dimanche 27 juillet 2008

17ème dimanche du temps ordinaire

17ème dimanche du temps ordinaire / A
27/07/08
Matthieu 13, 44-52 / page 206
Nous poursuivons en ce dimanche notre lecture du chapitre 13 de l’Evangile selon saint Matthieu, le chapitre des paraboles du Royaume des Cieux. L’Evangile de cette liturgie offre à notre méditation les trois dernières paraboles, à la fin du chapitre 13.
Celles du trésor et de la perle vont ensemble, alors que celle du filet est à part. Les deux petites paraboles du trésor et de la perle s’appliquent au Royaume de Dieu déjà présent aujourd’hui, alors que la parabole du filet concerne la fin du monde, c’est-à-dire l’accomplissement du Royaume lorsque le Christ reviendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts.
Je me limiterai en ce dimanche aux deux petites paraboles du trésor et de la perle qui, malgré leur similitude, présentent aussi des nuances intéressantes pour nous.
Chez Matthieu le Royaume des Cieux signifie tout simplement le Royaume de Dieu, c’est-à-dire sa présence et son action au milieu de nous par et dans le Christ. Le Royaume des Cieux signifie que Dieu vient nous sauver et nous réconcilier avec Lui. Ce Royaume est donc l’expression très concrète de son amour miséricordieux à notre égard. Le Royaume est l’accomplissement parfait des prophéties qui annonçaient une création nouvelle : l’homme peut désormais recevoir un cœur nouveau, un cœur de chair grâce au don de l’Esprit.
Voyons maintenant quel enseignement nous pouvons retirer de ces deux paraboles jumelles.
La présence de Dieu est d’abord comparée à « un trésor caché dans un champ. » Rien d’étonnant à cela puisque Dieu est le Bien suprême. Mais ce Bien n’est pas évident puisqu’il est d’ordre spirituel et non matériel, il est donc en quelque sorte caché. Déjà Isaïe avait annoncé le Dieu caché : « Vraiment tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël, Sauveur ! » Et comment ne pas penser ici à saint Paul qui reprend à plusieurs reprises dans ses lettres ce thème ? Par exemple dans la lettre aux Ephésiens lorsqu’il affirme que le plan mystérieux du salut est « caché depuis toujours en Dieu, créateur de l’univers. » L’homme de notre parabole découvre le trésor caché comme par hasard, sans le chercher, et c’est là une différence avec le négociant qui recherche des perles. Nous savons bien que du point de vue de Dieu le hasard n’existe pas. Seuls existent sa Providence et sa grâce : « quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. » Tous les récits de conversion anciens et nouveaux témoignent de ce que le Royaume de Dieu peut surgir dans une vie de manière imprévue et subite. Oui, c’est vraiment Dieu qui, le premier, nous a aimés ! Dans notre parabole le signe du Royaume c’est la joie ! Voilà le grand trésor qui manque tant à beaucoup de nos contemporains saturés de bien matériels mais toujours insatisfaits et au fond tristes. La joie ne peut venir de notre portefeuille. Elle est un don de l’Esprit, une disposition qui nous fait reconnaître avec gratitude tout ce que nous recevons de Dieu et des autres et surtout ce que nous sommes. Il ne suffit pas d’être riche et d’être propriétaire pour être heureux… Il faut encore savoir apprécier autant les biens matériels que les biens spirituels à leur juste valeur. C’est cela qui donne la joie. La surabondance nous prive bien souvent de cette joie par laquelle nous savons apprécier tout ce dont nous sommes comblés… Le scandale du gaspillage en est une preuve évidente. Si notre homme découvre le trésor sans l’avoir cherché, il agit tout de même pour jouir de ce trésor : il vend tout ce qu’il possède ! Cela signifie que nous ne pouvons pas connaître la joie de Dieu sans renoncements et sans sacrifice. Cela nous ramène au mystère de la Croix. Si le Royaume de Dieu est réellement le Bien suprême pour nous, alors nous devons être prêts à faire les bons choix dans notre vie et à écarter tout ce qui nous sépare de ce Royaume.
Quelques mots pour terminer à propos de la parabole de la perle. Il y a un point commun avec la parabole précédente. La perle de grande valeur est un trésor et l’homme vend tout ce qu’il possède pour en jouir. Il y aussi une différence. L’homme découvrait le trésor caché dans le champ. Ici nous avons affaire à « un négociant qui recherche des perles fines. » Cette parabole met davantage l’accent sur la part de l’homme, sur la liberté humaine, dans la découverte du Royaume de Dieu présent au milieu de nous. Elle est une invitation à faire de notre vie tout entière, et ce jusqu’à notre mort, une recherche de Dieu. Même si nous sommes déjà chrétiens, n’imaginons pas pour autant être parvenus au but !

