Méditation pour le Vendredi saint 2026
Hier, lors de l’eucharistie du
Jeudi saint en mémoire de la Cène du Seigneur, je vous ai proposé une
méditation sur Jésus « Agneau de Dieu », méditation que j’aimerais
poursuivre en ce Vendredi saint. Nous avons entendu Jérémie, le prophète
persécuté, affirmer : Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène
à l’abattoir, et je ne savais pas qu’ils montaient un complot contre moi. Ils
disaient : « Coupons l’arbre à la racine, retranchons-le de la terre des
vivants, afin qu’on oublie jusqu’à son nom. » La première lecture de
l’office de la Passion du Seigneur nous fait méditer le quatrième chant du
serviteur du Seigneur. Ce serviteur est comparé par le prophète à un
agneau : Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un
agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il
n’ouvre pas la bouche. Le point commun entre Isaïe et Jérémie est
évident : c’est bien celui de l’agneau conduit à l’abattoir. Mais entre
les deux prophéties il y a aussi une différence de taille. Nous avons vu hier
que Jérémie réclamait à Dieu justice et revanche contre ses persécuteurs. Rien
de tel en Isaïe 53 : le serviteur accepte son sort en s’humiliant et
n’ouvre même pas la bouche pour se défendre. Même si dans la Passion du Christ
selon saint Jean nous trouvons un très beau dialogue entre Pilate et Jésus
vient le moment où Jésus refuse de répondre au représentant de l’autorité
romaine (19, 9). Dans les versions de Matthieu, Marc et Luc le silence de
Jésus, son refus de répondre au grand prêtre, à Pilate ou encore à Hérode est
mis en avant. C’est ainsi qu’il accomplissait la prophétie du serviteur
souffrant qui n’ouvre pas la bouche. Jean nous signale que Jésus meurt en croix
le jour de la Préparation de la Pâque au moment même où dans le temple on
immolait l’agneau pascal. Après la mort de Jésus il nous donne aussi une
information qui peut nous sembler un détail mais qui assimile encore davantage
le Christ à l’agneau pascal : Quand les soldats arrivèrent à Jésus,
voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des
soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et
de l’eau. C’est ainsi que Jésus mort en croix accomplit le rituel de la
Pâque décrit en Exode 12, 46 : On mangera la Pâque dans une seule
maison. Tu ne sortiras de cette maison aucun morceau de viande. Vous ne
briserez aucun de ses os. Le quatrième chant du serviteur en Isaïe nous
permet de bien comprendre l’expression par laquelle Jean le baptiste désigne
Jésus : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Oui,
Jésus dans sa Passion et sa mort enlève le péché du monde et cela en deux sens.
Tout d’abord il prend sur lui tous les péchés de tous les hommes de tous les
temps : C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il
était chargé… C’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de
nos fautes qu’il a été broyé… Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il
portait le péché des multitudes… Jésus, Agneau de Dieu qui enlève les
péchés du monde, ne se charge pas seulement de tout le mal du monde, il nous en
délivre, il nous en purifie en nous sanctifiant par son amour infini : Le
châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous
sommes guéris… Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie
en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours… Le
juste, mon serviteur, justifiera les multitudes.
Lorsque la liturgie nous fait
chanter « Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, donne-nous la
paix » prenons bien conscience de la grandeur du don qui nous est fait
depuis ce jour unique dans notre histoire de la mort de Jésus en croix. Déjà
l’apôtre Pierre rappelait aux toutes premières générations de chrétiens la
grandeur du mystère pascal : Vous le savez : ce n’est pas par des biens
corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite
superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui
d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ.
Enfin Pierre nous rapporte dans
une hymne liturgique une magnifique synthèse de ce que nous célébrons en ce
Vendredi saint :
C’est pour vous que le Christ,
lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses
traces. Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de
mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne
menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a
porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés,
nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. (1 P 2,
21-24)

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