dimanche 15 février 2026

Sixième dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 15/02/2026

Matthieu 5, 17-37

Nous poursuivons en ce dimanche notre lecture du sermon sur la montagne au chapitre 5 de saint Matthieu. Dans cette section du sermon l’Evangile comporte deux parties. Dans la première Jésus explique son rapport à la Loi et les Prophètes. Dans la seconde il donne des exemples concrets de l’accomplissement de la Loi ancienne dans la Loi évangélique. Je me limiterai à la première partie qui présente de réelles difficultés d’interprétation pour nous.

Tout d’abord Jésus nous dit qu’il est venu non pas pour abolir les Ecritures (La Loi et les Prophètes) mais pour les accomplir. C’est ce qu’il montre dans la dernière partie du sermon sur la montagne et cela à partir de 5 commandements. Saint Paul a parfaitement compris en quoi consistait cet accomplissement de la Loi de Moïse par Jésus, nouveau Moïse. Dans sa lettre aux Romains il affirme en effet : Le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. Quand nous lisons les Evangiles et que nous regardons comment Jésus se comporte vis-à-vis de certains préceptes de la Loi nous ne pouvons que constater sa grande liberté vis-à-vis de cette même Loi. Ses actes et ses paroles semblent, dans bien des cas, entrer en contradiction avec ce qu’il affirme en saint Matthieu : « je ne suis pas venu pour abolir… » Je ne donnerai qu’un exemple en Marc 7, 19 où l’évangéliste affirme : C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Ce faisant le Seigneur abolit les préceptes alimentaires que nous trouvons en Lévitique 11. Quant à saint Paul il affirme à deux reprises que la plupart des préceptes de la Torah ne concernent plus les chrétiens et que nous en sommes libérés par le Christ. Ce qui semble aller dans le sens opposé de ce que Jésus affirme dans l’Evangile de ce dimanche : Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise. Ecoutons les affirmations de l’apôtre Paul à ce sujet, tout d’abord dans sa lettre aux Ephésiens (2, 15) : Le Christ a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Dans la lettre aux Colossiens nous pouvons lire : Dieu a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix… Si, avec le Christ, vous êtes morts aux forces qui régissent le monde, pourquoi subir des prescriptions légales comme si votre vie dépendait encore du monde : « Ne prends pas ceci, ne goûte pas cela, ne touche pas cela » … Ce ne sont là que des préceptes et des enseignements humains. Comment expliquer dans le sermon sur la montagne cette réticence à affirmer que Jésus a de fait aboli la plupart des préceptes de la Torah ? Parce que Matthieu s’adressait aux Juifs en écrivant son Evangile ? Ces versets posent donc une réelle difficulté d’interprétation.

Si Jésus accomplit la Loi dans et par l’amour en la portant à sa perfection, il établit aussi une hiérarchie entre le projet de Dieu au commencement et la loi de Moïse qui est venu bien après. En témoigne le passage de Matthieu 19 où il défend le lien indissoluble du mariage contre le divorce permis par la Torah : Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d’un acte de divorce avant la répudiation ? » Jésus leur répond : « C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi. Pour le Seigneur ce qui fait loi ce n’est pas la Loi de Moïse mais bien le projet de Dieu créateur au commencement. Et ce qu’il affirme à propose du mariage peut être étendu à la plupart des domaines de notre vie morale. Il nous donne ainsi un mode d’emploi de la lecture des Ecritures et de leur juste interprétation. Pour lui les deux premiers chapitres de la Genèse sont fondateurs, donc plus importants en autorité que la Loi donnée par Moïse à des hommes au cœur endurci et adaptée à la condition pécheresse de l’humanité. Dans la Torah il faut bien distinguer le cœur (les 10 commandements) des innombrables préceptes juridiques de la Loi. Si Jésus accomplit le Décalogue dans la loi de l’amour, il abolit aussi la plupart des préceptes juridiques et nous en libère. Si le Décalogue a une portée clairement universelle, la plupart des préceptes sont le code juridique et théocratique d’un peuple particulier, Israël. Dans son traité Le mariage unique le père de l’Eglise Tertullien souligne que le Christ nous remet au commencement, c’est-à-dire à l’état de l’humanité avant le péché des origines. Il est le nouvel Adam, l’Alpha et l’Omega, qui nous rappelle la primauté de ce que Dieu a instauré au commencement sur la Loi de Moïse. Un autre père, Basile le grand, affirme : Telle était la première création, telle sera après cela la restauration. Le théologien anglican Andrew Linzey a une belle formule pour traduire cette dynamique qui de la Genèse aboutit au Christ et du Christ nous remet au commencement : On pourrait dire qu’il s’agit non pas de revenir à la Genèse, mais d’aller de l’avant vers elle. C’est bien parce que la Loi de Moïse n’était que « l’ombre de ce qui devait venir » (Colossiens 2, 17), que Jésus exige de nous une justice qui surpasse celle des scribes et des pharisiens. C’est la conclusion du chapitre 5 de l’Evangile selon saint Matthieu. Le chrétien ne se réfère pas d’abord à une loi mais à Dieu lui-même en tant que modèle à imiter, d’où la centralité dans la nouvelle Alliance du mystère de l’incarnation dans lequel nous pouvons imiter Jésus, Fils de Dieu, et en l’imitant être comme lui les fils du Père :

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

 

 

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