dimanche 6 juillet 2008

14ème dimanche du temps ordinaire

14ème dimanche du TO / A
6 juillet 08
Matthieu 11, 25-30 (p.56)
La première partie de ce magnifique passage évangélique, la prière de louange que Jésus adresse à son Père, se retrouve aussi chez saint Luc. Mais seul saint Matthieu nous rapporte cet appel si touchant de Notre Seigneur : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. »
La prière de louange de Jésus, le début de l’Evangile de ce dimanche, nous révèle l’union étroite qui existe entre le Fils dans sa condition humaine et le Père. C’est donc une prière trinitaire même si l’Esprit Saint n’est pas mentionné. Dieu notre Père en envoyant son Fils bien aimé parmi nous lui confie tout : Il lui donne tout ce qui est nécessaire pour l’accomplissement de sa mission de salut. Jésus ressuscité le rappellera à ses apôtres avant leur ultime envoi en mission et avant la séparation physique de l’Ascension : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. » Dans sa prière Jésus souligne que la connaissance parfaite entre le Père et le Fils est le privilège de la vie trinitaire. Nous ne pouvons connaître le Fils que par révélation. Souvenez-vous du commentaire que Jésus donne à la profession de foi de Pierre : « Ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. » Et de la même manière nous ne pouvons pas connaître Dieu notre Père sans passer par son Fils. C’est dire à quel point notre foi chrétienne qui a pour objet principal la connaissance du mystère de Dieu Trinité est un don, une grâce, une révélation de l’Esprit Saint… Et c’est alors que la parole de Jésus prend encore plus de relief. Car elle nous dit ce qui attire la grâce de Dieu et au contraire ce qui peut l’éloigner de nous : « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout petits. » Nous pourrions avoir une mauvaise interprétation de ces propos merveilleux : Jésus nous encouragerait à avoir la foi du charbonnier, à être des chrétiens fidéistes, excluant leur intelligence et leur raison de l’acte de croire… Par « sages et savants » nous devons comprendre ceux qui à cause de leur grande science sont tombés dans la tentation de l’orgueil et de la superbe. Oui, Dieu demeure un Dieu caché pour les orgueilleux et les suffisants. Si nous voulons vraiment accueillir en nous la révélation du mystère trinitaire, nous devons faire partie de ces tout petits, c’est-à-dire cultiver sans cesse la vertu d’humilité et la considérer comme la vertu reine dans notre chemin de foi et dans notre union à Dieu. C’est l’occasion de rappeler ici que le vrai savant, le vrai intellectuel est humble, car il a fait l’expérience décrite par Pascal dans ses Pensées :
« Les sciences ont deux extrémités qui se touchent, la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant, l’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis, mais c’est une ignorance savante qui se connaît. » (81 / 299)
Nous pourrions méditer longuement la seconde partie de notre Evangile, propre à Matthieu. Jésus s’identifie pleinement aux tout petits dont nous venons de parler car il vit lui-même son humanité dans la douceur et l’humilité. Jésus a un cœur compatissant, et à ce titre il donne en priorité son amour à ceux qui peinent sous le poids du fardeau. Son attitude est opposée à celle des spécialistes de la religion juive, les sages et les savants. Notre Seigneur en parlera avec clairvoyance dans le même Evangile : Les maîtres de la Loi et les Pharisiens « préparent de lourdes charges, et ils vous les mettent sur les épaules ; mais eux-mêmes ne bougeraient pas un doigt pour les remuer. » Jésus, lui, a pris librement sur ses épaules le fardeau de la Croix, et ce jusqu’à la mort. Il l’a pris non pas pour nous accabler, pour nous rendre la vie plus dure ou difficile. Non, son joug est facile à porter et son fardeau léger. Que signifie tout cela pour nous ? Jésus ne vient pas supprimer notre fardeau. Nous savons bien qu’ici-bas nous ne vivons pas au Paradis, et même si notre terre n’est pas toujours une vallée de larmes, elle est pour nous le lieu de bien des combats, de bien des difficultés… Bref les fardeaux ne manquent pas au cours d’une existence terrestre. Jésus vient les porter avec nous. Il est avec nous jusqu’à la fin des temps. Ce sont sa présence et son amour qui peuvent rendre nos fardeaux plus légers, plus supportables. Le Seigneur seul peut nous donner la force surnaturelle de son Esprit dans les épreuves. Les martyres en sont l’illustration la plus évidente. Alors comment pouvons-nous répondre à l’appel si doux de notre Maître ? « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau… » Comment pouvons-nous recevoir ce repos promis par le Seigneur au milieu même de nos épreuves ? Je vois deux moyens essentiels. Le premier est la prière. Quelle chance avons-nous de pouvoir parler à Dieu « comme un ami parle à un ami ou un serviteur à son seigneur » ! (saint Ignace de Loyola). Il y a des réalités de notre vie que nous ne pouvons parfois confier qu’au Seigneur dans la prière. Le deuxième moyen est le sacrement du pardon. Le poids de la culpabilité peut être énorme. Quelle merveille que ce sacrement par lequel le Christ Vivant vient alléger notre fardeau en nous réconciliant avec le Père ! Ce sacrement est vraiment avec la prière l’un des grands privilèges des enfants de Dieu, une consolation certaine pour tout ceux qui peinent sous le poids du fardeau.
Amen

