dimanche 12 avril 2026

Deuxième dimanche de Pâques / année A / 2026

 12/04/2026

Jean 20, 19-31

Le deuxième dimanche de Pâques ou dimanche de la divine miséricorde marque dans la liturgie de l’Eglise l’accomplissement et le terme de l’octave de Pâques. En effet pendant une semaine la liturgie nous fait vivre un temps très particulier comme si ces huit jours de l’octave n’en étaient qu’un seul, celui de la résurrection du Seigneur. En témoigne cette partie de la prière eucharistique propre à l’octave :

C’est pourquoi nous voici rassemblés devant toi, Dieu notre Père, et, dans la communion de toute l’Eglise, nous célébrons le jour très saint où ressuscita selon la chair notre Seigneur Jésus, le Christ.

Les jours de l’octave ne sont en fait qu’un seul jour, le jour très saint de la résurrection. Cela est signifié entre autres choses par le choix des Evangiles. Le dimanche de Pâques nous écoutons le début du chapitre 20 de l’Evangile selon saint Jean : Marie Madeleine se rend au tombeau à l’aube, elle constate que la pierre a été enlevée, puis elle transmet sa découverte à Pierre et à Jean. Aujourd’hui nous avons le récit de la double apparition aux disciples et à Thomas le soir du même jour et huit jours plus tard. De l’aube au soir l’octave de Pâques déploie l’unique jour pendant 8 jours. Ce qui permet aussi à l’Eglise de nous faire relire tous les Evangiles de Pâques. Cette particularité de l’octave de Pâques nous invite à une réflexion sur le temps et l’éternité. En tant que créatures humaines nous vivons dans le temps, dans l’histoire, et la mort marque le terme de notre vie terrestre. En tant que créatures corporelles nous vivons non seulement dans le temps (avec un commencement et une fin) mais aussi dans l’espace. Dieu qui est esprit est dans l’éternité, transcendant à la fois au temps et à l’espace. Il nous est très difficile, voire impossible de nous représenter l’éternité et par conséquent ce que pourrait être pour nous une vie éternelle. La liturgie de l’octave de Pâques essaie de nous introduire à une juste conception de ce qu’est l’éternité. Le risque serait pour nous de nous représenter l’éternité comme un temps infini synonyme d’ennui. Une manière de voir qui nous amènerait à faire nôtre la boutade de Woody Allen : L’éternité c’est long, surtout vers la fin… Si Dieu nous offrait la possibilité d’une vie éternelle, sans fin, sur cette terre, nous n’aurions aucune raison de nous en réjouir. Cela deviendrait probablement une pénitence, voir une espèce d’enfer… André Comte-Sponville dans son dictionnaire philosophique nous aide à comprendre ce qu’est l’éternité :

L’éternité, écrit-il, ce n’est pas un temps infini (car alors il ne serait composé que de passé et d’avenir, qui ne sont pas), ni pourtant l’absence de temps (car alors ce ne serait rien) : C’est un présent qui reste présent, comme « un perpétuel aujourd’hui », disait saint Augustin, et c’est le présent même. Qui a jamais vécu un seul hier ? Un seul demain ? Qui a jamais vu le présent cesser ou disparaître ? C’est toujours aujourd’hui, c’est toujours maintenant : c’est toujours l’éternité, et c’est en quoi, en effet, elle est éternelle.

Quand avec l’Eglise nous méditons pendant l’octave de Pâques les récits des manifestations du Ressuscité, nous constatons qu’il se manifeste surtout à des personnes ou à des petits groupes comme celui des apôtres. Qui sont les bénéficiaires de ces manifestations de Jésus vivant ? Les saintes femmes, les apôtres, les deux disciples d’Emmaüs. Très peu de personnes en tout, et tous sont des disciples de Jésus. Le Ressuscité n’apparaît pas à ses ennemis ou à ceux qui l’ont condamné à mort : Pilate, les grands prêtres etc. Il n’y a donc aucun esprit triomphaliste ou de revanche dans le choix des personnes que fait le Ressuscité pour en faire des témoins de sa résurrection. En parcourant les Evangiles nous sommes frappés par le manque de foi des disciples particulièrement souligné dans l’Evangile de Marc : Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. (16, 14) Saint Luc, lui aussi, souligne l’incrédulité des apôtres qui refusent de recevoir le témoignage des saintes femmes : Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. (24, 11) Dans l’Evangile selon saint Jean l’apôtre Jean est au contraire le premier à croire en contemplant le tombeau vide et les linges funéraires. Il constitue une exception comme nous le rappelle l’épisode de l’apparition à Thomas, apparition « sur mesure » huit jours après Pâques motivée par son refus de croire le témoignage des autres disciples.

La fin de l’Evangile de ce dimanche est essentielle et constitue un appel à accueillir la lumière de la foi dans nos vies : Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. L’octave de Pâques veut nous imprégner en profondeur de la certitude de la vie éternelle par la foi en Jésus mort et ressuscité pour chacun d’entre nous, vie éternelle commencée dans l’aujourd’hui de notre vie terrestre.

 

dimanche 5 avril 2026

PAQUES 2026

 En cette solennité de Pâques je prendrai comme point de départ de cette méditation un texte d’Isaïe que nous avons entendu lors de l’office du Vendredi saint. Il s’agit du 4ème chant du serviteur du Seigneur. Ce texte est habituellement interprété comme une annonce de la Passion et de la mort du Messie. D’où sa place dans la liturgie de l’office de la Passion du Seigneur. Cependant cette prophétie nous parle aussi du mystère que nous célébrons (en cette nuit) / (en ce jour). Il s’agit véritablement d’un texte pascal unissant en lui les souffrances, la mort et la résurrection du Seigneur. Ecoutons à nouveau ces versets d’Isaïe qui annoncent la victoire du Messie sur la mort. Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! Résurrection et Ascension du Seigneur sont annoncés et les verbes utilisés par Isaïe nous font penser à l’hymne pascale de Paul dans la lettre aux Philippiens : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté : Il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom ». Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler. Dans ce verset qui clôture le chapitre 52 le prophète nous fait comprendre que l’exaltation du serviteur du Seigneur aura une portée universelle. Cet événement de la résurrection étonnera dans le sens le plus fort de ce verbe non seulement les saintes femmes, les apôtres et les disciples mais aussi une multitude de nations. Même si Jésus avait annoncé sa résurrection à ses disciples, cet événement constitue une nouveauté inouïe dans l’histoire de notre humanité. Il s’agit bien d’un événement unique, inattendu, qui ne peut que provoquer étonnement et admiration. Au chapitre 53 nous pouvons lire ces versets significatifs dans le contexte de la célébration de Pâques : S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs. Nous sommes en tant que baptisés cette descendance promise au serviteur du Seigneur. Nous sommes les fils et les filles de la résurrection. Le Messie est annoncé par le prophète comme un triomphateur puissant qui, après avoir obtenu la victoire, partage le butin. Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens nous donne une clé possible de compréhension d’Isaïe 53 : Quand cet être périssable aura revêtu ce qui est impérissable, quand cet être mortel aura revêtu l’immortalité, alors se réalisera la parole de l’Écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? … Rendons grâce à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus Christ.

