dimanche 1 février 2026

Quatrième dimanche du temps ordinaire / Les Béatitudes (Matthieu 5)

 


1er/02/2026

Matthieu 5, 1-12

Nous commençons en ce dimanche la lecture du sermon sur la montagne en saint Matthieu. Ce premier discours de Jésus s’étend du chapitre 5 au chapitre 7 et s’ouvre par la proclamation des Béatitudes. Dans cet enseignement Jésus s’adresse aux foules, c’est-à-dire à tous. Dans la première lecture nous trouvons le thème prophétique du « petit reste d’Israël » : Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Jésus élargit ce petit reste à la foule de ceux qui le suivent. Les 8 béatitudes nous enseignent que notre bonheur se trouve dans la communion avec Dieu, dans la fidélité à sa volonté, dans la suite de Jésus. Et ce bonheur a son origine dans notre cœur. Quatre béatitudes nous ramènent à la qualité de notre cœur, donc à notre intériorité, à ce qui nous caractérise au plus profond de notre être : les pauvres de cœur, les doux, les miséricordieux et les cœurs purs sont bienheureux. A la suite des prophètes Jésus nous invite à changer notre cœur de pierre en un cœur de chair, il veut nous faire le don d’un cœur nouveau dans l’Esprit Saint. Ces dispositions du cœur sont précieuses et indispensables pour réaliser l’appel à la sainteté que Dieu nous adresse dans le Christ. L’esprit du monde peut certes les qualifier de « faiblesses » et préférer à la pauvreté de cœur l’orgueil et l’arrogance, à la douceur la violence, à la miséricorde la vengeance et la dureté du cœur, à la pureté de cœur le mensonge et la duplicité… Mais comme l’affirme saint Paul dans la deuxième lecture ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. Ce que le monde qualifie de faiblesse est en fait le signe de la force d’âme qui s’appuie sur Dieu et lui seul. Les Béatitudes peuvent bien apparaître comme une folie s’opposant à la rationalité de ce monde, elles seules ont les promesses de la vie éternelle : le Royaume des Cieux appartient aux pauvres de cœur, aux humbles, aux petits. Les Béatitudes expriment le pari de la foi pour lequel l’amour du Christ est vainqueur malgré l’expansion du mal et la réussite des méchants. Aux qualités de cœur les Béatitudes ajoutent aussi des dispositions à l’action : ceux qui ont faim et soif de la justice, les artisans de paix sont bienheureux ! Jésus ne se limite pas à nous dire qu’il faut changer de cœur. Il nous enseigne aussi que ce renversement des valeurs du monde (ambition, force, puissance, richesse) est capable d’opérer un changement dans ce monde. Les chrétiens sont une force de changement dans la société. Un catholique qui porte dans son nom l’universalité du salut de Dieu ne peut que vouloir la paix et la réconciliation. Les Béatitudes nous disent que pour être réellement artisan de paix il faut toujours rechercher la justice. Pas de paix sans justice, pas de paix sans vérité. Cela est exprimé admirablement bien par le psaume 84 qui annonce le mystère de l’incarnation : Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s'embrassent ; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. Enfin deux Béatitudes nous rappellent que nous sommes dans une vallée de larmes, dans un monde blessé par le mal et le péché : Heureux ceux qui pleurent et heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ! Le bonheur promis par Jésus n’élimine pas le combat spirituel, bien au contraire. Le Seigneur proclame aux foules son enseignement en sachant parfaitement que le mettre en pratique attirera des contradictions à ses disciples. Revenons au message de Paul dans la deuxième lecture : ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Nous pouvons parfois penser que nous sommes semblables à ce petit reste d’Israël, faibles et minoritaires dans la société de notre temps… comme si nous étions revenus à la situation des premières générations chrétiennes qui vivaient leur foi sans le soutien des autorités politiques et qui parfois étaient persécutées. Aujourd’hui plus que jamais nous savons qu’il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Les Césars de tous les temps ont toujours eu tendance à mépriser du haut de leur pouvoir le peuple, « ceux qui ne sont rien ». Ceux que les Césars méprisent, exploitent et violentent Dieu en fait ses bien-aimés, ses instruments de salut. Les Béatitudes nous redisent avec force la vanité, c’est-à-dire le vide et le néant, de tout pouvoir humain qui ne se met pas au service de la vérité et de l’amour, la vanité des orgueilleux, des puissants de ce monde et des ambitieux qui croient être importants alors qu’ils ne sont rien aux yeux de Dieu… et la valeur infinie des pauvres de cœur. Chaque soir l’Eglise nous rappelle la force révolutionnaire de l’Evangile en faisant siennes les paroles prophétiques de Marie :

Déployant la force de son bras, le Seigneur disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.