lundi 23 avril 2012

Troisième dimanche de Pâques

Chez saint Luc le récit de l’apparition du Ressuscité aux disciples insiste sur le réalisme de la résurrection. Cet événement inconcevable et unique dans l’histoire de notre humanité n’a pas fait de l’homme Jésus un fantôme ou encore un pur esprit. Jésus n’est pas devenu un ange. Dans la Sainte Trinité le Père et l’Esprit sont des personnes purement spirituelles. Depuis Noël le Fils, la Parole de Dieu, s’est uni pour toujours à notre humanité. La glorification de Pâques n’enlève pas au Fils sa dimension corporelle. Celui qui est assis à la droite du Père ne s’est pas déshumanisé après sa résurrection. Au contraire il a glorifié et divinisé notre humanité. Le Fils de Dieu reste donc uni dans sa personne à notre humanité. Il demeure vrai Dieu et vrai homme. Celui qui se manifeste à ses apôtres est bien le même que celui qui est né de la Vierge Marie, a souffert sa Passion et a été crucifié : « C’est bien moi ! » Dans ce récit pascal Jésus insiste sur l’accomplissement des Ecritures. Il se fait le catéchète de ses disciples en leur ouvrant l’esprit à l’intelligence des Écritures comme il l’avait déjà fait avec les disciples d’Emmaüs sur la route. Il fait appel à leur mémoire : « Rappelez-vous les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous ». Ils doivent se rappeler et comprendre le sens de la première Alliance. Ils deviendront ensuite les témoins de ce que le Fils de Dieu a librement choisi de vivre pour entraîner à sa suite tous les hommes dans la gloire de la vie divine. Pour cela ils auront encore besoin de la force de l’Esprit de Pentecôte. Il est important pour nous de bien connaître la Bible et surtout les Evangiles. La lecture et la méditation des Evangiles est une source de grande paix spirituelle et de joie dans le Seigneur. L’un des buts principaux de la réforme liturgique de Vatican II a été de redonner la Parole de Dieu aux fidèles. Les Pères du Concile ont vivement encouragé tous les catholiques, et pas seulement les prêtres et les religieux, à méditer les textes bibliques dans leur vie quotidienne. Si nous n’en avons pas encore l’habitude nous pourrions commencer par préparer à la maison les lectures de la messe du dimanche. Ensuite il est bon que chaque catholique ait chez lui ce que j’appellerais une Bible de travail, c’est-à-dire une Bible dans laquelle on peut écrire, souligner, surligner, annoter etc. Une Bible très personnelle dans laquelle je n’hésite pas à mettre en valeur telle ou telle parole de Dieu qui m’a touché ou interpellé pour ensuite la retrouver plus rapidement. Saint Luc utilise la même expression que saint Jean (c’était dimanche dernier) pour décrire la manifestation du Ressuscité à ses disciples : « Lui-même était là au milieu d’eux ». « Au milieu d’eux » : voilà donc ce qui caractérise la présence de Jésus Vivant dans son Eglise. Non pas « en face d’eux » ou « au dessus d’eux », mais bien « au milieu d’eux ». Jésus ressuscité est donc au milieu de nous, parmi nous. Cela nous rappelle ce qu’il avait dit dans le même Evangile : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous » et aussi dans l’Evangile selon saint Matthieu : « Dès que deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Ces expressions peuvent se comprendre au moins de deux manières : Jésus ressuscité est présent en chacun de nous et dans la communauté Eglise. C’est l’occasion de nous remémorer l’une des significations essentielles de la communion eucharistique. Lorsqu’à la messe nous communions au corps du Christ nous devenons nous-mêmes le corps du Christ. Membres de la communauté Eglise nous sommes réellement chacun pour notre part les membres du corps glorieux de Jésus-Christ. Dans l’histoire de l’art chrétien, rares sont les architectes qui ont construit des églises sur un plan circulaire. La plupart de nos églises ont la forme d’un rectangle ou d’une croix latine. Et pourtant le plan circulaire ou la croix grecque a l’avantage de montrer dans l’architecture la vérité de la présence du Ressuscité au milieu de nous, au milieu de son Eglise. En toute logique l’autel ne devrait pas être au fond du bâtiment église mais bien en son centre. Chaque célébration de la messe est d’abord le rassemblement des fidèles autour de l’autel. Chaque messe renforce notre appartenance au corps du Christ. Chaque messe nous invite à nous réjouir de sa présence dans la communauté et dans le sanctuaire de notre cœur, là où nous offrons le sacrifice d’adoration et de louange.

