25ème dimanche du TO / B
20/09/09
Marc 9, 30-37 (p. 603)
Dimanche dernier saint Marc nous a rapporté la profession de foi de Pierre : « Tu es le Messie ». Cet événement a certainement été très important dans la vie commune de Jésus et de ses apôtres. Il a même constitué dans leurs relations un tournant. C’est en effet à partir de ce moment que le Seigneur commence à leur révéler le terme et le sommet de sa mission : le mystère de Pâques. Et voilà que dans notre Evangile Jésus répète cette annonce de sa mort et de sa résurrection. Ce qui est résumé ici en quelques mots a dû en fait correspondre à un enseignement plus développé donné aux disciples sur les routes de Galilée, et cela de manière strictement confidentielle. Ce n’est pas aux foules que le Seigneur annonce sa Passion et sa résurrection mais bien à ces quelques hommes qu’il a choisis et appelés pour marcher à sa suite, pour se former à son contact… Ces hommes qui, de simples disciples qu’ils étaient, devront devenir véritablement les apôtres de la foi chrétienne : les pierres de fondation de notre Eglise. Comme souvent les disciples ne comprennent pas les paroles de leur Maître. Et ils ont même peur de l’interroger ! Ne leur jetons pas trop vite la pierre… Il était quelque part normal qu’ils ne comprennent pas cette destinée pascale de Jésus. Même après Pâques, ils auront besoin du don de l’Esprit le jour de Pentecôte pour vraiment comprendre et accepter la croix et la résurrection du Seigneur. De même que nous pouvons philosopher pendant des heures sur la mort, nous préparer à notre mort, nous n’en aurons une vraie connaissance que lorsque nous passerons à notre tour par cette étape obligatoire. De même que nos mots sont inadaptés pour rendre compte de ce qu’est la résurrection et le bonheur du Paradis. Le plus surprenant n’est pas qu’ils ne comprennent pas mais bien qu’ils aient peur de demander des explications à leur Maître. Ils se souviennent probablement de la réaction sévère de Jésus lorsque Pierre a voulu le détourner de ce chemin qui passe par la croix : « Passe derrière-moi, Satan ! »
Le plus grave pour eux, ce n’est pas de ne pas tout comprendre mais bien de rester dans une logique qui est celle du monde, et c’est la suite de notre Evangile : « Ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. » En chemin, Jésus ne devait pas être toujours à leurs côtés, il devait se réserver des moments de solitude. Et ils en ont profité pour parler de leur promotion, de leur carrière… Dans un groupe comme celui des apôtres se poser ce genre de question (« qui est le plus grand ? ») est terriblement dangereux. Et la lettre de saint Jacques nous rappelle que le poison de la jalousie et des rivalités divise rapidement le groupe le plus soudé. Ils avaient peur d’interroger Jésus, maintenant ils ont honte de la conversation qu’ils viennent d’avoir, pensant qu’il n’en saurait rien. Comme Pierre après la première annonce de la Passion, leur pensée a été celle des hommes et non celle de Dieu : « Tu ne penses pas comme Dieu, mais de façon toute humaine », dit Jésus à Pierre. La grandeur évangélique est radicalement différente de la grandeur selon le monde. Alors « si quelqu’un veut être le premier » selon l’Esprit du Christ, il doit se faire le serviteur de tous. Un apôtre du Christ ne perd pas son temps à se comparer aux autres ou à chercher des titres et des honneurs, fussent-ils donnés par l’Eglise elle-même. L’apôtre cherche avant toutes choses la volonté de Dieu dans sa vie. Et cette volonté de Dieu c’est précisément qu’il se mette au service de tous ses frères les hommes pour susciter en eux la soif de Dieu. La seule grandeur pour l’apôtre, c’est de pouvoir évangéliser, c’est-à-dire porter la Bonne Nouvelle de Jésus au cœur de la vie des hommes et des femmes de son temps. L’apôtre n’a qu’un désir : inviter tous les hommes à faire l’expérience de la relation avec Dieu par Jésus dans l’Esprit. Voilà le service apostolique, celui des prêtres et des évêques. Et ce service rencontre inévitablement la croix. Car l’apôtre se heurte bien souvent à l’indifférence, au mépris, au rejet, voir à la persécution. Et la plupart de ces hommes qui parlent maintenant d’être le plus grand, d’être haut placé et estimé, finiront martyrs. Et Pierre, peut-être davantage que tous les autres, justement parce qu’il est le premier, le chef des apôtres, aura une fin édifiante de ce point de vue-là : crucifié à l’envers sur sa propre demande parce qu’il ne s’estimait pas digne de mourir comme le Christ. Quelle humilité du premier de tous les serviteurs de Dieu ! Depuis Saint Grégoire le grand l’un des plus beaux titres du pape est bien celui de serviteur des serviteurs de Dieu, dans la droite ligne de l’humilité enseignée par notre Evangile. Enfin le service apostolique est aussi accueil. Ouverture aux hommes, ouverture sans limites ni frontières, ouverture catholique. C’est dans cette ouverture faite de bienveillance, d’amitié, d’empathie, que l’apôtre peut annoncer l’Evangile comme une Bonne Nouvelle. Et ce n’est pas par hasard que Jésus met en avant l’accueil de l’enfant. Cette ouverture apostolique doit d’abord s’exercer au profit des plus petits, de ceux qui précisément ne sont pas grands selon les critères du monde.
Il s'agit tout simplement de partager par le biais du web les homélies que je compose et prononce pour les catholiques de mes paroisses chaque dimanche et jour de fête.
lundi 21 septembre 2009
lundi 7 septembre 2009
23ème dimanche du temps ordinaire
23ème dimanche du TO/B
6/09/09
Marc 7, 31-37 (p. 507)
De temps en temps la liturgie de la Parole nous fait entendre un récit de guérison, un miracle opéré par Jésus. C’est le cas en ce dimanche de rentrée scolaire. Si nous sommes honnêtes, nous pouvons nous poser la question suivante : en quoi sommes-nous concernés par cet Evangile de la guérison d’un sourd- muet ? Il n’y a probablement pas de sourd-muet dans notre assemblée… Et nous savons que les miracles, même s’ils existent toujours dans la vie de l’Eglise, ne sont pas des faits quotidiens dont nous pourrions être les témoins comme les contemporains de Jésus. Alors à quoi bon écouter ce récit évangélique s’il est uniquement le témoignage d’un fait passé sans aucune incidence dans notre vie chrétienne aujourd’hui ?
Bien sûr nous pouvons et nous devons faire une lecture spirituelle des récits de guérison que nous trouvons dans l’Evangile. Dès les Pères de l’Eglise, cette lecture a été faite et nous tenterons de la faire nous aussi en ce dimanche. Mais n’oublions jamais que l’interprétation spirituelle, pour être juste, doit s’appuyer sur le fait bien concret et bien réel qui nous est rapporté par saint Marc : Jésus guérit un sourd-muet.
Essayons donc d’imaginer un instant ce que cela signifie que d’être sourd-muet. Mettons-nous si possible dans la peau de cette homme qui ne peut ni entendre ni parler. Si nous étions sourd-muet… Je ne pourrais pas vous adresser la parole, vous ne pourriez pas m’entendre et me comprendre. Etre sourd-muet, c’est un drame que nous ne pouvons que difficilement mesurer. Etre sourd-muet, c’est être privé de l’une des caractéristiques essentielles de l’homme : la communication. Et ce même si un sourd-muet peut communiquer par écrit. En guérissant cet homme, Jésus le sort de son isolement et lui redonne la capacité d’être pleinement homme en vivant normalement en société. Le drame terrible que le sourd-muet vit jour après jour c’est celui d’un enfermement imposé sur soi-même, et de cet enfermement peut découler une certaine incapacité à raisonner, à réfléchir, à aimer et à prier. Ce handicap atteint beaucoup plus profondément notre humanité que le simple fait d’être paralysé physiquement par exemple. Un tétraplégique peut vivre davantage en humain qu’un sourd-muet.
