vendredi 3 avril 2026

VENDREDI SAINT 2026

 


                  Méditation pour le Vendredi saint 2026

Hier, lors de l’eucharistie du Jeudi saint en mémoire de la Cène du Seigneur, je vous ai proposé une méditation sur Jésus « Agneau de Dieu », méditation que j’aimerais poursuivre en ce Vendredi saint. Nous avons entendu Jérémie, le prophète persécuté, affirmer : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » La première lecture de l’office de la Passion du Seigneur nous fait méditer le quatrième chant du serviteur du Seigneur. Ce serviteur est comparé par le prophète à un agneau : Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Le point commun entre Isaïe et Jérémie est évident : c’est bien celui de l’agneau conduit à l’abattoir. Mais entre les deux prophéties il y a aussi une différence de taille. Nous avons vu hier que Jérémie réclamait à Dieu justice et revanche contre ses persécuteurs. Rien de tel en Isaïe 53 : le serviteur accepte son sort en s’humiliant et n’ouvre même pas la bouche pour se défendre. Même si dans la Passion du Christ selon saint Jean nous trouvons un très beau dialogue entre Pilate et Jésus vient le moment où Jésus refuse de répondre au représentant de l’autorité romaine (19, 9). Dans les versions de Matthieu, Marc et Luc le silence de Jésus, son refus de répondre au grand prêtre, à Pilate ou encore à Hérode est mis en avant. C’est ainsi qu’il accomplissait la prophétie du serviteur souffrant qui n’ouvre pas la bouche. Jean nous signale que Jésus meurt en croix le jour de la Préparation de la Pâque au moment même où dans le temple on immolait l’agneau pascal. Après la mort de Jésus il nous donne aussi une information qui peut nous sembler un détail mais qui assimile encore davantage le Christ à l’agneau pascal : Quand les soldats arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. C’est ainsi que Jésus mort en croix accomplit le rituel de la Pâque décrit en Exode 12, 46 : On mangera la Pâque dans une seule maison. Tu ne sortiras de cette maison aucun morceau de viande. Vous ne briserez aucun de ses os. Le quatrième chant du serviteur en Isaïe nous permet de bien comprendre l’expression par laquelle Jean le baptiste désigne Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Oui, Jésus dans sa Passion et sa mort enlève le péché du monde et cela en deux sens. Tout d’abord il prend sur lui tous les péchés de tous les hommes de tous les temps : C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé… C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé… Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes… Jésus, Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, ne se charge pas seulement de tout le mal du monde, il nous en délivre, il nous en purifie en nous sanctifiant par son amour infini : Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris… Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours… Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.

Lorsque la liturgie nous fait chanter « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, donne-nous la paix » prenons bien conscience de la grandeur du don qui nous est fait depuis ce jour unique dans notre histoire de la mort de Jésus en croix. Déjà l’apôtre Pierre rappelait aux toutes premières générations de chrétiens la grandeur du mystère pascal : Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ.

Enfin Pierre nous rapporte dans une hymne liturgique une magnifique synthèse de ce que nous célébrons en ce Vendredi saint :

C’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. (1 P 2, 21-24)


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