dimanche 15 avril 2012

Deuxième dimanche de Pâques

L’Evangile du deuxième dimanche de Pâques nous fait revivre l’expérience des disciples enfermés par peur des Juifs, le soir du dimanche de la résurrection, à Jérusalem. Jésus ressuscité se manifeste à eux en se tenant « au milieu d’eux ». Son corps glorifié porte les marques de la Passion. C’est donc bien le même Jésus qu’ils ont connu, suivi et aimé avant le drame de la croix. En même temps Jésus ressuscité n’a plus le même rapport à l’espace. Pour se tenir au milieu d’eux il ne passe pas par la porte, il n’a pas besoin de frapper à la porte pour qu’on lui ouvre. Les apôtres ont le privilège de vivre à l’avance la Pentecôte avec le don de l’Esprit. Alors qu’ils sont enfermés et paralysés par la peur, Jésus les envoie en mission. Il leur demande de sortir de cette pièce pour prêcher la bonne nouvelle de la résurrection et de la miséricorde de Dieu accordée aux hommes pécheurs. Pour cela ils doivent accueillir en eux le don de la paix et celui de l’Esprit. Jean note qu’ils furent « remplis de joie en voyant le Seigneur ». La suite du récit, huit jours plus tard, va nous permettre de réfléchir au fait de « voir » en rapport avec notre acte de foi. Thomas était absent au moment de cette manifestation du Seigneur. Cet apôtre illustre l’incrédulité, le besoin de voir, de vérifier par soi-même ce que les autres lui ont annoncé. S’il est une réalité qui se fait de plus en plus rare dans nos pays dits développés c’est bien la foi dans le Christ mort et ressuscité. Et pourtant nos contemporains sont probablement plus crédules que nos ancêtres. La foi et la crédulité sont deux attitudes bien différentes. Beaucoup de nos contemporains croient sans discuter ce que les media disent. Ce n’est qu’un exemple de leur crédulité. Bien souvent « la vérité » présentée par les media, surtout s’il s’agit de questions importantes pour la société, est une vérité arrangée, présentée sous un angle particulier, une vérité plus proche de la manipulation que de l’information. Plus grave encore ces nouvelles nous parlent bien plus souvent de faits divers et secondaires que des questions essentielles, celles qui gênent car elles remettraient en question le fonctionnement de notre société. Thomas, lui, ne veut pas croire au témoignage de ses frères sur un sujet essentiel : le Christ est ressuscité d’entre les morts ! Une annonce que l’on ne peut pas recevoir comme une information parmi tant d’autres : la bonne nouvelle de la résurrection nous oblige à prendre position de manière personnelle par rapport à l’enseignement de Jésus et à changer de vie. C’est peut-être pour cette raison que nos contemporains croient davantage aux nouvelles médiatiques qu’à la bonne nouvelle ! Grâce à l’absence de Thomas et à son incrédulité nous savons que nous sommes heureux de croire en Jésus sans l’avoir vu ressuscité. Il était absolument nécessaire que les saintes femmes et les apôtres voient le Christ vivant. Il fallait en effet fonder la foi de l’Eglise non pas sur la crédulité mais sur le témoignage solide des premiers disciples. C’est pour cette raison qu’entre le dimanche de Pâques et l’Ascension Jésus s’est manifesté à ceux qu’il avait choisis pour être les porteurs de la bonne nouvelle au monde. La première génération chrétienne a donc été celle des témoins directs, la génération apostolique. Depuis nous ne percevons plus la présence du Christ vivant au milieu de nous par la vision. Nous vivons sous le régime de la foi et de la grâce du don de l’Esprit Saint. Nous faisons tout autant que les premiers chrétiens l’expérience de la paix et de la joie de Pâques. Cette présence du ressuscité nous est donnée plus particulièrement dans les sacrements et surtout dans l’eucharistie et le sacrement du pardon, mais aussi dans la prière personnelle. Le Christ Vivant est au milieu de nous dans tous les aspects de notre vie humaine et pas seulement lorsque nous prions. Pour percevoir sa présence et en vivre nous avons bien sûr l’aide de l’Esprit Saint. Mais il est aussi essentiel de bien utiliser notre liberté pour nous mettre dans les dispositions les meilleures. Puisque la vue ne nous est d’aucune utilité dans ce domaine, c’est au niveau de notre intériorité, de notre cœur, que nous pouvons nous ouvrir toujours davantage à la venue du Seigneur. « Heureux ceux qui ont un cœur de pauvre, le Royaume des cieux est à eux ». Au plus nous agissons selon la vérité et la justice, au plus la présence du Seigneur nous sera donnée.