Si nous comprenons tout cela, alors, oui, nous pouvons nous appliquer à nous-mêmes une lecture spirituelle de cette guérison. N’oublions pas que Jésus est la deuxième personne de la Sainte Trinité, la Parole de Dieu faite chair. C’est par Jésus, et avant lui dans une moindre mesure par les prophètes, que Dieu sort en quelque sorte de son silence pour nous adresser la Parole, sa Parole. Jésus est celui qui rend possible la communication, le dialogue entre nous et Dieu Notre Père. Nous avons la chance de pouvoir entendre et de pouvoir parler. Mais cet Evangile nous pose la question suivante : que faisons-nous de cette chance ? Comment utilisons-nous ce don de l’écoute et de la parole qui devrait nous permettre de grandir en humanité et en sainteté jour après jour ? Car dans la Bible, c’est Dieu et sa Parole que l’homme doit écouter en premier. Et la foi pour le Juif consiste précisément à se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour en vivre. Cet Evangile nous ramène donc en ce temps de rentrée à la question de notre relation avec Dieu. Si nous faisons les sourds, nous savons que Jésus peut nous guérir de cette surdité spirituelle, à condition que nous en ayons le désir. Dans le même mouvement cet Evangile nous demande de regarder comment nous communiquons et dialoguons les uns avec les autres. Dans cette époque hyper médiatique beaucoup déplorent l’isolement, l’enfermement sur soi, le manque de communication véritable, l’incapacité de dialoguer avec ceux qui sont différents de nous ou qui ne partagent pas nos convictions ou encore qui n’appartiennent pas à notre milieu. Et c’est ainsi que commencent les conflits et les guerres… Si aimer Dieu, c’est savoir l’écouter dans la lecture méditée de sa Parole et dans la prière, aimer notre prochain, c’est aussi prendre le temps de l’écouter. L’écoute de Dieu et celle du prochain ont un point commun : nous faisons l’effort d’écouter celui qui n’est pas nous, celui qui est différent. Nous sortons de notre enfermement sur notre personne, nos petits soucis et problèmes, nos désirs et nos volontés. Ecouter Dieu et le prochain demande du respect. Ce respect dans l’écoute de notre prochain va de pair avec la patience, le pardon et surtout l’empathie : cette capacité de l’amour à se mettre à la place de l’autre pour partager ses souffrances, ses joies, ses interrogations, sans le juger ni le condamner. Nous pouvons aussi parler. Notre parole peut donner la vie comme elle peut tuer. Ne banalisons pas notre parole avec des formules toutes faites, « Comment ça va ? », et qui ne nous engagent pas. Apprenons l’art de parler pour consoler, encourager, conseiller, remercier toujours dans l’Esprit du Seigneur Jésus : Esprit d’Amour entre le Père et le Fils.
Amen.
6/09/09
Marc 7, 31-37 (p. 507)
De temps en temps la liturgie de la Parole nous fait entendre un récit de guérison, un miracle opéré par Jésus. C’est le cas en ce dimanche de rentrée scolaire. Si nous sommes honnêtes, nous pouvons nous poser la question suivante : en quoi sommes-nous concernés par cet Evangile de la guérison d’un sourd- muet ? Il n’y a probablement pas de sourd-muet dans notre assemblée… Et nous savons que les miracles, même s’ils existent toujours dans la vie de l’Eglise, ne sont pas des faits quotidiens dont nous pourrions être les témoins comme les contemporains de Jésus. Alors à quoi bon écouter ce récit évangélique s’il est uniquement le témoignage d’un fait passé sans aucune incidence dans notre vie chrétienne aujourd’hui ?
Bien sûr nous pouvons et nous devons faire une lecture spirituelle des récits de guérison que nous trouvons dans l’Evangile. Dès les Pères de l’Eglise, cette lecture a été faite et nous tenterons de la faire nous aussi en ce dimanche. Mais n’oublions jamais que l’interprétation spirituelle, pour être juste, doit s’appuyer sur le fait bien concret et bien réel qui nous est rapporté par saint Marc : Jésus guérit un sourd-muet.
Essayons donc d’imaginer un instant ce que cela signifie que d’être sourd-muet. Mettons-nous si possible dans la peau de cette homme qui ne peut ni entendre ni parler. Si nous étions sourd-muet… Je ne pourrais pas vous adresser la parole, vous ne pourriez pas m’entendre et me comprendre. Etre sourd-muet, c’est un drame que nous ne pouvons que difficilement mesurer. Etre sourd-muet, c’est être privé de l’une des caractéristiques essentielles de l’homme : la communication. Et ce même si un sourd-muet peut communiquer par écrit. En guérissant cet homme, Jésus le sort de son isolement et lui redonne la capacité d’être pleinement homme en vivant normalement en société. Le drame terrible que le sourd-muet vit jour après jour c’est celui d’un enfermement imposé sur soi-même, et de cet enfermement peut découler une certaine incapacité à raisonner, à réfléchir, à aimer et à prier. Ce handicap atteint beaucoup plus profondément notre humanité que le simple fait d’être paralysé physiquement par exemple. Un tétraplégique peut vivre davantage en humain qu’un sourd-muet.
Si nous comprenons tout cela, alors, oui, nous pouvons nous appliquer à nous-mêmes une lecture spirituelle de cette guérison. N’oublions pas que Jésus est la deuxième personne de la Sainte Trinité, la Parole de Dieu faite chair. C’est par Jésus, et avant lui dans une moindre mesure par les prophètes, que Dieu sort en quelque sorte de son silence pour nous adresser la Parole, sa Parole. Jésus est celui qui rend possible la communication, le dialogue entre nous et Dieu Notre Père. Nous avons la chance de pouvoir entendre et de pouvoir parler. Mais cet Evangile nous pose la question suivante : que faisons-nous de cette chance ? Comment utilisons-nous ce don de l’écoute et de la parole qui devrait nous permettre de grandir en humanité et en sainteté jour après jour ? Car dans la Bible, c’est Dieu et sa Parole que l’homme doit écouter en premier. Et la foi pour le Juif consiste précisément à se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu pour en vivre. Cet Evangile nous ramène donc en ce temps de rentrée à la question de notre relation avec Dieu. Si nous faisons les sourds, nous savons que Jésus peut nous guérir de cette surdité spirituelle, à condition que nous en ayons le désir. Dans le même mouvement cet Evangile nous demande de regarder comment nous communiquons et dialoguons les uns avec les autres. Dans cette époque hyper médiatique beaucoup déplorent l’isolement, l’enfermement sur soi, le manque de communication véritable, l’incapacité de dialoguer avec ceux qui sont différents de nous ou qui ne partagent pas nos convictions ou encore qui n’appartiennent pas à notre milieu. Et c’est ainsi que commencent les conflits et les guerres… Si aimer Dieu, c’est savoir l’écouter dans la lecture méditée de sa Parole et dans la prière, aimer notre prochain, c’est aussi prendre le temps de l’écouter. L’écoute de Dieu et celle du prochain ont un point commun : nous faisons l’effort d’écouter celui qui n’est pas nous, celui qui est différent. Nous sortons de notre enfermement sur notre personne, nos petits soucis et problèmes, nos désirs et nos volontés. Ecouter Dieu et le prochain demande du respect. Ce respect dans l’écoute de notre prochain va de pair avec la patience, le pardon et surtout l’empathie : cette capacité de l’amour à se mettre à la place de l’autre pour partager ses souffrances, ses joies, ses interrogations, sans le juger ni le condamner. Nous pouvons aussi parler. Notre parole peut donner la vie comme elle peut tuer. Ne banalisons pas notre parole avec des formules toutes faites, « Comment ça va ? », et qui ne nous engagent pas. Apprenons l’art de parler pour consoler, encourager, conseiller, remercier toujours dans l’Esprit du Seigneur Jésus : Esprit d’Amour entre le Père et le Fils.