Comment pouvons-nous rendre présente cette victoire de Pâques dans notre monde terrestre ? Si la solennité pascale oriente notre regard vers la vie éternelle, elle nous invite aussi à un engagement terrestre au nom de notre foi en Jésus ressuscité. Bien des choses en ce monde ne dépendent pas de nous, comme par exemple mettre fin aux guerres qui continuent à faire tant de victimes et de dégâts en cette année 2026. Les puissants de ce monde ne nous demandent jamais notre avis quand ils déclarent des guerres. Par contre il nous appartient pour ce qui est au pouvoir de notre liberté humaine de tout faire pour que la civilisation de l’amour progresse selon la volonté de Dieu. Si Pâques est vraiment la victoire de Dieu sur la mort, alors ouvrons pleinement notre cœur au don de la vie divine. La civilisation de l’amour est celle de la vie. Il nous appartient en tant que baptisés de rendre présente aujourd’hui la Pâque de Jésus. Pâque nous renvoie aux Béatitudes qui sont des chemins de vie plus que jamais actuels. A la lumière des Evangiles et des Béatitudes nous pouvons discerner ce qui, en nous, fait encore obstacle à la puissance de la résurrection, ce en quoi nous sommes complices des forces du mal. Si nous n’avons pas le pouvoir d’arrêter les guerres, de mettre un terme aux injustices, à la famine et à la misère, il nous revient d’avoir faim et soif de la justice, d’être des artisans de paix. Que Jésus dans cette communion pascale renouvelle en profondeur nos cœurs afin qu’ils soient purs, doux, humbles et miséricordieux. Au grand don de Dieu répondons par l’intensité de notre désir. Le témoignage de notre foi chrétienne en la résurrection se vérifie chaque jour dans les petites choses, petites aux yeux des hommes mais grandes pour le cœur de Dieu. Croyons-nous vraiment que nous sommes capables avec la grâce de Jésus de changer, de devenir meilleurs à travers nos actes et nos choix ? Ou bien sommes-nous résignés à notre tiédeur et à notre médiocrité ? Notre vie chrétienne, notre vie pascale avec le Christ, est un exercice qui commence chaque matin pour qu’à travers nos actes, nos pensées, nos paroles nous soyons des créatures nouvelles. Les nouveaux baptisés de Pâques viennent nous réveiller de notre torpeur. Ils nous invitent au courage de la foi par lequel chaque jour nouveau devient l’ébauche du Royaume en nous et dans le monde.

 

 

 

 

vendredi 3 avril 2026

VENDREDI SAINT 2026

 


                  Méditation pour le Vendredi saint 2026

Hier, lors de l’eucharistie du Jeudi saint en mémoire de la Cène du Seigneur, je vous ai proposé une méditation sur Jésus « Agneau de Dieu », méditation que j’aimerais poursuivre en ce Vendredi saint. Nous avons entendu Jérémie, le prophète persécuté, affirmer : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » La première lecture de l’office de la Passion du Seigneur nous fait méditer le quatrième chant du serviteur du Seigneur. Ce serviteur est comparé par le prophète à un agneau : Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Le point commun entre Isaïe et Jérémie est évident : c’est bien celui de l’agneau conduit à l’abattoir. Mais entre les deux prophéties il y a aussi une différence de taille. Nous avons vu hier que Jérémie réclamait à Dieu justice et revanche contre ses persécuteurs. Rien de tel en Isaïe 53 : le serviteur accepte son sort en s’humiliant et n’ouvre même pas la bouche pour se défendre. Même si dans la Passion du Christ selon saint Jean nous trouvons un très beau dialogue entre Pilate et Jésus vient le moment où Jésus refuse de répondre au représentant de l’autorité romaine (19, 9). Dans les versions de Matthieu, Marc et Luc le silence de Jésus, son refus de répondre au grand prêtre, à Pilate ou encore à Hérode est mis en avant. C’est ainsi qu’il accomplissait la prophétie du serviteur souffrant qui n’ouvre pas la bouche. Jean nous signale que Jésus meurt en croix le jour de la Préparation de la Pâque au moment même où dans le temple on immolait l’agneau pascal. Après la mort de Jésus il nous donne aussi une information qui peut nous sembler un détail mais qui assimile encore davantage le Christ à l’agneau pascal : Quand les soldats arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. C’est ainsi que Jésus mort en croix accomplit le rituel de la Pâque décrit en Exode 12, 46 : On mangera la Pâque dans une seule maison. Tu ne sortiras de cette maison aucun morceau de viande. Vous ne briserez aucun de ses os. Le quatrième chant du serviteur en Isaïe nous permet de bien comprendre l’expression par laquelle Jean le baptiste désigne Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Oui, Jésus dans sa Passion et sa mort enlève le péché du monde et cela en deux sens. Tout d’abord il prend sur lui tous les péchés de tous les hommes de tous les temps : C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé… C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes… Jésus, Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, ne se charge pas seulement de tout le mal du monde, il nous en délivre, il nous en purifie en nous sanctifiant par son amour infini : Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris… Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours… Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.

Lorsque la liturgie nous fait chanter « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, donne-nous la paix » prenons bien conscience de la grandeur du don qui nous est fait depuis ce jour unique dans notre histoire de la mort de Jésus en croix. Déjà l’apôtre Pierre rappelait aux toutes premières générations de chrétiens la grandeur du mystère pascal : Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ.

Enfin Pierre nous rapporte dans une hymne liturgique une magnifique synthèse de ce que nous célébrons en ce Vendredi saint :

C’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. (1 P 2, 21-24)


JEUDI SAINT 2026

 


               Méditation pour le Jeudi saint 2026

En ce jeudi saint nous faisons mémoire de la dernière Cène du Seigneur Jésus au cours de laquelle il institua pour son Eglise et pour la multitude le saint sacrement de l’eucharistie. Ce sacrement culmine dans la communion au corps et au sang du Ressuscité. A partir du rite de la communion je vous propose une méditation sur Jésus Agneau de Dieu. En effet à chaque messe le prêtre fait siennes les paroles de Jean le baptiste suivies d’une citation de l’Apocalypse : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde. Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau !

Pendant la fraction du pain nous chantons ou récitons l’Agnus Dei :

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.

[Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, prends pitié de nous.]

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde, donne-nous la paix.

C’est donc à 5 reprises que la liturgie de la communion utilise l’image de l’agneau pour l’appliquer au Christ. Chaque fois cet agneau est présenté comme « celui qui enlève les péchés du monde ». Dans l’Ancien Testament l’agneau est mentionné 129 fois, la plupart du temps comme l’animal destiné aux sacrifices prescrits par la Loi. La première mention de l’agneau se trouve en Genèse 22 dans un dialogue entre Isaac et Abraham : Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. »

Nous pouvons interpréter cette première mention de l’agneau comme une prophétie dans la bouche d’Abraham annonçant l’Agneau véritable, le Christ : Dieu saura bien trouver l’agneau… Dans la première lecture de cette messe l’agneau devient pascal : Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Le sang de l’agneau sacrifié dont la communauté mange la chair est signe de vie pour les Hébreux et signe de mort pour les Egyptiens. C’est un sang qui protège contre le fléau de la mort et en délivre. Si nous passons de la Pâque juive à la Pâque chrétienne ainsi qu’à la liturgie de la messe nous constatons que le sang de l’Agneau de Dieu nous délivre du péché, donc de la séparation d’avec Dieu, de la mort de l’âme. Le sang de l’Agneau instaure ainsi la communion avec Dieu dans le Christ. Jésus accomplit dans son mystère pascal la parole d’Abraham à Isaac. Cet accomplissement de l’Ancienne Alliance dans la Nouvelle passe par une étape essentielle, celle des Prophètes. Tout d’abord Isaïe 1, 11 : Que m’importe le nombre de vos sacrifices ? – dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j’en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’y prends pas plaisir.

Le sang des agneaux, dit le Seigneur, je n’y prends pas plaisir… Jésus accomplit non seulement la parole d’Abraham mais aussi la prédication des prophètes en abolissant tous les sacrifices d’animaux. La lettre aux Hébreux, au chapitre 10, nous permet de comprendre ce passage des agneaux sacrifiés (dont Dieu ne veut pas) à l’unique et véritable Agneau de Dieu qui est son Fils : Il est impossible, en effet, que du sang de taureaux et de boucs enlève les péchés. Aussi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre… Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

L’accomplissement de l’image de l’Agneau par Jésus se réalisera précisément par sa Passion et sa mort en croix. Deux passages des Prophètes annoncent cet accomplissement : Jérémie 11, 19 et Isaïe 53, 7. Je réserve pour demain la méditation sur Isaïe 53. Ecoutons Jérémie au chapitre 11 : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » Seigneur de l’univers, toi qui juges avec justice, qui scrutes les reins et les cœurs, fais-moi voir la revanche que tu leur infligeras, car c’est à toi que j’ai remis ma cause. Jérémie, prophète persécuté, annonce la condamnation à mort de Jésus et les souffrances de l’Agneau de Dieu. Si Jésus souffrira à la manière d’un agneau conduit à l’abattoir de la croix, contrairement à Jérémie, il ne réclamera ni revanche ni vengeance sur ses ennemis. Au contraire il implorera pour eux les richesses de la miséricorde divine.

