dimanche 25 janvier 2026

Troisième dimanche du temps ordinaire - Dimanche de la Parole de Dieu

 

25/01/2026

En ce troisième dimanche du temps ordinaire l’Eglise nous invite à célébrer le 7ème dimanche de la Parole de Dieu. J’ai donc fait le choix de vous parler de la Bible. Ce livre est absolument unique dans l’histoire de notre humanité, il est aussi d’une grande complexité si l’on n’a pas en main les clés qui nous en donnent le mode d’emploi. Il s’agit pour moi à travers cette introduction à l’univers de la Bible de vous donner envie de lire les livres bibliques. Ce que nous appelons Bible est en fait une bibliothèque de 73 livres différents, écrits par de nombreux auteurs dont pour certains nous ne connaissons même pas le nom, et dans des langues différentes (hébreu et grec). Le processus par lequel ces livres ont été écrits puis mis ensemble dans le canon de la Bible, d’abord judaïque puis chrétien, s’étend d’environ 1100 avant Jésus-Christ à 100 après J-C, soit 12 siècles d’histoire ! Notre mot de Bible vient d’un mot grec neutre pluriel ta biblia signifiant tout simplement « les livres ». En passant au latin le mot a été compris comme un féminin singulier biblia-ae, la Bible ou « le livre ». Nous reconnaissons dans le mot Bible la même racine que le mot bibliothèque. La Bible c’est donc en même temps le Livre par excellence et une collection de différents livres : unité et pluralité. Mon professeur d’exégèse au séminaire utilisait une belle image en disant que la Bible c’est la reliure qui tient ensemble les 73 livres ! La plupart de ces récits ont d’abord été transmis oralement puis dans un second temps mis par écrit pour les sauver de l’oubli. Quant au mot grec désignant le livre biblion il vient du nom d’une ville de l’actuel Liban, Byblos, parce que cette ville était dans l’antiquité le centre principal de l’exportation de papyrus, support principal pour les livres en forme de rouleaux de cette époque. Depuis le catéchisme de notre enfance nous savons que la Bible est divisée en deux grands ensembles : l’Ancien Testament (46 livres), appelé les Ecritures ou encore la Loi et les Prophètes à l’époque de Jésus, c’est la partie de la Bible que nous avons en commun avec les Juifs excepté les 6 livres deutérocanoniques comme par exemple Sagesse et Siracide, et le Nouveau Testament (27 livres). La frontière entre ces deux ensembles c’est la personne de Jésus. Ainsi la Bible reflète dans sa structure ce que le calendrier nous dit de la révélation divine à l’intérieur de notre histoire humaine : avant ou après J.C. L’épaisseur historique de la Bible nous rappelle que la Parole de Dieu s’incarne depuis toujours dans la Parole des hommes. La Bible, c’est Dieu qui nous adresse sa Parole en passant par la parole des auteurs inspirés. Et le sommet, la perfection de cette révélation c’est précisément le mystère de l’Incarnation par lequel la Parole n’est plus simplement un message porté par les prophètes ou une Ecriture mais une personne, Jésus, né de Marie et Verbe fait chair. [Cela est parfaitement résumé par le commencement de la lettre aux Hébreux :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. ]

Si la connaissance de l’Ancien Testament nous aide à bien comprendre le Nouveau, c’est la Révélation de Jésus qui est le critère ultime de notre interprétation de l’Ancien Testament. Saint Paul affirme clairement que pour le chrétien la plupart des préceptes de la loi ancienne ne sont plus valables y compris la circoncision :

[C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix.]