lundi 30 juin 2008

SAINT PIERRE ET SAINT PAUL

Solennité des saints Pierre et Paul
29 juin 08
Matthieu 16, 13-19 (p.1361)
Année Saint Paul
Depuis hier nous sommes entrés avec toute l’Eglise dans une année jubilaire consacrée à l’apôtre saint Paul. Cette année « Saint Paul » s’achèvera le 29 juin 2009. Il est providentiel que la solennité des apôtres Pierre et Paul tombe cette année un dimanche. Aussi permettez-moi de délaisser Pierre au profit de Paul. Les historiens situent la date de sa naissance entre l’an 7 et 10 de notre ère, d’où l’année jubilaire en son honneur. Pour vous parler du grand apôtre des Nations, je m’inspirerai largement d’un illustre prédicateur du 17ème siècle, Bossuet, et du panégyrique qu’il donna en l’honneur de l’Apôtre en 1657 à l’Hôpital général de Paris.
Les panégyriques comme les sermons de Bossuet suivent souvent un déroulement identique : une introduction, trois parties, et une exhortation finale. Bossuet est bien conscient de la difficulté de sa tâche : Paul est véritablement un monument de l’histoire du christianisme et « un ange même ne suffirait pas pour louer cet homme du troisième ciel. » Bossuet ne choisit pas de mettre en avant ce qui est extraordinaire dans la vie et les œuvres de saint Paul. Mais il s’attache à montrer au contraire la faiblesse de l’Apôtre, le citant dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : « Je ne me plais que dans mes faiblesses : car lorsque je me sens faible, c’est alors que je suis puissant. » La grandeur du converti du chemin de Damas provient précisément de son identification profonde et permanente avec un Messie humilié, « scandale pour les Juifs, folie pour les païens. » Et Paul ne manque pas d’humilité lorsqu’il ose affirmer : « J’ai été crucifié avec le Christ, et si maintenant je vis, ce n’est plus moi qui vis : le Christ vit en moi. » Voilà le secret de la vie et de l’apostolat de Paul, pur miroir de l’Evangile qu’il n’a cessé de proclamer depuis sa rencontre avec le Ressuscité jusqu’au don suprême de sa vie à Rome. Si, dans ses lettres, l’Apôtre cultive les paradoxes au risque de choquer et de déranger, c’est parce qu’il est lui-même un vivant paradoxe : persécuteur transformé en prédicateur, pharisien vivant pour la justice de la Loi devenu témoin de la grâce et de la miséricorde du Père en Jésus. Paul est un être paradoxal tout simplement parce qu’il est chrétien : « Je suis puissant parce que je suis faible. » C’est cette faiblesse de l’Apôtre que Bossuet se propose de montrer dans trois domaines de son apostolat : la prédication, les combats et le gouvernement ecclésiastique. Ecoutons-le : « Tant il est vrai que dans toutes choses Saint Paul est puissant en ce qu’il est faible, puisqu’il met la force de persuader dans la simplicité du discours, puisqu’il n’espère vaincre qu’en souffrant, puisqu’il fonde sur sa servitude toute l’autorité de son ministère ! »
Paul est faible dans sa prédication parce qu’il refuse de couvrir la vérité de l’Evangile par de belles formules. Ou alors quand son style est recherché (n’oublions pas que c’est un homme formé et cultivé) c’est toujours secondaire, de l’ordre du moyen. Ce qui est premier c’est bien la vérité de l’Evangile annoncée par l’Apôtre dans toute sa crudité déroutante : « Nous prêchons une sagesse cachée ; nous prêchons un Dieu crucifié. » La prédication de Paul s’inscrit bien dans la logique du mystère de l’incarnation, mystère de l’abaissement et de la faiblesse de Dieu. Et simultanément révélation de l’Amour trinitaire.
Mais la prédication de Paul ne serait rien sans ses combats. Son Maître, le Christ, n’avait-il pas annoncé : « Dès que j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » Bossuet dans le second point de son panégyrique aborde d’une manière remarquable le paradoxe chrétien : « Les paroles toutes divines de Jésus, qui devaient lui attirer les respects des hommes, le font attacher à un bois infâme ; et l’ignominie de ce bois, qui devait couvrir ses disciples d’une confusion éternelle, fait adorer par tout l’univers les vérités de son Evangile. N’est-ce pas pour nous faire entendre que sa croix, et non ses paroles, devait émouvoir les cœurs endurcis, et que sa force de persuader était en son sang répandu et dans ses cruelles blessures ? » Paul a résumé ses souffrances et ses combats pour la croissance du corps du Christ en une formule lapidaire : « Je meurs un peu chaque jour. » Sans oublier ce passage de la lettre aux Colossiens : « Je complète dans ma chair ce qui manque encore aux épreuves du Christ pour son corps qui est l’Eglise. » Bref c’est la faiblesse de l’Apôtre dans ses combats qui a rendu efficace sa prédication, attirant sur les auditeurs la grâce de l’Esprit Saint, seul capable de toucher les cœurs et de les remuer.
Enfin c’est dans le gouvernement des Eglises que Paul a le plus souffert. Bossuet s’adresse à l’Apôtre dans son troisième point : « Dans vos persécutions, vous souffriez par vos ennemis, ici vous souffrez par vos frères, dont tous les besoins et tous les périls ne vous laissent pas respirer. » Nous pourrions nous étonner de voir Bossuet associer le gouvernement des communautés à la faiblesse de Paul. N’oublions pas que le gouvernement dans l’Eglise ne se calque pas sur le gouvernement des chefs d’Etat… Ecoutons pour finir les paroles toutes imprégnées de l’Evangile que Bossuet utilise pour dépeindre le gouvernement des Eglises par Saint Paul :
« L’Apôtre se souvient qu’il est le disciple de Celui qui a dit dans son Evangile qu’il n’est pas venu pour être servi, mais afin de servir lui-même ; c’est pourquoi il ne gouverne pas les fidèles en leur faisant supporter le joug d’une autorité superbe et impérieuse, mais il les gouverne par la charité, en se faisant infirme avec eux, ‘et pour gagner ceux dont la conscience n’est pas assurée, je me fais faible parmi les faibles’, et se rendant serviteur de tous :’je me suis fait l’esclave de tous pour gagner cette multitude’. »
Amen