Enfin rappelons-nous que la lettre aux Hébreux ainsi que le psaume 110 (109) présentent le sacerdoce du Christ dans la lignée de celui de Melchisédech et non pas dans celle des Lévites chargés d’assurer les sacrifices d’animaux dans le temple. Comme Melchisédech le Christ, avant d’entrer dans sa Passion, choisit le pain et le vin pour instituer l’unique sacrifice de la nouvelle Alliance, alors que la logique de la fête aurait été de choisir la chair de l’agneau… Dieu saura bien trouver l’agneau… avait dit Abraham à son fils. Tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance étaient davantage un mouvement de l’homme religieux cherchant à se concilier les faveurs divines. Dans la Pâque du Christ et le sacrement de l’eucharistie, c’est Dieu qui prend l’initiative et qui trouve en son Fils l’Agneau. Non plus l’homme qui cherche à s’élever vers Dieu de manière bien maladroite mais Dieu qui descend vers l’homme, le rejoint dans son humanité remplie de faiblesse et lui offre gratuitement la communion à la vie divine. Le grand mystère de la communion eucharistique s’éclaire toujours à la lumière du grand mystère de l’incarnation : Dieu vient vivre notre condition humaine jusqu’à la mort pour que nous vivions de sa divinité aujourd’hui et jusque dans la vie bienheureuse.


dimanche 22 mars 2026

Cinquième dimanche de Carême / année A / 2026

 22/03/2026

Jean 11, 1-45

Après l’Evangile de la samaritaine et celui de l’aveugle de naissance saint Jean poursuit notre catéchèse de Carême avec l’Evangile de Lazare. Le point commun entre ces trois grands récits évangéliques c’est la question décisive de la foi en Jésus. La samaritaine, l’aveugle qui retrouve la vue et Lazare ramené à la vie constituent des itinéraires de foi. Dans les trois cas c’est aussi l’entourage de ces personnes qui parvient à la foi. Le récit de ce dimanche occupe presque la totalité du chapitre 11 de saint Jean. Sur 45 versets le moment de la sortie du tombeau de Lazare se résume à deux versets seulement, à la fin cette page évangélique. Nous trouvons un autre point commun entre l’Evangile de l’aveugle de naissance et celui de la mort de Lazare. Ces deux récits illustrent ce qui affaiblit et détruit notre vie : les handicaps, les maladies et finalement la mort. En Jean 9, 3 Jésus répond ainsi à la question des disciples sur le pourquoi (pourquoi est-il né aveugle ?) : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Et en Jean 11, 4 Jésus commente ainsi la maladie de son ami Lazare : Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. De manière mystérieuse ce qui constitue pour nous un mal permet à Dieu de se manifester comme Celui qui est plus fort que tout mal. Nous retrouvons aussi le thème de la lumière en Jean 9 et en Jean 11 :

Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. (9, 4.5).

N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. (11, 9.10).

Le récit de Lazare ne nie pas la douleur provoquée par la mort et le deuil. Bien au contraire. Marthe et Marie, ainsi que Jésus ne sont pas des stoïciens inébranlables face à la mort. Ils pleurent parce qu’ils aiment. L’itinéraire de foi de Marthe et Marie part de cette situation bien concrète du deuil et de la souffrance qu’il engendre. Pour parler de la mort de son ami Lazare Jésus utilise le verbe « s’endormir ». Saint Paul fera sienne cette manière de parler de la mort. Ce qui peut apparaître comme un euphémisme, un refus de dire la dure réalité de la mort, est en fait une invitation à la foi : Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! Si les païens avaient des nécropoles (les villes des morts), les chrétiens ont choisi un autre vocabulaire : le cimetière. L’étymologie de ce mot est fidèle à la manière de parler de Jésus et de Paul : du latin classique coemeterium, ce mot venant du grec ancien κοιμητήριον / koimêtếrion, signifie « dortoir ». Marthe, avant même d’être témoin du signe que Jésus va accomplir pour son frère, croit en Jésus et le confesse comme le Christ. Après le retour à la vie de Lazare cette foi de Marthe s’étend à beaucoup de Juifs. C’est la finale de notre Evangile, semblable à celle de l’Evangile de la samaritaine :

Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause de la parole de la femme qui rendait ce témoignage… Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de sa parole à lui, et ils disaient à la femme : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

Si beaucoup croient en Jésus, « résurrection et vie », le signe de Lazare revenu à la vie va accélérer la décision de tuer Jésus. En redonnant la vie à son ami Lazare, Jésus signe ainsi sa condamnation à mort. C’est la conclusion dramatique du chapitre 11 : À partir de ce jour-là, les grands prêtres et les pharisiens décidèrent de tuer Jésus. Celui qui affirme « Je suis la résurrection et la vie » divise donc en redonnant la vie à Lazare : il y a ceux qui accèdent à la lumière de la foi et ceux qui refusent cette lumière. Ces derniers décident de tuer Celui qui se présente comme la vie. Mais la vie de Dieu est plus puissante que toute la méchanceté et l’aveuglement du cœur humain plongé dans les ténèbres et l’ignorance. Dieu tournera en effet ce mal suprême, la mort de Jésus, en un bien infini. C’est ainsi que Jean interprète les paroles de Caïphe :

Ce qu’il disait là ne venait pas de lui-même ; mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés.

dimanche 15 mars 2026

Quatrième dimanche de Carême / année A / 2026

 15/03/2026

Jean 9

L’évangéliste Jean consacre un chapitre entier de son Evangile au récit de la guérison de l’aveugle de naissance par Jésus. Sur les 41 versets de ce chapitre seulement les 7 premiers sont consacrés au récit de la guérison elle-même. C’est dire que la plus grande partie du chapitre nous parle des suites de cette guérison. Le récit de Jean est complexe car il fait intervenir un grand nombre de personnes en plus de Jésus et de l’aveugle ayant retrouvé la vue : les disciples, les voisins, les pharisiens, les parents. Le fait que Jésus ait redonné la vue à l’aveugle de naissance le jour du sabbat provoque donc une polémique au centre de laquelle se situent les pharisiens. Cette polémique divise non seulement les voisins de l’aveugle mais aussi les pharisiens eux-mêmes. Confronté à toutes ces personnes qui l’interrogent celui qui a retrouvé la vue donne un témoignage simple et constant : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : “Va à Siloé et lave-toi.” J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » … Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. L’ancien aveugle s’en tient aux faits. Son témoignage est simple et puissant. Sa guérison l’amène à reconnaître en Jésus un prophète. Face à l’évidence les pharisiens refusent pourtant de croire. D’où la convocation des parents puis une seconde confrontation avec le bénéficiaire du signe accompli par Jésus : Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle… Les versets 24 à 34 nous rapportent une discussion théologique entre les pharisiens et l’homme ayant retrouvé la vue. Ce passage est révélateur du fossé qui sépare les deux manières de raisonner. Celle des pharisiens est dogmatique : puisque Jésus a accompli ce signe le jour du sabbat, il est forcément pécheur. A ce raisonnement l’homme oppose les faits ainsi que la simplicité de son témoignage : Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. A la certitude orgueilleuse des pharisiens qui jugent et condamnent Jésus correspond l’humilité d’un homme du peuple : Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. L’aveuglement des pharisiens s’exprime de manière parfaite lorsqu’ils prétextent de leur attachement à Moïse pour mieux refuser de reconnaître en Jésus un envoyé de Dieu : Nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. Le simple témoignage de cet homme les met en colère et ils l’injurient. Devant tant de mauvaise foi c’est l’aveugle guéri qui est contraint de donner un cours de théologie, mais avant toute chose un cours de bon sens, à ces spécialistes de la religion que prétendent être les pharisiens… retournement de situation remarquable ! Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. Cette mise au point est perçue par les pharisiens comme une mise en danger de leur compétence en matière de religion, ils passent ainsi de l’injure au mépris et à l’exclusion de l’homme qui, par son témoignage, les dérange et les remet en question. « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Remarquons bien que les pharisiens sont toujours dans le jugement sur les autres : Jésus est pécheur, cet homme est pécheur. Leur prétendue science théologique s’accompagne en fait d’un manque d’amour et de miséricorde. Leur orgueil les conduit à des attitudes contraires à la Loi de Moïse : l’insulte et le mépris. Eux n’ont de leçon à recevoir de personne. Ils donnent des leçons du haut de leur prétendue supériorité morale.