L’épaisseur historique de la Bible ainsi que le rapport singulier entre l’Ancien et le Nouveau Testament nous permettent de comprendre que les Ecritures ne sont pas un catéchisme car la doctrine est en évolution permanente entre les livres les plus anciens et les plus récents du Judaïsme d’une part, et entre la Bible juive et les livres chrétiens du Nouveau Testament d’autre part. Pour ne donner que deux exemples significatifs la foi en la vie éternelle apparaît tardivement dans l’Ancien Testament et le monothéisme strict seulement après l’exil. Si la Parole de Dieu s’incarne toujours dans une parole humaine, il est aussi essentiel de tenir compte des différents genres littéraires de la Bible. On ne lit pas et on n’interprète pas un texte législatif de la Torah de la même manière qu’une prière des Psaumes, un oracle prophétique comme un récit historique, une poésie comme un récit apocalyptique, un texte de sagesse comme une fable ou un mythe etc. Tous ces genres littéraires sont présents dans la Bible et il est important pour nous en ouvrant un livre biblique de bien connaître le genre littéraire auquel il appartient pour éviter de graves erreurs d’interprétation. Pour simplifier au maximum on peut classer les textes bibliques en 4 catégories : la première contient les textes considérés comme essentiels ou comme les plus importants, pour les Juifs la Torah (les 5 premiers livres de la Bible), pour les chrétiens les Evangiles, ensuite nous avons des livres de type historique, prophétique ou encore des livres délivrant un enseignement, une doctrine (les livres de sagesse dans l’Ancien testament et les lettres ou épitres dans le Nouveau). [La classification des livres de l’Ancien Testament n’est pas la même pour les Juifs et pour les chrétiens. Pour nous le dernier verset de l’Ancien Testament correspond à la fin du livre de Malachie (Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays !) alors que le canon juif des Ecritures s’achève avec le deuxième livre des Chroniques (Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem !).]

La complexité de la Bible nous empêche de la lire comme on lit un livre normal en commençant par la première page et en terminant par la fin, ce serait la meilleure manière de nous décourager et de nous arrêter en chemin. Par contre il est souhaitable et profitable de lire un livre biblique de manière suivie et intégrale. Il ne faut pas hésiter non plus à avoir une « Bible de travail » sur laquelle on peut noter des références en marge, surligner tel ou tel passage etc. La symphonie des Ecritures fait que la meilleure manière d’interpréter un texte biblique consiste toujours à le mettre en rapport avec un autre texte biblique, d’où la nécessité des notes en marge pour nous souvenir des consonances ou discordances que nous découvrons au fur et à mesure de notre exploration de l’univers biblique.

Dans son magnifique sermon du 13 mars 1661 consacré à la Parole de Dieu Bossuet affirme : A l’autel par l’efficacité du Saint-Esprit et par des paroles mystiques, auxquelles on ne doit point penser sans tremblement, se transforment les dons proposés au corps de Notre Seigneur Jésus-Christ ; à la chaire, par le même Esprit et encore par la puissance de la parole divine, doivent être secrètement transformés les fidèles de Jésus-Christ pour être faits son corps et ses membres… Le corps de Jésus-Christ n’est pas plus réellement dans le sacrement adorable que la vérité de Jésus-Christ est dans la prédication évangélique… Il ne faut pas croire que Jésus-Christ se sente moins outragé quand on écoute sa vérité avec peu d’attention que quand on manie son corps avec peu de soin… la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel de la vérité… ceux qu’elle ne nourrit pas, elle les tue.

 