Amen.
samedi 8 août 2009
19ème dimanche du temps ordinaire
19ème dimanche du TO / B
9/08/09
Jean 6, 41-51 (p. 311)
Nous continuons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Le passage qui nous est proposé par la liturgie commence avec les récriminations des Juifs. Ces récriminations sont en fait des plaintes, des murmures, des manifestations de désaccord et d’incompréhension… C’est le terme « technique » utilisé par l’Ancien Testament pour désigner ces moments tendus lors des 40 années passées dans le désert, moments au cours desquels le peuple se révolte contre Moïse et lui fait de vifs reproches, souvent à cause du manque de nourriture et d’eau. Ici ces récriminations sont contre Jésus. Quelle est pour les Juifs la pierre d’achoppement dans ce que Jésus leur enseigne ? Ils le disent très clairement :
« Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors, comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? »
En annonçant le mystère de l’eucharistie, pain descendu du ciel, Jésus annonce son propre mystère, celui de son identité profonde de Fils de Dieu. Les Juifs butent car ils n’ont pas accès pour le moment au mystère de l’incarnation. Ils pensent avoir en face d’eux un grand prophète, un Maître en religion, capable d’opérer des signes, mais un homme, rien qu’un homme. Ils ne peuvent pas voir à travers le voile de son humanité sa divinité, le fait que précisément son origine n’est pas en Joseph, mais bien en Dieu, le fait que par le mystère de l’incarnation il soit « descendu du ciel ».
Dans sa réponse très développée, Notre Seigneur ne cherche pas à se défendre ou à se justifier. Il enseigne inlassablement ce peuple à la nuque raide. Il répète comme un bon pédagogue. D’une certaine manière, c’est Jésus lui-même qui trouve des excuses à leurs récriminations : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi… » La foi en Jésus est une grâce, un don de Dieu. En même temps le Seigneur souligne leur manque de foi véritable : « Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi ». Si ces Juifs qui récriminent contre Jésus connaissaient vraiment le Père par la foi, ils réagiraient autrement. Ils accepteraient la révélation du pain de vie et celle du Fils.
Dans le contexte de cette annonce de l’eucharistie et de ce scandale à propos de son identité, Jésus va une fois encore les appeler à la foi : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle ». Ces Juifs qui prétendent croire en Dieu doivent aussi croire en son envoyé, Jésus. Pour les attirer à lui, il leur parle de la vie éternelle. En mettant peut-être la barre un peu haut car ceux qui récriminent contre lui ont des préoccupations beaucoup moins spirituelles. Cet enseignement du Christ en saint Jean nous montre le lien très étroit qui existe entre tous les mystères de notre foi. Au centre il y a bien l’annonce de ce pain de vie descendu du ciel. Mais en parlant de l’eucharistie, Jésus ne peut faire autrement que de parler du mystère de sa propre personne (l’incarnation) et du don de la foi. L’eucharistie est un sacrement qui nous renvoie toujours au Christ, au Verbe fait chair. L’eucharistie est toujours le sacrement de la foi. Et ce n’est pas par hasard si au cœur de la prière eucharistique le prêtre invite les fidèles à proclamer leur foi dans le mystère du Christ. Il est grand le mystère de la foi. Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.
A la fin de cet Evangile, Jésus veut aller encore plus loin dans la révélation de l’eucharistie : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Au début les Juifs butaient sur le mystère de l’incarnation, en ne parvenant pas à voir en Jésus de Nazareth plus qu’un grand prophète… Et voilà qu’il leur annonce, au futur (« Le pain que je donnerai »), son sacrifice sur le bois de la croix (« c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie »)… Dimanche prochain nous verrons à quel point cette annonce va relancer les récriminations contre Jésus !
L’Evangile de ce dimanche nous rappelle en tout cas que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Et que même des personnes professant leur foi en Dieu à l’intérieur d’une tradition religieuse sont toujours remises en question par les vérités de foi. Dieu demeure toujours le plus grand, il demeure transcendant, même lorsque, librement, il décide d’épouser notre humanité et de se faire l’un de nous. Même lorsque librement il veut se faire notre nourriture spirituelle dans l’eucharistie. L’incarnation et l’eucharistie nous montrent un Dieu qui s’abaisse. Et il nous faut une foi encore plus grande pour l’accepter et surtout pour comprendre que cet abaissement est le signe le plus manifeste de la toute puissance de son amour à notre égard. Car du point de vue de Dieu, est vraiment grand celui qui est vraiment généreux, celui qui, par amour, est prêt à s’abaisser ! Amen
9/08/09
Jean 6, 41-51 (p. 311)
Nous continuons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Le passage qui nous est proposé par la liturgie commence avec les récriminations des Juifs. Ces récriminations sont en fait des plaintes, des murmures, des manifestations de désaccord et d’incompréhension… C’est le terme « technique » utilisé par l’Ancien Testament pour désigner ces moments tendus lors des 40 années passées dans le désert, moments au cours desquels le peuple se révolte contre Moïse et lui fait de vifs reproches, souvent à cause du manque de nourriture et d’eau. Ici ces récriminations sont contre Jésus. Quelle est pour les Juifs la pierre d’achoppement dans ce que Jésus leur enseigne ? Ils le disent très clairement :
« Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors, comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? »
En annonçant le mystère de l’eucharistie, pain descendu du ciel, Jésus annonce son propre mystère, celui de son identité profonde de Fils de Dieu. Les Juifs butent car ils n’ont pas accès pour le moment au mystère de l’incarnation. Ils pensent avoir en face d’eux un grand prophète, un Maître en religion, capable d’opérer des signes, mais un homme, rien qu’un homme. Ils ne peuvent pas voir à travers le voile de son humanité sa divinité, le fait que précisément son origine n’est pas en Joseph, mais bien en Dieu, le fait que par le mystère de l’incarnation il soit « descendu du ciel ».
Dans sa réponse très développée, Notre Seigneur ne cherche pas à se défendre ou à se justifier. Il enseigne inlassablement ce peuple à la nuque raide. Il répète comme un bon pédagogue. D’une certaine manière, c’est Jésus lui-même qui trouve des excuses à leurs récriminations : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi… » La foi en Jésus est une grâce, un don de Dieu. En même temps le Seigneur souligne leur manque de foi véritable : « Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi ». Si ces Juifs qui récriminent contre Jésus connaissaient vraiment le Père par la foi, ils réagiraient autrement. Ils accepteraient la révélation du pain de vie et celle du Fils.
Dans le contexte de cette annonce de l’eucharistie et de ce scandale à propos de son identité, Jésus va une fois encore les appeler à la foi : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle ». Ces Juifs qui prétendent croire en Dieu doivent aussi croire en son envoyé, Jésus. Pour les attirer à lui, il leur parle de la vie éternelle. En mettant peut-être la barre un peu haut car ceux qui récriminent contre lui ont des préoccupations beaucoup moins spirituelles. Cet enseignement du Christ en saint Jean nous montre le lien très étroit qui existe entre tous les mystères de notre foi. Au centre il y a bien l’annonce de ce pain de vie descendu du ciel. Mais en parlant de l’eucharistie, Jésus ne peut faire autrement que de parler du mystère de sa propre personne (l’incarnation) et du don de la foi. L’eucharistie est un sacrement qui nous renvoie toujours au Christ, au Verbe fait chair. L’eucharistie est toujours le sacrement de la foi. Et ce n’est pas par hasard si au cœur de la prière eucharistique le prêtre invite les fidèles à proclamer leur foi dans le mystère du Christ. Il est grand le mystère de la foi. Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire.
A la fin de cet Evangile, Jésus veut aller encore plus loin dans la révélation de l’eucharistie : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Au début les Juifs butaient sur le mystère de l’incarnation, en ne parvenant pas à voir en Jésus de Nazareth plus qu’un grand prophète… Et voilà qu’il leur annonce, au futur (« Le pain que je donnerai »), son sacrifice sur le bois de la croix (« c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie »)… Dimanche prochain nous verrons à quel point cette annonce va relancer les récriminations contre Jésus !
