Jean 6, 51-58
En ce deuxième dimanche après la Pentecôte l’Église nous invite à célébrer le saint sacrement du corps et du sang du Seigneur. Le jeudi saint nous avons fait mémoire de l’institution de ce sacrement par Jésus dans le cadre du triduum pascal. Aujourd’hui l’Église désire à nouveau nous faire saisir l’importance de ce sacrement pour notre vie chrétienne et pour le salut de la multitude. Dans le dispositif sacramentel de l’Église catholique avec ses sept sacrements seule l’eucharistie est fêtée en tant que telle et pour elle-même. C’est un signe de sa place tout à fait particulière dans la dispensation de la grâce divine à travers les sacrements. D’où le nom de « saint sacrement » qui signifie l’excellence de ce sacrement par rapport à tous les autres. Tous les sacrements sont bien sûr saints car tous viennent de Dieu par le Christ et tous contribuent à notre sainteté. Si certains sacrements nous offrent une grâce particulière de la part de Dieu (confession, onction des malades, mariage et ordre), d’autres nous donnent en quelque sorte Dieu lui-même : c’est le cas des trois sacrements de l’initiation chrétienne mais au plus haut point de l’eucharistie. L’eau du baptême et l’onction de la confirmation sont des signes de la grâce qui demeurent extérieurs à nous alors que nous mangeons l’eucharistie. C’est d’ailleurs cet acte de manger et de boire qui a fortement choqué les auditeurs de Jésus dans le chapitre 6 de l’Évangile selon saint Jean, le discours sur le pain de vie dont nous entendons une partie en cette solennité. Dans la page évangélique de ce jour Jésus se présente aux Juifs comme le pain vivant descendu du ciel. Lorsqu’il annonce le don de l’eucharistie le Seigneur insiste sur deux effets de ce sacrement : il instaure entre nous et lui une communion tout à fait particulière et il est le gage de la vie éternelle. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
C’est ainsi que Jésus définit la communion sacramentelle rendue possible par la célébration de chaque eucharistie. C’est aussi de cette communion dont il s’agit dans la deuxième lecture. L’apôtre Paul y ajoute l’idée d’unité : Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. L’eucharistie édifie l’unité des chrétiens dans le corps du Christ. La communion au corps eucharistique renforce la communion du corps ecclésial dont nous sommes les membres. Pour revenir à l’enseignement de Jésus notons bien que ce n’est pas seulement le Christ qui demeure en nous mais aussi nous qui demeurons en lui par la communion. Dans le mystère de la communion le Créateur et la créature, Dieu et l’homme ne sont plus séparés par la transcendance divine mais il se crée comme une égalité d’amour qui permet ce « demeurer » réciproque. Si par la communion nous demeurons dans le Christ, alors nous sommes intégrés à la circulation de vie divine qui est celle de la Trinité. Nous vivons déjà en Dieu. Ce que le baptême réalise, l’eucharistie l’accomplit d’une manière inimaginable pour la pensée humaine. Ce « demeurer » l’un dans l’autre n’est pas seulement valable pour notre vie terrestre. Jésus insiste beaucoup sur le don de la vie éternelle dont chaque communion est le gage et l’anticipation : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
La solennité du saint sacrement a pour but, entre autres choses, de réveiller notre ferveur et notre dévotion chaque fois que nous participons à l’eucharistie. La répétition de ce sacrement, en particulier chaque dimanche, peut nous conduire en tentation : celle de banaliser le grand don qui nous est fait chaque fois de manière unique. Le respect et l’amour que nous portons au Christ dans l’eucharistie doivent toujours être présents au cours de la messe et en dehors de la messe lorsque nous prions devant le tabernacle ou le saint sacrement exposé. Cette dévotion intérieure se manifeste aussi par notre comportement extérieur lors de la célébration. Par des gestes d’adoration, par notre arrivée dans l’église avant le commencement de la célébration afin de nous préparer, par le silence sacré qui doit précéder la célébration de l’eucharistie pour nous permettre de mieux entrer dans la prière et surtout par notre manière de recevoir la communion et de prier personnellement après l’avoir reçue dans l’action de grâce qui est le nom même de l’eucharistie. Il serait dommageable pour notre vie spirituelle de célébrer l’eucharistie et d’oublier dans la communion et le silence qui la suit l’action de grâce, le merci fervent qui doit alors habiter notre cœur de croyant uni au cœur du Christ.
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