dimanche 22 juin 2008

12ème dimanche du temps ordinaire

12ème dimanche du TO / A
22 juin 08
Matthieu 10, 26-33 (page 1107)
(Messe 17, pour les chrétiens persécutés, page 945)
Dimanche dernier nous avons entendu le récit de l’appel des Douze et de leur envoi en mission. Tout le chapitre 10 de l’Evangile selon saint Matthieu est consacré à la mission des apôtres. Jésus appelle ces hommes. Mais il ne les laisse pas abandonnés à eux-mêmes. Il leur donne des consignes, une espèce de feuille de route qui leur servira pour l’exercice de leur mission. Dimanche dernier, nous avons pu méditer le commencement de cette feuille de route. Au cœur de ce commencement, il y avait une proclamation : « Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche. » La liturgie nous fait faire un bond de 18 versets en avant dans le discours missionnaire du Seigneur. Dans cette partie de son discours, Jésus annonce très clairement que ses apôtres auront à souffrir des persécutions, qu’ils seront « comme des brebis au milieu des loups » et qu’ils seront haïs de tous à cause du Nom du Seigneur. Jésus n’est pas un gourou de secte qui promet le bonheur parfait et immédiat à ses disciples ou qui prêche un épanouissement personnel par l’évasion de notre monde… Jésus est vrai, il est honnête envers ces hommes qu’il appelle à sa suite. Il ne leur cache pas que la Croix fera partie d’une manière ou d’une autre de leur itinéraire apostolique. Juste avant le début de l’Evangile de ce dimanche, le Seigneur nous livre la clef de compréhension de tout cela : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur… S’ils ont traité de démon le maître de maison, ce sera pire encore pour les gens de sa maison. » Tout chrétien, et pas seulement les successeurs de apôtres dans la mission de l’Eglise, fait à un moment ou à un autre l’expérience de l’échec. Tout chrétien souffre à cause du refus de l’Evangile. Combien de parents ou de grands-parents sont-ils dans la peine parce que les plus jeunes semblent avoir tout abandonné au niveau religieux ? Il n’y a rien d’étonnant à cela. Si Jésus a été rejeté et abandonné par ses disciples, c’est bien parce que Dieu ne s’impose jamais à notre liberté humaine : il nous propose d’entrer en relation d’Alliance avec Lui. Le chrétien comme l’apôtre devra toujours comprendre cela : son message s’adresse à une liberté humaine. Etre apôtre, c’est donc consentir d’avance à ce que ce message puisse être rejeté ou oublié. Ce qui ne signifie pas bien sûr que nous ayons à être indifférents lorsque l’Evangile n’est pas accueilli ! Le défi pour nous comme pour les apôtres, c’est de ne pas baisser les bras, de ne pas nous décourager. Même s’il nous semble que nous ne pouvons plus rien faire, nous avons toujours la possibilité de la prière, la prière d’intercession pour que les cœurs finissent un jour ou l’autre par s’ouvrir à la grâce. Mieux vaut prier que se culpabiliser ou remuer en soi des sentiments négatifs sur la déchristianisation de notre société et particulièrement des jeunes générations. « Celui qui restera ferme jusqu’à la fin, sera sauvé », nous dit Jésus. Plus que jamais nous avons besoin de la vertu d’espérance pour avancer au milieu des difficultés qui sont les nôtres. Difficultés somme toute relatives quand nous pensons à nos frères chrétiens qui, en Algérie, en Egypte, en Irak et ailleurs, sont véritablement persécutés à cause de leur foi. Je suis toujours admiratif face à ce témoignage actuel des martyrs qui me rappelle la grande faiblesse de ma propre foi et m’invite à aller de l’avant.
C’est dans ce contexte que nous avons à accueillir la parole du Seigneur : « Ne craignez pas ! » Elle revient trois fois dans l’Evangile de cette liturgie, et c’est cette parole que Jean-Paul II avait choisie pour inaugurer son Pontificat. Nous le savons très bien, la peur paralyse. Alors que la confiance met en marche… Si bien souvent nous n’évangélisons pas ou mal, c’est parce que nous avons peur. Nos frères chrétiens persécutés ont eux de réelles raisons d’avoir peur et ils sont pourtant remplis de courage. En eux se vérifie la promesse du Seigneur dans cette feuille de route apostolique : « Ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. » Au milieu des persécutions ces frères chrétiens font l’expérience de la présence du Saint Esprit. Nos peurs à nous, en Europe, sont, il faut l’avouer, des peurs imaginaires. Car nous ne risquons pas notre vie pour l’Evangile. Nos peurs ne sont que le reflet de notre peu de foi, de la tiédeur de notre attachement au Christ, et certainement d’une vie de prière trop peu profonde… Nous devons absolument entrer en dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi et faire avec eux si possible un bout de chemin. Que d’occasions naturelles avons-nous pour évangéliser ? Evangéliser, c’est annoncer la proximité du Royaume de Dieu. Dieu est présent aujourd’hui. Dieu est présent en tout homme. Et cette présence aimante de Dieu donne la paix à laquelle tout cœur humain aspire : « En entrant dans cette maison vous lui souhaiterez la paix. Si la maison en est digne, la paix viendra sur elle ; si elle n’en est pas digne, la paix que vous offrez reviendra sur vous. » Amen.