L’Evangile de ce dimanche nous rappelle en tout cas que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées. Et que même des personnes professant leur foi en Dieu à l’intérieur d’une tradition religieuse sont toujours remises en question par les vérités de foi. Dieu demeure toujours le plus grand, il demeure transcendant, même lorsque, librement, il décide d’épouser notre humanité et de se faire l’un de nous. Même lorsque librement il veut se faire notre nourriture spirituelle dans l’eucharistie. L’incarnation et l’eucharistie nous montrent un Dieu qui s’abaisse. Et il nous faut une foi encore plus grande pour l’accepter et surtout pour comprendre que cet abaissement est le signe le plus manifeste de la toute puissance de son amour à notre égard. Car du point de vue de Dieu, est vraiment grand celui qui est vraiment généreux, celui qui, par amour, est prêt à s’abaisser ! Amen
dimanche 2 août 2009
18ème dimanche du temps ordinaire
18ème dimanche du temps ordinaire / B
2/08/09
Jean 6, 24-35 (p. 263)
Nous poursuivons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Dans le prolongement de la multiplication des pains, nous trouvons le commencement du discours de Jésus consacré au Pain de vie. Ce discours est en fait un dialogue dans lequel Jésus à la fois enseigne et à la fois répond aux questions de ses interlocuteurs. Avant d’entrer dans le détail de cet enseignement – dialogue, il est important de relever que Jésus et ses auditeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde. Et il en va de même pour nous aujourd’hui. Nous avons beau être les disciples du Christ, cela ne nous dispense jamais de nous mettre sur la même longueur d’onde que Lui. C’est cela se convertir : adapter notre mentalité, nos pensées, nos actes à la Parole du Christ tel que nous la recevons dans les Evangiles et en Eglise. Ne lisons pas cette page d’Evangile comme une discussion théologique du passé. Trouvons-y avec l’aide de l’Esprit-Saint notre nourriture pour devenir de meilleurs chrétiens.
Après le signe grandiose de la multiplication des pains, et l’échec, rappelons-le, de l’intronisation de Jésus comme roi, les foules se mettent à la recherche du Seigneur. Et cette recherche n’a rien de spirituel ! D’où le commentaire du Seigneur : « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Nous travaillons pour vivre, pour gagner de l’argent. Et cela est normal. Mais nous savons bien que de toute notre activité, il ne restera rien, si nous ne mettons pas le Christ au centre. Tout ce qui est matériel, l’argent y compris, est passager. Job, l’homme dépossédé de tous ses biens et de sa santé, l’avait bien compris quand il s’exclamait : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu aussi j’y retournerai. » Déjà en 1914, Charles Péguy constatait avec amertume que l’Argent, telle une divinité toute-puissante, dirigeait notre monde moderne : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est maître sans limitation et sans mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.) Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul devant Dieu. » Etre chrétien, c’est donc retrouver cette sagesse qui consiste à travailler pour la nourriture qui ne se perd pas dans un monde devenu esclave du pouvoir de l’argent et de la matière. Etre chrétien, c’est être libre. Et les Juifs de notre Evangile demandent à Jésus ce qu’il faut faire pour travailler aux œuvres de Dieu. Ils sont de bonne volonté. « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé. » Eux parlent de « faire » quelque chose, Jésus leur demande leur foi : « Croyez en moi, c’est ainsi que vous travaillerez en vue de la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Notre foi en Jésus Sauveur est une véritable force. Et nous voyons à quel point justement l’absence de foi, ou une foi tiède, ou encore l’indifférence, laissent la place libre pour les idoles de notre monde actuel. La foi seule nous permet de résister et de demeurer libres dans le Christ en vue de la vie éternelle et bienheureuse à laquelle nous sommes appelés. Malheureusement les Juifs ne comprennent toujours pas et demeurent empêtrés dans le monde matériel : ils réclament un signe et parlent de « faire une œuvre », alors que Jésus attend leur foi. Et c’est dans ce contexte d’incompréhension que le Seigneur va commencer à révéler une réalité nouvelle, le Pain de vie, réalité annoncée par la manne autrefois : « Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » La vraie vie, la vie spirituelle, la vie de l’âme ne peut venir des progrès scientifiques et techniques, elle ne vient pas non plus de notre compte en banque… La médecine nous permet de vivre plus longtemps. Mais seul le Pain de Dieu, pain de sa Parole et pain eucharistique, nous permet de vivre mieux, de vivre vraiment. Nous n’avons jamais autant parlé de la qualité de vie qu’aujourd’hui… La vraie qualité de vie va de pair avec un cœur qui est dans la joie et la paix, un cœur qui se sait aimé par le Seigneur. Et cet amour du Seigneur est gratuit… Les Juifs commencent à comprendre, ils appelaient Jésus « Maître », ils l’appellent maintenant « Seigneur » : « Donne-nous de ce pain-là, toujours. » Leur faim commence à devenir spirituelle. Et Jésus s’appuie sur leur petit désir, leurs premiers pas dans la voie de l’Esprit, pour leur révéler le grand mystère : Ce pain de Dieu, c’est lui-même ! « Je suis le pain de la vie ». Et il en profite pour leur rappeler l’importance de la foi sur ce chemin : « Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »
Au début du discours sur le Pain de Vie, Jésus, l’envoyé du Père, nous invite à une foi renouvelée en Lui. L’eucharistie est bien le sacrement de la foi. Cette foi en Jésus Vivant et présent, nous la proclamons non seulement par le Credo, mais aussi au cœur de la prière eucharistique, et par notre « Amen » avant de communier. Seule cette foi ne déçoit point. Tout passe ici bas, sauf le Christ et sa Parole. Croire en Lui, c’est déjà faire de notre cœur une terre de paradis.
2/08/09
Jean 6, 24-35 (p. 263)
Nous poursuivons en ce dimanche notre méditation du chapitre 6 de saint Jean. Dans le prolongement de la multiplication des pains, nous trouvons le commencement du discours de Jésus consacré au Pain de vie. Ce discours est en fait un dialogue dans lequel Jésus à la fois enseigne et à la fois répond aux questions de ses interlocuteurs. Avant d’entrer dans le détail de cet enseignement – dialogue, il est important de relever que Jésus et ses auditeurs ne sont pas sur la même longueur d’onde. Et il en va de même pour nous aujourd’hui. Nous avons beau être les disciples du Christ, cela ne nous dispense jamais de nous mettre sur la même longueur d’onde que Lui. C’est cela se convertir : adapter notre mentalité, nos pensées, nos actes à la Parole du Christ tel que nous la recevons dans les Evangiles et en Eglise. Ne lisons pas cette page d’Evangile comme une discussion théologique du passé. Trouvons-y avec l’aide de l’Esprit-Saint notre nourriture pour devenir de meilleurs chrétiens.