A partir du verset 35, après le sommet de la polémique, Jésus vient à nouveau à la rencontre de l’homme et lui demande un acte de foi. L’ancien aveugle passe alors de la reconnaissance de Jésus comme prophète à l’adoration de Jésus comme Seigneur : « Je crois, Seigneur ! » Le dernier verset du chapitre résume tout l’enjeu spirituel de cette page évangélique : Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. Ainsi du point de vue spirituel les aveugles ce sont bien les pharisiens qui refusent de croire en Jésus. Leur orgueil leur fait penser qu’ils voient alors qu’ils sont dans les ténèbres. Ceux qui accusaient Jésus et l’homme guéri d’être des pécheurs sont maintenant déclarés pécheurs par Jésus lui-même : votre péché demeure. Ainsi cet Evangile opère un double renversement de perspective : ceux qui se prétendaient justes et clairvoyants sont en fait pécheurs et aveugles alors que l’homme aveugle de naissance parvient par l’humilité à la lumière de la foi.

 

dimanche 8 mars 2026

Troisième dimanche de Carême / année A / 2026

 8/03/2026

Jean 4, 5-42

En ce troisième dimanche de Carême les catéchumènes vivent l’étape du premier scrutin avec l’Evangile de la samaritaine en saint Jean. La rencontre entre Jésus et la femme de Samarie est longuement décrite par l’évangéliste et elle constitue l’une des plus belles rencontres des Evangiles.

Il s’agit tout d’abord d’une rencontre surprenante comme le souligne bien l’étonnement de la samaritaine et des disciples. Jésus, une fois de plus, brise les convenances et se montre un homme libre en adressant la parole à une femme et à une femme de Samarie. Tout part de la fatigue et de la soif de Jésus assis près de la source et d’une demande adressée à la samaritaine : « Donne-moi à boire ». Cette soif physique de l’homme Jésus est le signe d’une autre soif, celle de Dieu désirant entrer dans une relation d’amour avec chaque homme, chaque femme, quel que soit son appartenance religieuse ou ethnique. La soif de Dieu est universelle. Ce « donne-moi à boire » au début de l’Evangile de Jean nous fait penser à l’une des dernières paroles du Christ en croix à l’autre bout de l’Evangile : « J’ai soif ». Dieu n’est donc pas seulement celui qui donne, Il est aussi celui qui veut recevoir l’amour de la part de chacun d’entre nous. L’eau dont il est tant question dans ce récit évoque bien sûr le sacrement de baptême que les catéchumènes recevront lors de la vigile pascale : Celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Nous passons ainsi de l’eau, élément vital pour notre vie humaine, à l’eau source de vie éternelle.

Le récit de la rencontre avec la samaritaine contient une double révélation : la première concerne l’identité de Jésus, la seconde l’identité de Dieu et l’adoration que Dieu désire. Les titres donnés au Seigneur Jésus sont en effet significatifs : on part du prophète pour aboutir au Sauveur du monde en passant par le Messie. Ce n’est qu’au terme d’un long processus, celui de la rencontre et du dialogue, que la samaritaine et ses compatriotes parviennent à comprendre qui est cet homme… Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire » … Au terme du parcours les samaritains savent et croient en Jésus Seigneur et Sauveur.

La révélation sur Dieu est éblouissante et tient en trois mots : « Dieu est esprit ». Il est l’exact contraire d’une idole que l’on doit adorer à tel endroit ou dans tel temple. Car si Dieu est esprit, il est présent de partout. Dans son enseignement Jésus annonce par avance la destruction du temple unique de Jérusalem et la fin du culte qui y était célébré : Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. Le salut vient des Juifs, comme il l’affirme, mais les Juifs n’ont pas plus raison que les samaritains sur le lieu où il faut adorer Dieu. Ils sont tous dans l’erreur en pensant enfermer Dieu dans un lieu précis. De ce point de vue le temple de Jérusalem ne vaut pas mieux que celui, concurrent, des samaritains.

Le verset 24 de cet Evangile constitue l’un des sommets de la révélation de Dieu donnée par Jésus et de la définition de ce qu’est vraiment la religion : Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. Les prophètes nous permettent de comprendre ce que signifie « adorer en esprit et en vérité ». Nous pouvons penser par exemple à une prophétie d’Ezéchiel : Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Isaïe et Jérémie en particulier ne cessent de dire au peuple que l’adoration en vérité consiste à mettre en adéquation sa vie tout entière avec sa foi. Dieu attend de nous des actes de justice et de sainteté. Il désire que nous soyons bons, généreux, compatissants, miséricordieux et que nous fassions le bien sans relâche, voilà l’adoration en vérité. Pour adorer « en esprit » Jésus nous donnera part à l’Esprit Saint, cet Esprit que les catéchumènes recevront au moment de leur baptême. Enfin un passage du prophète Michée nous montre, lui aussi, ce que signifie « adorer en esprit et en vérité » :

Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? demande le peuple. Comment m’incliner devant le Très-Haut ? Dois-je me présenter avec de jeunes taureaux pour les offrir en holocaustes ? Prendra-t-il plaisir à recevoir des milliers de béliers, à voir des flots d’huile répandus sur l’autel ? […] – Homme, répond le prophète, on t’a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t’appliquer à marcher avec ton Dieu.

 

dimanche 1 mars 2026

Deuxième dimanche de Carême / année A / 2026

 1er/03/2026

Matthieu 17, 1-9

Chaque année le chemin du Carême nous fait passer du désert des tentations à la montagne de la transfiguration. Ce passage annonce dès le début du Carême la Passion, la mort et la résurrection du Seigneur. Si au désert Jésus vit dans la solitude, confronté uniquement au démon, sur la montagne il est accompagné de trois disciples et il communique avec Moïse et Elie. La transfiguration est donc un événement ecclésial qui construit la communauté des disciples et qui situe Jésus dans la continuité de la Loi et des Prophètes. La Transfiguration en tant qu’événement communautaire me fait penser au passage du message de Carême du pape Léon consacré précisément à cet aspect de notre préparation à Pâques :

Le Carême met en évidence la dimension communautaire de l’écoute de la Parole et de la pratique du jeûne. L’Écriture souligne également cet aspect de nombreuses façons. […] Nos paroisses, les familles, les groupes ecclésiaux et les communautés religieuses sont appelés à accomplir pendant le Carême un cheminement commun dans lequel l’écoute de la Parole de Dieu, tout comme celle du cri des pauvres et de la terre, devienne une forme de vie commune et dans lequel le jeûne soutienne une authentique repentance. Dans cette perspective, la conversion concerne, outre la conscience de chacun, le style des relations, la qualité du dialogue, la capacité à se laisser interroger par la réalité et à reconnaître ce qui oriente véritablement le désir, tant dans nos communautés ecclésiales que dans l’humanité assoiffée de justice et de réconciliation.

La vision du corps glorieux de Jésus, rayonnant sa divinité, ravit le cœur de l’apôtre Pierre : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Et Pierre n’a qu’un désir : prolonger cette expérience de la joie divine. Cela nous rappelle l’importance de la prière dans notre vie chrétienne, et tout particulièrement de la prière de contemplation et d’adoration. Se tenir simplement en présence de Jésus, se recueillir dans le silence extérieur et intérieur pour être totalement disponible à la présence divine, et ne pas hésiter à demeurer dans cette attitude longuement. Avec les paroles du psaume 130 nous pouvons dire et redire à Jésus présent : Je tiens mon âme égale et silencieuse.

Le récit de la transfiguration nous invite à unir cette expérience de la prière personnelle et communautaire à l’écoute de la Parole de Dieu comme nous y invite le pape Léon dans son message de Carême :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le !