dimanche 15 juin 2008

11ème dimanche du temps ordinaire

11ème dimanche du temps ordinaire / A
15 juin 08
Matthieu 9,36-10,8 (page 1053)
Saint Matthieu donne un magnifique prologue à l’appel des Douze : « Jésus, voyant les foules, eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. » Nous pouvons penser aux foules de notre époque, et nous pouvons peut-être nous dire que l’humanité n’a pas progressé depuis, et qu’elle a probablement empiré… Que de misère matérielle, humaine, intellectuelle, morale et spirituelle ! Nous pouvons penser à ces immenses mégapoles comme Mexico et Calcutta par exemple et contempler avec le cœur du Seigneur ces foules de notre temps, davantage victimes que responsables de leur misère… Et nous pourrions nous sentir impuissants !
Il est bon pour nous de saisir alors quelle est l’attitude intérieure de Jésus par rapport aux foules de son temps et aux foules de notre temps : Il les prend en pitié. Cette pitié est une conséquence immédiate de son amour divin pour chacune de ses créatures humaines. L’attitude intérieure de Jésus est proposée en modèle aux Apôtres d’hier et d’aujourd’hui. Remarquez bien que le Seigneur ne juge pas, ne condamne pas. Il contemple avec un cœur brisé ceux et celles qui sont fatigués et abattus, certainement parce qu’ils n’ont pas encore trouvé le sens profond de leur existence humaine ici-bas… Jésus n’en reste pas à la contemplation pleine de pitié de ces foules. Il est venu pour les soulager et leur apporter l’espérance qui leur manque. Le même saint Matthieu rapporte un peu plus loin dans son Evangile des paroles du Seigneur qui sont comme le prolongement de sa pitié face aux foules sans berger : « Venez à moi, vous tous qui peinez, qui êtes surchargés, et je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé et ma charge légère. » Jésus est l’unique Bon Pasteur. Cela ne l’empêche pas de nous demander de prier pour que le Père envoie des ouvriers pour sa moisson. Les Douze sont les premiers parmi ces ouvriers que le Père donne à son Fils pour qu’Il les donne à son tour aux foules qui sont sans berger. La mission de l’Eglise vient du Père par le Fils dans l’Esprit.
Si nous voulons bien comprendre en quoi l’attitude intérieure de Jésus est vraiment une Bonne Nouvelle pour ces foules fatiguées et abattues, nous devons nous reporter au chapitre 3 de l’Evangile de Matthieu et à la prédication de Jean-Baptiste. Il y a bien des thématiques communes entre ce passage et l’Evangile de cette liturgie : l’annonce du Royaume de Dieu et la moisson. Mais la tonalité est vraiment différente. Jean-Baptiste n’a pas pitié des foules qu’il appelle à la conversion. Il les traite même avec dureté : « Race de vipères, qui vous donnera le moyen d’échapper à la Colère qui vient ? » Jean annonce le jugement de Dieu et l’éventualité, si ce n’est de l’enfer, du moins d’un châtiment sévère : « Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être abattu et jeté au feu. » En annonçant la venue de Jésus, Jean utilise l’image de la moisson, celle-là même que nous retrouvons dans notre Evangile de ce jour : « Il tient déjà la pelle en main pour nettoyer son blé ; il amassera le grain