Après le signe grandiose de la multiplication des pains, et l’échec, rappelons-le, de l’intronisation de Jésus comme roi, les foules se mettent à la recherche du Seigneur. Et cette recherche n’a rien de spirituel ! D’où le commentaire du Seigneur : « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Nous travaillons pour vivre, pour gagner de l’argent. Et cela est normal. Mais nous savons bien que de toute notre activité, il ne restera rien, si nous ne mettons pas le Christ au centre. Tout ce qui est matériel, l’argent y compris, est passager. Job, l’homme dépossédé de tous ses biens et de sa santé, l’avait bien compris quand il s’exclamait : « Nu je suis sorti du ventre de ma mère, nu aussi j’y retournerai. » Déjà en 1914, Charles Péguy constatait avec amertume que l’Argent, telle une divinité toute-puissante, dirigeait notre monde moderne : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est maître sans limitation et sans mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul en face de l’esprit. (Et même il est seul en face des autres matières.) Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul devant Dieu. » Etre chrétien, c’est donc retrouver cette sagesse qui consiste à travailler pour la nourriture qui ne se perd pas dans un monde devenu esclave du pouvoir de l’argent et de la matière. Etre chrétien, c’est être libre. Et les Juifs de notre Evangile demandent à Jésus ce qu’il faut faire pour travailler aux œuvres de Dieu. Ils sont de bonne volonté. « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyez en celui qu’il a envoyé. » Eux parlent de « faire » quelque chose, Jésus leur demande leur foi : « Croyez en moi, c’est ainsi que vous travaillerez en vue de la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle. » Notre foi en Jésus Sauveur est une véritable force. Et nous voyons à quel point justement l’absence de foi, ou une foi tiède, ou encore l’indifférence, laissent la place libre pour les idoles de notre monde actuel. La foi seule nous permet de résister et de demeurer libres dans le Christ en vue de la vie éternelle et bienheureuse à laquelle nous sommes appelés. Malheureusement les Juifs ne comprennent toujours pas et demeurent empêtrés dans le monde matériel : ils réclament un signe et parlent de « faire une œuvre », alors que Jésus attend leur foi. Et c’est dans ce contexte d’incompréhension que le Seigneur va commencer à révéler une réalité nouvelle, le Pain de vie, réalité annoncée par la manne autrefois : « Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. » La vraie vie, la vie spirituelle, la vie de l’âme ne peut venir des progrès scientifiques et techniques, elle ne vient pas non plus de notre compte en banque… La médecine nous permet de vivre plus longtemps. Mais seul le Pain de Dieu, pain de sa Parole et pain eucharistique, nous permet de vivre mieux, de vivre vraiment. Nous n’avons jamais autant parlé de la qualité de vie qu’aujourd’hui… La vraie qualité de vie va de pair avec un cœur qui est dans la joie et la paix, un cœur qui se sait aimé par le Seigneur. Et cet amour du Seigneur est gratuit… Les Juifs commencent à comprendre, ils appelaient Jésus « Maître », ils l’appellent maintenant « Seigneur » : « Donne-nous de ce pain-là, toujours. » Leur faim commence à devenir spirituelle. Et Jésus s’appuie sur leur petit désir, leurs premiers pas dans la voie de l’Esprit, pour leur révéler le grand mystère : Ce pain de Dieu, c’est lui-même ! « Je suis le pain de la vie ». Et il en profite pour leur rappeler l’importance de la foi sur ce chemin : « Celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »
Au début du discours sur le Pain de Vie, Jésus, l’envoyé du Père, nous invite à une foi renouvelée en Lui. L’eucharistie est bien le sacrement de la foi. Cette foi en Jésus Vivant et présent, nous la proclamons non seulement par le Credo, mais aussi au cœur de la prière eucharistique, et par notre « Amen » avant de communier. Seule cette foi ne déçoit point. Tout passe ici bas, sauf le Christ et sa Parole. Croire en Lui, c’est déjà faire de notre cœur une terre de paradis.
mardi 28 juillet 2009
17ème dimanche du temps ordinaire
17ème dimanche du TO/B
26/07/09
Jean 6, 1-15 (p. 212)
Avec le récit de la multiplication des pains nous commençons en ce dimanche notre lecture du chapitre 6 de saint Jean : chapitre eucharistique consacré au Pain de vie.
Je vous propose de méditer la multiplication des pains comme un enseignement sur le rapport entre la grâce et la nature, Dieu et l’homme.
Il y a là sur la montagne, une colline dominant le lac, une grande foule venue écouter Jésus. Les disciples et les apôtres sont là aussi. Et voilà que se pose la question toute pratique de la nourriture de ces nombreuses personnes en un lieu désert. Et c’est le Seigneur qui pose cette question à son apôtre Philippe « pour le mettre à l’épreuve » : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Jésus a décidé de faire un signe en faveur de cette foule fatiguée et affamée mais il veut aussi éduquer ses apôtres. S’il les met ainsi à l’épreuve, c’est bien pour les faire passer d’une pensée toute naturelle à une pensée surnaturelle ou pour le dire autrement d’une vue selon la seule raison à une vue selon la foi. Et Philippe répond selon le bon sens humain, selon la raison : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain ». C’est comme s’il disait à son Maître : ce que tu nous demandes là est impossible ! L’intervention d’André quant à elle est intéressante… Elle témoigne d’un commencement d’espérance face à une situation apparemment sans issue : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons… ». Peut-être avait-il prévu le pique-nique champêtre pour lui et les membres de sa famille… Mais André demeure bien au seul niveau de la nature humaine, du raisonnable : « Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus va alors faire ce signe de la multiplication des pains. Non pas à partir de rien, comme quand Dieu créa le monde, mais bien à partir des cinq pains et des deux poissons. Ce qui signifie que le geste surnaturel du Seigneur utilise la nature. Il n’y a pas opposition entre le domaine de la grâce surnaturelle et le domaine de la nature créée. Cette complémentarité entre la nature et la grâce, nous la retrouvons dans tout le christianisme, et d’abord dans le mystère de l’incarnation. Comment le Fils de Dieu est-il venu au monde ? Par le « oui » et le corps de la Vierge Marie, donc selon la nature humaine, et par l’action en elle du Saint-Esprit, donc de manière surnaturelle, divine. Et c’est pour cela que Jésus est en vérité vrai Dieu et vrai homme, médiateur entre Dieu et les hommes. C’est dans la lumière de ce mystère de l’incarnation, que nous comprenons alors les sacrements, particulièrement le sacrement de l’eucharistie. En instituant l’eucharistie, Jésus a pris des éléments naturels, le pain et le vin, pour en faire son corps et son sang. Il ne peut y avoir d’eucharistie, donc de présence vivante et sacramentelle du Seigneur Jésus à son Eglise, sans la nature (le pain) et sans le surnaturel (l’action de l’Esprit-Saint). Il ne peut y avoir d’eucharistie dans le sens plénier du sacrement sans notre participation intérieure et extérieure au mystère. Au moment de la préparation des dons, le prêtre dit à voix basse, en versant une goutte d’eau dans le calice, la prière suivante : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. » Remarquez bien le lien fait par la liturgie entre le mystère de l’incarnation et celui de l’eucharistie. Dans l’eucharistie sont en quelque sorte mêlés Dieu et l’homme, le surnaturel et la nature. Et au moment de la préparation des dons, alors que le prêtre présente à Dieu le pain et le vin, nous devons nous offrir nous aussi au Père avec toute notre personne et toute notre vie, avec ce qui est lumineux en nous comme avec les parts d’ombre que nous portons... Nous apportons ce qui relève du domaine de notre nature humaine, sanctifiée par le baptême, pour qu’elle soit élevée, assumée, transfigurée dans l’amour surnaturel du Seigneur, pour qu’elle soit davantage divinisée. Le corps ecclésial (chaque baptisé en communion de foi, d’espérance et de charité avec les autres baptisés) et le corps eucharistique sont des réalités inséparables. Voilà jusqu’où peuvent nous mener les cinq pains et les deux poissons utilisés par Jésus pour nourrir toute une foule…
Saint Jean relève qu’il resta après le repas douze paniers de nourriture. Comme les douze tribus d’Israël et comme les douze apôtres du Seigneur… Le pain multiplié, signe du pain eucharistique, est non seulement surabondant mais inépuisable. Il ne manquera jamais à l’Eglise jusqu’à la fin des temps. La fin du récit de la multiplication des pains nous montre que la foule rassasiée en est restée au niveau de la nature, elle n’a pas encore compris le message de grâce. Cette foule veut en effet faire de Jésus un roi temporel, un Messie-Prophète impliqué directement dans les affaires de ce monde qui passe. Et le Seigneur est obligé de s’enfuir, jusqu’au moment de la Passion où il sera vraiment Roi de manière divine et surnaturelle, selon la volonté du Père et non selon les vues des hommes !
26/07/09
Jean 6, 1-15 (p. 212)
Avec le récit de la multiplication des pains nous commençons en ce dimanche notre lecture du chapitre 6 de saint Jean : chapitre eucharistique consacré au Pain de vie.
Je vous propose de méditer la multiplication des pains comme un enseignement sur le rapport entre la grâce et la nature, Dieu et l’homme.