dimanche 18 janvier 2026

2ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 18/01/2026

Jean 1, 29-34

Depuis lundi et jusqu’au mercredi des Cendres que nous célébrerons dans un mois nous vivons la première partie du temps ordinaire. L’Evangile de ce dimanche prolonge la fête du baptême du Seigneur. Nous retrouvons Jean dans sa mission de précurseur du Messie : Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. Le précurseur est celui qui révèle Jésus. Et cette révélation est confirmée par le don de l’Esprit au moment où il baptise le Messie : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Jean est bien plus que le précurseur, celui qui prépare et annonce la venue du Christ. Il est aussi témoin et prophète. Témoin de la grandeur du Christ, de sa nature divine : Avant moi il était. Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Jean prophétise dès le départ l’accomplissement de la mission du Messie au terme de sa vie, au moment de Pâque : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Au moment du baptême le regard que Jean porte sur Jésus embrasse déjà le mystère de la Passion et de la croix. Il désigne Jésus comme l’Agneau véritable qui en donnant sa vie pour nous et pour tous les hommes nous purifie de tout péché. Et c’est en raison de la grandeur de ce don divin que l’Agneau de Dieu est capable de nous baptiser non pas seulement dans l’eau comme Jean le faisait mais dans l’Esprit Saint. Le baptême dans l’eau signifiait la démarche de l’homme à la recherche de Dieu et d’une vie sainte, d’une vie nouvelle. Le baptême dans l’Esprit signifie que c’est Dieu qui nous recherche, qui vient à notre rencontre et nous appelle à Lui car Il nous a aimés le premier. Le baptême dans l’Esprit signifie le prix que nous avons pour le Seigneur. Saint Pierre nous le rappelle d’une manière magnifique dans sa première lettre :

Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous.

Le Fils de Dieu en acceptant d’être l’Agneau de Dieu nous ouvre largement l’accès à la grâce et à la paix dont nous avons tant besoin pour vivre notre vocation d’hommes et de chrétiens. Accueillons du fond de notre cœur la salutation de Paul dans la deuxième lecture :

À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

dimanche 11 janvier 2026

Baptême du Seigneur / année A / 2026

 11/01/2026

Matthieu 3, 13-17

La fête du baptême du Seigneur nous fait passer du temps de Noël au temps ordinaire, de la vie cachée de Jésus à sa vie publique. Cet événement constitue donc une transition importante dans le parcours du Messie, il est aussi un point de départ pour sa mission. Le baptême de Jean n’est pas le sacrement de baptême chrétien. Il s’agit essentiellement d’une démarche de l’homme vers Dieu, de l’homme pécheur qui s’engage à changer de vie. En demandant contre la volonté de Jean ce baptême Jésus s’abaisse non seulement dans les eaux du Jourdain mais symboliquement il se fait le frère des pécheurs que nous sommes. Dès le départ il indique qu’il est venu précisément pour les pécheurs. Le baptême que Jean donne à Jésus annonce le sacrement de baptême puisque dans le cas du Messie il n’y a pas seulement une démarche de l’homme mais aussi un don de Dieu : les cieux s’ouvrent, l’Esprit de Dieu se manifeste et la voix du Père se fait entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dans tous les sacrements chrétiens comme dans la vertu théologale de foi, c’est Dieu et son action qui sont premiers et non pas la seule démarche religieuse de l’homme.

La première et la deuxième lecture prolongent le message de l’Epiphanie en soulignant fortement que le salut de Dieu dans le Christ est offert à tous les hommes sans exception. Dans Isaïe nous pouvons lire : Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations. La visite du juif Pierre chez le centurion romain est significative de cette ouverture universelle. Le baptême chrétien contrairement à la circoncision n’est plus le rite d’un peuple particulier mais un don de Dieu offert à tous. Si la circoncision marquait une frontière entre Juifs et non-Juifs, le baptême est fondamentalement catholique, signe de l’amour et de l’appel de Dieu, il ne marque pas une séparation. Il est au contraire le moyen d’une communion sans limites entre Dieu et les hommes. La distinction entre baptisés et non-baptisés n’est pas une exclusion de ceux qui seraient en dehors, elle est toujours un appel à la totalité de la communion, une exigence d’inclusion et d’accueil de la part des chrétiens vis-à-vis des non-chrétiens. Bref elle est missionnaire dans le respect des personnes, de leur liberté, de leur histoire et de leur chemin spirituel unique et personnel. Les paroles de Pierre méritent dans ce contexte d’être méditées :

En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous.

Oui, Dieu notre Père est impartial. Paul dira la même chose dans sa lettre aux Galates : Quant à ceux qui étaient tenus pour importants – mais ce qu’ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes –, ces gens importants ne m’ont imposé aucune obligation supplémentaire.