dans son grenier et brûlera la paille dans le feu qui ne s’éteint pas. » Dans la prédication de Jean il n’y a guère de place pour la miséricorde. Au contraire le regard que Notre Seigneur porte sur les foules est rempli de miséricorde à leur égard. C’est un regard absolument nouveau par rapport à celui de Jean. Il est d’ailleurs significatif que, dans les consignes qu’il donne aux Apôtres, Jésus n’inclue pas de dimension morale : « Convertissez-vous ou produisez de bons fruits », par exemple. Mais simplement : « Proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche. » Ce que le Seigneur demande aux Douze, c’est d’être profondément bons et de faire le bien partout où ils passeront. Et cela gratuitement. Les apôtres transmettront seulement l’amour de Dieu pour les brebis perdues.
D’autres passages de l’Evangile nous montrent un Jésus qui semble plus sévère à l’égard de ses contemporains. Très peu de temps après l’envoi des Douze, il se pose une question : « Comment vais-je dépeindre la présente génération ? » Et il dénonce une attitude valable de son temps comme aujourd’hui : les gens ne sont jamais contents, et quoi que l’on fasse, ils critiquent et dénigrent… « Jean ne mangeait pas, il ne buvait pas, et quand il est venu on a dit : il a un démon. Et puis vient le Fils de l’Homme qui mange et qui boit, et l’on dit : il aime le vin et la bonne chère, c’est un ami des collecteurs de l’impôt et des pécheurs ! Mais on verra que la Sagesse a bien fait les choses. » Jésus nous montre ici que sa miséricorde n’exclue pas sa clairvoyance à propos de nos travers humains. Etre bon ne signifie jamais être bête. Et les Apôtres devront allier dans leur mission la prudence des serpents et la simplicité des colombes… Car certaines brebis égarées peuvent se transformer en loups ! Enfin la pitié du Seigneur, fruit éminent de son divin amour, ne l’empêche pas d’être profondément déçu face à notre lenteur ou à notre réticence quand il ne s’agit pas de notre fermeture à la grâce. Jésus est véritablement homme. Et il y a des moments où il prend le ton de Jean-Baptiste pour répondre à ses interlocuteurs, par exemple aux maîtres de la Loi et aux Pharisiens qui lui réclament un miracle : « Génération mauvaise et adultère ! »
L’envoi en mission des Douze concerne notre Eglise car elle est apostolique et catholique. Et il nous concerne donc de manière personnelle même si nous ne sommes pas appelés à être prêtre ou missionnaire… Prier pour les vocations, c’est nécessaire. Mais cela ne doit pas dispenser chaque baptisé d’être apôtre selon sa vocation et là où Dieu l’a placé. Le défi pour nous aujourd’hui est bien d’être apôtres à la manière de Jésus : prêcher d’abord par nos actes et ensuite par nos paroles un Evangile de salut. C’est-à-dire un Evangile qui n’enferme pas les personnes dans leur misère et leur péché, mais un Evangile de compassion et de bonté dans lequel les foules sans berger de notre temps pourront pressentir la grandeur de l’amour miséricordieux du Père. Qu’en nous voyant vivre et agir, « les brebis égarées » comprennent la logique du Royaume :
« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné en plus. ».
Amen