mardi 10 avril 2012

DIMANCHE DE PAQUES

« Si le Christ n’a pas été relevé, vide alors est notre proclamation, vide aussi votre foi » : cette affirmation de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe nous montre que la résurrection du Seigneur est le fondement de toute notre foi et de notre vie dans le Christ. Pour préparer cette homélie j’ai relu dans les Evangiles tous les récits de Pâques. Si la résurrection est tellement importante pour nous, il est très intéressant de voir quel est le témoignage des Evangiles sur cet événement unique dans l’histoire de notre humanité. Il y a bien sûr des différences et des ressemblances entre les 4 Evangiles et l’on constate que Matthieu et Marc suivent une même tradition alors que Luc et Jean mettent l’accent sur d’autres aspects du mystère pascal. Un premier fait que nous risquons de passer sous silence est le suivant : aucun Evangile ne nous décrit le moment de la résurrection. Tous nous parlent de ce qui s’est passé après cet instant et pendant les 40 jours qui ont séparé Pâques de l’Ascension. L’événement en lui-même échappe donc aux yeux des hommes. Il reste enveloppé dans son caractère totalement transcendant, insaisissable pour nous. Par sa résurrection le Seigneur Jésus, nouvel Adam, inaugure une création nouvelle. De même qu’il n’y a eu, c’est évident, aucun témoin humain de l’instant où Dieu a commencé à créer l’univers et tout ce qu’il contient, de la même manière aucun témoin n’a vu Jésus sortir vivant du tombeau. Les saintes femmes, dont Marie de Magdala, sont les premières à se rendre au tombeau de bon matin le dimanche. Non pas parce qu’elles espèrent voir Jésus vivant… Elles viennent pour achever la toilette funéraire du cadavre avec des aromates, elles viennent embaumer le corps dans un dernier acte de fidélité et d’amour envers leur Maître. Et quand Marie Madeleine découvre le tombeau ouvert et vide, son premier réflexe est de penser que l’on a enlevé le corps du Seigneur. Si le tombeau est vide les femmes y rencontrent des êtres que les Evangiles nomment tour à tour l’ange du Seigneur, un jeune homme, deux hommes. La résurrection du Seigneur se manifeste donc d’abord en négatif par le signe du tombeau vide, par une absence : celle du corps torturé de Jésus devenu cadavre dans l’obscurité de la mort. Ces personnages rencontrés dans la tombe rassurent les femmes : « Soyez sans crainte ». Ils sont les premiers à leur délivrer le message de Pâques : « Il n’est pas ici, il s’est relevé. Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » Si Jésus n’est plus ici, alors il faut changer de lieu pour le trouver : c’est en Galilée que les messagers envoient les femmes, « c’est là que vous le verrez », et auprès des disciples pour qu’elles leur annoncent la nouvelle. Les Evangiles soulignent que les disciples ont refusé de croire, ils étaient loin d’être des illuminés crédules. Et même après avoir vu Jésus ils demeuraient dans le doute… Saint Jean nous les montre retourner à leur travail de pêcheurs en Galilée comme si rien ne s’était passé ! Un seul fait exception : l’apôtre Jean pour lequel la vision du tombeau vide suffit : « Il vit et il crut ». Après la découverte du tombeau vide le Seigneur ressuscité s’est manifesté à Marie Madeleine et aux apôtres ainsi qu’aux disciples d’Emmaüs. Dans la plupart des cas ils ne reconnaissent pas Jésus immédiatement : « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître ». Et Marie prend même le ressuscité pour un jardinier ! Jésus ressuscité est donc à la fois le même et à la fois autre dans son apparence physique. Etant glorifié dans son corps il a la possibilité de se montrer à ses disciples « sous une forme différente ». Il se manifeste dans la pièce où sont enfermés les disciples alors que les portes sont fermées et sans frapper à la porte ! En même temps il n’est pas un pur esprit et pour en convaincre ses disciples il mange un morceau de poisson grillé. Si le moment de la résurrection a échappé aux regards humains, on peut dire de la même manière que le Ressuscité échappe à ce qui est de l’ordre de la seule expérience humaine. Un corps glorifié ne peut rentrer dans les cases de notre analyse rationnelle et de notre perception habituelle. D’ailleurs lorsque Marie Madeleine se saisit du corps ressuscité de son Seigneur pour lui signifier tout son attachement il lui répond : « Cesse de me toucher ». Et lorsque les disciples d’Emmaüs reconnaissent enfin la présence de Jésus au moment où il rompt le pain, il disparaît de devant eux. Jésus ressuscité se manifeste librement pour susciter la foi de ses disciples mais il refuse de se laisser posséder par eux. Jésus ressuscité, vrai Dieu et vrai homme, est transcendant, donc insaisissable. Les récits de Pâques nous montrent clairement pourquoi il se manifeste aux disciples : pour les envoyer en mission dans le monde entier : Allez ! Et à Pierre il répète : Suis-moi ! C’est en étant témoins de Jésus mort et ressuscité qu’ils le rencontreront dans leur vie. Jésus leur donne sa paix et son Esprit. Il se manifeste à eux non pas pour leur donner une présence sensible et permanente mais pour susciter leur foi : « Heureux ceux qui croient sans voir ». Parce qu’il est le Fils de Dieu Jésus Ressuscité est toujours à la fois présent et absent, ici et ailleurs. La foi ne nous permet pas de mettre la main sur lui mais nous invite à le rencontrer dans la Galilée de nos vies, là où il nous précède toujours. A la fin de l’Evangile selon saint Matthieu il nous fait cette merveilleuse promesse : « Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