Cette fête nous invite à être vraiment catholiques, c’est-à-dire accueillants à tous. Nous pouvons dire merci au cours de cette eucharistie pour le don du baptême et de la foi qui a fait de nous des chrétiens, des fils et des filles de Dieu, sans aucun mérite de notre part. Nous prions en particulier pour les trois catéchumènes de notre secteur paroissial, nous rendons grâce pour leur présence dans notre communauté. Ils nous redisent que les portes de nos églises, de nos communautés, et surtout de nos cœurs doivent toujours demeurer largement ouvertes pour accueillir la nouveauté de l’Evangile ainsi que les merveilles que l’Esprit de Dieu réalise en bien des personnes en-dehors de nos communautés.

dimanche 28 décembre 2025

Sainte famille 2025 / année A

 28/12/2025

Colossiens 3, 12-21

Le mystère de l’incarnation que nous célébrons en ce temps de Noël prend le visage pour l’enfant Jésus de la sainte famille. Si Jésus est vraiment homme, il a comme chacun de nous une famille et une généalogie, donc des ancêtres. C’est par cette généalogie que Matthieu commence son Evangile : Jésus est fils de David et fils d’Abraham. La famille de Jésus est en même temps semblable à nos familles et très différente, et cela en raison de la conception virginale. Cette famille est unique non seulement parce que Joseph n’est pas le père biologique de Jésus mais surtout parce que tous les membres de cette famille sont saints. Aucune famille humaine ne pourra ressembler de ce point de vue à la sainte famille de Jésus, Marie et Joseph. L’Evangile de ce dimanche nous montre Joseph comme le protecteur de Jésus et de Marie. Joseph nous enseigne que la paternité ne se limite pas à procréer par l’union des corps. La paternité est bien plus grande qu’un acte biologique qui permet le commencement d’une nouvelle vie. Elle implique de la part du père un grand sens des responsabilités, le souci permanent du bien des enfants, leur éducation et leur protection pour qu’ils puissent parvenir à l’âge adulte capables de choix libres et responsables. La paternité implique surtout amour, tendresse et patience : Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait. Le lien de l’amour est bien plus important que le lien du sang.

Dans la deuxième lecture saint Paul nous exhorte à vivre la vie chrétienne dans notre relation avec le prochain et dans notre relation avec Dieu. Ce qu’il nous dit ne s’applique pas seulement à la famille dans le sens premier du terme mais à bien des familles qui composent notre société. Nous pouvons penser par exemple à la « famille » de l’Eglise, la communauté paroissiale, la communauté monastique ou religieuse, mais aussi à la « famille » de la nation, aux familles que sont aussi d’une certaine manière les nombreuses associations dans lesquelles nous pouvons être engagés, sans oublier la « famille » professionnelle, c’est-à-dire les personnes avec lesquelles nous travaillons et avec lesquelles, notons-le, nous passons beaucoup plus de temps qu’avec notre famille humaine, du moins avant l’âge de la retraite. Pour les chrétiens que nous sommes toutes ces familles sont importantes puisqu’elles sont le lieu de l’amour du prochain. Enfin lorsque nous célébrons la sainte famille pensons aussi aux personnes qui n’ont plus de famille, que ce soit des orphelins ou des personnes âgées qui ont perdu tous les membres de leur famille. Saint Paul nous rappelle que nous ne sommes pas chrétiens par nous-mêmes, nous le sommes parce que nous avons reçu un appel de la part de Dieu : Puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience. Le don de la foi par lequel Dieu fait de nous ses enfants nous oblige à nous comporter en hommes nouveaux, à imiter Dieu lui-même dans notre conduite vis-à-vis des autres. Nous pourrions méditer ces qualités du cœur une par une : tendresse, compassion, bonté, humilité, douceur et patience. Toutes ces qualités sont le signe de la sainteté. Cette sainteté reçue de Dieu dans le Christ et par l’Esprit nous permet de nous supporter les uns les autres, nous permet de pardonner à ceux qui nous ont offensés. Cette sainteté a sa source dans l’amour de la Trinité auquel nous participons si, comme Joseph, nous demeurons à l’écoute du Seigneur avec un cœur ouvert à ses inspirations qui nous poussent toujours à accomplir le bien. Paul nous redit aussi l’importance de demeurer solidement enracinés dans l’amour de Dieu : Et que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps. Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. L’apôtre insiste particulièrement, et cela à trois reprises, sur notre capacité à reconnaître les dons de Dieu et à lui exprimer notre reconnaissance par toute notre vie. L’action de grâce est avec la foi, l’espérance et la charité l’âme de la vie chrétienne. Dans sa lettre aux Colossiens Paul nous invite vraiment à unifier notre vie dans le Christ :

Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.

C’est de cette unification spirituelle, caractéristique de l’homme nouveau, que dépend la paix dans les différentes « familles » qui font notre humanité : de notre famille humaine à la grande famille de tous les hommes et de tous les peuples, en passant par celle de la communauté chrétienne, du travail et de la nation.

jeudi 25 décembre 2025

NOEL 2025 / MESSE DU JOUR

 Jean 1, 1-18

Hier dans la messe de la nuit de Noël le verset de l’Evangile de Luc a de nouveau résonné dans nos cœurs :

Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.

Aujourd’hui dans la messe du jour Jean proclame :

Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Le contraste est saisissant entre d’une part la simplicité de Luc et d’autre part la vision grandiose de Jean. D’un côté un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire, de l’autre le Verbe éternel qui se fait chair et habite parmi nous. Et pourtant Luc et Jean nous parlent bien du même mystère, celui de l’incarnation. Le bébé de la crèche c’est le Verbe de Dieu fait chair. En effet les deux évangélistes nous disent la même chose : Dieu abolit la distance entre lui et ses créatures, Dieu désire une communion parfaite avec l’homme, et cela uniquement par surabondance d’amour. Dieu veut pour chacun d’entre nous la possibilité de vivre en communion avec lui et de connaître enfin la véritable joie, la véritable paix. Pourquoi à Bethléem et sous le règne d’Auguste ? Pourquoi pas à un autre moment de notre histoire humaine ? Seul le Père connaît le pourquoi de cette divine décision qui divise notre histoire entre un temps avant et un temps après Noël. Saint Jean dans son magnifique prologue insiste sur la différence entre l’Ancienne Alliance et la Nouvelle, celle qui commence précisément avec l’incarnation : La Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ. L’ère chrétienne est celle de la grâce et de la vérité. Avec le don du Messie la Loi de Dieu se fait intérieure à chacun de nous puisque Jésus, Fils de Dieu, est notre frère en humanité. Dans le Christ c’est l’amour miséricordieux et lui seul qui caractérise notre relation avec Dieu. Jean nous montre aussi que le mystère de l’incarnation ne supprime pas, bien au contraire, la liberté humaine, donc la nécessité de notre part de coopérer activement à la grâce de Dieu à l’exemple de Marie et de Joseph. Le mystère de l’incarnation ne supprime pas le drame de notre possible refus : Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Saint Luc dit à sa manière la même chose : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Chaque fois que nous célébrons Noël nous sommes amenés à nous poser à nouveau cette question : Y a-t-il de la place en moi pour accueillir Jésus aujourd’hui ? Jean nous parle aussi de ceux qui accueillent le mystère avec joie et gratitude : à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. En nous parlant de notre nouvelle naissance dans l’Esprit Jean nous fait comprendre le rapport entre ce qui est chair et ce qui est esprit. Dans l’incarnation la chair est honorée, elle est même divinisée puisque le Verbe s’est fait chair. En même temps la chair n’est rien sans l’esprit. Et Dieu est Esprit. Voilà pourquoi Jean nous dit que le chrétien n’est pas le fruit d’une volonté humaine mais le fruit du don de l’Esprit qui seul est capable de nous faire accéder à une relation renouvelée avec Dieu. Noël unit dans la personne du Verbe fait chair, dans l’enfant de la crèche, la chair et l’esprit. Le chrétien authentique est indissociablement terrestre et céleste. Il ne renie jamais son humanité avec ses fragilités et ses faiblesses puisqu’elle est le lieu de sa rencontre avec Dieu, le lieu de son salut. Il n’oublie jamais que sans l’Esprit de Dieu il ne peut pas devenir pleinement homme. C’est en effet dans le Verbe fait chair que nous est offerte la grâce d’accomplir notre vocation humaine. Le mystère de l’incarnation a pour but non seulement de nous diviniser mais aussi de nous humaniser. Car en nous délivrant de l’esclavage du mal et du péché, il nous rend pleinement humains. Nous comprenons à quel point depuis Noël il est impossible de séparer Dieu de l’homme et l’homme de Dieu.