Il y a là sur la montagne, une colline dominant le lac, une grande foule venue écouter Jésus. Les disciples et les apôtres sont là aussi. Et voilà que se pose la question toute pratique de la nourriture de ces nombreuses personnes en un lieu désert. Et c’est le Seigneur qui pose cette question à son apôtre Philippe « pour le mettre à l’épreuve » : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Jésus a décidé de faire un signe en faveur de cette foule fatiguée et affamée mais il veut aussi éduquer ses apôtres. S’il les met ainsi à l’épreuve, c’est bien pour les faire passer d’une pensée toute naturelle à une pensée surnaturelle ou pour le dire autrement d’une vue selon la seule raison à une vue selon la foi. Et Philippe répond selon le bon sens humain, selon la raison : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun ait un petit morceau de pain ». C’est comme s’il disait à son Maître : ce que tu nous demandes là est impossible ! L’intervention d’André quant à elle est intéressante… Elle témoigne d’un commencement d’espérance face à une situation apparemment sans issue : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons… ». Peut-être avait-il prévu le pique-nique champêtre pour lui et les membres de sa famille… Mais André demeure bien au seul niveau de la nature humaine, du raisonnable : « Mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus va alors faire ce signe de la multiplication des pains. Non pas à partir de rien, comme quand Dieu créa le monde, mais bien à partir des cinq pains et des deux poissons. Ce qui signifie que le geste surnaturel du Seigneur utilise la nature. Il n’y a pas opposition entre le domaine de la grâce surnaturelle et le domaine de la nature créée. Cette complémentarité entre la nature et la grâce, nous la retrouvons dans tout le christianisme, et d’abord dans le mystère de l’incarnation. Comment le Fils de Dieu est-il venu au monde ? Par le « oui » et le corps de la Vierge Marie, donc selon la nature humaine, et par l’action en elle du Saint-Esprit, donc de manière surnaturelle, divine. Et c’est pour cela que Jésus est en vérité vrai Dieu et vrai homme, médiateur entre Dieu et les hommes. C’est dans la lumière de ce mystère de l’incarnation, que nous comprenons alors les sacrements, particulièrement le sacrement de l’eucharistie. En instituant l’eucharistie, Jésus a pris des éléments naturels, le pain et le vin, pour en faire son corps et son sang. Il ne peut y avoir d’eucharistie, donc de présence vivante et sacramentelle du Seigneur Jésus à son Eglise, sans la nature (le pain) et sans le surnaturel (l’action de l’Esprit-Saint). Il ne peut y avoir d’eucharistie dans le sens plénier du sacrement sans notre participation intérieure et extérieure au mystère. Au moment de la préparation des dons, le prêtre dit à voix basse, en versant une goutte d’eau dans le calice, la prière suivante : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. » Remarquez bien le lien fait par la liturgie entre le mystère de l’incarnation et celui de l’eucharistie. Dans l’eucharistie sont en quelque sorte mêlés Dieu et l’homme, le surnaturel et la nature. Et au moment de la préparation des dons, alors que le prêtre présente à Dieu le pain et le vin, nous devons nous offrir nous aussi au Père avec toute notre personne et toute notre vie, avec ce qui est lumineux en nous comme avec les parts d’ombre que nous portons... Nous apportons ce qui relève du domaine de notre nature humaine, sanctifiée par le baptême, pour qu’elle soit élevée, assumée, transfigurée dans l’amour surnaturel du Seigneur, pour qu’elle soit davantage divinisée. Le corps ecclésial (chaque baptisé en communion de foi, d’espérance et de charité avec les autres baptisés) et le corps eucharistique sont des réalités inséparables. Voilà jusqu’où peuvent nous mener les cinq pains et les deux poissons utilisés par Jésus pour nourrir toute une foule…
Saint Jean relève qu’il resta après le repas douze paniers de nourriture. Comme les douze tribus d’Israël et comme les douze apôtres du Seigneur… Le pain multiplié, signe du pain eucharistique, est non seulement surabondant mais inépuisable. Il ne manquera jamais à l’Eglise jusqu’à la fin des temps. La fin du récit de la multiplication des pains nous montre que la foule rassasiée en est restée au niveau de la nature, elle n’a pas encore compris le message de grâce. Cette foule veut en effet faire de Jésus un roi temporel, un Messie-Prophète impliqué directement dans les affaires de ce monde qui passe. Et le Seigneur est obligé de s’enfuir, jusqu’au moment de la Passion où il sera vraiment Roi de manière divine et surnaturelle, selon la volonté du Père et non selon les vues des hommes !
lundi 20 juillet 2009
16ème dimanche du temps ordinaire
16ème dimanche du TO/B
19/07/09
Marc 6, 30-34 (p. 163)
Au cœur de l’été il est bon d’entendre cette parole de l’Evangile en saint Marc. Les Douze viennent de vivre leur première mission. Envoyés par Jésus, ils se sont séparés de lui, ils sont partis deux par deux quittant ainsi le groupe des Douze, pour aller prêcher la Bonne Nouvelle et pêcher de nouveaux poissons : les hommes et les femmes dans l’attente du salut et du Royaume. La mission les a dispersés et voilà que maintenant elle les rassemble. Après cette mission, ils éprouvent tout naturellement le besoin de se retrouver autour de Jésus… pour lui rapporter « tout ce qu’ils ont fait et enseigné. » L’attitude des apôtres est pour nous un enseignement vivant. Ils n’ont pas oublié celui qui est à la source de leur apostolat, le Seigneur Jésus, et ils lui rendent compte de leur activité. Plus profondément encore ils font en présence de Jésus une relecture, un bilan de leur apostolat. Nous vivons dans une époque pressée, une époque anti-contemplative, dans laquelle tout doit aller vite, dans laquelle le temps c’est de l’argent. Cette sagesse des apôtres nous fait souvent défaut. Car nous ne prenons pas le temps de faire le bilan de notre vie, de relire les événements de notre vie à la lumière de la Parole de Dieu. Nous sommes happés par l’immédiat et l’instant présent, par l’urgence du faire, ce qui au fond ne nous rend pas plus efficaces. Ce qui nous paralyse plutôt. Car ce qui paralyse notre activité, c’est le manque d’idéal et de but. En tant que chrétiens nous devons comme les apôtres prendre le temps du recul et de la distance par rapport à nos diverses activités, et relire la manière dont nous vivons notre vocation en présence du Christ.
« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » Cet appel du Seigneur tombe à pic en ce temps de vacances pour beaucoup, en tout cas de moindre activité que pendant l’année scolaire. Comme les apôtres nous avons besoin de nous reposer physiquement, mais aussi psychologiquement et spirituellement. Ce qui implique de notre part une attitude d’abandon filial dans le cœur de Dieu, un lâcher-prise par rapport à nos responsabilités et à nos activités. Non pas paresse ou démission ou encore fuite, mais bien une nécessaire prise de distance. Et pour cela, que nous soyons laïcs, prêtres, religieux, consacrés, nous devons aller à l’écart dans un endroit désert. Ici Jésus nous enseigne la nécessité du temps de retraite spirituelle. Si même les moines et les moniales font des retraites à l’intérieur de leur monastère, alors à plus forte raison les laïcs chrétiens, vivant leur vocation dans le monde, doivent se réserver des temps de retraite et de récollection dans l’année. Les propositions ne manquent pas, il y en a pour tous les goûts et pour tous les tempéraments avec la richesse des écoles spirituelles qui se sont développées dans le christianisme. Il est regrettable que pour beaucoup de paroissiens leur dernière retraite spirituelle remonte à leur enfance lorsqu’ils se sont préparés à un sacrement… L’amour, vous le savez, peut être tué, voire diminué, par la routine et les habitudes. Ce qui est vrai de l’amour pour sa femme ou son mari, l’est aussi pour l’amour envers Dieu. Sans temps spécifiques de mise à distance par rapport à notre vie quotidienne, notre foi risque bien de s’asphyxier… Le temps du « désert », du silence, de la retraite, est une cure indispensable pour lui redonner tonus et vitalité. La retraite spirituelle nous permet de respirer le grand air pur de l’Esprit-Saint dans nos vies bien souvent polluées par le stress et l’activisme. Le plus dur, comme souvent, c’est le premier pas. Il faut se décider à entendre l’appel de Jésus : « Venez à l’écart dans un endroit désert », et se donner les moyens concrets de quitter pour un, deux, cinq jours notre quotidien. Les chrétiens qui ont eu la grâce de vivre ces temps de retraite n’ont pas besoin de sermon pour y retourner car ils ont fait l’expérience de la douceur et de la bonté du Seigneur à leur égard. Ils ont vu à quel point il est bénéfique de se retirer pour peu de temps et de retourner ensuite pleins de dynamisme spirituel dans le monde. Si nous mettons l’amour de Dieu au cœur de nos vies, alors, oui, nous vivrons notre vie familiale et professionnelle d’une tout autre manière que celle qui nous est imposée par la vie moderne. Nous mettrons du sens, un but, dans ce cadre bien souvent étouffant qui veut nous rendre esclaves du temps et de l’efficacité.