dimanche 1 avril 2012

DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION

Notre célébration du dimanche des Rameaux et de la Passion inaugure la semaine sainte, le moment liturgique le plus important de notre année chrétienne, moment qui aboutit à la solennité de Pâques. C’est au cours de cette grande semaine que nous écoutons à deux reprises, aujourd’hui et le vendredi saint, le récit de la Passion du Seigneur. Contrairement aux autres dimanches qui nous offrent de courts passages des Evangiles, le dimanche des Rameaux nous fait entendre le récit de la Passion dans son intégralité. Et cette année c’est saint Marc qui est notre guide. Dans ce récit il y a au centre la personne de Jésus qui va volontairement vers l’offrande de sa vie sur la croix et les différents acteurs de ce mystère. Marc nous rapporte un contraste étonnant entre les Juifs et les païens. Les autorités religieuses, à l’exception de Joseph d’Arimathie, veulent à tout prix la mort de Jésus. Cet homme n’est pour les grands prêtres qu’un blasphémateur. Pilate, lui, essaie de sauver Jésus en posant la question qui dérange : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? », mais sa tentative est couverte par les cris de la foule manipulée par les prêtres. Et c’est un soldat de Pilate qui au pied de la croix confessera la vérité : Jésus n’est pas un blasphémateur, il est le Fils de Dieu ! Par sa mort en croix Jésus obtient immédiatement la conversion du premier païen, image des nombreuses nations qui formeront son Eglise. Jésus, quant à lui, parle très peu. De l’agonie à la croix Marc souligne que sa souffrance a été réelle et pas seulement physique, il a ressenti frayeur et angoisse : « Mon âme est triste à mourir ». Avec Matthieu il rapporte l’une des 7 paroles du Christ en croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », citation du psaume 21. La torture du corps du Christ atteint son âme et sa relation avec Dieu. Son cri n’exprime pas un doute mais l’immense détresse de son humanité. Dans cette interrogation Jésus assume la souffrance de tous les justes persécutés au cours de l’histoire avant et après lui. Il prend sur lui toute cette masse d’injustice pour l’offrir à Dieu qui, seul, peut lui donner un sens : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés ».