Enfin Dieu qui est Esprit, incorporel et invisible, insaisissable pour notre pensée, se donne en quelque sorte à voir dans le Verbe fait chair : Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. Cette connaissance-vision de Dieu implique de notre part la foi : Il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. Dans l’Evangile de Jean nous trouvons un dialogue significatif entre Philippe et Jésus : Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? En l’an de grâce 2025, contrairement à Philippe, nous ne pouvons pas voir Jésus comme lui le voyait. Depuis l’Ascension le Verbe de Dieu fait chair n’est plus visible. Il demeure toujours notre frère, avec nous, au milieu de nous. L’Ascension n’annule pas l’Incarnation. Il s’agit pour nous de le reconnaître avec les yeux de la foi et de l’amour non seulement dans la grâce des sacrements, dans l’amitié du cœur à cœur de la prière, dans la vie de l’Eglise mais aussi dans tout homme que nous rencontrons, en particulier dans ceux qui parmi nous sont les plus petits et les plus pauvres, ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme. Noël nous redit avec force le réalisme de notre religion qui implique toujours un engagement charnel pour transformer le réel et en faire la matière du Royaume de Dieu. Ce n’est pas sans raison que Jésus dit à Nicodème qu’il s’agit pour ses disciples de « faire la vérité » :

Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

NOEL 2025 / MESSE DE LA NUIT

Luc 2, 1-14

Le récit de l’évangéliste Luc qui nous raconte la naissance de Jésus à Bethléem est très simple. L’essentiel est dit dans le verset 7 du chapitre 2 : Marie mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Et ce verset est répété au verset 12 dans le message de l’ange adressé aux bergers : Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. Le grand mystère de l’incarnation est résumé en très peu de mots, et des mots très simples. Cette simplicité du récit nous parle de l’humilité, de la petitesse, de la pauvreté de Dieu qui s’unit à notre nature humaine. Le grand signe de cette union entre Dieu et l’homme, c’est cet enfant nommé Jésus qui vient de naître dans une mangeoire destinée à nourrir les animaux de l’étable. Le lieu de la naissance du Messie est un lieu humble et pauvre parce qu’il n’y avait pas de place pour Marie et Joseph dans la salle commune. Dieu est non seulement venu à nous dans la pauvreté de la naissance de son Fils mais aussi parce que cet enfant, dès sa naissance, est en quelque sorte rejeté en dehors de la salle commune, une manière de dire qu’il n’est pas accueilli dans la société des hommes dont il est pourtant le Sauveur.