Alors même si nous ne faisons pas de retraite spirituelle pendant cet été, cet Evangile nous redit l’importance de vivre autrement en prenant du recul par rapport à notre vie bien souvent trépidante. Et nous avons pour cela deux moyens essentiels : la prière personnelle et la lecture spirituelle. Sans la prière personnelle, notre participation à la messe risque de devenir une habitude ritualiste. Quant à la nécessité de la lecture spirituelle, je laisse la parole au Bienheureux Pape Jean XXIII : « Rien qu’aujourd’hui, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture, en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme. »
19/07/09
Marc 6, 30-34 (p. 163)
Au cœur de l’été il est bon d’entendre cette parole de l’Evangile en saint Marc. Les Douze viennent de vivre leur première mission. Envoyés par Jésus, ils se sont séparés de lui, ils sont partis deux par deux quittant ainsi le groupe des Douze, pour aller prêcher la Bonne Nouvelle et pêcher de nouveaux poissons : les hommes et les femmes dans l’attente du salut et du Royaume. La mission les a dispersés et voilà que maintenant elle les rassemble. Après cette mission, ils éprouvent tout naturellement le besoin de se retrouver autour de Jésus… pour lui rapporter « tout ce qu’ils ont fait et enseigné. » L’attitude des apôtres est pour nous un enseignement vivant. Ils n’ont pas oublié celui qui est à la source de leur apostolat, le Seigneur Jésus, et ils lui rendent compte de leur activité. Plus profondément encore ils font en présence de Jésus une relecture, un bilan de leur apostolat. Nous vivons dans une époque pressée, une époque anti-contemplative, dans laquelle tout doit aller vite, dans laquelle le temps c’est de l’argent. Cette sagesse des apôtres nous fait souvent défaut. Car nous ne prenons pas le temps de faire le bilan de notre vie, de relire les événements de notre vie à la lumière de la Parole de Dieu. Nous sommes happés par l’immédiat et l’instant présent, par l’urgence du faire, ce qui au fond ne nous rend pas plus efficaces. Ce qui nous paralyse plutôt. Car ce qui paralyse notre activité, c’est le manque d’idéal et de but. En tant que chrétiens nous devons comme les apôtres prendre le temps du recul et de la distance par rapport à nos diverses activités, et relire la manière dont nous vivons notre vocation en présence du Christ.
« Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » Cet appel du Seigneur tombe à pic en ce temps de vacances pour beaucoup, en tout cas de moindre activité que pendant l’année scolaire. Comme les apôtres nous avons besoin de nous reposer physiquement, mais aussi psychologiquement et spirituellement. Ce qui implique de notre part une attitude d’abandon filial dans le cœur de Dieu, un lâcher-prise par rapport à nos responsabilités et à nos activités. Non pas paresse ou démission ou encore fuite, mais bien une nécessaire prise de distance. Et pour cela, que nous soyons laïcs, prêtres, religieux, consacrés, nous devons aller à l’écart dans un endroit désert. Ici Jésus nous enseigne la nécessité du temps de retraite spirituelle. Si même les moines et les moniales font des retraites à l’intérieur de leur monastère, alors à plus forte raison les laïcs chrétiens, vivant leur vocation dans le monde, doivent se réserver des temps de retraite et de récollection dans l’année. Les propositions ne manquent pas, il y en a pour tous les goûts et pour tous les tempéraments avec la richesse des écoles spirituelles qui se sont développées dans le christianisme. Il est regrettable que pour beaucoup de paroissiens leur dernière retraite spirituelle remonte à leur enfance lorsqu’ils se sont préparés à un sacrement… L’amour, vous le savez, peut être tué, voire diminué, par la routine et les habitudes. Ce qui est vrai de l’amour pour sa femme ou son mari, l’est aussi pour l’amour envers Dieu. Sans temps spécifiques de mise à distance par rapport à notre vie quotidienne, notre foi risque bien de s’asphyxier… Le temps du « désert », du silence, de la retraite, est une cure indispensable pour lui redonner tonus et vitalité. La retraite spirituelle nous permet de respirer le grand air pur de l’Esprit-Saint dans nos vies bien souvent polluées par le stress et l’activisme. Le plus dur, comme souvent, c’est le premier pas. Il faut se décider à entendre l’appel de Jésus : « Venez à l’écart dans un endroit désert », et se donner les moyens concrets de quitter pour un, deux, cinq jours notre quotidien. Les chrétiens qui ont eu la grâce de vivre ces temps de retraite n’ont pas besoin de sermon pour y retourner car ils ont fait l’expérience de la douceur et de la bonté du Seigneur à leur égard. Ils ont vu à quel point il est bénéfique de se retirer pour peu de temps et de retourner ensuite pleins de dynamisme spirituel dans le monde. Si nous mettons l’amour de Dieu au cœur de nos vies, alors, oui, nous vivrons notre vie familiale et professionnelle d’une tout autre manière que celle qui nous est imposée par la vie moderne. Nous mettrons du sens, un but, dans ce cadre bien souvent étouffant qui veut nous rendre esclaves du temps et de l’efficacité.
Alors même si nous ne faisons pas de retraite spirituelle pendant cet été, cet Evangile nous redit l’importance de vivre autrement en prenant du recul par rapport à notre vie bien souvent trépidante. Et nous avons pour cela deux moyens essentiels : la prière personnelle et la lecture spirituelle. Sans la prière personnelle, notre participation à la messe risque de devenir une habitude ritualiste. Quant à la nécessité de la lecture spirituelle, je laisse la parole au Bienheureux Pape Jean XXIII : « Rien qu’aujourd’hui, je consacrerai dix minutes à la bonne lecture, en me souvenant que, comme la nourriture est nécessaire à la vie du corps, la bonne lecture est nécessaire à la vie de l’âme. »
lundi 13 juillet 2009
15ème dimanche du temps ordinaire
15ème dimanche du TO / B
12/07/09
Marc 6, 7-13 (p. 112)
En ce dimanche les textes de la Parole de Dieu forment une admirable symphonie, se répondant et s’enrichissant mutuellement. Cette liturgie de la Parole nous présente notre vie chrétienne sous un jour particulier, dans la lumière du mystère de la volonté divine, pour reprendre saint Paul. Nous avons tendance à l’oublier, mais notre vie chrétienne est tout entière une réponse à un choix et à un appel de la part de Dieu Notre Père. Et cela est vrai non seulement pour les successeurs des apôtres que sont les évêques et les prêtres mais aussi et d’abord pour tous les baptisés. Si notre vie est réellement une réponse à cet appel divin, cela lui confère une dimension dynamique. L’appel vient du Père et nous rappelle nos racines dans l’être : nous sommes des créatures. Le même appel nous donne aussi un but, une fin à atteindre, qui est l’accomplissement de notre vocation humaine et chrétienne en Dieu. C’est cette vision grandiose de l’existence chrétienne que saint Ignace de Loyola résume avec son Principe et Fondement dans les Exercices spirituels : « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. » Le fondateur des Jésuites exprime ici avec le langage de son époque la magnifique intuition théologique de saint Paul, dans la deuxième lecture. Saint Paul nous parle de prédestination, un terme qui a suscité tant de polémiques dans l’histoire de l’Eglise. De toute éternité nous sommes appelés et choisis par Dieu Père et Créateur ! Il est bon de réentendre trois passages de la deuxième lecture illustrant cette vérité :
« Dans le Christ, Dieu nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. » « Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ. » « Dans le Christ, Dieu nous a d’avance destinés à devenir son peuple. »
Avant même notre naissance, avant même notre création Dieu nous aime et nous donne une vocation. Une image humaine peut nous faire approcher de cette réalité vertigineuse : nos parents nous ont certainement aimés avant notre naissance, ils nous ont désirés et ont eu pour nous des tas de projets… Paul nous présente le projet divin. Tout est dit. Notre vocation, donc notre but et notre accomplissement, c’est la sainteté. La sainteté, c’est devenir toujours davantage fils et filles de Dieu. Et l’apôtre précise que cela se réalise ensemble, dans l’Eglise qui est le peuple de Dieu. Et que cela ne peut se réaliser que par et dans le Christ.