lundi 26 mai 2008

SAINT SACREMENT

Le Saint Sacrement /A
25 mai 2008
Jean 6, 51-58 (page 1175)
Dimanche dernier la liturgie nous invitait à aller au cœur de notre foi chrétienne et à contempler le mystère de Dieu Trinité. Mystère dont saint Jean nous a ouvert l’accès en nous révélant que Dieu est Amour. C’est cet amour trinitaire qui est à l’œuvre dans tous les sacrements mais au plus haut point dans le Saint Sacrement de l’eucharistie que nous fêtons en ce dimanche. Dans notre année liturgique nous célébrons de manière particulière ce sacrement à deux moments : aujourd’hui mais aussi chaque Jeudi Saint avec la messe commémorant l’institution de l’eucharistie par Jésus lors de la dernière Cène.
Que retenir de la belle liturgie de la Parole qui nous est offerte en cette fête ? Je partirai volontiers d’un verset de la première lecture que nous connaissons bien parce que Notre Seigneur l’a utilisé pour repousser le tentateur au désert : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » Voilà la grande vérité que nous avons à redécouvrir aujourd’hui avec urgence. L’homme peut devenir triste et sans espérance, notre humanité maussade, notre cœur desséché… lorsque nous limitons notre faim, donc notre désir, aux seuls biens matériels représentés ici par le pain. Car alors, d’une manière ou d’une autre, nous servons le dieu argent au lieu de servir le Dieu vivant. Sans ce qui sort de la bouche de Dieu, nous devenons vite esclaves de nos besoins et de nos passions. Et ce qui sort de la bouche du Seigneur, c’est d’abord sa Parole ! « Il envoie sa Parole sur la terre », chante l’auteur du psaume 147. Cette Parole présente d’abord par les prophètes, puis faite chair à Noël dans le sein de Marie, l’humble Vierge de Nazareth ! C’est bien parce que le Verbe s’est fait chair dans le grand mystère de l’incarnation qu’il peut ensuite nous donner sa chair de ressuscité à manger à travers le signe du pain. Oui, dans l’eucharistie, nous avons véritablement tout ce qui sort de la bouche du Seigneur, ce qui nous fait vivre véritablement : la Parole de Dieu que nous venons d’écouter et que nous méditons, et le Pain de Vie que nous sommes appelés à recevoir en communion. Les lectures nous rappellent que ce pain vient du Ciel. Il est un don issu de l’amour de Dieu pour nous, d’un amour fou manifesté dans le Christ. Ce pain surnaturel n’est pas le produit de l’homme : il est sacrement. En même temps souvenons-nous de la prière dite par le prêtre au moment de la préparation des dons : ce pain est certes un don de Dieu mais il est en même temps « le fruit de la terre et du travail des hommes. » C’est l’Esprit de Dieu qui seul peut nous donner le pain surnaturel, le pain du Ciel : d’où la prière eucharistique précédée par une invocation à l’Esprit. Mais l’Esprit ne peut faire le sacrement de l’eucharistie sans la matière du pain : fruit de la terre et du travail des hommes. Dans l’eucharistie est donc anticipée la réconciliation parfaite, dans l’amour et la sainteté, entre la création, l’humanité et Dieu. L’eucharistie unit ce qui était opposé : la terre et le ciel. C’est bien normal puisque celui qui a voulu pour nous ce très saint sacrement est véritablement homme et véritablement Dieu. Comme l’affirme avec bonheur un père jésuite : « Le pain et le vin que nous recevons nous permettent de devenir le pain que nous pouvons, à notre tour, donner. Ainsi le pain du ciel peut devenir pain de la terre. » En nous le pain du ciel doit devenir, dans l’élan de chaque eucharistie, un pain pour notre terre, c’est-à-dire un engagement de notre part à rayonner et à partager l’amour du Seigneur en paroles et en actes.
Dans l’Eucharistie nous sont offertes la vraie nourriture et la vraie boisson. Ce qui signifie une nourriture qui se garde pour la vie éternelle. Nous avons sans cesse à nous questionner de manière honnête sur notre désir de cette vraie nourriture qu’est le corps du Christ… Cette fête vient nous redire toute la grandeur du don pour nous empêcher de tomber dans la routine ou la banalisation… Quoi de plus beau et de plus sublime pour faire grandir en nous le désir de l’Eucharistie que ces paroles de Notre Seigneur ? « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. » C’est une promesse divine, nous n’avons pas à douter un seul instant ! Dans cette promesse nous avons la plus exacte et la plus parfaite définition de ce qu’est la communion eucharistique. Soyons concrets : lorsque nous venons recevoir avec foi, amour et respect ce qui semble être un petit morceau de pain, nous sommes alors immergés, introduits par Jésus le Vivant dans la vie même de la Sainte Trinité ! Nous demeurons en Lui, et par Lui dans la communion trinitaire. Vous voyez le lien étroit que Notre Seigneur établit entre notre communion eucharistique et notre «habitation » pourrait-on dire dans la communion source, celle de la Trinité ! Mais il y aussi le mouvement inverse, comme si cela ne suffisait pas ! « Je demeure en lui… » C’est l’amour fou de Dieu qui vient détruire toutes les barrières entre Lui et nous ! Alors si toute l’eucharistie est vraiment une action de grâce à Dieu notre Père, comment ne serions-nous pas dans une intense et profonde action de grâce au moment de la communion et après la communion ?