Dans le mot « incarnation » que l’Eglise utilise pour nous parler du mystère de Noël nous entendons le mot « chair ». C’est ce que saint Jean exprimera dans le prologue de son Evangile dans un style très différent de celui de Luc : Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. Dieu est Esprit. Cela signifie qu’Il n’a pas comme nous un corps, et que par conséquent il est invisible. Il dépasse infiniment les conditions qui sont celles de notre expérience humaine : l’espace et le temps. La vie de Dieu en tant qu’Esprit est radicalement différente de notre vie qui s’inscrit toujours dans un lieu déterminé et dans un temps limité, borné entre le jour de notre naissance et celui de notre mort. C’est ce Dieu Esprit, nous dit la Bible dans ses premières pages, qui est à l’origine de tout le monde créé, donc de toutes les créatures corporelles ainsi que du monde physique. A Noël Dieu-Esprit épouse la condition humaine, il fait sienne notre chair, Il prend en quelque sorte corps en naissant de Marie dans l’enfant de la crèche. Le mystère de l’incarnation réalise en un lieu donné (Bethléem) et en un moment précis de notre histoire (le règne d’Auguste) la merveilleuse union de l’Esprit et de la chair, de l’esprit et du corps. Avant la naissance de Jésus il était possible pour les hommes de vivre une certaine forme de communion avec Dieu Père et Créateur. A partir de Noël cette communion est réalisée de manière parfaite et définitive dans l’enfant qui vient de naître. Cet enfant nous ouvre le chemin d’une nouvelle relation avec Dieu.

Il est éclairant pour nous de mettre en relation l’incarnation avec la création, Jésus enfant avec Adam, le premier homme. D’après les récits de la création dans le livre de la Genèse Dieu crée l’homme et la femme adultes. Adam et Eve n’ont pas d’enfance. Ils sortent en quelque sorte directement de Dieu qui est en même temps leur père et leur mère. Dans le mystère de l’incarnation le Sauveur ne se manifeste pas dans notre humanité directement comme un adulte « tombé du ciel ». Étant véritablement notre frère en humanité, il vit notre condition humaine intégralement de la naissance à la mort. Noël est bien le commencement humble et fragile de la vie du Fils de Dieu parmi nous. En vérité nous sommes bien plus proches de Jésus que d’Adam, car tous nous sommes nés d’une mère et d’un père, tous nous avons connu l’enfance avant de devenir adultes. Dans le mystère de l’incarnation Dieu prend son temps, il entre dans le temps progressif de notre histoire humaine qui du bébé nous conduit au terme de notre vie terrestre en passant par la longue maturation de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte. Si la Bible prête à Adam une durée de vie de 930 ans, l’enfant qui vient de naître dans la crèche mourra jeune et de façon violente. Adam ignore l’enfance mais vit très vieux, alors que le Christ connaît l’enfance et meurt avant de faire l’expérience de la vieillesse. L’incarnation que nous célébrons dans le mystère de Noël nous révèle ainsi l’éternelle jeunesse de Dieu qui ne craint pas d’être enfant, faible, dépendant et sans parole, pour nous ouvrir le chemin du salut. Ainsi Dieu est pour chacun de nous un commencement, une possibilité de renaître chaque jour, quel que soit notre âge… C’est la nouvelle naissance de chaque chrétien dans le baptême, la foi, l’espérance et la charité. C’est de l’intérieur et profondément que notre nature humaine est renouvelée, rajeunie par la manifestation du Fils de Dieu dans notre chair. L’hiver de Noël est en fait le printemps de notre vie.

En nous, marqués par le péché des origines et nos propres péchés, l’esprit et la chair ont tendance à se faire la guerre. Noël nous offre enfin la réconciliation de ce qui constitue la beauté et la fragile grandeur de notre nature humaine, l’union dans une personne unique de l’esprit et du corps. Le mystère de l’incarnation unifie ce que nous avons tendance à opposer ou encore à séparer : non seulement le corps et l’esprit mais aussi l’homme et Dieu. Le mystère de Noël révèle l’union en Dieu de ce que nous sommes tentés de considérer comme des réalités incompatibles : sa justice et sa miséricorde. Noël, c’est la belle et simple manifestation de l’Amour divin qui aime à pardonner et à réconcilier, de l’Amour qui recherche toujours la communion avec nous. Nous comprenons ainsi la signification profonde du chant des anges : Oui, gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ! Car désormais la gloire de Dieu et le salut des hommes sont inséparables parce qu’en Jésus Dieu et l’homme sont unis d’une manière unique et indestructible. C’est ce qui faisait dire à saint Irénée de Lyon en une magnifique formule dont il avait l’art :