dimanche 25 mars 2012

Cinquième dimanche de Carême

Avec le dernier dimanche de Carême nous commençons d’une manière plus directe notre préparation aux fêtes pascales. Il nous reste encore deux semaines pour bien profiter de ce temps de grâce qui nous est offert chaque année par la liturgie de l’Eglise. Les vacances scolaires vont arriver et avec elles des déplacements pour beaucoup d’entre vous. Comment faire pour ne pas oublier le Seigneur dans cette ultime période du Carême ? Vacances et rencontres familiales pourraient faire passer la célébration de Pâques bien après tous nos soucis d’organisation ou encore nos divertissements. Le désir de connaître le Seigneur, de l’aimer et de le servir doit sans cesse être renouvelé en nous. A ce titre le début de l’Evangile de ce dimanche est un bon encouragement à ne pas relâcher notre effort alors que la fête de Pâques se fait toute proche. Des Grecs, probablement des païens sympathisants du judaïsme, viennent vers Philippe et lui disent : « Nous voudrions voir Jésus ». Ces hommes ont compris que s’il y avait un Dieu il ne pouvait être qu’unique et c’est le monothéisme de la foi juive qui les a attirés à Jérusalem pour la grande fête de la Pâque. Leur demande nous rappelle une autre demande au début du même Evangile. Deux disciples de Jean le baptiste se mettent à suivre Jésus et lui posent la question suivante : « Maître, où demeures-tu ? » Notons dans notre Evangile l’importance de Philippe et ensuite d’André qui servent d’intermédiaires entre ces hommes venus de Grèce et Jésus. C’est déjà le rôle de l’Eglise qui se met en place. Et donc notre rôle en tant que membres de l’Eglise. L’Eglise a comme vocation d’écouter les questions des hommes de notre temps, qu’ils soient chrétiens ou pas, et de conduire ces hommes en présence de Jésus. L’Eglise par sa vie et le témoignage qu’elle donne doit permettre aux hommes en recherche spirituelle de voir Jésus. Et nous aussi comme les apôtres Philippe et André nous sommes des intermédiaires si nous avons conscience de notre mission de baptisés. Je parlais de raviver notre désir de communion avec le Christ. Sommes-nous comme ces Grecs désireux de voir Jésus ? C’est-à-dire de mieux le connaître pour mieux l’aimer ? La réponse du Seigneur au désir des Grecs a de quoi nous surprendre. Il leur parle de son heure désormais toute proche, celle de sa Passion et de sa mort sur le bois de la Croix. Il leur parle donc de sa disparition, de la fin de son parcours terrestre. Mais aussi de sa résurrection et de la gloire divine qui est la sienne. Que faire pour voir ce Jésus qui semble jouer à cache-cache avec nous, insaisissable comme l’est celui qu’il ne cesse de nommer son Père ? La réponse est claire : « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ». On ne peut pas voir le Seigneur et encore moins le connaître et l’aimer si l’on n’est pas prêt à le suivre. La foi est toujours un chemin à prendre. Jésus lui-même se présente à nous comme ce Chemin. L’acte de foi est enraciné dans notre passé, vécu aujourd’hui. Mais il ne serait plus un acte de foi authentique s’il ne nous projetait pas vers l’avenir. Ce qui signifie que notre vie de foi est toujours en construction. La foi n’est pas une réalité statique mais vivante et dynamique qui embrasse toutes les dimensions de notre temps humain. Suivre Jésus c’est obligatoirement vivre en communion avec lui le mystère de l’incarnation et celui de Pâques. « Grain de blé tombé en terre », « élevé de terre » sur le bois de la Croix, le Seigneur nous attire à sa suite pour rendre nos vies belles et fécondes. Le suivre c’est accepter de vivre de nombreuses petites morts et petites résurrections jusqu’au jour où nous passerons de notre vie terrestre dans la Pâque éternelle : « Là où je suis, là aussi sera mon serviteur ».