Nous vivons dans l’ère chrétienne et nous savons que la Parole de Dieu n’est pas d’abord un livre, la Bible, mais une personne, Jésus. Saint Jean ouvre son Evangile en nous présentant le mystère du Fils de Dieu dans le sein de la Trinité comme le mystère du Verbe fait chair, donc de la Parole de Dieu rendue présente de manière parfaite et définitive dans un homme nommé Jésus de Nazareth. C’est pour cette raison que les Evangiles, échos écrits de la Parole vivante qu’est Jésus, sont si importants pour notre vie chrétienne. Mais souvenons-nous que Jésus n’a jamais rien écrit : il vécu parmi nous en enseignant et en faisant le bien. Ecouter cela signifie obéir. Dans le verbe « obéir » nous trouvons le verbe latin « audire » signifiant « écouter ». Il s’agit bien sûr d’une obéissance très différente de celle du militaire ou du subordonné vis-à-vis d’un supérieur hiérarchique quelconque. Il s’agit de l’obéissance de la foi qui est une obéissance amoureuse. Elle peut se traduire ainsi : je mets en pratique la Parole de Jésus parce que je l’aime et que je veux lui montrer mon amour non seulement en paroles mais aussi en actes. En guise d’ouverture je citerai une réflexion intéressante, trouvée sur Internet, autour de l’obéissance et de la désobéissance :

Le préfixe « ob » évoque la position « en face » et aussi un « renversement » : je suis en face de l’autre, et je lui « renvoie » quelque chose. Le verbe « audire » signifie entendre, percevoir (par les oreilles, par l’intelligence). Aujourd’hui, le sens commun d’obéir signifie souvent se soumettre sans réfléchir. L’obéissance serait synonyme de passivité, de soumission, voire de lâcheté. En conséquence, désobéir serait salvateur. Or, le sens étymologique du mot obéir nous invite plutôt à considérer l’obéissance comme un engagement : j’obéis, cela veut dire que j’ai perçu les propos de l’autre et, face à lui, je m’engage à « le suivre » avec ce sens de « je m’engage ».

 

dimanche 22 février 2026

Premier dimanche de Carême / année A/ 2026

 Matthieu 4, 1-11

22/02/2026

Dans le message de Carême qu’il a adressé aux catholiques le pape Léon souligne l’importance de la Parole de Dieu :

Tout cheminement de conversion commence lorsque nous nous laissons rejoindre par la Parole et que nous l’accueillons avec docilité d’esprit. Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’elle opère. C’est pourquoi le cheminement du Carême devient une occasion propice pour prêter l’oreille à la voix du Seigneur et renouveler la décision de suivre le Christ.

La première lecture nous fait méditer le récit du péché des origines au chapitre 3 de la Genèse. Le tentateur prend la forme d’un serpent. Dans son dialogue avec la femme ce qui est en jeu c’est bien la Parole de Dieu. Comme dans l’Evangile des tentations le serpent cite Dieu à sa manière et cela afin de mettre à l’épreuve la femme : Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? Satan se déguise en porte-parole de Dieu. La femme reconnaît immédiatement la ruse du serpent qui déforme la Parole de Dieu et elle rétablit la vérité. Alors que le serpent vient de mentir pour amener la femme à la désobéissance, il accuse maintenant Dieu de mentir : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Ne pas écouter Dieu qui interdisait de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, c’est choisir la mort au lieu de la vie. Le serpent promet à la femme une divinisation (vous serez comme des dieux) afin de mieux de la perdre. Dans le récit des tentations au désert le démon demande à Jésus de prouver sa divinité par des prodiges. Dans les deux cas le tentateur utilise le levier du péché d’orgueil afin de perdre ceux à qui il adresse sa parole. Si la femme cède à la tentation et entraîne l’homme avec elle, Jésus, lui, sort vainqueur de l’épreuve du désert. La deuxième tentation est particulièrement intéressante pour le thème de la Parole de Dieu puisque le diable et Jésus luttent à coup de citations bibliques. Le tentateur isole un verset biblique (du psaume 91) et Jésus renvoie le démon à l’Ecriture comme une totalité en citant le Deutéronome. C’est une grande leçon pour nous lorsque nous lisons la Bible. Il s’agit toujours d’interpréter la Bible par la Bible, tel verset par tel autre, afin de percevoir la symphonie des Ecritures. Dans ce dialogue et dans le récit de la Genèse nous comprenons que la Parole de Dieu n’est pas utilisée seulement par les croyants et les saints mais aussi par des personnes aux intentions perverses. Ecoutons maintenant ce que le pape nous dit de l’importance de la Parole de Dieu pour bien vivre ce temps du Carême :

Cette année, je voudrais attirer l’attention, en premier lieu, sur l’importance de laisser place à la Parole à travers l’écoute, car la disposition à écouter est le premier signe par lequel se manifeste le désir d’entrer en relation avec l’autre. […] Un Dieu engageant nous rejoint aujourd’hui aussi avec des pensées qui font vibrer son cœur. Pour cela, l’écoute de la Parole dans la liturgie nous éduque à une écoute plus authentique de la réalité : parmi les nombreuses voix qui traversent notre vie personnelle et sociale, les Saintes Écritures nous rendent capables de reconnaître celle qui s’élève de la souffrance et de l’injustice, afin qu’elle ne reste pas sans réponse. Entrer dans cette disposition intérieure de réceptivité c’est se laisser instruire aujourd’hui par Dieu à écouter comme Lui, jusqu’à reconnaître que « la condition des pauvres est un cri qui, dans l’histoire de l’humanité, interpelle constamment notre vie, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques et, enfin et surtout, l’Église ».

L’écoute de la Parole de Dieu fait de nous des affamés de justice, des cœurs compatissants ouverts aux misères et aux peines de nos frères, des cœurs généreux heureux de partager avec ceux qui sont dans le besoin. Pour aller dans le sens du message du pape Léon je vous donne un conseil de lecture biblique pour ce Carême dans les livres prophétiques. Pourquoi ne pas relire en les méditant lentement à la manière d’une lectio divina les trois petits livres d’Osée, Amos et Michée dont le message est un magnifique écho de la voix de la souffrance et de l’injustice dont parle le pape ? Ou bien lire intégralement le livre d’Isaïe ? Celui-ci s’ouvre par un reproche significatif que le Seigneur fait à son peuple : Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne, la crèche de son maître. Israël ne le connaît pas, mon peuple ne comprend pas.

Gardons enfin en mémoire dans notre cœur la réponse de Jésus au tentateur pour qu’elle nous accompagne jusqu’à Pâque et donne sens et valeur au jeûne du Carême :

L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Dans la symphonie des Ecritures nous pouvons trouver une belle correspondance entre cette parole de Jésus et la prophétie d’Amos 8, 11, prophétie qui a probablement inspiré le Seigneur :

Voici venir des jours – oracle du Seigneur Dieu –, où j’enverrai la famine sur la terre ; ce ne sera pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais la faim et la soif d’entendre les paroles du Seigneur.

 

 

dimanche 15 février 2026

Sixième dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 15/02/2026

Matthieu 5, 17-37

Nous poursuivons en ce dimanche notre lecture du sermon sur la montagne au chapitre 5 de saint Matthieu. Dans cette section du sermon l’Evangile comporte deux parties. Dans la première Jésus explique son rapport à la Loi et les Prophètes. Dans la seconde il donne des exemples concrets de l’accomplissement de la Loi ancienne dans la Loi évangélique. Je me limiterai à la première partie qui présente de réelles difficultés d’interprétation pour nous.