samedi 17 mai 2008

SAINTE TRINITE

La Sainte Trinité / A
18 mai 2008
Jean 3, 16-18 (page 1156)
La fête de la Sainte Trinité nous plonge au cœur même de notre foi chrétienne. Toute notre année liturgique est une célébration du mystère trinitaire. Mais l’Eglise a voulu instituer une fête spéciale en l’honneur de la Sainte Trinité pour bien nous faire prendre conscience de l’importance de ce dogme pour notre foi et notre vie chrétiennes.
Parmi ceux qui se disent chrétiens combien croient-ils réellement au Dieu Trinité ? Il me semble que dans les faits bien des chrétiens sont simplement déistes. Ils croient en Dieu bien sûr, mais d’une manière peut-être trop vague et trop générale. Il est en effet bien plus simple pour notre raison humaine d’admettre l’existence d’un dieu philosophique, c’est le déisme, que d’accueillir pleinement la révélation du mystère trinitaire. En se convertissant, c’est-à-dire en retrouvant la grâce de son baptême, Pascal saisit parfaitement toute la différence qu’il y a entre foi chrétienne et déisme. En témoigne le magnifique début de son Mémorial : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment, Joie, Paix. Dieu de Jésus-Christ… ».
Les plus grands théologiens, je pense en particulier à saint Augustin et à saint Thomas d’Aquin, ont utilisé toutes les ressources de leur raison humaine pour mettre en lumière la révélation chrétienne concernant Dieu Trinité. Sans nier l’importance et la valeur de leur travail, il faut pourtant dire que c’est davantage par le cœur que par la raison que nous avons accès au plus grand mystère de notre foi. Bref c’est d’abord en aimant que nous pouvons être introduits dans une certaine intelligence du Dieu trois fois Saint. Et c’est pour cette raison qu’un chrétien qui ne prie pas et ne vit pas de la liturgie de l’Eglise risque bien de tomber dans une foi simplement philosophique, dans le déisme. Le mystère trinitaire s’expérimente davantage dans la prière personnelle et la liturgie que dans la lecture des plus grands traités théologiques. Et il est heureux qu’il en soit ainsi. Car autrement cela ferait de la révélation chrétienne une révélation élitiste, réservée aux intellectuels… Comment ne pas penser ici à la belle prière de louange que Jésus adresse à son Père dans l’Evangile de Matthieu ? « Je proclamerai tes grandeurs, Père, Seigneur du ciel et de la terre, car tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et tu les as révélées à des tout-petits. Oui, Père, c’est cela qui t’a paru bon ! » Et le Seigneur poursuit ainsi : « Tout m’a été remis par mon Père et personne ne connaît vraiment le Fils, si ce n’est le Père ; et personne ne connaît vraiment le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Si notre vie de prière est essentielle dans la découverte de Dieu Trinité, alors cela vaut la peine de s’y arrêter un instant. Avant de parler de la prière personnelle, je dirai un mot de la liturgie, en particulier la liturgie de la messe. La grande majorité des prières de la messe s’adressent au Père, « source et origine de toute la divinité » pour reprendre une expression de saint Thomas. La messe est bien cette grande prière d’adoration et d’action de grâce que nous faisons au Père par le Fils dans l’Esprit. La prière solennelle d’offrande qui conclut la prière eucharistique est trinitaire : « Par lui, avec lui et en lui, à toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles. » Dans notre prière personnelle nous avons, je dirais, la liberté de notre dévotion. Mais il est essentiel que notre prière personnelle soit trinitaire elle aussi, en s’inspirant de la prière liturgique. Si nous nous limitons à prier Dieu d’une manière générale sans jamais prier les Personnes divines, notre prière risque bien de devenir déiste. Un exemple de cheminement dans notre prière personnelle pourrait être le suivant : j’invoque d’abord l’Esprit Saint pour qu’il me mette en présence de Jésus, le Fils, Vivant à jamais, et que par la contemplation du Fils je sois conduit auprès du Père. Il est bon aussi de prier la Sainte Trinité à l’exemple de la bienheureuse Elisabeth de la Trinité : Ô Sainte et bienheureuse Trinité, communion d’amour et de vie entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, je vous aime et je vous adore !
Je terminerai en disant que la Bonne Nouvelle du christianisme, c’est la révélation de Dieu Trinité, avant même le fait que nous soyons sauvés. Car si le salut nous est offert dans le Christ, c’est bien parce que l’être même de Dieu est Amour. « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ! » : cette réflexion que Dieu se fait à lui-même après la création d’Adam est de grande portée. En effet si nous sommes créés à l’image de Dieu Trinité, alors nous ne sommes pas faits pour la solitude mais bien pour la communion dans la relation interpersonnelle (amitié, amour etc.). Notre existence est un don du Dieu communion. Nous ne nous comprenons vraiment qu’à la lumière de la Sainte Trinité… En même temps la nature de l’homme est un chemin pour approcher le mystère de Dieu Trinité. C’est pourquoi le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous.
Amen