dimanche 25 janvier 2026

Troisième dimanche du temps ordinaire - Dimanche de la Parole de Dieu

 

25/01/2026

En ce troisième dimanche du temps ordinaire l’Eglise nous invite à célébrer le 7ème dimanche de la Parole de Dieu. J’ai donc fait le choix de vous parler de la Bible. Ce livre est absolument unique dans l’histoire de notre humanité, il est aussi d’une grande complexité si l’on n’a pas en main les clés qui nous en donnent le mode d’emploi. Il s’agit pour moi à travers cette introduction à l’univers de la Bible de vous donner envie de lire les livres bibliques. Ce que nous appelons Bible est en fait une bibliothèque de 73 livres différents, écrits par de nombreux auteurs dont pour certains nous ne connaissons même pas le nom, et dans des langues différentes (hébreu et grec). Le processus par lequel ces livres ont été écrits puis mis ensemble dans le canon de la Bible, d’abord judaïque puis chrétien, s’étend d’environ 1100 avant Jésus-Christ à 100 après J-C, soit 12 siècles d’histoire ! Notre mot de Bible vient d’un mot grec neutre pluriel ta biblia signifiant tout simplement « les livres ». En passant au latin le mot a été compris comme un féminin singulier biblia-ae, la Bible ou « le livre ». Nous reconnaissons dans le mot Bible la même racine que le mot bibliothèque. La Bible c’est donc en même temps le Livre par excellence et une collection de différents livres : unité et pluralité. Mon professeur d’exégèse au séminaire utilisait une belle image en disant que la Bible c’est la reliure qui tient ensemble les 73 livres ! La plupart de ces récits ont d’abord été transmis oralement puis dans un second temps mis par écrit pour les sauver de l’oubli. Quant au mot grec désignant le livre biblion il vient du nom d’une ville de l’actuel Liban, Byblos, parce que cette ville était dans l’antiquité le centre principal de l’exportation de papyrus, support principal pour les livres en forme de rouleaux de cette époque. Depuis le catéchisme de notre enfance nous savons que la Bible est divisée en deux grands ensembles : l’Ancien Testament (46 livres), appelé les Ecritures ou encore la Loi et les Prophètes à l’époque de Jésus, c’est la partie de la Bible que nous avons en commun avec les Juifs excepté les 6 livres deutérocanoniques comme par exemple Sagesse et Siracide, et le Nouveau Testament (27 livres). La frontière entre ces deux ensembles c’est la personne de Jésus. Ainsi la Bible reflète dans sa structure ce que le calendrier nous dit de la révélation divine à l’intérieur de notre histoire humaine : avant ou après J.C. L’épaisseur historique de la Bible nous rappelle que la Parole de Dieu s’incarne depuis toujours dans la Parole des hommes. La Bible, c’est Dieu qui nous adresse sa Parole en passant par la parole des auteurs inspirés. Et le sommet, la perfection de cette révélation c’est précisément le mystère de l’Incarnation par lequel la Parole n’est plus simplement un message porté par les prophètes ou une Ecriture mais une personne, Jésus, né de Marie et Verbe fait chair. [Cela est parfaitement résumé par le commencement de la lettre aux Hébreux :

À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. ]

Si la connaissance de l’Ancien Testament nous aide à bien comprendre le Nouveau, c’est la Révélation de Jésus qui est le critère ultime de notre interprétation de l’Ancien Testament. Saint Paul affirme clairement que pour le chrétien la plupart des préceptes de la loi ancienne ne sont plus valables y compris la circoncision :

[C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix.]