Tout d’abord Jésus nous dit qu’il est venu non pas pour abolir les Ecritures (La Loi et les Prophètes) mais pour les accomplir. C’est ce qu’il montre dans la dernière partie du sermon sur la montagne et cela à partir de 5 commandements. Saint Paul a parfaitement compris en quoi consistait cet accomplissement de la Loi de Moïse par Jésus, nouveau Moïse. Dans sa lettre aux Romains il affirme en effet : Le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. Quand nous lisons les Evangiles et que nous regardons comment Jésus se comporte vis-à-vis de certains préceptes de la Loi nous ne pouvons que constater sa grande liberté vis-à-vis de cette même Loi. Ses actes et ses paroles semblent, dans bien des cas, entrer en contradiction avec ce qu’il affirme en saint Matthieu : « je ne suis pas venu pour abolir… » Je ne donnerai qu’un exemple en Marc 7, 19 où l’évangéliste affirme : C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Ce faisant le Seigneur abolit les préceptes alimentaires que nous trouvons en Lévitique 11. Quant à saint Paul il affirme à deux reprises que la plupart des préceptes de la Torah ne concernent plus les chrétiens et que nous en sommes libérés par le Christ. Ce qui semble aller dans le sens opposé de ce que Jésus affirme dans l’Evangile de ce dimanche : Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Ecoutons les affirmations de l’apôtre Paul à ce sujet, tout d’abord dans sa lettre aux Ephésiens (2, 15) : Le Christ a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Dans la lettre aux Colossiens nous pouvons lire : Dieu a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix… Si, avec le Christ, vous êtes morts aux forces qui régissent le monde, pourquoi subir des prescriptions légales comme si votre vie dépendait encore du monde : « Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, ne touche pas cela » … Ce ne sont là que des préceptes et des enseignements humains. Comment expliquer dans le sermon sur la montagne cette réticence à affirmer que Jésus a de fait aboli la plupart des préceptes de la Torah ? Parce que Matthieu s’adressait aux Juifs en écrivant son Evangile ? Ces versets posent donc une réelle difficulté d’interprétation.

Si Jésus accomplit la Loi dans et par l’amour en la portant à sa perfection, il établit aussi une hiérarchie entre le projet de Dieu au commencement et la loi de Moïse qui est venu bien après. En témoigne le passage de Matthieu 19 où il défend le lien indissoluble du mariage contre le divorce permis par la Torah : Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d’un acte de divorce avant la répudiation ? » Jésus leur répond : « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. Pour le Seigneur ce qui fait loi ce n’est pas la Loi de Moïse mais bien le projet de Dieu créateur au commencement. Et ce qu’il affirme à propose du mariage peut être étendu à la plupart des domaines de notre vie morale. Il nous donne ainsi un mode d’emploi de la lecture des Ecritures et de leur juste interprétation. Pour lui les deux premiers chapitres de la Genèse sont fondateurs, donc plus importants en autorité que la Loi donnée par Moïse à des hommes au cœur endurci et adaptée à la condition pécheresse de l’humanité. Dans la Torah il faut bien distinguer le cœur (les 10 commandements) des innombrables préceptes juridiques de la Loi. Si Jésus accomplit le Décalogue dans la loi de l’amour, il abolit aussi la plupart des préceptes juridiques et nous en libère. Si le Décalogue a une portée clairement universelle, la plupart des préceptes sont le code juridique et théocratique d’un peuple particulier, Israël. Dans son traité Le mariage unique le père de l’Eglise Tertullien souligne que le Christ nous remet au commencement, c’est-à-dire à l’état de l’humanité avant le péché des origines. Il est le nouvel Adam, l’Alpha et l’Omega, qui nous rappelle la primauté de ce que Dieu a instauré au commencement sur la Loi de Moïse. Un autre père, Basile le grand, affirme : Telle était la première création, telle sera après cela la restauration. Le théologien anglican Andrew Linzey a une belle formule pour traduire cette dynamique qui de la Genèse aboutit au Christ et du Christ nous remet au commencement : On pourrait dire qu’il s’agit non pas de revenir à la Genèse, mais d’aller de l’avant vers elle. C’est bien parce que la Loi de Moïse n’était que « l’ombre de ce qui devait venir » (Colossiens 2, 17), que Jésus exige de nous une justice qui surpasse celle des scribes et des pharisiens. C’est la conclusion du chapitre 5 de l’Evangile selon saint Matthieu. Le chrétien ne se réfère pas d’abord à une loi mais à Dieu lui-même en tant que modèle à imiter, d’où la centralité dans la nouvelle Alliance du mystère de l’incarnation dans lequel nous pouvons imiter Jésus, Fils de Dieu, et en l’imitant être comme lui les fils du Père :

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

 

 

dimanche 8 février 2026

Cinquième dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 8/02/2026

Matthieu 5, 13-16

En ce dimanche nous poursuivons notre lecture du sermon sur la montagne. Après la proclamation des Béatitudes Jésus utilise deux images pour décrire l’identité de ses disciples. Ceux qui veulent le suivre pour mettre en pratique sa parole sont sel de la terre et lumière du monde. C’est notre vocation chrétienne en ce monde. Si la métaphore du sel est peu fréquente dans le Nouveau Testament, celle de la lumière est au contraire très présente. Ce mot est en effet utilisé 71 fois dans le Nouveau Testament. Si le sel évoque une petite réalité, peu visible mais puissante, la lumière, que l’on pense au soleil, est une réalité qui s’impose à tous. Le sel évoque la terre, la lumière le ciel. L’image du sel de la terre nous fait penser à celle du levain dans la pâte : Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. Comme le levain le sel a un pouvoir particulier : celui de relever le goût des aliments qui sont fades et sans saveur. Mais le Seigneur nous met en garde : le sel peut se dénaturer et devenir inutile. Notre pouvoir de transformation du monde ne vient pas de notre force personnelle mais bien de notre fidélité au Christ, de notre vie de communion quotidienne avec son amour de ressuscité. Être et demeurer sel de la terre en tant que chrétiens exige de nous une fidélité toujours renouvelée et actualisée à l’Evangile. On n’est pas chrétien une fois pour toutes, on le devient chaque jour davantage avec la grâce de Dieu. En saint Marc (9, 50) nous avons une précision sur ce que peut signifier être sel de la terre : Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous.

Il est évident que la métaphore de la lumière s’applique d’abord à Dieu et à Jésus. Quelques versets du Nouveau Testament suffiront pour nous en convaincre :

Dieu est lumière ; en lui, il n’y a pas de ténèbres.

Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie.

Si nous sommes lumière du monde, c’est parce que nous reflétons quelque chose de Dieu, parce que nous sommes en ce monde son image. Sénèque dans sa lettre 21 adressée à Lucilius fait une distinction intéressante pour nous aider à mieux comprendre la métaphore de la lumière : Il y a une différence entre ce qui rayonne et ce qui brille. Dans un cas, la lumière trouve sa source précise en elle-même, dans l’autre elle reflète ce qui lui vient d’ailleurs. Entre une vie et l’autre, même différence : l’une est frappée d’une lueur venue du dehors, et quiconque s’interpose la plonge aussitôt dans de profondes ténèbres ; l’autre s’illumine de son propre éclat.

Dans le mystère de sa transfiguration Jésus rayonne de la lumière de Dieu. Notre lumière, notre témoignage de vie chrétienne, doit briller devant les hommes : De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. En tant qu’enfants de Dieu et disciples de Jésus nous pouvons nous-aussi, à notre mesure, rayonner parce que Dieu ne nous est pas extérieur mais intérieur. C’est le témoignage des saints et des saintes de tous les temps. Le signe que nous sommes lumière du monde c’est le bien dont nous sommes l’origine, le bien que nous faisons, donc l’amour du prochain. C’est bien du dedans, du cœur, que proviennent les bonnes ou les mauvaises actions : L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.