La gloire de Dieu c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme c'est la vision de Dieu : si déjà la révélation de Dieu par la création procure la vie à tous les êtres qui vivent sur la terre, combien plus la manifestation du Père par le Verbe procure-t-elle la vie à ceux qui voient Dieu.


dimanche 21 décembre 2025

4ème dimanche de l'Avent / année A / 2025

 21/12/2025

Matthieu 1, 18-24

Dans l’Evangile selon saint Luc nous trouvons le récit de l’Annonciation à Marie. Dieu demande à la jeune fille de Nazareth son consentement afin qu’elle puisse devenir la mère de son Fils par l’action en elle de l’Esprit Saint. Dieu n’impose pas à Marie sa maternité. Il respecte sa liberté de créature humaine. Saint Matthieu, lui, nous présente une annonciation à Joseph, une annonciation qui advient en songe pendant son sommeil. Le but de cette divine inspiration est de permettre à Joseph de prendre chez lui Marie son épouse alors qu’elle est enceinte « avant qu’ils aient habité ensemble ». Comme Luc Matthieu insiste sur la conception virginale par laquelle Dieu nous donne son Fils comme Sauveur. Cette conception virginale signifie que seul Dieu est le Père de l’enfant qui va naître. Joseph à qui Marie avait été accordée en mariage est concerné au premier plan par cette naissance miraculeuse. D’où dans un premier temps sa réaction remplie de délicatesse et de respect envers son épouse : il ne voulait pas la dénoncer publiquement, et décida de la renvoyer en secret. Le songe divin lui présente la volonté de Dieu et lui demande son consentement pour être le père de Jésus. Comme Marie il accepte sa mission d’époux et de père : Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse. Matthieu nous présente Joseph comme un juste. Ce récit de l’annonciation à Joseph nous montre qu’il est un pauvre, un homme qui accepte un dépouillement total en vue de se conformer à la volonté de Dieu. Ce dépouillement implique de sa part un double renoncement. Il renonce tout d’abord à avoir avec sa femme Marie les relations qui sont celles d’un époux avec son épouse, d’un amour qui s’exprime aussi par l’union des corps. Et ce renoncement est aussi celui de Marie à l’égard de Joseph. A ce renoncement s’en ajoute un second : il renonce à être pleinement le père de Jésus. Il ne pourra pas dire de cet enfant comme les autres pères le font avec fierté et émotion : c’est mon fils. Joseph est privé de la joie d’être géniteur, pour lui pas de paternité charnelle. C’est donc un sacrifice spirituel que Dieu demande à cet homme et ce sacrifice est grand. Le message que nous délivre l’annonciation à Joseph concerne le rapport entre l’esprit et la chair. Le mystère de l’incarnation honore la chair : Jésus est vraiment homme. Il honore aussi l’esprit : cet enfant, Sauveur de l’humanité, est le fruit en Marie de l’Esprit Saint et ses parents font le sacrifice de la relation normale entre mari et femme pour être les serviteurs d’un dessein spirituel qui les dépasse. Dans la méditation que Paul fait sur le mystère de la résurrection au chapitre 15 de sa première lettre aux Corinthiens nous trouvons une lumière sur cette relation entre la chair et l’esprit, lumière qui éclaire bien le pourquoi de la conception virginale du Christ ainsi que le mystère de l’incarnation :

Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel. L’Écriture dit : Le premier homme, Adam, devint un être vivant ; le dernier Adam – le Christ – est devenu l’être spirituel qui donne la vie. Ce qui vient d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais le physique ; ensuite seulement vient le spirituel. Pétri d’argile, le premier homme vient de la terre ; le deuxième homme, lui, vient du ciel. Comme Adam est fait d’argile, ainsi les hommes sont faits d’argile ; comme le Christ est du ciel, ainsi les hommes seront du ciel. Et de même que nous aurons été à l’image de celui qui est fait d’argile, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.