L’épaisseur historique de la Bible ainsi que le rapport singulier entre l’Ancien et le Nouveau Testament nous permettent de comprendre que les Ecritures ne sont pas un catéchisme car la doctrine est en évolution permanente entre les livres les plus anciens et les plus récents du Judaïsme d’une part, et entre la Bible juive et les livres chrétiens du Nouveau Testament d’autre part. Pour ne donner que deux exemples significatifs la foi en la vie éternelle apparaît tardivement dans l’Ancien Testament et le monothéisme strict seulement après l’exil. Si la Parole de Dieu s’incarne toujours dans une parole humaine, il est aussi essentiel de tenir compte des différents genres littéraires de la Bible. On ne lit pas et on n’interprète pas un texte législatif de la Torah de la même manière qu’une prière des Psaumes, un oracle prophétique comme un récit historique, une poésie comme un récit apocalyptique, un texte de sagesse comme une fable ou un mythe etc. Tous ces genres littéraires sont présents dans la Bible et il est important pour nous en ouvrant un livre biblique de bien connaître le genre littéraire auquel il appartient pour éviter de graves erreurs d’interprétation. Pour simplifier au maximum on peut classer les textes bibliques en 4 catégories : la première contient les textes considérés comme essentiels ou comme les plus importants, pour les Juifs la Torah (les 5 premiers livres de la Bible), pour les chrétiens les Evangiles, ensuite nous avons des livres de type historique, prophétique ou encore des livres délivrant un enseignement, une doctrine (les livres de sagesse dans l’Ancien testament et les lettres ou épitres dans le Nouveau). [La classification des livres de l’Ancien Testament n’est pas la même pour les Juifs et pour les chrétiens. Pour nous le dernier verset de l’Ancien Testament correspond à la fin du livre de Malachie (Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères, pour que je ne vienne pas frapper d’anathème le pays !) alors que le canon juif des Ecritures s’achève avec le deuxième livre des Chroniques (Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem !).]

La complexité de la Bible nous empêche de la lire comme on lit un livre normal en commençant par la première page et en terminant par la fin, ce serait la meilleure manière de nous décourager et de nous arrêter en chemin. Par contre il est souhaitable et profitable de lire un livre biblique de manière suivie et intégrale. Il ne faut pas hésiter non plus à avoir une « Bible de travail » sur laquelle on peut noter des références en marge, surligner tel ou tel passage etc. La symphonie des Ecritures fait que la meilleure manière d’interpréter un texte biblique consiste toujours à le mettre en rapport avec un autre texte biblique, d’où la nécessité des notes en marge pour nous souvenir des consonances ou discordances que nous découvrons au fur et à mesure de notre exploration de l’univers biblique.

Dans son magnifique sermon du 13 mars 1661 consacré à la Parole de Dieu Bossuet affirme : A l’autel par l’efficacité du Saint-Esprit et par des paroles mystiques, auxquelles on ne doit point penser sans tremblement, se transforment les dons proposés au corps de Notre Seigneur Jésus-Christ ; à la chaire, par le même Esprit et encore par la puissance de la parole divine, doivent être secrètement transformés les fidèles de Jésus-Christ pour être faits son corps et ses membres… Le corps de Jésus-Christ n’est pas plus réellement dans le sacrement adorable que la vérité de Jésus-Christ est dans la prédication évangélique… Il ne faut pas croire que Jésus-Christ se sente moins outragé quand on écoute sa vérité avec peu d’attention que quand on manie son corps avec peu de soin… la divine parole, ce pain des oreilles, ce corps spirituel de la vérité… ceux qu’elle ne nourrit pas, elle les tue.

 


dimanche 18 janvier 2026

2ème dimanche du temps ordinaire / année A / 2026

 18/01/2026

Jean 1, 29-34

Depuis lundi et jusqu’au mercredi des Cendres que nous célébrerons dans un mois nous vivons la première partie du temps ordinaire. L’Evangile de ce dimanche prolonge la fête du baptême du Seigneur. Nous retrouvons Jean dans sa mission de précurseur du Messie : Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. Le précurseur est celui qui révèle Jésus. Et cette révélation est confirmée par le don de l’Esprit au moment où il baptise le Messie : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Jean est bien plus que le précurseur, celui qui prépare et annonce la venue du Christ. Il est aussi témoin et prophète. Témoin de la grandeur du Christ, de sa nature divine : Avant moi il était. Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. Jean prophétise dès le départ l’accomplissement de la mission du Messie au terme de sa vie, au moment de Pâque : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. Au moment du baptême le regard que Jean porte sur Jésus embrasse déjà le mystère de la Passion et de la croix. Il désigne Jésus comme l’Agneau véritable qui en donnant sa vie pour nous et pour tous les hommes nous purifie de tout péché. Et c’est en raison de la grandeur de ce don divin que l’Agneau de Dieu est capable de nous baptiser non pas seulement dans l’eau comme Jean le faisait mais dans l’Esprit Saint. Le baptême dans l’eau signifiait la démarche de l’homme à la recherche de Dieu et d’une vie sainte, d’une vie nouvelle. Le baptême dans l’Esprit signifie que c’est Dieu qui nous recherche, qui vient à notre rencontre et nous appelle à Lui car Il nous a aimés le premier. Le baptême dans l’Esprit signifie le prix que nous avons pour le Seigneur. Saint Pierre nous le rappelle d’une manière magnifique dans sa première lettre :

Vous le savez : ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous.