Plus grande et vraie sera notre communion avec le Seigneur, plus grande sera notre capacité à rayonner de la lumière même du Christ. Nous saisissons bien la différence entre ceux qui cherchent à briller et ceux qui rayonnent, la différence entre une sainteté de façade et une sainteté profondément enracinée dans l’amour du Christ, sainteté qui, naturellement, rayonne de cet amour venu de Dieu et du dedans.

dimanche 1 février 2026

Quatrième dimanche du temps ordinaire / Les Béatitudes (Matthieu 5)

 


1er/02/2026

Matthieu 5, 1-12

Nous commençons en ce dimanche la lecture du sermon sur la montagne en saint Matthieu. Ce premier discours de Jésus s’étend du chapitre 5 au chapitre 7 et s’ouvre par la proclamation des Béatitudes. Dans cet enseignement Jésus s’adresse aux foules, c’est-à-dire à tous. Dans la première lecture nous trouvons le thème prophétique du « petit reste d’Israël » : Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Jésus élargit ce petit reste à la foule de ceux qui le suivent. Les 8 béatitudes nous enseignent que notre bonheur se trouve dans la communion avec Dieu, dans la fidélité à sa volonté, dans la suite de Jésus. Et ce bonheur a son origine dans notre cœur. Quatre béatitudes nous ramènent à la qualité de notre cœur, donc à notre intériorité, à ce qui nous caractérise au plus profond de notre être : les pauvres de cœur, les doux, les miséricordieux et les cœurs purs sont bienheureux. A la suite des prophètes Jésus nous invite à changer notre cœur de pierre en un cœur de chair, il veut nous faire le don d’un cœur nouveau dans l’Esprit Saint. Ces dispositions du cœur sont précieuses et indispensables pour réaliser l’appel à la sainteté que Dieu nous adresse dans le Christ. L’esprit du monde peut certes les qualifier de « faiblesses » et préférer à la pauvreté de cœur l’orgueil et l’arrogance, à la douceur la violence, à la miséricorde la vengeance et la dureté du cœur, à la pureté de cœur le mensonge et la duplicité… Mais comme l’affirme saint Paul dans la deuxième lecture ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. Ce que le monde qualifie de faiblesse est en fait le signe de la force d’âme qui s’appuie sur Dieu et lui seul. Les Béatitudes peuvent bien apparaître comme une folie s’opposant à la rationalité de ce monde, elles seules ont les promesses de la vie éternelle : le Royaume des Cieux appartient aux pauvres de cœur, aux humbles, aux petits. Les Béatitudes expriment le pari de la foi pour lequel l’amour du Christ est vainqueur malgré l’expansion du mal et la réussite des méchants. Aux qualités de cœur les Béatitudes ajoutent aussi des dispositions à l’action : ceux qui ont faim et soif de la justice, les artisans de paix sont bienheureux ! Jésus ne se limite pas à nous dire qu’il faut changer de cœur. Il nous enseigne aussi que ce renversement des valeurs du monde (ambition, force, puissance, richesse) est capable d’opérer un changement dans ce monde. Les chrétiens sont une force de changement dans la société. Un catholique qui porte dans son nom l’universalité du salut de Dieu ne peut que vouloir la paix et la réconciliation. Les Béatitudes nous disent que pour être réellement artisan de paix il faut toujours rechercher la justice. Pas de paix sans justice, pas de paix sans vérité. Cela est exprimé admirablement bien par le psaume 84 qui annonce le mystère de l’incarnation : Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Enfin deux Béatitudes nous rappellent que nous sommes dans une vallée de larmes, dans un monde blessé par le mal et le péché : Heureux ceux qui pleurent et heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ! Le bonheur promis par Jésus n’élimine pas le combat spirituel, bien au contraire. Le Seigneur proclame aux foules son enseignement en sachant parfaitement que le mettre en pratique attirera des contradictions à ses disciples. Revenons au message de Paul dans la deuxième lecture : ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Nous pouvons parfois penser que nous sommes semblables à ce petit reste d’Israël, faibles et minoritaires dans la société de notre temps… comme si nous étions revenus à la situation des premières générations chrétiennes qui vivaient leur foi sans le soutien des autorités politiques et qui parfois étaient persécutées. Aujourd’hui plus que jamais nous savons qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Les Césars de tous les temps ont toujours eu tendance à mépriser du haut de leur pouvoir le peuple, « ceux qui ne sont rien ». Ceux que les Césars méprisent, exploitent et violentent Dieu en fait ses bien-aimés, ses instruments de salut. Les Béatitudes nous redisent avec force la vanité, c’est-à-dire le vide et le néant, de tout pouvoir humain qui ne se met pas au service de la vérité et de l’amour, la vanité des orgueilleux, des puissants de ce monde et des ambitieux qui croient être importants alors qu’ils ne sont rien aux yeux de Dieu… et la valeur infinie des pauvres de cœur. Chaque soir l’Eglise nous rappelle la force révolutionnaire de l’Evangile en faisant siennes les paroles prophétiques de Marie :

Déployant la force de son bras, le Seigneur disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. 


dimanche 25 janvier 2026

Troisième dimanche du temps ordinaire - Dimanche de la Parole de Dieu

 

25/01/2026

En ce troisième dimanche du temps ordinaire l’Eglise nous invite à célébrer le 7ème dimanche de la Parole de Dieu. J’ai donc fait le choix de vous parler de la Bible. Ce livre est absolument unique dans l’histoire de notre humanité, il est aussi d’une grande complexité si l’on n’a pas en main les clés qui nous en donnent le mode d’emploi. Il s’agit pour moi à travers cette introduction à l’univers de la Bible de vous donner envie de lire les livres bibliques. Ce que nous appelons Bible est en fait une bibliothèque de 73 livres différents, écrits par de nombreux auteurs dont pour certains nous ne connaissons même pas le nom, et dans des langues différentes (hébreu et grec). Le processus par lequel ces livres ont été écrits puis mis ensemble dans le canon de la Bible, d’abord judaïque puis chrétien, s’étend d’environ 1100 avant Jésus-Christ à 100 après J-C, soit 12 siècles d’histoire ! Notre mot de Bible vient d’un mot grec neutre pluriel ta biblia signifiant tout simplement « les livres ». En passant au latin le mot a été compris comme un féminin singulier biblia-ae, la Bible ou « le livre ». Nous reconnaissons dans le mot Bible la même racine que le mot bibliothèque. La Bible c’est donc en même temps le Livre par excellence et une collection de différents livres : unité et pluralité. Mon professeur d’exégèse au séminaire utilisait une belle image en disant que la Bible c’est la reliure qui tient ensemble les 73 livres ! La plupart de ces récits ont d’abord été transmis oralement puis dans un second temps mis par écrit pour les sauver de l’oubli. Quant au mot grec désignant le livre biblion il vient du nom d’une ville de l’actuel Liban, Byblos, parce que cette ville était dans l’antiquité le centre principal de l’exportation de papyrus, support principal pour les livres en forme de rouleaux de cette époque. Depuis le catéchisme de notre enfance nous savons que la Bible est divisée en deux grands ensembles : l’Ancien Testament (46 livres), appelé les Ecritures ou encore la Loi et les Prophètes à l’époque de Jésus, c’est la partie de la Bible que nous avons en commun avec les Juifs excepté les 6 livres deutérocanoniques comme par exemple Sagesse et Siracide, et le Nouveau Testament (27 livres). La frontière entre ces deux ensembles c’est la personne de Jésus. Ainsi la Bible reflète dans sa structure ce que le calendrier nous dit de la révélation divine à l’intérieur de notre histoire humaine : avant ou après J.C. L’épaisseur historique de la Bible nous rappelle que la Parole de Dieu s’incarne depuis toujours dans la Parole des hommes. La Bible, c’est Dieu qui nous adresse sa Parole en passant par la parole des auteurs inspirés. Et le sommet, la perfection de cette révélation c’est précisément le mystère de l’Incarnation par lequel la Parole n’est plus simplement un message porté par les prophètes ou une Ecriture mais une personne, Jésus, né de Marie et Verbe fait chair. [Cela est parfaitement résumé par le commencement de la lettre aux Hébreux :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. ]

Si la connaissance de l’Ancien Testament nous aide à bien comprendre le Nouveau, c’est la Révélation de Jésus qui est le critère ultime de notre interprétation de l’Ancien Testament. Saint Paul affirme clairement que pour le chrétien la plupart des préceptes de la loi ancienne ne sont plus valables y compris la circoncision :

[C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix.]

