temps de l’Avent nous propose donc comme attitude spirituelle la vigilance. Cette vigilance n’est possible que dans la mesure où nous consacrons du temps à Dieu dans la prière personnelle, dans la lecture et la méditation, dans la fréquentation des sacrements par lesquels Dieu vient à notre rencontre. La vigilance chrétienne, en s’appuyant sur une relation vivante avec Dieu et sur la parole de Jésus, nous rend capable d’être attentifs aux signes des temps. La vigilance chrétienne nous permet d’être des hommes et des femmes libres, capables quand il le faut d’aller à contre-courant de la pensée dominante et de résister aussi à des messages anxiogènes. Dans le contexte médiatique actuel qui fait résonner à nos oreilles des propos agressifs en faveur de la guerre, une guerre planifiée par les dirigeants européens qui ne cessent de nous parler de réarmement (plan européen de 800 milliards d’euros !), de service militaire et d’une menace qui semble n’exister que dans leur imagination, nous avons besoin de recul et de discernement. Car la propagande n’est pas le propre des dictatures lointaines, elle existe aussi chez nous. Elle utilise comme toujours la peur alors que Jésus ne cesse de nous dire « n’ayez pas peur » ! Le chrétien vigilant ne peut approuver ces appels à se préparer à une guerre que l’on nous présente comme inéluctable et que l’on semble préférer, par idéologie et obstination, à une paix issue de négociations et de la diplomatie. Le chrétien prend au sérieux les Béatitudes : « Heureux les doux : car ils posséderont la terre ! Heureux les pacifiques, car ils seront appelés fils de Dieu ! » Comme il est bon pour nous d’entendre l’oracle du prophète Isaïe dans la première lecture, combien nous avons besoin d’inscrire ces paroles de paix au plus profond de notre cœur pour résister aux violents et aux belliqueux qui ont tendance à saturer l’espace médiatique afin de nous préparer au pire !

De leurs épées, ils forgeront des socs, et de leurs lances, des faucilles. Jamais nation contre nation ne lèvera l’épée ; ils n’apprendront plus la guerre. Venez, maison de Jacob ! Marchons à la lumière du Seigneur.