C’est dans ce contexte que les vocations particulières du prophète Amos et des Apôtres prennent tout leur sens. C’est juste après l’échec de sa première prédication à Nazareth, que Jésus appelle les Douze et les envoie en mission deux par deux. Il leur demande de vivre pauvrement. Souvenons-nous que ces hommes étaient non pas des lettrés ou des spécialistes de la religion mais des pêcheurs. Amos quant à lui était éleveur de bétail. Ce qui nous rappelle les paroles de Paul aux Corinthiens : « Voyez un peu, frères, quelle est votre condition : combien d’entre vous passent pour des gens cultivés, ou sont de familles nobles et influentes ? Bien peu… Dieu a choisi ce que le monde considère comme faible pour humilier les forts. » En tant que pêcheurs, les apôtres ne vivaient pas dans la pauvreté. Jésus leur demande de tout quitter pour qu’ils soient porteurs dans leur faiblesse de la puissance de la Parole de Dieu. Le Seigneur demande aussi à ses apôtres de respecter la liberté de conscience de ceux vers lesquels ils sont envoyés : « Si on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds… ». Amos, le prophète qui vient du sud, n’a pas de succès à Béthel, sanctuaire royal, et auprès des élites religieuses… Parce qu’Amos a été fidèle à sa vocation de prophète, il a fini par être expulsé sur dénonciation au roi. Jésus n’a pas été mieux accueilli dans sa patrie, à Nazareth… On a même voulu le tuer ! Il ne s’est pas imposé aux récalcitrants, mais passant au milieu d’eux, il continua son chemin et se rendit à Capharnaüm. Un apôtre du Christ, un missionnaire de l’Evangile, ne se comporte pas comme un représentant de commerce ou un propagandiste de bas étage. Il est le porteur et le témoin de cet appel de Dieu pour tous les hommes, appel à la conversion en vue de la sainteté. C’est librement que Dieu nous aime, nous crée et nous choisit pour faire partie de son peuple. C’est librement que nous devons répondre à son appel sur nous. La Bonne Nouvelle se propose, elle ne saurait en aucun cas s’imposer. Sa force se trouve dans l’amour et la vérité qui sont en Dieu davantage que dans les qualités humaines de l’apôtre. La foi doit être prêchée en actes et en paroles pour que Dieu puisse « saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. »
12/07/09
Marc 6, 7-13 (p. 112)
En ce dimanche les textes de la Parole de Dieu forment une admirable symphonie, se répondant et s’enrichissant mutuellement. Cette liturgie de la Parole nous présente notre vie chrétienne sous un jour particulier, dans la lumière du mystère de la volonté divine, pour reprendre saint Paul. Nous avons tendance à l’oublier, mais notre vie chrétienne est tout entière une réponse à un choix et à un appel de la part de Dieu Notre Père. Et cela est vrai non seulement pour les successeurs des apôtres que sont les évêques et les prêtres mais aussi et d’abord pour tous les baptisés. Si notre vie est réellement une réponse à cet appel divin, cela lui confère une dimension dynamique. L’appel vient du Père et nous rappelle nos racines dans l’être : nous sommes des créatures. Le même appel nous donne aussi un but, une fin à atteindre, qui est l’accomplissement de notre vocation humaine et chrétienne en Dieu. C’est cette vision grandiose de l’existence chrétienne que saint Ignace de Loyola résume avec son Principe et Fondement dans les Exercices spirituels : « L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. » Le fondateur des Jésuites exprime ici avec le langage de son époque la magnifique intuition théologique de saint Paul, dans la deuxième lecture. Saint Paul nous parle de prédestination, un terme qui a suscité tant de polémiques dans l’histoire de l’Eglise. De toute éternité nous sommes appelés et choisis par Dieu Père et Créateur ! Il est bon de réentendre trois passages de la deuxième lecture illustrant cette vérité :
« Dans le Christ, Dieu nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. » « Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ. » « Dans le Christ, Dieu nous a d’avance destinés à devenir son peuple. »
Avant même notre naissance, avant même notre création Dieu nous aime et nous donne une vocation. Une image humaine peut nous faire approcher de cette réalité vertigineuse : nos parents nous ont certainement aimés avant notre naissance, ils nous ont désirés et ont eu pour nous des tas de projets… Paul nous présente le projet divin. Tout est dit. Notre vocation, donc notre but et notre accomplissement, c’est la sainteté. La sainteté, c’est devenir toujours davantage fils et filles de Dieu. Et l’apôtre précise que cela se réalise ensemble, dans l’Eglise qui est le peuple de Dieu. Et que cela ne peut se réaliser que par et dans le Christ.
C’est dans ce contexte que les vocations particulières du prophète Amos et des Apôtres prennent tout leur sens. C’est juste après l’échec de sa première prédication à Nazareth, que Jésus appelle les Douze et les envoie en mission deux par deux. Il leur demande de vivre pauvrement. Souvenons-nous que ces hommes étaient non pas des lettrés ou des spécialistes de la religion mais des pêcheurs. Amos quant à lui était éleveur de bétail. Ce qui nous rappelle les paroles de Paul aux Corinthiens : « Voyez un peu, frères, quelle est votre condition : combien d’entre vous passent pour des gens cultivés, ou sont de familles nobles et influentes ? Bien peu… Dieu a choisi ce que le monde considère comme faible pour humilier les forts. » En tant que pêcheurs, les apôtres ne vivaient pas dans la pauvreté. Jésus leur demande de tout quitter pour qu’ils soient porteurs dans leur faiblesse de la puissance de la Parole de Dieu. Le Seigneur demande aussi à ses apôtres de respecter la liberté de conscience de ceux vers lesquels ils sont envoyés : « Si on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds… ». Amos, le prophète qui vient du sud, n’a pas de succès à Béthel, sanctuaire royal, et auprès des élites religieuses… Parce qu’Amos a été fidèle à sa vocation de prophète, il a fini par être expulsé sur dénonciation au roi. Jésus n’a pas été mieux accueilli dans sa patrie, à Nazareth… On a même voulu le tuer ! Il ne s’est pas imposé aux récalcitrants, mais passant au milieu d’eux, il continua son chemin et se rendit à Capharnaüm. Un apôtre du Christ, un missionnaire de l’Evangile, ne se comporte pas comme un représentant de commerce ou un propagandiste de bas étage. Il est le porteur et le témoin de cet appel de Dieu pour tous les hommes, appel à la conversion en vue de la sainteté. C’est librement que Dieu nous aime, nous crée et nous choisit pour faire partie de son peuple. C’est librement que nous devons répondre à son appel sur nous. La Bonne Nouvelle se propose, elle ne saurait en aucun cas s’imposer. Sa force se trouve dans l’amour et la vérité qui sont en Dieu davantage que dans les qualités humaines de l’apôtre. La foi doit être prêchée en actes et en paroles pour que Dieu puisse « saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. »
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