L’épaisseur historique de la Bible ainsi que le rapport singulier entre l’Ancien et le Nouveau Testament nous permettent de comprendre que les Ecritures ne sont pas un catéchisme car la doctrine est en évolution permanente entre les livres les plus anciens et les plus récents du Judaïsme d’une part, et entre la Bible juive et les livres chrétiens du Nouveau Testament d’autre part. Pour ne donner que deux exemples significatifs la foi en la vie éternelle apparaît tardivement dans l’Ancien Testament et le monothéisme strict seulement après l’exil. Si la Parole de Dieu s’incarne toujours dans une parole humaine, il est aussi essentiel de tenir compte des différents genres littéraires de la Bible. On ne lit pas et on n’interprète pas un texte législatif de la Torah de la même manière qu’une prière des Psaumes, un oracle prophétique comme un récit historique, une poésie comme un récit apocalyptique, un texte de sagesse comme une fable ou un mythe etc. Tous ces genres littéraires sont présents dans la Bible et il est important pour nous en ouvrant un livre biblique de bien connaître le genre littéraire auquel il appartient pour éviter de graves erreurs d’interprétation. Pour simplifier au maximum on peut classer les textes bibliques en 4 catégories : la première contient les textes considérés comme essentiels ou comme les plus importants, pour les Juifs la Torah (les 5 premiers livres de la Bible), pour les chrétiens les Evangiles, ensuite nous avons des livres de type historique, prophétique ou encore des livres délivrant un enseignement, une doctrine (les livres de sagesse dans l’Ancien testament et les lettres ou épitres dans le Nouveau). [La classification des livres de l’Ancien Testament n’est pas la même pour les Juifs et pour les chrétiens. Pour nous le dernier verset de l’Ancien Testament correspond à la fin du livre de Malachie (Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays !) alors que le canon juif des Ecritures s’achève avec le deuxième livre des Chroniques (Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem !).]

La complexité de la Bible nous empêche de la lire comme on lit un livre normal en commençant par la première page et en terminant par la fin, ce serait la meilleure manière de nous décourager et de nous arrêter en chemin. Par contre il est souhaitable et profitable de lire un livre biblique de manière suivie et intégrale. Il ne faut pas hésiter non plus à avoir une « Bible de travail » sur laquelle on peut noter des références en marge, surligner tel ou tel passage etc. La symphonie des Ecritures fait que la meilleure manière d’interpréter un texte biblique consiste toujours à le mettre en rapport avec un autre texte biblique, d’où la nécessité des notes en marge pour nous souvenir des consonances ou discordances que nous découvrons au fur et à mesure de notre exploration de l’univers biblique.

Dans son magnifique sermon du 13 mars 1661 consacré à la Parole de Dieu Bossuet affirme : A l’autel par l’efficacité du Saint-Esprit et par des paroles mystiques, auxquelles on ne doit point penser sans tremblement, se transforment les dons proposés au corps de Notre Seigneur Jésus-Christ ; à la chaire, par le même Esprit et encore par la puissance de la parole divine, doivent être secrètement transformés les fidèles de Jésus-Christ pour être faits son corps et ses membres… Le corps de Jésus-Christ n’est pas plus réellement dans le sacrement adorable que la vérité de Jésus-Christ est dans la prédication évangélique… Il ne faut pas croire que Jésus-Christ se sente moins outragé quand on écoute sa vérité avec peu d’attention que quand on manie son corps avec peu de soin… la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel de la vérité… ceux qu’elle ne nourrit pas, elle les tue.

 


dimanche 18 janvier 2026

2ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 18/01/2026

Jean 1, 29-34

Depuis lundi et jusqu’au mercredi des Cendres que nous célébrerons dans un mois nous vivons la première partie du temps ordinaire. L’Evangile de ce dimanche prolonge la fête du baptême du Seigneur. Nous retrouvons Jean dans sa mission de précurseur du Messie : Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. Le précurseur est celui qui révèle Jésus. Et cette révélation est confirmée par le don de l’Esprit au moment où il baptise le Messie : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Jean est bien plus que le précurseur, celui qui prépare et annonce la venue du Christ. Il est aussi témoin et prophète. Témoin de la grandeur du Christ, de sa nature divine : Avant moi il était. Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Jean prophétise dès le départ l’accomplissement de la mission du Messie au terme de sa vie, au moment de Pâque : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Au moment du baptême le regard que Jean porte sur Jésus embrasse déjà le mystère de la Passion et de la croix. Il désigne Jésus comme l’Agneau véritable qui en donnant sa vie pour nous et pour tous les hommes nous purifie de tout péché. Et c’est en raison de la grandeur de ce don divin que l’Agneau de Dieu est capable de nous baptiser non pas seulement dans l’eau comme Jean le faisait mais dans l’Esprit Saint. Le baptême dans l’eau signifiait la démarche de l’homme à la recherche de Dieu et d’une vie sainte, d’une vie nouvelle. Le baptême dans l’Esprit signifie que c’est Dieu qui nous recherche, qui vient à notre rencontre et nous appelle à Lui car Il nous a aimés le premier. Le baptême dans l’Esprit signifie le prix que nous avons pour le Seigneur. Saint Pierre nous le rappelle d’une manière magnifique dans sa première lettre :

Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous.

Le Fils de Dieu en acceptant d’être l’Agneau de Dieu nous ouvre largement l’accès à la grâce et à la paix dont nous avons tant besoin pour vivre notre vocation d’hommes et de chrétiens. Accueillons du fond de notre cœur la salutation de Paul dans la deuxième lecture :

À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

dimanche 11 janvier 2026

Baptême du Seigneur / année A / 2026

 11/01/2026

Matthieu 3, 13-17

La fête du baptême du Seigneur nous fait passer du temps de Noël au temps ordinaire, de la vie cachée de Jésus à sa vie publique. Cet événement constitue donc une transition importante dans le parcours du Messie, il est aussi un point de départ pour sa mission. Le baptême de Jean n’est pas le sacrement de baptême chrétien. Il s’agit essentiellement d’une démarche de l’homme vers Dieu, de l’homme pécheur qui s’engage à changer de vie. En demandant contre la volonté de Jean ce baptême Jésus s’abaisse non seulement dans les eaux du Jourdain mais symboliquement il se fait le frère des pécheurs que nous sommes. Dès le départ il indique qu’il est venu précisément pour les pécheurs. Le baptême que Jean donne à Jésus annonce le sacrement de baptême puisque dans le cas du Messie il n’y a pas seulement une démarche de l’homme mais aussi un don de Dieu : les cieux s’ouvrent, l’Esprit de Dieu se manifeste et la voix du Père se fait entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dans tous les sacrements chrétiens comme dans la vertu théologale de foi, c’est Dieu et son action qui sont premiers et non pas la seule démarche religieuse de l’homme.

La première et la deuxième lecture prolongent le message de l’Epiphanie en soulignant fortement que le salut de Dieu dans le Christ est offert à tous les hommes sans exception. Dans Isaïe nous pouvons lire : Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations. La visite du juif Pierre chez le centurion romain est significative de cette ouverture universelle. Le baptême chrétien contrairement à la circoncision n’est plus le rite d’un peuple particulier mais un don de Dieu offert à tous. Si la circoncision marquait une frontière entre Juifs et non-Juifs, le baptême est fondamentalement catholique, signe de l’amour et de l’appel de Dieu, il ne marque pas une séparation. Il est au contraire le moyen d’une communion sans limites entre Dieu et les hommes. La distinction entre baptisés et non-baptisés n’est pas une exclusion de ceux qui seraient en dehors, elle est toujours un appel à la totalité de la communion, une exigence d’inclusion et d’accueil de la part des chrétiens vis-à-vis des non-chrétiens. Bref elle est missionnaire dans le respect des personnes, de leur liberté, de leur histoire et de leur chemin spirituel unique et personnel. Les paroles de Pierre méritent dans ce contexte d’être méditées :

En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous.

Oui, Dieu notre Père est impartial. Paul dira la même chose dans sa lettre aux Galates : Quant à ceux qui étaient tenus pour importants – mais ce qu’ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes –, ces gens importants ne m’ont imposé aucune obligation supplémentaire.

Cette fête nous invite à être vraiment catholiques, c’est-à-dire accueillants à tous. Nous pouvons dire merci au cours de cette eucharistie pour le don du baptême et de la foi qui a fait de nous des chrétiens, des fils et des filles de Dieu, sans aucun mérite de notre part. Nous prions en particulier pour les trois catéchumènes de notre secteur paroissial, nous rendons grâce pour leur présence dans notre communauté. Ils nous redisent que les portes de nos églises, de nos communautés, et surtout de nos cœurs doivent toujours demeurer largement ouvertes pour accueillir la nouveauté de l’Evangile ainsi que les merveilles que l’Esprit de Dieu réalise en bien des personnes en-dehors de nos communautés.