dimanche 11 mars 2012

Troisième dimanche de Carême

Les partisans d’un christianisme « musclé » citent souvent l’épisode des marchands chassés du temple pour justifier leur prise de position. Dans les Evangiles il semblerait que ce soit l’unique épisode qui nous rapporte un acte du Seigneur marqué par une certaine violence et inspiré par une sainte colère. Jésus lui-même donne une double explication à son acte. S’adressant tout d’abord aux marchands il dit : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». D’autres traductions parlent de « maison de commerce ». Ce qui provoque la sainte colère du Seigneur c’est tout simplement une profanation du temple. La loi de Moïse prescrivait des sacrifices d’animaux. Nous sommes dans les jours qui précèdent la grande fête annuelle de Pâques. Donc les marchands et les changeurs devaient être particulièrement nombreux sous les portiques extérieurs du temple pour répondre à la demande des pèlerins affluant en masse à Jérusalem. Comme les monnaies païennes ne pouvaient pas servir dans le temple il fallait aussi des changeurs. Jésus ne semble pas remettre en question les sacrifices d’animaux mais l’organisation commerciale qui s’était créée dans l’enceinte de la maison de son Père. En 1517 lorsque le moine Martin Luther protestera contre la vente des indulgences au profit de la construction de la nouvelle basilique saint Pierre on retrouvera le même problème. Le rapport entre religion et argent n’est donc pas nouveau. Pour Jésus ces activités commerciales profanent la sainteté du lieu, d’où son geste. Le prophète Zacharie avait annoncé cette purification du temple : « En ce jour-là il n’y aura plus de marchands dans le temple du Seigneur Dieu ». Mais l’acte de Jésus va plus loin que cela, il a aussi un autre sens. Aux Juifs, choqués, qui lui demandent de s’expliquer, il répond : « Détruisez ce temple, et en trois jours, je le relèverai » ; et saint Jean de commenter : « Le temple dont il parlait, c’était son corps ». En chassant du temple les commerçants Jésus fait un acte prophétique, un acte qui annonce quelque chose de nouveau, quelque chose à venir. La violence toute relative de l’acte annonce une violence extrême, celle de sa mort sur la croix. La purification du temple est en fait une annonce du mystère de Pâques, mort et résurrection, mystère qui passe par la violence et la souffrance pour engendrer la gloire de la vie divine dans le corps humain de Jésus de Nazareth. Le temple véritable c’est donc Jésus lui-même, Fils du Père. C’est aussi son Eglise et chacun d’entre nous puisque le baptême et la confirmation font de nous des sanctuaires de Dieu. Même si cela n’est pas dit de manière explicite ce geste annonce la fin du culte ancien et l’instauration du nouveau culte. Et de fait le culte selon la loi de Moïse s’arrêtera définitivement en 70 lorsque les romains détruiront le dernier temple, celui d’Hérode. Mais du point de vue spirituel, et pas seulement historique, le passage du culte ancien au culte nouveau se fait au moment précis où Jésus meurt sur la croix. Matthieu, Marc et Luc signalent en effet que le voile du sanctuaire se déchira en deux de haut en bas alors que Jésus offrait sa vie sur le Golgotha. Le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du temple dans laquelle seul le prêtre pouvait pénétrer en certaines occasions, était protégé par un voile. Le Saint des Saints était le lieu de la présence divine. Ce lieu devient le corps du Christ mort et ressuscité. Dans et par le Christ nous avons accès à Dieu notre Père sans avoir à offrir des sacrifices. Quelques pages plus loin dans le même Evangile Jésus s’exprime plus clairement en prophétisant à la Samaritaine : « L’heure vient où vous adorerez le Père. Et alors ce ne sera pas sur cette montagne ou à Jérusalem… L’heure vient, et elle est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ». Nous devons comprendre que nos églises ne sont pas la reprise du temple de Jérusalem qui était unique. Dans notre foi chrétienne le plus important ce ne sont pas les bâtiments de pierre. Les églises-bâtiments n’ont de raison d’être que pour accueillir la prière des vrais adorateurs du Père. Ce qui est premier ce sont donc les baptisés. Nous sommes les pierres vivantes d’un édifice spirituel, le corps du Christ, l’Eglise de Dieu. La charité fraternelle au sein de la communauté est la condition du culte nouveau en esprit et en vérité.