Le Fils de Dieu en acceptant d’être l’Agneau de Dieu nous ouvre largement l’accès à la grâce et à la paix dont nous avons tant besoin pour vivre notre vocation d’hommes et de chrétiens. Accueillons du fond de notre cœur la salutation de Paul dans la deuxième lecture :

À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

dimanche 11 janvier 2026

Baptême du Seigneur / année A / 2026

 11/01/2026

Matthieu 3, 13-17

La fête du baptême du Seigneur nous fait passer du temps de Noël au temps ordinaire, de la vie cachée de Jésus à sa vie publique. Cet événement constitue donc une transition importante dans le parcours du Messie, il est aussi un point de départ pour sa mission. Le baptême de Jean n’est pas le sacrement de baptême chrétien. Il s’agit essentiellement d’une démarche de l’homme vers Dieu, de l’homme pécheur qui s’engage à changer de vie. En demandant contre la volonté de Jean ce baptême Jésus s’abaisse non seulement dans les eaux du Jourdain mais symboliquement il se fait le frère des pécheurs que nous sommes. Dès le départ il indique qu’il est venu précisément pour les pécheurs. Le baptême que Jean donne à Jésus annonce le sacrement de baptême puisque dans le cas du Messie il n’y a pas seulement une démarche de l’homme mais aussi un don de Dieu : les cieux s’ouvrent, l’Esprit de Dieu se manifeste et la voix du Père se fait entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. Dans tous les sacrements chrétiens comme dans la vertu théologale de foi, c’est Dieu et son action qui sont premiers et non pas la seule démarche religieuse de l’homme.

La première et la deuxième lecture prolongent le message de l’Epiphanie en soulignant fortement que le salut de Dieu dans le Christ est offert à tous les hommes sans exception. Dans Isaïe nous pouvons lire : Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations. La visite du juif Pierre chez le centurion romain est significative de cette ouverture universelle. Le baptême chrétien contrairement à la circoncision n’est plus le rite d’un peuple particulier mais un don de Dieu offert à tous. Si la circoncision marquait une frontière entre Juifs et non-Juifs, le baptême est fondamentalement catholique, signe de l’amour et de l’appel de Dieu, il ne marque pas une séparation. Il est au contraire le moyen d’une communion sans limites entre Dieu et les hommes. La distinction entre baptisés et non-baptisés n’est pas une exclusion de ceux qui seraient en dehors, elle est toujours un appel à la totalité de la communion, une exigence d’inclusion et d’accueil de la part des chrétiens vis-à-vis des non-chrétiens. Bref elle est missionnaire dans le respect des personnes, de leur liberté, de leur histoire et de leur chemin spirituel unique et personnel. Les paroles de Pierre méritent dans ce contexte d’être méditées :

En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous.

Oui, Dieu notre Père est impartial. Paul dira la même chose dans sa lettre aux Galates : Quant à ceux qui étaient tenus pour importants – mais ce qu’ils étaient alors ne compte guère pour moi, car Dieu est impartial envers les personnes –, ces gens importants ne m’ont imposé aucune obligation supplémentaire.

Cette fête nous invite à être vraiment catholiques, c’est-à-dire accueillants à tous. Nous pouvons dire merci au cours de cette eucharistie pour le don du baptême et de la foi qui a fait de nous des chrétiens, des fils et des filles de Dieu, sans aucun mérite de notre part. Nous prions en particulier pour les trois catéchumènes de notre secteur paroissial, nous rendons grâce pour leur présence dans notre communauté. Ils nous redisent que les portes de nos églises, de nos communautés, et surtout de nos cœurs doivent toujours demeurer largement ouvertes pour accueillir la nouveauté de l’Evangile ainsi que les merveilles que l’Esprit de Dieu réalise en bien des personnes en-dehors de nos communautés.