dimanche 4 mars 2012

Deuxième dimanche de Carême

Après le désert de la tentation saint Marc nous emmène sur la montagne de la transfiguration. Si l’épreuve au désert a été longue, 40 jours, l’évènement de la transfiguration a dû correspondre à un instant fugitif dans le temps. Pour bien comprendre la signification de cet évènement il faut le contempler en ayant en mémoire l’Ancien Testament. L’évangéliste nous présente en effet Jésus comme le nouveau Moïse. Si nous comparons ce que Moïse a vécu sur le mont Sinaï avec ce que Jésus a vécu sur la montagne de la transfiguration nous trouvons des points communs mais aussi des différences. Sur le Sinaï Moïse était seul face à Dieu. Ici Jésus prend avec lui trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, pour en faire des témoins privilégiés. Mais dans les deux cas la scène se passe sur une montagne. La mention de la nuée sur la montagne rappelle aussi l’Ancien Testament. Voici ce que Dieu avait dit à Moïse : « Je vais venir à toi dans l’épaisseur de la nuée, pour que le peuple entende quand je parlerai avec toi et qu’il ait confiance en toi aussi pour toujours ». En même temps il y a aussi une différence entre les deux récits car sur la montagne du Sinaï il y avait « des tonnerres, des éclairs et une épaisse nuée ». Ici les tonnerres et les éclairs ont disparu. La réaction de Pierre au merveilleux spectacle de la transfiguration est ambigüe : d’un côté il est comme ravi en extase, comblé d’une joie indicible et de l’autre rempli de frayeur. Lorsque Jésus laisse apparaître sa gloire divine, il ne le fait pas à la manière du Dieu qui se manifeste à Moïse. La preuve nous en est donnée par le simple fait que les apôtres peuvent contempler Jésus transfiguré sur la montagne sans mourir. Or dans le livre de l’Exode Dieu est très clair en insistant pour que seul Moïse monte sur la montagne à sa rencontre : « Celui qui touchera la montagne sera mis à mort ! Ne vous précipitez pas vers le Seigneur pour le voir, car beaucoup d’entre vous en mourraient ! Que les prêtres et le peuple ne cherchent pas à monter de force vers le Seigneur, car il les abattrait ». L’auteur de la lettre aux Hébreux a bien mis en valeur cette différence d’ambiance entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance : Quand vous êtes venus vers Dieu, il n'y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas de feu qui brûle, pas d'obscurité, de ténèbres, ni d'ouragan, pas de son de trompettes, pas de paroles prononcées par cette voix que les fils d'Israël demandèrent à ne plus entendre. Car ils ne supportaient pas cette interdiction : Qui touchera la montagne, même si c'est un animal, sera lapidé. Le spectacle était si terrifiant que Moïse dit : Je suis terrifié et tremblant. Mais vous êtes venus êtes venus vers Jésus, le médiateur d'une Alliance nouvelle, et vers son sang répandu sur les hommes, son sang qui parle plus fort que celui d'Abel. A la terreur suscitée par la manifestation de Dieu au Sinaï succède la douceur de la contemplation de Jésus transfiguré. Si d’un côté la transfiguration nous rappelle en partie le don de la Loi sur le Sinaï, l’événement nous fait aussi penser à la manifestation de Dieu au prophète Elie sur le mont Horeb : La parole du Seigneur lui fut adressée : « Sors dans la montagne et tiens-toi devant le Seigneur, car il va passer. » A l'approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu'il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n'était pas dans l'ouragan ; et après l'ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n'était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d'une brise légère. Pierre en voyant le corps de Jésus dans sa gloire divine fait l’expérience qui fut celle d’Elie, et c’est pour cela qu’il peut dire : « Il est heureux, ou encore il est bon ou beau, que nous soyons ici ». Pierre voudrait bien que cette vision dure une éternité ! Il n’est donc pas étonnant qu’Elie, le représentant des prophètes, et Moïse, le représentant de la Loi, se manifestent aux côtés du Fils de Dieu. Cela signifie que la Loi et les Prophètes ont préparé et annoncé la venue du Sauveur. La transfiguration n’est pas seulement une douce manifestation de la gloire divine, elle est aussi la preuve que l’homme peut être associé à la vie même de Dieu. Si Elie et Moïse se manifestent, c’est bien parce qu’ils sont vivants en Dieu. Au témoignage d’Elie et de Moïse s’ajoute le témoignage de Dieu lui-même : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ». Puis la vision s’arrête et « ils ne virent plus que Jésus seul avec eux ». Cette courte vision annonçait la béatitude éternelle en Dieu, mais sur cette terre nous ne voyons pas, nous croyons. Et croire c’est écouter la Parole de Dieu. La Loi que Dieu nous donne n’est plus écrite sur des tables de pierre, cette Loi c’est Jésus, son Fils. En Lui nous pouvons goûter la douceur de la loi évangélique. Par Lui nous nous préparons à la communion parfaite avec Dieu.